"Blanche ne cilla pas. Cet homme avait au moins raison sur un point, elle avait déjà fait la guerre. Et tant que sa famille était loin d'ici, elle n'avait pas vraiment peur, pas encore.

-Voilà ce que nous pourrions faire, proposa-il, je répondrai à l'une de vos questions, honnêtement, sans mentir, à chaque fois que vous répondrez à l'une des miennes. Nous avons tout deux trop besoin de réponses pour nous priver de cette opportunité, alors ça pourrait marcher, vous ne trouvez pas? Commencez donc."


Pendant qu'Emma parlait à Kris, Henry découvrait la maison que sa magie rouge avait créée. Il en reconnaissait certaines parties, d'autres non, mais le garage ne venait clairement de nul-part. Il était magnifique, rempli d'établis flambants neufs ou s'étalaient les outils les plus étranges qu'Henry avait jamais vu, avec des extrémités en cristal. Des boules à neige remplies d'étranges lumières se serraient sur les étagères aux côtés de boîtes à musique qui remuaient de l'intérieur. Un globe terrestre flottait au-dessus de la pièce. Ses océans charriaient de véritables vagues, et en tendant l'oreille, Henry entendit chuchoter les voix des gens partout dans le monde. Les terres scintillaient d'une lumière rouge qui avait l'air étrangement faiblissante, mais Storybrooke y flamboyait comme l'étoile polaire.

A la grande surprise d'Henry, soudés contre les murs s'étalaient des panneaux de contrôle équipés de dizaines de claviers et d'écrans, tous éteints pour l'instant.

Les ruines du traîneau de Kris trônaient au milieu de l'endroit, alors que personne ne les y avaient amenés. L'idée inquiéta un peu Henry. Il n'avait pas très envie que Kris se mette en tête de repartir dés qu'il aurait réparé son traîneau, son nouvel ami n'avait nul-part où aller.

-Ça ressemble à un atelier, fit Kilian en passant la tête dans la pièce avec curiosité. Mais ça ressemble aussi à un garage. J'espère qu'on a encore la place d'y faire rentrer la voiture.

-Tu crois que Kris sait fabriquer des trucs?, demanda Henry. Ou alors peut-être qu'il le fait grâce à sa magie?

Tout à coup, son beau-père fronça les sourcils en le regardant de plus près.

-Les gars du centre commercial ont essayés de t'étrangler? Tu as quelque-chose au cou.

-C'est rien, prétendit le brun en remontant son col précipitamment.

C'était juste quelques bleus. Rien de grave. C'était Kris qui lui avait laissé des marques lorsqu'il l'avait saisi par la gorge, au tout début, quand Henry l'avait retrouvé en panique dans les rayons. Si la famille du brun savait que Kris avait d'abord été violent, surtout avec Henry, ils risquaient de l'avoir tout de suite moins à la bonne. Kris n'était pas dangereux, il avait juste paniqué.

-J'arrive pas à croire que le monde du dehors sait vraiment qu'on existe, lâcha Henry pour changer de sujet, en faisant mine d'essayer d'ouvrir une boîte à musique. Je ne vois pas à quoi ça pourra ressembler. Une guerre contre les états-unis. J'ai l'impression que personne ne sait vraiment par où commencer.

-Et si tu commençais par me rendre gentiment ce flingue que tu caches?

Henry se figea.

-Je vois pas ce que tu...

-Henry. Donne-le moi.

La mort dans l'âme, Henry souleva son t-shirt pour révéler le revolver. Kilian leva les yeux au ciel en découvrant que le garçon avait coincé le canon dans le devant de son pantalon, comme dans les films.

-Tu peux m'expliquer ça?

-Il est à l'un des agents secrets du centre commercial, marmonna Henry d'un air coupable en tripotant la crosse. Tout le monde était trop occupé à les attacher, et je... je l'ai vu par terre. Je l'ai juste pris comme ça.

-Pas mal. Personne ne s'intéresse trop à ce que tu deviens en ce moment, toi, hein?

-Ne le dis pas à mes mères, je t'en supplies.

-Henry, qu'est-ce que tu veux faire avec un pistolet?

-Ma mère s'est faite tirer dessus. Et si ça avait été juste un peu plus haut, elle serait morte. Je me disais... je me disais que la prochaine fois, je pourrais faire ma part, moi aussi. Je suis prêt, c'est tout.

-C'était une bataille. Il y en a eu beaucoup d'autres, ta mère est la sorcière la plus effrayante que je connaisse. Parfois, ça tourne mal, mais elle sait se défendre. Tu crois vraiment qu'on se serait mieux débrouillés en distribuant des flingues aux enfants?

-Je ne suis plus un enfant...

-Donne le pistolet, Henry, fit Kilian en tendant la main avec autorité. Je ne plaisantes pas.

-Et s'ils avaient visé Emma? Ou Belle, ou toi, ou...

-Henry. Commence par me donner ça, et après on en parle, c'est promis.

-Je ne vais pas faire de bêtise, insista Henry mal à l'aise en serrant l'arme un peu plus fort. Je vous aient tous vus vous en servir plein de fois.

-Bon, soupira l'adulte en le saisissant par le bras, ça suffit, c'est un ordre.

A ce simple contact, Henry sentit la chaleur le quitter aussi sûrement qu'une éponge qu'on presse dans sa main, et serra le pistolet de toutes ses forces.

-Je..., s'étrangla Henry qui commençait déjà à avoir du mal à articuler, voul...

-Tout va bien. Il faut que tu crois en nous et que tu te répète que tout va bien se passer, insista Kilian sans réaliser ce qu'il faisait, c'est la seule chose que tu..

-JE L'AI FAIS!

Henry ne réalisa qu'il avait hurlé que lorsque Kilian lui arracha brusquement le pistolet des mains. Le jeune garçon recula, soudain incapable de continuer à regarder son beau-père dans les yeux.

-Désolé, balbutia Henry. Je... je voulais pas...

-Qu'est-ce qu'il y a en ce moment? Qu'est-ce que tu ne dis pas à Emma et Régina? Tu fais des cachotteries, tu pars tout seul de ton côté quand c'est dangereux sans attendre personne, comme au centre commercial. Tu as l'air effrayé tout le temps, même quand tu souris.

-Je l'ai fais, rétorqua plutôt Henry. Croire. J'ai cru, et mon père est mort.

Henry avait cru Pan. Voilà ce qu'il ne parvenait pas à dire à voix haute. Il lui avait littéralement donné son cœur au lieu de le tuer quand il en avait eu l'occasion, parce qu'Henry avait voulu croire qu'il y avait du bien en chacun, comme il avait cru en sa mère, et en son grand-père. Mais il avait bien fini par avoir tord. Rien ne serait arrivé à Baelfire si Henry avait eu le courage de grandir un peu et tuer leur ennemi. Il ne pourrait pas regarder ça sans rien faire encore une fois. Il préférerait se déchirer le cœur en petits morceaux que rester encore là à regarder.

-Ça, dit le petit brun fébrilement en désignant le pistolet du menton. Ça protège les gens mieux que la foi et les histoires. C'est vrai non?

Le visage de Kilian se décomposa. C'était quelque-chose qu'Henry n'aurait jamais dis, avant. Le gamin qui serrait son énorme livre d'histoires contre lui en jurant que c'était réel n'aurait jamais pointé un pistolet sur qui que ce soit, parce qu'il croyait qu'il existait toujours une bonne raison de rester du côté du bien, comme dans les contes.

-Mon père est mort, insista Henry. Blanche a été enlevée, on a tiré sur Maman, et je n'ai rien pu faire du tout. Je n'ai même pas essayé.

-Essayé de tuer quelqu'un?

Henry détourna le regard, mal à l'aise, mais Kilian ne fit pas mine de s'écarter pour le laisser passer, ni même de lui permettre de baisser les yeux.

-Petit, écoute-moi bien. Tu as le seul cœur doré que j'ai jamais vu pour une bonne raison. Tu es meilleur que ta mère l'a jamais été, meilleur que le Crocodile, ou que moi. La partie de nous qui a pu survivre à toutes les horreurs qu'on a fait, elle ne survivrait jamais en toi, tu comprends ça? J'ai tué beaucoup de gens – pas pour protéger quelqu'un que j'aimais ni rien de ce genre, je l'ai fais pour manger, pour me venger, parfois juste parce que ça me faisais marrer. Ça ne te noircirais même pas le cœur: toi, il n'en resterait rien. Tu deviendrais une personne totalement différente.

La colère enflamma le regard d'Henry, mais il ne put réprimer une pointe de frayeur dans sa voix quand il rétorqua:

-Alors peut-être que c'est tant mieux.

-Ne dit jamais ça.

-Et si Rumple avait raison? Et si on allait tous se retrouver obligés de faire des trucs qu'on... qu'on n'a pas envie de faire? Des trucs horribles, tuer, et... et si c'était la seule solution?

-On doit toujours croire qu'il y a une autre solution. Emma m'a apprit ça, et toi mon gars, tu es celui qui le lui a apprit. Qui l'a apprit à tout le monde dans cette ville.

Henry tenta de répondre, mais il ne trouva pas le moindre souffle d'air. Il sentit les aiguilles glacées commencer à lui picoter le bout des doigts, ses poumons qui se ratatinaient comme du vieux carton.

-Je veux juste qu'on puisse fêter Noël tous ensemble, parvint-il à lâcher, blafard. Ça n'arrivera pas si on n'ose pas se défendre.

Il jeta un dernier un regard à son pistolet dans la main de Kilian et sorti en gardant les yeux rivés au sol. D'ici une minute ou deux, Henry serait en train de convulser par terre, dans sa chambre, tout seul.

-Tu n'as qu'à tout dire à Emma, balbutia l'adolescent avec le peu d'air qu'il lui restait. Mais laisse Régina tranquille. Il faut qu'elle se repose.

Au même moment, en un lieu lointain...

Il manquait quelque-chose.

Blanche le sentit dés son réveil, à l'instant même où la migraine lui transperça le crâne et où elle ouvrit les yeux. Elle se redressa subitement, haletante, tâtonnant à la recherche de son arc. On l'avait allongée sur quelque-chose de mou. Elle avait froid. La jeune femme tenta de se mettre sur pied et le monde vacilla aussitôt sous ses yeux. Elle se cramponna à une armoire pour ne pas tomber, le cœur au bord des lèvres.

Elle était dans une chambre presque ordinaire, si ce n'était qu'il n'y avait pas de porte: rien qu'un mur vitré qui donnait sur un couloir. Avec elle dans la cellule – elle en avait connu assez pour en reconnaître une – il y avait un grand lit confortable en bois qui prenait la plus grande partie de la pièce, une commode, et un grand miroir sur pied dans un coin. Blanche tressaillit. Le miroir ne lui renvoyait pas son propre reflet. Ce qu'elle voyait, c'était une petite fille en robe blanche qui la dévisageait.

-Non, balbutia-elle en même temps que la fillette dans la glace. Ce n'est pas possible.

Et sa voix? Pourquoi sa voix était aussi aiguë?

Blanche s'approcha un peu sur des jambes flageolantes, tâta son visage de ses doigts trop petits, et dû se rendre à l'évidence.

Elle était redevenue une enfant!

-Oh seigneur...

Elle devait avoir dix ans, pas plus. La dernière chose dont elle se rappelait, c'était la bataille au centre commercial. Rien de tout ça n'avait de sens. Ils avaient gagnés, n'est-ce pas? Ou... ou ils étaient en train de gagner? Régina était gravement blessée, ça, Blanche en était sûr. Quand Blanche-Neige se battait, tout ce qui arrivait à ses camarades s'inscrivait en elle aussi sûrement que ses propres blessures. La fin était floue, mais ils avaient retrouvés Henry, et Régina avait reçu une blessure qui avait l'air beaucoup trop grave pour que la magie la soigne facilement. Blanche ne pouvait pas rester ici. Neal avait besoin d'elle, toute sa famille avait besoin d'elle, ou elle allait en avoir besoin très bientôt. Blanche ne pouvait pas se réveiller impuissante et en plein cauchemar maintenant!

Il n'y avait pas la moindre caméra de surveillance visible, pourtant elle devait être surveillée d'une façon ou d'une autre: Blanche entendit des pas dans le couloir presque aussitôt. Elle recula lorsque deux hommes en costumes se présentèrent de l'autre côté de la vitre, mais impossible de dissimuler sa stupéfaction.

Parce que les agents qui braquaient leurs pistolets sur elle n'avaient pas plus de dix ans, eux non plus.

-Qu'est-ce qui...

Là-dessus, les deux garçons passèrent à travers la vitre comme si elle n'était même pas là. Blanche était pourtant sûr de l'avoir touché. Aussitôt que la jeune femme fit mine de lever une main, deux crans de sécurité claquèrent sinistrement dans la cellule. Leurs lunettes noires interdisait de deviner la moindre de leurs émotions.

-Il nous est impossible de déterminer si vous avez des pouvoirs magiques, récita l'un d'eux, un petit blond, avec le plus grand calme. Dans le doute, nous serons forcés d'user de la force létale à la moindre résistance, ou au moindre mouvement suspect.

Blanche ne répondit rien, le souffle court. Ce n'était pas une question, et il n'y avait aucune option, même si elle avait eu sa véritable apparence. Pour l'instant, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était laisser ses ravisseurs la menotter et l'entraîner hors de la cellule sans ajouter un mot de plus. Encore une fois, elle avait déjà fait ce genre de choses auparavant. Elle savait à quel genre d'homme – ou de femme – on allait l'amener maintenant.

C'était à leur chef, qu'elle voulait parler.

Elle tenta de se rappeler du chemin, ou au moins de compter les sorties, mais l'endroit était un véritable labyrinthe. Ils passèrent devant beaucoup d'autres cellules sans que Blanche parvienne à apercevoir autre chose que les ténèbres à l'intérieur, comme si une étrange obscurité les emplissaient toutes. Puis ils montèrent des escaliers insensés, qui s'entrelaçaient par dizaines dans le néant, se rejoignaient, tournoyaient les uns autour des autres.

On aurait dit un grand manoir, étonnamment chaleureux malgré le silence. Toutes les portes étaient circulaires et faites de chêne massif, avec des battants en fer forgé. Des tapis de velours rouge recouvraient le sol, les murs étaient parés d'arabesques blanches. Ils débouchèrent sur un vaste corridor où s'étendaient des dizaines de cheminées. Soudain, une bonne vingtaine d'entre elles crachèrent de la cendre, dont émergèrent de tout petits hommes sanglés de cuir vert et rouge, chacun armés d'une mitraillette automatique en bandoulière. Ils passèrent au petit trot devant Blanche et ses gardiens sans leur accorder un regard, dans le plus parfait silence. Ils avaient de grosses faces grossières qui les faisaient presque ressembler à des nains, mais des oreilles pointues, aussi.

-Des lutins..., murmura Blanche sans parvenir à quitter des yeux les armes dans leurs mains d'enfants.

Enfin, on fit monter à Blanche un large escalier de marbre blanc. Au sommet se dressait une nouvelle porte ronde, gigantesque, sillonnée d'arabesque d'or pur. Deux ours polaires aussi immaculés que le marbre étaient postés là, dressés sur leurs pattes arrières. Blanche avait vu des gardes plus étranges, mais elle faillit tout de même baisser les yeux quand les ours dardèrent sur eux un regard flamboyant de lumière rouge.

-Croyez-vous en lui?, articulèrent les deux ours en chœur d'une voix caverneuse.

-Nous croyons, répondirent les deux gardes de Blanche sans hésitation aucune.

Les agents n'avaient pas ouvert la bouche de tout le trajet, et il y avait quelque-chose de presque comique dans leur voix aigu et innocente – non que Blanche soit vraiment d'humeur à rire. Même elle pu sentir la force des mots qu'ils venaient de prononcer, comme une onde invisible caressant son visage en passant. Croire. Il ne suffisait pas de le dire, de la même façon qu'il ne suffisait pas d'embrasser quelqu'un pour en faire un baiser d'amour véritable. Ce que ces ours blancs demandaient, c'était un sortilège puissant. Quelle genre de porte avait besoin d'autant de magie pour s'ouvrir?

En tout cas, nota Blanche pour plus tard, qui que soient les hommes en costume, c'était bien davantage que des employés. Ils croyaient à ce qu'ils faisaient au plus profond de leur cœur.

Soudain, elle réalisa que les ours la dévisageait. Leurs yeux ressemblaient à deux braises rougeoyantes tirés du feu.

-Crois-tu en lui?, dirent-ils ensemble.

-...nous sommes chez le Père Noël, n'est-ce pas?, finit par demander Blanche d'une voix qu'elle s'efforçait d'empêcher de chanceler. Il y a comme... je ne sais pas, un thème, depuis le traîneau.

-Crois-toi en lui?, insista l'un des ours menaçant.

Blanche ferma les yeux.

-Oui... pourquoi pas, après tout? Je crois en lui.

-Alors voyez.

Et les portes s'ouvrirent lourdement, en un long grincement qui résonna dans le couloir. A l'instant où elle découvrit la pièce, Blanche ne put le retenir. L'émerveillement. Comme si elle était véritablement redevenue une enfant, un instant elle fut simplement ébahie par ce qu'elle découvrait, sans peur.

En forme de dôme, l'endroit était gigantesque, et absolument rempli de machines merveilleuses. La paroi du fond était en verre comme une immense fenêtre, révélant le blizzard à l'extérieur. Une voiture de course de la taille d'un enfant passa par là, dotée de cheminées de locomotive crachant de la fumée scintillante. Le jouet était à moitié démantibulé, révélant mille étincelles rougeoyantes à l'intérieur, et il faisait la course avec une calèche dont les roues étaient frénétiquement actionnées par mille rouages et levier recouvrant ses parois. Elle avait l'air de rouler toute seule, mais on entendait hennir des chevaux invisibles.

Plusieurs échelles gisaient contre la carcasse rutilante d'un robot sans tête de cinq mètres assis dans un coin, occupé à jouer aux cartes avec une poupée à la face brisée, presque aussi grande que lui. Une bonne dizaine d'oiseaux et d'avions télécommandés de toutes tailles et de toute époques sillonnaient le plafond en dôme loin au-dessus de leur tête, retenus par des fils d'or qui n'expliquaient en rien les vrombissements de moteur bien réels qu'on entendait.

La plupart des machines étaient cernés d'échafaudages, et si complexes ou changeaient de forme si vite que Blanche aurait été incapable de deviner ce qu'elles étaient censées devenir.

Une libellule se posa maladroitement sur l'épaule de Blanche. Ses ailes – il en manquait plusieurs – étaient faites des tissus les plus fins qu'elle avait jamais vus, tendus sur des armatures d'argent, et la moindre articulation de son corps était sculptée avec une minutie qu'on aurait admiré pendant des heures. Impossible de dire si l'insecte volait par magie ou grâce à une étrange technologie. Ce n'était qu'un jouet, et pourtant, quelqu'un avait apporté tant de soin et d'amour à sa construction que ça aurait bien pu être une machine révolutionnaire.

Pourtant, sans que Blanche puisse s'expliquer pourquoi, quelque-chose de terrible émanait aussi de cet endroit. Quelque-chose... de brisé.

Un des hommes en costume poussa Blanche dans le dos pour la faire avancer.

A sa grande surprise, en passant près de l'un des deux ours blancs qui gardaient l'entrée, elle cru un instant entendre encore sa voix, sans qu'il n'émette le moindre son. Soudain, les intonations de la bête étaient angoissées, douloureuses:

-Tu as le cœur vrai, Blanche-Neige. Un vœu voyage dans les deux sens, de l'enfant à la Source et de la Source à l'enfant. Lui vous a toujours trouvés.

Les portes se refermèrent avant même qu'elle comprenne tout à fait ce qu'elle avait entendu, ou ce que ça pouvait bien vouloir dire.

Des schémas noirs d'annotations et de calculs jonchaient le sol entre les échafaudages, mais si on les frôlaient du pied, ils se pliaient pour faire de petits bateaux ou des fleurs. Lorsque tout un groupe d'entre eux s'envola en pliant des papillons, Blanche découvrit que le plancher était fait d'un étrange verre transparent, et en-dessous, des milliers de rouages tournaient et crépitaient inlassablement en rythme, à croire qu'ils se trouvaient dans un immense horloge.

L'un des avions au plafond, un modèle avec une aile cassée qui ressemblait aux dessins de Leonard de Vinci, s'approcha du sol. Assez près pour qu'on qu'on voit à son cockpit un lapin en peluche bien vivant, coiffé d'un bonnet d'aviateur, qui fit coucou à Blanche avant de reprendre de l'altitude.

-Il refuse de redescendre, fit une voix dans un coin, il a décollé le jour de notre arrivée ici, et pas moyen de le forcer à se poser. Et il a volé pile le modèle que je voulais voir de plus près, en plus. Ce n'est vraiment pas juste.

Les hommes en costume se redressèrent encore davantage. C'était un adulte qui venait de parler – enfin un! - assis en tailleur dans un coin, contre un mur. Des piles entières de livres se dressaient autour de lui, chacun presque assez gros et épais pour appartenir à un géant, et il semblait incapable d'en lever les yeux. L'inconnu n'avait pas sa veste, comme s'il l'avait oublié, il ne portait qu'une chemise froissée aux manches relevées et une cravate mal nouée. Ses cheveux noirs ébouriffés lui donnait l'air de sortir du lit, ses lunettes rondes étaient de travers et il était en chaussettes. Un long moment s'écoula avant qu'il ne se décide enfin à refermer son livre, et Blanche comprit qu'il avait déjà oublié leur présence lorsqu'il leva sur eux un regard surpris. Puis il se mit vivement à fouiller le bazar qui l'entourait pour en extirper l'une de ses chaussures.

Un des enfants en costume qui encadraient Blanche soupira, tandis que son patron cherchait le deuxième mocassin.

-Excusez-moi, fit l'adulte en écartant d'autres grimoires, j'étais censé... oups... j'étais censé vous attendre dans ce fauteuil, là-bas, en regardant par la fenêtre. Je vous aurais dis que je vous attendais, et tout le reste. Mais tous ces livres qu'il y a ici... ils n'existent pas dans notre monde. Tout... tout ici est tout à fait fascinants, vous voyez? Fascinant. Cette pièce change sans arrêt d'étage, mais aujourd'hui nous nous trouvons dans le Bois des Savoirs, ce ne sont pas simplement des livres, chaque connaissance...

Il s'interrompit en réalisant que Blanche le regardait avec effarement, et se releva précipitamment en redressant ses lunettes d'un doigt, penaud. Blanche avait été menée enchaînée devant beaucoup de rois et de reines, mais jamais un adversaire ne lui avait parut aussi... comment appeler ça? On aurait dit un petit garçon. Oui, c'était le seul adulte dans la pièce, et pourtant, quelque-chose dans sa maladresse, dans la gentillesse parfaitement improbable qui émanait de lui, lui donnait l'air d'un enfant. Finalement, il renonça à retrouver la deuxième chaussure et se leva.

-Toutes mes excuses pour tout ce bazar. Nous venons d'arriver.

-Vous n'avez pas construit tout cela, n'est-ce pas?, ne put s'empêcher de demander Blanche d'une voix étranglée.

-Pas vraiment. Mais j'ai apporté quelques améliorations. J'avais beaucoup d'idées, depuis très longtemps. Prenez place, je vous prie.

Blanche tourna la tête pour découvrir un grand bureau en chêne massif, en plein centre de la pièce, avec deux fauteuils confortables. Elle était certaine que tout ça n'était pas là une seconde plus tôt. En s'asseyant, la jeune femme put enfin s'approcher de la fenêtre, mais de toute évidence, ils n'étaient pas à Storybrooke. Des sapins grands comme des buildings se dressaient dans le blizzard à perte de vue. Des escaliers en spirales étaient sculptés le long de chacun des troncs jusqu'aux cimes – non, pas sculptés. On aurait dit que les marches avaient naturellement poussés ainsi, dans le bois. Et plus étranges encore, chaque immense tronc semblait rempli de livres, comme les étagères d'une gargantuesque bibliothèque.

L'homme s'assis en face d'elle, et d'un geste ordonna à ses sbires de reculer un peu. Ses yeux étaient d'un bleu incroyablement pâle. De près, sa fébrilité était évidente, comme si c'était lui qui était convoqué dans le bureau de la maîtresse, mais il ne détournait pas le regard, il avait juste l'air de s'efforcer d'être la personne qu'il devait être. S'il était son ennemi, il n'en avait pas envie, en tout cas. Peut-être que Blanche pourrait tout simplement lui expliquer qu'il y avait une erreur.

-Avant toutes choses, commença l'adulte, laissez-moi vous dire la vérité. Non, je ne suis pas le Père Noël. Ni aucun personnage de conte.

-Je le sais parfaitement.

L'homme leva sur elle un regard interrogateur.

-Vous avez envoyés les hommes qui sont venus chez nous, maugréa Blanche. Pour enlever un enfant terrorisé. Le Père Noël ne ferait jamais ça.

-La mission secrète à laquelle vous avez assistés n'a atterri chez vous que de façon purement fortuite. Nous étions à la poursuite de ce que nous pourrions appeler... un atout volatile. Pour être franc, lorsque le traîneau s'est écrasé, nous étions persuadés que le secret de la magie avait été compromis pour de bon. Mais nous sommes tombés sur quelque-chose de bien plus intéressant, n'est-ce pas?

-Vous connaissez la magie..., murmura Blanche presque malgré elle.

Il n'était ni surpris ni horrifié que Régina et Rumple aient utilisés la sorcellerie pendant la bataille, il ne posait pas spécialement de questions sur l'univers d'où ils venaient. Comme s'il avait déjà fait tout ça avant. Blanche pensait savoir à peu près entre les mains de qui elle se trouvait, le FBI ou quelque-chose de ce genre, mais depuis qu'elle était entré dans cette pièce, elle n'était plus sûre de rien. Mentir serait beaucoup plus compliqué que prévu.

-Nous sommes au courant de certaines choses, opina l'inconnu. Blanche.

Blanche ne parvint pas à retenir sa surprise – pas la première seconde. Il connaissait son nom. Pas son nom de malédiction, son vrai nom. Que savait-il d'autre? L'homme en costume observait ses réactions avec une attention presque effrayante, Blanche pouvait quasiment voir les rouages de son cerveau tourner sous son crâne, comme les rouages que l'on apercevait sous le plafond de verre.

-Un de mes hommes vous a ramené avec lui parce que vous êtes tout ce qu'il a pu sauver de cette opération catastrophique. Il a très bien fait, par ailleurs. Si vous coopérez, alors peut-être qu'à nous deux, nous pourrons éviter la catastrophe qui s'annonce. Pardonnez-moi si je ne me présente pas, nos agents n'ont plus de noms.

Comme Blanche ne répondait pas, le silence s'éternisa quelques instants. C'était forcément un piège. La situation était folle, complètement folle, mais elle ne baisserait pas sa garde si facilement. Son geôlier soupira:

-Je vous proposes... une sorte de marché, d'accord? Vous ne me direz rien, je le vois bien. Pas facilement. Vous avez un regard que je n'ai croisé que chez les vétérans de guerre – et croyez-moi celui là est difficile à sortir quand on mesure 1m30. Mes hommes vous ont vus tirer à l'arc avec une précision qui n'est pas de ce monde. Ils m'assurent que vous êtes un soldat. Tout ce côté mère de famille, ce n'est qu'un genre de couverture, n'est-ce pas?

-Non. Je suis une mère de famille.

-Oh. Hé bien, quoi qu'il en soit, mon instinct me dit que seule la torture nous mènera quelque-part avec vous.

Blanche ne cilla pas. Cet homme avait au moins raison sur un point, elle avait déjà fait la guerre. Et tant que sa famille était loin d'ici, elle n'avait pas vraiment peur, pas encore.

-Voilà ce que nous pourrions faire, proposa-il, je répondrai à l'une de vos questions, honnêtement, sans mentir, à chaque fois que vous répondrez à l'une des miennes. Nous avons tout deux trop besoin de réponses pour nous priver de cette opportunité, alors ça pourrait marcher, vous ne trouvez pas? Commencez donc.

Blanche hésita un instant. Le lapin en peluche renégat redescendit en rase motte et manqua frôler le bureau, mais l'homme en costume ne lui accorda même pas un regard. Finalement, Blanche finit par se résigner. Comment ne pas demander?

-Qu'est-ce que vous m'avez fait?, commença-elle sèchement en baissant les yeux sur son corps de petite fille.

-Le nécessaire pour vous permettre de vous joindre à nous. Voyez-vous, seuls les enfants sont censés être à même de pénétrer le lieu où nous nous trouvons. Mes propres hommes doivent se soumettre à la procédure simplement pour entrer et sortir librement de ce monde. Le processus est tout à fait réversible naturellement – quoique je n'ai pas vraiment d'intérêt particulier à l'inverser, dans votre cas.

-Mais vous, vous n'en avez pas besoin, murmura Blanche en détaillant l'inconnu des pieds à la tête. Vous pouvez rester adulte. Qui êtes-v...

-Une seule question, rappelez-vous. Et plus vous en poserez, plus j'en aurais également, n'est-ce pas? Nous pourrions dire que le gagnant est celui qui découvre le premier tout ce qu'il veut savoir.

Il croisa les jambes, malgré sa chaussure manquante. D'une certaine façon, une étrange façon, il ressemblait à Rumplestiltskin: un homme qui respectait ses propres règles à la lettre. Blanche savait qu'elle n'aurait pas vraiment à avoir peur tant qu'elle les respecterait – elle avait apprit à ne pas espérer trop fort trouver le bien en chacun, pas si vite, mais elle savait aussi qu'on pouvait faire confiance aux obsessions de ce genre de personnages. Aussi étranges qu'elles puissent être.

-C'est mon tour, donc, déclara l'adulte. La Magie, êtes vous capable de la pratiquer n'importe-où? Même en-dehors du champ de perturbation quantique qui enveloppe votre ville?

Blanche ne répondit pas tout de suite. Elle ne voulait pas répondre du tout. Mais si elle ne le faisait pas, elle serait simplement renvoyée à sa cellule sans un mot de plus, elle le savait, et qu'elle se l'admette ou non, l'idée la terrorisait. Elle savait qu'elle aurait besoin de savoir au moins une poignée de choses si elle voulait avoir une chance de s'échapper.

-...notre ville n'a jamais cherché à s'en prendre au monde extérieur, lâcha finalement Blanche. Pas une seule fois. Nous ne sommes pas dangereux, nous...

-Ce n'est pas une réponse.

-Nous ne savons pas si la magie fonctionne ailleurs! Nous n'avons jamais essayé d...

-Vous ne pouvez pas, n'est-ce pas?

Blanche se tendit toute entière. L'homme en costume sourit.

-Vous venez d'un monde de pouvoirs et de merveilles, c'est évident. Puis vous êtes arrivé, un tout nouvel univers, et pas un d'entre vous n'aurait tenté de s'aventurer en dehors, de profiter de la magie pour devenir un roi parmi les hommes? Ce n'est pas un mensonge très convaincant. Je crois que votre ville n'est jamais vraiment entré dans notre monde. Je crois qu'elle fonctionne comme une poche dimensionnelle, et qu'en dehors de cette poche, la magie est inexistante. C'est fascinant.

-Où sommes-nous?, lança sèchement Blanche. Dans une autre poche?

-Oui. Pas plus chez vous que chez moi, en tout cas. Nous sommes dans l'Atelier du Père Noël, vous l'aviez sûrement déjà compris. Ce lieu existe en dehors de nos réalités respectives, il est magique, lui aussi. Fait de foi à l'état pur, pourrait-on dire. Il réponds au doigt et à l'oeil aux souhaits de celui qu'il considère comme son maître. Je n'en ai pas le plein contrôle, pas encore. Mais j'ai pensé qu'il serait plus adapté que notre quartier général pour une première rencontre. Vous recevoir ici est une marque de courtoisie.

-M'enlever était une marque de courtoisie?Me voler mon âge?

-Est-ce une question?

-Vous ne répondez pas vraiment, cracha Blanche.

-Je suis sûr que vous ne me direz pas tout non plus. C'est le jeu. Vous devez poser les bonnes questions.

Son regard se durcit et Blanche comprit qu'il s'apprêtait à en venir à l'essentiel:

-Vous devez comprendre. Vous n'êtes pas entre les mains d'une méchante sorcière ou d'un prince un peu fou. Votre détention est légale, et pourrait se prolonger pour le reste de votre vie selon votre degré de coopération. Là-bas, dans ce centre commercial, vous avez perturbé rien de moins qu'une opération secrète prioritaire du gouvernement des Etats-Unis. A vrai dire, vous l'avez contrecarrée – pourquoi le nier? Nous avons perdus un atout immensément important. Si nous pouvons le récupérer à temps, il se peut que nous vous laissions en paix... autant que faire se peut.

-Le garçon aux cheveux blancs...

-Tout à fait. Le garçon.

Blanche faillit demander pourquoi il était venu à Storybrooke – ou est-ce qu'il n'avait fait que s'y écraser par accident? - mais ce n'était pas son tour, et ça aurait été gaspiller une de ses précieuses questions. Ça ne l'aiderait pas à sortir d'ici. Si seulement elle avait pu simplement demander comment sortir, ou comment s'y prendre pour retrouver son corps d'adulte! Il y avait fort à parier qu'en redevenant adulte elle serait aussitôt éjectée de ce monde.

-Nous savons qu'il est dorénavant en votre possession, continua l'homme. Et qu'il est peut-être venu à la recherche d'un type de mage tout à fait spécifique. S'est-il lié à quelqu'un de particulier, là-bas? Quelqu'un l'a forcément stabilisé.

Blanche songea aussitôt à Henry.

-Je n'en sais rien – non, je ne comprends rien à ce que vous dites, improvisa-elle. Il n'a rien dit, à aucun d'entre nous.

-Hum... je vous crois. Je penses que vous n'avez pas la moindre idée d'à quoi vous faites réellement face.

-...un de nos sorciers voulait le tuer, souffla brusquement Blanche. Il était devenu comme fou, il refusait de nous dire pourquoi. Il a dit... que nous devions tuer ce garçon avant qu'il se «construise».

-Une renaissance. C'est donc cela.

L'homme se pencha en avant, le regard soudain brillant.

-Il ne se rappelle pas. C'est ça, n'est-ce pas? Il ignore peut-être même d'où il vient. Avez-vous eu le temps de lui parler? Que sait-il?

Blanche se pencha à son tour, la mâchoire contractée, et lâcha:

-Vous avez changé de question.

L'homme en costume se rembrunit, mais esquissa un petit sourire, presque comme s'il s'amusait malgré lui.

-Vous avez raison. A votre tour.

-Qui êtes-vous, vous tous? Qui attaque notre ville?

-Ah. Nous y voilà. J'aurais pu vous le dire d'emblée, après tout. Vous devez comprendre que la partie est déjà terminée – elle s'est achevée lorsque nous avons trouvés votre quartier général.

-Ca n'a rien d'un qu...

Blanche se tut aussitôt lorsque l'adulte haussa un sourcil.

-Nous sommes une organisation rattachée au gouvernement des Etats-Unis, continua l'homme, directement sous les ordres du Président. La puissance du pays le plus puissant du monde est derrière-nous. On nous nommes FAITH. Federal Agency of Interdimensional Threats Harmonizations (*Agence Fédérale d'Harmonisation des Menaces Interdimensionnelles). J'en suis le directeur.

Blanche en eu le vertige. Le Président des Etats-Unis connaissait l'existence de la magie? Un million d'autres questions lui effleurèrent les lèvres, mais elle savait qu'elle n'avait déjà plus grand chose à offrir en échange.

-C'est impossible, votre monde n'a pas pu simplement... découvrir la magie comme ça!

-Un très grand nombre de gens ordinaires ont été en contact avec la magie de tout temps, surtout des enfants. N'avez-vous jamais songé à ce qui advenait, lorsque nous grandissons?

Alors pourquoi être nos ennemis?, songea Blanche avec effroi. Les gens ordinaires touchés par la magie étaient le plus souvent des gens qui avaient été aidés, qui avaient vu s'exaucer un de leurs vœux ou assisté à un miracle. Des gens qui restaient emplis de foi même des années plus tard. L'homme en costume continua:

-J'ai créé cette organisation moi-même, accompagné d'un grand nombre de... de mes frères, dirions-nous. Notre but est de protéger le monde des menaces surnaturelles. Toutes sortes de choses arrivent chez nous de temps à autre. Les sorciers. Les fées. Les ogres. Et des créatures comme celle qui a malencontreusement atterri dans votre charmante bourgade au nom si discret. Je ne vous veux pas de mal. Pas personnellement. Mon seul but est de protéger mon royaume à moi, les États-Unis d'Amérique. Mais vous devez livrer l'enfant. Sans quoi, Storybrooke deviens à l'instant même l'ennemi juré des États-Unis, bien devant la Chine ou l'Afghanistan.

-Nous ne sommes pas une menace. Notre ville n'a aucun contact avec le monde extérieur depuis sa création, depuis...

Elle ferma brusquement la bouche en réalisant qu'elle risquait d'en dire trop. Que ferait cet homme, s'il comprenait comment Storybrooke était apparu, ou de quoi les magiciens étaient vraiment capables? Rumple était peut-être l'équivalent de l'arme atomique, si ça se savait la ville serait rayée de la carte.

-Nous n'en sommes pas à notre coup d'essai, avoua le directeur. La magie est une menace où qu'elle se trouve. Je dois le reconnaître, jamais nous n'avons découvert une zone surnaturelle aussi colossale. Il faut une bonne cinquantaine d'années pour les dégoter. Mais la menace est toujours réelle. Elle est réelle de par votre simple existence. Et commencer nos relations en dérobant une arme aussi puissante était la pire des choses à faire.

-Ce garçon... il a l'âge de mon petit-fils. Il ne ferait de mal à personne.

-Cette créature a des siècles. Elle fut humaine, il y a très longtemps, mais elle a été emporté par quelque-chose de plus grand qu'elle – de façon tout à fait littéral, d'ailleurs. Ce garçon a été... dénaturé. Souillé, dirait-on. Il a grandi dans ce monde, l'Atelier, et ici, on vieillit avec le cœur. Plus on y apprends, plus on mûrit, et plus on vieillit. Notre jeune fuyard n'a jamais su évoluer. J'ignore de quoi il est au courant exactement, mais affaibli comme il est, son réflexe sera de commencer par vous faire croire qu'il est de votre côté. Croyez-en mon expérience.

L'homme se rejeta en arrière dans son fauteuil. Étrangement, ce fut là que Blanche comprit ce qui la dérangeait depuis le départ: cette pièce était abandonnée. Tout les jouets qui les entouraient étaient inachevés, laissés à la rouille. C'étaient des œuvres voués à la joie qui ne rempliraient jamais leur fonction, et ça rendait infiniment triste tout ce qu'il y avait de merveilleux en eux. Quand au directeur, il avait sincèrement paru capable de bonté et de compréhension, mais soudain, à la simple pensée de Kris ses traits frémissaient de haine malgré tous ses efforts pour la cacher. Blanche n'avait vu cela que chez une seule et unique personne.

C'était comme ça que Régina la regardait, avant.

-Je comprends, vous savez, fit le directeur de FAITH. Vraiment. Il est très doué à ce petit jeu, laisser une faille, exposer une infime fissure pour vous donner envie de croire en... une certaine innocence, dirait-on. Vous faire croire qu'il mérite d'être aidé, que vous seriez quelqu'un de mauvais si vous ne le faites pas. Vous donner envie de l'aimer malgré tous ses défauts. Je supposes qu'il a apprit ça de moi, en quelques sortes.

-De vous?

-Votre garçon au traîneau est l'un de mes agents.

Cette fois-ci, Blanche fut complètement incapable de dissimuler sa surprise. Non. Ça n'avait pas de sens, c'était parfaitement impossible.

-Vous mentez.

-Ce jeune garçon, articula le directeur en se penchant en avant, cet homme, est un membre de FAITH. Un agent au statut tout à fait particulier, je vous l'accorde, mais il est des nôtres. Nous avons eu récemment quelques démêlés avec lui.

-Vous avez essayé de le tuer, vos hommes lui ont tirés dessus!

Les protestations de Blanche ressemblaient bien trop à des questions, mais manifestement, le directeur de FAITH n'était que trop heureux de dévoiler ces cartes là:

-Il n'est pas vivant au sens où vous l'entendez. On peut sans doute le neutraliser, mais la dernière fois que je l'ai vu, il était parfaitement impossible de l'éliminer tant que le Père Noël croyait en lui. Il est hors de question de l'éliminer. J'admets que nous avons pris des risques colossaux, s'il s'est blessé en s'écrasant chez vous, sa constitution physique a peut-être été altéré par son passage d'un monde à l'autre. Je le prendrai en compte lors de ma prochaine attaque de votre ville.

Il disait la vérité. Blanche n'avait peut-être pas le super-pouvoir d'Emma, mais elle en était presque sûr. Pourquoi un mensonge pareil? Ça ne l'aiderait pas à convaincre Blanche de l'aider à récupérer le garçon – ce serait même sûrement le contraire.

-Il était en train de vous fuir, balbutia tout de même Blanche dans un souffle.

-Je vous l'ai dis. Nous avons eu des désaccords récents. Mais c'est à mon tour de poser une question. Je vous conseille d'y répondre, la survie de tous vos êtres chers dépends de celle-là. Lorsque vous l'avez vu, a-il eu le temps de commencer à exaucer des souhaits?

-Des... souhaits?

-Je ne vous ferai pas croire que tous les objectifs de mon organisation convergent avec vos intérêts. Mais croyez-moi sur parole: s'il a le temps d'user de ses pouvoirs pour exaucer ne serait-ce qu'un vœu, les vôtres ouvrirons d'eux même les portes de la ville pour nous supplier de les sauver.


Coucou salut, merci d'avoir lu ! On a enchaîné deux chapitres un peu sombres, mais ce ne sera pas tout le temps comme ça! A partir du chapitre suivant, nos deux héros vont apprendre à s'entraider avec leurs problèmes