La lumière des torches vacillait dans la vaste salle d'entraînement, où un chaos organisé régnait. Partout, des hommes, des adolescents, et même des vieillards s'efforçaient de se préparer pour la bataille imminente. Les plus jeunes brandissaient des armes trop grandes pour eux, tandis que les plus âgés peinaient à enfiler leurs armures rouillées. Des épées émoussées, des lances tordues et des boucliers cabossés s'entassaient dans les coins, trahissant l'état désespéré de leurs ressources.

Calion se tenait à l'écart, appuyé contre un pilier, ses yeux verts scrutant la scène avec une intensité silencieuse. Il remarqua chaque détail : les mains tremblantes de ceux qui s'équipaient, les regards nerveux échangés entre les hommes, et les murmures d'inquiétude qui emplissaient l'air. Mais ce furent les voix élevées, venant du centre de la salle, qui attirèrent son attention.

Legolas, le visage sombre et tendu, faisait face à Aragorn. Son regard était chargé d'une frustration qu'il peinait à contenir.

« C'est insensé, Aragorn, » lança-t-il, sa voix claire mais vibrante d'émotion. « Regarde autour de toi ! Ce ne sont pas des soldats. Ce sont des enfants et des vieillards qui n'ont jamais tenu une arme. Les armes qu'ils portent tomberont en morceaux avant même que l'ennemi n'arrive. Comment peux-tu croire que nous avons une chance ? »

Aragorn, visiblement encore fatigué mais déterminé, se redressa de toute sa hauteur, son regard perçant fixé sur l'elfe. « Ils ne sont peut-être pas des soldats, mais ils sont le peuple du Rohan. Ce sont des fermiers, des pères, des fils. Et ils se battent pour protéger leurs familles, leur foyer. Ce courage vaut plus que toutes les armes. »

Legolas secoua la tête, incrédule. « Le courage seul ne suffira pas. Cette bataille est perdue avant même d'avoir commencé. L'armée qui approche est gigantesque, une marée noire qui déferlera sur nous. Nous serons écrasés. »

Aragorn, son visage durci par une résolution inébranlable, s'avança vers lui, réduisant la distance entre eux. « Alors je mourrai avec eux, » dit-il d'une voix grave, mais ferme. « Si nous devons tomber, nous tomberons en défendant ce que nous aimons. Je ne tournerai pas le dos à ces gens. »

Calion, jusqu'alors silencieux, observa l'échange avec attention. Il voyait l'inquiétude de Legolas, le poids de la raison dans ses paroles, mais il voyait aussi la force de conviction qui animait Aragorn. Leur dispute n'était pas seulement une confrontation d'idées, mais une expression brute de leur peur, de leur frustration, et de leur détermination.

Avant qu'il ne puisse intervenir, un éclat de rire tonitruant résonna dans la salle. Gimli fit irruption, sa hache sur l'épaule et une côte de maille bien trop grande pour lui pendante sur son corps trapu.

« Par Durin, regardez-moi ça ! » s'exclama-t-il, levant les bras. « On m'a donné une côte de maille qui pourrait couvrir deux nains ! Je ressemble à un sac de farine ! »

Le comique involontaire de Gimli coupa la tension de la dispute. Plusieurs hommes dans la salle éclatèrent de rire, et même Legolas, malgré lui, esquissa un sourire fugace. Aragorn secoua doucement la tête, amusé par l'entrée du nain.

Gimli, toujours grognon, ajusta la côte de maille comme il pouvait. « Si ces orques pensent que je vais me laisser abattre juste parce que je flotte dans cette armure, ils ont une autre surprise qui les attend. »

Calion, croisant les bras, laissa échapper un léger sourire. « Peut-être devrions-nous demander à un forgeron de réduire ça à ta taille, Gimli. Après tout, tu auras besoin de te mouvoir si tu veux prouver à ces orques que tu es plus dangereux qu'une armée entière. »

Gimli haussa les sourcils, un éclat dans le regard. « Parfaitement, Calion. Et pendant que j'y suis, peut-être qu'on devrait t'en trouver une, pour que je ne sois pas le seul à briller sous la lumière de la lune. »

Légèrement amusé, Calion ne répondit pas, mais l'échange sembla alléger l'atmosphère. Même Legolas retrouva un peu de son calme, bien que son regard restât sombre.

Aragorn posa une main sur l'épaule de l'elfe, son expression redevenue sérieuse. « Je sais que les chances sont contre nous, Legolas. Mais nous n'avons pas d'autre choix. Ces gens comptent sur nous, et je compte sur toi. »

Legolas fixa son ami longuement, avant de hocher lentement la tête. « Alors, nous nous battrons. Même contre l'impossible. »

Calion, observant la scène, sentit une nouvelle détermination s'élever dans la salle. La peur était toujours là, mais elle était tempérée par la résolution de ceux qui se tenaient prêts à défendre le Gouffre, quelles que soient les conséquences.

Le vent glacial soufflait avec force sur les remparts du Gouffre de Helm, faisant claquer les capes des sentinelles qui veillaient dans la nuit. La lueur pâle des étoiles se mêlait aux torches vacillantes, illuminant faiblement la silhouette d'Aragorn, appuyé contre les créneaux. Son regard, fixe et attentif, scrutait l'horizon sombre qu'encore aucune lueur n'étaient venues percées mais la bataille approchait, inexorablement.

Des pas légers, presque imperceptibles, résonnèrent derrière lui. Calion, d'un pas silencieux et mesuré, rejoignit Aragorn sur les remparts. Ce dernier, sans même se retourner, sentit sa présence et esquissa un sourire discret.

« Que veux-tu, Calion ? » demanda-t-il doucement, son ton teinté d'une chaleur familière.

Calion, les bras croisés, se posta à côté d'Aragorn et tourna son regard vers la plaine. Ses yeux verts brillaient dans la lumière vacillante des torches, empreints d'une intensité caractéristique.

« Je voulais savoir si tu as pu te reposer. » Sa voix, bien que basse, portait une sollicitude sincère. « Et manger. La bataille approche, et tu devras être en pleine forme. »

Aragorn, amusé par cette attention presque paternelle, laissa échapper un léger rire, rauque mais sincère. Il se tourna légèrement vers Calion, ses traits marqués par la fatigue mais adoucis par un sourire.

« Je vais bien, Calion. J'ai dormi quelques heures et mangé suffisamment. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. » Puis, levant un sourcil interrogateur, il ajouta avec une lueur taquine dans le regard : « Mais toi ? As-tu fait ce que tu demandes à tout le monde ? As-tu pris le temps de manger et de te reposer ? »

Calion haussa légèrement les épaules, détournant le regard vers les plaines comme pour éviter la question. « Ce n'est pas important, » répondit-il d'une voix calme mais évasive. « Je me concentre sur ce qui doit être fait. Il y a trop à préparer pour perdre du temps à me poser. »

Aragorn soupira, secouant la tête d'un air réprobateur. « Tu es incorrigible. Calion, je t'ai vu faire preuve d'une endurance que je n'ai jamais vue chez aucun autre homme. Mais je t'ai aussi vu aller au-delà de tes propres limites. »

Il se redressa, fixant son compagnon d'un regard sérieux. « Je me souviens de toi dans la Moria. Tu n'étais pas seulement épuisé physiquement, tu étais à bout de forces dans tous les sens du terme. Et si cela arrivait encore ? »

Les paroles d'Aragorn touchèrent leur cible. Calion baissa légèrement les yeux, une lueur de culpabilité traversant son regard. Il sembla rétrécir sous le poids de ce reproche, ses épaules se voûtant légèrement.

« Dans la Moria… » murmura-t-il finalement, sa voix teintée d'une émotion contenue, « je combattais plus que des ennemis visibles. Je luttais contre des terreurs anciennes, des ombres de mon passé qui refusaient de me laisser en paix. »

Il leva les yeux vers Aragorn, son expression se raffermissant. « Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je suis en paix avec moi-même, ou du moins bien plus qu'à l'époque. Je suis prêt, Aragorn. Je vais bien. »

Aragorn scruta son visage, cherchant une trace de doute ou de faiblesse, mais il n'y trouva qu'une calme résolution. Il finit par hocher lentement la tête, bien qu'une lueur d'inquiétude persistât dans ses yeux.

« Je te crois, Calion. Mais je te rappelle ceci : même toi, tu as des limites. Et même toi, tu as des alliés prêts à te soutenir. N'oublie jamais cela. »

Calion ne répondit pas immédiatement. Ses traits restèrent immobiles, mais Aragorn sentit un changement subtil dans l'atmosphère. Comme si un poids invisible s'était soudainement posé sur les épaules de son compagnon.

Le silence qui suivit n'était pas vide, mais chargé, presque palpable. Calion détourna son regard vers les plaines. Ses yeux, si souvent remplis d'une lumière résolue, semblaient s'assombrir, perdus dans des pensées lointaines. Aragorn, sensible à ces nuances, fronça légèrement les sourcils, conscient que quelque chose de plus profond se préparait.

Finalement, Calion inspira profondément, un geste presque imperceptible, mais Aragorn le vit, le sentit. Le souffle d'un homme sur le point de dévoiler quelque chose qu'il gardait enfoui.

« Aragorn, » commença-t-il, sa voix teintée d'une hésitation inhabituelle, « je dois te demander une promesse. »

Aragorn fronça légèrement les sourcils, intrigué. « Une promesse ? Quelle promesse ? »

Calion inspira profondément, cherchant à contrôler l'émotion qui montait en lui. Ses yeux, fixés sur les plaines, semblaient perdre de leur éclat alors que des souvenirs le submergeaient. « Ce n'est pas la première fois que je me bats aux côtés de compagnons. Mais cette fois est différente. Parce que toi, tu sais ce que je suis, ce que je porte en moi. »

Aragorn resta silencieux, laissant son ami continuer, entendant la gravité dans la voix de son ami.

« Lorsque mes compagnons de voyage ont vu ce qu'ils croyaient être ma fin, » poursuivit Calion, sa voix se brisant légèrement, « ils ont fait ce qu'ils pensaient juste. Ils m'ont enterré, ou brûlé, selon leurs rites. Pour eux, c'était un honneur, un dernier hommage. Mais pour moi… »

Il s'interrompit, ses mâchoires se serrant, et un frisson visible parcourut son corps. Il serra les bras contre lui, comme pour se protéger d'un froid intérieur. « Pour moi, c'était une horreur. Une prison dont je ne pouvais m'échapper. »

Aragorn, soudain immobile, sentit son cœur se serrer. « Tu veux dire que… tu t'es réveillé ? » demanda-t-il, sa voix basse, horrifiée. « Sous la terre, ou… »

Calion hocha lentement la tête, incapable de prononcer les mots. Ses traits étaient tendus, ses yeux brillants d'une douleur qu'il ne pouvait totalement dissimuler. « Je me suis réveillé dans des tombes sombres, sous la pierre, parfois sous la terre, parfois au milieu des cendres encore tièdes. » Il détourna le regard, comme pour échapper à ses propres souvenirs. « Et chaque fois, j'ai dû m'extraire de cet enfer, seul. »

Un silence lourd s'installa, seulement troublé par le murmure du vent. Aragorn était figé, son regard empli d'horreur. Il ouvrit la bouche pour poser une question, mais il se ravisa, comprenant que ce n'était ni le moment ni le lieu. La souffrance visible sur le visage de Calion le convainquit de ne pas insister.

Calion reprit, sa voix plus faible mais empreinte d'une détermination froide. « Je ne veux plus revivre cela, Aragorn. Pas cette fois. » Il tourna lentement son regard vers son compagnon, et Aragorn remarqua les frissons presque imperceptibles qui parcouraient ses bras, les muscles tendus comme un arc bandé. « Si je tombe, si je semble mort, je te demande de ne pas m'enterrer. Ne me brûle pas. »

Aragorn, toujours sous le choc, hocha lentement la tête, ses traits marqués par une compassion sincère. « Que veux-tu que je fasse, alors ? »

Calion inspira profondément, luttant pour retrouver son calme. « Dépose-moi dans un lieu de paix. Un endroit où la nature règne, où rien ne peut m'atteindre. Laisse-moi là. Si la vie me revient, je retrouverai mon chemin. Mais cette fois, Aragorn, je ne veux pas disparaître. Je veux rester. Je veux continuer cette aventure avec toi. »

Aragorn posa une main ferme sur l'épaule de Calion, un geste de soutien et de fraternité. « Je te fais cette promesse, Calion. Je veillerai à ce que cela n'arrive plus jamais. Mais sache une chose : je ferai tout pour que ce jour n'arrive pas. Je ne veux pas perdre un ami précieux. »

Un silence apaisant s'installa entre eux, la tension se dissipant légèrement. Calion hocha lentement la tête, un semblant de soulagement éclairant ses traits fatigués. « Merci, Aragorn. C'est tout ce que je pouvais espérer. »

Aragorn, malgré son désir de poser des questions, choisit de respecter la douleur évidente de son ami. Il se contenta de resserrer son étreinte sur son épaule avant de relâcher sa prise. « Allons, » dit-il d'une voix plus légère, « ces défenses ne vont pas s'inspecter toutes seules. »

Une nuit noire était tombée sur le Gouffre de Helm, et avec elle, une tension palpable s'épaississait dans l'air. Les préparatifs étaient presque achevés, les défenses solidifiées autant que possible, et les soldats, bien que nerveux, étaient en position. Sur les remparts, les sentinelles scrutaient les ténèbres, leurs regards fixés sur l'horizon où se profilaient des ombres inquiétantes.

C'est alors qu'une lueur apparut au loin. Des points de lumière dansaient au-delà des remparts, grandissant lentement mais sûrement, semblant se mouvoir en un ordre précis. Une sentinelle, alarmée, fronça les sourcils et se pencha pour mieux observer. « Des torches, » murmura-t-elle pour elle-même, avant de se redresser brusquement. « Des torches au-delà des remparts ! »

Quelques instants plus tard, un soldat entra précipitamment dans la grande salle où Théoden et ses conseillers étaient rassemblés. Ses pas rapides résonnèrent contre la pierre, interrompant les murmures inquiets qui parcouraient la pièce. Tous les regards se tournèrent vers lui lorsqu'il s'arrêta, à bout de souffle, devant Théoden.

« Majesté, des lumières sont visibles au-delà des remparts. Des torches. » Sa voix était tremblante, mais l'urgence transparaissait clairement.

Théoden, se redressant de toute sa hauteur, répondit avec gravité : « Alors ils sont arrivés. L'armée de Saruman est là. »

Le soldat hésita, jetant un coup d'œil vers ses camarades avant de secouer la tête. « Non, Majesté… ce n'est pas l'armée ennemie. »

Un silence tendu s'abattit sur la salle, brisé seulement par le murmure perplexe des conseillers. Théoden fronça les sourcils, l'incrédulité marquant ses traits. « Si ce ne sont pas des ennemis, alors qui est-ce ? »

Avant que le soldat ne puisse répondre, un son puissant fendit l'air, résonnant dans toute la forteresse. Un cor, clair et majestueux, s'éleva au-delà des remparts, son appel vibrant traversant la pierre et le vent. Les murmures cessèrent instantanément, remplacés par une stupeur généralisée.

Legolas, debout près de l'entrée, écarquilla les yeux, ses traits habituellement calmes marqués par une soudaine émotion. « C'est le cor des elfes de Lothlórien, » murmura-t-il avec une certitude absolue.

Aragorn, à ses côtés, hocha la tête, un mélange de surprise et de soulagement sur le visage. « Les Galadhrim… »

Théoden, bien qu'incrédule, se tourna vers eux. « Les elfes ? »

Sans perdre un instant, Legolas et Aragorn se précipitèrent vers la sortie, suivis de Théoden et des conseillers, tandis que des soldats, intrigués, les regardaient passer. Les lourdes portes du Gouffre furent ouvertes avec précaution, et la lueur des torches devint plus intense. Une ligne impeccable de figures élancées s'approchait, leurs pas silencieux malgré le poids de leur armure brillante et leurs arcs tendus en main. Les elfes, majestueux et redoutables, avançaient avec une grâce qui semblait défier les lois de ce monde.

À leur tête, Haldir, capitaine de Lothlórien, marchait fièrement, vêtu de son armure d'argent et portant un regard assuré. Lorsqu'il atteignit l'entrée du Gouffre, il s'inclina légèrement devant Théoden avant de parler, sa voix claire et noble.

« Nous venons honorer l'alliance entre les elfes et les Hommes, » déclara-t-il, ses paroles résonnant dans le silence impressionné qui régnait autour de lui. « Galadriel et Celeborn m'ont envoyé avec mes frères pour vous prêter main-forte. Les ténèbres s'élèvent, et en cette heure sombre, nous combattons côte à côte. »

Un murmure d'étonnement parcourut les soldats rassemblés. Théoden, bien que surpris, s'avança et répondit avec dignité. « Votre présence est un honneur, Haldir, fils de Lothlórien. Nous vous accueillons en ces murs et serons fiers de combattre à vos côtés. »

Legolas, un sourire rare et sincère sur les lèvres, posa une main sur l'épaule de Haldir. « Votre arrivée est une bénédiction. »

Haldir hocha doucement la tête, ses traits graves, mais son regard empli d'une détermination calme. « Ensemble, nous tiendrons ce rempart. »

Alors que les elfes entraient dans la forteresse, leurs pas fluides contrastant avec l'agitation des soldats du Rohan, une énergie nouvelle semblait parcourir les murs du Gouffre. Malgré l'ombre qui se profilait, une lueur d'espoir s'était levée. La bataille approchait, et désormais, les Hommes et les elfes la mèneraient ensemble.

Les salutations entre Haldir et Aragorn étaient empreintes de chaleur et de respect. Les deux hommes, liés par leurs combats passés et leur amitié, échangèrent une poignée de main ferme. Aragorn, soulagé et ravi, remercia Haldir pour sa venue, louant le courage des Galadhrim qui avaient répondu à l'appel en ces heures sombres.

« Vous êtes venus dans un moment crucial, » dit Aragorn, un sourire sincère illuminant son visage fatigué. « Ensemble, nous tiendrons. »

Haldir hocha la tête, un éclat de détermination dans son regard. « C'est un honneur pour nous de marcher et de combattre aux côtés des Hommes. »

Alors qu'Aragorn et Haldir échangeaient, un mouvement léger attira l'attention de l'elfe. Quelques pas en arrière, Calion se tenait dans une semi-obscurité, appuyé contre un pilier de pierre. Sa silhouette, bien que discrète, imposait une certaine présence. Il observait la scène avec une calme intensité, ses yeux verts brillant faiblement à la lueur des torches. Sa posture droite et son visage impassible donnaient l'impression qu'il écoutait autant qu'il pesait chaque mot échangé.

Le regard de Haldir s'arrêta un instant sur lui, et un changement subtil passa sur ses traits. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire à peine perceptible, marqué d'une légère reconnaissance, avant qu'il ne s'incline dans un geste fluide et respectueux.

Le geste passa presque inaperçu pour la plupart, mais Théoden, dont les sens étaient en éveil face à chaque détail dans cette période critique, nota l'inclination avec une curiosité retenue. Pourquoi un elfe, si souvent distant dans ses manières, adresserait-il une telle marque de respect à un rôdeur, même compagnon d'Aragorn ?

Haldir, redressant sa posture, s'adressa directement à Calion, son ton toujours mesuré, mais porteur d'une nuance qui semblait n'appartenir qu'à eux. « Ma Dame vous salue, Calion, » dit-il, ses mots résonnant doucement entre les murs de pierre. « Galadriel est heureuse de savoir que l'homme que vous étiez autrefois commence à retrouver sa voie. »

Calion, immobile, accueillit ces paroles avec un léger hochement de tête. Aucune surprise ne transparaissait dans son regard ; il semblait les avoir attendues. Ses lèvres s'entrouvrirent pour répondre, sa voix calme et maîtrisée. « Transmettez à votre Dame ma gratitude. Ses paroles, comme toujours, sont un phare dans l'obscurité. »

À côté de lui, Legolas capta cet échange avec une attention silencieuse. Bien qu'il se soit habitué aux mystères qui entouraient Calion, ces moments, rares et fugaces, rappelaient combien son compagnon de voyage était un homme façonné par des secrets bien plus anciens et profonds qu'il n'osait le dire.

La nuit s'étendait, épaisse et oppressante, sur le Gouffre de Helm. La lueur froide de la lune perçait à peine à travers les nuages sombres, laissant les torches accrochées aux remparts projeter des ombres mouvantes sur les visages tendus des défenseurs. Calion se tenait droit à côté d'Aragorn, son regard fixe et perçant planté sur l'horizon.

Devant eux, dans la mer noire de la nuit, une myriade de lumières vacillait. Les torches de l'armée ennemie s'étendaient à perte de vue, comme un champ de flammes grouillant d'ombres sinistres. Ces lumières, d'abord lointaines et tremblotantes, se rapprochaient inexorablement, révélant peu à peu la taille colossale de la horde. L'atmosphère était glaciale, mais une sueur froide perlait sur le front de nombreux hommes postés sur les remparts.

Autour d'eux, les soldats du Rohan, en grande majorité des fermiers, des artisans et des vieillards, tentaient de se tenir prêts. Beaucoup serraient leurs armes avec des mains tremblantes, leurs doigts glissant parfois sur le bois rugueux des lances ou le métal froid des épées. Leurs visages pâles, éclairés par les torches, trahissaient la peur qui les rongeait. Des murmures parcouraient les rangs, des prières murmurées, des mots d'encouragement balbutiés, des tentatives désespérées de se convaincre qu'ils tiendraient.

Calion observait tout cela du coin de l'œil, son expression aussi impassible que la pierre des remparts. Sa silhouette sombre se découpait nettement sous la lumière tremblotante, son calme contrastant fortement avec l'agitation nerveuse qui l'entourait. Il voyait la peur, il sentait le désespoir, mais en lui, une résolution inébranlable prenait racine. Il n'y avait pas de place pour l'hésitation. Pas ce soir.

À ses côtés, Aragorn semblait partager cette même détermination. Son regard scrutait l'horizon sans ciller, ses traits tirés mais empreints d'une force silencieuse. Il était un chef, un meneur, et il savait que ces hommes avaient besoin de croire en quelque chose, ou en quelqu'un. Il se tourna légèrement vers Calion, et leurs regards se croisèrent un instant. Aucun mot ne fut échangé, mais l'échange était clair : ils tiendraient. Ensemble.

Lorsque l'armée ennemie atteignit enfin la plaine devant le Gouffre, les torches s'arrêtèrent brusquement, formant une ligne infinie qui encerclait la forteresse comme un collier d'étincelles. Puis, dans un ordre glacial et méthodique, les orques et les uruk-hai prirent position. Ils se déployèrent, rang après rang, leurs silhouettes sombres s'alignant avec une précision terrifiante. Des étendards noirs claquaient faiblement au vent, portant les symboles de Saruman, et les reflets métalliques des armures brisées scintillaient sous la lumière tremblotante des flammes.

Ils s'arrêtèrent à une centaine de mètres des remparts, laissant une bande de terre vide entre eux et la forteresse. L'écart, pourtant large, semblait rétrécir sous la pression oppressante de leur présence. La masse grouillante de l'armée ennemie était si immense qu'elle semblait avaler l'horizon. Les défenseurs, eux, étaient si peu nombreux qu'ils paraissaient insignifiants face à cette marée noire.

Un silence tomba.

Il n'y avait plus de chants de guerre, plus de cris d'orques, plus de bruit de métal. Rien d'autre que le souffle du vent passant sur les remparts et le martèlement sourd des cœurs affolés des soldats du Rohan. Ce silence n'était pas un répit, mais une menace. Il était lourd, chargé d'un danger imminent, un calme avant la tempête.

Calion, les mains posées sur le parapet de pierre, scrutait la scène avec une intensité presque surnaturelle. Ses yeux verts luisaient faiblement dans l'obscurité, captant chaque détail, chaque mouvement imperceptible. Il sentait la peur autour de lui, mais il ne la laissait pas l'atteindre. Cette peur, il l'avait connue mille fois, et mille fois il l'avait maîtrisée. Ce soir ne serait pas différent.

À ses côtés, Aragorn porta une main à l'épaule d'un jeune soldat dont l'épée tremblait dans sa main. « Tiens bon, » lui dit-il doucement, sa voix ferme mais réconfortante. Le garçon hocha la tête, déglutissant avec difficulté, et se força à se redresser.

Legolas, un peu plus loin, observait également la plaine, son arc prêt. Même lui, dont l'assurance ne faisait jamais défaut, avait les traits tendus. Gimli, accroupi non loin, serrait le manche de sa hache avec une impatience nerveuse.

Aragorn, revenant à sa place, murmura à Calion, assez bas pour que seul lui entende. « Ils attendent. Mais pourquoi ? Qu'attendent-ils ? »

Calion, sans détourner les yeux des torches ennemies, répondit avec calme : « Ils veulent briser nos esprits avant de briser nos murs.»

Aragorn hocha lentement la tête, comprenant la stratégie de leurs adversaires. « Alors nous tiendrons. Qu'ils viennent. »

Les deux hommes restèrent là, immobiles, tandis que la marée sombre devant eux s'étendait à l'infini, prête à déferler. Le Gouffre de Helm n'avait jamais paru aussi petit, ni l'espoir aussi fragile. Et pourtant, sur les remparts, Calion et Aragorn restaient droits, porteurs d'une détermination qu'aucune armée ne pourrait éteindre.

Les archers alignés sur les remparts tenaient leurs arcs tendus, les flèches pointées vers l'obscurité grouillante en contrebas. Leurs bras tremblaient légèrement sous la tension, mais ils attendaient, les yeux fixés sur la masse d'ennemis qui restait immobile à une centaine de mètres. Les ordres étaient clairs : ne tirer que lorsque l'assaut serait véritablement lancé.

Cependant, la pression était insoutenable. Un jeune soldat, les mains moites et les yeux écarquillés par la peur, perdit le contrôle. Sa flèche, décochée prématurément, fendit l'air en un sifflement aigu. Tous les regards se tournèrent vers lui alors que l'arme atteignait sa cible. Un orc, touché en pleine gorge, s'écroula lourdement au sol.

Un instant de silence glaçant suivit, où chacun retint son souffle. Puis, comme un tonnerre éclatant, un hurlement d'uruk déchira l'air, guttural et sauvage. L'armée ennemie, figée comme une bête tapie dans l'ombre, se mit en mouvement. Les torches vacillèrent alors que la marée noire avançait, hurlant et rugissant, et l'assaut commença.

Les flèches fusèrent immédiatement des remparts, sifflant dans l'air comme un essaim meurtrier. Les archers, stimulés par l'urgence, décochèrent à un rythme effréné, les pointes mortelles s'abattant sur la horde. Les premiers rangs des orques tombèrent en désordre, mais cela ne ralentit pas la vague qui avançait sans relâche. Les uruk-hai, massifs et implacables, poussaient des cris de guerre, brandissant leurs armes massives, et se précipitaient vers les murailles.

Des échelles apparurent, se dressant contre les murs de pierre dans un fracas métallique. Les défenseurs, déjà fatigués par la tension des heures d'attente, se ruèrent pour repousser les assaillants. Ils jetaient des pierres, abattaient des lances et tentaient désespérément de renverser les échelles avant que les ennemis n'atteignent le sommet.

Calion, au milieu du chaos, était une figure d'une détermination implacable. Brandissant Calimmacil, sa lame noire et tranchante, il se frayait un chemin parmi les assaillants qui atteignaient les remparts. Chaque coup qu'il portait était précis et mortel, et son visage, bien que marqué par la tension, restait étrangement calme. Ses yeux verts brillaient d'une intensité presque surnaturelle, captant chaque mouvement autour de lui.

Autour de lui, la bataille faisait rage. Aragorn, à quelques mètres, abattait un uruk d'un coup d'épée puissant avant de repousser une échelle d'un coup d'épaule. Gimli, non loin, faisait preuve de toute sa vigueur, balançant sa hache dans un arc brutal, grognant de satisfaction à chaque ennemi qui tombait sous ses coups. Legolas, perché sur une tour légèrement en retrait, tirait flèche après flèche avec une précision presque surnaturelle, abattant les orques avant qu'ils ne posent un pied sur la muraille.

Calion, bien qu'engagé dans son propre combat, jetait de temps en temps un regard furtif vers ses compagnons. Voir Gimli se battre avec une telle rage ou entendre le sifflement des flèches de Legolas renforçait sa détermination. Chaque membre de la Communauté se battait avec un courage indomptable, et cela suffisait à maintenir l'espoir dans cette nuit de cauchemar.

Le temps semblait s'étirer et se contracter à la fois. L'effort incessant de repousser les assauts rendait chaque seconde interminable, mais la nuit avançait malgré tout. Les torches ennemies se faisaient toujours plus nombreuses, les échelles toujours plus nombreuses. Les hommes, fatigués, luttaient pour maintenir leurs positions, mais l'infériorité numérique devenait flagrante.

Calion se fraya un chemin jusqu'à une section particulièrement pressée par l'ennemi. Là, il abattit un uruk massif d'un revers précis avant de repousser une échelle d'un coup de pied puissant. Ses bras commençaient à se raidir sous l'effort, mais il n'y prêtait pas attention. Il n'y avait pas de place pour la faiblesse, pas de place pour l'échec.

Un hurlement à sa droite attira son attention. Un jeune soldat, à peine sorti de l'adolescence, reculait devant un orc imposant. Avant que la créature ne puisse porter un coup fatal, Calion s'interposa, sa lame jaillissant avec une fluidité meurtrière. Le soldat, tremblant, murmura un remerciement à peine audible avant de reprendre sa place, visiblement galvanisé par l'intervention.

Malgré leurs efforts, l'ennemi continuait de progresser. Des brèches se formaient çà et là sur les remparts, et les défenseurs devaient redoubler d'efforts pour combler les failles. Calion sentit une lassitude monter en lui, mais il la repoussa d'un coup sec. Ce n'était pas la première bataille qu'il menait, et il savait que les combats les plus difficiles étaient souvent ceux où l'on ne voyait pas immédiatement la fin.

L'espace d'un instant, il croisa le regard d'Aragorn, qui se battait toujours avec une férocité impressionnante. Un simple hochement de tête fut échangé entre eux, une promesse silencieuse de tenir, quoi qu'il advienne.

Le cri guttural d'un uruk brisa soudain le fracas ambiant, et Calion se retourna juste à temps pour intercepter un coup de hache qui aurait pu être fatal. Sa lame noire fendit l'air, tranchant l'arme de l'ennemi en deux avant de le faire basculer par-dessus le parapet.

Il inspira profondément, les muscles tendus, ses yeux scrutant l'horizon où l'armée ennemie semblait infinie. Le combat continuait, implacable, et pourtant, au milieu de ce chaos, une lueur de détermination brillait toujours dans son regard. La nuit serait longue, mais Calion, comme ses compagnons, tiendrait jusqu'à ce que les ténèbres cèdent place à l'aube… ou à la fin.

Le chaos de la bataille engloutissait tout. Les cris, le fracas du métal contre la pierre, les hurlements gutturaux des orques, et les supplications des hommes formaient une symphonie macabre. Calion, au cœur de la mêlée, continuait de se battre avec une précision et une efficacité implacables. Sa lame, Calimmacil, traçait des arcs de lumière sombre à chaque coup, abattant ses ennemis avec une facilité presque surnaturelle.

Mais alors qu'il repoussait un nouvel assaut, son attention fut attirée par un cri aigu, un son qui transperça le tumulte de la bataille. Il se retourna brusquement et vit, à quelques mètres de lui, un jeune soldat du Rohan, à peine plus âgé qu'un enfant. Le garçon, frêle et tremblant, tenait une lance trop grande pour lui. Face à lui se dressait un orc massif, un rictus cruel déformant son visage hideux.

Le combat fut bref. Le garçon tenta de frapper avec sa lance, mais l'orc esquiva facilement et, d'un coup de sa lame crénelée, éventra l'enfant. Le jeune soldat tituba en arrière, lâchant son arme, ses mains ensanglantées se pressant désespérément contre sa plaie béante. Il s'effondra lourdement, ses jambes cédant sous lui, et son regard, empli de panique, chercha désespérément un visage familier.

Calion, poussé par une impulsion irrépressible, fendit la mêlée pour atteindre l'enfant. Sa lame fendit l'air, abattant l'orc d'un seul coup net avant qu'il ne puisse porter un second coup. L'ennemi s'écroula, mais Calion ne lui accorda pas un regard. Il se laissa tomber à genoux près du garçon, ses mains gantées glissant sous sa tête pour la soutenir doucement.

« Je suis là, » murmura Calion, sa voix basse mais empreinte d'une douceur rare, presque protectrice. Ses yeux verts, rendus sombres par l'intensité des combats, s'adoucirent alors qu'il regardait la vie s'éteindre rapidement dans ceux du jeune soldat devant lui. Une douleur sourde, presque insupportable, l'envahit. Il ne connaissait pas ce garçon, pas même son nom, mais cela n'avait aucune importance. Aucun homme, aussi jeune soit-il, ne devait mourir seul.

Le garçon ouvrit la bouche, essayant de parler, mais aucun son ne sortit. Une larme solitaire roula sur sa joue sale, traçant un sillon clair dans la poussière et le sang. Son regard se fixa dans le vide, et son dernier souffle s'échappa de ses lèvres, léger comme un murmure emporté par le vent.

Calion ferma les yeux un instant, un frisson visible parcourant son corps. Le chaos de la bataille semblait s'éloigner, se diluer dans le silence fragile de cet instant. Il posa doucement le garçon sur le sol, ses gestes empreints d'une lenteur presque cérémoniale, comme s'il voulait honorer ce passage ultime.

Puis il murmura, à voix basse, des mots simples, presque incongrus au milieu du carnage environnant. « Tu n'es pas seul. Va en paix. »

Mais alors qu'il se redressait, un poids inattendu envahit son esprit. Une vision le frappa de plein fouet, aussi vive qu'un éclair. Des images, floues mais puissantes, se superposèrent à la réalité devant lui. Il se vit sur une plage, une plage comme il n'en existait pas en Terre du Milieu. Le sable était fin, presque blanc, et la mer devant lui s'étendait à perte de vue, d'un bleu profond et scintillant sous un soleil éclatant.

Dans ses bras, il tenait une créature étrange, frêle et courbée, aux grands yeux remplis d'une tristesse infinie. Sa peau était d'un gris pâle, et ses doigts noueux s'accrochaient faiblement à sa tunique. Une vague de tristesse immense s'abattit sur lui, si puissante qu'elle lui coupa le souffle.

Il se revit poser cette petite forme sur le sable, ses mains tremblant légèrement. Le nom de cette créature lui échappa d'abord, mais une brume familière dans son esprit se dissipa soudain. Le nom surgit dans sa conscience, comme une blessure qui se rouvrait : Dobby.

Calion cligna des yeux, ramené à la réalité par le fracas d'un bouclier tombant non loin de lui. Il resta figé, le souffle court, ses mains encore tremblantes. Cette vision, si lointaine et pourtant si intense, avait ravivé une douleur qu'il pensait avoir enfouie depuis longtemps.

Le nom résonnait encore dans son esprit, mais il n'osa pas le prononcer à voix haute. Dobby. Ce souvenir venait d'un autre temps, d'un autre lieu, et il le savait. Cela ne faisait que renforcer son sentiment de déracinement, mais il y avait aussi autre chose : un écho de culpabilité, mêlé à un amour indéfectible.

Il inspira profondément, puis se redressa, son regard brillant d'une intensité renouvelée. La bataille l'appelait à nouveau, mais cette vision, cette créature, resterait avec lui, gravée dans sa mémoire, un rappel poignant d'un passé qu'il ne pouvait oublier.

Lorsqu'il se jeta à nouveau dans la mêlée, ses gestes avaient gagné en fluidité et en précision. Sa lame, Calimmacil, traçait des arcs parfaits, abattant chaque ennemi avec une efficacité implacable. À chaque mouvement, il ouvrait un espace autour de lui, créant un cercle où aucun orc ne pouvait survivre. Il n'y avait aucune frénésie dans ses gestes, seulement une maîtrise absolue, une danse mortelle qui inspirait ses alliés autant qu'elle terrifiait leurs ennemis.

Les soldats du Rohan, bien qu'épuisés, trouvaient dans sa présence un réconfort. La précision de Calion, sa maîtrise du combat, son calme au cœur de la tempête, tout cela les galvanisait. Certains le suivaient instinctivement, repoussant les échelles ou abattant les ennemis affaiblis par ses attaques. Il était devenu une ancre, une preuve que même dans l'adversité la plus sombre, il était possible de tenir.

Aragorn, combattant non loin, jeta un regard rapide vers son compagnon. Il nota la détermination dans les mouvements de Calion, sa capacité à transformer la douleur en force. Aragorn esquissa un sourire fugace, presque imperceptible, en voyant l'effet que la présence de Calion avait sur leurs camarades.

Legolas, posté sur une plateforme d'archer, abattait méthodiquement chaque orc qui tentait de grimper sur les remparts. Mais entre deux tirs, il observait Calion, intrigué par la manière dont l'homme se battait. Chaque mouvement était effectué avec une précision terrifiante. Ses gestes étaient aussi maîtrisés que ceux d'un maître d'armes elfique. Une légèreté et une puissance qui semblaient presque incongrues chez un humain.

Même Gimli, armé de sa hache et grognant à chaque coup porté, ne pouvait s'empêcher de remarquer la fluidité des mouvements de Calion. Le nain, bien qu'éprouvé par l'intensité du combat, se permit un commentaire à l'adresse de Legolas : « Cet homme-là, je ne sais pas d'où il vient, mais par Durin, il sait manier une lame. »

Le temps s'étirait, la bataille semblant interminable. Malgré leur infériorité numérique, les défenseurs tenaient bon, inspirés par des figures comme Calion, Aragorn et Legolas. Calion, au milieu du chaos, repoussait chaque assaut avec une froide détermination. Mais même dans la violence, il n'oubliait jamais ses alliés. Il intercepta un orc sur le point de frapper un homme à sa gauche, sauvant ainsi un père de famille dont le regard lui exprima une gratitude muette.

Chaque coup porté par Calion semblait avoir un but. Il ne se battait pas pour la gloire ou par simple rage, mais pour préserver les vies autour de lui. Ses gestes, bien qu'implacables, étaient empreints d'une profonde humanité.

Peu à peu, les soldats se regroupèrent instinctivement derrière lui. Il ne leur ordonna pas de le suivre ; il n'en avait pas besoin. Ils reconnaissaient en lui un leader naturel, capable de les guider, non par des mots inutiles, mais par ses actions et sa détermination.

Calion, conscient de ce poids nouveau sur ses épaules, se mit à diriger les hommes autour de lui. Sa voix, ferme et claire, s'élevait au-dessus du fracas de la bataille, donnant des instructions simples mais précises. « Tenez cette ligne ! » lança-t-il en pointant du doigt un groupe d'hommes. « Repoussez les échelles là-bas ! Vous, suivez-moi ! Nous devons contenir leur avancée sur ce flanc ! »

Les soldats obéissaient sans hésiter, galvanisés par la confiance et l'autorité qui émanaient de lui. Chaque fois que Calimmacil s'élevait au-dessus de sa tête, la lame noire semblait capter les lumières vacillantes des torches environnantes. Elle émettait alors une étrange lueur dorée, brillante et hypnotique, qui aveuglait parfois les adversaires les plus proches, leur laissant à peine le temps de réaliser leur sort.

Calion, malgré l'intensité du combat, remarqua ce comportement inhabituel. Il jeta un bref coup d'œil à sa lame, un mélange de perplexité et de fascination traversant son regard. « Que fais-tu ? » murmura-t-il presque pour lui-même, mais il n'avait pas le temps de réfléchir davantage. Les ennemis arrivaient en masse, et ses hommes comptaient sur lui.

Le fracas sourd de la pierre qui s'effondre résonna dans l'air. Un troll des cavernes, immense et monstrueux, venait de briser une section des remparts. Sa silhouette massive se découpa dans la lumière vacillante des torches, et un cri d'effroi parcourut les rangs des défenseurs. Le troll, armé d'une masse gigantesque, balaya d'un coup brutal plusieurs soldats, semant la panique.

Calion fixa la créature, son regard vert brillant d'une intensité nouvelle. Il serra Calimmacil dans sa main, et une énergie presque palpable sembla émaner de lui. L'air autour de lui devint lourd, chargé d'une tension invisible mais oppressante. Les hommes à proximité ressentirent cette pression, mais loin de les effrayer, elle semblait les rassurer. Leur leader n'avait pas reculé d'un pas.

Les yeux de Calion se mirent à briller étrangement, d'une lueur profonde et surnaturelle, semblable à celle de sa lame. Calimmacil, désormais baignée dans une lumière dorée éclatante, vibrait légèrement dans sa main, comme si elle résonnait avec la détermination de son porteur. L'atmosphère autour de lui ondulait, comme sous l'effet d'une chaleur intense ou d'une magie subtile mais indéniable.

D'un mouvement fluide, Calion partit à la charge, se précipitant vers le troll qui continuait de semer la destruction. Sa vitesse et sa détermination captèrent immédiatement l'attention de la bête, qui tourna vers lui ses yeux noirs et vides. Avec un rugissement, le troll abattit sa masse gigantesque, mais Calion esquiva avec une agilité remarquable, se glissant sous le coup pour frapper.

Calimmacil s'abattit sur la jambe du troll, et lorsqu'elle toucha sa cible, un frisson parcourut le sol. L'impact semblait plus que physique : le sol trembla légèrement, et une onde de choc invisible se propagea autour d'eux, faisant vaciller les orcs les plus proches.

Le troll rugit de douleur, balançant son bras pour tenter de frapper Calion, mais celui-ci était insaisissable. Il tourna autour de la bête avec une précision implacable, ses coups calculés visant les points les plus vulnérables de son énorme adversaire. À chaque impact, le sol semblait vibrer, et l'air ondulait comme si une force invisible amplifiait chacun de ses mouvements.

Les hommes du Rohan, d'abord figés par la peur, retrouvèrent leur courage en voyant leur leader affronter cette monstruosité. Ils repoussèrent les orcs qui tentaient de profiter de l'ouverture et regardèrent avec admiration Calion mener ce combat titanesque.

Après une série de frappes fluides mais puissantes, Calion leva Calimmacil pour porter un coup décisif. La lame dorée s'abattit avec une force prodigieuse sur le torse du troll, et cette fois, l'impact fit trembler les remparts eux-mêmes. La bête tituba, un rugissement guttural s'échappant de sa gorge, avant de s'effondrer dans un fracas assourdissant.

Calion, debout sur le corps inerte du troll, leva les yeux vers ses hommes, le souffle court mais le regard implacable. Les soldats, d'abord stupéfaits, poussèrent un cri de guerre, galvanisés par sa victoire. Il leur fit un signe rapide de la main pour les encourager à reprendre leurs positions, avant de se tourner vers la bataille qui faisait toujours rage.

Il n'y avait pas de repos pour lui. Pas encore. Tant que la nuit ne céderait pas à l'aube, il continuerait de mener ces hommes, une flamme vivante dans l'obscurité.

Les premières lueurs de l'aube restaient encore lointaines, et le combat faisait toujours rage. Les remparts du Gouffre de Helm étaient un théâtre de chaos, d'espoir fragile, et de courage désespéré. Calion, son visage marqué par la fatigue mais ses yeux toujours brillants de cette lueur verte surnaturelle, se tenait non loin d'Haldir. Le vent soufflait autour d'eux, éparpillant des cendres et des éclats de torches vacillantes.

Le regard de Calion balayait les alentours, alerte malgré les heures de combat acharné. Son manteau sombre, en lambeaux à certains endroits, volait derrière lui à chaque mouvement. Ses cheveux noirs, collés par la sueur et le sang, encadraient son visage tendu. Alors qu'il surveillait le flanc gauche des défenses, son attention fut attirée par un mouvement derrière Haldir.

Un orc massif, armé d'une hache, s'avançait silencieusement vers l'elfe. Haldir, concentré sur les ennemis devant lui, ne percevait pas la menace imminente. Le souffle de Calion se coupa, et une expression de peur pure traversa son visage, une peur viscérale, comme un écho de ce qu'il avait ressenti en voyant Aragorn chuter de la falaise.

« Haldir ! » cria-t-il, sa voix tranchante perçant le fracas de la bataille.

Sans attendre de voir si l'elfe réagirait à son avertissement, Calion plongea sa main dans son fourreau et en tira son grand couteau de chasse. Le couteau, parfaitement équilibré, brillait faiblement dans la lumière mourante des torches. Calion prit une inspiration rapide, ajusta sa posture, et lança l'arme avec une précision mortelle.

Le couteau fendit l'air en un sifflement aigu avant de se planter profondément dans le crâne de l'orc, qui s'effondra sans un bruit. Haldir, alerté par le cri et le bruit sourd derrière lui, se retourna précipitamment. Il réalisa rapidement ce qui venait de se passer en voyant l'orc mort à ses pieds, le couteau de Calion encore fiché dans son crâne.

Haldir leva les yeux vers Calion, une expression de gratitude sincère adoucissant momentanément ses traits tendus. Mais alors qu'il ouvrait la bouche pour remercier son sauveur, son visage changea brusquement. Ses yeux, larges d'effroi, fixèrent un point derrière Calion.

« Calion, derrière toi ! » hurla-t-il, sa voix pleine de panique.

Calion comprit instantanément. Il se retourna vivement, son manteau s'élevant avec le mouvement, mais il était trop tard. Un uruk imposant, son visage déformé par un rictus cruel, était déjà sur lui, sa lame massive prête à frapper.

Calion n'eut que le temps de lever son bras pour dévier l'attaque. Le choc fut brutal, la lame ricochant sur le métal de son bracelet de protection, mais elle dévia juste assez pour épargner son torse. Cependant, la pointe de l'arme, redoutablement affûtée, trouva sa cible : elle pénétra profondément dans sa cuisse droite.

Un cri de douleur, rauque et puissant, s'échappa de la gorge de Calion. Son visage se crispa, ses yeux verts brillant d'un éclat presque animal sous l'effet de l'adrénaline et de la souffrance. Il chancela légèrement, mais refusa de tomber. Sa main gauche, crispée sur la garde de Calimmacil, ne lâcha pas sa lame.

Haldir, réagissant avec une vitesse incroyable, était déjà à ses côtés. Sa lame elfique, élégante et acérée, siffla dans l'air avant de trancher la gorge de l'uruk. La créature émit un gargouillis étouffé avant de s'écrouler lourdement aux pieds de Calion, son sang sombre éclaboussant les bottes des deux guerriers.

Calion, les traits marqués par la douleur, se redressa légèrement, sa main tremblante glissant sur la lame qui restait enfoncée dans sa cuisse. La douleur était cuisante, mais ce n'était rien comparé à la peur sourde qui monta en lui lorsqu'il vit le sang couler autour de l'acier crasseux.

Le souffle court, il fixa un instant la plaie. Avait-elle touché une veine vitale ? Cette pensée, aussi fugace soit-elle, fit battre son cœur plus vite, mais il n'avait pas le luxe de s'y attarder. Les remparts étaient encore envahis, et chaque instant perdu pouvait coûter des vies.

Avec une grimace, il serra la garde de la lame, dont le métal était souillé de terre et de sang séché. « Ça va faire mal… » murmura-t-il pour lui-même. Et d'un geste sec, il tira la lame hors de sa cuisse. Le sang jaillit immédiatement, chaud et sombre, coulant le long de sa jambe jusqu'à sa botte. Calion, un instant pris de vertige, planta son regard dans celui de Haldir, qui, visiblement inquiet, avançait une main pour le soutenir.

« Ne… commence pas, Haldir, » grogna Calion, sa voix rauque mais déterminée.

Haldir posa une main sur son bras, insistant avec force. « Tu dois te retirer, Calion. Cette blessure— »

« Non. » La réponse de Calion claqua comme un fouet. Il serra les dents, ignorant la douleur lancinante, et déchira un morceau de son manteau sombre. Avec des gestes rapides mais maladroits, il roula le tissu entre ses mains, le sang imbibant déjà la laine.

« Ce n'est pas une option, Haldir, » ajouta-t-il en attachant le pansement de fortune autour de sa cuisse. La douleur était écrasante, et il grimaça lorsqu'il serra le tissu aussi fort que possible, espérant arrêter l'hémorragie. Le contraste entre le tissu sale et la plaie fraîchement ouverte le dégoûtait profondément. Il grogna, la mâchoire crispée. Une lame aussi crasseuse… cela n'augurait rien de bon.

Haldir, le regard inquiet, ne lâchait pas sa prise. « Ce n'est pas raisonnable ! Si tu continues, tu vas— »

Calion, d'un geste brusque, repoussa l'elfe, son regard vert brillant d'une colère contrôlée. « J'ai survécu à pire, Haldir ! Ce n'est qu'une plaie de plus dans un corps qui en a déjà trop vu. » Il s'arrêta une seconde, essuyant la sueur qui perlait sur son front. « Si je m'arrête, d'autres tomberont. Je ne peux pas partir. »

Le capitaine des Galadhrim, bien qu'expérimenté et fier, hésita un instant face à l'intensité qui émanait de Calion. Les yeux de l'homme brillaient d'une détermination implacable. Haldir connaissait ce genre de regard. C'était celui de ceux qui se battaient pour des raisons plus grandes qu'eux-mêmes, pour des vies qui n'étaient pas les leurs.

Mais il n'était pas prêt à céder. « Tu ne tiendras pas éternellement. Tu ne pourras pas— »

« Je tiens tant que je respire, Haldir, » l'interrompit Calion, sa voix redevenue calme mais ferme. Il s'appuya légèrement contre le mur, le temps de prendre une grande inspiration, avant de redresser la tête, droit et impassible. « Si je tombe, ce sera sur ce rempart. Pas dans un recoin où je me serais caché. »

Haldir, voyant qu'il n'arriverait pas à le convaincre, hocha lentement la tête, bien qu'une frustration visible marquât ses traits. « Soit. Mais sache que si tu faiblis, je ne te laisserai pas sombrer. »

Calion, un sourire fatigué mais sincère sur les lèvres, tapota l'épaule de l'elfe. « Alors reste à mes côtés. Nous avons encore un mur à défendre. »

Haldir hocha la tête, et tous deux retournèrent à la bataille, l'elfe couvrant discrètement les flancs de Calion, toujours prêt à intervenir si nécessaire. Calion, quant à lui, continuait de se battre, ignorant la douleur brûlante dans sa cuisse. Chaque mouvement était un défi, mais il refusait de flancher. Les soldats autour de lui, qui ne voyaient pas sa blessure, continuaient de le suivre, trouvant dans sa présence la force de tenir un peu plus longtemps.

Le sang coulait toujours sous son pansement improvisé, mais Calion serra les dents, ses yeux fixés sur l'horizon. La bataille n'était pas encore terminée, et tant qu'il serait debout, il se battrait.

Calion continuait de se battre, sa silhouette sombre une force indomptable au milieu du chaos. Sa blessure à la cuisse le faisait boiter lourdement, mais il refusait de céder. Haldir, fidèle à ses côtés, veillait attentivement sur lui, frappant chaque ennemi qui osait s'approcher de trop près. Les yeux argentés de l'elfe s'attardaient parfois sur la jambe de Calion, où le sang imbibait le pansement de fortune, coulant le long de sa botte pour laisser une traînée de gouttes écarlates sur les pavés.

Haldir ne pouvait s'empêcher de se demander combien de temps cet homme tiendrait encore. Ce n'était pas l'ennemi qui l'inquiétait, mais la perte de sang. La détermination farouche de Calion était admirable, presque surhumaine, mais Haldir savait que même les âmes les plus résilientes avaient leurs limites.

« Tu ne peux pas continuer ainsi indéfiniment, Calion, » murmura-t-il d'une voix ferme mais contenue, tranchant la gorge d'un orc qui s'était approché trop près.

Calion, haletant, lui rappella entre deux coups de lame, sans même tourner la tête : « Tant que je respire, Haldir, je tiendrai. » Sa voix était basse mais empreinte d'une force brute, comme si ces mots seuls suffisaient à repousser la fatigue et la douleur.

La nuit, qui avait semblé éternelle, commençait à céder. Calion, dans un bref moment de répit, leva les yeux vers l'horizon. Une lueur pâle apparaissait à l'est, le premier signe que l'aube approchait enfin. Le souffle court, il sentit une sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale. Son corps était à bout. Ses mouvements, autrefois si fluides et précis, devenaient plus lourds, plus maladroits. Mais il ne s'arrêtait pas. Il ne pouvait pas.

Calimmacil, sa fidèle lame, semblait compenser sa faiblesse. Même si ses coups étaient moins puissants, la lame noire tranchait les armures et les chairs des ennemis avec une facilité surnaturelle. Chaque coup tranchait, chaque ennemi tombait. Pourtant, Calion savait que c'était sa volonté, et non sa force physique, qui le maintenait debout.

Un son déchirant le silence se fit entendre. Un cor puissant retentit, traversant les remparts et les cœurs des défenseurs. Tous s'arrêtèrent un instant, les regards se tournant vers l'horizon. Calion, le souffle court, scruta l'est. Puis il les vit.

Une lumière éclatante jaillit, le soleil se levant au dessus de la plus haute colline. Une armée de cavaliers, portant les couleurs du Rohan, descendait les collines à vive allure. En tête, Gandalf, dans sa robe blanche éblouissante, apparaissait comme une figure divine, guidant les siens vers la bataille.

L'effet fut instantané. Les défenseurs, jusque-là accablés par l'épuisement et l'infériorité numérique, retrouvèrent une vigueur nouvelle. Un cri de guerre jaillit des remparts, galvanisant les soldats. L'espoir renaissait, et les orcs, désormais piégés, commencèrent à reculer, désorganisés.

Calion, en voyant cette scène, sentit une vague de soulagement immense l'envahir. Il baissa légèrement sa garde, son corps entier protestant contre l'effort qu'il lui avait imposé. Ses jambes fléchirent presque instinctivement, et il vacilla. Quelques pas incertains le firent tituber sur le côté, comme s'il allait s'écrouler.

Haldir fut à ses côtés en un instant, attrapant fermement son bras pour le soutenir. « Calion ! » gronda-t-il doucement, ses yeux argentés perçant ceux de l'homme. « Tiens bon, je ne te laisserai pas tomber ici. »

Calion inspira profondément, rassemblant ses forces. Il serra la mâchoire et redressa légèrement la tête, fixant son regard sur Haldir. « Je… je tiendrai, Haldir. Jusqu'au bout. »

Haldir hocha lentement la tête, relâchant légèrement son emprise mais restant près de lui, prêt à intervenir si nécessaire. Calion reprit sa place sur les remparts, appuyant légèrement sur son épée pour se stabiliser. Il ne laissait pas sa fatigue transparaître, mais la lueur dans ses yeux trahissait sa résolution. Il n'abandonnerait pas, pas maintenant, pas après être allé aussi loin.

En contrebas, les cavaliers du Rohan s'abattaient sur les rangs désordonnés des orcs comme une tempête dévastatrice. Gandalf, brillant comme un phare dans l'obscurité, menait l'assaut avec une force et une autorité incontestables. Les orcs, pris en tenaille entre les cavaliers et les défenseurs du Gouffre, se retrouvaient piégés. La tendance de la bataille basculait, et l'aube apportait enfin l'espoir que beaucoup avaient cru perdu.

Calion, bien qu'épuisé, observa la scène avec un mélange de soulagement et de fierté silencieuse. La lumière l'emporte toujours sur l'ombre, pensa-t-il, serrant la garde de Calimmacil. Mais il savait aussi que la bataille n'était pas encore terminée. Et tant qu'il tiendrait debout, il continuerait à se battre.

Pour Calion, les derniers instants de la bataille devinrent un kaléidoscope de confusion. Les cris des orcs, le fracas des lames, et le souffle haletant des soldats autour de lui se mêlaient à des visions frappantes qui éclataient dans son esprit comme des éclairs.

A chaque coup porté avec Calimmacil, des images se superposaient à sa réalité. Il se vit lancer des jets de lumière avec un étrange bout de bois. Ces éclairs n'étaient pas ceux des batailles qu'il connaissait en Terre du Milieu. Non, ils appartenaient à un autre monde, un autre temps. Puis, des visages émergèrent. Un jeune homme roux, sa chevelure éclatante même au cœur des ombres, combattait à ses côtés, la détermination brûlant dans ses yeux. Une jeune femme aux cheveux ébouriffés, son regard vif et calculateur, déployait une énergie presque palpable, son mouvement précis et habile.

Calion cligna des yeux, mais les visions ne cessaient pas. Une silhouette imposante, enveloppée dans un manteau sombre, surgit dans son esprit. Le visage de cet homme, aux cheveux argentés et aux yeux perçants, se fit plus clair. Dumbledore. Une chaleur inattendue emplit son cœur. Ce n'était pas un ennemi. Non, c'était un guide, un mentor. Mais alors, pourquoi son esprit le ramenait-il ici, maintenant ? Ce souvenir se brouilla avant qu'il ne puisse s'y attarder davantage.

Et puis, une ombre plus menaçante prit sa place. Un ennemi dont il ne pouvait discerner le visage. Une aura terrifiante, malveillante, enveloppait cette figure indistincte. Calion sentit une rage sourde monter en lui, mais également une peur qu'il ne voulait pas reconnaître. Qui était-il ? Pourquoi ces souvenirs refusaient-ils de se révéler pleinement ?

À côté de lui, Haldir, concentré sur la bataille, se retourna brusquement lorsqu'il sentit un changement dans le comportement de Calion. Celui-ci frappait dans le vide, ses mouvements devenant erratiques. À un moment, il leva Calimmacil et abattit un coup puissant qui ne trouva aucune cible visible. Haldir, déjà inquiet pour son état, comprit que quelque chose n'allait pas.

« Calion ! » appela-t-il, mais l'homme ne répondit pas. Haldir observa ses yeux, brillants mais troubles, fixés sur un ennemi que lui-même ne pouvait voir. Il redoubla d'efforts pour repousser les orcs qui se pressaient autour d'eux, mais il devait aussi veiller sur son compagnon, dont les mouvements devenaient de plus en plus imprévisibles.

Un instant, Calion, perdu dans ses visions, tourna Calimmacil vers Haldir, dans un geste involontaire mais dangereux. Haldir, avec la rapidité d'un elfe, intercepta le coup avec sa propre lame, déviant l'attaque. « Ressaisis-toi, Calion ! » cria-t-il, sa voix trahissant une inquiétude rare. « Tes ennemis sont ici, pas ailleurs ! »

Les mots percèrent enfin la brume dans l'esprit de Calion. Ses yeux vacillèrent, clignant rapidement, avant de retrouver une lueur de lucidité. Il cligna des yeux, regardant Haldir, puis autour de lui, comme s'il réalisait soudain où il était.

« Haldir… ? » murmura-t-il, sa voix rauque.

Haldir, le regard dur mais protecteur, hocha la tête. « Je suis là. Mais tu dois rester avec nous. La bataille est ici. »

Calion inspira profondément, luttant contre les souvenirs qui s'accrochaient encore à lui. « Je suis là, » dit-il, plus fermement cette fois, comme s'il voulait se convaincre autant que les autres. Il se redressa, serrant Calimmacil dans sa main, son regard maintenant fixé sur les orcs qui continuaient à affluer. Mais au fond de son esprit, les visages du jeune homme roux, de la jeune femme, et de Dumbledore continuaient à hanter sa mémoire, des fragments d'un passé qu'il ne pouvait encore rassembler, mais qu'il savait essentiel.

Haldir, bien qu'encore inquiet, resta près de lui, prêt à intervenir si nécessaire. Mais cette fois, Calion semblait pleinement revenu, la résolution gravée dans ses traits malgré les ombres persistantes de son esprit.

Les ennemis se tarirent enfin. Les orcs et les uruk-hai, encerclés et submergés par l'assaut final des cavaliers du Rohan, furent balayés dans un tumulte de cris et de chaos. La bataille touchait à sa fin, mais son prix était inscrit sur chaque pierre, chaque corps gisant sur le sol jonché de débris et de sang.

Calion, incapable de poursuivre les fuyards, s'effondra doucement sur une chute de pierre près des remparts. Il s'assit lourdement, son corps secoué de tremblements presque imperceptibles, et planta Calimmacil dans le sol pour se stabiliser. Ses mains, crispées sur la garde de son épée, étaient tachées de sang, mélange de celui de ses ennemis et, sans doute, du sien.

Sa respiration rauque résonnait faiblement dans l'air chargé de fumée et de poussière. Son visage, pâle comme la mort, était couvert de sueur froide, de terre et de cendres. Des gouttes de sueur roulaient lentement sur ses joues creuses, trahissant l'épuisement intense qui pesait sur lui. Son regard vide, fixé sur le sol, semblait s'échapper, comme s'il cherchait à s'éloigner du carnage qui l'entourait.


Haldir se tenait près de lui, son visage tendu et son regard perçant. L'elfe avait observé Calion tout au long de la bataille, admirant sa ténacité et son habileté, mais ce qu'il voyait maintenant le troublait profondément. Calion semblait s'être oublié pour tenir jusqu'à la fin, poussant son corps et son esprit au-delà de leurs limites.

Haldir croisa les bras, son irritation dissimulant une inquiétude sincère. « Calion, tu dois te faire soigner, » dit-il d'une voix ferme, mais non dénuée de douceur.

Calion ne réagit pas. Son regard restait rivé au sol, ses pensées manifestement ailleurs. Son expression trahissait un mélange d'épuisement physique et de tourment intérieur.

« Calion, m'écoutes-tu ? » insista Haldir, cette fois plus fort, une pointe d'agacement perçant dans sa voix. Mais encore une fois, aucune réponse ne vint.

L'elfe se pencha légèrement, attrapant doucement l'épaule de son compagnon pour le ramener à la réalité. Calion, surpris par le contact, releva enfin les yeux. Ses pupilles vertes semblaient ternies par un poids invisible.

Haldir, maintenant accroupi à ses côtés, parla plus doucement. « Tu as combattu avec une force que peu d'hommes possèdent, mais cela a un prix. Tu dois te reposer, Calion. »

Calion sembla hésiter, mais son regard se perdit à nouveau, cette fois moins sur le sol et davantage sur les images qui l'assaillaient. Les souvenirs flous de jets de lumière, de visages familiers et d'un mentor imposant refirent surface. Ses mains tremblèrent légèrement sur la garde de Calimmacil, et un frisson parcourut son dos.

« Haldir… » murmura-t-il enfin, mais sa voix se perdit presque dans le vent.

L'elfe fronça les sourcils, ses traits marqués par une inquiétude qu'il ne cherchait plus à dissimuler. « Calion, qu'y a-t-il ? Que vois-tu ? »

Mais Calion secoua doucement la tête, comme pour balayer ces questions. Il inspira profondément, cherchant à calmer son esprit, mais ses mains restaient crispées, son corps tendu comme un arc sur le point de céder.

Haldir posa une main sur le pommeau de Calimmacil, sans pour autant tenter de l'enlever. « Je ne te laisserai pas ici à t'effondrer sous le poids de tout cela. Lève-toi. Laisse-moi t'aider. »

Calion, enfin, tourna la tête vers lui, ses traits marqués par une fatigue écrasante, mais aussi par une étincelle d'entêtement. « Je vais bien, Haldir, » murmura-t-il, sa voix rauque et faible. Mais même à travers ces mots, il était évident qu'il ne croyait pas vraiment à ce qu'il disait.

Haldir soupira, se relevant avec une élégance typiquement elfique. « Alors sois assez fort pour accepter l'aide qu'on te propose. » Il tendit une main à Calion, déterminé à ne pas le laisser sombrer.

C'est alors qu'Aragorn arriva. Le chef des hommes, bien qu'éreinté, semblait intact à part une coupure peu profonde sur son bras gauche. Son regard se posa immédiatement sur Haldir et Calion, et son cœur bondit en les voyant vivants. « Vous êtes là, » dit-il, un sourire de soulagement éclairant son visage alors qu'il se précipitait vers eux.

Haldir salua Aragorn d'un léger signe de tête. Mais son expression passa rapidement du respect à une irritation maîtrisée. « Si vous êtes aussi convaincant que l'on dit, peut-être saurez-vous enfin persuader votre ami ici présent de se laisser soigner. » Ses paroles, bien que prononcées avec le calme elfique habituel, étaient teintées d'un agacement perceptible. « Il tient à rester assis là, à ignorer la réalité. »

Aragorn, soudain inquiet, détourna son attention vers Calion. L'homme était assis, la tête légèrement baissée, ses yeux fixant le sol sans le voir réellement. Sa pâleur était frappante, et ses mains, bien que fermement posées sur Calimmacil, tremblaient légèrement. Aragorn fronça les sourcils, son regard détaillant rapidement Calion des pieds à la tête. Il remarqua immédiatement que son ami était couvert de sang et de terre, rendant difficile l'identification des blessures.

Mais lorsqu'il aperçut enfin le pansement noirci et imbibé de sang enroulé autour de sa cuisse, son cœur se serra. Il s'accroupit immédiatement devant lui, posant une main légère sur la jambe de Calion. « Calion, » murmura-t-il, sa voix pleine d'inquiétude. « Montre-moi cette plaie. »

Alors qu'il tendait la main pour soulever le bandage, Calion posa doucement une main sur son épaule, arrêtant son geste. Ses yeux verts, bien que fatigués et ternes, rencontrèrent ceux d'Aragorn. Sa voix était faible, presque un souffle, mais empreinte de son autorité habituelle. « Pas ici, Aragorn. Attends. Faisons cela dans un endroit plus propre. »

Aragorn, stupéfait par cette requête, hésita un instant. Mais il se rappela les fois où Calion avait pris soin de soigner des blessures, toujours avec des outils impeccablement propres et une minutie presque obsessionnelle. Cela faisait partie de qui il était : un homme qui refusait les compromis, même dans les moindres détails.

Aragorn hocha lentement la tête, bien qu'il ne puisse cacher son inquiétude. « Très bien, Calion. Mais dès que nous aurons un moment, je veux voir cette plaie. Tu sembles avoir perdu beaucoup de sang. »

Calion, un sourire mince mais reconnaissant sur les lèvres, inclina légèrement la tête. « Merci. » Il redressa son dos avec effort, reposant ses mains sur Calimmacil pour masquer ses tremblements. « Mais ne t'inquiète pas. Je tiendrai encore un peu. »

Haldir, bien que toujours irrité, garda le silence, observant les deux hommes avec une lueur d'admiration dans le regard. Il savait que Calion était têtu, mais aussi incroyablement fort. Et pour l'instant, il respectait son choix, bien que cela n'atténue pas son inquiétude.

Aragorn se releva et tendit une main à Calion, l'aidant doucement à se mettre debout. Les trois hommes, épuisés mais vivants, quittèrent les ruines des remparts pour chercher un refuge où ils pourraient enfin souffler.

Calion se redressa lentement, s'appuyant sur Calimmacil pour se stabiliser. Le rocher où il s'était assis, une partie brisée des remparts, portait encore les traces du sang qui s'était échappé de sa blessure. Alors qu'il prenait une grande inspiration pour calmer les tremblements de son corps, ses jambes vacillèrent sous son poids. Il sentit le monde basculer, mais avant qu'il ne puisse tomber, deux bras fermes le retinrent.

Haldir et Aragorn étaient là, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. Ils entourèrent chacun un bras de Calion autour de leurs épaules, le soutenant avec une force douce. Calion les regarda tour à tour, ses yeux verts ternis par la fatigue et la douleur. Il murmura un remerciement presque inaudible, mais ses traits exprimaient toute la gratitude qu'il ne pouvait verbaliser.

Les trois hommes avancèrent lentement, Haldir et Aragorn portant une bonne partie du poids de Calion, chacun soutenant un de ses bras passé autour de leurs épaules. Leurs pas résonnaient faiblement sur les pavés inégaux, mêlés de débris, tandis qu'une atmosphère lourde, presque suffocante, pesait sur eux. Chaque mouvement semblait difficile, et bien que Calion faisait de son mieux pour ne pas être un fardeau, ses épaules s'affaissaient légèrement à chaque instant, trahissant son épuisement.

Autour d'eux, le Gouffre de Helm portait les stigmates de la bataille. Les remparts autrefois imposants étaient éventrés par endroits, des pans entiers de murs s'étaient écroulés, laissant des amas de pierres brisées qui parsemaient le sol. Le sang, rouge et noir, dessinait des traînées macabres sur les pavés, et des flaques poisseuses s'étaient formées là où des combats acharnés avaient eu lieu.

Les corps étaient innombrables. Des orcs et des uruk-hai gisaient par dizaines, leurs armures brisées et leurs armes abandonnées à côté d'eux. Mais parmi eux, des soldats humains, des jeunes et des vieux, reposaient également, leurs visages figés dans l'expression de leur dernier souffle. Certains semblaient paisibles, d'autres montraient des signes de luttes désespérées. L'odeur métallique du sang se mêlait à celle, âcre, de la chair brûlée et à la poussière qui flottait encore dans l'air, irritant la gorge et les yeux.

Des femmes, sorties des cavernes où elles avaient trouvé refuge pendant la bataille, arpentaient les décombres avec une douleur visible sur leurs visages. Certaines cherchaient fébrilement des visages familiers parmi les morts, leurs mains tremblantes soulevant des casques ou écartant des cadavres d'orcs pour atteindre les leurs. D'autres, plus calmes mais tout aussi éprouvées, aidaient les blessés, les relevant avec des gestes maladroits mais empreints de compassion. Les pleurs et les murmures fusaient autour d'eux, des gémissements étouffés de femmes qui trouvaient des maris ou des fils étendus, sans vie.

Les trois hommes progressaient lentement, traversant cette scène de désolation. Calion, les yeux mi-clos, semblait imperméable à ce qui l'entourait. Il avançait d'un pas pesant, ses bottes traînant légèrement sur le sol, ignorant presque tout des regards admiratifs ou des murmures qui s'élevaient sur son passage.

Les soldats encore valides s'arrêtaient pour le regarder, certains posant une main sur leur poitrine en signe de respect, d'autres murmurant son nom : "Lame d'Or." Des jeunes hommes, aux visages marqués par la fatigue et la peur, échangeaient des chuchotements, parlant de la manière dont il avait abattu un troll ou mené les lignes comme un chef. Mais Calion n'entendait rien de cela, ou s'il le faisait, il n'y montrait aucun intérêt.

Haldir, lui, percevait tout, et cela ne faisait qu'accroître son inquiétude. Calion, habituellement si attentif à son environnement, semblait étrangement distant. Aragorn le remarqua aussi, mais il resta silencieux, conscient que son ami avait peut-être besoin de ce moment pour rassembler ses forces, tant physiques que mentales.

En atteignant les couloirs intacts du Gouffre de Helm, l'air se fit légèrement plus respirable, bien que toujours chargé de l'odeur persistante de sang et de poussière. Les flammes des torches projetaient des ombres vacillantes sur les murs de pierre, illuminant des visages épuisés mais vivants.

Les regards admirateurs continuaient à suivre Calion, mais les soldats et les femmes se détournaient rapidement lorsqu'il passait, comme s'ils avaient peur de troubler sa marche. Les murmures, cependant, persistaient, portés par l'écho des couloirs : "C'est lui, Calion, Lame d'Or…", "Il a tenu contre le troll…", "Un homme pareil, on n'en voit qu'une fois dans une vie."

Mais Calion, toujours soutenu par ses compagnons, ne réagissait pas. Il avançait, son regard fixé devant lui, comme s'il cherchait un but au-delà de ces couloirs sombres, au-delà de cette bataille.

« Nous y sommes presque, Calion, » murmura Aragorn, espérant une réaction. Mais son ami resta silencieux, sa respiration lourde et irrégulière.

Au détour d'un couloir, Legolas et Gimli, engagés dans une discussion animée sur leur nombre respectif d'ennemis abattus, s'interrompirent brusquement. Legolas, le regard acéré, repéra immédiatement l'état de Calion. Sa démarche était bancale, et son visage marqué par la fatigue. La tâche sombre de sang imbibant le tissu autour de sa cuisse ne lui échappa pas, pas plus que les gouttes qui traçaient une ligne irrégulière derrière lui.

Gimli, à quelques pas de là, fronça les sourcils et plissa les yeux. Lorsqu'il remarqua enfin l'état de son compagnon, il grogna brusquement. « Par Durin, Calion, qu'est-ce qui t'arrive ? » s'exclama-t-il, sa voix grave trahissant son inquiétude.

Calion, soutenu par Haldir et Aragorn, releva la tête avec effort. Son regard, légèrement voilé par l'épuisement, chercha celui de ses amis. Il offrit un sourire faible, mais néanmoins sincère, qui accentuait les traits fatigués de son visage. « Rien qu'une… vilaine égratignure, Gimli. »

Legolas s'approcha rapidement, son pas léger contrastant avec l'inquiétude qui pesait sur ses traits. Il posa une main sur l'épaule d'Aragorn, son regard intense fixant la blessure à la cuisse de Calion, là où le pansement de fortune imbibé de sang semblait à peine retenir une nouvelle hémorragie.

Aragorn, les traits tendus, hocha lentement la tête, confirmant d'un regard que Calion nécessitait des soins immédiats. Gimli, toujours aussi direct, secoua la tête avec un reniflement mécontent. « Une égratignure, dis-tu ? Tu boîtes comme un vieux poney fatigué, et tu as l'air de devoir te cramponner pour ne pas tomber ! »

Un éclat d'amusement passa dans les yeux fatigués de Calion. « Je suis toujours debout, Gimli, et c'est tout ce qui compte pour l'instant. » Mais, malgré ses paroles prononcées à peine plus fort qu'un murmure, il serra brièvement les dents en ajustant son poids, évitant de trop s'appuyer sur sa jambe blessée.

Legolas, les sourcils froncés, s'adressa directement à Haldir, qui observait la scène avec une tension visible. « Pourquoi n'a-t-il pas encore été soigné correctement ? »

Haldir, les traits tirés par l'inquiétude et la fatigue, répondit d'un ton sec, mais non dénué d'une pointe d'agacement : « Parce qu'il refuse de s'arrêter. Je l'ai exhorté à se faire soigner, mais il n'écoute pas. » Il fixa Calion d'un regard appuyé. « Peut-être qu'il écoutera enfin ses compagnons. »

Aragorn, toujours pragmatique, répondit avec calme. « Nous allons l'installer quelque part où il pourra être correctement soigné. La blessure semble être profonde» Mais ses yeux scrutaient ceux de Calion, cherchant une confirmation qu'il pourrait tenir encore un moment.

« Je vais bien, » murmura Calion, sa voix rauque mais claire. Il fixa brièvement Legolas et Gimli, cherchant à leur transmettre une confiance qu'il ne ressentait qu'à moitié. « Mais je ne refuserai pasun peu de repos.»

Le petit groupe reprit sa marche, Haldir et Aragorn guidant Calion à travers les décombres. Les couloirs encore intacts du Gouffre leur offrirent un abri bienvenu, mais Calion semblait à peine en avoir conscience. Son esprit se brouillait de plus en plus, et les visages et les voix autour de lui devenaient flous, comme vus à travers une brume épaisse.

À chaque pas, il sentait ses jambes faiblir davantage. Le poids qu'il faisait peser sur les épaules de ses compagnons augmentait, et il s'en voulait de leur imposer ce fardeau. Pourtant, il n'avait plus la force de lutter. Ses pensées se fragmentaient, des images fugaces de la bataille, des visages de ses compagnons, et même des souvenirs oubliés traversant son esprit en désordre.

Legolas, observant les environs avec attention, désigna un endroit légèrement en retrait, à l'écart du flot incessant de blessés et des femmes affairées à porter des seaux d'eau ou des brassées de bandages. « Là-bas, » dit-il d'une voix calme mais urgente, indiquant un renfoncement dans le mur de pierre où une torche vacillante éclairait un coin relativement propre et isolé.

Alors qu'ils se dirigeaient vers cet endroit, Calion devint soudainement plus lourd sur les épaules de ses compagnons. Son pas, déjà chancelant, s'alourdit davantage, ses jambes fléchissant presque complètement. Son souffle, auparavant irrégulier mais présent, semblait maintenant faible et laborieux, comme si chaque inspiration était une bataille en soi.

Aragorn, alarmé, tourna rapidement la tête vers lui. « Calion ? Reste avec nous. » Sa voix, bien que douce, était empreinte d'une autorité qui aurait pu réveiller les morts. Mais Calion ne réagit pas. Ses paupières, battant faiblement, se fermèrent lentement, et un soupir à peine audible s'échappa de ses lèvres.

Son corps, privé de toute tension, s'effondra presque complètement. Haldir et Aragorn, pris par surprise, faillirent le lâcher. « Il perd connaissance ! » grogna Haldir, redoublant d'efforts pour ne pas céder sous le poids inattendu.

Aragorn, malgré sa propre fatigue, resserra sa prise autour de la taille de son ami. « Nous sommes presque arrivés. Tiens bon, Haldir. »

Les trois hommes, épuisés, traînèrent Calion jusqu'au renfoncement désigné par Legolas. Le corps de Calion, inconscient, pesait lourd sur leurs épaules, et chaque pas semblait rallonger la distance. Enfin, ils atteignirent l'espace légèrement isolé, à l'écart des blessés et des allées et venues incessantes. Ils allongèrent Calion sur le sol avec précaution, évitant de trop agiter sa jambe blessée.

Legolas, toujours alerte, observa attentivement son ami. Ses traits étaient tirés, son teint blême, et ses mèches sombres collaient à son front humide de sueur. L'air semblait presque s'alourdir autour d'eux, chargé de l'urgence de la situation.

Aragorn, s'agenouillant près de Calion, scruta son visage avec une inquiétude croissante avant de se tourner vers Legolas. « Va chercher de l'eau chaude et des linges propres. Vite. » Sa voix, bien que basse, résonnait d'une autorité pressante.

Legolas, sans poser de questions, se redressa immédiatement et s'éloigna à pas rapides. Haldir, toujours près de Calion, posa une main sur son front pour vérifier sa température. « Il est brûlant. La perte de sang et l'effort l'ont affaibli bien plus que nous ne le pensions. »

Aragorn, concentré, entreprit de défaire le pansement autour de la cuisse de Calion. Le tissu imbibé de sang collait à la peau, et lorsqu'il le retira enfin, il émit un bruit de tissu mouillé qui fit grimacer Haldir.

La blessure apparut. C'était une entaille profonde, propre dans sa découpe mais brutale dans son impact. Bien que le saignement se soit ralenti, le tissu environnant était enflammé, rouge et légèrement gonflé. Aragorn effleura doucement les bords avec ses doigts, cherchant à évaluer la gravité de la plaie.

« Elle est profonde, mais elle peut être soignée, » murmura-t-il, comme pour se rassurer lui-même. Il jeta un regard vers Haldir, dont les traits étaient marqués par une inquiétude palpable. « S'il reçoit les soins appropriés, il s'en remettra. »

Peu après, Legolas revint avec un seau d'eau chaude et plusieurs linges propres. Il les déposa à côté d'Aragorn et observa en silence, son regard oscillant entre la plaie et le visage toujours immobile de Calion.

Aragorn, sans perdre de temps, imbiba un linge dans l'eau chaude et commença à nettoyer les bords de la blessure. Ses gestes étaient précis et méticuleux, chaque mouvement dicté par des années de pratique. Haldir, agenouillé à l'opposé, tendit un bras pour stabiliser la jambe de Calion tandis qu'Aragorn travaillait.

« Calion, tu as connu des combats pires que celui-ci, » murmura Aragorn, sa voix emplie d'une étrange tendresse. « Tu ne nous laisseras pas tomber maintenant. »

Un faible soupir échappa à Calion, presque imperceptible, mais suffisant pour capter l'attention de ses compagnons. Son visage, bien que toujours marqué par la fatigue, semblait se détendre légèrement, comme si quelque chose en lui trouvait enfin un peu de répit.

« Il entend peut-être, » commenta Legolas, ses yeux perçant cherchant un signe dans les traits de son ami.

Aragorn, sans lever les yeux, répondit doucement : « Alors, il sait qu'il est entre de bonnes mains. »