Anne prévint alors les parents de Solus qu'il devait rester à la base militaire pour en savoir un peu plus car certains de ses propos étaient incohérentes, elle les rassurait toutefois qu'il reviendra bientôt. Elle leur demanda la permission si elle pouvait aller dans sa chambre vu que Solus lui avait demandé de récupérer son livre. La mère de famille se proposa alors d'aller le chercher à sa place. Elle revint avec l'ouvrage et le donna à Anne.
- Merci beaucoup, madame, la remercia-t-elle. C'est vraiment très gentil de votre part.
- Je vous en prie, c'est tout naturel ! Avec votre jambe cassée, mieux vaut aider quelqu'un comme vous qui est dans le besoin.
- C'est vraiment très gentil et je vous remercie infiniment.
La jeune femme rousse se réajusta correctement à sa béquille.
- Bon, écoutez, je vais vous laisser, bonne soirée à vous.
- Merci, et à vous aussi. Je vous fais confiance, prenez bien soin de Solus jusqu'à que cette histoire de monstre soit réglée. Au moins, il sera en sécurité avec vous plutôt qu'ici.
Elle lui sourit et parti avec l'ouvrage à la main.
De retour à la base, Anne retrouva Solus à son dortoir préparé spécialement pour lui afin qu'il s'y sente à l'aise. Elle lui rendit l'ouvrage, Solus était content et la remercia. Une amitié était en train de naître entre eux. L'harfang des neiges s'était fait une amie humaine et militaire, comme Otus avec Geddy.
Le dortoir d'où était Solus était beaucoup mieux que la cage d'où il était détenu, il avait un lit plus ou moins douillet et un bureau où il pouvait faire ses devoirs ou lire un livre, c'était presque le paradis.
De plus, il sera nourri ! Contrairement à l'autre jour où on l'avait affamé et assoiffé quand il était un dragon.
Les soldats doivent s'attendre à ce qu'il ait un appétit de monstre ! Au sens propre !
Solus pouvait se balader dans la base militaire mais il n'avait pas le droit d'en sortir, il était toujours le suspect numéro un dans l'affaire du dragon. Il ne savait plus combien de temps il ne s'était pas transformé tellement il avait l'impression que le temps passait lentement. Les prémices de sa transformation, c'était à l'école donc c'était il n'y a pas longtemps...
Il avait cette pensée le lendemain matin, ce mercredi, de son «arrestation» alors qu'il était allongé sur le dos, seul dans son lit à réfléchir. Il regarda sa main droite tout en réfléchissant. Sortir et rétracter ses griffes comme un chat lui permettait de ne pas perdre... la main, sur sa transformation. Il se demandait un moment qu'est-ce qu'il se passerait s'il ne se transformait pas pendant un certain temps... Est-ce que l'énergie du dofus déborderait au point que la transformation en serait incontrôlable et voulait libérer toute sa puissance à tout prix juste pour se décharger ? Ça lui faisait peur rien que d'y penser... Si jamais ça devenait incontrôlable, il espérait garder sa lucidité. De base, il n'était pas méchant mais l'idée de faire du mal à quelqu'un d'autre sans qu'il ne se rende compte le rendait totalement triste.
D'autres pensées lui traversèrent l'esprit en rapport avec sa transformation et là, il ne pouvait pas s'empêcher de rougir sur ça. Cela fait depuis la toute première fois de cette transformation qu'il avait ça en tête et que ça pouvait très facilement se déclencher.
«Otus avait raison... Je ne suis qu'un obsédé... Je me demande ce qu'il m'a pris de faire ça quand j'étais dans ma cage... Les hormones sans doute ? Est-ce que ce dofus avait accentué mes pensées douteuses ? Ou bien c'est l'adolescence qui travaille comme le pensent les adultes ? Argh... Si seulement je n'étais pas une victime de ces abrutis de Fib et Bonacci ! Je n'aurais pas eu cette pensée de souhaiter d'être plus fort qu'eux ! Mais c'était des idiots... Et les idiots gardent toujours leur position. Têtus comme des mules... et peureux comme des pigeons.»
Il fut tiré de ses pensées par Anne qui toqua à la porte, Solus rétracta ses griffes à temps. La jeune femme ouvrit la porte.
- Salut, Solus ! J'espère que tu vas bien. Aujourd'hui, je vais te faire passer de petits tests médicaux pour voir si tout va bien niveau santé. Rassure-toi, il n'y aura pas de piqûre. C'est juste un examen médical. Tu me suis ?
À l'infirmerie, l'harfang des neiges fut examiné par le médecin de l'armée. Au début, il hésitait à retirer ses habits car très pudique mais le médecin le rassure qu'il sera seulement en sous-vêtement, pas tout nu. Jamais. Cela lui avait mis un peu en confiance alors il s'exécuta. Anne lui promettait de ne pas regarder en détournant le regard même si elle en avait vu d'autres dans sa carrière lorsqu'il s'agissait de s'occuper d'enfants ou adolescents, elle se faisait seulement tutrice en plus d'être soldate dans l'Armée.
En examinant Solus, le médecin constata déjà qu'il portait un caleçon légèrement plus grand que la taille recommandée et en plus il avait aussi remarqué un trou à l'arrière de ce caleçon (là où la queue de dragon avait poussé) au bas de son dos. Le médecin était sceptique. À part ce détail troublant vestimentaire, le reste du corps de Solus était parfaitement normal et il était en bonne santé, trop même. En effet, en testant ses réflexes, l'homme était surpris que sa jambe réagissait rapidement en se levant d'un coup sec. Et ce n'était pas en douceur, c'était vraiment soudain ! Il avait cru qu'il allait lui donner un coup de pied involontairement. Ensuite, le médecin demandait à Solus de se tenir debout, face au mur et de ne pas bouger. Il s'isola avec Anne pour lui parler discrètement du trou au dos du caleçon.
- Un trou ? lui murmura-t-elle en retour. Mais comment ça se fait ?
- En tout cas, ce n'était pas de la négligence, cet enfant est vraiment trop soigneux envers ses habits pour avoir loupé ce détail, il ne pouvait pas avoir fait ça de son propre chef. Ce trou partait vers l'extérieur comme si quelque chose y était sorti de son bas du dos...
- Vous pensez à quoi ? À une...
Anne murmurait encore plus bas, le médecin se pencha à elle pour mieux l'entendre.
- ... queue ? Vous pensez à une queue ?
- C'est extrêmement fort possible. Je ne suis pas spécialiste en paranormal, monstres ou loups-garous en tout genres juste simple lecteur occasionnel mais s'il porte un caleçon comme ça c'est qu'il y a une transformation là-dessous...
Tous les deux regardaient Solus, toujours face au mur. Il sentait qu'on l'observait. Le médecin donna la précaution suivante à Anne.
- En tout cas, si y a transformation, faites comme si de rien n'était avec lui... Ne le stressez surtout pas. S'il sent que vous savez quelque chose à propos de lui, ça risquerait sûrement de dégénérer... La peur peut le conduire à être dangereux.
- Ok... Merci pour cette recommendation, je ferai en sorte qu'il n'y ait pas d'incident avec lui...
Tout était clair pour Anne, désormais. Elle avait compris que le monstre et Solus étaient une seule et même personne. Ce n'était pas un hasard sur la couleur des plumes et les tâches juvéniles, Solus était bien LE dragon que l'Armée avait enfermé et qui s'était échappé il y a quelques jours.
