Elle reprit conscience recroquevillée sur le carrelage glacial de sa salle de bain, les membres douloureux et engourdis, la tête lourde. Elle cligna des yeux plusieurs fois, tentant de maintenir sa conscience qui ne tenait qu'à un fil, avant de tenter, tremblante, de se redresser. Elle chancela et manqua de tomber au sol une nouvelle fois, mais elle se rattrapa au lavabo qui se trouvait devant elle.

Elle analysa, aussi rapidement qu'elle le put dans son état, la situation et en conclut ceci : Charlie n'était pas encore rentré et la salle de bain était dans un état pitoyable, elle allait donc devoir la laver.

Et alors qu'elle était encore dans un état dramatiquement faible, elle entreprit le nettoyage de la salle de bain.

Si elle se donnait autant de mal, c'était également pour tenter d'oublier. Et pour oublier, elle ne devait pas réfléchir. Tout cela pour essayer d'anesthésier, au moins quelques minutes durant, la douleur fulgurante qui lui traversait la poitrine dès que l'on mentionnait celui qu'elle avait perdu, et la sensation d'arrachement continuel qu'elle ressentait depuis son départ. Malheureusement, cela était presque impossible : seuls les moments d'inconscience apportait des moments de répit, mais Bella avait bien conscience que ce n'était pas une vie que de dormir tout le temps. Alors elle tentait de prendre sa vie en main surtout depuis que Charlie en la sortant de son état de léthargie, de coma l'avait obligé à reprendre contact avec le monde.

Alors elle s'occupa avec acharnement de sa salle de bain, y mettant la totalité de son énergie malgré son état de faiblesse évident. Elle s'occupa des toilettes, du lavabo mais aussi du sol qu'elle passa entièrement à la Javel. Balais, éponge et chiffons, tout y passa et lorsqu'elle eut terminé, la salle de bain brillait de mille feux, la propreté débordant de la pièce.

Mais dès qu'elle eut terminé, elle vacilla, son état de fatigue extrême la rattrapant. Elle manqua de trébucher, alors elle se dirigea vers sa chambre, pour se mettre dans son lit.

– Non ! pensa-t-elle soudainement alors en tentant vainement de se redresser.

La culpabilité coulait déjà dans les veines, la brûlant de toute part.

– Il faut que je prépare le repas de Charlie ! cria-t-elle mentalement.

Mais cela était inutile, elle était dans un état de fatigue beaucoup trop avancé pour le faire. Ses membres ne lui répondaient presque plus, elle ne contrôlait plus son corps.

Alors ses pleurs reprirent. Parce qu'elle n'aidait pas Charlie. Parce qu'elle était visiblement inutile et que comme Edward l'avait fait avant lui, il allait vouloir se débarrasser d'elle.

Alors en pensant à cette éventualité mais également à l'homme qu'elle avait perdu, elle pleura de tout son corps.

Alors que la douleur déferlait par grandes vagues dans son corps, elle tenta de se maintenir à la réalité. Mais cette réalité était très difficile à vivre… Elle tenta d'échapper à la douleur en pensant à ce qui allait se produire le lendemain matin. La nouvelle qui faisait le tour de la minuscule ville dans laquelle elle se trouvait.

Elle allait devoir se rendre au cours et affronter ses camarades qui, encore une fois, la jugeraient, de loin, lui jetant des regards méchants ou dégoutés, ou même pire, remplies d'une pitié qu'elle avait horreur de voir. Mais ce n'était évidemment pas de cela dont tout le monde parlait avec tant d'excitation. Ce n'était pas ça qui était dans toutes les conversations que Bella avait pu entendre. Non. D'après les rumeurs qui couraient, un nouvel élève allait arriver à Forks et être scolarisé dans le lycée. Un adolescent de 17 ans du nom d'Aaron Hopewell.

Drôle de nom, avait-elle immédiatement pensé lorsqu'elle avait appris la nouvelle. Après tout, Hopewell était un mot signifiant espoir. Elle n'avait pas manqué de se demander si ce n'était pas le destin qui tentait de lui faire parvenir un message.

Mais ce n'était que des rumeurs, rien n'était certain et Bella n'était pas sûre d'y croire réellement. Après tout, certaines couraient sur elle-même, des mensonges odieux pour la plupart. La pire d'entre toutes était celle qui disait que si Edward l'avait quitté, c'était parce qu'elle était tombée enceinte, ce qui expliquerait sa propre absence en cours : elle aurait accouché, pour ensuite abandonner le bambin à une autre famille. C'était risible, totalement ridicule, et n'importe qui doté d'un minimum d'esprit remarquerait que les dates de concordent pas. Mais visiblement ce n'était pas le cas de son lycée, tout particulièrement de Jessica, que Bella pensait à l'origine de cette rumeur idiote. Mais elle n'avait pas la force de se battre contre de telles rumeurs, contre Jessica, alors elle laissait courir, laissait glisser sur elle comme si elle était sourde et n'entendait pas.

Cependant ce n'était pas l'unique raison pour laquelle elle ne croyait pas à l'idée de l'arrivée de cet élève. Ce nom lui paraissait tellement faux. Hopewell, tout d'abord, bien qu'elle ne doutait pas de l'existence d'un tel nom de famille, lui semblait très étrange, associé au prénom Aaron. Aaron signifiait montée en force, ou selon les origines, lion. Bien sûr, cela était tout à fait possible, pourtant, Bella n'y croyait que peu. Trop de coïncidences à son goût.

Mais s'il était là… si cet élève allait vraiment arriver… Alors ce serait pire que tout. Elle allait forcément être en contact avec lui puisqu'elle était systématiquement assise à côté de l'unique place libre de la salle. Il allait automatiquement s'asseoir là. Elle allait donc devoir parler, agir normalement tout en subissant les regards et la curiosité de ce nouveau venu qui allait la mettre mal à l'aise.

Cela allait être très dur mentalement pour elle. Mais elle n'allait pas faire d'histoire. Elle n'en avait pas l'énergie…

épuisée par toutes ces réflexions, elle sombra peu à peu dans le sommeil, tombant dans l'inconscience.

Malheureusement elle fut rapidement, trop rapidement à son goût, réveillée par Charlie :

– Bella ?

Elle pouvait entendre l'inquiétude dans la voix de son père qui provenait de l'étage inférieur, et elle s'en voulait chaque jour de ne pas pouvoir l'aider mieux. Mais elle n'y arrivait tout simplement pas, elle n'arrivait pas à se sentir mieux elle-même, donc tout ce qu'elle pouvait faire, c'était jouer la comédie devant son père, qui ne se laissait pas berner…

Puis elle ouvrit brutalement les yeux, rattrapé par la réflexion qu'elle n'avait rien préparé pour le repas du soir, pour Charlie !

Encore engourdie de sommeil, elle tenta de répondre, mais sa voix rauque et cassée l'en empêcha. Alors elle se tut et ferma les yeux, empoisonnée par le mal-être, espérant que son père comprenne. Mais elle craignait qu'il comprenne bien mieux qu'elle ne le pensait… Visiblement, il ne s'était jamais remis du départ de sa mère…

– Bella ? résonna à nouveau la voix de son père.

Elle l'entendit gravir les escaliers rapidement, et pénétrer à toute vitesse dans sa chambre. Les yeux clos, Bella respirait lentement. Elle tenta une nouvelle fois de répondre, mais cette fois-ci, elle n'arrivait même plus à remuer les lèvres. Une sensation d'arrachement qui lui devenait familière au niveau du cœur lui brouilla la vue, et elle suffoca.

– Bella, chérie ? demanda son père.

Bella tenta une dernière fois de lui répondre, ce ne fut qu'un gémissement qui traversa ses lèvres.

– Oh chérie ! fit son père.

La voix de son père transpirait d'une détresse qu'il s'efforçait pourtant visiblement de cacher en restant calme.

Elle sentait que son père la bordait, lui déposa un baiser sur front en lui souhaitant une bonne nuit, avant de quitter doucement la chambre à coucher.

Elle s'endormit aussitôt, cessant la lutte, rassurée que son père ne lui en veuille pas de ne pas avoir préparé le repas…