Hey !

Je suis toujours à la bourre et toujours particulièrement débordée mais voilà la suite :)

C'est la dernière fois que je me lance dans un truc aussi long...

Merci si vous êtes là !

Bonne lecture et à bientôt !

.

Chapitre 63

.

Le soleil est éclatant. Un peu trop.

Il tranche avec le silence qui règne malgré la foule. Tous vêtus d'un costume noir, la plupart des personnes présentes sont des agents de la Brigade. A leur tête, Garp dans son uniforme couvert de médailles.

Doflamingo Rosinante a été enterré comme un agent de la Brigade, avec les honneurs et sous les saluts de ses anciens camarades ou de parfaits inconnus qui lui devait d'une manière ou d'une autre la vie.

Petit à petit, la foule se délie et disparaît.

Ne reste que nous.

Smoker et Hina, côte à côte face à la tombe. Silencieux.

Garp a les mains dans les poches et des cernes sous les yeux.

Viola arrange les fleurs qu'elle a déposé sur le marbre tout juste scellé et se relève.

Lamy est restée en retrait, puis lui a également rendu hommage.

Law n'a pas bougé.

Il ne bouge pas lorsque sa sœur passe une main dans la sienne et pose la tempe sur son épaule une minute avant de s'éloigner.

Il ne bouge pas lorsque Garp recule jusqu'à lui offrir une tape réconfortante sur le dos, et part à son tour, accompagné de Viola qui lui fait un petit signe de la main.

Smoker et Hina se contentent d'un hochement de tête et quittent le cimetière.

Law reste seul.

Longtemps, il ne bouge pas.

Je me suis mise sur un banc, plus loin. Mais je ne peux pas non plus me résoudre à le laisser entièrement seul.

Lorsque finalement, sa posture change, je me permets enfin de m'approcher.

Il tique en m'entendant avancer et m'invite à le rejoindre.

Nous voilà tous les deux, face à Corazon.

Law fouille sa veste de costume et sort un paquet de cigarettes neuf. Il l'ouvre pour en tirer une et l'allume d'un beau briquet. C'est la première fois que je le vois fumer, lui qui se moque si ouvertement des mauvaises habitudes des «enfumés».

Il doit capter mon regard surpris car il me sourit à travers ses traits tirés.

- Cora fumait beaucoup. Je l'ai toujours vu avec une cigarette dans la bouche. D'ailleurs, maladroit comme il était, elle finissait invariablement sur sa veste ou son jean. Je ne comptais même plus les trous qu'il avait fait à ses vêtements.

Il a un rire, un vrai, à ce souvenir.

- Un jour, il a essayé d'en allumer une avec une plaque de cuisson. Il a trébuché et à mit la main entière dessus, cet idiot. J'ai dû changer son pansement pendant des jours, quelle perte de temps c'était.

Il souffle une fumée blanche qui s'élève en même temps que celle de l'encens cérémoniel.

- C'est lui qui m'a payé mes premiers tatouages, se souvient-il. En cachette. Pour mon anniversaire. La tête qu'il a fait quand je suis sorti du salon et qu'il a vu mes mains! J'en ai ris pendant des semaines.

Anecdotes.

Il est intarissable. Mais lorsqu'il se tait, il ne pleure pas. Son visage s'est relâché. Il ne reste qu'un sourire paisible sur ses lèvres.

Je passe mon bras au sien, réconfortante et il me sourit.

- Vous vous seriez bien entendus.

- J'aurais été honorée de le connaître.

Il hoche la tête. Il est en paix.

Il est libre.

- On rejoins les autres? propose-t-il. Ils doivent être à la Brigade pour un toast.

- Comme tu veux.

Il fait semblant de réfléchir et hoche la tête.

- Je veux.

.

Oh, j'aurais dû prendre du pop-corn.

A la seconde où la pensée m'effleure, une bonne odeur de caramel se repend dans notre appartement jusqu'à mon nez. Je tourne la tête vers son origine et croise le regard de Lamy, tenant dans ses mains un bol de pop-corn encore fumants. Elle me fait un clin d'œil en répondant à mon sourire alors que je lève les bras en signe de reconnaissance et d'impatience.

Sans un bruit, elle se dirige vers Garp et moi pour se glisser entre nous. Si je pioche immédiatement dans le bol pour me cramer les doigts et la langue sur ce délicieux maïs soufflé et sucré, Garp se contente de se maser les sinus dans l'espoir de faire passer la migraine qui doit pointer dans sa caboche fatiguée. Et ça ne fait que commencer, le pauvre…

Lamy elle, est beaucoup trop détendue quand on sait qu'elle est le sujet autour duquel tout se joue aujourd'hui.

Et moi, je me contente de me taper l'incruste. Après tout, j'habite ici.

Hors de question de louper une miette du spectacle qui va se jouer devant nous d'une seconde à l'autre.

Law et Bonney se font faces.

En chiens (enragés) de faïence.

Dos droit, mentons fiers, bras croisés et regards de feu.

- Je peux pas te sentir.

Oh, c'est donc Bonney qui commence les hostilités. Law le lui rend bien:

- Tu es proprement insupportable.

Vu l'état actuelle de la chemise qui fut une fois blanche de Bonney, je ne suis pas sûre de valider son ironie.

- C'est ma petite-amie.

- C'est ma sœur.

Ah, le cœur du sujet a été abordé plus tôt que prévu. Lamy lève la main entre deux bouchées de pop-corn, comme pour répondre présente. Elle semble s'amuser au moins, pas comme Garp qui pousse un long soupire. Lui, il sait qu'il va prendre les foudres des deux à un moment ou à un autre pour avoir été au milieu sans rien dire.

- Je ne vois pas ce que Lamy peut te trouver, tu es grossière, désagréable et malpropre, énumère Law en croisant les bras.

- Tu peux parler, se moque Bonney. Je n'arrive pas à croire que vous êtes du même sang, elle si rayonnante et toi si teigneux.

Un point partout… Lamy se penche vers moi.

- Elle a dit que j'étais rayonnante, s'amuse-t-elle avec une certaine joie dans la voix.

- Je crois surtout que c'était pour faire contraste avec Law, pas tellement pour toi… je lui confis en faignant une grimace.

Ma vanne me vaut un coup de coude mais la fait sourire.

La situation a dégénéré si vite après plusieurs semaines de statut-quo. Il fallait bien que ça arrive un jour. De ce que j'ai comprit, Lamy passait du temps avec l'un et l'autre séparément. Avec Law, ils rattrapaient le temps perdu et se racontaient leur vie. Avec Bonney, elle lui relatait qui elle était, d'où elle venait et surtout pourquoi elle ne lui avait rien dit. A ce jour si j'ai bien suivit, tout le monde sait pour tout le monde et il n'y a plus de secrets.

Plus que des conséquences.

Qui tiennent surtout au fait que Law et Bonney ont une espèce d'aversion l'un pour l'autre qui ne fait de sens pour personne ici. Je veux dire, ils se ressemblent beaucoup sur certains point. Ils ont Lamy en commun. Ils devraient s'adorer!

- J'ai du mal à imaginer ma sœur sur la même longueur d'onde que la dérangée que tu es, instable et mal-léchée.

- Mais moi, elle m'a choisit, souligne-t-elle fièrement en levant le nez un peu plus haut. On ne choisit pas sa famille, on la subit.

Hum. Je sais qu'ils sont sensés se disputer mais je sens que la remarque de Bonney est peut-être un peu trop vindicative pour s'ajuster parfaitement au côté chamaillerie de la scène.

Je fronce les sourcils et cherche du regard Garp et Lamy. Tous deux se sont légèrement assombris également mais lorsqu'ils captent mon regard interrogateur, ils secouent la tête de concert. Très bien, message reçu, ça ne me regarde pas et ce n'est pas le moment. C'est vrai que Bonney ne m'a jamais parlé de sa famille, en fait…

Mais lorsque je reporte mon attention sur le duo, je vois bien que Law a sentit également que quelque chose d'autre que lui se jouait.

- Tout ce qu'elle aurait a subir de moi, reprend-t-il en ignorant le sous-entendu que Bonney ne semble même pas réaliser avoir dit, c'est mon inquiétude pour elle et sa vie aux côtés de quelqu'un comme toi.

- Quelqu'un comme moi?! s'offusque Bonney. Non mais c'est un comble! Déjà, je te signale que c'est elle qui me courrait après, et ensuite je suis une agente de la Brigade sortie major de promo de l'école de Police avec une grande expérience du terrain.

- Une grande expérience du terrain fais moi rire. «Chasseuse de prime» avec un attrait pour la violence non négligeable, voilà ce que ça veut dire.

Aoutch. Il a tapé juste, Bonney est une violente, même si ce n'est que dans certaines situations et qu'elle n'en tire aucune fierté.

- Ouais je sens surtout le mafieux en toi trembler de peur.

- Tu sais parfaitement que je n'ai jamais vraiment été un mafieux mais une taupe pour ta foutue Brigade. Ce qui a, pour rappelle, sauvé et protégé ma sœur. Tu sais, ta petite-amie.

Je crois que Law mène la dance et ça ne plaît pas vraiment à Bonney.

Je pensais qu'on s'amuserait plus dans ce face à face d'anthologie. Mais ça a très vite débordé. Je crois que tout le monde a trop de poids sur la conscience pour que ça se passe bien, finalement.

Je ne suis pas la seule à le penser si j'en crois le fait que ni Garp ni Lamy n'ont finit les quatre pauvres pop-corn qui restent au fond du bol. Garp fronce sa ride du lion avec inquiétude. Lamy se tient plus ou moins prête à intervenir.

Bonney serre la mâchoire, le nez plissé. Elle a envie d'être méchante mais ne le fera pas. Et surtout… est-ce que je détecte… de la jalousie?

Mon regard se tourne vers Law. Droit et fier, il est parfaitement calme bien que contrarié. Il n'y a aucune…

… ombre à son tableau.

Mais Bonney se sent en désavantage. Parce que c'est elle qui au fond, ignorait le plus grand détail de la vie de Lamy, pas lui.

Zut. Ce n'était pas sensé se passer comme ça.

Je regarde à nouveau Lamy. C'est peut-être elle qui détient la clef du problème. Elle se passe la main sur la bouche, les dévisageant en hésitant encore une seconde.

- Vous ne pourriez pas juste… bien vous entendre? demanda-t-elle soudain en soupirant. Vous savez… comme deux adultes civilisés.

Law lève les yeux au ciel, sans ciller. Mais Bonney darde sur elle un regard légèrement blessé. Aoutch.

- Pour moi? insiste Lamy en accrochant son regard.

Garp et moi grimaçons de concert. Lui aussi, n'aime pas vraiment la tournure de la discussion.

- Cette Cité est toute petite, soupire Law qui s'est sûrement rendu compte de notre tension et soudain, lâche un peu ses rênes. Comment vous vous êtes rencontrées au juste?

Grand blanc.

Lamy m'a bien raconté cet épisode… mais visiblement, elle n'a pas pensé à le dire à son frère…

Je regarde chacune des personnes présentes mais aucun d'eux ne semblent vouloir répondre à cette question pour le moins épineuse. Law lève haut un sourcil un peu circonspect et reniflant le truc.

Garp blêmit, Lamy rougit.

Bonney passe une main sur son front. Sa tension a augmenté d'un cran.

- Waouh, ça devait vraiment être quelque chose! ricane Law sans chercher plus que ça à détendre l'atmosphère.

- Elle avait quatorze ans, j'en avais dix-sept et j'étais menottée dans un commissariat! s'agace Bonney qui se renfrogne à chaque mot.

Le silence grinçant qui s'en suit ne dure qu'une seconde, puis Law éclate d'un rire qui nous fait tous sursauter. Plié de rire, il relâche ses bras croisés pour se tenir les genoux, riant et riant encore en nous ignorant totalement.

Garp soupire et son nez est rouge à force de se frotter les sinus, il semble même avoir prit un sacré coup de vieux…

Lamy pince les lèvres entre gêne et rire.

Et Bonney, évite soigneusement de regarder quiconque en croisant les bras, morte de honte, le visage rouge et le dos voûté. Mais Law rit toujours.

- Lamy! s'exclame-t-il entre deux éclats de son rire grave et rocailleux en se reprenant lentement mais sûrement.

Celle-ci lève les yeux au ciel (d'une manière ressemblant à celle de son frère de manière frappante). Mais face à Bonney qui s'empourpre de plus belle, elle se lève et semble avoir prit la décision d'arrêter de compter les points pour adresser un cessé le feu.

D'un pas souple qui fait dodeliner son chignon lâche de boucles caramels, elle s'approche de sa petite-amie et lui décroise ses bras trop serrées avec délicatesse pour lui tenir les mains, tendrement.

Bonney se laisse faire en soupirant, acceptant passivement la caresse qu'elle lui procure de tout son amour. Leurs regards se croisent et à nouveau Lamy sourit avec une pointe d'espièglerie.

- J'avais quatorze ans, dit-elle de sa voix claire et chantante avec sourire irradiant de douceur. Je passais une journée horrible où après avoir perdu mon porte-monnaie et devoir passer des heures au commissariat pour déclarer cet perte et devoir refaire tous mes papiers d'identités… je me retrouve face à cette fille… un peu plus âgée que moi… couverte de sang et de bleus… avec les cheveux en bataille et des vêtements déchirés… menottée à un bureau…

Elle passe une main sur la joue de Bonney qui fait une grimace explicite alors que nous autre, pauvres mortels hors de leur temps, nous retenons notre souffle.

- Avec un regard de feu, avec un menton fier malgré les menottes, avec ce dos droit, avec… plus de prestance en étant attachée à ce bureau que tous les flics de ce commissariat réunis. Avec plus d'aplomb que je n'en avais jamais eut en mentant droit dans les yeux à des mafieux très énervés. Avec cet orgueil démesuré. Comme si l'air brûlait autour d'elle.

Dans son sourire, un rire pointe.

- Alors oui, elle m'a fait une grande impression. Et encore l'année suivante. Et encore, et encore pendant des années… Comment aurais-je pu ne pas… tomber follement amoureuse?

C'est ce qu'elle dit, c'est ce que son regard dit, c'est ce que son sourire dit, c'est ce que tout son être clame haut et fort alors qu'elle passe délicatement sa main sur la joue de Bonney qui accepte la caresse en penchant la tête pour savourer pleinement le toucher.

Elles échangent un baisé et après un discret clin d'œil, Lamy se tourne vers Law.

- Elle est capable de tout, et elle le fera. Elle peut m'aimer alors que je n'ai jamais été honnête avec elle. Elle est capable de sauver des vies et de casser des nez. Elle a un sens de la Justice sans faille. Elle sait qui je suis alors que je ne lui jamais montré. Elle est intelligente, généreuse, belle… N'est-elle pas merveilleuse?

Toute sa posture clame sa fierté d'avoir apprivoisé le feu de Bonney. Law soupire, rendant définitivement les armes.

- Disons que en tant que D, tu ne pouvais pas tomber amoureuse de n'importe qui.

C'est la remarque la plus proche d'un compliment que Law pourrait dire face à Bonney qui s'est détendue et rougit cette fois, pour d'autres raisons, la tête légèrement penchée sans arriver à cacher son regard brillant d'amour.

Lamy rit à la remarque de son frère et se décale pour le prendre dans ses bras avec vigueur et il lui rend bien.

- Tu es mon grand frère, si courageux et si fort. Tu t'es sacrifié pour moi, tu as vécu l'enfer à cause de moi… Et tu sais à quel point je t'en suis reconnaissante. Mais j'ai profité de cette vie que tu m'as offert pour être aujourd'hui avec une femme incroyable que j'aime profondément. Pour l'amour de Roger, entendez-vous bien!

La remarque s'adressant aux deux, ils échangent un regard en plissant les yeux, presque défiant. Mais Law embrasse le front de sa sœur et lève les mains, se rendant.

- Si c'est la personne que tu aimes, je n'ai de toutes façons pas mon mot à dire. Enchanté, très chère belle-sœur.

Dans un bel ensemble, nous grimaçons tout à la notable exceptions de Lamy dont le sourire s'agrandit.

- J'avais pas réalisé, marmonne Bonney. Que tu es techniquement mon beau-frère.

- Génial! J'ai hâte des repas de famille, ricane Garp.

- Je referai du pop-corn, je lui souffle. Bande de D dégénérés.

Law me lance un regard faussement menaçant et Garp soupire mais son sourire est revenu.

Alors que Lamy s'éloigne des deux d'un pas, joignant les mains devant elle comme une petite fille sage, elle les fixe en silence.

Les deux soupire dans un joli diapason qui m'est familier. Et se serrent la main sans plus d'animosité.

- Jewelry Bonney, la petite-amie. Enchantée, singe-t-elle pour Lamy.

- Trafalgar D. Water Law, le frère. Enchanté également, répondit-il sur le même ton.

Et Lamy de lever les mains comme pour remercier Roger.

- Parfait! Maintenant que tout est beau dans le meilleur des mondes, est-ce qu'on peut aller se préparer? Le festival va commencer et j'ai envi de voir les feux d'artifice.

- C'est le moment où je m'éclipse, signale Garp en se levant et s'étirant légèrement. Allez donc vous amusez les jeunes, moi je rentre boire un thé avec Ray et Shakky.

- Boire un thé? je relève avec moquerie, ou boire une bière?

- Un thé puis une bière, consent-il dans un éclat de rire trop fort. On a enfin un peu de temps tous les trois pour refaire le monde et se souvenir du bon vieux temps, alors on profite.

Il enfile une veste légère, passe une main dans mes cheveux pour les ébouriffés et fait un signe de main aux autres.

- Bonne soirée les jeunes. Soyez raisonnable! Enfin. Autant que possible, je sais à qui je parle…

Et sans laisser à quiconque le temps de s'offusquer, il s'éclipse. Le silence qui s'en suit ne dure qu'une seconde.

- Pourquoi j'ai la nette impression qu'il fuit? demande Law en se tournant vers nous, interrogateur mais détendu et mains dans les poches.

- Parce que ce que personne n'a eut le temps de préciser, souligne Lamy, c'est que Garp est techniquement… notre entremetteur, avec Bonney. C'est lui qui… a facilité le fait que nous soyons ensemble aujourd'hui. Il savait très bien qui j'étais, à l'époque…

Bonney lève les yeux au ciel alors que Law lève haut un sourcil.

- Et de qui il a plus peur? De Bonney ou de moi? Je mords pas…

Lamy hausse les épaules et se tourne vers moi.

- Cara, tu peux m'aider à mettre mon kimono ?

- Oui bien sûr, je m'exclame en me levant rapidement. Fuyons la scène de crime!

Et avant que les deux n'aient le temps de rappliquer, on s'éclipse à notre tour en montant rapidement les escaliers jusqu'à la chambre des filles où nous attendent nos tenues.

Quand la porte se ferme (dans un claquement dramatique tout à fait calculé), Lamy laisse s'échapper une longue expiration de soulagement.

- Ça va? je m'enquis.

Je ne suis pas vraiment inquiète parce qu'elle n'a pas l'air plus angoissée que ça mais je ne peux m'empêcher de remarquer qu'elle a quand même les mains légèrement tremblantes.

- Oui, oui bien sûr, dit-elle d'une voix un peu enrouée tout de même. Je ne supporte pas autant de stress et je ne m'attendais pas à tant de tension…

- On n'aurait pas dit! je m'étonne sincèrement. Tu avais l'air parfaitement sereine.

- Tant mieux.

Elle fait une ou deux inspirations et se redresse en secouant ses mains, passant ses doigts dans ses mèches pour les retirer de son visage. Elle aurait presque les larmes aux yeux mais je me garde bien de le lui faire remarquer et je lui laisse son espace et son temps, m'éloignant pour me concentrer sur les kimono et les vestes assorties pour les soirées fraîches de printemps.

Mais ses inspirations se font plus courtes et se bloquent. Surprise, je me tourne vers elle. Elle est crispée, mains sur les yeux et se mord la lèvre inférieure.

- Lamy? je ne peux m'empêcher de me rapprocher alors qu'elle aurait peut-être besoin de solitude.

- C'est rien, dit-elle en forçant un sourire rassurant, sans effet sur moi. Demandez-moi de travailler aux urgences, demandez-moi de mentir à un mafieux, demandez-moi de feindre l'amnésie, demandez-moi de mentir… mais je n'arrive pas à… faire face à ceux que j'aime.

Elle renifle dans son sourire.

Je ne l'ai jamais vu comme ça. Lamy pour moi, c'est la force tranquille, la fille discrète mais forte, intelligente et calculée. J'en avait presque oublié qu'elle avait une façade aussi solide que celle de son frère et qu'elle ne se laissez jamais aller à être elle-même. Ou en tous cas, qu'elle ne s'était pas laissée aller depuis très, très longtemps avec une personne.

Et soudain, le dos voûté et la poitrine légèrement hérétique, elle me semble si seule, si fragile. La façade a cédé.

Je pose une main sur son bras, soutient. Elle a dû se sentir… si seule. Elle me racontait la semaine dernière à quel point ses parents adoptifs la surprotégeaient d'amour, comment ses collègues de boulot étaient un soutient, combien elle était heureuse d'avoir Bonney comme petite-amie…

Mais le poids de ses mensonges étaient au-delà de ce que je pouvais imaginé, je comprends en la voyant si épuisée.

Elle était entourée de bruits et d'attentions, mais seule dans sa vie de mensonge.

Elle se reprend et secoue la tête. Une seconde plus tard, elle renifle mais ses yeux humides ne libéreront aucune larmes. Elle se redresse et me sourit, plus sincèrement cette fois.

- Désolée, je supporte mal le tress, répète-t-elle.

Elle semble plus calme trop rapidement. Sa façade déjà en train de se reconstruire, de colmater la fissure. Étrangement, ça me semble déjà trop.

- Tu sais, si je peux me permettre… je murmure.

Elle me sourit, attentive à la suite. Mais toute sa posture si droite et si… dans le 'paraître calme' ne m'atteint déjà plus. Alors je fixe ses yeux encore brillants, seule accès que j'ai à la Lamy qui était avec moi encore une minute plus tôt.

- Je ne pense pas que Law ou Bonney seront dans le jugement si tu te laisses aller devant eux.

Elle rit, laissant un éclat de tristesse paraître.

- Non, bien sûr. Mais je ne voulais pas que mon stress joue dans leur petite querelle de surprotecteurs.

Je ne réponds rien, parce qu'elle sait que ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire. Elle acquiesce.

- Je sais que pour eux, tout va bien. Qu'ils me voient comme celle que je suis. Mais parfois, c'est aussi pour moi que c'est difficile. J'ai tant bataillé pour me construire… je n'ai pas envie de redevenir la petite sœur malade ou l'adolescente paumée que j'étais à leurs yeux, plus jeune.

Je ne répond rien, j'attends.

- Et je sais que ce n'est pas le cas. Je sais que c'est juste moi et mon miroir. Enfin, moi avec mon égo plutôt. Ça va me passer, il faut juste que je travaille un peu sur moi. Être plus sincère avec eux. Ce n'est pas aussi facile pour moi que ça en a l'air.

- Je comprends, je lui murmure.

Parce que c'est vrai. Parce que même si je ne peux pas me mettre à sa place, pas une seconde… je peux imaginer. Je peux la voir, elle et chacune de ses expressions ou tous les efforts qu'elle fait pour se construire une image et un contrôle de soi sans défaut. Difficile lorsque l'on a grandit sans pouvoir être soi-même, de se laisser porter par la réalité d'un jour où enfin, elle peut.

- Je suis désolée de m'être laissé aller au stress, me dit-elle dans un sourire timide mais sincère. Tu n'as pas à porter mes malheurs.

Je secoue la tête.

- Tu n'as pas à être désolée, j'insiste en secouant la tête. Au contraire, j'espère pouvoir t'aider si je peux. Tu es une amie précieuse, Lamy.

Mes paroles nous surprennent toutes les deux. Je me sens rougir. C'est pourtant vrai, je pense à Lamy comme à une amie, pas juste un connaissance comme ça mais une personne avec qui je suis devenue proche dans des circonstances étranges. Une appréciation qui me semblait réciproque…

- Et toi pour moi, dit-elle avec un éclat de sincérité qui réchauffe à nouveau mes joues mais surtout ma poitrine.

Une appréciation qui est réciproque.

A son tour, elle passe une main sur mon bras et dans un commun accord silencieux, nous nous écartons pour regarder à nouveau le lit et les vêtements.

- Si l'on prend encore trop de temps pour nous habiller, Bonney va râler.

- Hum…Des chrysanthèmes? C'est un joli kimono, remarque Lamy en se saisissant du tissus.

- Mes fleurs préférées. Et toi?

Elle brandit le sien pour que je vois bien le motif. Il ne me faut qu'une seconde pour trouver le sens de ce que je vois.

- Des loutres?!

Évidement!

J'éclate de rire.

- Incroyable!

Des loutres qui jouent avec une balle colorée dans un courant, sur fond parme. Parfait pour elle.

- Elles sont adorables, je lui confirme alors qu'elle le redresse à nouveau, très fière.

- Merci. J'adore les loutres.

- Je sais, je lui confis. C'est un détail que Law m'avait confié, il y a longtemps.

- Il parle trop celui-là, se renfrogne-t-elle faussement. Viens, je vais t'aider.

Nous nous habillons rapidement pour rattraper notre retard et en fixant mes cheveux entre deux pinces pour essayer de les aplatir, je remarque que Lamy ouvre une boite et en sort deux boucles d'oreille.

D'un blanc pur et à la texture sableuse.

Pas du marbre.

Du blanc de saturne.

Law lui a finalement donné la boite à bijoux. Je ne peux retenir un sourire et l'envie de faire jouer mon poignet où mes bijoux s'entrechoquent dans un tintement chaleureux.

Lorsqu'elle se tourne vers moi, enfin prête, je hoche la tête.

- Tu es ravissante.

- Merci, toi aussi! Mais je vais t'aider pour tes cheveux…

- Si tu en as la patience, avec plaisir.

Elle tire mes boucles jusqu'à réussir à faire quelques chose avec et passer une pince décorée de perles.

- Bon on y a va oui ou non?!

Bonney, en bas des escaliers, dans toute sa délicatesse. Lamy se précipite hors de la chambre d'une pas léger et je la suis de près.

- Nous sommes prêtes! Et- Oh Bonney, s'il te plaît!

Je regarde par dessus son épaule pour constater en ricanant que Bonney s'est contenté de changer son chemisier.

- Quoi? Je suis propre!

- Et tu se serai pas plus confortable en jupe? Tu veux vraiment aller au festival en jean?

Bonney semble sur le point de répliquer mais rend les armes et à son tour, monte rapidement les marches se changer.

Dans cette affaire, le seul qui est prêt c'est Law. Il porte un ensemble décontracté et a passé un haori court, noir avec une surpiqûre jaune, qui lui va étrangement bien. Mais vu la fraîcheur du soir, il a enfoncé sa casquette sur ses mèches un peu folles. Il lance un hochement de tête appréciateur à sa sœur en la voyant.

- Tu as vu? Ce sont des loutres! s'exclame-t-elle en tournant sur elle-même.

- J'ai vu, dit-il avec un air amusé. Ça te va à ravir.

Elle dodeline la tête, très fière et Law rit à son attitude. Bonney revient à cette seconde, dans sa jolie jupe grise droite avec laquelle je l'ai déjà vu une fois ou deux et des talons roses parmes très élégants. Elle a même attaché ses cheveux en chignon elle aussi.

Elle se présente, mains en avant vers Lamy.

- Voilà, je suis changée, je te fais moins honte?

Lamy vient s'accrocher à son bras.

- Tu ne me fais jamais honte! Mais si je n'avais pas insisté, dans dix minutes tu aurais regretté de ne pas profiter de tes soirées de repos pour mettre des vêtements que tu aimes bien et pas juste ceux du travail.

Bonney lève les yeux au ciel.

- Tu me connais si bien. Allez, allons boire comme des trous et manger comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Tout le monde acquiesce avec force à cette affirmation et alors que les filles ouvrent la marche, Law me présente son bras, cavalier. Je m'en saisis en lui présentant une flexion de genou exagérée qui le fait rire.

Nous partons tous les quatre ainsi, profiter de notre soirée de mars jusqu'à tard le soir.

Juste… profiter.

.

Je pousse la porte du Laboon's Soul avec une certaine excitation. Je n'y avais pas mis les pieds depuis des mois…

Je suis accueillie par… Keimi.

- Bonsoir!

Elle me reconnaît immédiatement et m'offre un sourire éblouissant en m'installant à une table.

- Tu viens pour voir Brook? Ou pour une occasion spéciale?

- Remise du diplôme du lycée, je lui explique. Mes amis arrivent.

- Oh, félicitation! Je te sers quelque chose en attendant.

Elle a changé, je remarque en la regardant du coin de l'œil. Moins de mouvements inutiles, le volume sonore est adapté et elle manie mieux les bouteilles. Une vraie serveuse.

J'ai un sacré sentiment de protection envers cet endroit. Ça a longtemps était mon sanctuaire où j'étais seule pour gérer, alors ça me fait plaisir de voir qu'elle s'occupe bien de l'endroit. Je n'arrive même plus à me souvenir pourquoi elle m'agaçait autant. Au contraire, je suis plutôt contente que la salle soit dans ses bons soins.

- Brook est là? je lui demande quand même lorsqu'elle m'apporte un soda bien frai.

- Non, il est sorti pour le week-end. Je lui dirais que tu es passée.

- Je veux bien, je lui confirme. Dis-lui que je l'appellerai dans la semaine, prendre des nouvelles.

Elle acquiesce et me laisse attendre dans le calme.

Je suis rejointe par Ace, les cheveux trempés par la pluie battante. Il s'ébouriffe comme un chien, arrosant mon blaser. Puis Nojiko, Sabo et Koala entrent à leur tour et tout ce beau monde nous rejoint à notre table.

Nous sommes encore tous en uniforme, je détonne un peu avec le mien mais l'intention est là.

Eux comme moi, ils ont encore le classeur avec le joli diplôme tout neuf. Même Ace semble assez fier du sien. Je n'ai pas pu assister à leur cérémonie puisque la mienne se tenait de l'autre côté de la Cité.

Mais même si j'aurais aimé voir ça… même si j'avais rêvé pendant des années d'être avec eux ce jour là pour entendre leurs noms et les voir monter les marches de la scène… étonnamment, la douleur de ne pas être dans cette réalité qui n'existera jamais n'était pas aussi intense que ce que je pensais.

A la place, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine fierté (sûrement un peu déplacée). Après tout, même seule, j'ai réussi à suivre ma voie sans m'effondrer. Alors qu'importe cet uniforme si différent du leurs.

Et puis au final, nous là ensemble malgré tout.

Puisque nous sommes les seuls clients ce soir, lorsqu'on trinque, c'est dans un grand cri. A la fin du lycée!

- Vacances? demande Nojiko.

- On n'a que deux semaines avant la rentrée, pleure Sabo dans son verre.

Ace a un petit rire supérieur. Ses études en mécanique, elles seront chez Kidd alors il peut se permettre de se moquer de nous qui allons retrouver les salle de classes dans si peu de temps.

- Il fait encore trop froid pour la plage, soupire Koala en jetant un regard vers la porte qui nous sépare de la tempête à l'extérieur.

- Onsen? propose Sabo.

- Sous la pluie, j'ai pas envie non plus.

- On ne va pas rien faire de nos vacances avant d'entrer à l'université quand même?

Je hausse les épaules en sirotant mon verre. Je n'ai pas l'argent pour aller où que ce soit en ce moment de toute façon. J'avais juste la ferme intention de glander, enfin. De sortir mon longboard et de faire quelques belles descentes… avoir été cloué à l'hosto pendant deux semaines m'a achevé. Mes jambes me démangent. Mais comme l'a très justement fait remarquer Koala une seconde plus tôt: beaucoup de pluie est annoncée. Alors tant pis pour ma planche.

- Vous avez déjà prévu des choses pour la rentrée? je demande à demi-mot.

Parce que bon, y'en a trois dans le lot que je ne côtoyais plus tant et à Ace, je n'osais pas vraiment demander plus de nouvelles que ça. Et même si je les croise de temps à autre comme maintenant, j'étais dans un lycée de l'autre côté de la ville. J'ai loupé pas mal de choses.

Koala et Sabo rougissent dans un bel ensemble. J'échange un regard entendu avec les deux autres mais on ne fait aucun commentaire.

- On… on emménage ensemble.

- Quelle surprise, j'ironise en sirotant mon verre bruyamment.

Ils n'osent même pas m'envoyer balader, tous rougissants qu'ils sont. S'ils sont pas adorables… Nojiko finit par reprendre avant que nous ne soyons noyés dans la guimauve:

- Personnellement, la section agrobiologie est hors de la cité avec son propre campus. Je vais m'exiler au milieu d'une ferme géante pendant cinq ans!

Et elle semble plus qu'heureuse à cette perspective.

- J'ai enfin trouvé un appart dans le Quartier Sud-Ouest. Entre le garage et le Pavillon Noir. Un truc sympa.

- On va enchaîner les pendaisons de crémaillère donc, je ris.

- Tu vas rester chez Bonney? s'enquit Ace mais j'ai bien conscience que la question intéresse tout le monde, y comprit ceux qui n'osent pas vraiment la poser.

Je hausse les épaules, un peu fataliste.

- Je n'ai plus les moyens d'avoir mon chez-moi. Pas de campus ou de bourses pour la fac de lettre. Pas le temps de travailler nul part. Bonney m'a invité à rester. Et elle ne me fait payer aucun loyer. On va être toutes les trois un moment.

Ace a un grand sourire.

- Oh, Lamy emménage pour de bon?

- C'est déjà fait. Elle n'a plus de raison d'être discrète après tout, alors elle profite et elle a déjà installé toutes ses affaires dans l'appartement. Et elle reprend ses études pour devenir médecin urgentiste.

Deux étudiantes et Bonney. Il va y avoir une sacrée ambiance au quotidien…

Sabo et Koala semblent un peu tendus mais avec le temps, ils se sont fait à mes histoires qu'ils découvrent au fur et à mesure, toujours avec une certaine gêne. Gêne qui ne semble pas du tout atteindre Ace.

- Cool, j'ai hâte de v'nir manger chez vous, ricane-t-il. C'est toujours une question de bouffe chez vous.

Je lève les yeux au ciel mais je ne peux pas vraiment nier.

- Ça ne résout pas le problème des vacances… soupire Nojiko.

- «Problème» qu'elle dit, se moque Koala, heureuse du changement de sujet.

- Pourquoi on ne passerait pas juste le week-end chez Shanks? Ça ne nous coûtera pas grand-chose et son territoire s'étant jusqu'au port après tout. Y'a des plages pas loin, propose Sabo, au désespoir.

On échange un regard.

- Sous la pluie? répète Koala.

Il grimace.

- Ou alors, propose Ace, on peut aussi d'mander une chambre ou deux au Pavillon Noir? Même sous la pluie, le quartier est toujours pleins d'activités et pas cher. Entre un cinéma, les restos et toujours en bonne compagnie.

- Tu veux dire, Marco et Thatch?

- Haruta et Izou?

- Kidd et Killer?

- Bey et Jozu?

- Aucun moyen de s'ennuyer, confirme Ace avec un vif hochement de tête.

Nous échangeons un regard. Il n'a pas tord.

- Va pour les mafieux du Sud-Ouest! se résigne Sabo en levant son verre.

Et nous trinquons dedans avec un cri de joie.

.

Tik Tak