1974-1975_Cinquième année, deuxième trimestre

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Remus courut comme un dératé vers le Poudlard Express dont la locomotive sifflait déjà, prête à partir. Il sauta dans un wagon, par la première porte encore ouverte qu'il trouva sur son passage, et eut tout juste le temps de se tourner vers la vitre. Il vit ses parents se précipiter à toutes jambes sur le quai en lui adressant de grands gestes en guise d'adieu.

Il ravala le relent de tristesse qui menaçait de l'envahir. Il aurait aimé avoir le temps de les embrasser plutôt que de leur hurler avec anxiété de se dépêcher. Il lança un dernier regard à son père qui enlaçait sa mère sur le bord du quai et redressa son grand corps courbaturé par cette course imprévue. Il réajusta son sac à dos en cuir sur son épaule et se dirigea vers le compartiment des Préfets où le Professeur Brûlopot, qui supervisait le voyage, leur adressa la liste des objets prohibés mis à jour par Rusard ainsi que tout un tas de recommandations inutiles.

Remus se porta volontaire pour réaliser la première ronde, dans l'idée de rejoindre en vitesse les Maraudeurs, mais ses espoirs furent vite douchés. Il passa déjà bien trop de temps à débriefer les vacances avec Lily. C'était toujours pareil avec elle. Quand ils commençaient à parler, ils ne voyaient plus le temps passer.

Après l'avoir quittée, il avait dû gérer une bagarre entre quatre Serdaigle et deux Serpentard de Deuxième année. Il avait failli se prendre un Maléfice et les avait désarmés avec une profonde lassitude. Il leur avait enlevé des points - avant même d'atteindre Poudlard - et avait confisqué leurs baguettes qu'il avait confiées à Brûlopot.

Plus de la moitié du trajet s'était déjà écoulé et il s'était encore fait embarquer dans une nouvelle ronde. Dorcas lui était ensuite tombée dessus, perdue par leur devoir d'Arithmancie à rendre le lendemain matin, et ils avaient dû reprendre tous ses calculs. Il n'était plus qu'à trois quart d'heures de Poudlard quand il put, enfin, rejoindre les Maraudeurs dans un compartiment étonnamment calme.

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— Les vacances de Padfoot ont été compliquées, expliqua James qui jouait avec son vif d'or fétiche tout en lui lançant un regard inquiet.

Remus s'installa face à Sirius, fouilla ses poches et en sortit une petite boîte métallique qu'il ouvrit d'une pression sur un cran latéral. Il se sentit soulagé lorsqu'un sourire en coin naquit sur le visage éteint de Sirius. Il se redressa et s'empara du joint, coincé entre cinq cigarettes roulées.

Remus lui tendit le bout incandescent de sa baguette et le regarda tirer sur le cône, les joues creusées. Il était fasciné par ses lèvres entrouvertes qui retenaient toujours la fumée quelques secondes. L'instant d'après, d'inconvenants frissons firent leur retour entre ses omoplates, alors que Sirius lui soufflait des volutes au visage.

— Tu veux en parler ?

Il secoua la tête, aspira une bouffée supplémentaire et lui tendit le joint dont Peter s'empara au passage.

— Qu'est-ce que tu veux qu'il raconte. Sa mère a été odieuse, son père violent et son frère l'a-

— Pete ! le coupa James en récupérant le joint à son tour. La subtilité, tu connais ?

Remus allongea ses jambes jusqu'à toucher celles de Sirius qu'il n'avait pas lâché du regard et qui lui renvoya un sourire triste. Il était un peu inquiet pour lui. Il n'avait pas l'habitude de le voir affalé, si ce n'était sur lui.

Il tira à son tour sur le joint et adopta la même position que Sirius, l'épaule et la tête appuyées contre la vitre. Il recracha la fumée en une série de ronds aussi parfaits qu'hypnotisants.

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Ils étaient tous un peu amorphes lorsque la porte du compartiment s'ouvrit à la volée sur une Lily désabusée. James bondit aussitôt de son siège pour la saluer. Il tentait en vain de réajuster lunettes et tignasse et Remus eut des difficultés à retenir son rire.

— Je t'ai oubliée, Lily-jolie, s'excusa-t-il piteusement.

— Je vois ça !

Elle referma la porte derrière elle, l'air sévère, et s'approcha de lui.

— Par Morgane, tu es Préfet, Remus !

Lily lui arracha le joint des doigts et, dans le même temps, posa sa main sur le torse de James sans le regarder. Elle le poussa à l'instant où il ouvrait la bouche pour l'interrompre.

— La prochaine fois, continua-t-elle avec un sourire, espiègle désormais, verrouille la porte et fait au moins l'effort de me prévenir.

Elle aspira une longue bouffée du joint, écrasa le filtre sous la semelle de ses bottines à talons carrés, entrouvrit la fenêtre et y jeta le mégot. James la fixait, la bouche ouverte et l'oeil vitreux. Elle avait tendance à avoir ce genre d'effet sur lui.

— Tu veux ma photo, Potter ?

Elle soupira quand il lui répondit par l'affirmative et tira Remus par le poignet. Une nouvelle fois, il eut grand peine à retenir son rire un peu trop rauque. Il la suivit avec docilité et participa à leur ronde dans un état second, agréablement abruti par l'herbe.

En dehors des chamailleries et autres altercations occasionnelles entre Maisons, les retours de vacances étaient plutôt calmes et ne nécessitaient pas une attention soutenue des Préfets. Ils n'avaient pas besoin de guider les plus jeunes, les repas de fêtes continuaient à peser sur les panses et la perspective de la reprise des cours rendait les élèves un peu atones.

Le principal objectif de Remus, une fois descendu du train, était de rassasier son estomac qui criait famine, tâche à laquelle il s'attela avec une minutie extrême.

Il réalisa ne pas avoir revu Sirius de la soirée qu'après avoir fini de dîner et s'être assuré que chaque élève de Gryffondor avait bien reçu son emploi du temps pour le semestre à suivre. Il monta, quatre à quatre, les marches jusqu'au dortoir.

— Les gars, je- … ils sont où ?

— James cherche Lily et Sirius est à l'infirmerie.

— Comment ça Sirius est à l'infirmerie ?

— Il a filé dès qu'on a mis un pied au château. Il a rien dit mais, vu l'heure, je crois pas qu'on va le revoir ce soir.

Remus regarda la pendule. Peter avait raison, ils avaient presque atteint l'heure du couvre-feu. Ses épaules s'affaissèrent et, un peu désabusé, il s'excusa et fila prendre une douche. Il n'avait aucune envie d'écouter les présomptions de Pete.

Il avait suffisamment de son propre cerveau pour envisager les différentes hypothèses. La plus probable restait une visite à Poppy pour traiter les retombées des châtiments corporels que Sirius avait dû subir pour avoir souillé la lignée de la Noble et Très Ancienne Maison Black.

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Sirius fit son retour le lendemain matin, frais et dispo. Il refusa toute discussion sérieuse et se contenta de hausser les épaules à chaque demande relative à son séjour au Square Grimmaurd. Il ne fit mine de quitter son lit pour rejoindre l'un d'entre eux ni ce soir-là ni les dix suivants.

Remus avait l'impression d'être revenu deux ans en arrière. Quand Sirius ne leur avait pas encore parlé des punitions musclées qui avaient cours chez les Black. Il ne s'était livré que lors de leur première cuite.

Ils avaient treize ans et étaient tombés sur la réserve de VodkaTrouilhic des Septième année alors qu'ils étaient à la recherche d'un passage secret dans la tour des Gryffondor. Ils s'étaient emparés d'une bouteille et avaient filé se planquer dans une alcôve, dissimulée derrière une tenture brodée d'un radeau dérivant sur un océan tumultueux, deux étages plus bas. Ils n'avaient pas eu besoin de descendre plus d'un tiers de la bouteille pour voir sauter toutes leurs inhibitions et un certain nombre de secrets avaient été révélés.

Remus avait confirmé sa lycanthropie, que les trois autres avaient déjà deviné, James avait clamé son amour pour chacun d'entre eux - et quelques autres - avec un sérieux infini, Peter avait révélé sa peur de l'échec qui le paralysait au quotidien, et Sirius avait décrit les pires châtiments endurés depuis ses huit ans.

Remus adorait se rappeler de cette soirée. Il était passé par tous les états. Peur, joie, colère, désespoir, rage. Jamais il n'avait été aussi tourmenté par ses émotions. Le lendemain, les garçons avaient à peine osé s'adresser la parole. Et pourtant, c'était bien cette fois-là qui avait fini de sceller leur amitié.

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Ces derniers soirs, Remus avait hésité à rejoindre Sirius dans son lit, mais puisque même James n'en avait pas pris l'initiative, il n'avait pas osé. Il l'avait laissé fermer ses tentures avant tous les autres, chaque soir, et s'était pris à espérer voir son visage apparaître entre les siennes, en vain.

Ce ne fut que la veille de la pleine lune, alors qu'il n'avait de cesse de se tourner et se retourner dans son lit en poussant des soupirs agacés, que Sirius s'était glissé entre ses rideaux.

— T'arrives pas à dormir ?

— Nan, grogna Remus.

Il se redressa, le corps fourbu à l'avance par la nuit qui l'attendait le lendemain, et replia ses jambes pour lui faire de la place alors qu'il s'installait en tailleur face à lui.

— Tu veux en parler ? chuchota Sirius.

TU veux en parler ?

Sirius lui adressa un sourire et secoua la tête de droite à gauche. Il retint son rire au regard explicite que lui lança Remus.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Sirius tanguait, debout sur le lit, et lui fit signe de se taire. Il s'installa derrière lui, entre son dos et les oreillers.

— Sir-

La voix de Remus se bloqua dans sa gorge. Les doigts de Sirius venaient de glisser entre ses boucles et remontaient vers le haut de son crâne.

— Tu-

— Chhhhht.

Remus était sensible aux massages et se retint à grand peine de ronronner à chaque pression sur son cuir chevelu. Il sentit son corps s'alanguir peu à peu et ne put se retenir. Il se pencha en arrière dès que le souffle de Sirius explosa sur sa nuque.

Il se rapprocha aussitôt, sans pour autant interrompre la marche impérieuse de ses doigts dans ses boucles. Lorsque son torse frôla son dos, leurs respirations se suspendirent et, sans se concerter, ils calèrent le rythme de leurs souffles, trop lents et réguliers pour être naturels, l'un sur l'autre.

Remus laissa sa tête tomber en avant. Le front de Sirius se posa sur sa nuque avec douceur. Ses doigts quittèrent lentement ses boucles et rejoignirent ses épaules. La chair de poule réapparut sur les bras de Remus qui, sans préavis, fut enlacé avec force.

Ils restèrent plusieurs minutes dans cette position avant qu'il n'ait le cran de parler à voix basse.

— On. On devrait dormir.

Il sentit les bras de Sirius retomber le long de ses flancs et réajuster son t-shirt. L'instant d'après, il le poussait et s'allongeait à sa place, au milieu du lit. Remus leva les yeux au ciel et s'étendit à son tour en lui tournant le dos. Il espérait donner l'illusion d'être à l'aise, mais n'osait pas bouger, perturbé par leur proximité.

Sirius était si proche. Il lui aurait suffi de pivoter, juste un peu, pour se couler dans ses bras. Cette pensée était ridicule. Remus inspira le plus calmement possible. Son lit était une vraie fournaise. Chaque parcelle de sa peau irradiait et il avait l'impression que, s'ils se touchaient sans la barrière des bouts de tissus qui leur servaient de pyjama, ils pourraient brûler par combustion spontanée.

Remus crevait d'envie de se retourner, de le toucher, caresser sa peau, mais il ne pouvait pas se permettre de franchir cette ligne. Il ne voulait pas. Il-. Sirius ne sembla pas s'embarrasser de ces précautions. Sa main, aussi fraîche que décidée, se posa sur sa hanche. Ses pieds suivirent l'exemple et partirent chercher la chaleur des siens.

— Dors, exhorta Remus plus pour lui-même.

— Ok.

Ce ne fut qu'un murmure rieur qui lui fit pourtant trop d'effet. Sa tête lui disait de dormir, son corps était irrésistiblement attiré vers l'arrière. Il aurait continué à hésiter si le souffle de Sirius n'avait pas été si fébrile entre ses omoplates. Remus se cambra, à la recherche de contact. La main de Sirius se raffermit sur sa taille et il recula son propre bassin.

— Dors.

Remus hocha la tête. Il pouvait le faire. Il devait le faire. Ce n'était pas si compliqué de compter les Sombrals. Il s'en sortit même très bien puisque, lorsque la cloche sonna l'heure du réveil, il émergeait d'un sommeil profond.

Un bras barrait son torse et une érection appuyait juste sous le creux de ses reins. Une érection qui ne voulait probablement rien dire. Juste une réaction normale d'un adolescent normal.

Remus ne comprit pas bien comment il résista à remuer les hanches comme son corps le lui hurlait. A la place, il arracha un grognement contrarié à Sirius en se levant sans délicatesse. Il enjamba son corps et sauta à pieds joints au pied de son lit, avant de filer sous la douche sans même prendre de vêtements de rechange.

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Il passa le reste de la journée dans une semi torpeur. James, Sirius et Peter s'inquiétèrent de son manque de hargne. Ils avaient davantage l'habitude de subir sa mauvaise humeur que son apathie les jours de pleine lune.

Lui, ne vit pas la journée s'écouler. Sa routine était bien ancrée. Après le dîner, il fila à l'infirmerie où Poppy lui fit la conversation un moment avant de le guider jusqu'à la Cabane Hurlante.

Lorsque le reste des Maraudeurs sortit de leur cachette sous la cape d'invisibilité, Remus ne put retenir son soupir soulagé. Les nuits étaient bien plus agréables depuis qu'il les partageait avec eux. Il ne se souvenait toujours pas de ce qu'il avait fait à son réveil, mais il avait cette conviction de sécurité au creux de son ventre.

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Le lendemain matin, Poppy décida de le garder à l'infirmerie une nuit de plus. Pas une seule fois, depuis la rentrée, elle n'avait accepté de le libérer plus tôt. Elle s'inquiétait de l'association de sa lycanthropie et des effets de l'adolescence qui, selon elle, ne faisaient pas bon ménage. Les pleines lunes le laissaient épuisé et, plus ses hormones étaient en ébullition, plus sa fatigue était intense.

Quand il rejoignit son dortoir, Remus partit se coucher aussitôt, sans attendre ses colocataires. Les jours suivants, il se rendit à peine compte que les séances de confidences de James et Sirius avaient repris leur cours normal, mais sa jalousie ne tarda pas à revenir au galop.

Il ne comprenait pas pourquoi Sirius préférait se confier à James. Et il n'avait aucune envie de lui poser ouvertement la question. A la place, il préférait se fermer et se réfugier à la bibliothèque avec Lily, pour travailler comme un acharné. Ce qui amenait James à fréquenter les lieux avec assiduité. Avec Sirius et Pete. Ce qui agaçait Lily. Et le renfrognait, lui, dans un satané cercle vicieux.

Au fil des jours, sa mauvaise humeur l'empêchait de rejoindre Sirius le soir venu. Et lui non plus, ne semblait pas avoir envie de braver la tempête. Remus ne réussit à se détendre que lorsque Sirius céda aux avances de Daphné.

Sortir avec des filles avait souvent tendance à lever les ambiguïtés entre eux. Remus arrêtait de se poser des questions et ne cherchait plus à analyser les mains baladeuses de Sirius. Il était facile de faire abstraction des petits picotements qui les accompagnaient. Elles étaient suffisamment occupées ailleurs.

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Remus eut l'impression d'avoir l'esprit tranquille jusqu'à la fin du mois de février. Le match contre Serdaigle avait été épique et signait, avant même la fin de la saison, l'accession des Gryffondor à la Coupe des Quatre Maisons.

La fête improvisée battait son plein quand Caradoc fit tourner un joint dont Remus se saisit sans hésitation. Il fumait peu à Poudlard et avait déjà écoulé tout son stock depuis plusieurs semaines.

Il tira sur le quatre feuilles, les yeux perdus dans le vague, et son regard accrocha Sirius. Il retint un rire mesquin. Au milieu de la piste, il tentait d'aider Daphné à tenir debout plus qu'il ne dansait avec elle.

Mary s'installa sur ses genoux et interrompit le cours de ses pensées. Elle lui vola le joint qui disparut tout aussi vite dans d'autres mains puis se pendit à son cou pour lui supplier à l'oreille de danser avec elle.

Il releva les yeux vers la piste de danse. Pete faisait virevolter Marlène. Sirius n'était plus là. Remus soupira et céda. Il l'accompagna au rythme des basses d'un morceau entêtant d'Iggy Pop diffusé par la radio pirate offshore.

Il adorait danser avec Mary. Elle était belle, elle était grande, elle n'hésitait jamais à onduler contre lui et ne demandait jamais plus. Il craignait toujours, en dansant avec d'autres filles, qu'elles attendent plus de lui. Mais pas Mary.

Elle, elle ne minaudait pas. Elle s'abandonnait et impulsait le rythme à tenir avec une souplesse qu'il n'avait pas. Leurs corps chaloupaient dans une douceur et une sensualité qu'il appréciait toujours.

Ils entamaient leur deuxième danse quand Sirius et une Lily exaspérée redescendirent du quartier des filles. Daphné n'était visible nulle part. Ils venaient sûrement de la border.

Mary s'accrocha à son cou et Remus resserra sa prise sur sa taille. Il se força à ignorer Lily. Elle semblait menacer Sirius qui, lui-même, faisait de grands gestes en direction du dortoir des filles.

Il le regarda du coin de l'oeil la planter là, agacé, et se diriger à grand pas vers la fenêtre entrouverte pour s'allumer une clope. Remus retint un énième rire alors que James barrait le chemin d'une Lily furieuse.

Il lui attrapa les mains et la supplia de le suivre sur la piste de danse. Elle ne se débattit qu'à moitié. Pour la connaître comme il la connaissait, il savait que sa colère avait fondu comme neige au soleil quand il lui avait fait son regard de faon blessé.

Remus se reconcentra sur Mary et ses mains qui agrippaient désormais ses bras. La musique pulsait, le traversait de part en part, et son esprit reposait dans un coton moelleux. Il croisa le regard de Sirius, fixé sur eux.

Le visage fermé, il hochait la tête en rythme et ne le quittait pas des yeux. Remus se pencha sur Mary et lui murmura à l'oreille de se rapprocher. Elle s'exécuta avec un rire clair et Sirius s'empara de la bouteille que Robb tendait à Debby.

Il avala une longue goulée et son corps se contracta. Chacun de ses putains de muscles roula sous ses vêtements. Remus avait chaud. Beaucoup trop chaud. Les coups d'oeil appuyés de Sirius, sa propre transpiration qui humidifiait ses boucles, la goutte de sueur qui glissait de son front à ses lèvres et qu'il attrapa de la pointe de la langue, c'était trop.

Il avait besoin d'air. S'il ne reprenait pas le contrôle de lui-même, il finirait par se frotter, lascif, contre Mary, l'esprit envahi par le regard lubrique de Sirius et son corps parfait.

Il la repoussa avec douceur, l'embrassa juste sous l'oreille et l'abandonna là. Il s'échappa aux toilettes et s'aspergea le visage d'eau. Son t-shirt lui collait à la peau, ses pommettes étaient trop rouges, son souffle était court.

Remus inspira profondément et laissa ses poumons apprécier cette bouffée d'air frais. De retour dans la salle commune, Sirius avait - une fois de plus - disparu. Remus n'hésita pas longtemps avant de prendre le chemin de leur dortoir et le croisa, sans surprise, alors qu'il arrivait en sens inverse.

— Je te cherchais, sourit-il.

— Trouvé, confirma Remus à voix basse.

Sirius tendit la main et replaça une de ses boucles derrière son oreille. Il souffla.

— Tu me rends barge, Moony.

Remus lui adressa un sourire en coin et un son quasi animal s'échappa de sa gorge. Ils avaient trop bu pour réagir correctement. Si personne ne les interrompait, ils allaient faire une connerie. Un truc idiot qu'ils regretteraient. Mais, en l'état, Remus était incapable de faire abstraction du désir qu'il lisait dans son regard.

Tout ce qu'il avait ingéré ce soir l'empêchait d'avoir peur. Sa main, bien plus sûre que ce que sa vague conscience espérait, se posa au creux des reins de Sirius. Il ne put retenir un sourire carnassier lorsqu'un hoquet surpris lui répondit.

Sirius s'abandonna, le corps alangui. Il suivit le mouvement qu'il lui imposait, au rythme lancinant du morceau qui filtrait dans ce couloir. Remus frémit en sentant une paume froide glisser jusqu'à sa nuque.

Il rapprocha leurs bassins avec exigence et courba son corps sur Sirius qui rejeta la tête en arrière. Remus n'osa pas poser franchement les lèvres sur sa jugulaire qui palpitait. Il en frôla la peau, encore et encore. Les doigts de Sirius se crispèrent à l'arrière de sa tête, tirèrent sur ses boucles humides.

Leurs corps se répondaient, se déhanchaient, en cadence. Ce n'était rien. Juste des amis qui dansaient. Ils pouvaient justifier cette folie, tant qu'ils ne franchissaient pas cette ligne. La nuit, ils apaisaient leurs cauchemars. Ce soir, ils dansaient.

Ils dansaient. Rien de plus.

Sirius releva son visage vers Remus. Leurs lèvres n'étaient plus qu'à un pouce. Il pouvait sentir son haleine, chargée de tabac froid et d'alcool. Rien de doux ou d'agréable mais, Merlin, ce qu'il rêvait de s'y perdre et d'explorer chaque recoin de sa bouche.

Il aurait cédé. Il aurait plongé, s'il n'y avait eu cet éclat de rire et cette porte qui claqua. Ils sursautèrent, sortirent de ce temps suspendu et se séparèrent, essoufflés. Remus se précipita dans leur dortoir sans se retourner. Il ne vérifia pas où allait Sirius. L'instant était passé, ils ne pouvaient pas envisager de se suivre.

Il ferma la porte avec plus de force que nécessaire. Elle claqua dans le silence du dortoir et il s'y adossa, le poids du monde sur les épaules. Il regarda son érection déformer son pantalon et balaya la pièce du regard. Personne.

Remus dénoua sa ceinture, fit glisser son jean et son caleçon sous ses bourses. Sa main trouva automatiquement le chemin de sa queue. Il s'appliqua à se branler d'un geste précis, millimétré. Il éjacula vite. Trop. C'était toujours trop facile quand il pensait à Sirius.

Soulagé, et peut-être un peu triste, il nettoya le parquet maculé de foutre. Il se coucha tout habillé et ne se réveilla pas quand les autres finirent par rejoindre le dortoir. Sirius s'était endormi sur le canapé de la salle commune.

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A chaque fois que les événements les dépassaient, devenaient trop intenses, des périodes d'une banalité à pleurer s'ensuivaient. Leurs gestes retrouvaient une certaine normalité. Le trop ne s'éteignait jamais complètement. Les mains continuaient à traîner plus longtemps que nécessaire. Les pressions étaient trop marquées. Les regards trop appuyés. Mais il n'y avait plus la même exigence. La sensualité était leur fond de commerce. Il ne leur manquait que l'embrasement. Remus avait confiance. L'embrasement revenait toujours.

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Alors, verdict?