Bienvenue sur le chapitre 4, où, disait-on, ça Prank… Et qui dit Prank dit… Léger refroidissement de la température, par rapport au précédent!
Navred… En attendant, je vous souhaite de très belles fêtes de Nowel et je vous dis à la semaine prochaine…
Bonne lecture !
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1975_Cinquième année, quatrième trimestre
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Remus perdit connaissance aussitôt après avoir repris forme humaine. Il ne se réveilla qu'en fin d'après-midi avec un noeud étroitement serré au creux de l'estomac. Un noeud qu'il n'arrivait pas à s'expliquer.
Il ouvrit les yeux et remarqua qu'il avait été installé dans la salle commune de l'infirmerie. Ne pas avoir été placé dans la quiétude de sa cellule habituelle aurait pourtant dû lui mettre la puce à l'oreille, mais s'en rendre compte n'aurait fait que lui confirmer qu'il n'avait pas envie de savoir.
Il se frotta les yeux et grimaça lorsque ses os craquèrent.
— Comment vous sentez-vous, Remus ? demanda l'infirmière lorsqu'elle s'aperçut de son agitation.
— Comme si un troupeau d'Hippogriffes m'avait piétiné, articula-t-il péniblement.
Elle lui tendit un verre rempli d'un liquide orangé qu'il but d'une traite.
— Il. Il y a eu un incident hier soir, Remus.
— Un. Un incident ?
— J'en ai peur… Monsieur Snape a découvert comment rejoindre la Cabane Hurlante.
— Il est- ?
— Dans la cellule que vous occupez d'habitude. Il a quelques contusions et une vilaine cicatrice sur l'épaule.
— J'ai- ?
— Oui, l'aida encore l'infirmière, anticipant ses questions. Monsieur Potter a réussi à récupérer Monsieur Snape avant qu'un drame n'arrive… Nous n'avons pas encore compris tous les tenants et les aboutissants.
Remus se sentit écrasé sous le poids de la culpabilité. Il avait l'impression qu'une main de géant empoignait son coeur et le serrait pour l'empêcher de battre à son gré. Un vertige le fit vaciller.
— Rallongez-vous, Remus. Le directeur souhaite vous interroger. Je lui ai demandé d'attendre demain.
— Vous. Vous savez comment Snape a- ?
— Il semblerait qu'il ait suivi les indications de Monsieur Black.
Remus s'effondra, la respiration bloquée dans sa gorge.
— Je. Je pourrais dormir ? S'il vous plaît ?
Poppy lui caressa la joue avec tendresse et s'éclipsa dans son bureau. Il avait mal. Tellement mal. La trahison créait un trou béant au creux de son estomac.
Remus avait toujours été plutôt indifférent à l'hostilité qui s'était développée entre James, Sirius et Severus. Il ne l'appréciait pas lui-même. Il avait souvent été la cible de ses remarques déplacées voire de ses insultes, mais il se faisait en général un devoir de l'ignorer. Ou de lui rendre la pareille. Ou de faire de lui l'objet de leurs farces potaches.
Il n'avait même pas pris la peine d'empêcher James et Sirius de l'humilier, juste après leurs BUSE de Défense Contre les Forces du Mal. Il n'en avait ressenti aucune culpabilité vu les propos que Snape avait alors tenu à Lily. Mais, là, les choses étaient allées trop loin. Ils étaient allés trop loin.
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A sa surprise, Poppy accepta qu'il passe la nuit à l'infirmerie et, quand elle le mit dehors le lendemain matin, il ne se faufila dans le dortoir qu'une fois certain de n'y croiser personne.
Il rejoignit la classe à l'instant où Slughorn allait fermer la porte et, faisant abstraction de l'appel du bras que lui adressa Sirius, s'installa à côté d'un Serdaigle dont il ne se rappelait même pas le nom et qui haussa un sourcil circonspect lorsqu'il jeta son sac sur la table.
Il ignora - avec assez peu de cordialité - James et Sirius qui se précipitèrent sur lui à la fin du cours, ne répondant à Peter que par monosyllabes. Non, il n'allait pas bien. Oui, il était vivant. Snape aussi, merci, non merci. Non, il ne venait pas. Oui, il allait en Histoire de la Magie. Non, pas avec eux.
Le reste de la journée ne se déroula pas mieux et, après l'heure du déjeuner, James eut la décence d'interrompre Sirius à chaque fois qu'il avait l'intention d'interpeller Remus.
Il passa beaucoup de temps à la bibliothèque le reste de la semaine et le week-end suivant. Tout comme les jours d'après. Il était soit le premier, soit le dernier à se lever ou à se coucher, passait peu de temps dans le dortoir et n'acceptait que vaguement de marmonner quelques mots à Peter qui n'osait de toute manière pas creuser.
Il passa beaucoup trop de temps avec Lily, entre les rondes et leurs sessions de révisions qui s'étaient multipliées de manière exponentielle, alors même qu'il ne leur restait plus que deux BUSE à passer avant la fin de l'année.
— Tu ne peux pas continuer à les ignorer, Remus.
— Tu pourrais au moins parler à James, Remus.
— James a aidé Severus à sortir, Remus.
— James s'est rendu compte de ce qu'il se passait et a permis qu'il n'arrive rien de pire, Remus.
Lily l'avait tellement saoulé de paroles qu'il avait fini par céder. Au cours d'un déjeuner, il avait marmonné un truc qui ressemblait à un vague "Passe-moi le sel" et, quand James lui avait tendu la salière, il l'avait remercié, les yeux rivés à son assiette.
Il était évident que c'était un geste suffisant pour James qui, regonflé à bloc, osa lui demander de discuter. Remus lança son couperet sans même daigner le regarder.
— Sans lui.
— Je-
James, d'une main autoritaire posée sur le bras de Sirius, l'empêcha de finir sa phrase.
— Ok.
Peter les avait rejoints, en bon médiateur. Leur explication n'avait pas été plaisante. Loin de là. Ni Sirius, ni James, ne s'étaient rendus compte que les choses allaient trop loin. Ils avaient envisagé l'idée d'une rencontre entre Severus et le loup sur le ton de la plaisanterie. Ils en avaient ri, les jours précédents.
James était sûr et certain que Sirius n'avait pas eu conscience de la portée de son insinuation. Il n'avait d'ailleurs fait que suggérer à Snape, à la légère, de traîner du côté du Saule Cogneur. Rien de plus. Et il n'avait même rien précisé pour la pleine lune. Snape avait fait la déduction tout seul.
Et puis, James non plus, ne s'était rendu compte de rien. Il était là, quand Sirius avait lâché cette phrase malheureuse et ça l'avait juste amusé. Ils s'étaient échangés des regards complices, comme seuls deux amis qui partagent un secret savent le faire.
Ils n'avaient pas imaginé que Snape rencontrerait vraiment le loup. Ils n'avaient pas compris ce que signifiait une attaque du loup. Ils n'y avaient jamais été confrontés. Eux, ils le croisaient tous les mois, le loup. Ils l'aimaient et ils jouaient avec lui.
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Malgré le goût amer qui persistait dans sa bouche, Remus accepta de laisser le bénéfice du doute à James, à défaut de lui accorder son pardon plein et entier. Il accepta de lui adresser à nouveau la parole, et même de plaisanter, au bout de quelques jours. Il continua, par contre, à refuser d'écouter Sirius ou de lui répondre d'une manière ou d'une autre.
— Tu ne sais pas ce que Sirius m'a-
— Ça ne m'intéresse pas ! était devenu sa phrase préférée.
Si Sirius, lui-même, entrait dans une pièce où Remus était installé et qui n'était pas leur dortoir, il refusait de le regarder. S'il faisait mine de commencer à parler, il faisait claquer les pages de son livre, abandonnait tout autre ouvrage entamé et sortait de la pièce sans plus de cérémonie.
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Il passait davantage de temps avec Peter qui était, depuis toujours, un compagnon agréable. Plus calme que Sirius, moins volubile que James, pas aussi assidu que Lily, il n'en était pas moins plein de surprises.
Un de ces jours d'errance, il lui avait fait découvrir tous les bienfaits de la Livèche. Les planques habituelles de leurs camarades vides, Remus et Peter s'apprêtaient à faire le mur vers Pré-au-Lard quand ils étaient passés devant les serres.
Peter avait frappé le bras de Remus en s'exclamant "le philtre de confusion !". Une réminiscence de leurs cours de Potions de Troisième ou Quatrième Année les avait percutés de plein fouet. Il ne leur en avait pas fallu beaucoup plus pour improviser une cueillette et expérimenter l'usage des feuilles, bien plus efficaces fumées que mâchées.
Remus adorait Peter. Ce qui ne l'empêchait pas d'être constamment en colère. Et d'en crever un peu chaque jour de faire comme si Sirius n'existait pas. Mais, vu la fureur qu'il ressentait, il savait que s'en tenir éloigné était la meilleure chose à faire.
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Remus fut soulagé de voir arriver les vacances d'été, juste après la pleine lune de début juillet, et se proposa pour chaque quart des rondes de Préfets prévues au cours du trajet en train jusqu'à King Cross.
Il voulait clore dignement son mandat Préfectoral dont il savait déjà qu'il ne serait pas renouvelé l'année suivante. Dumbledore l'avait prévenu. La seule raison qui l'avait empêché de le démettre de ses fonctions était sa volonté de ne pas faire de vagues auprès du Conseil d'Administration de Poudlard.
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Le deuxième jour de vacances, Remus reçut une lettre de Sirius qu'il jeta sans la lire. Il en fit de même dix jours plus tard lorsqu'une seconde lui fut adressée. James lui écrivit dans la foulée deux jours après et lui donna des nouvelles dont il ne voulait pas.
Dès que ses yeux se posèrent sur le nom de Sirius, il interrompit sa lecture, replia la lettre et la replaça dans son enveloppe. Les courriers de James et Peter qui lui arrivèrent ensuite furent entreposés toujours fermées sur un coin de son bureau. Il les ignora jusqu'à la fin de l'été, qui fut bien trop long à son goût.
Les années précédentes, les Maraudeurs arrivaient toujours à se voir à un moment ou à un autre. Ils échangeaient avec régularité par courrier ou par Cheminette interposée. Ils préparaient leurs mauvais coups de l'année suivante. Et quand il n'y avait pas les Maraudeurs, Remus passait du temps avec Dorothy et Sammy, ses voisins moldus et amis d'enfance.
Cet été, Dorothy sortait avec un gars et n'était jamais là. Quant à Sammy… Ils s'éloignaient déjà depuis que Remus était entré à Poudlard, mais sans elle, ils n'avaient plus rien à se dire.
Il était obligé d'éluder tout ce qui avait trait à son "internat" et les sujets de conversations étaient limités. Encore plus avec les goûts musicaux douteux que son ancien ami avait développés loin de son influence.
Si cela ne suffisait pas, la santé de son père se dégradait depuis le début de l'année. Il avait retrouvé un homme affaibli, ce dont ses parents s'étaient bien gardés de l'informer.
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Remus se résigna enfin à ouvrir les courriers que James et Peter lui avaient adressés la veille de son retour à Poudlard. L'absence de réponse avait eu raison de leur motivation et ils avaient espacé leurs lettres les dernières semaines.
Peter était égal à lui-même. Il racontait ses projets de vacances avec bonhomie et espérait que l'été permettrait la réconciliation des Maraudeurs, avec son enthousiasme habituel. Il fut bien plus gêné par celles de James.
Si la première était assez anodine, la seconde l'était beaucoup moins. Il informait Remus avoir appris par Peter, qui le savait lui-même de Croupton, que les Black avaient été avertis par Dumbledore de l'exclusion définitive de Sirius de l'équipe de Quidditch. Ce que Minerva avait caché par prévenance, elle.
Il semblait que Sirius avait refusé d'en expliquer la raison à ses parents et, si Regulus leur avait assuré en ignorer la cause, le séjour de Snape à l'infirmerie de Poudlard avait fini par arriver jusqu'à Orion par l'entremise du portrait de Phineas Nigellus Black lui-même.
Remus eut la sensation d'être poignardé et fut envahi d'une vague de regrets à l'idée d'avoir brûlé les lettres de Sirius, aussitôt arrivées. Dans celle de James, datée de la première quinzaine de juillet, il précisait de son écriture maladroite ne plus avoir eu de nouvelles depuis plusieurs jours.
Les doigts de Remus tremblaient un peu quand il déchira l'enveloppe suivante.
Regulus avait écrit à James pour l'informer de l'incapacité de Sirius à lui répondre. Il subissait, quotidiennement, des Maléfices Cuisants qui l'empêchaient de lire ou d'écrire.
Quand il se montrait impertinent - ce qui, quand on connaissait Sirius, signifiait bien trop souvent - un sortilège de Langue de Plomb s'y ajoutait et l'empêchait de communiquer pour le reste de la journée.
S'il manifestait l'envie de contacter James par Cheminette, il se retrouvait enchaîné d'un sort à son lit. Les Black s'assuraient qu'il ne puisse pas leur faire faux bond au beau milieu de la nuit. Chaque. Putain. De. Nuit.
L'inquiétude de James était palpable, tout au long des deux pages rédigées à la hâte, et Remus s'en voulut de ne pas avoir lu ses courriers plus tôt. Il eut envie de se précipiter au rez-de-chaussée et de filer droit dans la cheminée, mais il n'en fit rien. Il n'en avait pas le droit, pas en pleine nuit. Pas après les avoir ignorés tout l'été.
Il supporta les noeuds que son estomac s'escrima à produire jusqu'à rejoindre le Poudlard Express, assez tôt pour que le quai soit encore quasi désert, cette fois-ci.
Sitôt ses parents embrassés, il fila dans le compartiment gravé aux initiales des Maraudeurs et attendit en faisant rouler un joint entre ses doigts un peu trop moites à son goût.
Peter, James et Sirius menaient une discussion joyeuse et animée quand ils entrèrent dans le compartiment, conversation qui cessa sitôt qu'ils s'aperçurent de la présence de Remus.
— Salut, les gars, souffla-t-il quand il réussit à reprendre sa respiration.
— Hey, on t'a cherché sur le quai, s'exclama James, avec un enthousiasme débordant.
Remus haussa les épaules avec un léger sourire.
— Tu as passé de bonnes vacances ? demanda Pete, d'un ton enjoué.
— Normal. Et vous ?
— Pads est venu passer les quinze derniers jours au Cottage.
James laissa sa phrase en suspens et ils se dévisagèrent. A la limite de son champ de vision, Remus ne pouvait s'empêcher de voir Sirius s'agiter, mal à l'aise.
— On a fait plein de trucs, c'est dommage que t'aies pas été là, s'exclama encore Peter.
Remus hocha la tête, força un rictus et alluma son joint. Il tira une longue latte et, en le serrant entre l'index et le majeur, le tendit à Sirius qui hésita un instant. Le rire aigre qui s'échappa de la gorge de Remus le décida à s'en emparer.
Il sentit une décharge le traverser lorsque leurs doigts se frôlèrent et il récupéra sa main comme s'il s'était brulé. L'atmosphère, à couper au couteau, s'apaisa légèrement dans la demi-heure suivante, grâce aux vapeurs enveloppantes.
— Moon, j-
— Je ne t'ai pas pardonné, Sirius. J'peux pas continuer à faire comme si tu n'existais pas, mais non. Je ne t'ai pas pardonné.
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Alors, verdict? Comment ils vont évoluer, nos Maraudeurs? Hein?
A la semaine prochaine!
