Bienvenue sur le chapitre 6, un loooong chapitre où, je dois vous avertir, qu'on commence par un TW pour évocation de violence intra-familiale.

Pour compenser, on reprend du pining sérieux, sur le reste du chapitre. Ouf!

Notez que, vers la fin du chapitre, la partie mise en astérisque reprend partiellement un Drabble que j'ai publié dans le recueil « Wolfstar et autres Maraudeurs Era, recueil de textes… » qu'il est possible de retrouver au chapitre 13 « Trois petits péchés capitaux » (il s'agit du deuxième « Luxure »).

Comme toujours, n'hésitez pas à laisser un kudo ou à commenter, en espérant que vous appréciez !

Bonne lecture

.


.

1975-1976_Sixième année, deuxième trimestre

.

Un hibou Grand-Duc interrompit le déjeuner des Lupin et Lyall ouvrit la fenêtre d'un vague geste du poignet.

— C'est pour toi.

Remus tendit la main et pâlit à vue d'oeil à la lecture du courrier. Il se précipita vers la cheminée qu'il alluma d'un informulé.

— Remus Lupin ! Tu n'as pas le droit d'uti-.

Il ignora sa mère, jeta une poignée de poudre de cheminette.

— On n'a pas besoin que tu sois convoqué au Magenmagot pour usage abusif de la Magie, continuait Espérance derrière lui.

Il prononça clairement l'adresse des Potter en enfonçant sa tête dans l'âtre.

— Prongs !

— Moony ! s'exclama la voix lointaine de James.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

En fin de matinée, Fleamont Potter, qui traversait le hall d'entrée pour passer de son bureau au salon familial, avait entendu gratter faiblement à la porte d'entrée. Il avait voulu vérifier que son imagination ne lui jouait aucun tour et avait ouvert grand la porte.

Il était tombé sur un énorme berger noir, effondré sur le paillasson. Il s'était accroupi au-dessus de l'animal qui respirait d'un souffle erratique. Lorsque sa main s'était approchée de lui, le chien s'était mis à pleurnicher comme un malheureux.

Avec douceur, il avait glissé les doigts dans les poils collés par paquets. Fleamont avait lui-même glapit lorsqu'il s'était rendu compte que sa main était tâchée de sang. Il avait hurlé le nom de sa femme et le chien avait tenté, en vain, de se redresser, pour fuir.

Euphemia avait accouru, suivie de près par James qui l'aidait à mettre la table. Il avait poussé sa mère en apercevant la masse au sol et s'était précipité sur Padfoot. Les mots étaient sortis de sa bouche sans sens ni cohérence, mais ses parents avaient compris qu'il s'agissait de Sirius. D'un sort, Euphemia l'avait aidé à redevenir humain.

Quelle que soit sa forme, le mélange d'odeur qui émanait de Sirius était écoeurant. Celle métallique et âcre du sang. Celle piquante de l'ammoniaque de ses urines. Celle acide de sa transpiration.

Il n'était qu'à moitié conscient, le dos strié de coups de lanières, le corps indolent d'avoir enduré un Impardonnable. Euphemia s'était empressée d'appliquer des sortilèges de protection et de guérison.

.

— Oh, mon Dieu ! s'exclama Espérance dont le visage venait d'apparaître dans la cheminée des Potter aux côtés de celui, atterré, de Remus.

— Il est où maintenant ?

— Là-haut, confirma Euphemia.

Elle descendait les escaliers l'air las. Sa robe était sanguinolente et des mèches humides s'échappaient de son chignon. Elle épongea son visage d'un geste réflexe avec la serviette qu'elle tenait à la main, ajoutant une longue traînée de sang sur sa joue.

— Oh, Effie ! s'exclama Espérance en franchissant finalement le seuil de la cheminée, suivie de Remus et de Lyall.

— Il dort. Je crois qu'il n'aura pas de séquelles physiques, souffla-t-elle en s'effondrant sur le canapé. Pour le reste…

Remus avait du mal à respirer. Il était incapable de supporter ce qu'il entendait, ni ce qu'il voyait. Le salon des Potter débordait de décorations. Le grand sapin, qui sentait si fort la résine, était garni de guirlandes dorées, de boules rouges et blanches et de décorations fabriquées par James quand il ne savait pas encore écrire.

Le canapé avait été recouvert d'un plaid blanc et duveteux et les coussins étaient parés de taies rouges. Une guirlande de baies était entortillée autour de la rampe de l'escalier et des suspensions étaient disséminées un peu partout.

Des branches de gui pendaient du plafond et trois énormes chaussettes brodées étaient clouées à la cheminée, chacune portant le prénom d'un Potter.

Sur son manteau, une famille de rennes lumineux avait élu domicile et des étoiles blanches et poudrées étaient posées ci et là. Tout respirait la joie de vivre et la fête.

Le contraste avec la situation et l'odeur de sang qui continuait à émaner d'Euphemia était saisissant. Ecoeurant. Remus avait la nausée. Il avait l'impression que son coeur s'était arrêté. Ses parents serraient son corps si fort qu'ils lui faisaient presque mal. C'était rassurant. Il sentit une larme couler sur sa joue.

— Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda Lyall.

Euphemia haussa les épaules et darda son regard sur James, qui regarda Remus, qui le fixait lui-même.

— Il faut nous dire ce que vous savez les garçons, reprit Fleamont. Quoi qu'il se soit passé, ça ne peut pas rester impuni.

Remus et James ne se lâchaient pas des yeux.

— Il va falloir prévenir ses par-.

— Non ! s'écrièrent-ils d'une même voix.

— Non, reprit James un ton plus bas. Ce-. Vous ne pouvez pas. Ses parents. Ils sont horribles. C'est eux qui-.

— C'est une accusation très grave Jamie, tu ne peux p-.

— C'est vrai, confirma Remus, les yeux rivés sur le tapis. Ça ne fait qu'empirer chaque année.

— Si ce que vous dites est vrai, il faut avertir le Magenmagot, commença Euphemia.

— Non ! s'exclamèrent-ils encore avec vivacité.

— Mais, Remus, enfin… commença Espérance.

— Sirius est majeur. On… On pourrait peut-être le laisser décider ?

— D'accord, souffla Fleamont. Prenons un thé. Pour l'instant, Sirius est en sécurité. On peut attendre qu'il soit en état de prendre ses propres décisions.

.

Les Lupin ne repartirent qu'en fin d'après-midi, sans Remus qui refusa de les suivre. Les Potter ne discutèrent aucunement et firent préparer une des chambres d'ami dans laquelle il ne mit pas les pieds.

Il préféra passer la nuit au chevet de Sirius. Et une partie de la journée. Euphemia dû presque les tirer de force de la chambre, lui et James, pour qu'ils en sortent et le laissent dormir tout son saoul.

Peter était déjà venu trois fois aux nouvelles, mais ses parents ne l'avaient pas autorisé à rester. Sirius ne commença à émerger que le jour suivant. Il resta prostré et silencieux jusqu'au milieu de la nuit. Remus et James s'étaient étalés au sol, roulés dans des sacs de couchage agrémentés d'un sort de matelassage. Sirius finit par s'installer entre eux, sa couette enroulée autour de ses épaules.

— J'ai cru que j'allais crever, coassa-t-il.

Sa voix sonnait étrangement. Une séquelle de la déshydratation et de ces trop longues heures passées dans l'inconscience.

— Elle. Elle n'arrêtait pas de me bassiner avec le mariage. Je-. J'ai pété un plomb.

James se redressa et Remus tendit le bras. Il posa sa main sur le genou de Sirius qui émergeait de sous sa couette. Il tressaillit à son contact.

— Je lui ai dit que je ne me marierais jamais avec Gwendoline. Jamais, souffla-t-il.

Il ferma les yeux et expira par le nez.

— Je lui ai dit que je ne me marierais jamais avec aucune femme. Elle-. Elle a vrillé. Elle n'arrêtait pas. Elle-.

Des larmes roulaient sur ses joues et sa voix, déjà éraillée, se cassa. Ses yeux brillaient alors qu'il tentait de leur expliquer. Les premières attaques avaient été des insultes. Piquantes, violentes. Traître à ton Sang. Erreur de la nature. Pédéraste.

Puis, un coup de ceinture en plein dans le dos l'avait pris par surprise. Orion avait rejoint Walburga et, d'un sort qu'il chérissait, s'était escrimé à lacérer sa peau. Sirius avait continué à les défier, dans une insouciance qui lui ressemblait trop. Jusqu'à ce que ses jambes cèdent sous lui.

Il s'était retrouvé à quatre pattes sur le plancher et il n'avait pas vu arriver le premier Doloris. Ni le suivant. Il avait vomi de la bile et en avait gardé le goût amer dans la bouche. Il était resté de longues heures prostré sur le carrelage de la cuisine sans voir âme qui vive.

Les premiers rayons du soleil n'avaient pas encore percé quand il avait entendu Kreattur s'affairer à l'étage. Il avait réussi, après d'interminables minutes, à faire appel à son Animagus.

Sa tête tournait et ses pattes le portaient à peine. Il s'était aidé des murs pour sortir et s'était traîné jusqu'au Chemin de Traverse, sans faire attention aux moldus inquiets qui s'écartaient sur son passage.

Il avait réussi à se transformer de nouveau le temps de faire appel au Magicobus, avait refusé de répondre aux questions alarmées du chauffeur et des autres passagers, et avait repris sa forme canine sitôt descendu pour ramper jusqu'au cottage des Potter.

.

James et Remus l'enlacèrent dans une même impulsion. Ils le berçaient, les membres emmêlés, en lui soufflant des mots apaisants à l'oreille. Tout allait bien. Il était en sécurité. Il ne pouvait plus rien lui arriver. Il n'avait pas besoin de ces gens. Il était normal. Le plus sain des Black. Ils s'endormirent, serrés les uns contre les autres, dans une chaleur rassurante.

.

Les jours suivants s'écoulèrent avec lenteur. Sirius redoutait depuis son arrivée de voir ses parents débarquer et réclamer de récupérer leur héritier. Les Potter, quant à eux, avaient accepté, avec une moue contrariée, de ne rien entamer à l'encontre des Black, mais continuaient à tenter de convaincre Sirius de ne pas les laisser impunis.

Au quotidien, Sirius alternait entre des phases d'agitation, de préparation assidue de la veillée de Noël et des instants de douce torpeur. Ses yeux se perdaient parfois dans le vague et un voile de tristesse recouvrait sa nonchalance habituelle. Le reste du temps, il faisait preuve d'une énergie à toute épreuve et semblait inépuisable.

.

Avec James, ils se comprenaient sans échanger le moindre mot et Remus ne savait pas comment réagir. Il avait l'impression de ne pas faire le poids et il n'était pas sûr d'être capable de soutenir Sirius comme il en avait besoin.

Il ne pouvait pas lui assurer que l'avenir serait serein. Ou que son frère s'en sortirait. Il n'était même pas en mesure de lui promettre que la guerre qui leur pendait au nez n'allait pas éclater bientôt.

Les Potter, quant à eux, débordaient d'un amour inconditionnel pour Sirius et s'évertuaient à le lui prouver. Ils passaient leur temps à exercer de douces pressions dans son dos, leurs mains chaudes caressaient sa nuque ou ébouriffaient ses cheveux avec affection.

Il paraissait perdu face à cette tendresse qui déferlait par toutes leurs pores et qu'il n'avait jamais connue avec ses parents. Remus était presque jaloux de ne pouvoir lui offrir la même chose.

.

Le matin de Noël, les garçons finissaient de prendre leur petit déjeuner lorsque la sonnette du Cottage retentit. Sirius se liquéfia lorsqu'il reconnut la voix de Sir Leodagan, le Conseil Juridique des Black.

Ils entendirent la voix d'Euphemia se durcir. Sans se concerter, il se levèrent d'un même ensemble et rejoignirent le hall d'entrée. Ils observèrent le Conseil forcer le passage pour aller à la rencontre de Sirius qui fut pris de nausée. L'homme lui tendit un long parchemin et il en fit sauter le sceau les mains tremblantes.

Remus posa une main sur la nuque de Sirius lorsqu'il s'aperçut qu'il avait arrêté de respirer. Il accueillit avec soulagement l'expiration qui franchit ses lèvres et constata, par-dessus son épaule, qu'il s'agissait d'un jugement par contumace de rupture de filiation.

Sirius était prêt à valider dans la minute l'arrêté de fin d'obligation familiale et son exclusion des droits successoraux, mais accepta de laisser Fleamont étudier le parchemin avant d'y apposer sa signature d'une main ferme.

Il tendit le rouleau à Sir Leodagan le coeur plus léger et l'homme ne put s'empêcher de tenter de lui asséner un coup de grâce.

— Étant entendu que vous avez jeté l'opprobre sur la Noble et Très Ancienne Maison Black, vous en êtes banni et - d'ores et déjà - renié de la lignée officielle. Une telle disgrâce ne saurait-

— Merci, l'interrompit Euphemia avec un sourire bien trop affable pour être honnête. Nous ne vous retenons pas, conclut-elle alors qu'elle le poussait vers la sortie.

Elle lui claqua la porte au nez et offrit un sourire malicieux aux garçons.

— Bien, voilà une bonne chose de faite.

Elle ignora les yeux brouillés de Sirius, lui prit la main et le ramena à la table du petit-déjeuner. Elle lui servit des pancakes et planifia la fin des vacances à la minute près.

Il fallait lui acheter des vêtements, des livres et tout un tas d'autres babioles pour s'approprier sa nouvelle chambre. Et quoi de mieux que de prévoir des virées à Manchester, dans des boutiques moldues ? Chaque proposition d'Euphemia était agrémentée des commentaires enthousiastes de James.

Remus observait la scène, incertain de la conduite à tenir, jusqu'à ce que la main froide de Sirius se pose sur sa cuisse. Il entremêla leurs doigts et serra leurs paumes entre elles. Sirius pouvait se raccrocher à lui. Il était suffisamment solide pour lui donner cet embryon de sécurité.

.

Ses parents et les Pettigrew envahirent le cottage en milieu d'après-midi et, bientôt, il n'y eut plus une place de libre dans le salon des Potter. Le réveillon fut faste et chaleureux et, en fin de soirée, les convives repus somnolaient autour de la cheminée quand Sirius disparu bien trop longtemps pour qu'il s'agisse d'un hasard.

James lança un regard entendu à Remus qui hocha la tête. D'une même impulsion, ils se levèrent, embarquèrent Peter avec eux, et grimpèrent quatre à quatre les escaliers.

Ils trouvèrent Sirius assis sur son lit, la tête penchée au-dessus de ses jambes croisées en tailleur. Il ne leva même pas les yeux en les entendant arriver. Remus s'installa d'autorité derrière lui et enlaça sa taille. Il était si tendu qu'il sentit son propre corps se contracter plus que nécessaire.

Remus pencha la tête sur son épaule, le nez collé à sa gorge, et prit une profonde inspiration. Il bloqua sa respiration avant d'expirer avec tout autant de lenteur. Sirius se détendit peu à peu.

Entre ses mains tremblantes, il tenait une montre à gousset. Elle était en or et sur le cadran, à la place des chiffres, sept étoiles représentaient la constellation du Grand Chien.

— Elle est très belle, souffla Remus.

— Ouais, ma mère a toujours eu bon goût pour ce genre de choses… Tu la veux ?

— Pads, on ne se sépare pas de ce type d'objet ! s'exclama James sans réussir à exploser leur bulle.

— Je ne veux pas m'en séparer, Prongsie... Moonshine, j'veux l'échanger avec la tienne.

— Je sais même pas à quoi elle ressemblera, la mienne.

— Ce n'est pas ce qui est important.

Remus cacha ses yeux contre son épaule. Il essayait de ne pas rougir. Il essayait vraiment de ne pas rougir. Il se racla la gorge. Il ne savait même pas ce qui le gênait, mais il ne voulait pas voir les regards de James et Peter face à eux.

— On va définitivement les échanger ! continua Sirius, beaucoup plus enthousiaste.

— … on verra, concéda-t-il du bout des lèvres.

Remus se détacha et étendit son corps à la recherche d'un paquet cadeau, dont il s'était emparé avant de monter et qu'il avait jeté sur la table de nuit en grimpant sur le lit.

— Tiens, ouvre ça, plutôt.

Il lui avait acheté le dernier album de Bowie. Station to Station. Un ovni qu'il était sûr que Sirius apprécierait à sa juste valeur même s'il était plus funk que punk. Il se sentit tout petit quand il l'enlaça avec un de ses vrais sourires, un de ceux à tomber. Remus adorait le voir sourire, quand ses pommettes se réhaussaient d'une légère teinte rosée et que ses yeux orageux prenaient toute la lumière.

.


.

Remus rentra à regret chez lui pour les derniers jours de vacances et était particulièrement fébrile lorsqu'il gagna King Cross. Il sentit plus qu'il ne vit Sirius grimper sur son dos lorsqu'il avança sur le quai bondé.

Il le laissa encercler son cou et l'aida à se maintenir, en croisant ses bras juste sous ses fesses. Il le porta sur plusieurs mètres, jusqu'à ce que l'éclat de rire de Sirius cesse tout à coup dans son oreille.

Remus scruta la foule et tomba sur la famille Black, guindée dans leurs lourdes capes d'hiver, qui les dévisageait. Il laissa Sirius glisser au sol et, sans hésiter, barra son torse de son bras. Il le retint de ce geste et l'incita à rester dans son dos.

La main de Sirius se posa à plat entre ses omoplates et, seulement à cet instant, Remus se rendit compte du grondement qui s'échappait de sa propre gorge. James les poussa tous les deux vers le train, l'air de rien.

Les Potter et les Lupin firent à leur tour barrage entre les garçons et les Black. Ils les enlacèrent et les embrassèrent avec tendresse puis attendirent qu'ils montent tous dans le wagon, sans cesser de surveiller Walburga et Orion du coin de l'oeil.

.

Remus plia son corps pour s'asseoir dans leur wagon habituel et interrompit son geste en cours de route. Il dévisagea James, les sourcils froncés, sans comprendre ce qui le dérangeait tant. Sirius éclata d'un rire tonitruant et, d'une pichenette sur son épaule, le poussa sur la banquette. Remus balbutia.

— Que- ?

— Pads. Arrête de rire. C'est bon, là ! s'agaça James.

Lorsqu'il tenta de passer une main dans sa tignasse - habituellement indomptable - un éclat de lumière traversa les pupilles de Remus. James se tenait là, les cheveux parfaitement plaqués, sans réussir à déranger la raie tracée depuis sa tempe droite en diagonale sur son crâne.

— Papa et Maman m'ont obligé à utiliser du Lissenplis toute la semaine, expliqua-t-il encore.

— Ils voulaient le faire avouer, précisa Sirius, les yeux humides d'amusement.

Remus haussa un sourcil, curieux.

— Il a bien fallu que je leur explique pourquoi j'étais apparu sous la forme de Padfoot.

— Ils ont compris que ça avait un truc à voir avec toi.

— Et ils se doutent que je ne suis pas le seul… Donc, ils ont cherché à lui faire dire que, lui aussi, est un Animagus non déclaré.

— Je n'ai pas cédé ! Mais je vais avoir besoin que tu me prêtes ton shampoing, Moonstruck !

Remus allait répliquer, mais s'interrompit alors que la porte du compartiment s'ouvrait sur Peter et Marlène. Elle lui adressa un léger sourire et l'invita, d'un mouvement de tête, à le rejoindre. Il regarda Sirius, encore amusé, et se leva sans un mot.

.


.

La première semaine s'écoula à toute vitesse. Quand James proposa au reste des Maraudeurs d'aller voler au début du week-end, ils s'emmitouflèrent sous plusieurs couches de vêtements et partirent d'un pas décidé après un petit déjeuner consistant.

Le soleil était déjà au zénith lorsque Remus se pencha en avant sur son balai et s'approcha du sol en douceur. Peter maintenait un vol stationnaire devant les anneaux à l'extrémité ouest du terrain de Quidditch tandis que James et Sirius faisaient encore la course.

Il s'adossa à un des gradins et les regarda filer à toute allure. Sirius riait, un bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils et le bas de son visage à moitié perdu dans son écharpe rouge et or.

Le bout de son nez rougi dépassait à peine de la laine épaisse et contrastait avec sa peau diaphane. Remus avait envie d'y poser les lèvres pour le réchauffer. Il se surprenait de plus en plus souvent à sentir son coeur tambouriner dans sa poitrine et s'affoler devant la précision de son imagination.

Dans ces moments, il avait l'impression que la terre entière pouvait deviner son émoi et que le moindre geste allait le trahir. Il se sentait pétrifié par sa simple présence à proximité.

Sirius descendit en piqué, droit sur lui.

— Tu boudes ?

Remus ricana et nia de la tête.

— Mal au dos, précisa-t-il avec un haussement d'épaules.

— Oh.

Sirius atterrit et le poussa tranquillement vers un des bancs. Il l'obligea à s'asseoir à califourchon et s'installa derrière lui. Il glissa ses mains glacées sous ses vêtements puis appuya du pouce sur ses lombaires.

Remus avait du mal à réprimer ses frissons, même une fois la surprise passée. Il sentait un courant électrique le traverser encore et encore. Sirius se rapprocha et laissa son souffle, chaud, courir sur son épiderme, juste au niveau du carré entre son oreille, la racine de ses cheveux emmêlés sous son bonnet, et son écharpe. Il lui glissa au creux du pavillon.

— Tu as froid ?

Remus pencha la tête sur le côté, les yeux fermés. Sirius intensifia la pression de ses doigts sur sa colonne vertébrale.

— Tu ne crois pas qu'il est temps ?

— De ?

Les mains de Sirius glissèrent sur ses flancs et prirent place avec assurance juste au-dessus des os iliaques. Il posa son front sur la nuque de Remus.

— Quitter Marls ?

— Qui-. Quitter Marlène ? Pour- Pourquoi ?

James s'arrêta à leur niveau et perdit son sourire lorsqu'il posa les yeux sur Remus.

— Qu'est-ce qu'il se passe, Moony ?

— Je lui demandais quand est-ce qu'il se déciderait, commença Sirius qui accentua la pression de ses mains sur les hanches de Remus.

— Oh. Marls ? demanda James avec un regard entendu.

Remus repoussa vivement les mains de Sirius et se leva.

— Non mais, vous êtes sérieux, là ?

— Toujours, confirma Sirius une moue moqueuse collée au visage.

— Ça vous prend souvent de parler de ma vie amoureuse ?

— Comme si t'étais amoureux, ricana Sirius avec dédain.

Remus sentit son sang bouillir dans ses veines. Il répondit au quart de tour.

— Comme si, toi, tu avais la moindre idée de ce que c'est, être amoureux.

— Probablement plus que toi.

— Tu crois que parce que tu te tapes la moitié de Poudlard, tu sais ce que c'est d'être amoureux ? Laisse-moi rire.

Sirius s'était levé et Remus serra les poings

— Te vexe pas, Moony, intervint James.

Il posa une main ferme sur l'épaule de Sirius et l'obligea à se rasseoir. Peter atterrit à leur côté dans les gradins.

— C'est juste qu'on ne comprend pas ce que tu fais encore avec Marlène, continua-t-il en redressant ses lunettes sur son nez.

— J'ai rarement vu un couple aussi mal assorti, ajouta Sirius, d'un ton badin.

Il croisa les jambes et tapota la place à côté de lui. Peter accepta l'invitation et intervint à son tour.

— C'est vrai que tu irais mieux avec Mary, mai-.

— J'ai droit à une vie privée ou c'est trop demandé ?

— Moonward, avança James avec prudence tout en s'asseyant, on ne pense pas à mal, mais…

— Mais quoi ? Vous êtes bien gentils mais vous n'avez rien à dire sur ma vie privée.

Remus laissa ses yeux glisser sur chacun d'eux en expirant un souffle féroce. Il glissa son balai derrière sa nuque et étira ses trapèzes en secouant la tête.

— Elle m'a quitté, marmotta-t-il finalement sans les regarder.

— Non ? Quand ? s'exclama Peter.

Remus fixa Sirius qui ne prenait même pas la peine de retenir son sourire.

— Dimanche. Dans le train.

— Et tu ne nous as rien dit ?

— Non, James, je ne vous ai rien dit. En même temps, le fait qu'on se soit évités toute la semaine aurait pu vous mettre la puce à l'oreille.

— Ou ce rhume des foins qui la prenait à chaque fois qu'on la croisait ? ajouta Peter avec innocence.

— Ouais. Ou ça…

Sirius le regarda par en dessous, pinça le tissu de son pantalon et le tira vers lui.

— Alors ? Pourquoi elle t'a quitté ?

Remus haussa les épaules. Il n'avait aucune envie d'expliquer à Sirius que Marlène lui avait reproché d'avoir pris ses distances après s'être réconcilié avec lui. Il ne voulait pas lui dire qu'elle lui avait dit qu'elle se sentait trompée. Il refusait de reconnaître qu'il avait compris ce qu'elle ressentait avant même qu'elle n'arrive à poser des mots dessus.

— On va rater l'heure du déjeuner, glissa-t-il simplement.

Il leur tourna le dos, prit le chemin du château et ne put empêcher un éclat de rire de s'échapper de sa gorge alors que les trois autres le harcelaient de questions, tous en même temps.

.

La pleine lune, la semaine suivante, le prit presque par surprise. Remus n'avait pas ressenti la nervosité qui l'assaillait depuis l'été. Tout juste une tension en arrière-plan. Un peu trop d'énergie, un peu trop d'endorphines, un peu trop de poussées de cortisol, mais rien de suffisant pour lui faire perdre le contrôle.

Il ne fut, toutefois, pas autorisé à rejoindre Pré-au-Lard et passa son samedi après-midi dans sa Salle Commune. Ses temps de lecture ne furent que ponctuellement interrompus par les plus jeunes élèves qui n'étaient pas encore autorisés à se rendre au village.

La quiétude ambiante ne se brisa que sur les coups de dix-huit heures où James entra aux côtés de Lily avec qui il se disputait bruyamment, entre deux éclats de rires.

Sirius suivait, les bras serrés sur lui-même, l'air frigorifié, et fila droit à l'étage. Peter entra à son tour, main dans la main avec Hestia Jones, qui détonnait dans leur Salle Commune avec son manteau jaune et noir.

Remus replongea dans son livre avec un sourire serein et n'en releva le nez qu'en sentant l'assise à ses côtés s'affaisser. Il posa les yeux sur Sirius et son coeur manqua un battement.

— C'est. C'est à moi, ça, commença-t-il en tirant sur un fil qui dépassait du bout de la manche de son pull informe.

Sirius glissa ses genoux sous la laine et y appuya sa joue.

— J'ai eu froid tout l'après-midi.

— Mais. T'as plus de pulls ? s'entendit-il demander.

Il se sentit encore plus bête lorsqu'il ne put s'empêcher de rougir en entendant le rire de gorge que Sirius n'arriva pas à retenir.

— Les tiens sont les meilleurs, glissa-t-il en esquissant un geste pour lui voler son livre.

Remus, dans un réflexe, s'empara de son poignet, qu'il lâcha dès qu'il vit une grimace de douleur brouiller les traits de Sirius.

— Je-.

— Non, c'est rien, le rassura-t-il. J'ai… Regarde !

Il releva sa manche et lui présenta le creux de son poignet droit, enroulé de cellophane. Derrière le film transparent, une lune gibbeuse décroissante prenait place, dans un dégradé de noirs. Remus ouvrit la bouche et fut soufflé par Sirius.

— Chut. Tais-toi.

Il lui adressa son sourire resplendissant, se leva, enjamba la table basse et s'installa à même le sol, genoux repliés sous son pull, comme roulé en boule devant l'âtre et sa puissante flambée.

.


.

Les épaules de Remus se contractèrent. A tout instant, il ressentait cette tension dans chacun de ses muscles. Elle refusait de le quitter. La douleur était sourde et constante. Parfois, ce n'était que des fourmillements, tout juste désagréables. D'autres, il se sentait engourdi. Quand elles prenaient trop d'ampleur, elles devenaient brûlures. Elles l'élançaient. Il se sentait tellement fourbu, par moment, qu'il en était gêné pour effectuer le moindre geste.

Les sensations étaient pires à chaque fois que Sirius posait la main sur lui. Il était parcouru de courants électriques et n'arrivait plus bien à respirer. Juste à cause d'un tatouage.

La lune de Sirius se mouvait, chaque jour. Elle suivait la course de celle qui guidait ses humeurs depuis le ciel. Après qu'il l'ait découverte, Remus avait passé des jours à l'observer. Il s'emparait du poignet de Sirius et lui chuchotait qu'il était fou. Un idiot. Insouciant. Il ne recevait, à chaque fois, que des sourires mutins.

Le week-end qui avait suivi, Remus s'était échappé vers Pré-au-Lard, sur un coup de tête. Il avait filé à l'Aiguille Décence, dans l'arrière-boutique de Derviche et Bang, qui faisait office de salon de tatouage. Il avait craché huit Gallions et seize Mornilles pour faire encrer sa peau qui, depuis, pulsait sous ses vêtements.

Il y avait perdu son argent de poche et sa santé mentale. Il l'avait caché. Son jardin secret. Mais, depuis qu'il avait cicatrisé, il avait tout le temps envie de laisser ses doigts courir sur son épiderme. Il le savait, là. Chaud. Dans l'attente.

.

Remus écarta ses couvertures et sortit à la hâte du dortoir. Il avisa la besace de Peter, abandonnée sur un des bureaux de la Salle Commune et lui emprunta une cigarette.

Il tirait sur sa clope, les bras croisés sous ses aisselles, en piétinant d'un pied sur l'autre, sous l'assaut de l'air glacial qui s'infiltrait par la fenêtre entrouverte quand il entendit des pas dans l'escalier.

— Tu n'arrives pas à dormir ? demanda Sirius, comme une évidence.

— Nope.

— Tu ne veux pas… ? Non. Rien, oublies, expira-t-il dans un souffle.

— Oui ?

Remus le dévisagea et sentit une chaleur affluer de son cou à ses pommettes. Les traits fins de Sirius et la confiance absolue qu'il lisait dans ses grands yeux mercure avaient le don de faire fondre ses derniers neurones.

— Tu peux venir ? Avec moi ?

Il avait parlé si bas en s'avançant vers lui qu'il n'était même pas sûr d'avoir entendu les derniers mots. Il les comprit quand le sourire de Sirius s'agrandit alors que la cigarette de Remus s'écrasait au sol, tombée de sa bouche entrouverte.

Il le regarda s'accroupir avec souplesse, ramasser sa clope, tirer une longue bouffée dessus et en recracher la fumée, juste au niveau de son bassin. Remus sentit son souffle traverser la flanelle de son bas de pyjama. Le bruit qui s'échappa de sa gorge était un des sons les plus pitoyables qui n'ait jamais franchi ses lèvres.

Muet, les mains moites, les muscles endoloris, il regarda Sirius se redresser avec agilité, juste en poussant sur ses chevilles, s'emparer de son poignet et le traîner à l'étage. Il se laissa pousser en arrière, concéda de reculer jusqu'à la tête de lit et, le souffle court, regarda Sirius s'allonger sur lui, de tout son long.

Il replia ses bras dans son dos, par un étrange automatisme, et se mordit les lèvres lorsqu'il nicha sa tête au creux de son cou. Sirius enroula ses bras autour de son corps et le berça d'une douce litanie apaisante jusqu'à ce qu'il s'endorme.

.

Remus se réveilla à l'instant où un poids quittait sa poitrine. Il ouvrit les yeux juste assez tôt pour entrapercevoir, grâce aux premiers rayons du soleil, Sirius se glisser entre les lourds rideaux tendus autour de sa couche.

Il crevait de chaud et retira son pull qu'il jeta en boule au pied de son lit. Bien plus détendu que la veille, il laissa sa carcasse s'effondrer à nouveau en arrière et ne put retenir un sourire.

L'odeur de Sirius l'enveloppait. La taie, les draps, la couverture. Il était partout autour de lui. Remus, le dos plaqué au matelas, étira ses orteils, glissa ses bras derrière son oreiller et y enfonça la tête, les yeux fermés, heureux.

— Que ? Qu'est-ce que c'est, ça ? demanda Sirius avec vivacité, en se glissant à nouveau entre les rideaux.

Remus, qui se sentit immédiatement perdre ses couleurs, tenta en vain de tirer sur son t-shirt. Sirius s'empara de ses poignets qu'il maintint à l'écart de ses hanches et s'assit sur ses cuisses.

Il lui lança un regard déterminé qui éteignit toute velléité de rébellion chez Remus. Il laissa son corps s'avachir, résigné. Il ferma les paupières quand la poigne de Sirius se relâcha.

Une chair de poule le parcourut avant même que ses doigts ne se posent sur son os iliaque, saisit par le froid autant que l'impatience. Il sentit son pouce retracer la marque des coussinets tatoués au creux de sa hanche.

La pression était douce, agréable, et Remus refusait d'ouvrir les yeux. Il n'avait aucune envie de se confronter à Sirius. Il le sentit quitter ses cuisses. Remus contracta son corps et serra davantage les paupières. Des lèvres se posèrent sur la marque et il s'agrippa aux draps. Le corps tendu d'impatience, il ne savait même pas ce qu'il espérait pour la suite.

La paume d'une main prit la place de la bouche de Sirius qui, bien trop vite au goût de Remus, lui glissa à l'oreille.

— Toi. Moi. Pour la vie.

Remus se mordit la lèvre et, après avoir compté jusqu'à trois, se décida à ouvrir les yeux. Sur le vide. Sirius venait de filer. Remus avait chaud. Il bandait. Il était seul. Heureux. Effrayé. Frustré.

.

Il hésitait encore entre se liquéfier et empoigner son érection quand la cloche sonna et que Peter et James s'agitèrent dans le dortoir. Remus attendit, tétanisé, que le silence envahisse les lieux pour se lever à son tour. Il traîna des pieds jusqu'aux douches communes.

Quelques hurlements de ses soi-disant amis plus tard, suivis d'un petit-déjeuner où seuls de vagues grognements s'échappèrent de sa gorge, et il se traînait vers son premier cours de la matinée. A son plus grand malheur, il se retrouva juste à côté de Sirius. Avec une envie folle de se coller à lui.

Il se força à se concentrer sur Minerva qui commençait à aborder la métamorphose humaine. James et Sirius n'arrêtaient pas de l'interrompre pour lui poser des questions sur la transformation en Animagus.

Les regards perçants de leur Professeure lui tirèrent un long frisson dans le dos. Remus était convaincu qu'elle savait. Elle savait forcément qu'ils n'étaient pas aussi innocents qu'ils essayaient de le faire croire.

L'esprit occupé, il se sentit bien plus détendu en Défense Contre les Forces du Mal. Sauf que, dès que son attention se relâchait, Sirius venait lui glisser un mot à l'oreille. Il frôlait son cou ou laissait sa main sur son bras ou sa cuisse un peu trop longtemps.

Il jouait à souffler le chaud et le froid. Ou plutôt le tiède. Oui. Le tiède. Il n'était jamais complètement froid. Même quand ils étaient juste assis côte à côte et que Sirius passait l'heure d'Histoire de la Magie à envoyer des boulettes de parchemins dans les cheveux de Lily ou à chatouiller la nuque de Pete de la pointe de sa baguette, il avait toujours un geste ou une attention pour Remus en parallèle.

A l'heure du déjeuner, il se sentait presque complètement détendu. La journée reprenait son cours et son étrange réveil était oublié. Ou tout comme. Remus se laissa donc traîner à la bibliothèque par Sirius, après le cours de botanique.

Il aurait dû avoir la puce à l'oreille. Sirius ne mettait quasiment jamais spontanément les pieds à la bibliothèque. Sauf quand il voulait obtenir une faveur d'Irma qui ne lui refusait jamais rien.

.

Sirius jeta plus qu'il ne posa ses affaires sur une petite table devant une fenêtre qui donnait sur le lac. Remus abandonna le sien tout aussi vite et, sans même discuter, le suivit à travers les rayonnages.

Perdu dans ses pensées, il ne s'aperçut pas que Sirius s'était arrêté et se cogna à son dos.

— * Pads ? Qu'est-ce qu'on fait dans la Section Juridique ?

— A ton avis, Moonbeam ?

Remus soupira doucement. Il détestait cette manie de se voir répondre par une autre question. Et Sirius adorait ça, lui. Il le regarda se rapprocher et lui caresser la joue du bout du nez.

— Personne ne va nous embêter, ici.

Et de nouveau, Remus n'arrivait plus à aligner deux idées, perturbé par son souffle qui se perdait sur ses lèvres. Ce n'était qu'un jeu, pour Sirius. Juste un jeu auquel il jouait de plus en plus souvent. *

Remus laissa sa main gagner sa taille et ses doigts filèrent sous le pull de Sirius dont la respiration resta bloquée dans sa gorge. Son nez glissa de sa tempe à sa joue. Il se tordit le cou et renifla longuement le bout de peau juste sous son oreille.

Il s'apprêtait à descendre tout au long de sa jugulaire quand la raison se rappela à lui.

Remus s'écarta et rejoignit leur table à laquelle il s'appuya du bout des fesses. Il détailla Sirius qui s'approchait avec tranquillité et qui, après un regard alentour, prit place face à lui, entre ses jambes légèrement écartées.

Il posa une main sur son torse et Remus humidifia ses lèvres du bout de la langue sans le lâcher du regard. Il le vit lever la tête vers lui et lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, au beau milieu de la bibliothèque vide, ce ne fut qu'une douce caresse.

Remus s'agrippa d'une main à la table et posa l'autre sur la hanche de Sirius qui se fit plus pressant. Il appuya son baiser et Remus sentit son corps s'électriser. Les talons d'Irma claquèrent à proximité. Ils s'éloignèrent, surpris.

Du coin de l'oeil, ils virent la bibliothécaire traverser les rayonnages à leur droite et continuer sa route. Remus porta deux doigts à ses lèvres, les yeux perdus dans le vague.

— Qu'est-ce que tu fais, Pads ? demanda-t-il avec un rire nerveux.

— Je t'embrasse.

— Merci, je sais bien, mais…

— C'est le baiser de l'amitié. C'est important, les baisers de l'amitié.

— Ah.

— Oui.

— Donc. Hum. Tu… Tu fais pareil avec Jamie et Pete ? demanda-t-il encore avec innocence.

Remus se redressa avec lenteur et récupéra sa besace qu'il jeta sur son épaule.

— J'espère vraiment que tu ne fais pas pareil avec eux, Pads.

Sirius avait pris la place qu'occupait Remus juste avant. Il croisa les bras sur son torse, l'air renfrogné.

— Jamais. Que toi.

Remus lui adressa un sourire et se mordit la lèvre. Il inspira longuement et recula d'un pas.

— Ok. J'aime bien. Tu peux continuer.

Sirius s'emparait de son poignet quand un pas lourd s'approcha et qu'ils s'écartèrent une fois de plus. Wilkes, le Préfet Serpentard les dévisagea et se racla la gorge.

— Dumbledore veut te voir, Sloopy.

Remus lui arracha le billet qu'il lui tendait.

— C'est Lupin pour toi. Rien d'autre.

Wilkes ricana et repartit avec un haussement d'épaules.

.


A votre avis? Cliffangher ou pas cliffangher?