Dans la chambre inconnue

« Au secours ! Quelqu'un ! Aidez-moi ! »

Elle était épuisée d'appeler à l'aide. Elle avait tiré sur la chaine toute la nuit pour se retrouver exténuée au matin, la cheville rougie, les muscles des bras douloureux d'avoir cogné les barreaux du lit pour se libérer.

À midi, la servante était venue. Une jeune femme aux longs cheveux bruns tirés dans un chignon parfait, deux fines mèches encadrant un visage ravissant. Elle portait une tunique chinoise rouge ornée de motifs floraux or.

Sur la table, elle posa un plateau proposant des morceaux de fruits et de légumes frais et leva ses yeux bleus vers Akito.

« Il faut manger. »

Sa voix était dure et son visage impénétrable. Elle fit demi-tour et quitta la pièce de son pas feutré.

À son départ, Akito avait décidé d'appeler à l'aide et s'époumonait pendant des heures, accentuant ses mots de coups de chaine qui résonnaient sur le fer du lit. Le soleil disparaissait, la nuit s'introduisait dans la chambre.

Et alors qu'elle criait depuis ce qui lui semblait une éternité et qu'elle retombait sur le matelas, terrassée, la porte de la chambre s'ouvrit. La servante apparut, droite et rigide, comme toujours. Sans lui prêter la moindre attention, elle alluma les lumières de toutes les pièces. Elle était grande et fine, on aurait dit qu'elle glissait sur le sol comme une danseuse, gracieuse et silencieuse.

Sa tâche achevée, elle fut sur le point de sortir de la pièce quand son regard se porta sur le plateau et la nourriture qu'Akito n'avait pas touchée. Elle hésita puis s'approcha de la jeune femme.

« Inutile d'appeler à l'aide, dit-elle d'un ton sec. Tout l'hôtel lui appartient, tout le monde ici travaille pour lui. Ils lui sont fidèles, ou ils ont tellement peur qu'ils ne bougeraient pas le moindre petit doigt s'il te battait à mort sous leurs yeux. » Elle montra le plateau. « Tu dois manger. »

Akito lui lança un regard dédaigneux et se rallongea sur le lit, posant la tête sur l'oreiller.

Mais, en un éclair, la servante était sur le matelas et l'attrapait par les cheveux. Akito cria de douleur et essaya d'échapper à cette poigne de fer. La servante la tira avec force vers le bord du lit et l'obligea à regarder l'assiette pleine, les doigts serrés dans ses cheveux.

« Tu dois manger ! Car là où ils t'enverront, les faibles ne survivent pas longtemps. Si tu veux te battre, tu dois manger. »

- Nijima, ma belle ! Ne maltraite pas notre hôte.

Tadashi venait d'entrer dans la chambre, suivi d'Hinomura. Tous deux en costume trois-pièces impeccable et aux souliers vernis, la cravate de soie et les cheveux gominés.

La servante lâcha Akito et se mit à genoux sur le sol, le dos droit, la tête baissée et les mains sur les cuisses, en une position respectueuse et soumise.

« Bonsoir, Déesse, dit-il en s'inclinant légèrement devant la jeune femme, en une parodie de courtoisie. J'espère que vous avez pris le temps de vous reposer et de réfléchir. Mais d'après ce qui m'a été rapporté, il semble que non.»

Il chercha le contrat sur la table, mais il n'y était plus. Akito l'avait déchiré en morceaux et les avait jetés à travers la pièce, en confettis éparpillés sur la moquette.

« Hinomura, peux-tu imprimer le contrat de nouveau, s'il te plait » demanda-t-il à son conseiller d'une voix mielleuse et amusée.

Hinomura s'inclina légèrement et sortit. Tadashi ne quittait pas la déesse des yeux, ravi du regard défiant qu'elle lui lançait.

« C'est l'heure de la douche ! » déclara-t-il. Il s'approcha de la jeune femme et attrapa la chaine et de son autre main, il tendit une clé. « Nijima, détache-la.»

La servante s'exécuta et un instant Akito sentit l'adrénaline l'envahir et lui dictait de fuir. Mais Tadashi tenait la chaine fermement dans sa main et la servante tenait l'anneau qu'elle avait décroché du lit. Asami fit un signe de tête à la servante et celle-ci entraina Akito vers une porte à droite.

Elles entrèrent dans une grande salle de bain de marbre, piquée d'or. Une douche à l'italienne, sans vitre de séparation, composait la plus grande partie de la pièce.

Nijima attacha la chaine à une barre de couleur or qui n'avait aucune utilité dans la salle de bain et Akito comprit qu'elle servait exclusivement à attacher des chaines semblables à celle qui l'entravait et cette pensée lui donna la nausée.

Nijima s'agenouilla dans sa position habituelle et attendit. Consciente que la servante ne la laisserait pas seule, Akito portait ses mains à la ceinture de son yukata quand Tadashi entra dans la salle de bain. Il retira sa veste, la posa sur le dossier d'un siège en osier et s'adossa au mur de marbre blanc, le regard fixé sur la déesse.

- Déshabille-toi.

Akito eut une expiration sèche, outragée.

- Devant vous ? Êtes-vous fou ? Sortez !

Asami Tadashi lui sourit. Ses yeux étaient assombris.

- Te crois-tu en position de donner des ordres ? demanda-t-il doucement d'une voix grave. Nijima, va l'aider !

La servante se leva et s'approcha d'Akito, les mains tendues.

- Ne me touchez pas ! cria Akito en voulant échapper à ses longs doigts blancs.

- Laisse-la faire ou je m'en chargerai ! dit sèchement Tadashi les bras croisés sur la poitrine.

La servante repoussa les mains tremblantes d'Akito, s'approcha et se pencha à son oreille.

- Si tu ne te déshabilles pas quand il te le demande, il t'obligera à vivre nue, murmura Nijima en ouvrant la ceinture de son yukata.

- Il ne peut pas faire cela, répliqua Akito, plus par défi que par conviction.

- Prends garde à toi, souffla Nijima, presque implorante. Malgré leur désir pour nous, ces hommes n'aiment pas les femmes.

Akito ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire. Elle ne pouvait y réfléchir alors que la servante lui retirait son yukata, exposant sa peau au regard de l'homme. Elle tenta pitoyablement de se cacher avec ses bras. Nue et vulnérable, elle sentait les yeux de Tadashi parcourir son corps, sans retenue. Elle l'ignora et entra rapidement dans la douche quand Nijima activa l'eau, consciente que le déluge ne la dissimulait pas.

Elle se savonna rapidement et sortit de la douche, désireuse de se rhabiller. Mais quand elle se retourna, Asami Tadashi était près d'elle, la dominant de sa taille, une serviette à la main qu'il ne lui tendait pas pour qu'elle se couvre. Son regard s'attardait sur sa poitrine qu'il observait amoureusement. Il pointa une marque bleutée sur sa hanche, une autre sur l'intérieur de sa cuisse.

Les marques de Shiguré.

- Pas une vierge. Quel dommage ! J'aurais aimé être le premier entre les cuisses de Dieu, ricana Tadashi doucement, et il passa son doigt sur un suçon juste au-dessus de son sein gauche.

Sans réfléchir, Akito attrapa sa main et lui mordit le doigt. Il poussa un râle, retira sa main et poussa la jeune femme qui tomba, trempée et nue, sur le sol de marbre.

- Sale petite garce, dit-il en observant sa blessure.
Il se mit à rire et se tourna vers le salon :
« Hinomura regarde ça, elle m'a mordu ! »

Le conseiller entra dans la pièce, impassible, et regarda la blessure que lui montrait le chef de la famille Asami.

- Peut-être que tu devrais lui montrer une de nos «maisons», dit-il doucement en regardant Akito, un sourire mauvais aux lèvres.

- Peut-être oui, elle doit apprendre, répondit Tadashi. Nijima ! Demain, tu emmèneras Akito dans notre maison à Shinza. Qu'elle comprenne qu'elle a de la chance. Mais que cela pourrait changer si elle refuse d'obéir.

Quand Akito vit Nijima pâlir, elle sentit la peur l'envahir.

Fin du Chapitre 10


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