La porte de la chambre s'ouvrit avec fracas et des hommes masqués entrèrent en criant. Leurs paroles étaient indistinctes, la panique empêchait Drago de comprendre le moindre de leurs mots. Le sang battait à ses oreilles alors qu'il entendait son nom être répété et craché.

Malefoy. Malefoy. C'était son nom. Un nom recouvert d'horreurs.

Il se redressa vivement dans son lit. Il fut incapable de compter le nombre de personnes qui étaient entrées. Il y en avait beaucoup trop. Dix, quinze, peut-être même vingt. Elles le fixaient, derrière leurs masques, et seules leurs pupilles et leurs sourires étaient visibles dans le noir de la pièce. Le reste n'était que silhouettes et ombres.

La peur lui martelait les tempes. Il ne comprenait rien. Il était terrifié. Sa respiration était bloquée dans sa poitrine, comme si un poids y reposait.

Il y avait des mains sur son corps désormais, des paumes sur sa bouche pour l'empêcher de crier, des poignes autour de son cou et des doigts qui griffaient son visage.

– Tu es fini, Malefoy.

Malefoy.

On lui chuchotait à l'oreille. Son avant-bras était brûlant, on tirait sur ses membres, il était balancé dans tous les sens. Il ne sentait plus vraiment son corps, en réalité. Tout n'était qu'un capharnaüm incessant qui jouait avec son esprit et chacune de ses cellules.

– Ta petite Sang-de-Bourbe va payer pour ce que tu as fait.

Il hurlait. Il entendait ses cris, bien que lointains, résonner dans son esprit. C'était comme s'il assistait à sa propre mort, sans pour autant être dans la même pièce.

Il se débattait. C'était trop. Des rires gras, des insultes et d'autres cris. C'était incompréhensible. Drago était perdu, détruit. Sa plus grande peur se réalisait. Il allait mourir sous les coups de vindicateurs enragés.

Il le méritait. Il l'avait attendu, comme le jugement dernier, comme cette heure où tout se terminerait. Ce jour venait enfin, il n'aurait plus à vivre dans la crainte. Il avait mal à la gorge, il était trempé, de sang, de sueur ou de larmes.

– Hermione ! cria-t-il cependant malgré les coups qu'il recevait. Non ! Laissez-la ! Je vous en supplie ! Prenez-moi, prenez-moi à sa place. Hermione !

Les rires ne s'arrêtaient pas. Ils dépassaient tous les autres sens, ils le hantaient. Drago se sentait se recroqueviller sur lui-même, les bras au-dessus de sa tête et le dos plié en deux. Il les suppliait. Il entendait des cris, il souffrait, mais il n'arrêta jamais de crier.

– Hermione ! hurla-t-il une énième fois.

oOo

– Drago !

Il se redressa en sursaut, le regard paniqué et la respiration hachée. Il avait une migraine terrible, il sentait son sang battre contre ses tempes, derrière ses yeux. Son corps était recouvert de sueur, il en avait des frissons, un mélange de froid glacial et d'une chaleur insoutenable.

– Drago, c'est moi, regarde-moi, tout va bien, fit Hermione en attrapant son visage entre ses paumes.

Il fut forcé de fixer son regard dans le sien. Il était complètement paniqué, plus capable de discerner la réalité des images imposées par son esprit. Son cauchemar était toujours aussi présent dans sa tête, imposant, douloureux.

Ces voix, ces rires… Ils allaient le hanter. Il n'avait pas cauchemardé ainsi depuis des jours, tout allait tellement bien depuis qu'il dormait avec Hermione. Ses rêves avaient déjà diminué avec les semaines, mais ne plus dormir seul avait aussi changé les choses. Il n'avait plus peur de fermer les yeux et revoir leurs visages. Il était serein.

Or, ayant passé une bonne partie de son après-midi de la veille à détailler le début de sa sixième année à Poudlard, il était rattrapé par ses vieux démons. Cette fois-ci, ceux-ci avaient pris la forme d'assaillants venus le chercher jusqu'en France. Il en tremblait encore.

Néanmoins, croiser le regard rassurant d'Hermione l'aida à se calmer lentement. Elle était là, devant lui. Elle allait bien. Elle était en vie et personne ne lui voulait de mal.

Il réalisait qu'il n'en avait que faire d'être sorti de force de chez lui, d'être torturé et même tué. Elle était en vie, le reste n'avait plus aucune importance.

– Je suis là, Drago, chuchota-t-elle en caressant ses joues avec ses pouces. Tout va bien, tu es en sécurité.

Son regard dans le sien était apaisant, elle le fixait dans l'attente d'une réaction, d'un changement dans son air paniqué. Il cligna plusieurs fois des yeux pour chasser ses larmes et inspira longuement. Il pouvait le faire. Il n'était pas seul.

Il y avait une étincelle de chaleur dans son regard qui suffisait à calmer toutes ses angoisses. Sa simple présence, sa douceur, son rire, c'était comme s'ils avaient été créés comme remède à ses maux. Il aurait voulu étudier l'alchimie, soudainement, pour comprendre cette flamme entre eux.

Les doigts sur ses joues le ramenaient sur Terre, il retrouvait son présent, ses repères. Il était dans la chambre d'Hermione, dans son lit, il était en vie, elle aussi, et tout allait bien. Tout ne pouvait qu'aller bien.

Il inspira longuement. C'était bien.

Il ferma les yeux quelques secondes et prit le temps de calmer sa respiration. Il réalisa alors qu'Hermione était assise à califourchon sur ses hanches et qu'il n'était pas très vêtu. Il rouvrit aussitôt les paupières et constata, qu'effectivement, tous deux ne portaient pas beaucoup de vêtements.

Il n'avait qu'un caleçon et elle était en sous-vêtements. Il se sentit rougir, alors que les souvenirs de la veille au soir lui revenaient. Le cauchemar était bien loin maintenant qu'il la sentait assise sur son entre-jambe.

Depuis quelques jours, depuis ce soir-là après qu'il ait réparé la tuyauterie de la chambre, leur relation avait évolué. Il dormait toutes les nuits à ses côtés et ils apprenaient à se découvrir mutuellement. Drago en restait toujours secoué. Les choses avançaient considérablement entre eux et il ne savait pas quoi en penser. Il avait du mal à faire le tri entre ses envies physiques et ce qu'il ressentait. C'était un vrai capharnaüm, un bazar qui agitait son esprit sans cesse depuis une semaine.

Alors qu'il se laissait aller aux souvenirs de la veille, il sentit Hermione bouger au-dessus de lui, puis la vit rougir. Elle avait forcément senti ce qu'il sentait. Elle devint écarlate et se retira aussitôt de ses hanches pour s'asseoir à ses côtés.

Il se redressa, tout aussi gêné et se racla la gorge.

– Merci, je… Merci de m'avoir réveillé, bafouilla-t-il à voix basse, en se passant une main dans les cheveux. Je devrais aller prendre une douche.

Elle hocha vaguement la tête et il sortit du lit, attrapant au passage ses vêtements qui traînaient sur le sol. Merlin, il n'avait jamais été aussi mal à l'aise de sa vie.

Une fois dans la baignoire, il alluma l'eau froide et plaça le pommeau de douche sur sa tête. Il avait grandement besoin de la vider de toutes ses pensées perturbantes. S'il voulait que le reste de leur routine matinale se passe bien, il fallait absolument qu'il se calme.

Quinze minutes plus tard, il entra dans la cuisine pour préparer le petit-déjeuner. Celui-ci se passa en silence lorsque Hermione le rejoignit et il crut encore une fois avoir tout gâché. Il se revoyait des semaines plus tôt, seul dans cette maudite cuisine car elle n'osait plus croiser son regard.

Ne pouvait-il pas se contenir, par Merlin ? Son anatomie faisait des siennes et bien que cela soit incontrôlable, Drago se détestait pour ça. C'était récent, il découvrait seulement les réactions de son corps à celui de Hermione, après des années sans rien. Il avait pensé bêtement que ces réactions d'adolescent pubère se seraient arrêtées après ses années à Poudlard, il avait espéré ne jamais revivre ces sensations de chaleur et d'envies inopportunes. Il s'était trompé.

Il mangea la tête baissée et les épaules tendues. Il ne voulait pas engager la conversation, quel qu'en soit le sujet, de crainte que Hermione soit encore plus gênée. Il ne voulait pas aggraver les choses, il était terrifié à l'idée qu'elle le rejette.

– Si… Si tu veux parler de tes rêves, tu sais que je suis là, n'est-ce pas ?

Avait-il bien entendu ? Il leva la tête pour être certain qu'elle venait bien de parler. Elle le regardait avec inquiétude, avec cet éclat dans le regard qui lui prouvait qu'elle se souciait de son état. Son cœur battit plus fort dans sa poitrine, alors que ses épaules se détendaient et qu'il réalisait qu'il s'était encore fourvoyé.

Il était bien le seul à penser au sexe, à leur relation, alors qu'elle s'inquiétait pour lui ! Quel idiot. Il n'avait que davantage l'impression d'être retourné en cinquième année, lorsque les relations physiques et les filles étaient son seul centre d'intérêt, lorsque rien d'autre ne suffisait à le distraire. Il se mordit l'intérieur de la joue.

– Je sais, répondit-il en faisant de son mieux pour cacher sa tension. C'est juste… difficile.

Elle hocha la tête et reprit son petit-déjeuner, plantant sa fourchette dans ses œufs brouillés.

– Tu dis presque toujours mon prénom, chuchota-t-elle avant de manger sa bouchée.

Drago écarquilla les yeux et sentit son sang quitter son visage. Cette fois-ci, il n'était pas gêné, il était figé sur place, terrorisé. Que venait-elle d'admettre ?

Drago se souvenait de tous ses rêves, de tous ses cauchemars, qu'ils soient réalistes ou complètement loufoques. Il était capable de les écrire dans les moindres détails à son réveil et il lui arrivait même parfois de le faire lorsqu'il s'agissait de bons souvenirs ou de scénarios étranges et amusants.

Cependant, malgré sa mémoire quasi parfaite, il n'était pas conscient de ce qu'il faisait ou disait dans son sommeil. Il se savait souvent en transe, paniqué et nerveux, mais pas bavard.

Il déglutit en fixant Hermione. Elle semblait, elle, gênée de lui avouer une telle chose. Il se demanda depuis combien de temps cela durait. Depuis combien de temps l'entendait-elle hurler son nom dans son sommeil ?

Il baissa la tête vers son assiette, encore pleine d'œufs et de lard, et déglutit. Il ne savait pas quoi dire. Elle l'avait rendu muet, incapable de trouver les mots pour répondre à ce qu'elle venait de lui avouer.

– Désolée, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, finit-elle par dire, après un long silence. C'est juste que… je m'inquiète pour toi. Je déteste le fait de ne rien pouvoir faire quand… quand tu es dans cet état.

Il cligna plusieurs fois des yeux pour empêcher les larmes qui menaçaient de couler. Il était plus ému et touché par ses mots qu'il ne l'aurait pensé. Elle avouait à haute voix qu'elle se souciait de lui, qu'elle était inquiète pour son état et qu'elle voulait l'aider.

Il en était déjà conscient, bien sûr, c'était évident et même réciproque, mais l'entendre le lui dire était une toute autre chose. Il sentit son cœur battre un peu plus fort dans sa poitrine.

– Tu en fais déjà tellement, Hermione, lui répondit-il en levant finalement les yeux vers elle. Te voir à mes côtés à chaque fois que je me réveille, c'est…

Il se racla la gorge et détourna le regard.

– C'est tout ce dont j'ai besoin, reprit-il à voix basse.

Il la vit hocher la tête du coin de l'œil. Le sujet était clos. Il n'était pas prêt à se confier davantage sur ses rêves, sur ses pensées si sombres qu'il voulait enterrer à jamais. Cela viendrait, il en était certain.

Avant de partir pour le village, Hermione l'embrassa un peu plus longuement qu'elle en avait l'habitude. Elle s'attarda dans ses bras, comme si elle ne voulait pas le quitter. Drago la regarda partir avec un pincement au cœur. Lui aussi aurait préféré qu'elle reste à ses côtés, juste pour aujourd'hui.

Il se retint de lui courir après et referma la porte d'entrée, le cœur lourd. Il lui fallait s'occuper, trouver quelque chose à faire pour se distraire. Il passa alors une première heure à ranger et nettoyer la cuisine de fond en comble. Étant donné que Hermione et lui prenaient toujours le temps de faire la vaisselle derrière eux, il n'eut pas grand-chose à faire, mais il s'amusa à ordonner les épices par couleur et à classer tous les aliments dans le garde-manger.

Cela lui vidait la tête, il était suffisamment diverti par cette occupation amusante pour ne pas repenser à son cauchemar et ces silhouettes traumatisantes. Il y avait douze pots d'épices différents, quinze étagères dans le cellier et trente-sept carreaux au sol.

Pour le déjeuner, Drago se prépara quelques sandwichs qu'il prévoyait de manger en se promenant. Il avait besoin de prendre l'air et le beau temps, après quelques jours de pluie, était le bienvenu pour cela.

Il se décida à suivre la rivière qu'il avait découverte récemment, jusqu'à tomber sur un petit pont, au milieu de la forêt. Il le traversa et s'arrêta au milieu pour s'appuyer sur la rambarde de bois. De là où il se tenait, il pouvait voir la rivière remonter jusqu'aux montagnes, au-delà des arbres. Il se demanda s'il serait un jour capable de la suivre jusqu'au bout. S'il serait capable de sortir de cette forêt, ou des jardins qui entouraient la maison.

Il pensa à Hermione qui, elle, parcourait les routes et villages alentour chaque jour pour aller travailler. Il l'admirait pour cela, il la trouvait si courageuse de pouvoir sortir de chez eux sans mal, sans peur.

Il réalisa alors à quel point il était ridicule. Il eut un rire ironique, au milieu de la nature silencieuse. Comment pouvait-il trouver courageux le simple fait de sortir de chez soi ? Cela aurait dû être normal pour lui, évident. Au contraire, il aurait dû trouver étranger et inhabituel de ne pas sortir de chez soi comme il le faisait depuis maintenant des mois. Il était ridicule, faible.

Il rêvait du jour où il serait capable de franchir le petit portail de la maison, du jour où il marcherait jusqu'au village d'Hermione pour lui rendre visite ou même lui apporter son déjeuner. Cela lui semblait si utopiste, un monde parfait où il aurait assez de courage pour affronter l'inconnu.

En attendant, il se promenait autour de la maison, sans jamais s'éloigner. Rester trop longtemps dehors le faisait paniquer, il avait l'impression d'être perdu, de ne plus avoir de repères. C'était comme lorsqu'il se réveillait d'un cauchemar et que le monde réel lui semblait inconnu, pendant quelques secondes. Quelques secondes lors desquelles il se perdait dans un décor qu'il ne reconnaissait pas, un décor si éloigné de ses cauchemars et de ses souvenirs.

Il repensa au matin-même, lorsque Hermione l'avait sorti de l'une de ces réalités parallèles où il s'enfermait si souvent. Elle avait été sa bouée de sauvetage, pendant quelques minutes. Il doutait du fait qu'il soit capable de s'en sortir seul si vite. Il aurait probablement mis des dizaines de minutes, voire des heures avant de se réveiller, de casser le miroir qui le séparait du monde réel.

Penser à cela lui rappela soudain la gêne qui avait suivi, leurs regards surpris et la honte qui avait submergé Drago. Il rougit, alors même qu'il était si loin d'elle, comme si elle était là, comme si y penser allait l'invoquer.

Il se sentait perdu, soudain. L'imaginer en colère contre lui, ou gênée par la situation le mettait dans tous ses états. Comme quelques heures plus tôt, il sentit la panique grimper en flèche à l'idée qu'elle lui en veuille, ou qu'elle s'éloigne.

Lui qui était pourtant déterminé à prendre son temps avec elle, à apprendre à la découvrir et à se découvrir lui-même. Il avait le sentiment qu'en une seule matinée, tous ses efforts avaient été réduits à néant.

Jamais ne s'était-il réveillé en dessous d'elle. Jamais ne s'était-elle trémoussé autant sur ses hanches pour essayer de le calmer. Et jamais n'avait-elle senti ça alors que ce n'était pas l'un de ces moments.

Ces moments qui arrivaient de plus en plus souvent. Ces moments que Drago adorait pour l'opportunité qu'il avait de se rapprocher d'elle, de la découvrir et de chérir tout ce qu'elle avait à lui offrir. Ces moments où Drago avait l'impression d'être un simple fidèle venu adorer sa déesse.

Il prenait tout ce à quoi il avait droit, toute connaissance d'elle qu'il avait à portée de main. Sa peau, ses mains, ses joues, son cou, sa poitrine… Tout. Il voulait tout connaître, tout apprendre. Il voulait comprendre comment elle fonctionnait, ce qu'elle aimait et par-dessus tout ce qu'il devait faire pour entendre son plaisir.

Depuis qu'il l'avait entendue faire ce soir-là, près de la baignoire, Drago ne se lassait plus de ces sons divins qu'elle laissait échapper. Il faisait tout ce qu'elle demandait pour espérer les entendre à nouveau.

Si au départ, il avait été très maladroit dans ses gestes et ses paroles, le fait que Hermione semble tout aussi paniquée et inexpérimentée que lui l'avait grandement détendu. Ils avaient tous deux réalisé qu'en apprenant ensemble et en se découvrant petit à petit, les choses se passeraient à merveille.

Il était perturbant de réaliser à quel point il lui faisait confiance. C'était à la fois rassurant et déstabilisant. Comment avait-il pu placer sa confiance, si rare, en quelqu'un après seulement un an ? Comment avait-il pu se laisser aller ainsi alors que ses propres amis, qu'il connaissait depuis près de dix ans, ne parvenaient pas eux-mêmes à briser sa carapace ?

Alors qu'il regardait l'eau s'écouler sous ses pieds, Drago comprit.

L'amour était une chose si précieuse, maintenant qu'il la découvrait. C'était un sentiment qu'il apprenait à connaître avec précaution, avec minutie. On ne jouait pas avec l'amour, on ne le balayait pas d'un mouvement de la main par peur ou par ennui.

L'amour prenait aux tripes, changeait la vision du monde et les principes. Drago était un autre homme, pas seulement à cause de son expérience de la vie, mais aussi et surtout grâce à cette rencontre. Il avait découvert quelqu'un qui lui ressemblait, qui lui correspondait et surtout qui lui permettait d'aimer.

L'amour était simple quand on le comprenait. C'était un sentiment que l'on chérissait une fois qu'on l'avait accepté. Drago s'y confortait, il aimait aimer. C'était rassurant, c'était agréable.

Il n'avait pas peur d'aimer, il n'avait pas peur que cela ne soit pas réciproque. Car aimer était naturel, c'était simple. Il n'avait pas besoin de faire d'efforts, il se laissait porter à ses émotions, à ses sentiments. L'amour c'était facile, parce qu'il en comprenait tous les effets.

Aimer Hermione se révélait être la chose la plus pure, la plus simple qu'il n'ait jamais ressentie.

oOo

Pansy leur avait envoyé une lettre quelques jours plus tôt pour les prévenir de sa visite. Elle leur avait proposé de dîner tous les trois, en fin de semaine, pour ne pas être pressés par le temps.

Drago avait aussitôt demandé à Hermione son avis, puis après qu'elle eut accepté, ce qu'elle voulait manger ce soir-là. C'était comme un soir de fête, une occasion de faire quelque chose de différent, d'appréciable et de particulièrement long et compliqué à réaliser. C'était comme un défi, une façon de cuisiner pour des occasions différentes.

Lorsque Drago lui en avait fait part, Hermione avait ri en lui disant qu'il n'avait pas besoin d'occasion telles qu'un dîner entre amis pour préparer des plats merveilleux et bien trop sophistiqués pour des simples repas. Il le faisait déjà bien assez au quotidien. Il s'était contenté de la fusiller du regard et avait enchaîné en lui donnant la liste des plats qu'il avait en tête.

Il se retrouvait donc une semaine plus tard dans la cuisine, en pleine préparation de poisson blanc confit avec des légumes cuits lentement au four depuis le début d'après-midi. Dans la matinée, il s'était occupé de préparer les petits opéras prévus pour le dessert et avait fait cuire son propre pain avec la recette du boulanger du village.

Hermione n'avait pas osé le déranger de la journée, malgré le fait qu'elle ait pris un jour de congé exceptionnellement. Elle s'était contentée de venir déjeuner avec lui, entre deux planches à découper sur l'ilot de la cuisine, puis était retournée à ses occupations, soit l'entretien de leur potager.

Drago dressait les assiettes lorsque vingt-heures sonnèrent. L'anxiété monta au creux de sa poitrine. C'était du bon stress, celui qu'il aimait ressentir lorsqu'il attendait l'avis d'Hermione sur ce qu'il préparait. Il y avait ces quelques secondes d'attente, de craintes, celles qu'il désirait tant.

Le poisson était l'une de ses spécialités, Hermione adorait cela et il était certain que ce serait réussi. Cependant, il était impatient de goûter son plat pour savoir s'il était parfait. À force de cuisiner, et parce qu'il avait été lui-même client de grands mets dans sa jeunesse, son palais était développé. Il avait des attentes très précises sur les saveurs de sa préparation du jour et il espérait sincèrement qu'il avait été à la hauteur.

Le bruit significatif d'une apparition en portoloin se fit entendre dans le séjour et Drago sut qu'il était temps. Les minutes semblèrent passer à la vitesse d'un escargot alors qu'il attendait de déguster enfin le plat principal. Hermione et Pansy firent durer l'apéritif avec des débats tournés autour du cinéma, auxquels Drago participa à peine. Il ne regardait jamais la télévision, malgré les essais de Hermione à l'y faire adhérer, et n'avait pas assez de connaissances pour donner un quelconque avis.

Seulement, quand vint enfin le moment de goûter le plat, Drago retint sa respiration. Il fixa Pansy alors qu'elle portait sa fourchette à ses lèvres, le cœur battant. Le temps sembla s'arrêter lorsqu'elle ferma les yeux avec satisfaction, le plaisir se dessinant très clairement sur son visage.

Drago laissa échapper un soupir de soulagement et croisa le regard amusé d'Hermione.

– Drago avait peur que tu n'aimes pas, dit-elle en regardant Pansy. Comme si nous allions un jour cracher sur ce qu'il nous prépare.

Drago la fusilla aussitôt du regard, le rouge aux joues. La traîtresse !

– C'est délicieux, Drago, comme toujours.

Il se tourna vers Pansy et lui sourit avec une certaine timidité. Il n'était pas friand des compliments, bien que ceux-ci soient nécessaires à son amélioration. Il était simplement heureux qu'elle soit satisfaite. C'était bien.

Pansy posa sa fourchette sur la table et braqua un regard plus sérieux dans celui de Drago. Elle semblait hésiter à lui dire quelque chose.

– Ton anniversaire est la semaine prochaine, lâcha-t-elle après quelques secondes de silence.

Un poids tomba dans l'estomac de Drago. Il déglutit et jeta un coup d'œil anxieux à Hermione. Elle le fixait, elle aussi, comme si elle attendait sa réaction. Et celle-ci n'était pas vraiment positive.

Que voulait Pansy ? Qu'est-ce qu'elle insinuait avec cette simple phrase ? Il sentait les ennuis arriver, il sentait que quelque chose se tramait. Et il n'aimait pas ça.

Il réalisa que plus d'un an était passé. Un an. Il allait avoir vingt-six ans et il n'était même pas excité à cette idée. Il se souvenait pourtant de tous ses anniversaires durant son adolescence, ces cinq juin où tout lui avait été dû et où tout le monde avait fait de ces journées les plus parfaites pour qu'il soit heureux. Cela lui semblait si étrange, si décalé désormais.

– Et ? demanda-t-il finalement, la gorge serrée.

Pansy lui parut mal à l'aise, presque inquiète de ce qu'il se passait.

– Est-ce que tu aimerais faire quelque chose ? s'enquit-elle avec hésitation. Tu n'es obligé de rien ! Je te promets de respecter tout ce que tu voudras, je ne ferai pas d'écart ni quoi que ce soit ! Je veux juste… Je veux juste te faire plaisir.

Drago regarda Hermione à nouveau, elle était silencieuse, elle se contentait d'attendre qu'il réponde. Il soupira. Il n'avait aucune idée de s'il voulait faire quelque chose pour son anniversaire. Cela faisait des années qu'il ne l'avait pas fêté, des années qu'on ne lui avait pas demandé ce qu'il voulait, ou même qu'on s'y était intéressé.

Il ne sut quoi répondre. Il n'y avait même pas réfléchi, il n'avait pas réalisé que la date approchait.

– Tu pensais à quelque chose ? demanda-t-il avec incertitude.

Il connaissait Pansy par cœur, il savait très bien que malgré toutes ses bonnes intentions de lui laisser le choix, elle avait déjà quelque chose en tête.

Elle se mordit la lèvre inférieure et cela le lui confirma.

– Je pensais à un déjeuner ? dit-elle avec de l'espoir dans le regard. Je sais que la dernière fois ça s'est… mal terminé, mais je me suis dit que, peut-être, si nous organisions tout à l'avance et que nous nous assurions que vous êtes tous les deux d'accord pour tout, ce serait faisable.

Il aurait presque ri de sa façon si délicate d'aborder les choses, s'il n'était pas concentré sur sa proposition. Il lançait régulièrement des regards à Hermione, comme pour prendre la température. Seulement, elle ne montrait aucune émotion, elle se contentait d'écouter.

– Qu'est-ce que tu en penses ? lui demanda-t-il alors, incapable de donner son avis sans avoir le sien.

Elle sembla surprise qu'il le lui demande.

– Je… C'est ton anniversaire, pas le mien, répondit-elle en rougissant légèrement.

– Oui, mais ton avis est tout aussi important, répliqua-t-il avec assurance. Si nous faisons quelque chose, ce sera ici et je veux que tu sois là aussi.

Elle n'en rougit que davantage et hocha la tête. Si Drago remarqua le sourire peu discret de Pansy face à leur échange, il ne dit rien.

– Qui sera là ?

– Je pensais à Potter, Théo, Ginny, Blaise et moi, comme la dernière fois, lui répondit Pansy. Je sais que…

– Non, l'interrompit Hermione en secouant la tête.

Drago posa sa main sur la sienne au-dessus de la table. Il avait tout de suite su que ce serait un problème, il était même agréablement surpris de voir Hermione s'opposer à cette proposition par elle-même.

– Je ne veux pas voir Harry, reprit-elle sans oser regarder Pansy. Pas tout de suite.

– D'accord, évidemment, fit aussitôt Pansy. Ce n'est pas un problème, je… nous trouverons une solution.

– Tu veux bien que Théo et Ginny viennent ? demanda Drago en cherchant le regard d'Hermione.

Elle avait gardé la tête baissée, comme si elle cherchait à reprendre son souffle, ou à se calmer.

– Oui, oui, chuchota-t-elle en jouant avec la nourriture dans son assiette. S'ils veulent venir, oui, je suis d'accord.

– Alors c'est bon pour moi aussi, dit-il en se tournant vers Pansy. Si Blaise veut venir, ce n'est pas un problème, mais comme je n'ai pas de nouvelles de lui, je…

– Je le convaincrai, promit Pansy avec un hochement de tête décidé.

Plus tard, lorsque Pansy fut partie et que tout fut planifié en détail pour le déjeuner du cinq juin, Hermione le remercia à voix basse. Blottie dans ses bras, sous les couvertures du lit qu'ils partageaient toutes les nuits, elle lui avoua à voix basse qu'elle n'aurait jamais été capable de donner son avis s'il n'avait pas été là.

Il la serra un peu plus fort contre lui et ferma les yeux. Il était heureux, fier. C'était bien.


Merci à Lyra et Damelith, comme toujours !