Bonjour, bonsoir mes petits chats ^^ !

Et bonne année, au fait, du chocolat, des fous rires et des bonnes lectures par milliard sur vous !

Déjà je vais crever l'abcès de suite : non, c'est pas le dernier chapitre. Y'en a pas mal qui m'ont dit que ça rentrerait jamais tout dans un chapitre, moi j'étais là dans ma désillusion » Si, si, ça rentre » - MAIS PAS DU TOUT XD ! Donc voila, désolée, c'est pas encore la conclusion (bon c'est qu'un chapitre rajouté en plus hein, on reste sur la fin tout de même XD)

Et ensuite, est-ce qu'on s'étonne que je sois en retard, QUE NENNI !

J'vais pas vous faire un diagramme, mais entre ma vie perso que j'ai décidé de foutre en l'air (j'ai fait ce qui s'appelle « Une Baronne », dans le jargon familial, à savoir que j'ai claqué à ma moitié un jour « Tient, on irait pas vivre à 6h de route ? » oklm – et maintenant faut dealer avec les conséquences administratives de l'affaire) et mes doutes sur mes capacités à finir cette fic correctement, ba mon gars j'étais pas aidée pour sortir ça dans les temps T-T.

Le pire, c'est que ce chapitre était fini le week-end passé mais je me suis réveillée à deux heures du matin samedi en mode : « Mmmm ça marche pas cette partie-là. Faut que je réécrive ».

DEVENEZ AUTRICE, QU'ILS DISAIENT !

Bref, je vous présente toutes mes excuses pour ce retard, j'espère quand même que ce nouveau chapitre vous plaira et commencera à dénouer pas mal de fil ^^. Merci du fond du coeur pour vos lectures et vos reviews et très bonne lecture ^^ !


Chapitre 24 : « La clause de non-capacité ? »

Outre les conditions naturelles nécessaires pour transmettre l'alter (cf. « La lune et la morsure : déconstruction d'un mythe d'un point de vue hormonal », de l'enquêtrice Hakucho Nako, 2019.), nos études ont démontré que les échantillons de sang ne réagissaient pas tous de la même manière une fois exposés à une salive contaminante. Si certains commençaient immédiatement à présenter les modifications structurelles liées à une contamination, une écrasante majorité des échantillons restent insensibles à la Morsure. Les proportions s'élevaient à environ 5 % de réussite (arrondi au nombre rond supérieur), un pourcentage largement inférieur à celui de probabilité d'une grossesse lors d'un cycle menstruel chez l'espèce humaine (sans contraception utilisée, de l'ordre de 20 à 25%). Cette statistique, pour surprenante soit-elle, s'est confirmée après une dizaine de tests menés à grande échelle (variable d'ajustement de l'ordre de 0 à 0,5 %), sur des échantillons différents.

Selon la procédure classique de vérification, différentes variations de paramètres ont été appliquées sur les tests suivants dans l'optique de mettre ladite statistique à l'épreuve : écart de température entre les échantillons, variation des temps d'exposition aux agents contaminants, âge des sujets fournissant le sang, etc. Confirmant cette proportion de réussite de 5% (l'ensemble des résultats est disponible en annexe 6-1.1, annoté des remarques de l'équipe médicale).

L'hypothèse d'un problème lié à la conservation des échantillons de salive a été soulevée, mais après enquête, cette hypothèse a heureusement pu être écartée au regard de la qualité de la procédure de conservation. L'hypothèse la plus plausible suivante concernait évidemment la qualité de la salive contaminée elle-même : de même que la fertilité varie naturellement au sein d'une population, en fonction des individus, il serait tout à fait probable que la capacité à transmettre la Morsure puisse varier chez les porteurs de cet alter de modification corporelle.

Une autre hypothèse est cependant venue supplémenter celle sur la fertilité du porteur de la Morsure quand le recoupement des dossiers a fait apparaître un lien systématique entre les groupes sanguins du porteur et des échantillons infectés. Ce lien se résume de la sorte : identique aux compatibilités normales pour le groupe sanguin, inversé pour les rhésus (cf tableau récapitulatif détaillé en annexe 6-1.2).

« J'y comprends… Rien. » s'avoua Izuku après avoir relu trois fois le paragraphe, avec une marge de progression dans sa compréhension proche de zéro.

C'était sans doute en raison de la fatigue, ou alors à l'accumulation de problèmes qu'ils se murgeaient depuis quelques semaines, mais il pataugeait sévère. Aucune foutre idée de la compatibilité des groupes sanguins avec leurs saloperies de rhésus et le tableau soi-disant explicatif était plus obscur encore. Ses cours de biologie remontaient un peu trop pour qu'il s'appuie sur les connaissances qui lui en étaient restées et vu sa conversation avec l'inspecteur Utagaï, hors de question qu'il prenne le risque de faire une seule recherche sur le net, VPN ou pas. L'autre option était bien sûr d'aller chercher des ouvrages spécialisés en bibliothèque, ou de consulter ces ouvrages en librairies, bien sûr. Sauf qu'à cette heure de la nuit, bernique, et en plus, les ouvrages empruntés ou consultés dans une bibliothèque étaient déclarés, et c'était facile de consulter les rushs des caméras de surveillance publiques. Ce dont il était persuadé que l'inspecteur faisait, de manière scrupuleuse, pour suivre le moindre de leurs déplacements à la trace. Il l'aurait fait également, à sa place.

« T'as l'intention de venir te coucher à un moment donné ? » grommela Kacchan dans son dos et il sursauta si fort qu'il renversa sa tasse de thé – heureusement assez vide pour que la seule conséquence soit un soupir fatigué du blond.

« Désolé… Je t'ai pas entendu te lever... »

« Mmmmm… J'ai traîné des pantoufles exprès. » ronchonna son meilleur ami en quittant difficilement son encadrement de porte pour venir – en traînant des pantoufles, effectivement – s'affaler à moitié dans son dos, ployant son corps pour arriver à caler sa tête contre son épaule et ses bras autour de lui. « Les poignets ? »

Le marmonnement endormi de Kacchan, si juste en dépit de la lenteur de son ton, fit soupirer Izuku, dépité de se faire lever si facilement.

« Yep. »

« J'voulais pas te mordre, tu sais ? »

« Je t'ai dit que c'était pas grave, Kacchan. »

Pas grave, mais ça pinçait. Enfin, ça l'élançait, plus exactement, parce que les crocs du blond, surchargé par la douleur au point d'en perdre une seconde le contrôle du loup, s'étaient enfoncés dans son épaule en prenant soin de perforer pile ce qu'il fallait pour le faire lâcher prise immédiatement. Autrement dit, trois centimètres d'ivoire en plein muscle.

« C'est pas ça qui… Enfin, c'est pas le problème. »

Bien évidemment qu'il n'arrivait pas à dormir, impossible de fermer les yeux après la séance « bain d'huile brûlante » dans l'évier sans réentendre aussitôt la plainte de douleur de Kacchan, gémissement mi-humain mi-loup de pure souffrance. Et il avait encore l'odeur écœurante de chair brûlée qui lui collait à la peau, se mêlait au souvenir de la jambe de Kam carbonisée par l'alter explosif et en sous-ton, le hurlement de ce dernier semblait résonner à la limite de son ouïe.

Il frissonna de dégoût, entraînant Kacchan avec lui grâce à l'hypersensibilité de ce dernier. Complètement à l'ouest en raison de la fatigue, le blond frotta son menton contre son épaule soigneusement bandée, sans même le réaliser, et en tournant légèrement son visage vers celui de Kacchan, Izuku réalisa qu'il avait toujours les yeux fermés.

« Tu devrais aller te recoucher… »

« Parle pour toi... » murmura Kacchan sans réussir à une seconde à y mettre assez de hargne pour empêcher Izuku de sourire face à cette tentative. « J'peux t'aider ? »

« C'est gentil de proposer, mais non… Je suis juste coincé sur un truc. »

Prince Carnage choisit pile ce moment pour émerger à son tour du couloir du salon, ébouriffé par une sieste qu'il était de fort mauvaise humeur d'avoir dû interrompre pour aller chercher ses humains et Izuku sourit en voyant l'air renfrogné du loulou, si identique à celle de Kacchan qu'il aurait adoré pouvoir les prendre en photo. Les deux avaient d'ailleurs perfectionné leurs techniques de culpabilisation, puisque le chien s'assit au pied d'Izuku en levant le museau vers lui, yeux fermés comme son maître.

Dans l'espoir de déloger Kacchan en douceur, par égard pour son état et pour ménager son organisme sans doute trop occupé à guérir les brûlures sur ses poignets pour se passer de la moindre minute de sommeil, il glissa la main dans les mèches ébouriffées contre lui. Il ne lui fallut qu'une poignée de seconde pour que sa savante caresse fasse ressurgir les oreilles de loup, qu'il grattouilla dans la foulée sans se soucier du poids supplémentaire sur sa personne que la semi-transformation de Kacchan impliquait. La lente bascule en avant du blond le gêna un peu plus, en revanche, à mesure que celui-ci se rendormait purement et simplement. Il tenta bien de le secouer légèrement, voir de s'éclaircir la gorge, sans effet aucun à part un grommellement qui tenait plus de la plainte qu'autre chose, avant de passer à la vitesse supérieure :

« Kacchan… Va dormir. »

« Mmmm…. »

« Je finis ça et je te rejoins. »

« Tu mens de plus en plus mal, fais gaffe. » jappa Kacchan dans un geignement quand il se releva, ayant malencontreusement pris appui sur ses poignets pour amorcer le mouvement. « Si t'es pas là dans une heure, je te ramène de force dans le canapé ! »

Son ajout bourru à souhait s'accompagna au passage d'un coup de front contre celui d'Izuku, assez fort pour manquer le faire tomber de sa chaise.

« Aïe. »

« Petite nature, va. Je te laisse Prince Carnage. » En entendant son nom, la petite bête rouvrit les yeux en sursautant, surpris de se voir interpellé d'un claquement de langue : « Pas bouger. Tu gardes Izuku. »

« Oh Kacchan, il est pas obligé de... »

« Ta gueule. » sourit Kacchan dans le fin fond de son couloir, ponctué d'un reniflement méticuleux de Prince Carnage qui décida de prendre l'ordre de son maître très à cœur.

Si à cœur qu'une minute plus tard, Izuku calait le chien sur ses genoux, obligé de céder à ses couinements impérieux, et contemplait à nouveau son document grand ouvert sur son écran, intensément reniflé par un Prince Carnage dubitatif. Les yeux secs de fatigue, il tenta réellement de reprendre tout le paragraphe sur les groupes sanguins depuis le début, abandonna à la troisième relecture, écœuré de se retrouver coincé une fois de plus.

« On va s'avancer et lire autre chose, mmm ? Après tout, c'est pas comme si on manquait de matériel... »

En dépit de son persiflage, il prit soin de choisir un document d'apparence simple, quelque chose qui apporterait des informations supplémentaires – qui sait, peut-être même de quoi comprendre cette putain de thèse sur la compatibilité entre porteur d'alter et infectés – sans pour autant exiger des efforts mentaux trop important pour son état. Et il grogna, en voyant s'afficher pas moins de six pages d'introduction au-dessus du tableau Excel qu'il s'attendait à trouver.

La présente liste récapitule l'ensemble des signalements – avérés ou non – recensés depuis l'apparition de la Morsure, et une attention particulière a été portée sur la description visuelle des témoins oculaires et/ou potentielles victimes des porteu…


Izuku laissa échapper un geignement, tourna la tête à l'opposé de la source du bruit présentement en train de lui vriller l'ouïe et remercia l'univers quand celui-ci fut brusquement étouffé. Il tenta un remussage des familles dans l'oreiller, uniquement pour découvrir que l'oreiller en question était bien trop dur et rigide pour son état semi-éveillé. Mais il était trop fatigué pour faire autre chose que gémir encore d'agacement. Il était éreinté, il avait mal partout, surtout aux côtes, et en dépit du truc froid sous lui, il allait se rendormir aussi sec sans bouger le moindre muscle dans l'idée d'améliorer la situation.

Il réussit cependant à entendre le claquement de langue agacé au-dessus de lui, typiquement Kacchanien, puis l'oreiller dur fut remplacé par bien plus moelleux, parfait pour sombrer à nouveau.

Deux heures plus tard, selon son horloge interne, et une odeur de café dans le nez, il émergea finalement de ce qui était ni plus ni moins qu'un évanouissement de fatigue – pour tomber sur l'air amusé de Kacchan, face à lui.

« Bien dormi ? »

Au lieu de répondre, Izuku fronça nez et sourcils en réalisant qu'il s'était endormi sur la table de la cuisine, et il tendit la main vers la tasse de café posée à son attention, de l'autre côté du sweat que Kacchan lui avait glissé sous la tête à la place de son ordinateur. Ledit ordinateur était soigneusement plié et décalé, de même que ses notes que Kacchan avait réussi à déplacer sans bouger leurs ordres d'un millimètre. Une précaution d'autant plus dommage qu'il allait devoir brûler ce qu'il avait écrit, par souci de discrétion – enfin, une fois qu'il aurait tout rapatrié sur l'ordi.

« T'avais déjà rempli cinquante pages Word, quand j'ai enlevé le pc. Et oui, » renchéri directement le blond en le voyant ouvrir la bouche d'un air inquiet, « j'ai effacé tous les « rrrrrrrrrrrrrrrrr » avant d'enregistrer ton document. Deux fois. Bois ton café et réveille-toi, on part pour l'hôpital dans une heure. Tu veux à bouffer ? »

Ça faisait vachement de mots à la suite, surtout dans le brouillard mental que la première gorgée de café n'arrivait pas encore à dissiper, mais Izuku acquiesça, perdu. Le goût pâteux dans sa bouche s'attardait plus que de raison, ses vertèbres semblaient plus raides encore que l'attitude coincée de Kacchan et son dos était déjà en train de remplir des documents de protestation. Il avait le souffle court en raison de la douleur de sa cage thoracique, et mal à la tête, aussi, mal aux yeux que les heures d'écran avaient proprement bousillés, ce qui pouvait aussi être expliqué par le manque de sommeil.

Il sirota la moitié de sa tasse, abruti de fatigue, laissant l'agitation de Kacchan envahir la cuisine en achevant de le réveiller au passage. Il avait tout de même dû réussir à dormir plus que lui, ou dans de meilleures conditions, pour avoir une telle énergie. Comme toujours, le blond jura à chaque contrariété, ne s'interrompant que pour filer des bouts de beurre ou de viande à un Prince Carnage sage comme une image, collé à son maître, et lorsque Izuku arriva enfin à ouvrir un deuxième œil, une assiette débordant de nourriture atterrit devant lui. Littéralement, puisqu'il dut rattraper un bout de jambon échappé sur la table avant que Prince Carnage ne le récupère sur le sol.

« Heu, tu sais ça… ça fait beaucoup, Kacchan. J'ai pas ton appétit. »

« « Oh merci, Kacchan, de m'avoir fait mon petit-déjeuner alors que j'ai roupillé comme un bienheureux sur mon pc, c'est gentil ! » Mais de rien, sac à merde, mon plaisir ! » houspilla Kacchan en tirant la chaise en face d'Izuku pour s'y asseoir à califourchon, dossier contre son torse. « C'est pour nous deux, fais pas chier. » À moins que tu commences à faire comme Eijirô en gardant ton assiette ? »

« Y'a peu de chance que j'arrive au bout de celle-ci ! Tu veux un bout de pain ? » proposa Izuku, piochant de sa fourchette dans l'amoncellement de jambon, riz vinaigré et œufs brouillés encore fumants.

Son meilleur ami ne s'embarrassa pas d'une réponse en arrachant un bout de pain si imposant qu'il eut été plus exact de dire qu'il laissa une unique tranche sur la table et s'attaqua à dévorer le reste en accompagnement de ses œufs. Izuku avait beau être habitué, son estomac se souleva en voyant la quantité ingurgitée en face de lui, plus proche de la petite montagne que d'une cuillerée normale. Et le blond trouva tout de même le moyen de cracher, entre deux sessions d'étouffement :

« Grouille-toi, t'as plus que trente-cinq minutes avant qu'on lève le camp ! »

« Eij nous attend ? »

« Yep. Je lui ai dit que tu dormais, il paniquait un peu de ne pas avoir de réponse. Il avait un rendez-vous avec la chirurgienne, ce matin. »

« Pour vérifier son œil ? »

« Apparemment. C'est pas comme s'ils lui branchaient déjà constamment dix mille machines pour « vérifier », hein ? »

« T'es ronchon ? » tenta Izuku, glissant discrètement un deuxième bout de jambon à Prince Carnage sous la table. Expert dans l'art, le chien réussit l'incroyable tour de chopper l'offrande sans faire claquer une seule dent, tout en silence furtif.

« J'vois pas pourquoi je serais ronchon. »

« À quelle heure ils réveillent Kam ? » persifla-t-il, désagréable exprès pour permettre à Kacchan de lui grogner dessus une partie de sa tension, et guère déçu du résultat vu le grondement qu'il se murgea.

Diplomate, il laissa couler en même temps que sa question. De toute façon, Kacchan était présentement en train de réévaluer son attitude au regard de sa mauvaise humeur, à en croire le froncement de sourcils spécial introspection, et il ne rouvrirait la bouche que lorsqu'il aurait fini d'en faire le tour. À la place, Izuku continua de picorer sa part de nourriture, de plus en plus réduite au fur et à mesure que le blond dégommait littéralement le contenu de l'assiette. Le dernier bout d'œuf, cependant, fut pour un Prince Carnage refait de pouvoir lécher et re-lécher les doigts d'Izuku jusqu'à en ôter la moindre trace de gras, au milieu du soupir résigné de son maître :

« Vous me le pourrissez, à force de le gâter comme ça. »

« Qui c'est qui lui filait des bouts de nourriture quand il cuisinait ? »

« C'est pas pareil ! Et contredis-moi encore une fois sur l'éducation de mon chien et t'iras te chercher tes petits-déjeuner au McDo tous les matins ! »

Il s'efforça de ne surtout pas laisser échapper le moindre sourire face à l'air rebiqué de Kacchan, si peu crédible en train de se pourlécher les doigts avec un acharnement au moins égal à celui de Prince Carnage.

« T'étais sur quoi, hier ? »

« Un énième dossier absurde de complexité... » soupira Izuku, dépité d'y repenser et de sentir malgré lui sa gorgée de café se ternir dans sa bouche. « Pourquoi ? »

« Ça avait l'air d'une liste... »

« Tu l'as lue ? »

La tentative d'en parler sans y toucher de Kacchan tomba à plat, coupée nette par l'abrupte franchise d'Izuku et dans la façon dont son meilleur ami lui lança un regard furtif, il eut sa réponse. « Kacchan ! »

« Mais quoi ?! T'étais en train de dormir dessus, j'ai juste voulu retirer ton pc et c'est pas de ma faute si j'ai vu le titre ! »

« Oh, Kacchan... » soupira-t-il, épuisé d'avance – à moins qu'il n'ait jamais cessé de l'être. « Ça veut pas dire grand-chose, tu sais, et… »

« « Récapitulatif des personnes arrêtées susceptibles d'être porteuses de la Morsure », c'est plutôt explicite, si tu veux mon avis. » grommela Kacchan à mi-voix, se faisant pourtant assez petit pour fuir le regard noir d'Izuku.

« Explicite, mais pas exploitable ou compréhensible pour le moment ! » Déjà, tu sais pas qui a rempli ce document, si c'est fiable, si c'est à jour, sur quels critères ils se basaient pour le remplir, bref, tu sais pas le contexte autour et je te rappelle que c'est mon job de tout lire et d'analyser pour en faire une synthèse et… Et j'ai pas eu le temps de lire ! Tu sais très bien que si on sort une info de son contexte, ça peut devenir n'importe quoi. La dernière chose dont on ait besoin, » rappuya-t-il avec le plus sévère froncement de sourcil que sa fatigue lui permette, « c'est que tu sois stressé comme pas possible parce que t'as compris un truc de travers sur un document ! »

« Y'avait le type qui a mordu Eij, dessus. »

« On croirait vraiment que tu m'écoutes pas, c'est fou ça ! Et je sais pas, pour l'agresseur d'Eij, j'ai pas vraiment eu le temps de lire tout le document et comme je suis parti du début de la liste, à savoir les plus anciens… De toute façon, je serais incapable de te répondre. Y'a les photos de toutes les personnes arrêtées, mais comme j'ai jamais vu la gueule de ce type, je suis pas certain de... »

« C'était pas une question, Izuku. » rectifia doucement le blond, abandonnant pour de bon ses derniers faux-semblants. Il avait quelques années de plus, ou une dizaine d'heures de sommeil en moins, selon l'angle, quand il planta enfin son regard dans le sien. « Y'a les dates des arrestations et… Et le motif. Y'a le type qui a mordu Eij. C'est le dernier de la liste. »

Izuku ferma les yeux, incapable de supporter l'intensité des prunelles écarlates sur lui, avec l'immensité qu'elle charriait. Il savait le réflexe inutile au possible, comme s'il pouvait réellement fuir la réalité dans l'obscurité de son propre corps, mais il ne bougea pas d'un centimètre quand il rouvrit la bouche, maudissant sa voix tremblante :

« Le… La même conclusion que les autres ? »

« Ouais. »

Il ne voulait pas y penser. Pas là, avec le halo de mèche ébouriffé de Kacchan en face de lui, pas avec la journée devant eux, pas avec Eijirô qui attendait leur venue pour le tirer de l'ennui et des douleurs de ses blessures, pas avec Kam réveillé ce soir… Il n'en avait pas la force.

« On leur dit ? » glissa Kacchan, insensible à ses états d'âme – ou tout simplement déterminé à crever l'abcès une bonne fois pour toutes.

« Je crois qu'on est censé avoir retenu la leçon sur le concept de mentir à nos hommes, non ? »

« J'parle pas de pas leur dire, andouille ! Je demande juste si on leur balance le truc maintenant, genre... aujourd'hui ? »

« Je pense pas que Kam soit en état, mais Eij... »

Eij allait hurler. Ou péter un des barreaux de son lit, ou décider dans la foulée que la meilleure chose à faire, c'était de rassembler tout son petit monde le plus vite possible et les enfouir six pieds sous terre en gardant férocement l'entrée de son terrier pour être certain que pas même un rat ne puisse passer. Kacchan soupira, ses baguettes jouant avec un grain de riz oublié sur le bord de son assiette :

« Boule de poil va finir par nous enfermer dans un bunker, avec ça. »


« Vous êtes sûr que vous voulez rien ? »

« Non, merci. Je vais l'attendre. » répéta Izuku pour la sixième fois, au moins, à l'infirmier désolé de la situation qui ne cessait de venir voir s'il avait besoin de quoi que ce soit. Et ça faisait six fois qu'il résistait à l'impulsion enfantine, débile, de sortir un acide « À moins que vous ayez un moyen de remonter le temps sous le bras... ».

Il se força à réguler sa respiration pour éviter un énième soupir, et se reconcentra sur le bout de ses chaussures. De toute façon, il ne pouvait rien faire d'autre à part tendre l'oreille dans l'espoir d'entendre Kam ou Kacchan, et il était hors de question de violer leur intimité de la sorte.

Un quart d'heure plus tard, alors qu'il détricotait mentalement la vingt-quatrième couture de nylon sur l'arrondi gauche de sa chaussure droite, très différente de la surpiqûre en nylon tressé sur le pourtour de la basket n'est-ce pas, la porte de la chambre de Kam s'ouvrit sur un Kacchan visiblement à bout de nerf. L'infirmier qui revenait pour la septième fois voir ce qu'il se passait sembla vouloir dire quelque chose, puis son instinct de survie l'emporta quand il croisa le regard de Kacchan et il fit un demi-tour des familles absolument impressionnant.

« Kacchan ? » tenta Izuku en se levant précipitamment, inquiet de voir son meilleur ami le rejoindre en deux pas sans daigner ouvrir la bouche. « Ça va ? Comment ça c'est passé ? »

Kacchan réceptionna les questions du même silence épais qui semblait lui avoir rongé la voix depuis qu'il était entré dans la chambre de Kam, oppressant au possible et Izuku sentit sa gorge se serrer et la température baisser d'au moins dix degrés.

« Tu… Tu veux en parler ? »

Bien pire que toutes les réponses du monde, la seule réaction qu'il eut fut un court reniflement. De quoi esquisser toute la peine et l'angoisse en train de le noyer, puis Kacchan haussa les épaules et lui fit signe du menton de passer devant. Izuku hésita d'une envie de tendre la main pour attraper la sienne, là où un tremblement fissurait son apparente immobilité, mais au moment où il esquissait un geste, un second mouvement de menton l'arrêta sec. Avec un pincement désolé des lèvres, il capitula, et quand ils passèrent dans le couloir principal, il sentit les doigts de Kacchan saisirent brièvement son t-shirt, comme un enfant perdu. Il lui fit la grâce de ne pas se retourner sur le brusque raclement de gorge dans son dos.

Et pria pour que les trois minutes qu'ils mirent à rejoindre la chambre d'Eijirô suffisent pour lui permettre de recomposer une expression neutre à défaut de sereine, histoire de ne pas se faire lever immédiatement par le roux. Il lui suffit de capter une fraction de seconde son regard, lorsqu'il ouvrit la porte de la chambre d'Eij, pour ravaler ses espoirs et ses prières.

« Vous revenez tôt. » constata Eij avec son habituel sourire lumineux, mouché sitôt qu'il aperçut l'air sur le visage de Kacchan, presque moins avenant qu'une porte et tout aussi silencieux quand il se laissa tomber dans le fauteuil à côté du roux. « Alors ? »

« Hé bien ça… ça s'est passé... » tenta Izuku, déchiré entre l'envie de se faire plus petit qu'une souris et la nécessité d'entamer le dialogue avec Kacchan. Enfin, tenter d'entamer le dialogue, puisque celui-ci considéra l'idée de lui répondre une bonne trentaine de seconde, avant de se relever d'un coup :

« Tu sais quoi ? J'vais nous ramener des cafés. »

Peiné de cette rebuffade, quoique guère surpris, Izuku le regarda repartir avec l'exact même empressement qu'il était revenu, mains dans les poches et épaules haussées de sorte à rebuter quiconque songerait à lui adresser la parole. Le claquement sauvage de porte refit osciller la perfusion, qu'Eij arrêta d'un simple geste au niveau de la perche, désormais aussi habitué que désabusé.

« À ce point ? Pire que de savoir qu'on va finir à la fourrière tous les deux ? » chuchota-t-il, humant l'air un peu plus franchement au passage et il éternua avec tellement de force qu'il eut l'air de s'ébrouer, dérangeant un peu plus sa coiffure ratée du jour – un chignon lâche que les allers-retours sur l'oreiller défaisaient lentement mais sûrement.

Attendri de ce détail, Izuku déposa ses affaires sur le côté de ce qui était désormais sa chaise, à la droite de son homme, et se pencha pour l'embrasser, prolongeant le baiser un peu plus que nécessaire, mais il était incapable de résister à la chaleur rassurante d'Eijirô. Un truc qui lui semblait éternel, et il se laissa couler dans la douceur de la main de son amoureux sur sa joue. Se détacher de lui pour s'asseoir précautionneusement sur le coin du lit lui glissa un froid intense dans la gorge, pas autant que lorsqu'il se lança en trifouillant du bout des doigts le drap sous lui :

« Tu n'as pas idée… J'avais pas le droit de rentrer dans la chambre, et je suis resté devant la vitre juste le temps de voir le réveil de Kam et… Il était… »

Les mots s'étouffèrent dans l'arc qu'avait fait le corps de Kam sous la douleur, une tension si vive qu'il avait eut l'impression, même à trois mètres et une vitre de distance, d'entendre le grincement de ses dents. Eij haussa les sourcils, en sentant littéralement le souvenir affleurer entre eux et pencha la tête dans ce tic qu'il avait pris de son loup, glissant malgré lui une touche affreusement comique à sa réaction.

« Il avait tellement mal… Je sais, je sais qu'on nous l'avait dit et que c'est normal, c'est l'organisme qui se réajuste, mais je m'attendais pas à ça… Pas après... »

« Après moi ? » tenta Eijirô, sa main entrelaçant ses doigts à ceux d'Izuku pour le faire lâcher le drap martyrisé tout en douceur. « Amour, je suis pas un exemple… Déjà, ils ont très bien pu mettre une dose moins forte d'antidouleur à Kam le temps de la procédure de réveil, et puis moi… Enfin, moi et Kacchan on encaisse beaucoup mieux les choses, mm ? »

« Je sais… J'espère juste… Autre chose, pour lui et Kacchan... »

Ils échangèrent un regard assez lourd pour laisser le bip-bip des machines recouvrirent leurs inquiétudes et leurs remarques, de toute façon inutiles. De toute façon, la bonne dizaine de scénarios qui défila dans l'esprit d'Izuku, alors que son regard se perdait sur son écran – brouillé par une bouffée de stress, n'était pas mieux. Kam aurait pu ne pas se réveiller du tout, ou trop se réveiller et devoir être rendormi dans la foulée, agonir l'univers entier d'injure piquées à son mec, hurler de rage sur ce dernier ou pire, refuser tout bonnement de voir Kacchan. Entre autres.

« Tu veux bien nous laisser ? »

Izuku releva la tête en fronçant les sourcils, surpris de rencontrer une moue décidée sur le visage d'Eij, et il ouvrit la bouche en se faisant prendre de vitesse par son homme :

« Je crois qu'il a plus besoin de quelqu'un qui écoute que de quelqu'un qui pose des questions. »

« Je sais écouter ! » protesta-t-il, presque vexé de ce qui était la seconde rebuffade en beauté de la soirée.

« Mais tu vas attendre qu'il parle comme si tu surveillais du lait sur le feu. Tu sais bien, tu vas prendre ton air catastrophé-pincé et ça va tellement l'énerver de se faire rappeler qu'il est de mauvais poil, et surtout pourquoi il est de mauvais poil, qu'il va se renfermer comme un escargot dans sa coquille… Mon cœur, je dis pas ça pour te faire de la peine ou te vexer, c'est juste qu'à mon avis, il a besoin d'autre chose. »

« Je peux très bien être silencieux et ne pas prendre mon air catastrophé-pincé ! Regarde, je me mets au fond de la pièce et j'attends que... »

« Amour. » le gourmanda Eijirô, avec cette manière d'esquisser un sourire propre à lui retirer toute volonté tant ça dégoulinait d'amour. « Est-ce que tu veux bien me laisser moi aussi faire mon taff de meilleur ami ? »

« Mais ça n'a rien à voir... »

« Et arrêter de tout prendre sur toi comme si tout était tout le temps de ta faute, au passage ? » haussa la voix le roux, sans cesser de sourire une seconde face à sa bouderie. Touché.

Et puis, comment résister, avec ce mélange parfait d'amusement et d'attendrissement dans la voix d'Eijirô pour que l'idée même d'être vexé soit inenvisageable ? Il était décidément bien faible face au sourire de son fiancé, et le pire, c'est qu'il n'était même pas capable de lui en vouloir le moins du monde d'user de cette arme pas si secrète contre lui. Izuku capitula donc en remballant son ronchonnage, et avec la meilleure mauvaise volonté possible et un gémissement en raison de la protestation de ses côtes, il se repencha pour voler un baiser au sourire attendri d'Eijirô. Maudit soit-il. L'ordi récupéré sitôt levé, il se dirigea vers la porte au moment exact où Kacchan la rouvrait, encombré des cafés. Le blond n'eut qu'à jeter un coup d'œil à sa dégaine pour sortir son meilleur froncement de sourcil pas content :

« Qu'est-ce que tu fous ? »

« Je vais trouver un endroit plus calme où bosser, les machines d'Eijirô me rendent cinglé avec le manque de sommeil ! » biaisa Izuku, en lui prenant d'autorité le gobelet fumant des mains, qu'il agrémenta d'un sourire. « Je vous retrouve tout à l'heure ! Et pas d'excès de caféine, tous les deux. Ni de clope ! »

Décidé à battre de vitesse questions et mauvaise humeur, Izuku s'éclipsa précipitamment devant l'accentuation du froncement de sourcil de Kacchan, celui qui signifiait la suspicion la plus légère. Ce n'est qu'une fois dans le couloir, porte refermée derrière lui, qu'il laissa échapper un sifflement dubitatif en réajustant son équilibre, histoire d'éviter de renverser sa tasse de café.

La cafétéria, c'était hors de question, trop bondée. On allait l'aborder toutes les deux minutes pour lui demander des nouvelles, l'état de santé d'Eijirô ou de Kam, ça allait finir par le faire mourir de crise cardiaque. Les salles de repos étaient inenvisageables, déjà parce que réservées au personnel hospitalier et bien trop occupées pour ce qu'il devait faire. La salle d'attente étant ouverte aux journalistes, il ne lui restait à ce stade pas dix mille options.

Un quart d'heure plus tard, doté d'une gourde de café supplémentaire volée à la cafétéria de l'hôpital à l'aide d'un sourire, lequel lui avait également valu un sandwich douteux, Izuku poussait la porte du service des grands brûlés un étage au-dessus. Sa superficie conséquente, pire qu'essentielle lors de la guerre quand Dabi était encore en vie, était désormais heureusement excédentaire dans cette période apaisée et il n'eut pas la moindre difficulté à dénicher une aile désaffectée, remplie au fil des mois de matériel stockés là à la va-vite. Ainsi qu'une banquette oubliée où se poser précautionneusement. Pas hyper pratique vu la courbure de trouver une position assez confortable pour ne pas hurler de douleur à chaque mouvement, mais il s'en débrouillerait. De ça, comme de la température bien plus élevée que la norme, eu égard à l'extrême sensibilité au froid que les brûlures déclenchaient chez les pauvres victimes.

« Bon, reprenons cette étude... »

Et il y mit une bonne volonté qui dépassait de loin ses capacités et sa fatigue, recommençant la lecture depuis la préface sans se lasser. Il tenta même de continuer celle-ci sans s'arrêter au fameux tableau descriptif des comptabilités entre groupes sanguins et porteur de la Morsure, mais il dut reconnaître, au bout de six pages enchaînées avec difficulté, il ne suivait plus du tout. Le souci était que s'il n'assimilait pas la base de cette foutue comptabilité, il était tout bonnement incapable de décortiquer les mécanismes génétiques et organiques en jeu derrière, tout simplement. Et ce putain de tableau qui était une purge absolue avec des courbes partout, alors qu'il aurait suffi de mettre les groupes sanguins en haut et le porteur de la morsure sur le côté pour cocher les possibilités, mais non, bien évidemment ! Il avait fallu que l'auteur de la thèse fasse son malin et bidouille des graphiques pour prouver qu'il savait utiliser ses données de manières scientifiques !

Izuku soupira, s'étira la nuque avec l'impression de prendre dix ans à chaque minute passée sur ces putains de dossiers qui finissaient tous par le rendre chèvre. D'un coup d'œil, il vérifia qu'aucun sms d'Eij ou de Kacchan ne l'autorisait à revenir et, dépité, se força à avaler une lampée encore trop brûlante de café, grignoter un bout de sandwich immonde en grimaçant. C'était clairement pas le même niveau que la cuisine de Kacchan…

Avec résignation, il nota de sa main libre la nécessité de rechercher les groupes sanguins et les comptabilités entre ceux-ci, une entreprise qu'il prévoyait plus ardue que prévu vu la complexité du sujet. En fait, c'était rageant : il était au meilleur endroit possible pour poser ses questions à des professionnels compétents, et il était dans l'incapacité de le faire !

« Je me disais bien que je te trouverais dans le coin. »

La voix tombée du ciel le fit hurler, tout bonnement, et éclater sa gourde au sol dans le mouvement de surprise. Heureusement qu'elle était soigneusement close, pas une goutte de café n'éclaboussa Aïzawa-senseï lorsqu'il subit la réaction de son ancien élève stoïquement, plus amusé qu'autre chose.

« Vous m'avez terrifié ! » lui reprocha ledit élève, le cœur en vrac et le souffle court. Terrifié était même en deçà de la vérité, à en croire son rythme cardiaque et il grimaça en sentant l'adrénaline refluer pour laisser toute liberté à la douleur de ses côtes brisées d'envahir son organisme.

« Désolé. » s'amusa Aïzawa, et Izuku profita allégrement du fait qu'il se penche pour ramasser la gourde à ses pieds pour faire disparaître les dossiers de son écran, verrouiller l'ordinateur et récupérer la clé usb en usant d'une pointe d'alter. Juste ce qu'il fallait pour qu'Aïzawa se relève, gourde en main, au moment où il dissimulait la clé usb au creux de la bague, le plus discrètement possible. Et en priant que l'infime volée d'étincelles vertes se confonde avec les teintes verdâtres du couloir, même si l'esquisse de sourire en face de lui n'était pas dupe.

« Tu me fais une place ? »

Complaisamment, il se poussa sur sa banquette et proposa un peu de café, aussitôt refusé par son professeur en voyant l'état passablement douteux dudit café.

« Alors, tu tiens le coup ? »

« À peu près… Mieux qu'Eij ou Kam, en tout cas. »

« Connaissant ton caractère, tu dois t'en sentir responsable. » commenta Aïzawa-senseï dans une simplicité non-dénudée de tact, qu'il agrémenta d'un demi-sourire. « Est-ce qu'ils t'ont déjà fait leurs discours pour te convaincre que ce n'est pas de ta faute ? »

« Kacchan et Eij, oui. »

« Denki te fera le sien sitôt réveillé. Je suis passé le voir, et son équipe médicale est optimiste. Il ne devrait pas y avoir plus de complication et s'il s'applique dans sa rééducation, ça devrait être l'affaire de quelque mois. Je me suis permis de demander à Mirko de passer le voir, quand il sera un peu plus... »

« Réveillé ? » tenta Izuku en notant l'hésitation étrange de leur ancien professeur, lequel haussa les épaules :

« J'allais dire « sur pieds », mais ça aurait été de mauvais goût. Réveillé, c'est bien. »

C'était une bonne idée, et une attention adorable de la part d'Aïzawa-senseï. Avec son caractère entier et à toute épreuve, Mirko était susceptible d'arriver les bras chargés de plans concoctés par son ingénieur personnel, prête à proposer des esquisses de prothèses sportives à Kam. Un peu d'optimisme ne leur ferait pas de mal, dans toutes leurs emmerdes, et il se promit d'avoir un mot avec la pro-héro décorée avant qu'elle ne mette en tête de Kam la possibilité d'une prothèse avec roller intégré – laquelle signerait définitivement la fin de leur tranquillité tant Kam ne se priverait pas d'une seule occasion de l'utiliser. Il serait même capable de se faire amputer le second pied si ladite prothèse lui permettait de switcher sur des rollers en un claquement de doigts, songea-t-il avec un sourire doux-amer qu'Aïzawa lui fit la gentillesse de ne pas relever.

« C'est vraiment gentil de votre part d'être passé prendre de ses nouvelles et… Et faire ça pour lui. Merci beaucoup. »

« C'est normal. Et je suis venu prendre de vos nouvelles à vous quatre, déjà, pas que celles des blessés. J'ai aussi pensé que tu apprécierais peut-être d'avoir quelques informations sur le loup qui vous a agressé. »

Décontenancé par l'offre, Izuku ne put s'empêcher de jeter un bref coup d'œil vers le couloir toujours désert, presque pas rassuré de ne pas y voir une activité humaine. Ni de caméra, d'ailleurs, ce qu'il n'avait rien d'étonnant vu que le couloir servait à moitié de débarras – la sécurité de l'établissement laissait vraiment à désirer, mais il n'allait pas s'en plaindre.

« Je croyais qu'en tant que suspects, on n'avait pas accès au dossier… »

« Au dossier, non, bien entendu, mais une conversation informelle avec ton ancien prof, c'est pas tout à fait le dossier, n'est-ce pas ? » murmura Aïzawa-senseï dans un sourire qui n'atteignait pas ses yeux, sans attendre la moindre réponse, « On a mis un peu de temps à retrouver de l'ADN exploitable, merci Katsuki, mais votre agresseur était une certaine Kathy Favren, qui a été… »

« Mise en cause et témoin dans une attaque, dans les années 1985, je me rappelle. J'étais allé l'interroger au cours de mes recherches… »

« Puisque tu n'avais aucun moyen d'avoir accès à cette information, je n'ai absolument rien entendu. » commenta sobrement son professeur, et cette fois, son esquisse de sourire était sincère. « Mme Favren était sous protection judiciaire et policière depuis cette attaque, en tant que témoin oculaire – une protection… particulière, dirons-nous. Le croirais-tu, mais si elle avait le titre officiel de protection de témoin, toutes les caractéristiques étaient celles d'une surveillance accrue pour suspicion de meurtre et possible mise en danger de la société. Selon la formule consacrée. »

« Une sacrée différence de traitement… Et une incohérence que personne n'a jamais relevée dans les dossiers administratifs, j'imagine ? » persifla-t-il sans pouvoir s'en empêcher, caustique à concurrencer Kacchan dans un de ses meilleurs jours.

« Si quelqu'un l'a fait, ça a été étouffé en haut lieu… Je suppose qu'on ne saura jamais, puisque l'Agence de renseignement a fait savoir, à peine vingt-quatre heures après l'attaque dans ses locaux, qu'elle « découvrait » cette erreur. Et qu'elle en était bien désolée. »

Izuku retint in-extremis le commentaire acerbe qui lui monta aux lèvres, par respect pour les risques que prenaient Aïzawa-senseï dans cette conservation tout sauf anodine. Et garda le silence en laissant celui-ci continuer du même ton bas et sobre, comme s'il ne lui parlait que de la pluie et du beau temps :

« Kathy Favren a vraisemblablement été mordue peu de temps avant l'attaque dont elle prétendait être témoin, dans le parc, et de fait, contaminée par cet alter de transformation que le gouvernement appelle la Morsure. Ce meurtre était sans doute de sa faute, j'imagine… Avec sa mort, impossible de savoir les circonstances exactes, mais je penche pour l'idée qu'il n'était pas prémédité, et qu'elle a dû fournir aux autorités un faux témoignage pour brouiller les pistes de son mieux. »

Ce qui collait parfaitement avec ce que Kathy lui avait confié elle-même, lorsqu'il était allé l'interroger, et les bribes d'informations qu'elle leur avait jetées dans l'espoir de faire bouger Kam de devant l'ordinateur. L'espace d'un instant, Izuku se représenta la situation qu'elle avait dû vivre, adolescente et porteuse d'un alter hyper-sensible aux émotions, seule dans un poste de police à être interrogée selon des méthodes qui auraient fait passer les interrogatoires modernes pour des comédies destinées aux enfants. Qu'elle ait réussi à tromper son monde et à en ressortir avec pour seule conséquence une surveillance pour suspicions d'homicide était un miracle. Il n'était même pas certain qu'Eijirô soit capable de se contrôler de la sorte, avec presque dix ans de plus qu'elle – et il n'osait même pas songer à Kacchan.

« Ils l'ont quand même laissé repartir ? »

« Sans preuves réelles, qu'est-ce qu'on pouvait faire de plus ? Ils ont quand même demandé une surveillance, cela dit. Et d'après les dossiers, celle-ci a été maintenue alors qu'il n'y a jamais eu la moindre preuve supplémentaire que Kathy était autre chose qu'une adolescente s'étant trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Enfin, jusqu'à l'attaque de l'Agence... Ils ont fait une perquisition chez elle, ce matin. Outre une quantité hallucinante de matériel informatique soigneusement caché, on a retrouvé une bouteille en verre avec des traces d'acide au niveau du goulot, en dépit des nettoyages qu'elle avait dû faire pour effacer toutes preuves. »

« L'acide… Le même que celui utilisé dans la ruelle à proximité de l'Agence ? »

« On a pas encore pu faire des tests, mais comme il n'y a pas trente-six mille sortes d'acide capable d'endommager l'ADN, oui, le même. Vu l'état de la rue, elle a sûrement été attaquée par quelque chose ou quelqu'un, mais elle a fait en sorte de rendre son identification impossible. On n'a pas encore déniché de dossiers ou traces de recherche à son domicile, mais d'une manière ou d'une autre, elle devait savoir que son alter de transformation était décelable par test sanguin. Et tenir à son anonymat, visiblement. » commenta Aïzawa-senseï sous le hochement de tête songeur d'Izuku, dont l'esprit se tendait à la recherche d'une manière de rebondir sur cette information sans paraître trop suspect. Impossible d'informer son professeur que si Kathy avait aussi bien effacé ses traces, c'est parce qu'elle comptait utiliser un tout autre loup en guise d'appât. Ni que du coup, tout son plan serait tombé à l'eau si on avait pu déceler son ADN dans cette ruelle.

Et si le risque d'être découverte qu'elle avait pris semblait immense, en fait, quand Izuku y songeait, c'était logique qu'elle avait tenté de tuer Kacchan à ce moment précisément. Comme tous les Japonais, elle devait suivre son intervention avec Kam aux infos – qu'ils avaient fait outrageuse au possible pour détourner l'attention de tout le monde exprès, comme deux beaux imbéciles. Il n'y avait pas meilleure occasion d'essayer de tuer Kacchan, le plus « jeune » et donc inexpérimenté sous sa forme de loup, en espérant que son cadavre suffirait à détourner toute l'attention des autorités et des journalistes le temps qu'elle efface son dossier à l'Agence. Si Eijirô n'était pas intervenu en ôtant son effet de surprise, Kathy aurait sans doute réussi à créer une diversion absolument parfaite qui les aurait neutralisés par la même occasion : Kacchan mort, ils n'auraient jamais songé à reprendre l'enquête, ni même pu le faire dans leurs chagrins. Qu'elle les file ensuite jusqu'au sein de l'Agence n'avait été qu'une manière magistrale de s'adapter à leur plan pour arriver à ses propres fins.

En dépit de toute la haine qu'il lui vouait, Izuku ne put s'empêcher d'admirer ses capacités de réflexion absolument prodigieuse, couplées à une réactivité d'une efficacité rare. La Morsure n'avait aucune influence sur ces qualités, mais malgré elle, Kathy était l'exemple le plus pertinent de la dangerosité de cet alter transmissible s'il infectait une personne capable de tout. L'explication qu'attendait le gouvernement pour justifier sa politique d'extermination.

Le mouvement interrogateur d'Aïzawa le ramena subitement à la réalité et il s'éclaircit la gorge, un peu perdu dans la conversation qu'il relança de son mieux – et en espérant ne pas être trop à côté de la plaque :

« Mais heu… Si elle a pris soin d'effacer ses traces dans cette ruelle, pourquoi avoir attaqué l'agence ? Si elle voulait être réellement discrète, » appuya-t-il d'une fausse moue dubitative, « il suffisait de renoncer à son attaque ? Ou d'attendre que l'agitation retombe... »

Son professeur ne répondit pas, resta immobile, le regard perdu dans le fond du couloir où passait un infirmier si éreinté que sa fatigue se voyait dans le moindre de ses gestes. Aïzawa-senseï attendit que le pauvre homme réussisse à ouvrir la porte de ce qui semblait être une salle de repos, puis baissa encore davantage la voix sans toutefois daigner regarder son ancien élève :

« Tu veux mon opinion ? »

Izuku acquiesça par pure réflexe, alors qu'Aïzawa ne semblait pas avoir besoin dune quelconque réponse pour enchaîner :

« Je crois que Kathy Favren a travaillé clandestinement toute sa vie à se libérer de la surveillance gouvernementale dont elle faisait l'objet. À mon avis, elle devait parfaitement savoir que ses données personnelles, et donc la cause de sa surveillance, se trouvaient stockées à l'Agence des Renseignements vu la sensibilité du sujet. En même temps, quand on sait que cet alter se transmet par morsure et qu'on en a jamais entendu parler dans le grand public, c'est pas difficile d'en déduire qu'il y a une censure gouvernementale stricte, non ? Tu es bien arrivé à cette conclusion tout seul et en quelques jours, alors imagine des années… Tout ça pour dire que je pense qu'elle a dû attendre l'occasion de s'infiltrer dans l'Agence un sacré bout de temps, avant de décider qu'elle allait devoir fabriquer celle-ci de toute pièce. Ça m'étonnerait pas que ce soit elle qui ait été aperçue, sur le toit de l'hôpital, car on a jamais retrouvé des preuves utilisables du passage du loup dans les couloirs en dépit des recherches, et ça, c'est pas du travail d'amateur. C'est facile de deviner ce que fait une structure administrative aussi rigide que le Bureau des Pro-héros, et Mme Favren savait qu'ils allaient lancer tout le monde sur ses traces, absolument introuvables. Elle a peut-être même laissé des indices ici et là pour occuper les pro-héros le temps qu'elle essaie de s'infiltrer dans l'agence et d'effacer son dossier. Pour un alter comme le sien, la force seule lui aurait permis de rentrer dans le bâtiment, d'ailleurs, mais elle a sans doute essayé de faire plus discret… Quand on y pense, ça aurait vraiment été un plan parfait : elle annulait sa surveillance et disparaissait alors que le pays se mettait à chercher un loup inexistant. »

Izuku se mordit la lèvre, engouffré dans un mélange d'émotion qui ne laissait aucune place à autre chose que l'incrédulité presque désespérée face au discours d'Aïzawa-senseï en train de lui engourdir l'esprit d'un espoir absurde.

« Kathy Favren a joué de malchance en se faisant attaquer dans la ruelle adjacente, parce que non seulement elle a dû perdre du temps à nettoyer tout ça à l'acide, mais en plus sans cette alerte, vous n'auriez jamais patrouillé dans les environs le lendemain. Et vous n'auriez pas pu vous interposer quand elle a fait effraction dans les locaux. »

Son professeur n'attendait pas de réaction, et n'en eut aucune. Izuku était trop occupé à se retenir de toutes ses forces pour s'empêcher d'éclater en sanglots soulagés pour ne serait-ce que risquer d'ouvrir la bouche. Son ordi glissa sur la banquette quand il tenta de prendre une inspiration douloureuse, hachée de l'émotion contractée dans sa gorge, et sans crier gare, Aïzawa-senseï l'acheva :

« En tout cas, c'est ce que je dirai lors de mon entrevue avec l'inspecteur Utagaï, demain. »

Toute la retenue du monde n'aurait pas pu l'empêcher de jeter un regard de reconnaissance éperdue à Aïzawa-senseï, le cœur prêt à éclater de soulagement et les larmes aux yeux. C'était une chose de savoir qu'il se doutait forcément de ce qui se tramait, ou de savoir qu'il avait fait en sorte d'être présent lors de l'interrogatoire de l'inspecteur Utagaï pour l'avertir au mépris des règles. C'en était une autre de le voir les sauver de la sorte, sans hésiter une seconde.

Et qu'importe si c'était aussi inutile qu'insensé, puisque les tests sanguins allaient bientôt révéler qu'Eij et Kacchan étaient porteurs de la Morsure : subitement, Izuku avait de nouveau quinze ans et la silhouette de son professeur se dressait entre lui et n'importe quelle menace, immuable, inflexible. Infranchissable.

« Qui sait, j'arriverais peut-être à le convaincre de votre innocence, et il vous fera dédier la médaille de la sécurité intérieure ? » plaisanta doucement Aïzawa-senseï, tirant un reniflement mi-amusé, mi-étranglé d'émotion à Izuku.

« Évitez, vous allez le tuer si vous suggérez un truc pareil. »

« Quelle tragédie ce serait. » renchéri son professeur, pince-sans-rire au possible. « Vraiment, le monde ne s'en remettrait pas. »

« Vous exagérez, » renifla Izuku en tentant de lisser sa voix étrangement tremblante – sans raison aucune, n'est-ce pas ? « C'est sans doute un très bon enquêteur, même s'il est... »

« Tenace comme une tique ? »

« J'allais dire comme une sangsue, mais ça marche aussi. »

« Mmm… Heureusement pour Kathy Favren qu'il n'ait pas été chargé de son dossier à l'époque. Lui, il ne l'aurait jamais laissé ressortir comme ça. De ce que j'ai compris, elle a été relâchée en échange de son témoignage, qu'elle avait accepté de modifier à la demande de l'agent chargé du dossier des loups. »

Izuku se rappela à temps qu'il n'était pas censé avoir été interrogé Kathy, ni avoir réussi à détecter l'intervention de M. Wanise sur l'audition enregistrée de Kathy, et ferma donc sa grande bouche avant de révéler quoi que ce soit. Sans résister à transformer son inspiration en blague personnelle :

« Demander un faux témoignage, non, c'est pas le genre de la maison Utagaï… Mais comment on sait que c'était un faux témoignage ? »

Il n'avait pas voulu presser davantage Aïzawa-senseï, mais c'était plus fort que lui, sa curiosité avait glissé rien qu'une seconde. M. Wanise étant décédé, Kathy disparue, il ne devait pas y avoir de raison pour que la supercherie des instructions du premier soit révélée, normalement. Et avec surprise, il vit son professeur se rencogner un peu plus contre le mur, désabusé au possible :

« L'inspecteur en charge à l'époque, M. Wanise, a oublié de supprimer la première version de la déposition de Kathy. Apparemment, un employé nouvellement arrivé ne l'avait pas rangé là où il fallait, et M. Wanise n'a pas pu le faire disparaître lorsqu'il a déposé la nouvelle version. »

Trahi par l'administratif, si c'était pas ironique. Izuku en aurait souri, certain que Kam allait adorer ce détail que Kacchan allait commenter d'un « Amateur » bien senti, au moins. Seul Eij compatirait, peut-être, eu égard aux nombreuses heures qu'il perdait à chaque démarche administrative, jusqu'à appeler son meilleur ami à la rescousse.

« Je prends ton silence comme une intense curiosité envers les motivations de ce brave M. Wanise, » ironisa Aïzawa-senseï devant son absence de réponse, réussissant à le faire rougir d'embarras de se faire attraper de la sorte. « Tu apprendras donc que M. Wanise était le second héritier d'une fortune colossale – probablement liée à des activités illégales, dans lesquelles il n'avait sans doute jamais trempé en ce qui le concernait, mais ça ne l'empêchait pas d'avoir bien envie de récupérer le pactole des mains de son frère aîné. Il se trouve que malheureusement, l'alter de la famille était dégénératif : leur porteur se transformait tout au long de leur vie pour atteindre une forme hybride entre l'humain et tous les animaux approchés par le porteur de l'alter. Plus le temps d'exposition était long, plus ils prenaient les caractéristiques animales. Ça ne changeait rien à leurs esprits ni à leurs personnalités, mais ça pouvait sacrément impacter leurs vies et leurs capacités. Apparemment, une des blagues favorites des enfants de la famille était de cacher des crapauds près des frères, sœurs, cousins ou cousines avec cet alter, et de se moquer allégrement des verrues ou peau muqueuse que la pauvre personne récoltait. »

« Ah... Un alter pareil, mais quel enfer… »

« Tu sais, beaucoup d'alter modificatif d'apparence avaient cet effet dégénératif, avant que les alters se stabilisent d'eux-mêmes… Ou pour certains, avec un petit coup de pouce de la science. On vaccine d'ailleurs toujours les enfants présentant des modifications corporelles avec un inhibiteur léger, par sécurité au cas où la dégénérescence se réactiverait. Bref, tout ça pour dire que le frère de M. Wanise était dans un lent processus de métamorphose et qu'en étant dépourvu de cet alter lui-même, M. Wanise y a vu l'occasion parfaite de récupérer la fortune familiale. »

« Je ne vois pas exactement comment, puisque ça n'affectait pas les fonctions cognitives… »

« Mais son apparence, si. Tu connais la loi sur l'abrogation du consentement ? »

« Elle est un peu vaste, mais si je me rappelle bien, c'est au sujet des alters de transformation en créature non-humaine et la disparition du consentement aux soins sur la per… Oh. » s'interrompit-il brusquement, connectant les points en sentant un froid incongru lui couler dans le dos en dépit de la température du service. Et en remerciant l'univers d'avoir consacré autant de temps à étudier cette foutue loi à la suite de son passage chez Kathy.

« Exactement. À l'origine, elle concernait les transformations « achevées », et uniquement celles considérées comme dangereuses pour son porteur ou la population civique. Mais la loi a été copieusement amendée depuis, et désormais, elle inclut malheureusement les alters transformant leurs possesseurs en « créatures non-humaines », totalement ou partiellement. »

« Le frère de M. Wanise fait donc partie de la définition de la loi, mais… Ça changeait pas grand-chose, non ? Même sans consentement, un programme de soins psychiatriques doit s'appuyer sur des faits précis ou des actes dangereux, et vu que le frère de M. Wanise avait encore ses capacités mentales, y'avait aucune raison de l'interner... »

« L'interner non, le destituer de ses droits, oui. » précisa Aïzawa avec un pli dur sur ses lèvres, le genre qu'il abordait pour éviter de glisser une insulte. « En fait, et sans rentrer dans des détails juridiques qui m'échappent de toute manière, cette loi a été modifiée pour ne pouvoir être appliquée qu'en cas de crimes, avec quelques exceptions pour certains délits majeurs. En dehors de l'internement sans consentement du départ, hein. »

« Donc, les gens qui se retrouvent frappés par la loi sont des criminels ? »

« Presque tous, oui. Et quand ils arrivaient au tribunal, ils se retrouvent face à l'alinéa 7.2 de la loi sur l'abrogation du consentement. »

« La clause de non-capacité ? » jeta Izuku en un éclair de génie digne de Kam, et son professeur hocha imperceptiblement la tête, juste de quoi l'approuver sans s'étendre dangereusement sur le sujet.

Cet unique alinéa, qui passait presque inaperçu et qu'Izuku avait failli sauter dans sa lecture consciencieuse du texte, il le devinait désormais comme l'unique raison d'existence de cette loi : Alinéa 7.2 - La clause de non-capacité du sujet à s'auto-représenter dans les instances judiciaires. Autrement dit, toutes personnes disposant d'un alter les transformant en créatures non-humaines ne pouvaient se présenter elles-mêmes si elles étaient convoquées au tribunal. Ces pauvres gens n'avaient plus aucunes existences juridiques. Et quand on ne pouvait se présenter, il fallait être représenté. Par un avocat commis d'office, par exemple, payé grassement par le gouvernement pour que tout ce beau monde soit dirigé d'office vers des entraves chimiques, à la demande de l'homme qui avait promulgué cette loi sous couvert de sécurité publique, en montant de toute pièce une réputation monstrueuse aux loups-garous afin de discréditer les « non-humains » en général. Tout ça pour arriver à arrêter son frère aîné, et hériter de la fortune de sa famille.

Adjugé. Vendu.

C'était ignoble, mais à sa courte honte, s'il n'en avait pas entendu parler avant, c'était parce que le mécanisme était bien conçu. Qui allait s'indigner que les criminels soient traités injustement ? À part trois-quatre associations, deux personnalités politiques, et les criminels en question – que personne n'écouterait ? Et dire qu'ils avaient été choqués lors de la réunion des pro-héros suite à la vidéo d'Eijirô, choqués que des tests soient envisagés sur le loup-garou, civil ou pas, consentement ou pas ! Alors qu'il y avait des gens, dans ce monde, qui n'avaient pas la possibilité de se défendre d'eux-mêmes au tribunal, un droit qu'il avait toujours pensé inaliénable !

Mais c'était légal. Putain de légal. Et tout ça à cause d'un type cupide, qui n'avait pas digéré le hasard qui l'avait fait naître second !

« Apparemment, » acheva lentement Aïzawa-senseï d'un air pincé, « a pris une retraite anticipée le jour où son frère aîné a été arrêté pour avoir « attaqué » une employée de maison. Mais il a poussé la magnanimité en acceptant que cette arrestation soit transformée en soins psychiatriques sans consentement à domicile. »

Rectification, à cause d'un pauvre type à la con ! Dire que ce bâtard avait condamné des victimes d'un alter redoutable, et transmissible comme un virus, à la clandestinité la plus absolue pour du fric…

Écœuré, Izuku se pencha en avant, coudes sur les genoux pour endiguer la chose. Dans son état de fatigue et d'angoisse, il n'arrivait tout simplement pas à rationaliser l'absurdité qui s'était jouée des années plus tôt et qui les avait foutus, eux, dans une merde noire. Dire qu'Eij avait perdu un œil pour qu'un enculé de première vole la fortune de sa famille, que Kam… En désespoir de cause, il perdit son regard dans les irrégularités du mur en face de lui sans cesser de contrôler sa respiration, appliquant à la lettre les exercices de sophrologie en suivant des yeux les coups de spatules qui se voyaient parfaitement sur le vert clair cassé du couloir.

Aïzawa-senseï eut la délicatesse de lui accorder une poignée de minute avant de conclure, presque désolé de devoir continuer la conversation au vu des circonstances :

« Bref, M. Wanise a utilisé le témoignage de Kathy Fraven à sa guise, donc. Elle n'avait pas beaucoup le choix, il faut avouer, entre mentir ou finir arrêtée par le gouvernement… C'est presque triste, de se dire qu'elle a fait tout ça et enduré une surveillance toute sa vie pour finir par rejoindre la liste de l'Agence Nationale des personnes contaminées par cet alter. Avec le même sort que les autres, j'en ai bien peur – mais pas du fait du gouvernement en ce qui la concerne. »

Sur le mur qu'il contemplait toujours fixement dans l'espoir de juguler ses émotions, Izuku eut l'impression de voir s'afficher en noir sur plâtre la fin de la liste qu'il avait consulté la veille, celle lue par Kacchan par-dessus son épaule :

ô Hiroshi, arrêté à la suite d'une dénonciation de sa compagne. Interrogé. Euthanasié.

Mme Satô Ichiko, sœur de ô Hiroshi, arrêtée à la suite de l'interrogatoire de M. Satô Hiroshi, qui avait avoué l'avoir mordu par inadvertance. Interrogée. Euthanasiée.

Tatsurô, arrêté à la suite d'une attaque sur le pro-héros Red Riot. Interrogé. Euthanasié.

Et désormais, tout en haut de cette liste, devait se trouver le nom de Kathy Favren. Suspicions d'homicide, retrouvée lors d'une attaque sur l'agence nationale de renseignement japonais. Morte durant celle-ci.

« Je suis désolé, Izuku. » murmura son professeur, presque imperceptible tant c'était doux. « J'aurais aimé pouvoir faire plus. »

« Vous n'avez pas à l'être. Je suis pas… Merci, » se coupa-t-il de lui-même, avec l'impression d'entendre son homme lui souffler de moins s'étaler. « Merci de faire tout ça pour nous. »

« Tu n'as pas à me remercier. C'est le minimum, après ce que j'ai dû vous imposer au cours de vos études. »

Ils échangèrent un sourire éreinté d'un passé encore trop lourd à porter, qui serait toujours trop lourd, trop proche, impossible à oublier, et Izuku résista à l'envie de lui saisir la main au cas où quelqu'un repasserait dans le couloir.

« Tu sais… Je me rappelle de la première fois que je t'ai vu. Collé aux basques de Katsuki en ignorant royalement ses insultes, et lui qui ne pouvait pas te saquer tout en ne te quittant jamais du regard. J'avais mal au crâne rien qu'à vous regarder, tant j'étais persuadé que vous alliez me ramener un paquet d'emmerde, et j'avais raison. Regarde-moi, je devrais être dans mon canapé à une heure pareil, avec un bon film et un plaid, et qu'est-ce que je fais à la place ? Je crapahute dans les couloirs d'un hôpital à ta recherche pour parler d'un sujet improbable qui me coûterait ma licence et mon poste si ça parvenait aux mauvaises oreilles. »

« Désolé, professeur... »

« Bah. » s'amusa Aïzawa-senseï en haussant les épaules. « Je devrais pas être étonné. Après tout, je crois que je n'ai jamais arrêté d'être votre prof, même après toutes ces années. »

Un jour, il élèverait une statue à cet homme, un tribut bien maigre à la réalité qu'il méritait, mais le monde se devait de connaître l'immensité d'Aïzawa-senseï. Et s'il fallait qu'il utilise le moindre centime de son salaire de pro-héros, ce serait avec plaisir et fierté.

Aussi strident qu'une alarme, la faute à la fatigue de son organisme, sa sonnerie de portable brisa le silence du couloir et la fragile tranquillité entre eux en une fraction de seconde. Catastrophé d'un bruit pareil dans un établissement de soin, il se releva d'un bond, réussit à extirper le portable de sa poche arrière à grand renfort de « shhh » frénétiques sous le regard amusé de son professeur, et éteignit dans la foulée.

« Désolée, c'est… C'était Kacchan. »

« Qui demande ce que tu peux bien foutre, j'imagine. » déduisit Aïzawa-senseï, sarcastique au possible et terriblement juste, au point qu'Izuku pouffa. « Tu devrais aller les rejoindre, ou il va se mettre à passer l'hôpital au peigne fin à ta recherche. Et l'univers sait à quel point l'équipe médicale n'a pas besoin d'un Katsuki furibond sur les bras. Hé bien ? Comme si je le connaissais pas, moi aussi ! »

Izuku remballa air surpris et fou rire devant la réaction d'Aïzawa-senseï, se dépêchant d'obéir à son ordre comme lorsqu'ils se retrouvaient dans sa classe, surpris d'avoir fait une connerie. L'idée le frappa quand il pesta sur son maudit ordinateur refusant de rentrer dans son sac à dos pour une raison obscure – le trousseau de clés en plein milieu dudit sac à dos, sans doute – et il s'arrêta dans son geste, l'esprit réfléchissant à mille à l'heure.

« Aïzawa-senseï, vous… Je peux vous poser une question ? »

« Ça dépend. » tenta son professeur d'un air dubitatif doublé d'un froncement de sourcil d'avertissement, qui se détendit légèrement en voyant la prudence avec laquelle Izuku soupesait la chose. Une seconde, pas plus, puis il ressortit le portable de son sac d'un geste décidé.

« Vous vous y connaissez, en groupe sanguin ? »


C'est parti ^^ !

(MERCIII !)

Omiya : Hey hey holà ! T'es adorable de t'être inquiété pour moi, le covid m'a bien laminé (j'ai hérité du covid long, YOUHOU XD). J'ai JAMAIS tenté de lire mes propres fics sur tel plutôt qu'ordi, est-ce que ça change l'expérience O_o ?

Mmm Eij sera smexy avec des lunettes, on est d'accord XD. Ahhh je vois pour le concept de lignée de loup et tout, ça aurait totalement pu mais c'est pas ce dans quoi je me suis lancé, désolée ! (Cela dit, si un jour t'écris un truc dans le style, je lirais avec plaisir ). Mais les blagues nulles de Kam me manquent aussi, si tu savais (tellement que ses prochaines sont déjà écrites XD).

Je suis ravie que l'inspecteur te fasse rire, j'avais peur qu'il soit un peu trop antipathique vu que c'est du point de vue d'Izuku, alors qu'il a un vrai potentiel fun XD. Ha ba ils avaient pas des masses le choix pour Katsuki… Ouais ça a piqué XD.

Ba du coup, vu que j'ai dû un peu rallonger mon planning, y'a encore deux chapitres en incluant l'épilogue, voila XD. OUPS. Je suis une brèle en planification, j'te jure T-T.

Ça m'a fait super plaisir de te relire, si tu savais ! Merciii !

Yume Danlalune : Bonjour, bonsoir ! Rho merci, c'est tellement gentil de me dire que mon histoire en vaut la peine ! MERCI ! En plus j'ai honte, j'suis en retard dans mes publications, je suis tellement désolée d'être chiante et frustrante comme ça T-T.

Aaw je suis désolée pour Katsuki, je le ménage pas beaucoup dans cette fic (je ménage personne en vrai, quand j'y pense T-T). Héhéhé, que veux-tu, Kam déteint sur Izuku et ça se voit (on a tous pensé à lui quand le plan à quatre s'est ramené avec l'inspecteur XD).

Promis, la fin arrivera, je l'ai juste décalé d'un chapitre et franc, j'espère qu'elle sera à la hauteur du coup ! Merci beaucoup de ta review et j'espère que ce chapitre était correct, du coup !

StellaWhite96 : Holaa ! Hé ba ça tombe bien, LA FIN EST REPOUSSÉE XD. Voilà t'as encore un peu de temps pour te remettre de la fin de Tie the Knot (je me mets une pression comme on imagine difficilement XD).

Ouais ils dégustent un peu tous, j'ai bien hâte d'écrire leurs retrouvailles, si tu savais ! J'aime bien comment tu glisses subrepticement le « petit plan à trois pour la fin », hé ba écoute, on sait jamais hein wink-wink.

MAIS un grand clap-clap que tu ais lu ce chapitre à une heure normale, enfin ! Alors c'est la première fois que j'arrive à finir un truc aussi important que cette fic, et je doute réussir à recommencer, alors je mérite pas le grand clap clap XD. Puis je sais pas si ça vaut quelque chose, d'arriver à finir… C'est pas pour ça qu'on écrit, non ?

Encore une fois, merci infiniment pour ta review et j'ai super hâte de lire ton avis sur ce chapitre !

Boa marron : Bonjour, bonsoir, coucouu ! Oui on est d'accord, tout le monde déguste sa race dans cette fin de fic, voila T-T.

Aaaw ça me fait plaisir que la gueulante d'Izuku ait été appréciée, c'est jamais facile d'équilibrer chez ce perso ! Ah l'inspecteur peut tout faire, il est inspecteur ! Puis techniquement, il était juste dans les couloirs d'un service, rien de répréhensible (c'est tout là la cruauté de ce petit con).

Je sais, je les égratigne vraiment et c'est sans doute très sadique, j'en suis consciente (et navrée), mais ça me fait plaisir si j'arrive à émouvoir une lichette mes ! Merci de me le dire, du coup, ça fait vraiment plaisir !

Ouais alors, t'avais FULL raison, la fin ne tiendra jamais en deux chapitres, voila voila, j'ai déjà dit que j'étais une brèle en organisation XD ? DONC là, techniquement, y'a ce chapitre 24, on aura un autre chapitre (possiblement assez épais mais digeste) ET un épilogue et on sera BON. Et tkt, tout est prévu ! Bon sans spoiler je peux quand même dire que le gouvernement va pas du tout dire osef tkt, hein, clairement, pour citer un de nos bons amis : « C'est pas le genre de la maison » XD.

Merci immensément pour ta review ! Au plaisir de te relire et d'avoir ton avis sur cette suite !

Athena : Coucou ! Tu as bien fait de prendre ton temps, vu le délai entre la publication de ce chapitre et du précédent, tu as eu moins à attendre du coup XD. Merciii pour le fait que les discussions soient détaillées ! J'ai toujours peur de faire chier les gens donc ça rassure et ça fait teeellement plaisir (quelque chose me dit que sur ce chapitre, la cache « discussion » va être cochée aussi XD). C'est tellement cute de dire que cette fic est un bonbon, je suis refaite ! UNE TRÈS bonne réflexion pour Kam, mais les réponses seront apportées, j'y ai veillé XD !

Merci merci ! J'espère pouvoir te relire et merci encore ^^ !