Les jours s'enchaînaient, et une routine douce et rassurante s'installait entre Genzo et Clara. Chaque matin, Genzo partait pour ses entraînements, tandis que Clara se rendait à ses séances de psychologie et de kinésithérapie. Si ses peurs n'avaient pas complètement disparu, elle progressait à son rythme, reprenant peu à peu confiance en elle-même et en son environnement.

Avec le temps, elle avait recommencé à baisser les murs qu'elle avait érigées autour d'elle. Elle se surprenait à parler plus librement avec Genzo, à rire à ses blagues maladroites, et même à partager avec lui des anecdotes qu'elle n'aurait jamais osé confier à quelqu'un auparavant. Elle se sentait plus légère, moins sur la défensive, et Genzo, de son côté, faisait tout pour qu'elle se sente à l'aise.

Petit à petit, il devenait évident qu'il se réjouissait de chaque petite victoire de Clara.

Un soir, il l'avait emmenée au restaurant, insistant sur le fait qu'elle méritait de se changer les idées après une semaine éprouvante. Elle avait d'abord protesté, inquiète à l'idée qu'elle attirerait des regards dans un lieu public, mais Genzo l'avait convaincue avec son sourire rassurant. Pendant le dîner, il s'était délecté de la voir sourire pour de vrai, éclatant même de rire lorsque Genzo avait tenté de commander un plat compliqué en imitant un accent français improbable.

Un autre jour, il l'avait convaincue de faire un peu de shopping. Elle avait hésité, réticente à l'idée qu'il puisse encore dépenser pour elle, mais il avait insisté en lui expliquant que cela faisait partie de sa "thérapie du sourire". Lorsqu'elle avait enfin accepté et essayé une robe légère et colorée, il l'avait regardée avec un air admiratif, ne cachant pas à quel point elle était belle. Clara, rougissante, avait tourné sur elle-même, essayant de ne pas se laisser submerger par l'embarras.

Avec le temps, une complicité douce et naturelle naquit entre eux. Ils partageaient des plaisanteries, se taquinaient gentiment. Le soir, ils regardaient des films ensemble, échangeant des commentaires amusés ou discutant longuement après le générique.

Clara se surprenait parfois à se sentirheureuseen sa compagnie, un sentiment qu'elle n'avait pas connu depuis des années. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'avoir un léger pincement au cœur. Elle savait qu'il lui restait encore un long chemin à parcourir, et elle craignait parfois de s'habituer trop à cette bulle de sécurité qu'il avait créée autour d'elle. Et si tout cela finissait un jour?

Clara avait été enthousiaste lorsque Genzo lui avait proposé de venir assister à son match contre l'équipe d'Hambourg. Elle n'avait jamais vu un match de football professionnel en direct, et l'idée de le voir jouer, entourée par la ferveur du stade, l'avait à la fois excitée et légèrement stressée.

Installée dans la loge VIP réservée aux familles des joueurs, Clara s'était laissée emporter par l'ambiance. Les chants des supporters, les acclamations, et l'intensité du jeu avaient captivé son attention. Lorsqu'elle avait vu Genzo sur le terrain, concentré, le regard empreint de détermination, elle n'avait pu s'empêcher d'admirer le charisme qu'il dégageait. À cet instant, il semblait invincible.

Malheureusement, le match ne s'était pas déroulé comme prévu. Une série d'erreurs des défenseurs de l'équipe avait coûté plusieurs buts, et malgré les efforts impressionnants de Genzo pour limiter les dégâts, son équipe avait fini par perdre. Lorsque le coup de sifflet final avait retenti, l'amertume était palpable, et Clara avait ressenti un pincement au cœur pour lui.

Après le match, elle avait attendu patiemment l'autorisation de l'attendre dans les couloirs du stade où se trouvait les vestiaires. Lorsqu'elle avait enfin pu descendre, elle avait aperçu Genzo, mais la scène qui s'était déroulée sous ses yeux lui avait glacé le sang.

Il se disputait avec l'un des défenseurs, visiblement furieux. Le ton montait, et l'autre joueur hurlait des reproches à Genzo, remettant en question ses choix et ses directives sur le terrain. La colère de Genzo éclata alors: il s'avança d'un pas déterminé et empoigna le défenseur par le col de son maillot.

Clara, terrorisée par les cris et la violence de la scène, se recroquevilla dans un coin du couloir. Les larmes lui montèrent aux yeux tandis qu'elle tentait de se boucher les oreilles, son souffle court, submergée par la peur.

Genzo, encore emporté par sa colère, tourna la tête et vit Clara, tremblante, recroquevillée contre le mur. La vue de son état le foudroya instantanément, dissipant sa rage. Il lâcha immédiatement le défenseur et s'approcha d'elle, son visage désormais rempli d'inquiétude.

— Clara, je suis désolé, murmura-t-il, s'agenouillant près d'elle.

Quand il posa une main douce sur son épaule, Clara sursauta comme si elle avait été brûlée.

— Ne me touche pas! cria-t-elle, paniquée, en se débattant.

Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit de plus, elle se redressa et s'enfuit en courant dans les couloirs du stade, laissant Genzo seul, désemparé.

Le cœur serré, il se maudissait intérieurement. Il n'aurait jamais dû perdre son sang-froid ainsi, encore moins devant Clara. Elle avait déjà tellement souffert, et maintenant, il venait de raviver ses peurs par son comportement impulsif.

Genzo resta figé un instant, ses pensées tourbillonnantes. Puis il se releva et partit à sa recherche, déterminé à la retrouver et à s'excuser. Il ne pouvait pas laisser les choses ainsi, pas avec Clara. Elle comptait bien trop pour lui.

Genzo parcourait les couloirs du stade à grandes enjambées, jetant des regards inquiets dans chaque direction. L'idée que Clara soit seule, en détresse, dans un endroit aussi immense et rempli d'échos ne faisait qu'accroître sa culpabilité.

Il l'aperçut enfin, accroupie dans un recoin isolé, le visage caché entre ses mains. Elle tremblait légèrement, comme si tout son corps tentait de contenir un mélange d'émotions trop puissantes. Genzo s'arrêta à quelques mètres, respirant profondément pour calmer son propre stress. Il savait qu'il devait l'aborder avec une douceur infinie.

— Clara, murmura-t-il doucement, pour ne pas l'effrayer davantage.

Elle ne répondit pas, mais il remarqua qu'elle avait tendu légèrement les épaules à l'entente de sa voix.

— Je suis tellement désolé, continua-t-il, restant à bonne distance. Ce n'est pas toi que je voulais blesser, et je n'aurais jamais dû me comporter ainsi.

Clara releva la tête, ses yeux rougis croisant les siens.

— Pourquoi? souffla-t-elle, sa voix tremblante. Pourquoi tu t'es mis dans cet état?

Genzo hésita, cherchant les bons mots.

— Parce que je déteste l'injustice. Parce que je donne tout sur le terrain, et quand les choses ne se passent pas comme prévu, ça m'atteint. Mais ce n'est pas une excuse, Clara. Jamais.

Elle détourna les yeux, les larmes recommençant à couler.

— Tu ressemblais à... à quelqu'un que je connais, murmura-t-elle presque inaudiblement.

Genzo comprit immédiatement à qui elle faisait allusion, et son cœur se serra davantage.

— Je ne suis pas lui, Clara, dit-il avec fermeté, mais sans élever la voix. Je ne serai jamais comme lui.

Elle ne répondit pas, mais son silence lui donnait l'impression qu'elle réfléchissait à ses paroles. Il s'avança d'un pas prudent, cherchant son approbation dans son regard.

— Écoute, je comprends si tu ne me fais pas encore entièrement confiance. Mais je te promets que je ferai tout pour que tu n'aies jamais à te sentir en danger près de moi.

Clara leva les yeux vers lui, ses lèvres tremblants légèrement.

— Tu... tu n'as pas besoin de faire tout ça pour moi, murmura-t-elle.

Genzo secoua doucement la tête.

— Si, Clara. Parce que tu comptes pour moi. Plus que tu ne le réalises.

Il tendit la main, sans s'approcher davantage.

— Laisse-moi te ramener à la maison, d'accord? On parlera si tu en as envie, ou on restera silencieux. Mais je veux juste m'assurer que tu vas bien.

Clara hésita un long moment, puis, d'une main tremblante, elle glissa ses doigts dans les siens. Genzo referma doucement sa main autour de la sienne, veillant à ne pas trop serrer, et l'aida à se relever.

Sur le chemin du retour, aucun des deux ne parla, mais le silence n'était pas lourd. Clara se sentait étrangement apaisée par la présence de Genzo, et lui, de son côté, se jurait de ne plus jamais perdre son calme de cette façon. Pour Clara, il était prêt à changer.

Une fois rentrés à l'appartement, Clara s'installa sur le canapé tandis que Genzo alla directement à la cuisine pour préparer deux tasses de thé. Elle observa son dos un moment, remarquant ses épaules tendues. Il avait encore l'air agité, enfermé dans ses pensées.

Quand il revint, il posa les tasses sur la table basse et s'assit à côté d'elle, silencieux.

— Merci, dit Clara en prenant sa tasse entre ses mains.

Genzo hocha la tête mais ne répondit pas. Le silence s'étira, et Clara sentit qu'il ne parvenait pas à se détendre. Elle prit une profonde inspiration avant de briser la glace.

— Le match était impressionnant, dit-elle doucement, espérant changer son humeur. Te voir dans les cages, aussi concentré... c'était... fascinant.

Genzo tourna légèrement la tête vers elle, surpris.

— Tu as vraiment aimé?

Elle acquiesça avec un léger sourire.

— Oui. Tu dégages quelque chose de spécial sur le terrain, une sorte de force tranquille.

Il sembla un instant touché par ses mots, mais l'ombre de culpabilité persistait dans son regard. Clara le remarqua et posa sa tasse sur la table.

— Tu réfléchis encore à ce qu'il s'est passé, pas vrai?

Genzo baissa les yeux, mal à l'aise.

— Oui, avoua-t-il finalement. Je m'en veux tellement.

— Tu n'as pas à te sentir coupable, Genzo, dit Clara avec douceur.

Il releva les yeux vers elle, son expression remplie de remords.

— Si, Clara. Ce que tu as vu... ce n'était pas moi. Je n'aurais jamais dû perdre mon sang-froid de cette manière.

Clara hésita, les mots pesant sur ses lèvres.

— Je... je suis désolée, murmura-t-elle finalement. Désolée de t'avoir comparé à... à lui.

Genzo secoua vivement la tête, sa voix soudain plus ferme.

— Ne t'excuse pas. Tu n'as rien fait de mal. C'est moi qui ai déconné.

Il prit une profonde inspiration, cherchant les mots justes.

— Clara, je veux que tu saches une chose. Plus jamais je ne m'énerverai de cette façon. Ni contre quelqu'un, ni devant toi. Je te le promets.

Elle le regarda, les yeux brillants d'émotion.

— Tu sais, dit-elle doucement, malgré tout ça, je me sens en sécurité avec toi. Même après ce qu'il s'est passé.

Genzo sentit son cœur se serrer. Ces mots étaient plus précieux que n'importe quelle victoire sur le terrain.

— Merci de me le dire, murmura-t-il. Et merci... de me faire confiance.

Le silence s'installa à nouveau, mais cette fois, il était empli de compréhension mutuelle. Genzo tendit doucement la main et posa la sienne sur celle de Clara. Elle le laissa faire, son regard se perdant dans le sien.

Clara sentit qu'elle pouvait peut-être, petit à petit, ouvrir son cœur à quelqu'un.

Genzo se redressa légèrement, brisant le calme qui s'était installé entre eux. Il la fixa avec une sincérité désarmante, cherchant les bons mots pour exprimer ce qu'il avait sur le cœur.

— Clara, je sais que tes trois semaines de repos vont passer vite... mais je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter, dit-il d'une voix douce mais ferme.

Clara cligna des yeux, surprise.

— M'inquiéter? Pourquoi?

Il hésita un instant avant de continuer :

— Ton appartement... Il est dans un quartier dangereux. Je sais que tu veux reprendre ta vie en main, mais je ne pense pas que ce soit le bon endroit pour toi. Pas maintenant.

Clara baissa les yeux, mordillant sa lèvre, comme si elle savait qu'il avait raison mais ne voulait pas l'admettre.

— Je... je comprends ce que tu veux dire, murmura-t-elle. Mais je ne veux pas m'imposer plus longtemps ici.

Genzo fronça légèrement les sourcils, ses yeux brillant de détermination.

— Tu ne t'imposes pas. Tu n'as rien à prouver, Clara. Je veux t'aider, c'est tout. Si tu veux bien, reste ici un peu plus longtemps, le temps que je t'aide à trouver un appartement dans un quartier plus sûr.

Clara releva les yeux, les lèvres légèrement entrouvertes de surprise.

— Genzo... je ne sais pas quoi dire...

— Ne dis rien, répondit-il en haussant doucement les épaules. Je m'assurerai que les loyers soient dans ton budget. Je veux juste que tu sois en sécurité.

Les mots simples mais chargés de bienveillance touchèrent Clara au plus profond. Une larme silencieuse roula sur sa joue, témoin de l'émotion qu'elle ne pouvait plus contenir. Elle détourna légèrement le visage, gênée de montrer sa vulnérabilité.

Genzo remarqua aussitôt la larme et se pencha vers elle, tendant une main qu'il posa délicatement sur sa joue.

— Hé... ne pleure pas, murmura-t-il avec une douceur infinie, essuyant la larme du bout des doigts.

Le geste était si tendre, si naturel, que Clara sentit son cœur s'emballer. Elle leva les yeux vers lui, croisant son regard empreint de chaleur et de bienveillance.

— Merci, souffla-t-elle d'une voix tremblante. Tu fais tellement pour moi... je ne sais pas comment te remercier.

Genzo esquissa un léger sourire.

— Tu n'as pas besoin de me remercier, Clara. Ton sourire suffit.

Les joues de Clara prirent une teinte rosée, et elle baissa timidement les yeux, esquissant un sourire malgré elle. Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit qu'elle n'était plus seule face à ses épreuves.

La soirée avançait paisiblement, et Clara, bien que réticente au début, se surprit à apprécier l'ambiance chaleureuse qui régnait autour de la table. Ce soir, Genzo avait invité son ami Jun et sa femme a dîné.

Yayoi, douce et attentionnée, avait rapidement brisé la glace avec Clara, lui racontant quelques anecdotes amusantes sur sa vie d'infirmière. Clara se mit à rire timidement, sentant un poids s'alléger sur ses épaules.

Jun, de son côté, était d'un calme rassurant. Même si Clara avait été gênée au départ par sa présence, étant donné qu'il connaissait son histoire. Elle se rendit vite compte qu'il n'avait aucun regard de pitié ou de jugement à son égard. Son attitude respectueuse et bienveillante lui permit de se détendre complètement.

Au fil des discussions, Jun partagea son histoire, expliquant comment ses problèmes cardiaques avaient mis un terme prématuré à sa carrière de footballeur.

— Mais tu sais, ajouta-t-il avec un sourire nostalgique, quand une porte se ferme, une autre finit toujours par s'ouvrir. Devenir médecin, c'était une autre manière pour moi d'être utile, de faire une différence.

Clara, impressionnée, se permit une question :

— Vous n'avez jamais eu de regrets?

Jun réfléchit un instant avant de répondre :

— Si, bien sûr. Mais les regrets ne doivent pas définir ta vie. Ils sont là pour te rappeler ce que tu as appris et te guider vers de nouvelles opportunités.

Ces mots résonnèrent profondément en Clara. Pour la première fois, elle envisagea que peut-être, malgré ses blessures, un avenir plus lumineux était possible.

Vers la fin de la soirée, alors que Yayoi et Clara discutaient doucement dans le salon, Jun et Genzo s'éloignèrent légèrement pour échanger quelques mots en privé dans la cuisine.

Jun croisa les bras, un sourire amusé sur le visage.

— Tu fais un excellent travail avec elle, Genzo. Vraiment. Elle semble beaucoup plus à l'aise qu'au début.

Genzo hocha la tête, mais son expression était sérieuse.

— Elle progresse, c'est vrai, mais c'est encore fragile. Il y a des jours où elle se replie sur elle-même.

Jun posa une main réconfortante sur l'épaule de son ami.

— C'est normal. La confiance, ça ne se reconstruit pas du jour au lendemain. Mais tu es sur la bonne voie. Elle commence à croire en toi, et c'est essentiel.

Genzo baissa les yeux, comme s'il hésitait à dire ce qu'il avait sur le cœur. Jun pencha légèrement la tête, l'observant avec curiosité.

— Tu tiens beaucoup à elle, hein?

Genzo releva la tête, surpris, mais Jun lui adressa un sourire complice avant de continuer :

— Ne fais pas cette tête. C'est évident. Ton regard, Genzo... il parle pour toi.

Genzo rougit légèrement, passant une main dans ses cheveux.

— Ce n'est pas... Je veux juste qu'elle soit en sécurité, c'est tout.

Jun éclata de rire, mais d'un rire chaleureux, sans moquerie.

— Tu sais, Genzo, vouloir protéger quelqu'un, c'est souvent le premier signe qu'elle compte beaucoup pour toi.

Genzo soupira, un sourire nerveux sur les lèvres.

— Peut-être... Mais ce n'est pas le moment de penser à ça. Clara a besoin de temps pour se reconstruire.

Jun hocha la tête, approuvant.

— Tu as raison. Mais ne te sous-estime pas. Ta patience et ta bienveillance font déjà des miracles.

Genzo le remercia d'un regard reconnaissant, avant qu'ils ne rejoignent les deux femmes dans le salon.

Quand Jun et Yayoi prirent congé, Clara se surprit à ressentir un pincement au cœur.

— Merci pour cette soirée, dit-elle à Genzo après avoir refermé la porte.

Genzo la regarda avec un sourire apaisant.

— Merci à toi d'avoir accepté de rester avec nous.

Elle baissa les yeux, un léger sourire sur les lèvres.

— C'était... agréable. Yayoi est vraiment gentille, et Jun... il m'a donné beaucoup à réfléchir.

— Ça ne m'étonne pas, répondit Genzo en riant doucement. Il a ce don pour trouver les mots justes.

Clara acquiesça avant de relever timidement les yeux vers lui.

— Et toi aussi, tu as ce don.

Genzo sentit son cœur se serrer légèrement devant cet aveu sincère, mais il se contenta de répondre avec une simplicité désarmante :

— Tant mieux, parce que je compte bien continuer à t'aider, Clara. Jusqu'au bout.

Une semaine après la soirée avec Jun et Yayoi, Genzo proposa à Clara une sortie pour lui changer les idées. Lorsqu'il lui annonça qu'il avait réservé deux places dans un parc floral en périphérie de la ville, Clara fut d'abord surprise. Ce genre de lieu, paisible et romantique, n'était pas ce à quoi elle s'attendait de la part d'un sportif comme lui. Mais l'idée d'un moment tranquille loin de ses soucis la séduisit.

Le matin de leur sortie, le ciel était d'un bleu éclatant, et une brise légère apportait une fraîcheur agréable. Genzo et Clara arrivèrent au parc et furent immédiatement accueillis par des allées bordées de fleurs colorées et de senteurs apaisantes.

— Je me suis dit que ce serait sympa, expliqua Genzo en marchant à ses côtés. Les stades, c'est sympa, mais ça manque un peu de fleurs, tu ne trouves pas?

Clara esquissa un sourire amusé.

— C'est vrai que ça change. Merci pour l'idée.

Ils avancèrent lentement à travers les jardins, admirant les roseraies et les étangs bordés de nénuphars. Clara se détendait peu à peu, et Genzo semblait ravi de voir ses traits plus sereins.

À un moment, ils s'arrêtèrent devant un magnifique cerisier en fleurs. Clara, fascinée, leva les yeux vers les branches ornées de pétales roses.

— C'est magnifique, murmura-t-elle.

Genzo la regarda, mais pas l'arbre.

— Oui, magnifique...

Clara tourna la tête et croisa son regard. Elle rougit légèrement en réalisant qu'il ne regardait queelle.

Après avoir exploré plusieurs zones du parc, ils trouvèrent un petit banc près d'un lac. Genzo sortit deux boissons fraîches de son sac et les tendit à Clara.

— Ça te plaît jusqu'ici? demanda-t-il.

— Beaucoup, répondit-elle sincèrement. C'est calme, et... je crois que ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien.

Genzo sourit, visiblement content.

— C'est tout ce que je voulais. Que tu te sentes bien.

Il y eut un moment de silence, mais pas gênant. Plutôt un silence paisible, où ils profitèrent simplement de la vue et de la présence de l'autre.

Genzo finit par briser le silence.

— Tu sais, Clara... depuis que tu es ici, je me rends compte que j'apprends beaucoup.

Elle tourna la tête vers lui, intriguée.

— Apprendre?

— Oui. Sur moi, sur la patience, sur ce que ça veut dire vraiment d'être là pour quelqu'un.

Clara baissa les yeux, émue par ses mots.

— Tu es incroyable, Genzo. Je ne sais pas si j'aurais pu traverser tout ça sans toi.

Il posa doucement une main sur la sienne, captant son attention.

— Tu n'es pas seule, Clara. Et tu ne le seras plus jamais.

Son regard était si sincère que Clara sentit son cœur s'accélérer. Elle voulut détourner les yeux, mais quelque chose dans son regard la retenait, comme un fil invisible qui les liait.

Le vent joua avec une mèche de cheveux de Clara, que Genzo repoussa doucement derrière son oreille.

— Tu mérites tellement de belles choses, murmura-t-il.

Clara sentit ses joues s'empourprer, mais elle ne bougea pas. Son cœur battait à tout rompre, partagé entre une légère peur et un élan d'espoir.

Genzo se pencha légèrement, hésitant, comme s'il lui laissait le choix. Clara ne recula pas, mais ferma les yeux un instant, le souffle court.

Il déposa alors un baiser doux sur son front, respectueux

Clara s'était levée ce matin avec un mélange d'excitation et d'appréhension. Reprendre le travail était une étape importante pour elle. Une façon de prouver qu'elle pouvait retrouver sa vie d'avant et reprendre le contrôle. En arrivant au bureau, elle fut accueillie par des sourires chaleureux de ses collègues. Cela lui fit chaud au cœur, et elle passa les premières heures de la matinée dans une relative bonne humeur.

Cependant, peu à peu, des tensions insidieuses s'installèrent en elle.

Chaque fois qu'un client ouvrait la porte de l'agence, Clara sursautait légèrement. Le bruit d'une porte qui claquait dans le couloir la faisait tressaillir. Elle jetait des regards furtifs autour d'elle, s'assurant qu'il n'y avait rien d'inhabituel.

Ses collègues semblaient aller et venir comme d'habitude, mais Clara avait l'impression qu'ils l'observaient, qu'ils parlaient d'elle à voix basse. Elle n'était plus certaine si c'était réel ou si son esprit lui jouait des tours.

Elle tenta de se concentrer sur son travail, mais chaque son devenait une distraction. Sa respiration se fit plus rapide, son cœur battait à tout rompre.

Après une matinée qui lui sembla interminable, Clara sentit son souffle devenir irrégulier. Sa poitrine se serrait comme si un poids invisible l'écrasait. Incapable de supporter la tension plus longtemps, Clara se leva brusquement et se dirigea vers les toilettes. Elle s'enferma dans une cabine, posa ses mains sur ses genoux et tenta de reprendre son souffle.

— Ce n'est rien... tout va bien... juste respire, murmura-t-elle pour elle-même.

Mais rien n'y faisait. L'air semblait manquer, les murs se rapprocher. Une vague de panique la submergea, et elle se sentit au bord des larmes.

Sortant son téléphone d'une main tremblante, elle chercha le nom de Genzo dans ses contacts. Sans réfléchir davantage, elle appuya sur son numéro.

De son côté, Genzo était chez lui, en pleine séance de récupération après l'entraînement. En voyant le nom de Clara s'afficher sur son téléphone, il décrocha immédiatement, surpris.

— Clara? Tout va bien?

La voix de Genzo, inquiète mais calme, résonna à l'autre bout du fil. Clara essaya de répondre, mais seuls des sanglots étouffés lui parvinrent.

— Clara? Clara, parle-moi, s'il te plaît! Où es-tu?

— Je... Je suis au travail, dans les toilettes, réussit-elle finalement à dire entre deux sanglots.

Genzo se redressa, alerte.

— Qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui ne va pas?

— Je... Je n'arrive pas à respirer, murmura-t-elle. Tout le monde me regarde... Je crois qu'ils savent... J'ai l'impression qu'il va arriver...

Genzo ferma les yeux un instant, essayant de contenir l'angoisse qui montait en lui pour ne pas la refléter.

— Clara, écoute-moi, souffla-t-il doucement mais fermement. Concentre-toi sur ma voix, d'accord? Respire avec moi. Inspire profondément... Voilà... Maintenant, expire. Doucement.

Il guida Clara à travers plusieurs respirations, et peu à peu, elle sentit sa poitrine se décrisper.

— Je ne sais pas ce qui m'arrive... Je pensais être prête, mais je ne peux pas. Je n'y arrive pas...

Genzo répondit avec une douceur empreinte de fermeté :

— Ce n'est pas un échec, Clara. Reprendre le travail après tout ce que tu as traversé, c'est un énorme pas. Tu n'as pas à tout réussir du premier coup.

Il ajouta doucement.

— Tu veux que je vienne te chercher?

Clara hésita un instant, mais l'idée d'être avec lui, loin de ce lieu qui la rendait si nerveuse, lui parut soudain apaisante.

— Oui... s'il te plaît.

— D'accord. Ne bouge pas, j'arrive tout de suite.

Genzo arriva à son bureau une demi-heure plus tard Lorsqu'elle sortit, les épaules basses et les yeux rougis, il était là, vêtu de son survêtement de l'équipe.

— Clara, murmura-t-il, posant une main légère sur son bras.

Elle releva les yeux vers lui, et avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, il l'enveloppa dans une étreinte protectrice.

— On va rentrer. On prendra un thé ou un chocolat chaud, et on parlera de ta journée si tu veux. Mais sache que je suis fier de toi.

Clara baissa les yeux, émue par son soutien.

— Merci, Genzo. Je... je ne sais pas comment je ferais sans toi.

— Heureusement, tu n'as pas besoin de le savoir, répondit-il avec un sourire tendre. Je suis là, Clara, et je ne vais nulle part.

De retour dans l'appartement, Clara se réfugia directement dans la salle de bain pour prendre une douche. Sous l'eau chaude, elle laissa ses muscles se détendre, et peu à peu, le poids oppressant de sa journée sembla s'alléger. Elle resta un long moment, essayant de retrouver une sérénité qu'elle pensait avoir perdue.

Quand elle sortit enfin, elle trouva Genzo dans le salon, une couverture pliée sur le canapé, et une table basse garnie d'un plateau avec deux tasses de chocolat chaud fumant et un assortiment de pâtisseries. Il avait choisi ses préférées, une attention qui la toucha profondément.

— Je savais que tu aurais besoin de ça, dit-il avec un sourire doux en tapotant la place à côté de lui.

Clara s'assit timidement, tirant sur la manche de son pull comme si elle cherchait à se cacher. Genzo s'approcha légèrement et passa une main réconfortante dans ses cheveux encore humides.

— Ça va mieux? demanda-t-il doucement.

Clara hocha la tête, un peu gênée par tant de sollicitude, mais reconnaissante.

— Oui, merci... pour tout.

Elle serra ses mains autour de la tasse chaude, hésitant un instant avant d'ajouter :

— Je... Je me sentais tellement contente de retourner au travail. De retrouver une vie normale, tu sais? Mais au fond, je n'étais pas sereine.

Genzo la regarda attentivement, respectant son silence, prêt à l'écouter sans la presser.

— Des fois, Gunther... il venait attendre pendant des heures que je quitte le travail. Il me suivait jusqu'à chez moi, et il trouvait toujours un moyen d'entrer. Même quand je pensais avoir tout verrouillé...

Sa voix se brisa légèrement, et elle détourna les yeux, cherchant à contenir son émotion.

— Aujourd'hui, j'avais peur de le voir débarquer à tout moment, même si je sais que c'est impossible maintenant.

Un silence s'installa, brisé uniquement par le léger bruit de la pluie qui tapait contre les fenêtres. Genzo posa sa tasse sur la table et se tourna complètement vers Clara.

— Clara, écoute-moi, dit-il fermement mais avec une douceur infinie. Tu es en sécurité maintenant. Gunther ne peut plus t'atteindre, ni ici, ni ailleurs.

Il attendit qu'elle le regarde dans les yeux avant de continuer.

— Je comprends que ces peurs ne disparaîtront pas du jour au lendemain, et c'est normal. Mais tu n'es plus seule. Je suis là, et je serai toujours là pour m'assurer que rien ni personne ne te fasse du mal.

Clara sentit ses yeux s'embuer, mais cette fois, ce n'était pas de peur. C'était un mélange d'émotion et de gratitude.

— Merci, Genzo... vraiment.

Il lui adressa un sourire, attrapa une pâtisserie, et la tendit à Clara avec un air espiègle.

— Bon, maintenant, mange ça. C'est l'ordonnance du chef.

Clara ne put s'empêcher de sourire, un vrai sourire cette fois. Elle prit la pâtisserie et la mordit doucement, savourant autant le goût sucré que la chaleur réconfortante de la présence de Genzo.

Alors qu'il était seul dans le salon, un peu plus tard dans la soirée, Genzo fixa la tasse de Clara posée sur la table basse. Il se surprit à sourire, repensant à tout ce qu'ils avaient traversé depuis qu'elle était entrée dans sa vie. Ce qui, au départ, n'était qu'une simple aide qu'il voulait apporter à une personne en détresse était rapidement devenu quelque chose de bien plus profond.

Il se remémora le jour où Clara avait franchi la porte de son appartement pour la première fois, fatiguée, méfiante, ses yeux remplis de peur. À ce moment-là, il n'avait pas réalisé à quel point sa présence allait bouleverser son quotidien. Il se souvint aussi de ces nuits où elle avait des cauchemars, où il veillait sur elle en silence, incapable de dormir tant qu'il ne l'entendait pas respirer calmement.

Au début, il avait hésité, douté de lui-même. Comment pourrait-il l'aider, lui, un simple gardien de but, qui passait la plupart de son temps à s'entraîner ou à jouer? Mais Clara lui avait donné un but bien plus grand que tout ce qu'il avait connu jusque-là. Il avait voulu être son refuge, quelqu'un sur qui elle pouvait compter, mais sans s'y attendre, elle lui avait apporté quelque chose en retour : une tendresse et une vulnérabilité qui l'avaient touché profondément.

Il repensa aux moments où elle avait commencé à s'ouvrir, où son rire timide avait remplacé le silence pesant. Aux fois où elle lui avait souri, et où il avait senti son cœur battre un peu plus vite, une sensation qu'il n'avait pas connue depuis longtemps. Il s'était attaché à elle, bien plus qu'il ne l'aurait imaginé.

Mais ce n'était pas seulement de l'attachement. Genzo le savait maintenant. C'était de l'amour. Il aimait sa force discrète, son courage malgré ses blessures. Il aimait ses petites habitudes, comme la manière dont elle tirait sur ses manches quand elle était gênée, ou la façon dont elle fronçait légèrement les sourcils quand elle réfléchissait.

Il la voulait heureuse, épanouie, en paix avec elle-même. Mais il savait aussi qu'il ne pouvait pas tout résoudre à sa place. Ce serait un long chemin, et il était prêt à marcher à ses côtés aussi longtemps qu'elle le lui permettrait.

Genzo s'adossa au canapé et ferma les yeux. Il pensait à l'avenir. Il imaginait Clara retrouver totalement confiance en elle, peut-être se lancer dans de nouveaux projets, sourire plus souvent. Il se voyait toujours à ses côtés, la soutenir, la protéger, mais surtout, la laisser s'épanouir à son rythme.

Il espérait aussi, secrètement, qu'un jour elle lui accorderait sa confiance entière, qu'elle l'aimerait comme lui l'aimait déjà. Mais il était prêt à attendre. Clara valait toutes les attentes du monde.

Il rouvrit les yeux et tourna la tête vers la chambre où elle dormait probablement déjà. Un sourire tendre illumina son visage.

— Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve, murmura-t-il pour lui-même. Mais je sais que je veux être là pour elle, quoi qu'il arrive.

Et dans cet instant de calme, une chose était sûre pour lui : Clara avait changé sa vie autant qu'il avait changé la sienne.