Hey !

Le chapitre 1 ayant visiblement plus à au moins cinq personnes… voici la suite !

J'avais tellement peur d'être taclée ou ignorée dès le premier chapitre que de vous présenter le suivant est un immense soulagement.

Merci infiniment à La Revieweuse, Traff Lamy, Wolfpopcorn, Miss Devil et elisayn ! Merci également à ceux qui ont mis cette fanfiction en favori et en follow !

RAR

La Revieweuse - Salut ! Infiniment merci pour cette première review ! Si ce début un peu bancal t'a plus, je suis en actuellement en train de prier très fort que la suite, plus re-travaillée trouvera grâce à tes yeux.

Un immense merci pour ta review, j'avais tellement peur de ne pas en avoir du tout que tu m'as assez vite rassurée.

Traff Lamy - Tu sais que tu m'as fait vraiment super peur ?! J'ai paniqué à ta première phrase, mon yuuka a cru que je faisais une crise cardiaque (« Quoi ?! Déjà ?! Bon je sais que c'est pas le meilleur chapitre ni la meilleure chose que j'ai écrite tout court mais je me vais me faire démolir avant même d'avoir eu la chance de mettre les deux pieds sur le ring ?! nooooooooooooooo- Ah y'a un mais. »)

J'espèce très sincèrement que la suite continuera à te plaire puisqu'on rentre dans le vif du sujet dès ce chapitre (sans mauvais jeu de mot).

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Chapitre 2

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Je suis peut-être un peu folle.

Ce qui expliquerait alors la présence du presque macchabé sur le bois laqué et impeccable de la pièce principale de notre appartement. Qui d'ailleurs est tout juste assez grand pour ma colocataire et moi. Heureusement qu'elle n'est pas là.

Heu. Enfin nan, dommage qu'elle ne soit pas là. Elle aurait su quoi faire, elle.

Parce que là, j'ai réussi à allonger le morceau de viande brûlant et sanguinolent sur notre sofa -que j'ai préalablement recouvert de serviette, hors de question qu'il le salisse, on y tient trop. Mais maintenant je me demande quoi faire.

Il transpire et saigne tellement que j'ai l'impression que tous les pores de sa peau sont intarissables. Et il éternue. Il a la crève avec ça ? L'est en béton armé pour ne pas avoir déjà passé l'arme à gauche.

D'ailleurs, faudrait peut-être que je commence à paniquer si je veux ralentir le processus qui parait bien lancé.

Allez, courage.

Première étape, virer au maximum ses fringues. Elles sont trempées, m'empêchent de voir ses blessures, et risquent de faire barboter tout ça dans une marinade de microbes.

Aussi délicatement que je peux, je soulève son sweat. Il n'a rien dessous. Normal qu'il tombe malade. Me souvenant qu'il avait mal au flanc, je continue le plus délicatement possible.

Ah d'accord.

Il est couvert de tatouages. Etrange d'ailleurs, ça semble n'avoir aucun rapport avec des tatouages yakuza, mais je suis certaine qu'il n'aurait même pas l'idée d'aller taper à la porte de bains publics. On le mettrait dehors à grands coups de pied. C'est peut-être ce qui lui est arrivé non ?

Non.

Malheureusement pour ma soudaine montée d'optimisme, ce n'est clairement pas ça.

Je ne suis pas une experte, mais ça, c'est une éraflure faite avec une balle d'arme à feu. Aucun doute, la chair est brûlée et arrachée. Il suinte de sang sur mes serviettes et lorsque, par pur réflexe, je resserre ma prise sur son vêtement, je l'essore de sang à l'odeur écœurante qui dégouline sur mes doigts.

Merde. J'ai la tête qui tourne un peu. Je me secoue avant de me laisser submerger, mais j'ai le cœur au bord des lèvres. Yeurk.

Allez, du nerf !

Je me penche, et le plus délicatement possible, je continue à lui retirer son sweat. Son flanc droit à l'air intact, alors je commence par ce bras, passe sa tête au travers et finis par l'autre bras pour ne pas qu'il ait à le soulever et à tirer sur sa blessure. Ok, ça, c'est fait.

Précipitamment, je me lève pour balancer le tissu -qui risque de gouter à tout moment sur le sol impeccable- dans la machine à laver de la pièce juste à côté.

Etape numéro deux, me changer, et vite. J'aurais peut-être dû y songer plus tôt, mais vu le prix d'un uniforme -vingt-cinq mille six cents cinquante Berry, bon sang ; il me faudrait plusieurs mois de payes, pourtant assez sympas, pour m'en racheter un !- Je vais donc limiter la casse.

Rapidement, je passe dans notre chambre, jette mes affaires dans un coin et attrape ce que j'ai de plus salissable : mes vêtements de ménage, short en jean tellement délavé qu'il est presque blanc et assez usé pour être plein de trous, et un t-shirt qui m'est deux fois trop grand, que j'ai chipé à l'un de mes deux meilleurs amis qui voulait s'en débarrasser. Oui, y'a un énorme trou dans le dos parce qu'il s'est pris dans un grillage, mais c'est ce qui fait son charme ! Les garçons ne comprennent rien.

Celui qui gît dans le sofa par exemple je suis certaine qu'il n'a pas compris quand il était petit et que sa maman lui disait « ne te frotte pas aux yakuza mon fils ». Quoi qu'il n'a pas l'air super réglo non plus.

Enfin, si je commence à juger sur l'apparence -même s'il faut avouer qu'elle est assez évocatrice aujourd'hui-, on n'est pas sorti de l'auberge, alors on reste neutre et zen.

Je lui retire son jean boueux et le laisse en caleçon. Bon ben le bon point, c'est qu'il ne semble rien avoir de cassé. Son corps arbore des bleus qui tournent déjà au violet, des rougeurs suspectes et des égratignures boursouflées un peu partout, mais ce n'est pas le plus grave.

Ce qui m'inquiète vraiment, c'est qu'il est brûlant de fièvre, a la respiration irrégulière, et oh miséricorde, le flanc arraché par une déflagration.

Etape numéro trois. Le laver un minimum avant qu'il me fasse une infection généralisée et penser un maximum de plaies. Mais surtout arrêter le saignement de son flanc bon sang ! Il va m'en foutre partout et je n'ai pas envie de faire le ménage demain moi !

Bon gré mal gré, je prends une petite serviette que je passe sous l'eau froide pour la poser sur son front, en attendant. Une fois fait, je retourne dans la buanderie où s'entassent les autres serviettes, prépare deux bassines différentes -une où j'y balance tous les glaçons du congélo' pour sa fièvre, et l'autre pour le laver.

Je m'installe devant lui puis hésite. Par quoi je commence ? Le plus simple, en attendant que la plaie de son flanc coagule pour que je puisse y faire quelque chose. Lentement, m'assurant de ne pas lui faire mal, je passe les serviettes humides d'eau tiède et de savon sur ses jambes, mémorisant toutes les plaies pour n'en oublier aucune lorsque je les soignerai.

Puis je m'occupe de ses bras et j'avais raison. Il est baraqué et j'ai du mal à les soulever correctement. Et plein de tatouages encore une fois. Je suis sûre de deux choses : ce mec est un brin maso, parce que ça a dû faire un mal de chien et il a dû douiller sévère en se faisant tatouer ses phalanges et ses côtes ; et il doit en avoir un dans le dos aussi. Sympa le smiley d'ailleurs, mais pas sûre que ça fasse très crédible chez les mafieux. Enfin ça le regarde.

Il me reste son torse, sa nuque et son dos. Lentement, pour être certaine de ne pas lui faire mal, je passe le linge sur son ventre. Recouvert de cicatrices étranges, mais dur comme du métal. Enfin tant mieux pour lui, c'est sûrement grâce à ça qu'il n'aura pas à se plaindre de crampes bizarres à l'estomac.

Puis je passe au torse recouvert de bleus. Je n'ai vraiment pas envie qu'il m'en mette une par erreur, alors je fais encore plus attention si possible. Il ne bronche pas. C'est déjà ça.

- Et maintenant, la partie amusante…

Sa plaie ne saigne presque plus. Elle suinte un peu quand je bouge le linge, mais ce n'est pas grand-chose. J'espère juste qu'il ne va pas me claquer dans les pattes à cause d'une exsanguination, ça m'énerverait.

Je remonte mes lunettes sur le nez et me penche pour l'examiner.

Ouverte. Les contours brûlés et à vifs. Oh, ça c'est moche.

La nausée me prend soudain et je me lève d'un bon pour vider mon estomac dans le lavabo de la salle de bain. Ça fait un bien fou et aussi paradoxal que cela puisse être, le goût acide de la bile me redonne un coup de fouet.

Je me rince la bouche et revient dans la pièce principale en maîtrisant au mieux mes jambes tremblantes. Allez, du nerf…

- T'es sûr que tu veux pas aller à l'hôpital ? je lui lance, mais il ne m'entend pas. Bah…

J'hésite.

La logique voudrait que je prévienne une ambulance mais il ne veut pas. La police ne me semble pas vraiment une bonne idée dans l'absolu. Ma coloc ? A l'autre bout du pays et si je lui raconte la situation, elle va m'engueuler pendant dix minutes -à juste titre- avant de me hurler dans le tympan d'appeler les secours et la police. Mes parents ? Ah la blague, autant appeler le Père Noël. Mes deux meilleurs potes ? Ils doivent fêter la fin des exams avec le reste de leur famille.

Je me vois mal leur passer un appel « Hey les gars, désolée de vous déranger à une heure et demie du matin -oh diantre, il est déjà si tard ?-, mais j'ai un blessé par balle sur mon canapé, je fais quoi à votre avis ? Le devoir d'histoire pour la rentrée ? Roh, laissez-moi respirer enfin ! Ah ah ah ! Ah ah ah ! »

Ah. Ah. Ah.

Mouais nan. Ça ne va pas le faire.

Alors adieu la logique, quand plus rien n'a de sens, autant en créer un et c'est ce que je vais faire immédiatement.

Je sors la lourde boîte à pharmacie de la buanderie, et l'ouvre sur la table. Et mince ! Le flacon de désinfectant est presque vide. Allez quoi, pas maintenant !

Pansements, compresses et sparadrap. Fil et aiguille. Je crois que je vais à nouveau gerber. Mes mains tremblent un peu, alors je tente de les calmer en rinçant le tissu trempé de sueur de son front pour le passer dans l'eau glacée et le replacer.

Mon nez est au-dessus de sa bouche lorsqu'il exhale un soupire fiévreux et je plisse le nez. Fouah ! Je ne suis pas la seule à avoir rendu mes tripes ce soir.

- Bouge pas mon gars, j'ai un truc qui va nous faire du bien à tous les deux, je lui lance avant d'aller farfouiller du côté du placard au-dessus de l'évier.

Je suis sûre qu'on en a. Ni ma coloc ni moi ne buvons quoi que ce soit –on a que seize ans, définitivement trop jeunes pour nous détruire le cerveau, on en a encore besoin-, mais on s'en sert parfois dans la pâtisserie.

- Ah, te voilà.

Notre bouteille d'alcool de mandarine. Exactement ce qui me fallait. Il n'en reste qu'une moitié, mais ça fera l'affaire. Je mets le vrai désinfectant de côté pour la plaie de son flan -la plus sévère- et désinfecte celles de ses jambes, bras et visage à l'alcool de mandarine. De toute façon j'ai pas tellement le choix, et elle est si forte qu'elle sera parfaite contre les microbes. Demain je passerai à la pharmacie.

Et à nouveau, j'en arrive à la partie ardue du problème.

Soudain je réalise : Son dos ! J'ai complètement oublié son dos qui doit être parsemé de blessures et qui barbote toujours de sueur dessus.

- Et merde !

Ok, je panique. Il était temps d'ailleurs, mais j'aurais préféré que ça me prenne un peu plus tard parce que j'ai vraiment du mal à réfléchir soudain.

Alors, dos, plaie ouverte, coupure. Merde, merde, merde-merde-merde !

Je claque violemment mes joues en prenant une grande inspiration.

- C'est pas le moment de flancher, du nerf que diable !

C'est stupide, mais ça marche.

Cerveau, active-toi et trouve-moi toutes les solutions possibles pour voir son dos sans lui faire plus mal que nécessaire -oui parce qu'il ne faut pas se voiler la face, là, quoi que je fasse, il va douiller sévère.

Ding !

Cinq solutions trouvées !

Cinq ? Moi qui pensais que j'étais mal, j'aurais même le choix tout compte fait. Je t'écoute cerveau, que me proposes-tu ?

Solution n°1 : Appelle une ambulance.

Refusée, on a déjà fait le tour de la question. Suivante.

Solution n°2 : Le réveiller et lui demander de s'assoir.

oui, et pourquoi pas lui proposer du thé tant qu'on y est ? Suivante.

Solution n°3 : L'assoir de force.

J'ai dit : « sans lui faire plus mal que nécessaire », cette réponse ne rentre pas dans la catégorie. Et puis là tout de suite, j'ai la force d'une crevette anorexique, il fait au moins trente centimètres de plus que moi et doit peser au bas mot le double de mon poids. Comme si. Suivante.

Solution n°4 : Le tourner sur le flanc.

Hum, je préfère déjà ça. Il faudra juste que je veille à changer les serviettes du canapé pour ne pas réinfecter ses blessures, mais ça me permettrait d'atteindre son dos et de m'occuper de sa plaie sanguinolente. Suivante pour voir ?

Solution n°5 : APPELLE UNE AMBULANCE BON SANG DE BON SO-

Stop ! Va pour la solution numéro quatre.

Je prends une grande inspiration et me lance. Toujours à genoux, je cale mes mains sur sa hanche et son épaule, m'assurant que son bras ne touche pas sa blessure, bloque mes coudes, utilise toute mes forces pour le tourner sur son flanc sain. Tant bien que mal, je parviens à le stabiliser et il ne bouge plus. Seule la serviette sur son front a glissé, mais je n'y prête aucune attention.

Je me fige.

Pour deux raisons.

La première, j'avais raison. Il a bel et bien un tatouage dans le dos. Un autre smiley.

Deuxième raison…

Il a un impact dans l'omoplate, et je suis certaine que la balle est toujours dedans.

Trop.

C'est trop.

A nouveau, je me lève en courant en me sentant saliver avant de me laisser allez aux spasmes qui agite mon estomac. Mais je n'ai déjà plus rien à vomir, alors ce n'est que de la bile que je crache dans le lavabo.

Une fois calmée, je tombe à genou, le front contre la faïence glacée. Mes jambes m'ont lâché. Et je les comprends. Ça, c'est trop pour l'ado de seize malheureuses piges que je suis. Beaucoup trop.

- Ah j'ai l'air fine…

J'ai un survivant de deux blessures par balle sur mon canapé. Et comme il refusait que je prévienne les secours, j'ai pris sur moi d'accepter et de m'en occuper toute seule.

Non mais quelle idiote je fais.

J'hésite. Il faudrait peut-être vraiment que je passe un coup de fil maintenant. Mais je ne sais pas tellement pourquoi… je n'arrive pas à m'y résoudre. Il n'avait pas du tout l'air emballé par l'ambiance dortoir aseptisé de l'hôpital. Phobique peut-être ?

Mes amis… Mes amis sont certainement au fond de leur lit et leur faire traverser la ville à cette heure ne serait pas prudent pour eux.

Un gémissement sort de mes pensées et je sursaute. Sans vraiment savoir d'où me vient cette force soudaine, je me relève et rejoins le malade.

Son visage est déformé dans une grimace de douleur. Alors une décision s'impose à moi. Je ne peux pas le laisser comme ça, je dois agir.

Faisant le tour pour me pencher par-dessus le dossier et lui faire face, je lui tapote une joue poisseuse de sueur.

- Hey.

Il semble se débattre intérieurement pour pas laisser passer le moindre son. Fier même dans cette situation ? J'avoue être admirative.

- Hey, s'il te plait, réveille-toi parce que j'ai besoin de toi là.

Ma voix me semble un peu éraillée et vu l'état de ma gorge brûlante, je sais pourquoi. Mais je dois lui donner un peu plus de force.

- Je plaisante pas. Si tu veux pas y rester, ouvre les yeux.

Et là, alors que je ne m'y attendais pas vraiment, il obéit. Je me fige. Son regard est dur et bien plus lucide que précédemment. Il me voit et si je suis incapable de deviner ce qu'il peut bien penser, cette simple constatation me ramène immédiatement au moment présent. Un frisson me parcourt. Là, durant un instant, j'ai peur. Il cligne des yeux, rompant, l'espace d'une seconde, notre échange. Et c'est suffisant pour me faire reprendre mes esprits.

- Mauvaise nouvelle mon gars, tu as une plaie qu'il va me falloir recoudre et tu vas morfler parce que je sais absolument pas comment faire ça. En plus de ça, comme j'ai plus rien à faire remonter de mon estomac, va falloir que je fasse gaffe à pas te barbouiller de bile au passage. Oh, et il va falloir aussi que je te retire la balle que tu as dans le dos. Content ?

Il ne me répond pas mais ses yeux flanchent pas. Moi par contre je sens que je vais m'évanouir si je ne me reprends pas.

- J'ai aucune envie de te cramer quoi que ce soit, mais je serais pas faire autrement pour l'impact de la balle, si tant est que j'arrive à la retrouver et à te l'enlever sans tourner de l'œil. Au risque d'une hémorragie interne. T'es sûr que tu veux pas d'un taxi rouge et blanc qui fait « pin-pon » ?

Mon menton tremble sous le contre coup de mon presque malaise et je me mords la lèvre pour me reprendre. Lui semble plus calme. Il ne devrait pas, c'est lui le plus mal barré de nous deux. Mais il hoche la tête dans un geste raide. Je prends une grande inspiration.

- Comme tu veux mon gars, mais c'est eux ou moi, et t'y gagnes pas au change. J'ai ton consentement pour te charcuter le dos ?

Respirer, ne pas céder à la panique…

Il hoche à nouveau la tête. Et moi, prise d'un réflexe aussi stupide qu'inattendu, je passe la main dans ses cheveux noirs complètent trempés de sueur pour… je ne sais pas, le rassurer ? Ou me rassurer ?

A nouveau, son regard envahit le mien et je tente bêtement un sourire dont le résultat doit-être atroce, à afficher dans une maison hantée.

- Je vais faire mon possible alors par pitié, rends pas l'âme sur mon canap', parce que je suis trop jeune pour voir ça, okay ? Je suis désolée d'avance pour la douleur.

Ma main quitte ses cheveux et je me redresse, remplis un verre d'une rasade d'alcool de mandarine -plutôt de liqueur mais bon- et le porte à ses lèvres. Mes mains tremblent, j'en fous partout, mais il réussit à boire le verre et tousse.

Ce n'est peut-être pas la meilleure idée qui soit à cet instant, voire une grosse, très grosse bêtise, mais il va en avoir besoin et, avec un peu de chance, ça l'assommera assez pour faire passer la douleur.

Le savoir déjà plus en état pour ce que je vais faire, me soulage –égoïstement, mais je m'en fiche pour le moment.

Je suis plus dans le moment présent.

Inspiration, expiration.

J'ai la vie d'un homme entre mes mains.

Oh Miséricorde, j'ai la vie d'un gars dans mes paluches minuscules.

Bon ben…

D'abord la balle. Si je commence par la séance de couture et qu'il se débat pendant que je lui trifouille la chaire à en casser les points, on sera bien avancé.

Je me lève pour passer un tablier propre pour que mes vêtements me gênent pas. Je m'attache les cheveux avec toutes les épingles que je trouve puis j'essuie mes lunettes et me lave les mains le plus consciencieusement possible avant de désinfecter une paire de ciseaux-… pince ? Je ne sais pas vraiment ce que c'est, mais c'est ce qui me semble le plus adéquat dans l'instant.

Inspiration.

- Hey. Ça va faire mal, alors je t'en supplie, essaie de bouger le moins possible parce que c'est certainement pas moi qui vais pourvoir t'en empêcher.

Je ne sais pas s'il m'a entendu mais j'ai plus vraiment le temps de m'en préoccuper. J'espère juste que l'alcool l'a assez assommé pour le maintenir out suffisamment longtemps. Je prends le désinfectant -le vrai- et badigeonne la peau qui s'est refermée autour de la balle pour ne pas m'arranger. Il ne tressaille même pas, c'est bon signe. Du moins j'espère ?

Inspiration. Expiration.

Il est allongé aux trois quarts sur le ventre, ce n'est pas l'idéal, mais ça fera l'affaire. Lentement, je me lève, et monte sur le canapé, les mains levées tenant mes instruments en évidence, tel un chirurgien fou, prêt à s'acharner sur sa victime -pourquoi on n'a pas de gants en latex ? Ça aurait bien complété le tableau.

Je m'assois sur ses hanches presque à plat et cale l'un de mes genoux dans ses bras repliés n'importe comment devant lui, l'autre bien tendu et encré dans le sol. Je vais en avoir besoin. Il ne réagit toujours pas et pour une fois, je me bénis d'être si petite. Il ne doit même pas sentir mon poids. Bon, d'un autre côté ça va être mauvais s'il se débat, mais déjà je n'appuie pas trop sur son estomac malmené.

Inspiration. Expiration.

- Allez, sers les dents parce que j'y vais.

Et c'est bien ce que je fais. Le plus délicatement possible, remerciant de mille bénédictions ma soudaine montée d'adrénaline qui me brûle les veines et me réveille suffisamment pour que je sois pleinement consciente de ce que je fais, j'insère la pince dans la chair légèrement noirâtre.

C'est horrible. Juste horrible. Je sens la totalité des muscles que je suis en train de traverser. Chaque résistance jusqu'à trouver le chemin de la balle qui les a déchirés. J'ai un haut le cœur, mais je le réprime.

La pince touche quelque chose de dur et de métallique. La balle. Je la sens. J'ai un nouveau spasme rien que de visualiser ce que je fais, mais ce n'est pas le moment.

Avec l'horrible impression que ce n'était que la partie facile du travail, j'entame l'étape suivante : j'ouvre les ciseaux.

A peine, lentement, très lentement.

Mon patient émet un râle de douleur d'une retenue qui me scie et le sang gicle sur son dos et mon tablier. Je vais vomir, encore. Mais après. Après. Après. APRES.

- Et merde !

Serrant les dents à me les éclater, j'ouvre l'instrument jusqu'à ce que je sente que j'en entoure la balle presque du premier coup, la serre en priant pour ne pas riper et la retire avec le plus de self-control dont je puisse faire preuve.

Tout vole à travers la pièce. La pince et la balle. Ils rebondissent sur le mur à ma droite et atterrissent dans des cliquetis métalliques sur la table où l'on mange, mais je m'en contre-fiche.

J'ai viré la balle, en revanche il pisse le sang, et moi, je suis à deux doigts d'éclater en sanglot et de m'évanouir. Après. Je me soulève, traverse la pièce et me précipite sur l'égouttoir pour attraper une cuillère à café…

Non. J'ai une meilleure idée.

Je change de direction et ouvre le placard de la chambre avec un peu trop d'entrain. Je sais que j'ai ça quelque par… ici.

Ça, s'il s'en sort, ça va lui plaire comme vanne. En tout cas j'espère qu'il a de l'humour parce que dans la seconde, c'est la seule chose qui me permet de tenir : imaginer sa tête lorsqu'il s'en rendra compte.

J'attrape ce que je cherchais et retourne devant la gazinière pour allumer une plaque et passer l'objet dessus. Merde, comment je sais combien de temps je dois faire ça pour que ça marche ? Je n'en ai aucune foutu idée !

J'étais bien partie pourtant. Allez, Hasard, décide pour moi que maintenant, c'est parfait.

Je retourne au blessé qui n'a pas bougé, me rassois avec plus de force que précédemment -je n'ai pas le temps d'être délicate- et pose le métal chauffé sur la plaie sanguinolante.

Il crie, et moi je craque : j'éclate en sanglot.

- Je suis désolée, je suis tellement désolée…

Je répète mes excuses encore et encore, jusqu'à ce que sa voix se tarisse et même après, je continue, c'est plus fort que moi. A nouveau, je me lève et lâche tout dans l'évier avant de me laisser aller sur l'inox. J'ai l'estomac tellement acide que même la bile ne me revient pas en bouche, alors je me contente de saliver comme si j'étais atteinte de la rage et je crache sur le métal toujours brûlant qui chuinte et provoque une odeur aussi nauséabonde que celle de chair brûlée qui m'a prise à la gorge et qui embaume maintenant l'appartement.

Pitié, que personne n'ait entendu ou on va avoir des problèmes.

D'ailleurs en parlant de problème, je n'ai pas fini moi. Je dois faire un dernier effort.

Inspiration. Expiration.

Je me redresse, attrape la bouteille d'alcool de mandarine et la vide sur la plaie ouverte de son flanc. Je dois impérativement garder du vrai désinfectant au cas où pour demain.

Il n'a même pas un gémissement.

… En fait, je ne l'entends plus du tout.

Mon cœur rate douloureusement un battement.

Non.

Non… !

Tout mais pas ça.

Je me jette sur lui, oubliant momentanément toutes précautions et le tourne bien droit sur le flanc et-

Le soulagement se répand dans mes veines, sans toutefois parvenir à calmer le poison qu'est devenue l'adrénaline mélangée au stress et qui irrigue chaque parcelle de mon corps.

Il est vivant. Il respire. Il est évanoui.

Pas mort.

Pas de choc, pas de crise. Vivant.

J'ai plus qu'à le recoudre.

Pourtant, étrangement, cela me semble d'une facilité enfantine comparé à ce que je viens de faire. J'agis presque par automatisme.

Je prends le bord noirci de la chair brûlée et le rapproche jusqu'à ce que cela me semble correct, ni trop ni pas assez pour le point.

Et j'enfile l'aiguille dans sa peau. Il ne souffre plus, ne sent plus rien et est complètement dans les vapes. J'ai déjà moins d'appréhension à lui faire ça.

Un point.

Deux points.

Trois points.

Au fait, pourquoi on a de quoi recouvrir une victime de ciseaux sauvages et dangereux dans cette boite à pharmacie ?

Quatre points.

Cinq points.

Six points.

Je veux dire, ce n'est pas prévu que des lycéennes en viennent à l'aiguille recourbée et au fil de nylon d'habitude, si ?

Fini.

J'ai absolument aucune idée de la qualité du travail que j'ai fait, et m'est avis que ce n'est pas terrible du tout, mais c'est ça ou rien.

Je suis crevée, mais j'ai fini. Je nettoie le sang jusqu'à laisser sa peau moite de sueur vierge de toutes traces un tant soient peu carmin.

Je retire toute la serviette -tant pis pour la transpiration sur le canapé, je payerais le pressing- et balance tout dans le lave-linge avec mon tablier au passage, que je fais partir sans plus attendre avec la dose de lessive.

Puis je me relave les mains et applique un maximum de compresses sur ses blessures que je maintiens avec du sparadrap et solidifie avec un bandage.

Il n'a pas bougé d'un iota de son plein gré et sa fièvre ne chute pas. J'ai fait mon maximum pour ses blessures.

Inspiration. Expiration.

Hou là. Ça y est, j'ai le contrecoup. Ma tête me tourne et me lance désagréablement. Je vais morfler mais je m'en fiche.

Avec un dernier moment d'entrain, je prends le ciseau plein de sang encore frais pour les balancer dans l'évier, mais je ne touche pas à la balle. Tant pis, j'ai bien trop mal au cœur.

Je saisis le liquide-vaisselle et en balance un bon quart sur l'instrument que je rince abondamment, le lavant et le mettant dans l'égouttoir. Juste à côté des fourchettes et autres couteaux qu'on utilise tous les jours. Que je mets dans ma bouche.

Ok, ne pas y penser parce que de toute façon, j'ai même plus de quoi avoir un haut le cœur. Un dernier effort.

Je change la bassine d'eau froide et de glaçons. Il fait au moins cinquante degrés dans l'appartement, mais hors de question d'ouvrir les fenêtres. Pas le moment d'attirer l'attention.

Mais bon, je ne peux pas non plus le laisser à moitié nu sans rien sur les jambes alors qu'il est déjà transi de fièvre, c'est un coup à chopper la cerise. Je vais donc chercher la couverture de mon futon et la lui pose jusqu'aux hanches. Hors de question qu'elle ne serait-ce que frôle ses blessures. Je n'ai pas envie de voir mon travail –déjà limite- gâché.

Je remets un linge froid sur le front. Il dort, c'est déjà ça. Il est vivant.

Ça y est, mes jambes m'abandonnent totalement, ces lâcheuses, et je tombe à genoux à côté du canapé. Je ne ferais pas un pas de plus. Les mains tremblantes, je retire toutes les épingles de mes cheveux qui viennent chatouiller mes joues et retire mes lunettes.

Je suis crevée. Vraiment crevée. Je crois que je vais dormir là, comme une andouille aux jambes flagadantes.

La belle affaire. Je m'appuis correctement, épaules sur le canapé et ferme les yeux et me laisse emporter par le sommeil.

Et dans un ultime éclair de lucidité, je réalise soudain qu'avec tout ça, je n'ai même pas entendu le tonnerre tonitruant dehors, qui zèbre le ciel et frappe dans un fracas assourdissant la pluie sur mes vitres.

Je m'endors comme s'il s'agissait d'une berceuse.

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Merci d'avoir lu !