Hey !

C'est avec un soulagement non dissimulé que je brandis le poing de la victoire : voici la suite !

On entame un autre aspect de l'histoire, brève introduction d'autres personnages important.

Merci à Miss Devil, Elisayn, LilyDTrafalgar, Traff Lamy, Olukkalp, La Revieweuse, Katym et Etolia7 pour leurs reviews, et à tous ceux qui ont mis cette fic en fav ou en follow.

RAR

TraffLamy – Merci pour ta review !

Olukkalp - Merci pour la review, favorite et follow ! Je m'excuse de ne pas t'avoir répondu en MP directement, mais ffnet n'arrivait pas à te trouver… va comprendre, impossible de te joindre directement. Bref… merci !

La Revieweuse - Merci encore alors ! Je me suis mal exprimée, je ne voulais pas te mettre au pied du mur d'une quelconque façon, c'était juste… te relire à l'occaz', quand ça te prend, quand tu en as envie ! Désolée, j'ai été un peu vague.

Katym - Et bien merci, ton enthousiasme fait chaud au cœur.

.

Chapitre 3

.

- Hey.

Bzzzz.

- Hey.

Bzzzz.

- Sans rire, réveille-toi avant que je ne balance cet engin de malheur par la fenêtre.

Mes paupières pèsent un bon quintal chacune et mon esprit ne comprend pas un traitre mot de ce que j'entends. Mais un bon coup de talon dans les cervicales se charge de me réveiller. Je sursaute et me redresse, hagarde.

Il est réveillé. Il a bien meilleure mine que cette nuit de ce que je constate d'une vue vacillante. Du menton, il désigne la table basse dans son dos mais qui me fait face. Mon portable vibre.

Sans attendre, je l'attrape et décroche.

- Allô ?

Whoua, j'ai la bouche pâteuse et une barre au front. Tant pis, je n'ai pas la force de maintenir le téléphone à mon oreille, plus aucun muscle ne me répond sans douleur. Vive les haut-parleurs.

- Cara ? Oh enfin Cara, mais qu'est-ce que tu fabriquais ?! Tu m'as fichu la trouille à ignorer mes appels comme ça ! Des heures que je cherche à te joindre ! J'ai failli remonter dans l'avion illico !

- Doucement Koala, s'te plait, je gémis en passant ma main dans ma tignasse. J'viens seulement de me réveiller.

- … De… Hein ? Mais tu as vu l'heure qu'il est ?

- Non.

- Quatorze heures. Ça ne te ressemble pas les grasses mat'.

Quatorze heures ? Sérieusement ? Non mais je disais ça en déconnant, je suis toujours levée à huit heures maximum d'ordinaire, par la force de l'habitude.

- Désolée, j'ai bossé tard et j'ai fait la fermeture hier soir. Avec les exams, ça m'a achevé.

- Ouais ben en attendant tu m'as flanqué la frousse du siècle. Et bien sûr, ni Ace, ni Sabo ne décrochaient non plus.

J'esquisse un sourire.

- Eux par contre, ils doivent vraiment faire une grasse mat' de vingt-quatre heures et ils ont dû couper leur téléphone. Enfin, si Luffy les laisse dormir.

- Ouais, consent-elle en soupirant de contrariété. N'empêche, ne me fait plus de frayeur comme ça. J'ai eu un drôle de pressentiment et j'étais un peu paniquée.

Elle en a de bonnes, tiens. Je ne jette même pas un regard au pressentiment en question et enchaine :

- C'est drôle que tu qualifies de drôle un pressentiment tout à fait justifié.

J'entends sa respiration se tarir et dans mon dos, il se tend.

- Il t'est arrivé quelque chose ?

- Ouais. Hier soir j'ai eu la mauvaise idée de faire de la pâtisserie pour avoir un petit dej' ce matin. Enfin, c'est ce qui été prévu. Mais j'ai eu la main lourde sur l'alcool de mandarine. Je crois que j'en ai tellement mis que le chocolat a fondu et la plaque de cuisson aussi. Faudra en racheter à Nojiko. On a failli plus avoir d'appart'.

- … Andouuuuuuuuuuuille. Oh toi quand je rentrerai tu m'entendras. Me faire flipper comme ça…

Je ris et elle finit par joindre son rire au mien.

- Tu m'appelles pour me demander de te raconter la totalité des épreuves ou juste pour mes beaux yeux ?

Elle semble hésiter.

- J'ai vu que vous étiez sous la tempête et que cette nuit elle avait été particulièrement violente. Je te connais, et je sais que les orages et toi ça fait deux alors…

Koala… J'ai vraiment une amie en or.

- Merci, soufflé-je, sincèrement touchée. Mais ne t'inquiète pas, je vais mettre la musique tellement fort dans mes écouteurs que les voisins viendront se plaindre. Et j'ai fermé tous les volets.

Petits mensonges pieux… ou pas, vu ce que je lui cache. Pourquoi je lui cache d'ailleurs ? Ah oui, pour ne pas qu'elle pique une autre crise en me traitant d'inconsciente. Même si une fois de plus, elle aurait raison.

- Tu me jures que tu vas bien ? La dernière fois…

- La dernière fois, j'en ai juste trop fait. Il faudra bien que ça me passe un jour, cette stupide phobie.

Elle ne répond rien et je l'en remercie. Alors j'oriente la conversation sur un sujet bien plus passionnant que ma pitoyable personne tremblante.

- Et ton père ? Comment va-t-il ?

- Beaucoup mieux ! reprend-elle avec un entrain que je n'avais pas entendu dans sa voix depuis un moment. Il se remet doucement. Mais je pense que je vais rester ici jusqu'à la fin des vacances.

- Et tu as parfaitement raison, acquiescé-je. Prends soin de ton père et de toi.

- Je te lâche un peu quand même…

- Mais dis pas n'importe quoi ! L'état de santé de ton père est bien plus important que me laisser t'emprunter tes chemisiers en toute impunité pendant deux mois. Oups, aurais-je parlé à voix haute ?

La vanne est pas terrible, mais j'ai vraiment pas la force de faire mieux. Elle rit quand même.

- Je te retiens.

- Oh et puis t'inquiète pas, j'ai trouvé un chaton errant dans un sale état. Je vais m'occuper de lui avant de l'emmener chez le véto jusqu'à ce qu'il retrouve la forme. Ça va m'occuper entre le devoir d'histoire et de physique.

Elle éclate de rire, puis se reprend.

- Attend, t'es sérieuse ?

- Ouais, la professeure Nico nous a donné tellement de recherches à faire que la bibliothèque va pas dégorger d'élèves de tout l'été.

- Mais pas ça crétine.

- Plait-il ?

- Le chaton.

Je ris un peu bas en sentant les jambes du chaton en question bouger.

- Ouais, une pauvre petite créature ensanglantée sous la pluie. J'ai pas résisté. Mais bon il est tatoué, donc dès qu'il ira mieux, il retournera chez lui.

- … Il n'était pas errant y'a une seconde ?

Je lève les yeux au ciel même si elle ne me voit pas.

- Façon de parler, joue pas sur les mots.

Euh, même si pour le coup, c'est moi qui… bref.

- J'en conclu que tu vas bien ?

- Ouaip.

- Pas de problème avec la tempête ?

- Aucun, rassuré-je. Et puis en cas, j'irais m'enfermer dans un ciné avec Ace et Sab' ou je squatterais chez eux jusqu'à ce que Rayleigh me flanque dehors. Mieux, j'irais faire des heures supplémentaires rémunérées au bar.

Elle rit, rassurée. Je n'aime pas être la source d'inquiétude, alors j'enchaine.

- Plus sérieusement, profite de ton père au maximum, d'accord ?

- Hum. Merci Cara.

- Merci à toi, Koala. Tu es vraiment un ange. Bye.

Son rire s'éteint lorsqu'elle raccroche et je ne bouge pas, me contentant de soupirer, épuisée. Je suis pleine de courbatures et bouger le petit orteil est une torture.

- Un chaton abandonné ? Tu es sérieuse ?

Sa voix est grave et profonde, un peu caverneuse peut-être mais ne semble pas enrouée. Bon signe.

- C'était ça où le coup du chiot passé sous une voiture. Et j'avais pas envie d'une odeur de chien mouillé dans l'appart.

Il ne répond pas. Je tourne la tête. Il est toujours dans la même position, sur le flanc droit, mais il s'est callé lui-même.

- Il faut que je me lève.

- T'es pas dingue ? je sursaute en me redressant sur mes jambes chancelantes. Tu bouges pas.

- Il faut que je passe aux toilettes, et je suis collant à cause du sucre de l'alcool que tu m'as balancé à vif, mélangé à la sueur. J'ai besoin d'une douche.

Je ne peux pas lui enlever, il sent la transpiration à plein nez. Avec des relents de mandarine.

- Ok pour les toilettes. Mais avant je te file des antidouleurs, et de quoi te remplir le ventre. Pas question que tu t'évanouisses à cause d'une simple hypoglycémie et que tu craques tes points. Je toucherai plus jamais une blessure de ma vie.

Il ne me répond pas et mon ventre se charge de remplir le silence seulement occupé par la pluie qui bat toujours dehors.

- J'ai l'estomac dans les talons, marmonné-je.

J'ouvre le frigo. Je n'ai presque pas menti à Koala. J'ai fait de la pâtisserie. Une envie prenante jeudi soir pour décompresser des examens et du travail. Il me reste donc pas mal de semblant de muffins ? Sont pas superbes et niveau cuisine, je ne frôle même pas la semelle de Kuroashi Sanji -un ami proche du petit frère d'Ace, Sab' et Luffy- particulièrement doué avec un couteau et une planche à découper. Mais on va faire avec. Je les démoule pour les entasser grossièrement sur une assiette et attrape une bouteille de lait.

Alors que je me retourne pour les poser sur la table basse, je manque de tout renverser de surprise.

- Mais reste allongé fichtre ! Tu veux vraiment que je t'en mette une pour que tu restes tranquille ?!

Il me regarde en haussant un sourcil éloquent sur son regard gris. Mouais, je n'arriverais même pas à lui faire un bleu. Mais ce n'est pas la question. Je pose un peu brutalement l'assiette sur ses genoux et lui colle la bouteille de lait froide dans les mains.

- Sucre rapide contre l'hypoglycémie et tu me fais le plaisir de boire toute la bouteille. Je t'ai filé de l'alcool alors que je savais pas ce que tu avais mangé, ou non d'ailleurs, alors s'il te plaît, s'il te plaît, déconne pas avec ça.

Il ne réplique rien et ouvre la bouteille. J'en profite pour farfouiller la boite à pharmacie à la recherche des antalgiques. J'attrape deux boites au hasard et…

- Foutus yeux à la noix.

… prends mes lunettes que je glisse sur mon nez pour en discerner le nom. Je lui tends deux cachets.

- Je suis pas médecin, mais je crois que c'est la bonne dose. Je lirai le papelard plus tard, là faut que je mange.

Il a un bref éclat dans son regard que je n'apprécie pas du tout : je suis presque sûre qu'il se moque de moi. Quoi, c'est mes fringues le problème ? C'est confortable, chut. Et puis il est mal placé pour juger, puisqu'il est assis, détendu et jambes écartées en boxer sur mon canapé sans que cela ne semble l'embarrasser.

He oh ! J'ai seize ans et je suis censée être pure et innocente ! L'est pas gêné non ? Non. Bah, moi non plus alors… Ou alors c'est ce qui s'est passé cette nuit qui me semble faire passer cette scène pour quelque chose de normal.

On mange entièrement l'assiette et je détends mes jambes sur la table basse où je me suis assise en m'étirant avec délice. Je suis courbaturée au possible, et j'aurais bien dormi deux heures de plus. Voire trois ou quatre.

Il se lève et je le laisse faire, me détournant pour m'occuper de la vaisselle et nous faire un repas plus consistant. Rien à faire de l'heure, nous faut des glucides et des pâtes feront parfaitement l'affaire.

Quand je l'entends se rassoir, je me détourne de ma casserole qui met des plombes à bouillir.

- Tes fringues sont dans la machine. M'étonnerais que le gi de Koala t'aille, mais j'ai peut-être de vieilles affaires qu'Ace ou Sabo ont oublié.

Je n'y crois pas trop mais qui ne tente rien n'a rien.

Ace est grand pour ses seize ans, et s'il n'est pas aussi haut que ce gars, sa carrure reste assez large.

Ah ben je n'y croyais pas mais si. Y'a un pantalon de pyjama de Sabo. C'est un qu'il a certainement chouré à Rayleigh, le père adoptif de leur fratrie. Il est plus de la première jeunesse mais il lui ira. Je crois.

Je lui envoie et il l'attrape au vol.

- Tiens, essaie ça. J'ai pas de t-shirt par contre, mais c'est pas plus grave, ça fera une couche en moins sur tes blessures.

Toujours aucune réponse. Pas du genre bavard ? Pas grave. Ça me fera un auditoire.

L'eau boue enfin et je balance le paquet entier de pâtes en jetant un regard à l'heure. Puis je me glisse dans la buanderie pour attraper le linge humide.

Les serviettes sont nickelles. Son jean bleu délavé est… ouais, on va dire que ça donne un style, mais je n'ai pas l'impression que ce soit le sien. Par contre son sweat… Il va pouvoir me servir de passoire pour mes pâtes tiens.

J'étends rapidement tout ça dans la chambre et finis de préparer nos assiettes qui ne font pas un pli non plus. Vraiment trop faim. Une deuxième bouteille de lait y passe.

Le silence n'est pas pesant, plutôt agréable en fait -et je n'ai rien à dire surtout- mais à chaque fois que mon regard se tourne vers la fenêtre, j'ai un frisson. L'orage n'est pas prêt de se dissiper, et oui, oui ça me flanque la frousse. Je frissonne un peu fort quand un éclair déchire le ciel et serre les poings en attendant la détonation qui ne va pas manquer de l'accompagner.

- Astraphobie.

Je sursaute un peu fort et me tourne vers lui.

- Plait-il ?

- Astraphobie, répète-t-il d'un ton neutre. La peur déraisonnée du tonnerre et des éclairs.

J't'en foutrais moi du « déraisonnée », pequenaud.

- Alors, je tente de me justifier, c'est pas une peur. C'est une appréhension tout à fait justifiée.

- C'est une phobie assez courante en fait. Tellement que même les animaux la développent. Le cerveau reptilien.

Gné ?

- Hein ?

Il ferme une seconde les yeux, d'agacement je suppose, mais je ne pige rien à son charabia.

- En gros, c'est instinctif.

Je renifle.

- Ça me rassure pas des masses de savoir que j'ai la capacité de réaction d'un animal face à un évènement naturel, mais c'est gentil d'essayer.

J'ai mis des années à arrêter de trembler à chaque coup de tonnerre, j'ai passé des nuits et des nuits prostrées dans les bras de Koala à pleurer sans jamais m'arrêter, à tremper de larmes et de sueur tous ses pyjamas. En période d'orage, j'ai toujours pu compter sur elle, ou bien sur Ace pour me faire rire dans mes sanglots, en faisant le zouave pour détourner mon attention, ou encore sur la voix réconfortante de Sabo qui lisait à voix haute pour me changer les idées. Des années de thérapies, alors là, vraiment, je vais bien merci.

Il ne réplique toujours pas. Il me met mal à l'aise, je n'arrive pas à savoir ce qu'il pense.

- Allez, redresse-toi, faut jeter un coup d'œil à ma boucherie.

Il a un tic nerveux mais replie une jambe pour s'assoir face à un accoudoir pendant que je m'installe dans son dos. Le plus doucement possible, je dégrafe la bande et la déroule. Il se laisse faire en serrant les dents.

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai la certitude que je l'entendrais plus jamais avoir une plainte de douleur.

Je grimace. Les compresses sont imbibées de sang et sont embourbées à la plaie par la coagulation. Et celle de la cautérisation, par la lymphe.

- Alors ?

- C'est collé, il fallait s'y attendre. Mais il faut quand même te les changer.

- Ne pense même pas à me les arracher, me coupe-t-il un peu brusquement.

Je fronce les sourcils.

- Ça va, je suis pas complètement stupide. C'était pas mon intention.

- Prends de l'eau.

- Plait-il ?

- De l'eau, répète-t-il agacé. Tu n'as pas de l'eau stérile dans ta pharmacie ? Ou du sérum physiologique ?

- Non, ça j'en suis sûre.

- Et bien c'est une connerie.

- En attendant, y'avait du fil et une aiguille, c'est déjà pas mal je trouve et tu es mal placé pour t'en plaindre, répliqué-je, un peu énervée par son ton froid.

Mais il n'en démord pas et sa voix, claquant aussi sèchement que le tonnerre dehors, me flanque la chair de poule.

- On verra ça quand j'aurais vu les points.

Il est catégorique. Il me rappelle un professeur qui attend peu de son élève. Sauf que ce gus, je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam, et je me fous pas mal de son avis sur ma suture. Il n'est pas médecin, si ?

J'attrape néanmoins une gourde de Koala que je remplis et lentement, je laisse le liquide s'imprégner dans les compresses avant de les retirer le plus délicatement possible. Elles viennent facilement. Ok, je retiens : l'eau, c'est bien.

- Et voilà.

Il a un court soupire, se redresse et lève le bras pour inspecter sa blessure. De là où je suis, elle me semble… seine. Enfin j'espère parce que je n'y connais rien. Les points sont plus ou moins réguliers mais n'ont pas cédés.

- Prend du sucre.

- De l'eau, du sucre… tu veux pas du citron avec ça, que je nous fasse de la limonade ?

Il me renvoie le regard le plus glacial que je n'ai jamais eu à affronter et le mois de juin me parait soudain à des années-lumière. Tentative d'humour foireuse, complètement ratée. Try again.

Sans rien ajouter, je vais donc chercher du sucre.

- En poudre ou en morceau ? Brun ou blanc ?

- Blanc (il hésite une seconde). Morceaux.

- Voilà pour sa seigneurie.

Il ne relève pas. Pas d'humeur ou pas d'humour ? Hum. Dans les deux cas, il ne faut pas qu'il voit la forme de la brûlure de la cautérisation aujourd'hui… Une chance qu'elle soit sur son omoplate.

- Alors, mes points ?

- Dégueulasses, claque-t-il sans me ménager.

Je grimace.

- Sa seigneurie me pardonnera de passer plus de temps à gratter du papier qu'à recoudre tous les gars que je trouve sur le palier de ma porte.

- Sa seigneurie va t'en mettre une si tu continues à l'appeler comme ça.

Pas d'humeur donc. Mais ce n'est vraiment pas le jour de me laisser dépasser par le mauvais caractère de quelqu'un, surtout si ce quelqu'un est un blessé que j'ai passé des heures à rapiécer et surtout un soir d'orage.

- Sa seigneurie va se calmer et prendre sur soi parce que si mon travail ne convient pas à sa seigneurie, je peux toujours appeler un professionnel pour s'occuper de son cul.

Son poil se hérisse et sa mâchoire se contracte. Et merde, je l'ai mis furax. Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Je ne contrôle jamais vraiment mon humeur quand le temps se gâte, et maintenant, je regrette amèrement mes paroles. D'une, parce que je ne les pensais pas, et de deux parce que maintenant, je suis terrorisée.

Il est impressionnant. Le dos droit face à moi, je me sens complètement chétive et faible. Un foutu fétu de paille qu'il pourrait jeter de la fenêtre d'une seule main et faire un strike dans les bennes à ordures plus loin. On parle d'un type qui se réveille comme une fleur d'une forte fièvre et de deux blessures par balle quand même. Je me sens parfaitement ridicule, mais c'est un peu tard pour regretter mon élan de colère injustifié -ou si peu, je l'ai légèrement provoqué quand même.

Il prend une inspiration et je coupe la mienne en rétractant le menton dans mes épaules, tous mes muscles tendus.

Je vais m'en prendre une mémorable.

Mais à ma grande surprise, il souffle et reprend la parole sans m'avoir effleuré.

- Ce ne sont pas les plus beaux points que j'ai vus, mais pour une première fois et sur un patient en chair et en os, ce n'est pas trop catastrophique.

… J'ai bien entendu ? Il m'a prise au sérieux ?

Un sentiment de culpabilité s'immisce en moi un peu trop violemment. Foutue phobie qui me fait perdre mes moyens.

Pour cacher ma gêne, je m'éloigne remplir la bassine d'eau et de savon pour le nettoyer de sa sueur. Quand je reviens, linges propres à la main, son échine s'est détendue. Bon, il ne va pas me sauter à la gorge, c'est déjà ça.

Je lui tends une serviette et le savon, et le laisse s'occuper de son torse et de son visage. Je commence par ses cheveux que je rince comme je peux. Ils ne sont pas si longs que ça, mais ses épis désordonnés pointent dans n'importe quel sens, collés par la transpiration et le sang que j'ai laissé passer cette nuit. Mais quand je finis, ils sont propres et sentent le karité et le miel. Pas très masculin, mais toujours préférable à l'odeur de transpi' macérée qu'il dégageait jusque-là. Je remarque une tache de naissance blanche, large comme mon pouce, au niveau de la nuque,

Puis je lave au mieux son dos en ménageant la cautérisation.

- Je l'aurais pas fait, tu sais ?

Il s'immobilise alors qu'il frottait sa nuque malmenée par la nuit.

- Appeler une ambulance. J'ai dit ça sous le coup de la colère. Désolée.

Il ne dit rien, ne bouge pas. Lentement, il retire sa main et se racle la gorge.

- Tu aurais pu.

J'hausse les épaules -même si c'est idiot parce qu'il ne me voit pas.

- T'avais pas l'air d'y tenir particulièrement, et puis t'as pas encore passé l'arme à gauche donc… bon.

Il ne répond rien et délicatement, je m'attaque à la compresse embourbée de lymphe de son omoplate avec de l'eau.

- Au fait, pourquoi du sucre ?

- Pour assainir la plaie. Tu n'as plus de désinfectant si tu as eu recours à de la liqueur, donc on fait avec les moyens du bord.

- J'aurais simplement pu allez en chercher à la pharmacie.

Il tourne son visage pour planter son regard dans le mien. Je déteste ceux qui arrivent à faire ce genre de regard. Le genre parfaitement stérile, qui fait que tu l'interprètes uniquement comme tu as envie de l'interpréter et qui te trahit quatre-vingt-dix pour cent du temps.

- Ouais, nan, marmonné-je en détournant le regard. Peut-être pas par ce temps.

Il détourne la tête.

- Le sucre va empêcher les bactéries de se développer et ça va favoriser la cicatrisation. Normalement c'est de la poudre, mais je n'ai pas envie d'en mettre partout. Quand la plaie ira mieux, le miel sera plus efficace.

- Le miel ? répété-je, un peu dubitative par ce qu'il débite. Je crois que la fièvre s'arrange pas.

- Ne discute pas de ce que tu ne connais pas et décris-moi ce que tu as sous les yeux.

- C'est cramé, jaune et rouge façon couché de soleil, et ça suinte. Dégueulasse. J'ai trop mangé.

Il soupire. Oui bon…

- C'est infecté ?

- Non. Et y'a pas l'air d'avoir d'hémorragie non plus. La peau est bleue autour, mais ça reste localisé.

- Bien. Ça ira.

Et on se départage les tâches. Il s'occupe de son flanc et je me charge de l'épaule. Je galère avec le sucre, mais lui semble trouver ça… naturel.

Flippant.

Son corps est recouvert de coupures plus ou moins nettes et anciennes, et en le soignant, j'ai eu un mal fou à déterminer lesquelles étaient récentes ou non. S'il a l'habitude de faire ça… non, je ne préfère pas imaginer.

- Pas de bandage pour maintenir ?

- Non, il faut que les plaies respirent sous les gazes. Tu as de la glace ?

- J'm'en occupe.

Une chance que Koala, karateka ceinture noire qu'elle est, soit aussi casse-cou. Des poches de glaces, on en a bien deux ou trois. Je lui en tends une et en pose doucement une autre sur son dos alors qu'il se réinstalle confortablement au fond du sofa. Il a un minuscule soupire d'aise et je lui souris.

- Il est confortable, hein ?

- Pardon ?

Du menton, je désigne son lit de fortune.

- Ce canapé. Ma coloc' et moi l'avons récupéré y'a deux ans alors qu'il allait être jeté par des propriétaires qui déménageaient et pouvaient pas le prendre avec eux. On a eu une chance monstre ce jour-là et on-

- Tes histoires ne m'intéressent pas.

Je prends la pique comme un coup au cœur et la honte me brûle les joues.

- Désolée, je marmonne en me levant pour me donner une contenance.

Et puis, j'ai de la marge dans le silence avec pour excuse « je suis occupée, rappelez plus tard ». La vaisselle, où j'en profite pour ranger la pharmacie que j'ai éventré la veille ; le linge… Je n'ai pas encore tourné mon regard vers notre table, collée au mur en face du canapé et j'avoue pas du tout avoir envie de le faire. Rien que d'imaginer la balle me donne la nausée.

Yeurk.

Je me détourne, m'éventant et renifle mon t-shirt. Hum, moi aussi j'aurais vraiment besoin d'une douche, mais j'ai trop peur de le laisser seul, hors de ma vue trop longtemps. Peur qu'il s'évanouisse dans la nature ou qu'il s'évanouisse tout court à cause d'une montée de fièvre. Il est indubitablement solide, mais faudrait voir à ne pas trop abuser.

Mon téléphone sonne tout à coup, me faisant sursauter. Je me précipite sur la table basse et l'attrape en décrochant à la vas-vite.

- Allô ?

- Caraaaaaaaa ! geint une voix… avec la puissance d'un ténor dopé à la caféine pure.

Je grimace et écarte le téléphone de mon tympan brisé à jamais : dans ma précipitation, j'ai mis le haut-parleur. Adieu, fidèle oreille droite, je n'oublierais jamais ton sacrifice. Je change d'oreille après avoir fait perdre un ton à mon interlocuteur, mais c'est peine perdue, il braille tellement que je suis sûre que tout le voisinage, aussi bien le sien que le mien, l'entend.

- Ace ?

- Cara, au secoooour…

Mes lèvres frémissent dans un sourire.

- Qu'est-ce qui se passe ? C'est Rayleigh qui te séquestre et Sabo qui te torture, c'est ça ?

- Ouais, pleure-t-il à l'autre bout du fil. Rayleigh veut pas que j'sorte prendre l'air alors que ça fait une semaine qu'on est enfermé à cause des exams, et Sabo m'ignore totalement, il a le nez plongé dans son bouquin et s'occupe plus du tout d'son grand frère adoré.

Cette fois je souris franchement. Il suffit que l'un d'eux ouvre la bouche et ma journée s'illumine.

Pour me prouver ses dires, j'entends Ace mettre le haut-parleur de son côté et lancer devant lui :

- Eh Sab', Cara dit que Koala s'est déclaré à Bartolomeo.

Un vague grognement répond et je pouffe.

- T'es con, je lui balance alors qu'il rigole avec moi.

- Entre lui et toi, soupire-t-il, je sais pas qui est le plus à plaindre. Dès que vous avez le nez dans un bouquin, l'apocalypse zombie pourrait survenir que vous verriez rien du tout. (Il hausse un peu le ton dans le vain espoir d'attirer l'attention de Sabo) Là par exemple, je suis tranquillement en train de dire que la fille qu'il aime depuis des années sans jamais le lui avoir avoué s'est déclarée à notre surveillant préféré et…

… silence.

- Et il en a rien à faire, rigolé-je franchement. Ou alors c'est parce que c'est toi qui le lui dit ?

- C'est ça, marre-toi, en attendant j'm'ennuie à mourir…

- Luffy est pas avec vous ?

- Il est chez Zoro pour le week-end.

- Ose me dire que t'étais pas invité.

- Rah arrête, c'était juste par politesse, tu l'sais bien. Ces deux-là s'entendent trop bien pour qu'je m'immisce dans leur week-end. Et puis j'ai beau adorer Luffy et Zoro a beau être très mature, ils ont treize et quinze ans.

- On en a seize… je marmonne, moqueuse. Rayleigh veut pas te laisser allez voir, je sais pas, Nojiko ?

- Nan, elles habitent trop loin. T'es la seule personne chez qui j'pourrais fuir si je parviens à m'évader, parce qu'il sait que t'as une bonne excuse pour m'demander de venir. Alors ? Besoin d'un remontant ? Promis, cette fois je fais pas cramer ton torchon et je traine même Sab' avec moi.

Je les adore. Vraiment. Dans un autre contexte, j'aurais dit « oui » sans hésiter, mais là…

- Désolée, j'ai bossé tard hier soir, je fais que somnoler. Je te serai pas d'une grande distraction.

- Dis, t'as décidé d'être nouille aujourd'hui ou bien ? Je t'demande si tu veux qu'on rapplique pour faire des parties d'cartes jusqu'à deux ou trois heures du matin en mangeant des cookies parce qu'il fait un temps d'merde et que t'es toute seule chez toi.

Et encore une fois, mon cœur surchauffe d'affection pour mes amis. J'ai presque physiquement mal d'avoir à leur mentir, mais je n'ai pas vraiment le choix là.

- Koala serait sans doute de ton avis, fis-je en entortillant une boucle de cheveux dans mes doigts. Désolée les gars, je suis juste claquée, et pas en état de faire du poker. Une autre fois. Je vais juste essayer de rattraper mon sommeil en retard.

Le silence se fait soudain. Je grimace. J'ai peut-être fait une bêtise et vais le forcer à rappliquer ici. Je n'ai jamais refusé qu'ils viennent. Souvent ils viennent d'ailleurs sans prévenir, mais je ne leur ai jamais fermé la porte au nez. Là, ça va moins bien passer, c'est sûr. On va devoir la jouer serrée.

- Ace…

- Cara. Tout va bien ?

Et mince. Sa voix est soudain sérieuse. Je déteste quand il a cette voix. Ça veut dire qu'il est calme, et un Ace calme est un Ace capable de tout.

- Ace, tout va bien, promis, je suis juste fatiguée.

Silence à nouveau.

- Je laisse tomber ! Décrypter des messages subtils, c'est pas mon rayon, mais Sab' me semble trop occupé là. T'as tes règles ?

- Nan, laisse mes règles en dehors de ça tu veux, je pouffe. C'était pas un message subtil ou un sous-entendu, c'était sincère. Tu te souviens de la dernière séance ciné qu'on s'est faite ? Le film d'horreur ? Bon ben j'ai actuellement à peu près la même tête qu'en sortant de la salle, ça te va ?

Je sais, je sais qu'il m'a prise en photo ce jour-là, le traitre. Et qu'il la garde précieusement dans un coin que je n'ai pas encore trouvé. Mais je n'abandonne pas.

Il éclate d'un rire franc.

- Ok, pigé, capito. On t'laisse batailler avec ton peigne et je retourne… admirer la pluie… qui tombe… doucement… ah non pas doucement du tout en fait.

- Eh, à qui tu téléphones ?

Blanc.

J'éclate de rire en même temps qu'Ace. Un fou rire comme on a souvent, mais qui décontracte tous mes muscles et me fait immédiatement me sentir plus légère.

- Eh ! Pourquoi vous vous marrez ! Cara, c'est toi ?

- Ou-Ouais, je souffle entre deux hoquets de rire. Bonjour Sab'.

- Salut. J'ai raté quoi ? Pourquoi vous vous fendez la poire comme deux idiots tous les deux ?

Et je repars dans un autre éclat de rire. J'en peux plus, je vais suffoquer. Ace doit se rouler par terre à l'heure actuelle, je le devine aux bruits étranges qui me parviennent. Sûr, il doit avoir l'image lui, avec la tête perplexe de son petit frère. Rien que de l'imaginer, je manque de m'étouffer. Ça devient dangereux. Je reprends le contrôle.

- C'est rien Sab', t'inquiète. Je racontais à Ace la déclaration enflammée de Koala à Bartolomeo.

- Hein ?! De quoi est-ce qu-

Et je coupe la conversation. Je me demande combien de temps il va paniquer avant de se souvenir que l'on est en vacances, que Koala n'est pas ici et que sa belle est folle de lui, même si elle ne s'en rend pas encore compte.

Il va bouder un moment, mais le jeu en vaut la poêlade. Lui faire perdre les pédales est si facile quand il s'agit de la jolie Koala…

Mes épaules tressautent encore du rire que je réprime. Pendant un moment, j'avais complètement oublié la présence de mon invité charcuté et comme je m'étais assise sur la table basse en lui tournant le dos, il m'était alors complètement sorti de la tête.

Entendre leurs voix et leurs échanges m'a fait un bien fou, un retour bienvenu à la réalité de mon quotidien.

Mais quand je me retourne, je croise ses prunelles glaciales et je me fige. Son poker face s'est mué en une expression haineuse qui me glace le sang. Mon souffle se tarie.

Je suis terrifiée. Tout bonnement terrifiée devant son expression.

Lorsqu'il parla, ce fut avec une hargne qui acheva de persuader que là, dans l'instant, j'étais en danger.

- Si tu as si peur de l'orage, c'est parce que tu t'es pris la foudre n'est-ce pas ?

.

Merci d'avoir lu !

Pour revenir sur la remarque de Katym concernant la taille de Cara, je l'ai indiqué dès le premier chapitre pour que la suite soit plus facile à concevoir. Dans One Piece, Law fait 1m91. En comparaison, Koala fait officiellement 1m60, Cara et elle n'ont que quelques centimètres de différence et sont surtout parmi les deux plus « petits » personnages féminins.

Je vous laisse imaginer la galère qu'elle a eu à tirer Law jusque sur son canapé. En fait, j'ai vu la chose IRL avec deux personnes ayant la même différence de taille. Croyez-moi, ce n'était pas une partie de plaisir, mais ça s'est fait donc ça reste réaliste. (True Story absolument pas drôle mais qui m'aura permis de parfaitement imaginer la scène avec Law et Cara… Big Up à Mylène et Mr M).

C'est pour ça qu'elle s'inquiète de ne pas pouvoir le retenir comme il faut s'il se débat, parce qu'elle est presque impuissante face à lui. Trente centimètres d'écart, ça ne pardonne pas.

(Au passage : Ace fait 1m75 et Sabo, 1m76. Ce ne sont pas exactement leur taille dans le manga, mais ici, ils sont encore lycéens et sont par conséquent plus jeune.)