Hey !
Merci à Katym, Etolia7, Les-Fictions-De-Niils et Caravan176 pour leurs reviews, et à tous ceux qui ont mis cette fic en fav ou en follow.
RAR :
Caravan176 – Merci pour ta review ! Le challenge c'était quand même de faire de l'exposition sans trop en faire et en restant naturelle…
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Chapitre 4
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Il jubile.
Quelques minutes plus tôt, ses pensées m'étaient totalement hermétiques, et là, il laisse paraître toutes ses émotions sans que ça semble le déranger.
Il jubile et déborde de satisfaction en voyant l'expression parfaitement terrorisée que je dois aborder.
Parce que c'est ce que je suis : parfaitement terrorisée.
Ses lèvres se sont étirées dans un sourire si lugubre que j'en ai la bile aux lèvres.
Il me terrifie, il le sait, et il prend un pied monstre à me voir perdre les pédales, à me mettre à trembler, à prendre des inspirations courtes et irrégulières.
Je suffoque.
J'ai peur. J'ai vraiment peur.
Je n'ai plus la moindre pensée cohérente et ma vie se résume pendant un instant, un long instant, au sourire sadique de l'homme qui me fait face.
Sourire qui disparait.
Alors mon existence disparait également.
Fuir. Je dois fuir.
Maintenant.
Je me précipite vers la porte d'entrée que j'ouvre à la volée. L'humidité et l'atmosphère lourde m'aident pas une seconde. Ils me sautent à la gorge mais je m'en fiche.
Il faut impérativement que je sorte de là. Alors je cours. Je cours et je dévale les escaliers.
Je ne sais pas ce que je fais. Je ne sais pas comment je fais. Mais à cet instant, je ne suis plus maître de moi.
Je me rendrai compte que je n'avais sur moi qu'un short usé et un t-shirt trempé, et que j'aurais couru sous la pluie battante et l'orage pendant presque une heure à m'en faire saigner les pieds que lorsque je me réveillerai en larmes et incontrôlable dans le grand appartement des deux seules personnes qui pouvaient me venir en aide à cet instant.
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- Cara ?
…
- Cara, tu veux en parler ?
…
- Laisse tomber. Mais il faut que tu avales quelque chose.
J'entends leurs voix… mais mon esprit n'arrive plus à décoder ce qu'elles disent. Je sais juste qu'elles sont apaisantes, qu'elles sont chaleureuses et familières. Rassurantes.
- Comment va-t-elle ?
Une autre voix. Plus bourrue, rocailleuse, plus âgée aussi.
- Rien à faire, elle est prostrée. Il va falloir songer à appeler un médecin.
Une voix douce, du velours, même lorsqu'il s'énerve. Qui jamais n'accroche ou ne brusque.
- Ça va pas ? Ils vont juste la bourrer d'médocs et elle sera out jusqu'à la fin du mois. Hors de question.
Celle-ci est légèrement plus rocailleuse et part encore souvent dans les aiguës, mais il en joue plus qu'il s'en préoccupe.
- Pour une fois Sabo, je suis d'accord avec Ace. Je ne suis pas sûr qu'un médecin lui fasse du bien.
- Mais on ne peut pas la laisser comme ça !
- Et bien faites comme vous avez toujours fait. Je vais vous chercher du thé glacé.
Du thé glacé… ? Ah oui, c'est l'été.
L'été…
La saison des pluies.
Je frissonne et immédiatement, je sens une main brûlante sur mon front. Une main que je connais bien. Je ferme les yeux de contentement et lorsqu'elle se retire, je n'arrive pas retenir un gémissement de plainte.
- Cara ?
Quoi… ? Qu'est-ce qu'ils veulent ? Je suis fatiguée… tellement fatiguée. J'ai juste envie de couler dans le matelas où je suis allongée et de m'y noyer.
- Cara, s'il te plaît, ne reste pas comme ça.
Pas comment ? Je suis bien là.
- Cara, je sais que c'est dur, mais s'il te plaît, réveille-toi.
La main sur mon front revient. Elle est si chaude, si agréable…
La main d'Ace. La voix de Sabo.
Ace et Sabo.
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Je cligne des yeux avec l'impression pâteuse de sortir d'un cauchemar. Et face à moi, mes deux amis m'offrent un sourire qui déborde de soulagement.
- Les gars…
- Oh bon sang Cara, souffle Ace en me prenant dans ses bras. Tu nous as fait peur… ça faisait une paye qu'on t'avait pas vu dans cet état.
- Dans quel état ? Je suis où ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Ace s'écarte et mon regard flouté se pose sur Sabo. Il a une longue inspiration de ce que j'identifie comme du soulagement.
- Tu as fait une crise d'angoisse. Tu as débarqué à notre porte en tambourinant, tu as pleuré pendant au moins deux heures puis tu t'es enfin endormie. Toute la nuit.
- Toute la nuit ?! sursauté-je. Mais alors on est…
- Dimanche, neuf heures du matin. Bonjour.
Je me prends la tête dans les mains. Et merde. J'ai recommencé… je pensais que cette époque était révolue.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'est l'orage qui t'a mis dans cet état ?
Non… Non pas l'orage.
Mille fois plus dangereux.
Je sens mon angoisse pointer, mais j'ai appris à la gérer il y a longtemps. Je verrouille, je bloque, j'étouffe. Et je respire mieux. Je garde le contrôle.
- Oui… l'orage… je suis tellement désolée…
Mais si j'ai le contrôle de l'un, l'autre en profite pour me trahir. Je fonds en larme dans les bras d'Ace qui me frotte le dos dans un geste de réconforts que je sens à peine. Mes sanglots me dégoûtent. Je n'ai pas le droit de les monopoliser pour mes bêtises, je n'ai pas le droit d'être un poids pour eux… pourtant je n'ai pas la force de me rebeller contre ma faiblesse. Pas aujourd'hui.
Lorsqu'Ace recule jusqu'à ce que son dos touche le mur où le lit est collé en m'allongeant sur son torse, je ne résiste pas. Je dois être en train de ruiner son t-shirt mais il ne me dit rien. Il est trop gentil. Puis le lit bouge à nouveau et Sabo s'installe à ma droite. Ace cajole déjà mes cheveux d'une main et me masse le dos de l'autre. Sabo ne me touche pas. Mais il est là. Il est toujours là. Et entendre sa respiration juste à côté a le même effet sur moi que le plus puissant des anesthésiants quand je suis dans cet état.
Je respire enfin, inspiration après inspiration.
La porte s'ouvre et un homme d'âge mûr aux longs cheveux argentés et aux lunettes aussi rondes que les miennes entre avec un plateau dans les mains.
- Bonjour Cara.
- Bonjour Rayleigh. Je suis désolée de m'imposer.
Il secoue la tête et me tend une tasse de thé glacé fait maison que j'attrape, un peu hésitante.
- Tu es toujours la bienvenue ici. Et je suis heureux que tes pas t'aient guidé ici plutôt que dans un endroit où tu te serais perdue.
Je frissonne en y pensant… mais il a raison. Complètement hors de mon corps comme je l'étais, j'aurais pu atterrir n'importe où, tomber ou glisser, me faire renverser…
Ace tire sur une de mes mèches de cheveux lorsqu'il comprend à quoi je pense et j'arrête immédiatement. Sabo me tend mes lunettes et je les mets avec soulagement, y voyant enfin clair.
On trinque et boit.
Ils sont là. Tout va bien.
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La pluie tombe en bruîmes légère sur mon parapluie. L'air est toujours aussi lourd, mais il ne tonne plus depuis la veille. C'est un lundi tout à fait calme qui se présente à la Cité.
J'ai eu un mal fou à convaincre Ace, Sabo et surtout Rayleigh de me laisser rentrer chez moi, et de me laisser rentrer seule. Mais sans orage, j'ai aucune raison de faire de crise de panique… n'est-ce pas ?
Alors j'ai insisté pour rentrer. Je travaille au bar ce soir, et mon appart a besoin d'être nettoyé. Non les gars, je vous ai assez dérangé comme ça, pas la peine de me raccompagner. Merci. Merci pour tout.
Les fourbes, ils ont même essayé de faire retarder mon départ en me demandant de rester « au moins jusqu'à ce que Luffy rentre ». Ah ! Mais je le connais ce numéro-là ! Luffy est une vraie pile électrique qui peut parler et s'amuser pendant des jours entiers sans se fatiguer. Je ne serais pas partie avant la dernière seconde pour être en retard. C'est l'expérience qui parle.
Alors j'ai pris une douche brûlante, puis glacée et j'ai emprunté les vêtements d'Ace. Ça les a surpris, parce que lorsque je pique un t-shirt, ce sont plutôt ceux de Sabo, plus mince et menu d'épaule que son frère, je flotte moins dedans. Mais j'ai insisté. Et au fond, je me traite d'idiote.
Je déambule dans la ville et ne croise pas beaucoup de voitures. Quartier tranquille, loin du centre agité. J'aime cette ambiance. La pluie épaissie l'air comme un coussin de plumes et assourdit les bruits. C'est plus agréable que la neige, plus chaud. Et la couleur que prend la verdure, presque grisâtre mais brillante, comme vu à travers un filtre, je trouve ça magnifique.
C'est sereinement que je passe devant ma boite aux lettres. Je n'ai pas la clef sur moi. Tant pis, je repasserai. Mes pas résonnent fortement dans l'escalier de béton. Je dois être la seule dehors par ce temps.
Premier étage.
Deuxième étage.
Tout au fond à droite.
Moment de vérité.
Que je connais déjà.
La porte est fermée mais lorsque je soulève le paillasson gorgé d'eau, la clef est là.
J'ouvre ma porte et le silence règne.
Il est parti.
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Merci d'avoir lu !
