Hey !

Merci à Caravan176, The story of a rabbit, Katym, Traff Lamy, Les-Fictions-De-Niils, LilyDTrafalgar et etolia7 pour leurs reviews ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.

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Chapitre 5

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Je ne sais même pas pourquoi je suis déçue. Ce type était sûrement un délinquant traitant avec les yakuzas qui aurait pu me tuer si j'avais franchi la limite. Et il me faisait peur.

Et pas la petite peur face à une araignée un peu grosse, nan nan nan.

La bonne vieille terreur d'enfant face au monstre du placard.

Rien que d'y penser, mes doigts se crispent et le verre que je suis en train d'essuyer grince désagréablement.

La sonnette de la porte d'entrée du bar tinte doucement, me sortant de mes pensées.

- Bienvenu. Ah, c'est vous patron. Déjà de retour de votre balade ?

- Ah Cara, soupire théâtralement King Brook. Pouvoir jouer du violon sous la bruîmes et la pleine lune est un plaisir si intense ! Mais il faut savoir ne pas abuser des bonnes choses.

Je souris et il fredonne un air qu'il a souvent aux bouts des lèvres.

J'adore mon travail.

Le Laboon's Soul est un bar assez petit, à la déco vintage en chêne lustré venant en renfort de fauteuils verts foncés, et où les touches de doré sont parsemées juste comme il faut pour me fait rêver. La musique qui passe en un très doux fond sonore est le plus généralement du jazz ou du blues. Rien que pour l'écouter, je pourrais rester pendant des heures, même après mon service.

Je suis l'unique barmaid.

Et pour être honnête, c'est à cause des… mauvaises habitudes un brin perverses du propriétaire.

King Brook est un musicien de génie, sachant jouer de tout ce qui peut faire de la musique et en tirer la plus belle des mélodies. Il est aussi le dernier membre vivant du Rumbar Crew, un groupe de soul très connu. Mais aujourd'hui, lorsque Brook donne un de ses rares concerts dans la salle aménagée à cet effet au sous-sol, ce ne sont plus que des solos.

Magnifiques et envoûtants, mais des solos.

Il se donne rarement en spectacle. Quand il en a envie. Alors il met une annonce sur la porte du bar et le soir de la représentation, la salle est plus que comble. Certains restent même dehors, devant la porte quel que soit le temps qu'il fait dans l'espoir de l'entendre jouer.

Et très franchement, ça en vaut le coup. Si je n'avais pas la chance de travailler au bar, je ferais partie de ceux qui attendent désespérément dehors, quitte à attraper la crève à chaque fois.

Mais avant que je postule au début de ma première année de lycée, jamais il n'avait réussi à garder un serveur plus d'une semaine (« ce type va me rendre dingue ! Dingue vous m'entendez ?! ») et une serveuse plus d'une heure (« Kya ! Qu'est-ce que vous racontez ! Espèce de satire ! » Sbraff). Record à battre : deux jours, quatre heures et trois minutes avant qu'elle rende son tablier et fasse des adieux déchirants -dixit Brook.

Record que j'ai largement éclaté. Eh eh… un an et demi, et tant que mon patron veut de moi, je resterai là. J'adore ce job.

- Et bien ma chère, peut-être que si nous n'avons pas de clients ce soir, je nous jouerais quelque chose en privé.

La première semaine des vacances était toujours très calme. Mais les clients revenaient vite.

- Je vous parie cent Berry que notre duo de Don Juan passera ce soir.

Il éclate de rire.

- Ho ho ho ! Pari non tenu demoiselle. Ils vont passer à tous les coups.

Nous échangeons un sourire entendu et je repose son verre pour continuer ma vaisselle pendant que Brook passe dans l'arrière-boutique pour rejoindre son bureau composer un énième morceau.

Et ça ne manque pas. Dix minutes plus tard, les voilà.

- Bienvenus !

- Sbralut, me renifle l'un d'eux.

- Salut, me traduit son ami qui le soutien pendant qu'il déverse un flot de larmes et morve sur le caban de son pote.

C'est beau l'amitié. Et je suis de toute manière mal placée pour commenter. Hum…

- Elle était belle ? je demande en versant deux bières brunes dans des pintes pendant qu'ils s'installent au comptoir en face de moi.

- Ou-ou-ou-ouaiiiiiiiiiheheheiiiiiiiiiin, pleure toujours le cœur brisé de la soirée.

- Pen', je t'en prie, reprends-toi, le sermonne son ami qui a du mal à cacher son hilarité.

- Mais -sniiiiiiiiiiiiiff- mais elle -sniff sniff- mais elle était tout pour mouhaaahahahaha… !

Je leur tends leur bière et Pen' l'attrape sans plus attendre pour en boire une longue rasade. J'en profite pour me servir un verre de sirop d'orgeat. Je sens que ça va être long.

Shachi me fait un clin d'œil auquel je réponds volontiers par-dessus mes lunettes, tout en trinquant avec lui, avant de nous plonger dans le récit du cœur torturé de Aoi Penguin, sous les commentaires acerbes de Chinami Shachi.

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Brook nous aura donc même fait un concert privé grâce auquel, Pen' a soudain tout oublié de cette « Eloïse ou Natasha je sais plus quoi » et ils sont reparties frais comme… ben comme deux potes un peu souls prêts à repartir vers de nouvelles conquêtes. Je suis prête à parier mon salaire que dans trois jours, c'est rebelote pour Pen', mais qu'après, c'est au tour de Shachi.

Ces deux-là me font toujours rire. Ils sont des habitués du bar depuis bien avant que j'y travaille, mais comme je suis la seule à être restée, ils ont vite ouvert la discussion et personne ne peut leur résister quand ils font leur numéro.

Ils commencent une nouvelle ardoise tous les premiers du mois et la paye à la fin. Je suis certaine qu'à eux deux, ils font mon salaire mensuel. Faudrait que je demande à Brook tiens. Hum. Nan, mauvaise idée. Il va vouloir échanger l'info contre la couleur de ma culotte et si je lui dis que je ne porte que du noir, il va jaser qu'une lycéenne ne devrait porter que des culottes à motifs de fraise ou de fleur. Je ne vais pas le forcer à aller jusque-là, non…

Il est presque minuit à ma montre. Brook a fermé plus tôt vu que nous n'étions que quatre.

Et il pleut toujours, épargnant rarement mes verres ronds ce qui me donne un peu une vision de kaléidoscope.

Les réverbères éclairent les ruelles d'une douce lumière jaune et dans la nuit, la seule chose qui résonne est l'eau qui dégouline des gouttières un peu partout. Même moi qui ne fait pourtant pas beaucoup de bruit, j'ai l'impression que chaque pas provoque un véritable vacarme et trouble l'instant de paix que peu offrir cette ville à cette heure de la nuit.

Et invariablement…

Je repense à lui.

Avec le recul, je me rends compte à quel point j'ai été stupide. A quel point ce que j'ai fait était dangereux.

J'aurais pu me faire cambrioler, tuer… ou pire. Mais sur le moment, je n'y avais même pas réfléchi. Une attitude qui m'aurait valu de longues, très longues heures de remontrances de Koala, Rayleigh, Ace ou Sabo.

Mais voilà, ils ne savent pas et heureusement pour mon seul tympan encore valide.

Pourquoi j'ai fait ça ?

Parce que je ne voulais pas le laisser crever là ? N'importe qui d'autre ne l'aurait pas écouté et aurait immédiatement appelé les secours. Mais moi… Je l'ai ramené jusque chez moi, dans le canapé où je me recroqueville tous les soirs et où je lis pendant des heures. Je l'y ai soigné, j'ai retiré une balle de revolver de son dos.

Je l'ai laissé m'atteindre, briser mes maigres barrières et m'obliger à fuir. A fuir du seul endroit sur terre que je considère comme « chez moi » depuis des années.

Son sourire était sadique, son regard cruel. Il ne lui fallut qu'une seule main pour me briser la nuque. Il semblait sur le point de… de devenir violent.

Mais je peux m'empêcher de penser que lorsque je suis rentrée chez moi, tout été à sa place, pas un livre dépassait, le linge était plié sur la table basse et l'appartement avait été aéré. Pas la moindre trace de son passage sauf…

Sauf sur la table.

Elle avait dû être tachée de sang parce qu'elle avait été frottée récemment.

Et là, au fond d'une coupe de saké que j'avais oubliée posséder, il y avait la balle.

Il ne l'a pas prise en partant.

J'ai repris mon quotidien en laissant la coupe là où elle était. Je la fixe quand je mange. Je la fixe quand je passe devant. Je la fixe dès que je lève le nez de ce que je fais, même si c'est lire un bon roman.

Elle est là.

Comme l'ultime preuve de ma bêtise et une éternelle mise en garde.

Plus jamais je ne dois faire quelque chose d'aussi stupide et dangereux.

Plus jamais.

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Un cri de rage interrompt mes réflexions.

D'autres s'élèvent et je m'immobilise sous le réverbère où je passais. Je fronce les sourcils… puis sursaute en entendant une détonation.

Un coup de feu.

Mon sang se glace dans mes veines avant de repartir à une allure folle.

Des échos de voix s'élèvent, des bruits de coups puis des pas. Une course effrénée.

Éblouie par la lumière de l'ampoule au-dessus de moi, je ne vois pas immédiatement la silhouette qui court dans ma direction… puis clairement sur moi. J'ai un réflexe défensif qui me fait faire un pas en arrière, mais je ne peux pas faire plus.

La silhouette passe à côté de moi… me frôle… et pendant un instant, un minuscule instant, la lumière éclaire son regard qui se lie au mien.

Puis tout disparaît.

Le regard, la silhouette, les bruits de pas. Tout.

Le silence revient l'espace de quelques secondes avant que d'autres personnes ne viennent à ma rencontre.

Ils sont une dizaine, essoufflés, fulminants de rage. J'aperçois dans leurs mains l'éclat d'une arme à feu ou d'un couteau.

- Toi ! me hurle un gros balourd et sa voix résonne comme un blasphème dans une nuit si parfaite. Où est-il parti ?! Parle !

Et…

Et je n'ai pas peur.

Je penche la tête légèrement pour me donner un air niai et je l'accompagne d'un sourire exagéré.

Je jubile.

- Plait-il ?

Il plisse les yeux et donne un violent coup dans mon parapluie -qui est en fait celui de Rayleigh, j'espère qu'il est en un seul morceau.

- Joue pas à la plus maline, petite pute, susurre-t-il. Si on était pas aussi pressé, je m'occuperais de ton cas personnellement. Mais si tu t'obstines à ne pas vouloir discuter gentiment, je peux toujours prendre mon temps pour te faire longuement chanter la direction qu'il a pris.

Je n'ai pas peur.

Mon sourire s'agrandit.

- Sa seigneurie est chanceuse, je suis d'humeur bavarde aujourd'hui. Un grand truc tout pelucheux, qui ressemblait à s'y méprendre à un chat de gouttière a pris dans cette direction peu avant votre arrivé. Mais que sa seigneurie m'excuse, je ne pourrais jamais chanter pour elle, ma voix est pire que de la crécelle, et je ne chante pas pour les salopards. Soit dit sans vous froisser.

Il est furieux et son regard me promet mille souffrances. Je le vois. Il hésite. Il pèse le pour et le contre de me tuer.

Je joue à un jeu dangereux, et je joue avec ma vie. Comme si ce n'était qu'un brin de paille fragile que je faisais passer d'une main à l'autre avec légèreté avant de l'approcher d'un brasier ronflant pour voir jusqu'où je peux l'avancer avant qu'il ne s'enflamme.

A cet instant, pour cet homme, ma vie ne représente qu'une hésitation. Une hésitation qui me maintient sur le fil du rasoir de son couteau.

Je n'ai pas peur.

Il m'aurait peut-être égorgé là, sur place, pour mon affront si un de ses hommes de mains ne l'avait pas forcé à les suivre pour partir à la poursuite d'un chat fantôme. Ma vie vient de se jouer à deux mots d'un gars dont je n'ai même pas vu le visage.

Mais avant de faire demi-tour, il prend tout de même le temps de cracher à mes pieds.

Je n'ai aucune réaction, insensible.

Je n'ai pas peur.

Lentement, je ramasse mon parapluie et rajuste mon sac sur mon épaule. Puis je bifurque dans un renfoncement juste derrière le réverbère. Un renfoncement dans la haie qui cache un compteur d'eau.

Il est là.

Effondré comme il l'était il y a deux nuits de ça devant ma porte.

Nos regards se croisent. Echange silencieux qui nous met d'accord.

Je lui tends la main.

- Je m'appelle Cara. Swallow Cara.

Il l'agrippe fermement.

- Law. Trafalgar Law.

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Merci d'avoir lu ~