Hey !

Au passage, un immense merci à vous…

Poster était une bonne initiative puisque tous vos commentaires et vos retours m'auront donné une motivation à toute épreuve qui m'aura fait avancer malgré le peu de temps que j'ai pour écrire.

En cinq chapitres et trente reviews ('tain trente review quoi ! MERCI !), j'ai repris des dizaines de passages, écris trente pages de plus en moins d'un mois et modifié certains aspects ou chapitres futurs.

MERCI à vous ! Vous n'imaginez peut-être pas l'impact que vous avez sur cette histoire, mais croyez-moi : sans vous, beaucoup de choses ne seraient pas ce qu'elles sont lorsque je les poste.

(Ce qui risque de faire hurler mes bêtas puisque je n'arrête pas de faire des changements et que je leur redonne à chaque fois du travail… courage.)

Merci à Etolia7, Les-Fictions-De-Niils, Katym, Traff Lamy, Lena18 et The Story of a rabbit pour leur review ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.

RAR :

Katym - Je te perds un peu plus à chaque chapitre… crois-moi, je fais vraiment ce que je peux, je n'ai juste pas le talent pour faire passer exactement ce que j'imagine. Crois bien que j'en suis vraiment désolé. J'espère que ce chapitre éclairera ta lanterne. Pour Ace… ah, j'ai peur de spoil en te répondant, mais ce n'est certainement pas avec Cara qu'il aurait une romance. Tu auras une partie de la réponse dans quelques chapitres…

Traff Lamy - Le mot amitié n'est pas vraiment celui que j'aurais choisi avec tout ça… ça viendra…

Lena18 - J'aime bien mon pseudo… Bon, j'en changerais peut-être un jour, mais « Percy » fait un bon compromis. Enfin j'espère. Merci pour tous ces compliments, ça fait extrêmement plaisir (et c'est extrêmement stressant parce qu'il faut que j'arrive à garder le niveau derrière). Tout est encore remplis de petites (grosses) imperfections, mais je fais au mieux petit à petit.

J'ai en effet un petit problème avec l'orthographe, pourtant on est deux dessus mais je change tellement de petites choses que mon bêta ne suit pas et je n'arrive pas à trouver toutes mes fautes de moi-même, je n'ai pas assez de recul.

Cara est vraiment un personnage que j'ai inventé ligne après ligne. Je ne savais même pas qui elle était ou son nom quand j'ai commencé à écrire. Elle s'est construite au fur et à mesure et continue encore. En fait, elle a même failli être un garçon puisque j'y est sérieusement songé vers le milieu de l'histoire. Quant à son talent caché, tu as ta réponse dans ce chapitre.

Je sais bien que les balles ne se retirent (pas toutes) comme ça, seulement si j'avais été réaliste à cent pour cent, il n'y aurait pas eu d'histoire puisque ce pauvre Law serait simplement mort d'un choc septique ou d'exsanguination… Mais tu as raison. Merci pour ta minute médecine.

Ne faites pas ça chez vous. En fait, ne faites pas ça du tout hein : si y'a un macchabée devant votre porte, appelez les flics sans réfléchir. Cara n'est pas un exemple à suivre. Jamais. Ne faites rien comme elle.

En tous cas, merci beaucoup à toi, Lena pour ce commentaire constructif ! (Je parle toujours trop dans mes réponses, je sais… je m'en excuse.)

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Chapitre 6

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Je déverrouille la porte, le laisse passer et referme derrière nous. En poussant un profond soupir de soulagement à l'idée que je sois enfin chez moi, je jette sur la table clefs, veste et sac. J'examine vite fait le parapluie mais il n'a rien alors je le replie et le pose dans l'entrée pour qu'il sèche.

Il me regarde faire sans un mot.

- Ne compte pas sur moi pour une visite guidée, lancé-je d'un ton détaché. Je suis fatiguée et j'ai besoin d'une douche. Fais comme chez toi.

Je passe par la buanderie et lui lance une serviette au passage. Il dégouline, on dirait un chat échaudé. C'est à mourir de rire, mais il n'a pas l'air d'humeur.

Bon.

- Vire tes fringues, tu vas chopper la mort et c'est pas le moment.

Il obéit et à nouveau, se retrouve en boxer sur mon canapé à frotter vigoureusement ses cheveux dans une serviette.

J'en profite pour jeter un coup d'œil à ses blessures et je grimace. Les rougeurs ont toutes disparues, mais les bleus ont une impressionnante couleur violette tintée de jaune à certains endroits et les gazes sont tellement trempées qu'elles ne tiennent que par la volonté pure du sparadrap en bout de course qui les maintient.

Ma douche attendra. J'essuie mes lunettes constellées de gouttes de pluie puis j'attrape à nouveau la boite à pharmacie et le sucre. Il arrête ses mouvements quand il me voit me poster face à lui mais ne relève pas ses yeux jusqu'à mon visage. Arf, il m'énerve ! Impossible de savoir à quoi il pense.

- Tu me fais une place ? Que je m'occupe de ça.

Il hésite, puis se rassoit, une jambe repliée et face à l'accoudoir. Je m'installe derrière lui et enlève doucement les compresses. A chaque fois, les morceaux de sucre se sont dilués et c'est une véritable purge à enlever. Mais les deux plaies ont un aspect très sympathique. Et oh miracle ! Aucun point n'a sauté.

- Une chance pour toi, je suis passée racheter du désinfectant ! Pas d'alcool de mandarine pour ton dos.

J'ai failli… j'ai failli lui demander s'il avait mal, s'il voulait des antidouleurs… mais quelque chose me dit qu'il ne me répondrait pas.

Alors je m'occupe des blessures du mieux que je peux, et, lorsque j'ai fini, je contemple mon travail, assez fière.

- Et voilà. C'est que je commence à prendre la main, aujourd'hui les blessures par balle, demain je serai aux urgences. Tiens, cadeau.

Je lui tends deux comprimés d'antalgique et vais lui servir un verre d'eau qu'il descend pendant que je m'étire.

- Maintenant, ma douche !

Parce que ce n'est pas que, mais je dégouline également. Je passe par ma chambre prendre des affaires, et en repassant devant lui, je lui tends un t-shirt sur un pantalon plié.

- C'est à Ace, mais même pour lui c'est trop grand. Ça devrait t'aller.

Il attrape les vêtements, et les passe sans plus attendre. Impeccable ! On dirait que ces fringues ont été faites pour lui.

- Génial. Puisque t'es rhabillé, je vais m'occuper de mon cas avant de finir par moisir. Fais comme chez toi.

Et je ferme la porte de la salle de bain derrière moi. Je me rends compte une fois nue que je n'ai même pas pris la peine de tourner le verrou.

Je suis complètement folle.

Mais bon, je suis plus à ça près.

Quand je ressors, enroulée dans une serviette, il est assis sur le canapé et lit le livre que j'ai laissé là hier soir. Sur la table basse, il y a deux tasses de thé. Compris mon gars, j'arrive.

Je m'habille vite-fait de mon pyjama -une camisole et un simple short, mais il fait trop chaud pour porter autre chose. Je passe juste un gilet léger par pudeur et m'installe correctement assise en senzai sur un cousin en face de lui. Je pose un coude sur la table basse qui nous sépare et attrape la tasse encore fumante.

- Merci pour le thé.

Il hoche brièvement le menton mais ne répond pas. Bon ben ce sera donc un monologue.

- Si tu aimes cet auteur, tu vas être servi. Y'a tous ses livres sur les dernières étagères de la chambre. Si tu es insomniaque, ça te fera au moins de la compagnie.

C'est vrai qu'il aurait besoin de dormir au moins dix ans pour effacer les cernes monstrueux qu'il a sous les yeux. Il a la sale tête du type qui a passé une nuit atroce après une journée horrible dans une semaine pourrie d'un mois dégueulasse d'une année de malheur dans une existence de merde.

Mais bon, visiblement ce que je lui propose ne lui plait pas. Je ne lui laisse pas le temps de refuser, je reprends.

- Pense même pas à me dire que tu prends le canapé. Tu as au moins vingt centimètres de trop pour ça, et moi je rentre pile-poil dedans. Alors tu dormiras avec le futon qui est dans la chambre. C'est non négociable.

Quand nous sommes toutes les deux, Koala et moi, la pièce est juste assez grande entre l'armoire et les étagères pour avoir la place de mettre les deux matelas, alors on les range comme il faut au matin. Mais pour une seule personne, il peut bien rester à s'aérer, ça ne dérange personne.

Par contre, je n'ai aucune, mais alors aucune envie de dormir à côté d'un type qui pourrait me faire faire des cauchemars jusqu'à la fin de mes jours d'un seul regard.

Il n'a quand même pas l'air emballé.

Alors je lui souris et conclus d'une voix plus basse.

- T'en fait pas, j'ai un sommeil de plomb. Si tu veux t'échapper pendant la nuit, j'entendrais rien.

Il ne fait aucun geste pour me contredire.

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Une bonne odeur d'œuf assaille mes narines et j'inspire avec délice. Les crépitements sur la poêle sont plus bruyants que la pluie qui tombe encore et toujours.

- Koala… J'veux d'tartines d'pains à l'huile d'olive 'vec d's'œufs brouillés au p'prika et d'thé à l'vanille…

- Je ne pense pas pouvoir faire ça aussi bien qu'elle, mais je peux toujours essayer.

Je sursaute et me réveille d'un bon en ne reconnaissant pas de suite sa voix caverneuse, mais dans ma précipitation, je m'embourbe dans ma couverture et tombe du sofa avec un cri de panique.

Je me redresse sur un coude, désorientée, le nez à un centimètre du bord de la table basse que j'ai bien failli me prendre en pleine tête. Ouah, dangereux. Et… j'ai encore réussi à me ridiculiser. J'excelle dans cette catégorie.

Je passe une main dans mes cheveux et lève mon regard vers lui qui me regarde avec une poêle dans la main. Même sans lunettes je devine son fichu poker-face qui ne laisse pas passer la moindre émotion au-delà de ses sourcils froncés. Ça m'agace prodigieusement.

- Dis, tu voues un culte au pain ? Ne me dis pas que tu manges de ça à tous les repas ? Y'en a deux baguettes entières, ça fait beaucoup pour toi toute seule.

Je m'assoie en chaussant mes lunettes pour y voir plus clair.

- Pas à tous les repas, mais au petit dej'. Pourquoi ? T'aimes pas le pain ?

Il a une grimace éloquente mais que je trouve amusante. Un grand garçon comme lui qui fait des manières sur la nourriture. On aura tout vu.

- Dis-moi plutôt où se trouve le paprika si tu y tiens tant que ça.

Je me lève et attrape le flacon que je lui lance et qu'il réceptionne avec agilité.

- Thé ? je lui propose.

- Tu as du café ?

- Va pour du café.

Rapidement, je mets tout en place, puis profite du temps de latence pour attraper ma couverture et passer dans la chambre la ranger et me changer. Je souris. Le volet est ouvert et le futon, replié dans un coin.

Quand je ressorts, une assiette fumante m'attend sur la table et le café est servi.

- Bon appétit.

Hum. Je ne peux pas lui enlever : il cuisine bien. Mieux que moi. On mange silencieusement, et le regarder avoir un air un peu dégouté pendant que j'engloutis mes œufs à grand renfort de pain à l'huile d'olive.

- Ce n'est pas super bon pour ta ligne.

J'hausse les épaules. Je suis petite mais athlétique. Par contre, c'est vrai que dès que je m'empâte un peu, tout atterri sur mes cuisses et ce n'est pas vraiment ce qu'il y a de plus glamour. J'aurais préféré que ça monte un peu plus haut parce que j'ai la poitrine à peine moins plate que celle de Sabo. Mère Nature me déteste.

- Le petit dej' est mon repas le plus consistant de la journée. Après je suis quasiment à la diète.

Il hausse les épaules, l'air de dire que ça ne le regarde pas. Je me charge de la vaisselle alors qu'il commence à changer de nouveau le pansement de son flanc. Je le rejoins une fois fini pour m'occuper de celui de son dos. Le fait qu'il ait fait aucune remarque sur la forme de la cautérisation me fait penser qu'il ne l'a toujours pas vu. Je suis donc actuellement en sursis.

- Sympa tes tatouages.

Et je suis sincère. Entre celui de sa poitrine représentant un cœur aux lignes tribales avec un smiley au niveau du plexus solaire, les mêmes cœurs délétères sur les bras et les épaules, et l'autre smiley sur le dos sans oublier ceux de ses avant-bras, dos de main et phalanges. C'est quand même la classe, faut l'avouer.

Mais il doit penser que je me moque de lui ou que je sous-entends quelque chose parce qu'il me lance un regard assez hargneux.

- Un problème ?

- Oui, toi. Sans rire, arrête de prendre la mouche pour un rien, c'est fatiguant ta défensive. Je disais ça sans arrière-pensée. J'ai pas de préjugés. Pour ta gouverne, ma coloc en a un dans le dos, une de mes amies les plus proches en a un magnifique sur le bras et les clavicules, et sa petite sœur de quatorze ans en a un sur l'épaule pour cacher une cicatrice. Alors du calme.

Bon, ça marche, il détourne le regard. Mais moi faut que j'arrête d'être aussi abrupte avec lui parce que je vais vraiment finir par me faire égorger, et faudra pas demander d'où ça vient. Mais je n'y peux rien s'il me stress à réagir comme ça.

- … Sympa tes cheveux.

Je sursaute et passe une main dans ma tignasse. Oh je dois avoir une de ces têtes ! Rouge comme une pivoine, je me précipite dans la salle de bain avec un peigne pour dompter mes cheveux.

Ma crinière est une horreur. Premièrement, elle a une couleur noire incertaine avec des tons boueux qui rappelle la glaise grisâtre. Pas appétissant. Ensuite, ils ondulent et bouclent aléatoirement, comme si un coiffeur fou s'était amusé à me faire une anglaise foirée sur deux. Ils m'arrivent à peine au menton, mais plus courts, c'est une pagaille qui ferait passer une guerre mondiale pour une guéguerre de bac à sable, et plus longs, je passe des heures et des heures à détacher nœuds après nœuds ce truc immonde que j'ai sur la tête.

Alors là, c'est un vrai nid de corneilles. J'essaie de les discipliner -sans succès- puis finis par coincer les mèches envahissantes avec des épingles en espérant que ça suffise. Quand je travaille, je porte un turban élastique noir pour faire un peu plus pro, mais là je ne vais pas me fouler.

- Faut que je sorte faire deux courses, je le préviens alors qu'il était retourné à son livre avant de lister ce qu'il me manque. Faut que je refasse le plein d'œufs, de lait, de sucre, de gazes, de sparadraps… Tu veux du miel et autre chose ?

Il me regarde par-dessus son livre. Poker face. Encore. Rah, il m'énerve !

- Tu as un rasoir ?

- Tu veux dire pour t'occuper de la barbe de trois jours qui te grignote le bouc ? Nan, on est plutôt cire ici.

Plus douloureux, mais plus efficace. Et quand on porte deux uniformes différents par jours avec que des jupes, c'est obligatoire.

- Mais si tu veux, je te prête le matos. Je suis sûre que ça serait une bonne expérience.

Son expression reste de marbre.

- Je blague. Je te prendrais des rasoirs jetables. Faut aussi que je te ramène des fringues, je pense pas qu'Ace apprécierait que ses affaires disparaissent dans la nature sans laisser de traces. Tu me donnes ta taille ou tu tiens à ce que je fasse ça au pifomètre ?

Il lève les yeux au ciel mais me donne ses mesures de bonne grâce. Je m'éclipse en laissant mon appartement entre les mains d'un parfait inconnu pour la deuxième fois en deux jours.

Il pleut toujours des trombes. Fichtre.

En partant, j'ai dû me faire violence pour ne pas regarder ma merveille : ma planche de skate avec laquelle je me déplace la plupart du temps. Mais j'évite à cause de la pluie, trop dangereux. Alors je me rabats sur le vélo.

Pas grave. Capuche abaissée, je décroche mon deux-roues et prends, à une vitesse peut-être un peu risquée vu l'état de la route, la Grande Voie jusqu'au centre-ville. Je gare mon vélo et entre dans le premier magasin de prêt-à-porter masculin que je vois.

La vendeuse m'accueille avec le sourire de celle qui a tout compris. Elle croit que je suis là pour mon petit ami ou pour mon père. Si elle savait.

Bon, je ne compte pas lui refaire une garde de robe, mais il va quand même lui falloir de quoi être présentable. Deux t-shirts sans motifs, deux jeans droits de la même couleur que la serpillère qu'est devenue celui qu'il portait lorsque je l'ai trouvé et une veste confortable à capuche noire ; boxers identiques aux siens et deux paires de chaussettes. J'ai failli, vraiment failli lui en prendre avec des motifs de petits cœurs, mais je crois qu'il ne vaut mieux pas trop pousser la blague. Alors elles seront grises et ternes. Ennuyeux.

Je pose le tout sur le comptoir et la vendeuse scanne pendant que je surveille le montant. C'est qu'il va me couter une blinde le chat de gouttière ! Bah, mon job rapporte assez pour que j'ai de bonnes réserves pour ce genre de coup dur et c'est toujours ça qui ne partira pas dans des bouquins. C'est Koala qui va être contente, parce qu'elle étouffe sous mes livres que j'éparpille un peu partout.

- Vous voulez que je vous l'emballe ?

- Pas la peine, c'est pour usage immédiat. Il faut vite que je retourne aux pompes funèbres habiller le corps de mon père pour la veillé funèbre.

… Bon sang j'ai toujours rêvé de la dire celle-là !

L'expression de la vendeuse est géniale. Avec un grand sourire, j'attrape le sac dans ses mains immobiles et sort en la remerciant bruyamment.

Je me dépêche de finir mes achats et entreprends de faire le chemin inverse pour remonter chez moi : c'est à dire la Grande Voie menant au Quartier Nord-Ouest où l'on habite. Sauf qu'elle devient alors une Grande Montée. Trop raide pour que je tienne la distance à vélo et certainement pas en skate -aaaah, pas penser à ça, j'ai les jambes qui me démangent et la furieuse envie d'envoyer balader les règles de sécurités élémentaires pour m'élancer sur ma planche-, alors je marche en poussant mon engin. C'est pour ça que je ne prends pas un gramme même si je me mettais à manger autant qu'Ace. Cette pente est plus que radicale contre l'amas de graisse.

Et Koala en fait l'aller-retour en courant tous les matins avant d'aller en cours. Pour s'échauffer. Cette fille est un monstre. Et ce n'est pas la seule. Si Koala part avant moi, je vais en cours avec les deux gars qui courent à côté de moi pendant que je me maintiens à leur hauteur… sur ma planche. Des monstres, tous !

Je rentre après avoir toqué doucement. Il lève le nez du livre. Il n'a pas bougé et je lui souris.

- Je t'ai pris ce que j'ai trouvé, mais je te garantis pas que la vendeuse me les reprenne en cas de problème.

Il hoche la tête mais ne bouge pas. Alors je place le tout dans la chambre et finis de ranger le reste pendant qu'il va s'occuper de rafraîchir ses joues. Le collier de barbe lui allait bien mais je préfère définitivement quand il n'a que son bouc. Il fait plus jeune.

Tiens, c'est une bonne question à lui poser ça. Je serais incapable de dire son âge. Plus de vingt ans c'est sûr, moins de trente également mais combien ?

- Tu as quel âge ?

Il me juge un instant d'un regard que je ne peux pas décrypter. Il doit être en train de peser le pour et le contre. Je lève les yeux au ciel, un peu exaspérée.

- Tu m'as donné ton nom, savoir ton âge ne va pas lever une épée de Damoclès au-dessus de ta tête.

- J'ai vingt-cinq ans.

Outch ! Presque dix ans d'écart ? Ah d'accord, ce n'est pas rien quand même.

- Tu les fais pas, je lui offre en haussant les épaules.

Mais je ne rajoute rien. Physiquement, il fait peut-être un brin plus jeune, les tatouages peut-être. Mais son regard en fait vingt de plus… -et une fois de plus, ma réflexion tout droit sortie d'un livre me fait honte. Faut que je me calme avec le lyrisme mal placé.

- Et toi ?

- Seize. Je suis en seconde année de lycée mais de septembre.

Il me pose la question par politesse, ou il n'a vraiment pas fouillé dans mes affaires pour voir ma carte d'identité ou mes livres de cours ? Il avait tout le loisir de le faire.

- Tu comptes me demander ce que je foutais devant ta porte avec une balle dans le dos ou pas ?

Son ton est sec et agressif, plus tendu. Je me contente de balayer la question d'un revers de la main.

- J'en ai rien à faire de ce que tu fais de ta vie. Et puis, vu le gars d'hier soir, j'ai absolument aucune envie de me frotter plus que ça à tes histoires. Je laisse ça aux gens compétents. C'est juste que j'ai des principes et que du dix contre un, ça tourne plus à l'exécution sommaire qu'à la bagarre d'ivrogne pour moi. Et je suis contre la peine de mort.

Il semble jauger mes paroles une seconde, et j'attends. Je suis sincère j'espère juste qu'il s'en rend compte.

- Tu aurais pu appeler l'hôpital le plus proche.

- Pour commencer, t'étais tellement bien installé que j'ai eu un mal fou à te dégager de là rien que pour ouvrir la porte, et je te parle même pas de te hisser sur le canapé. Ensuite je trouvais que tu avais assez de problème comme ça, pas la peine d'en rajouter.

- … Tu aurais juste pu me laisser là.

Il est sérieux ?

- Non mais tu m'as prise pour qui ? Je suis pas une bonne-sœur, mais faudrait voir à pas abuser. Comme si j'aurais pu laisser un être humain se vider de son sang sous mes yeux. T'en as d'autre des comme ça ?

- Tu l'aurais fait pour le mec de hier soir ? rétorque-t-il.

J'ouvre la bouche pour répondre mais m'interromps. Excellente question.

- Je sais pas. Mais très sincèrement, il avait l'air d'être du genre lopette mal dégrossie. Il m'aurait envoyé balader ou m'aurait sûrement demandé d'appeler les secours. Ce que j'aurais fait d'ailleurs.

- Pourquoi pas avec moi ?

Je ne réponds pas. Parce que je ne sais pas du tout quoi répondre. Parce que je n'en ai aucune foutue idée.

- J'adore tes cernes. Je voulais les mêmes.

Ouais, ce n'était pas terrible pour évincer la question, mais j'avais pas mieux en rayon.

Mais là, à ma plus grande surprise, il esquisse un sourire.

Un vrai sourire.

C'est très léger, à peine un frémissement sur ses lèvres, mais ça compte. J'aime bien en fait, ça lui va mieux que l'expression qu'il avait et qui m'a fait paniquer.

En parlant de ça… Je m'assois sur la table basse face à lui en croisant les jambes.

- La seule chose que j'aimerais savoir…

Son sourire s'efface. J'ai peut-être fait une connerie moi. Mais j'ai besoin de savoir.

- Pourquoi tu as si soudainement changé d'humeur l'autre jour ? Tu n'avais pas vraiment l'air enjoué d'être là, mais deux minutes plus tard… (ma voix s'étrangle une seconde mais je me reprends vite) J'ai vraiment cru que tu allais…

Je n'arrive pas vraiment à finir ma phrase, hantée par le souvenir de la soirée en question.

Face à moi, il aborde une expression… étrange. Comme hanté lui aussi. Des ombres se dessinent sous ses yeux, prolongeant ses cernes de manière spectaculaire et soudain, j'ai l'impression qu'une autre personne me fait face.

Lorsqu'il plonge son regard dans le mien, j'ai un frisson.

- J'étais fiévreux, j'ai sur-réagit à-

Il s'interrompt. Puis reprend en respirant un peu mieux.

- « Séquestré » et « torturé ». Je sais bien que tu disais ça sans arrière-pensée, mais ce jour-là, j'ai… craqué. C'était juste… un réflexe de défense je dirais.

Il se tait. Je ne suis pas sûre de comprendre, mais à son ton, je devine qu'il n'en dira pas plus. D'accord, de toute façon, il ne semble pas vraiment en état de s'expliquer davantage. Il était tellement mal en point que je peux concevoir que de simples mots l'aient ainsi fait déraper…

- J'ai également sur-réagit, je lui offre. L'orage me laisse toujours hypersensible et j'ai l'habitude de faire des crises de panique assez régulièrement quand le temps se gâte.

J'ai un bref et pauvre sourire.

- J'imagine qu'on était tous deux à fleur de peau.

Il ne répond pas, toujours aussi sombre. Toute sa posture est raide, mains serrées et mâchoire crispée.

- Comment as-tu pu deviner que j'ai pris la foudre ? je demande soudain dans l'espoir un peu vain qu'il se détende un minimum. Je veux dire, avoir peur de l'orage, c'est assez courant en somme. Pas besoin d'un évènement en particulier ou quoi que ce soit. Alors comment tu as su ?

Il préfère regarder la gazinière plutôt que mon air curieux. Il finit par fermer les yeux et me faire face.

- La cicatrice dans ton dos. J'ai reconnu une vieille marque de figure de Lichtenberg. Tu as eu un mouvement et je l'ai aperçu à travers la déchirure de ton t-shirt. Pas la peine d'être un génie pour comprendre d'où te vient ta peur panique des orages.

Cette fois, c'est moi qui suis incapable d'avoir une réaction. Je me contente de le dévisager, un peu vidée et il me rend mon regard.

- J'ai pris la foudre quand j'avais sept ans. Pile sur le trapèze droit. Le choc a été si brutal que j'ai enchainé les défaillances cardiaques pendant une heure. On a fini par me stabiliser, mais je suis restée dans le coma pendant deux semaines et j'ai eu une amnésie passagère.

Je passe distraitement une main sur mes reins, mais il n'y a aucune aspérité sous la pulpe de mes doigts. Je sais juste qu'elle est là.

- J'ai eu une figure de Lichtenberg sur la poitrine et tout le long de mon dos pendant presque un an. Elle a fini par se résorber, mais pas partout. Mon chirurgien m'a affirmé que ça n'aurait aucune conséquence et que je n'avais qu'à l'ignorer. Depuis, elle s'efface chaque année un peu plus et finira par entièrement disparaître d'ici deux ou trois ans. Mais elle est un peu… sordide.

Le souvenir me revient de la honte très vive qui m'avait rongé lorsqu'un jour, un été à la plage avec mes amis, alors que j'étais en maillot de bain, une bande de lycéens s'étaient bruyamment exprimés sur le dégoût que leur inspirait ma cicatrice.

Il n'a pas l'air dégoûté, lui. Il n'esquisse toujours pas la moindre expression, mais cette fois, je lui en suis reconnaissante. Y lire quelque chose m'aurait peut-être fait plus de mal que de bien.

Alors je lui souris. Parce que je sais qu'il sait.

- Tu as remarqué, n'est-ce pas ? Law…

Et d'une main dont je ne contrôle pas le léger tremblement, j'attrape et abaisse le col de mon t-shirt jusqu'à dégager l'espace entre ma clavicule droite et la naissance de mon sein. Laissant son regard fixer ma peau nue comme s'il voyait à travers elle…

... Le pacemaker qui forme une bosse un peu dure et écœurante dans ma poitrine.

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Merci d'avoir lu !