Hey !

Merci à Etolia7, Traff Lamy, Les-Fictions-De-Niils, Katym, et The Story of a rabbit pour leur review ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.

RAR

Katym - Je… je ne trouvais pas ça si triste… J'ai un cœur de pierre ou quoi ? Heu… ben désolée pour le tire-larme. Alors oui, elle a une belle cicatrice mais qui aura disparu d'ici quelques temps ; un pacemaker qui l'empêche de mettre des décolletés mais de toute façon elle s'en fiche puisqu'elle est plate comme une limande ; elle a pris la foudre et en à garder une phobie et… et… ah peut-être en fait. Enfin elle le vit bien quoi… ('Tain j'ai un cœur de pierre pour de bon en fait.)

Au passage, tu es la première à appeler « l'OC » par son nom. Je ne sais pas pourquoi, je viens de le remarquer. (C'était la remarque inutile, on est d'accord)

Haut-les-cœurs ! Ce n'est pas un drame, mais une… comédie-romantico-mafieuse ? … Quelque chose comme ça… Ne-t'enfuis-pas-je-t'en-supplie. Merci pour ta review !

Traff Lamy - Gumhumhum… D'accord, plus de Percy comme tu peux le voir… Merci pour ta review !

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Chapitre 7

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Si je dois lui reconnaître une qualité, c'est qu'il fait un excellent colocataire. Dans un autre genre que Koala avec qui je cohabite depuis notre deuxième année de collège, mais excellent tout de même.

Koala et moi n'avons pas grand-chose en commun en réalité.

Elle est une sportive infatigable ; je ne vaux plus rien une fois descendue de mon skate. Elle sait être sérieuse quand il le faut ; j'ai tendance à tout tourner en dérision. Elle est assez bordélique ; j'aime quand tout est à sa place. Et tout un tas d'autres trucs…

Et pourtant, cela ne nous empêche pas d'être des amies proches et de cohabiter sans soucis. Peut-être que nous nous complétons assez bien pour nous supporter mutuellement.

En tous cas, durant les quelques jours -à peine sept en réalité depuis que je l'ai trouvé devant ma porte- passée avec le chaton abandonné, je dois bien avouer que si je n'ai pas appris quoi que ce soit sur sa vie -même si je ne cherche pas à savoir, je m'en fiche complètement- je sais au moins que si quelqu'un vit avec lui, il doit en être assez content.

Il a peut-être même un enfant…

Déjà, il cuisine particulièrement bien. Mieux que moi, ça fait aucun doute -et c'est assez vexant sachant que j'ai appris à cuisiner avant de connaitre mes tables de multiplications.

Ensuite, il n'est pas bruyant. J'oublie régulièrement qu'il est dans la même pièce que moi quand je travaille ou que je lis. C'est à peine s'il ronfle, et ça reste supportable. Il passe souvent plusieurs longues heures sans que le son de sa voix ne résonne et ça ne semble pas le déranger.

… Je recommence à m'exprimer comme dans un mauvais livre de gare. Des fois je me fais vraiment honte. Heureusement que je fais que le penser, parce que si je parlais comme ça, ça serait vraiment, mais alors vraiment ridicule.

Enfin, lorsqu'il ne prend pas la mouche à la moindre remarque, il s'avère de très bonne compagnie et sa conversation, bien que rare, est intéressante.

Je le plains un peu par contre. Avec dix ans d'écart et des vies radicalement différentes -je n'ai jamais pris de balle moi- il doit me trouver particulièrement ennuyante. D'autant que je suis qu'une gamine par rapport à lui.

Alors les rares fois où l'un de nous ouvre la bouche en présence de l'autre, on parle bouquin. On a au moins un auteur en commun puisqu'il a déjà lu toute ma collection à son nom, et entame le reste de mes étagères, qui débordent de toute façon.

Et il a une vision des choses qui me plaît. Il me fait voir sous d'autres aspects des livres que je pensais connaître par cœur, et un soir, on a débattu pendant au moins trois heures sur une scène.

Faudra que j'en parle à Sabo tient.

Et puis il est amusant à observer, avec plein de tics que je ne comprends pas.

Très souvent, il lève la main jusqu'à sa tempe, comme s'il cherchait à toucher quelque chose puis semble se rappeler qu'il n'a rien sur le crâne et retire sa main avec un air agacé. Comprends pas, mais ce petit manège est assez régulier pour être amusant.

Et autre chose que je ne m'explique pas, c'est sa passion pour la radio. Ou plus exactement, La Minute Romantique des Cœurs Brisés.

Une émission un peu stupide où le concept est qu'un homme nommé Motobalo Duval lit des cartes postales de femmes ayant eu une déception amoureuse avant de les rassurer, d'une voix douceâtre qui me flanque des frissons de dégoût, mais qui semble plaire aux femmes en question. Allez comprendre.

Et bien il ne rate jamais une émission. Il l'allume à minuit et demi quand elle commence -et que j'arrive à peine du Laboon's Soul au passage- et ne l'éteint qu'une demi-heure plus tard, l'écoutant religieusement comme si les mots de Machin Duval étaient des paroles de vérité absolue alors que ce n'est que de la guimauve prémâchée.

Je ne comprends pas vraiment. Il essaye d'y découvrir des messages cachés ? Une bonne vielle technique d'espion pour s'envoyer des messages ? Même s'il le voulait, les messages ne sont passés qu'une fois et beaucoup trop rapidement pour être décryptés d'une quelconque façon que ce soit. Alors qu'est-ce qu'il cherche ?

En plus, il n'a pas l'air d'apprécier non plus, mais tous les soirs, il allume ma radio et n'en décroche pas. C'est d'ailleurs ce qu'il fait sous mes yeux, assis à la table, menton dans ses mains croisées, sourcils plissés pendant que je me lave les dents.

- … car moi si je lis vos peines et que je pleure pour vous, ce sont des larmes magiques qui formeront les perles de vos futurs colliers…

Eurk. Nan mais c'est quoi ça ? Ça ne veut rien dire en plus. Lui n'a pas l'air de vraiment l'écouter non plus.

- … Et maintenant, je vais vous lire une dernière lettre qui m'aura touché au plus profond du cœur. Une lettre signée Tiana Dhallie Willa Laila. Oh, il y avait longtemps que vous ne nous aviez pas écrite jeune fille au verbe si poétique. J'avais espéré pour vous que vous aviez enfin trouvé le Grand Amour…

J'arrête tous mouvements en haussant un sourcil lorsqu'il se redresse soudain attentif. De quoi-de quoi ? Cette fille est son ex ?

- … Blessée corps et âme par ta soudaine trahison ; J'attends que mon cœur encore meurtri se refonde ; Ton cœur lui flamboie à nouveau ; Feu et flamme pour une autre ; Vert sont mes yeux pour celle qui désormais dans ton cœur me remplace ; Tâche au moins de ne pas la meurtrir elle ; Accomplis donc pour une fois un acte de véritable amour ; Pas de faux-semblants ou de faussaires ; Joins ton âme à la sienne ; Enfumé d'encens et de myrte ; Pas pour moi alors pour elle ; Besoin de t'entendre, je crois ; Aide-moi oh Venus ! ; Reste à mes côtés ; Discrète présence rassurante qui ; Assure à mon cœur ; Ta bénédiction ; Couverture sur mon cœur gelé.

… Et bien Miss, c'est à nouveau un superbe poème que vous nous off-

Il coupe la radio avec une expression satisfaite -de ce que j'arrive à deviner derrière ses sourcils perpétuellement froncés. Alors là, je n'ai rien pigé de ce qui vient de se passer.

Il tourne son regard vers moi. Ah. Je dois avoir l'air maline là, debout et parfaitement immobile dans la pièce à vivre avec ma brosse à dent dans la bouche et du…

- Tu as du dentifrice qui coule sur ton menton.

J'applique aussitôt ma main sur le filet de bave et retourne dans la salle de bain en courant pour cracher et me rincer la bouche.

Quand je reviens, il a retrouvé sa place habituelle sur un coin du canapé, et moi j'occupe l'autre accoudoir, genoux repliés.

- Quoi ? J'ai quelque chose sur le visage ?

- Nan. Mais t'es encore plus flippant comme ça qu'avec dix gars au cul en pleine nuit.

Il me lance un regard un peu circonspect et je désigne la radio sur la table du pouce.

- On dirait un vieux pervers qui se masturbe sur le malheur de ses anciennes conquêtes.

Il s'étrangle et me dévisage, outré. Alors je lui propose la deuxième solution dans l'espoir qu'elle lui plaise plus.

- Ou alors un homosexuel frustré qui se touche sur la voix dégoulinante de ce taré qui prend son pied en-

- Stop ! fait-il en levant une main catégorique. Là c'est toi qui es flippante.

- Nan, moi j'écoute pas des émissions louches à l'heure où les enfants dorment. C'est quoi la prochaine étape, le téléphone rose ?

Il semble un brin exaspéré, mais je me marre intérieurement. Oui, j'ai dit que sa vie ne m'intéressait pas. Je n'ai jamais promis de ne pas me mêler de ce que j'avais sous les yeux.

- Je t'arrête tout de suite, tu es complètement à côté de la plaque.

- Mais oui, mais oui. Je te juge pas tu sais ?

- Arrête ça.

- Et puis j'estime que l'on a chacun droit à son jardin secret, son petit chez soi intime, son plaisir coupable…

- Le tien semble être de te moquer de moi.

- Je me moque pas voyons ! J'extrapole. Tiens, j'ai une idée.

Je me redresse et m'assois en tailleur alors qu'il fait de même en croisant les bras sur son torse.

- Je te laisse tranquille avec la fille du téléphone rose…

- Comme je le disais, il n'y a pas de-

- … si tu me dis quelque chose que tu n'as jamais dit à personne.

Il s'interrompt et me scrute d'un regard voilé mais je le devine curieux. J'ai son attention, parfait.

- Je te demande pas quelque chose de précis, juste quelque chose que toi seul sais. Ça peut être n'importe quoi… Pas un secret. Un secret, au moins deux personnes sont au courant. Ça devient un secret parce qu'il a été dit à haute-voix et qu'il faut désormais veiller à ce qu'il n'ait aucun écho de cette parole. Tu me suis ?

Il plisse les yeux, suspicieux.

- Je m'y retrouve.

- Et bien ce que je te demande, c'est quelque chose que t'as jamais dit à personne. Quelque chose qui n'a jamais été dit à haute-voix.

Il reste silencieux une seconde.

- C'est quoi ça ? D'abord tu parles comme un roman de gare, maintenant tu me fais faire de la psycho. Tu es sûre que tout va bien ?

Je me mords les lèvres en me sentant rougir… A force de penser n'importe quoi, il a bien fallu que je finisse par dire n'importe quoi.

Je grimace alors qu'il esquisse l'ombre d'un sourire moqueur. Je me mords la joue et secoue la tête en cachant du mieux que je peux mes joues dans mes épaules, morte de honte. Mais il faut savoir être vaillante face à l'adversité d'un homme dont le regard peut vous glacer le sang jusqu'au plus profond de votre âme.

Je lui souris.

- On fait un échange. Tu me dis quelque chose, je t'en dis une.

Il semble peser le pour et le contre.

- Pour quoi faire ?

- Pourquoi pas ? Tu as raison, j'ai lu ça dans un livre, et ça me semblait ridicule. Puis je me suis dit que c'était peut-être que moi qui n'était pas assez… sensible à la scène. Du coup je teste.

La situation -parfaitement ridicule- semble lui convenir. Il réfléchit.

- J'imagine que je ne peux pas dire quelque chose du genre « je suis actuellement caché chez une lycéenne excentrique », parce que tu es au courant et que donc c'est un secret ?

- Hey ! je m'offusque. Je suis une lycéenne recueillant un gars qui s'est pris une balle dans le dos tout ce qu'il y a de plus banal !

Il me lance un regard en coin, hoche la tête.

- Tu ne veux pas commencer ?

J'hoche la tête et remonte mes lunettes sur mon nez.

- Je suis jalouse.

… Silence. Il hausse un sourcil interrogatif et je détourne les yeux, gênée.

- Je suis jalouse de tout et n'importe quoi, et surtout de n'importe qui. Tout le temps. Pour un rien.

… Il va falloir que je développe si je veux combler le silence inconfortable que j'ai jeté. Alors je soupire et vaincue par ma propre stupidité, je continue.

- Je suis jalouse de ma coloc. Belle, intelligente, forte et féminine à la fois… Elle a un cœur immense et des valeurs qu'elle défend corps et âme. Elle sait s'énerver quand il le faut et a plus veillé sur moi plus comme une mère que comme une simple amie.

Mon idéal féminin quelque part.

- Je suis jalouse qu'elle ait tant d'amis. Je suis jalouse de Nojiko avec qui elle entretient une complicité que je n'aurais jamais. Je suis jalouse du simple fait qu'elle s'entende avec d'autres filles.

C'est à peine si j'ai trois ou quatre amis proches.

- Je suis jalouse d'Ace, de son énergie et de sa capacité à attirer les gens. Je suis jalouse de Sabo, de son talent et de son intelligence. Je suis jalouse de leur petit frère et du trio qu'ils forment, où je ne suis soudain plus rien ni personne. Je suis jalouse qu'ils forment tous une famille.

Je ne sais même pas ce que ce mot signifie… je n'ai aucune sensation ou émotion à y associer.

- Je suis jalouse de toi et de ta forme physique qui t'a remis sur pied en deux jours alors qu'un rhume me cloue au lit une semaine et que j'ai ce putain de boitier de malheur dans la poitrine pour me maintenir en vie au cas où je ne serais pas foutue de le faire moi-même.

Je reprends ma respiration et tire avec violence une mèche de mes cheveux pour me passer les nerfs sur quelque chose.

- Je suis une ingrate de première catégorie. Ils sont tout pour moi, et je ne suis même pas capable d'apprécier sans être rongée par cette foutue jalousie, qui me bouffe de l'intérieur lorsque je me rends compte de l'écart entre eux et moi.

Je soupire, puis consens à jeter un coup d'œil à son expression quitte à me faire du mal en y découvrant un regard rempli de jugement que j'aurais bien mérité. Mais je n'y lis rien de tout ça.

… Alors j'ai un pauvre sourire et je murmure du bout des lèvres…

- … C'est pitoyable n'est-ce pas ?

D'accord, j'admets : il sait être parfaitement illisible. Je ne sais pas pourquoi, ça me décontracte un peu.

- Je sais que tu t'en contre fou parce que tu ne sais même pas de qui je parle, je ris. Mais bon, ça fait partie du jeu.

Il ferme les yeux un instant.

- Pourquoi ne l'avoir jamais dit à tes amis ? Vous m'avez l'air d'avoir de bonnes relations.

Hum…

- Je connais Ace et Sabo depuis notre première journée de notre première année de primaire. Tu te rends compte, cette année est notre dixième d'amitié. En dix ans, on s'est amusé, on a ri, pleuré, on s'est disputé, tapé dessus, partagé mille et un secrets. Je les connais aussi bien qu'ils me connaissent. N'avoir aucune zone d'ombre pour une personne peut être assez fatiguant à la longue. Alors je garde certaines choses pour moi. Et il en va certainement de même de leur côté.

- Alors pourquoi m'en parler ?

J'hausse les épaules et répond sincèrement.

- Dans les bouquins, on dit que lorsque l'on parle de quelque chose que l'on a sur le cœur, on est soulagé. Alors je teste.

- C'est concluant ?

- Pas encore.

Il ne laisse rien paraître, comme à son habitude. Il ferme les yeux et entrouvre les lèvres.

- Il y a un endroit que j'apprécie particulièrement. Un temple en ruine au-dessus de la ville. Le chemin et les escaliers qui y montent sont invisibles et recouverts de végétation. A moins de savoir qu'il est là, il est presque impossible d'y monter. Pas de réseau, pas de passant, juste le silence, et la plus belle vue de nuit de la région.

J'hoche la tête. Je me sens un peu plus calme soudain. Et j'ai l'agréable sensation un peu grisante d'avoir une perle entre les mains. Un petit quelque chose fragile qu'il faut cacher à la vue des autres, précieusement… Et miséricorde, il faut absolument que j'arrête de penser comme ça.

Hum-hum. Un peu de calme.

- Alors ? je demande. Tu te sens soulagé ?

- Non.

- Moi non plus. C'est vraiment des conneries.

- Ou c'est peut-être juste nous.

- Peut-être.

- Bonne nuit.

- Hum. Bonne nuit.

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Merci d'avoir lu ~