Hey !
Merci à, Traff Lamy, Les-Fictions-De-Niils, The Story of a rabbit et Xenolanne256 pour leur review ! Merci à Etolia7 pour son PM :3. Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.
RAR
Traff Lamy - *range la batte. Mais pas trop loin quand même* Faut pas me faire des frayeurs comme ça, je vais finir cardiaque moi aussi… Bon, personne n'aimait mon ancien pseudo… T.T Merci pour ta review !
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Chapitre 8
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- Allô ?
- Salut Nojiko, c'est Cara.
- Hey, salut ! C'est rare que tu m'appelles. Je peux faire quelque chose pour toi ?
- Je suis en rade de liqueur de mandarine.
- Oh ? Et bien je t'en mets de côté. Tu as besoin d'autre chose ?
Je jette un coup d'œil à l'autre énergumène qui me regarde, d'un air interrogateur devant mon hésitation par-dessus son livre. Tant qu'à faire…
- Je vais aussi vous prendre de la confiture, des tranches confites et deux bouteilles de jus.
- Et bien, vous étiez en effet à sec ! Je te prépare tout ça.
- Merci. Je peux passer à la plantation demain matin ?
- Heu, attends une minute.
Je l'entends écarter son portable et lancer au loin :
- Maman ! Tu es à la plantation demain ?
Je n'entends pas la réponse de Kokoyashi Belmère, mère adoptive de Nojiko, la meilleure amie de Koala, et de Nami, l'amie d'enfance de Luffy. Nojiko reprend la conversation.
- Désolée. Demain matin j'ai rendez-vous chez le médecin avec Nami, mais ma mère sera là.
- D'acc', ça marche. Je passerai vers dix heures.
- Si tard ? Tu viens en skate ? Pourquoi ne pas prendre le bus ?
- Je suis pas beaucoup sortie cette semaine. J'ai grave envie de sauter sur ma planche. Et puis je ne vais pas te mentir, faut que je fasse un peu de sport ou je vais m'empâter et me ramollir.
Elle rit. Il faut dire qu'elle est bien bâtie, elle, avec des épaules assez marquées et des bras plus musclés que la moyenne des lycéennes de notre âge. Son sport, c'est travailler à la plantation de sa mère.
- Autre chose Nojiko.
- Oui ?
- Tu devais allez à la Fêtes des Étoiles avec Koala, n'est-ce pas ?
- Ah ? Ah ! J'avais complètement oublié.
Je ris sous cape. Moi aussi. Je m'en suis souvenue en voyant la date du double sept sur mon téléphone ce matin.
- Comme Koala est partie précipitamment, tu as prévu d'y allez avec quelqu'un d'autre ?
- Non… Zut. Nami y va avec Luffy et les autres. Bah, ce n'est pas grave, j'irais dans mon coin.
- Je m'en doutais. Tu viendrais avec nous ?
Elle hésite.
- Par « avec nous », tu veux dire Ace, Sabo et toi ?
- Ouais.
Elle hésite encore, un peu mal à l'aise, je le sens.
- Je ne voudrais pas m'imposer dans votre groupe.
Je lève les yeux au ciel. Miséricorde, on est toujours tous les trois fourrés ensemble, c'est vrai, mais on sait s'ouvrir aux autres aussi. De temps à autres. Quand on en a l'occasion. Et avec des amis. C'est-à-dire Koala, elle, sa sœur ou Luffy.
… Mouais.
- Puisque je t'invite ! En plus si tu viens pas, je vais encore me retrouver toute seule en yukata. Alors profitons que le déluge se soit momentanément arrêté pour flâner avec sans les abîmer, okay ?
- D'accord alors. Je vous rejoins où ?
- Troisième tori au pied du temple, pour dix-huit heures ça te convient ?
- Ça marche. A toute à l'heure.
Je la salue et nous raccrochons. Je pose mon téléphone, soupire et m'étire. Il n'est que quinze heures, et j'avais profité d'une pause dans mes devoirs pour l'appeler. Mais maintenant que c'est fait, je me retrouve au même point.
- Je m'ennuie et j'ai pas envie de travailler. Pas toi ?
Il lève le nez de son livre et hausse un sourcil blasé.
- Je ne m'ennuie pas et je n'ai pas de travail à faire pour le moment.
Je me renfrogne un peu.
- Comment tu fais ? Ça fait quatre jours que t'as pas mis le nez dehors, et tu sembles plutôt bien le vivre.
- Parce que c'est le cas.
Il referme le livre et le pose sur la table avant de se caler confortablement dans le canapé.
- J'ai de quoi lire, et ce sont mes premières vacances depuis au moins trois ans. Je profite du fait de n'avoir rien à faire.
Je ricane et devant son air interrogateur, je le pointe du doigt.
- Tu as un concept de vacances réussies à la ramasse, soit dit sans te froisser. Te faire tirer dessus puis poursuivre par des délinquants et t'enfermer dans un appart' avec une fille.
Il semble réfléchir une seconde.
- Hors de son contexte, ça fait très film de gangsters.
- Ouais. Mais c'est vrai.
- C'est une façon de voir les choses.
- Ah ? je fais en me penchant en avant, curieuse. Et quelle est ta vision des choses ?
Il a un bref sourire en coin un peu railleur, mais je le sens sérieux.
- J'ai fini mon travail, je suis toujours vivant, on ne m'a pas retrouvé et ils ne savent pas qui je suis. Je me suis peut-être fait tirer dessus, mais en m'échappant, je me suis planqué devant l'appartement de la seule ado assez cinglée pour accepter de me soigner sans prévenir qui que ce soit. Et en plus, je squatte chez elle tous frais payés, avec des fringues neuves, de la bonne lecture et des soins à domicile. Je n'ai pas vraiment de quoi me plaindre.
Il passe une main dans ses cheveux et finit avec un sourire moqueur.
- J'ai même eu droit à une douche à la liqueur de mandarine.
Je fais mine d'être pensive, mais lentement, j'attrape ce que je prépare déjà depuis un moment et que j'ai glissé dans ma poche.
- Dans ce cas, je vais te faire un nouveau cadeau.
Il est surpris et j'en profite pour le lui envoyer. Il l'attrape agilement avant de regarder ce qu'il a dans le creux de la main.
- C'est un double des clefs, je lui avoue. Je me sens mal de t'enfermer à chaque fois que je sors. Comme ça au moins, tu es libre comme l'air.
Il est si surpris que lorsqu'il me dévisage, je lis toutes ses émotions. Le choc me coupe soudainement la respiration. Pas une fois je n'ai pu le décrypter avec précision ou certitude, et là, son habituel contrôle s'est momentanément relâché.
Il est légèrement abasourdi. Il semble chercher à savoir si je suis sérieuse, puis calcule tout ce que cette clef signifie, tout ce qu'elle représente.
Un pass sur lequel je n'ai aucun contrôle pour accéder à l'endroit où je vis. C'est un pari plus que risqué.
Mais ça m'a semblé approprié.
Il prend quelques secondes pour reprendre le contrôle de son masque qui a tendance à s'effriter quand il est complètement détendu puis plonge son regard d'acier dans mes yeux et s'y encre avec force.
- Je ne peux pas accepter.
- A la bonne heure ! Pourquoi donc ?
Il soupire, se lève en tendant toujours la clef bien en évidence devant lui puis vient jusqu'à moi. Je fais déjà trente centimètres de moins que lui, alors si je suis assise, je me déboîte le cou à essayer de ne pas briser notre échange. Concilient, il prend place face à moi et s'accoude sur la table, entre mes livres de cours et mon ordinateur portable.
- Tu confies les clefs de ton intimité au premier venu, un inconnu ? Tu es encore plus folle que ce que je pensais. Mais pas dans le bon sens du terme.
Je le sens réprobateur. Il doit avoir raison. J'ai un peu l'impression de vivre un rêve depuis ce soir-là. Alors autant le rendre amusant.
- Un inconnu qui, blessé ou pas, aurait eu tout son temps et le parfait anonymat pour me cambrioler, me tuer, m'abuser… Je fais pas le poids face à toi. Et pourtant tu-
- Ma simple présence ici te mets en danger, me coupe-t-il, glacial. S'ils remontent jusqu'à toi, ils n'auront aucune pitié, fille ou pas, mineure ou pas. Je suis un danger et je suis dangereux. Depuis que tu m'as ouvert ta porte, tu es en danger. Tu étais en danger quand tu as fui parce que j'ai… (il s'interrompt et ferme les yeux une seconde, visiblement furieux contre lui-même à l'évocation de cette soirée) quand j'ai dépassé les limites. Tu étais en danger quand ce pourri t'a menacé et que tu lui as répondu.
Je sais.
Je sais tout ça.
Pourtant…
- Je suis peut-être cinglée, mais je suis pas stupide. Je fais pas ça juste sur un coup de tête. L'air de rien, je cogite.
Il ne laisse filtrer aucune émotion, mais pas besoin. Il est furieux, je le sais. Mais je ne sais pas pourquoi, ça n'a pas l'air d'être complètement contre moi.
- Je t'ai dit que je me fichais de qui tu étais, c'est toujours le cas. Mais ce que je sais, c'est que ce que tu fais implique des armes à feu, des brutes et une radio à l'eau de rose.
Il ne relève pas, mais je ne plaisantais pas de toute façon.
- Tu es parfaitement libre de tes mouvements, mais tu es toujours là. Tes blessures sont stables, en bonne voie de cicatrisation. Tu n'as plus du tout de fièvre, de quoi te faire la malle et rentrer chez toi pénard. Mais tu es toujours là. J'en conclu que tu peux pas.
Je désigne la clef.
- Alors je te propose juste un pied à terre. Rien t'oblige à la prendre, comme rien t'oblige à me la rendre. Mais en toute honnêteté, ça me rassurerait. Pour toi. Que j'ai pas fait tout ça pour rien. Que tu aies un endroit où te réfugier si tu te retrouves à nouveau dans les emmerdes.
D'un geste de la main, je balais l'appartement.
- Ce que tu fais en dehors de chez nous, je m'en fiche. Mais ici, tu es plus que correct, et je suis toujours en un seul morceau. Alors tant que ça continu, tu es le bienvenu.
Il inspire, comme pour se calmer.
- Tu ne sais même pas qui je suis.
- Trafalgar Law, je lui souris. C'est plus que suffisant pour moi.
Il ne réplique rien, et j'ai l'impression qu'il cherche à savoir si je suis sérieuse. Mais je le suis. Et je suis un peu dépitée d'ailleurs.
- Ah… tu as un peu cassé le charme. Être obligée de dire tout ça à haute voix… Tu aurais pu juste l'accepter non ?
- Non.
Il n'est plus furieux. Il est illisible. Encore. C'est terriblement frustrant.
Deux coups portés à ma porte nous font sursauter tous les deux et brise la glace.
- Cara, ouvre, on a des cookies.
Oh mmmmmmm-iséricode.
Je sens mon sang quitter mon visage et mon cœur s'emballe.
- Merde, je souffle, Ace, Sabo !
Il n'a pas bougé, mais je me lève d'un bon, attrape son bras, et le tire de toutes mes forces jusque dans la chambre. Heureusement qu'il est coopératif, parce qu'en aucun cas, je n'aurais eu la force de le faire vraiment. Je le pousse jusqu'à ce qu'il s'asseye sur le futon plié dans un coin et l'attrape par les épaules en y plantant mes ongles, mortellement sérieuse.
- Pense même pas à sauter par la fenêtre si ça dérape, vu ?
Ses lèvres tressautent dans un sourire, mais je n'ai vraiment pas envie de rire.
- Cara ? Cara ! Tu dors ?
- Tu cries si fort que tu réveillerais un mort Ace, lui reproche son frère, leurs voix étouffées derrière la porte.
Je les ignore et attends toujours sa réponse.
- Ne t'inquiète pas. Je ne ferais pas de bruit.
Ce n'est pas vraiment le « oui » que j'attendais, mais je n'ai plus le temps. Ça fera l'affaire. Je me redresse en lui jetant le regard le plus menaçant que je peux à cet instant et sors en faisant coulisser la porte.
C'est pas vrai ça…
Fébrilement, je balaie du regard tout ce qui pourrait trahir sa présence. Pas de fringue, pas de vaisselle dans l'évier… le livre sur le canapé, c'est normal. Pour le moment, on va dire que ça ira. Faut juste que je retrouve un rythme cardiaque normal…
- Cara !
- J'arrive, lancé-je en déverrouillant la porte. Je vous avais pas entendu, j'avais mes écouteurs.
Ace et Sabo sont sur le palier de ma porte, sourire aux lèvres. Je leur réponds avec sincérité mais l'angoisse s'est glissée dans ma gorge et s'amuse à malmener mon cœur. La fourbe.
Je m'écarte et ils entrent en se déchaussant rapidement.
- Je le savais, rit Sabo en se penchant sur ma table. Tu étais en train de travailler. La physique ?
- Ouais, je marmonne. J'y pige toujours que dalle.
Ace lève les yeux au ciel. Forcément, la physique est sa matière favorite, mais Sabo et moi soupçonnons fortement que cela ait un rapport avec sa fascination pour le feu, et la facilité avec laquelle tout explose ou prend feu à son contact. Ce n'est pas pour rien qu'il a été surnommé « Le pyromane du fond ».
« Pyromane » parce que quels que soient les produits chimiques qu'il manipule en cours, ça finit toujours par cramer. Et « du fond » parce qu'à cause de cette particularité, le professeur a expédié notre trio au dernier rang, pour qu'il fasse le moins de victimes possibles parmi les élèves.
- T'inquiète, on est aussi venu pour travailler. Comme ça on ira tranquillement au festival ensemble.
C'est vrai que j'habite plus près du temple qu'eux. Ça nous fera gagner du temps.
- Vous vouliez travailler quoi ? je demande en rangeant mes affaires pendant qu'Ace attrape trois coussins pour les disposer autour de la table basse et que Sabo sorte les fameux cookies dont il parlait et met de l'eau à chauffer pour faire du thé.
Si la matière de prédilection d'Ace est la physique-chimie, celle de Sab' est sans contexte l'histoire, mais la mienne est la littérature. Invariablement, on se retrouve à travailler une de ces trois matières.
Les garçons s'assoient en sortant leurs affaires et échangent un regard.
- On pensait au devoir de culture générale, avoue finalement Sabo alors qu'Ace grince des dents.
Ah.
La culture générale.
- Vous êtes sûrs ?
- Ouais, marmonne Ace, le regard sombre. Comme ça on s'en débarrasse comme un pansement qu'on arrache, ce soir on fait la fête et on y repense plus jusqu'à la fin des vacances.
J'hoche la tête et Sabo nous sert le thé. Le silence qui s'installe n'est pas pesant, mais je suis quand même mal à l'aise. Sa présence derrière une simple porte de papier m'empêche de me concentrer.
Nous ouvrons nos livres et Sabo entame la lecture d'un questionnaire que nous avons à remplir avec précision.
Un questionnaire sur Gold Roger, le mafieux le plus dangereux de ses cinquante dernières années. Le monstre au cœur de pierre, spécialisé dans le recèle de pièces rares ou de collections au niveau mondial. Et un véritable bourreau envers tous ceux qui tentèrent de lui barrer le chemin, surtout les brigades spécialisées contre la mafia qui ont subi le plus de pertes sous le règne de Gold Roger.
- Ace, tu as écrit « Gol D. » à nouveau.
Ace grogne et efface le nom pour le réécrire avec l'orthographe officiel.
- Ça me tue d'écorcher le nom d'un D. comme ça, marmonne-t-il. Encore plus quand c'est mon propre nom.
- Ce qui me tue, j'enchaîne, c'est que le cours sur Roger soit donné en culture G et non en histoire.
- Je vois ce que tu veux dire, acquiesce Sabo. Le professeur Nico, elle, sait être diplomate et impartiale. Je suis sûr qu'elle sait que Roger est un descendant des D., et aurait su prendre des gants pour parler de son histoire.
Il était vrai que la manière dont le professeur de culture G avait présenté le personnage avait été… particulièrement virulente. Ace avait été sur le point d'exploser à chaque mot et si Sabo ne l'avait pas retenu, c'est le prof lui-même qui aurait gouté à la colère d'un D.
- « Le pire des monstres », grogne Ace qui tremble presque de colère, « un être abominable qui n'avait aucune pitié », « toux ceux qui lui sont associés sont des déchets humains de la pire espèce »… J'en remercierais presque le ciel que ma mère ne soit plus là pour entendre ces conneries. Je me demande s'il aurait tenu le même discours s'il avait su que Gol D. Ace se trouvait dans sa salle, ce connard.
Sabo et moi échangeons une grimace, mais il enchaîne en serrant les poings, tremblant de rage.
- Je pourrais sûrement jamais revendiquer qui je suis, mais je suis fier d'être le fils de Portgas D. Rouge. Ce type n'a aucun droit de la traiter de monstre, elle.
Il inspire pour se calmer, relâchant ses poings dans un soupire lasse, une lueur sombre dans ses yeux d'onyx.
- Quand je lis tout ça… il est légitime que je n'aurais jamais dû naitre.
Le coup de poing que lui asséna Sabo en pleine joue le fit se renverser et pour appuyer mon consentement envers son geste, je lui jetais le reste de mon thé au visage.
Ace un peu agar attrape sa joue rougie et trempée, mais Sabo ne lui laisse pas le temps de se reprendre. Il se lève, l'attrape par le col et colle son visage si près de lui que leurs nez se touchent presque. Son cadet s'énerve rarement, mais son aura est alors écrasante et il est effrayant.
- Portgas D. Ace, lui dit-il d'une voix glaciale. Je t'interdis formellement de penser ce genre de choses et de déprimer. Tu es peut-être le fils de l'Ennemi Public n°1 de son époque, mais aussi celui de la femme la plus courageuse qui soit. Tes parents t'aimaient et si l'histoire ne t'a pas permis de les connaître, il est hors de question que la version officielle des évènements t'empêche d'avoir les idées claires. Tu sais ce qu'il s'est réellement passé, nous savons ce qu'il s'est réellement passé. C'est suffisant.
Il se redresse, l'emportant avec lui.
- De plus, que penseraient-ils s'ils t'entendaient dire ça ? Roger et Rouge se sont sacrifiés pour que tu vives, ils ont même réussi à se faire allier deux légendes vivantes comme Garp Le Poing et le Roi Sombre pour que tu vives heureux. Pense un peu à eux, il s'agit quand même de ton grand-père et ton parrain, et ils t'aiment. Et moi, jamais je ne voudrais perdre mon grand-frère. Luffy non plus.
Il le relâche et se campe, bras croisés en le foudroyant du regard.
- Alors avant de dire des conneries plus grandes que toi, penses-y encore un peu. Je ne veux plus t'entendre dire ce genre de chose, vu ?
Ace le dévisage, éberlué, puis baisse les yeux, sa main toujours sur sa joue endolorie et ses cheveux dégoulinants. Je le vois rougir sous ses tâches de rousseurs, alors à mon tour je me lève et me place à côté de Sabo.
- On te l'a déjà dit non ? Tes origines n'ont aucune importance. Ce n'est pas avec « le fils de Roger » que je suis amie, c'est avec Ace. Ace et personne d'autre.
- Maintenant, reprend Sabo, alors que d'un même mouvement nous lui tendons une main pour qu'il se relève, si mon grand frère adoré pouvait arrêter d'être le dernier des idiots et jouer son rôle d'ainé, ça ne serait pas mal.
Ace hésite.
Nous savons bien à quel point il souffre de ses origines, à quel point il s'est détesté pour ça, à quel point il a longtemps détesté Roger pour avoir préféré passer les derniers mois qui lui restaient à vivre avec sa maladie à continuer ses recherches et sa guerre ouverte contre le gouvernement, plutôt qu'avec Rouge enceinte et dont la grossesse se déroulait mal.
Ace entrouvre les lèvres et sa voix grave ne tremble pas malgré son hésitation.
- Si… Si Gol D. Roger avait un fils… Et que ce fils prétendait vouloir continuer à être ami avec vous… que feriez-vous ?
Sabo soupira, mais lui sourit, et je fis de même.
- Ça semble évident…
- … que ça ne changerait absolument rien, idiot de grand-frère.
Il a un rire un peu étranglé, puis attrape nos mains pour se remettre debout et nous enlace rapidement dans son étreinte brûlante.
- Vous êtes des cinglés.
- Je suis ta meilleure amie.
- Et je suis ton frère. Tu as une influence désastreuse sur nous, Ace.
Mais il semble aller mieux.
Je ne pense pas qu'un jour, il arrivera à être plus à l'aise avec sa parenté.
Il souffre et souffrira encore, cependant ni Rayleigh, ni Sabo, ni Luffy, ni moi ne pourront un jour définitivement le faire changer. Mais nous serons toujours là pour lui rappeler qu'il est aimé.
L'atmosphère se détend lentement, mais quand nous finissons enfin la totalité des devoirs de culture générale, il est assez tard.
Sabo s'étire dans un soupir de soulagement.
- J'ai cru que jamais on- Cara, les cookies !
Ouah là ! Heureusement que Sabo est toujours attentif.
Rapidement, je tire le plat de cookie (presque vide) de sous le nez d'Ace pendant que son frère y glisse sa main pour amortir la chute du front du pyromane sur la table dans une crise foudroyante.
- Crise de narcolepsie, diagnostique platement Sabo. Y'avait longtemps tiens.
- A oui ?
- Ouais, il semblait parfaitement en forme depuis au moins hier soir.
Je pouffe et passe une main dans les mèches noires de mon narcoleptique d'ami.
- Il s'est passé quelque chose ? je demande doucement. Il semble encore plus à cran au sujet de ses parents que d'habitude. C'est le cours qui l'a contrarié à ce point ? Pourtant, des remarques du genre, il en entend depuis des années.
Sabo grimace.
- Il est vraiment sous pression en ce moment. Il est persuadé d'avoir raté une partie des examens et il s'en inquiète. Il ne sait toujours pas quoi faire après le lycée, et Rayleigh à beau lui dire qu'il a encore un an pour y penser, que quoi qu'il choisisse il le soutiendra… il stresse.
J'hoche la tête et Sabo poursuit, scannant son frère du regard comme s'il cherchait sur son crâne le moindre signe de malaise.
- En plus, il sait qu'il n'est pas fait pour les études. Et de savoir que toi et moi voulons rentrer à la fac alors qu'il va sans doute préférer une formation professionnelle le met sur les dents. En bref…
- … il est complètement paniqué.
- Ouais. Même Luffy voit bien qu'il n'est pas aussi joyeux que d'habitude.
Je joue négligemment avec l'une de ses mèches couleur nuit, pensive.
Ace est quelqu'un d'énergique, né avec le besoin viscéral d'être aimé et celui encore plus vital d'aimer. Il a cet esprit combatif, cette capacité à attirer les gens et de l'affection à revendre. Mais il a aussi tendance à la dépression et il vit tous les jours en se demandant ce qu'il fiche sur cette Terre.
Nous avons beau l'aimer, lui rendre son affection, graviter autour de lui et nous laisser emporter par son énergie débordante, il nous est impossible de faire cicatriser la plaie béante que représente ses origines pour lui. Et ça me fend le cœur !
Mais cela ne nous empêche pas de toujours redoubler d'effort, d'être là. Parce qu'il cherche toujours une raison de vivre. Et si nous n'avons pas la réponse qu'il cherche, nous pouvons le soutenir jusqu'à ce que ce soit le cas.
Ace sursaute soudain et se redresse en échappant à ma main. Il papillonne, complètement dans les vapes et baille largement.
- Je me serais pas endormi ?
- Si. Tu as pris tes médicaments ce matin ?
- … ouais ?
Sabo soupire de désespoir, mais je ne peux me retenir de rire devant son visage embarrassé.
- Ace, ce n'est pas sérieux. Tu es sensé montrer l'exemple et si l'aîné de la famille oublie quelque chose d'aussi important, Rayleigh va te remonter les bretelles.
- T'as que trois mois de moins que moi ! s'offusque l'aîné en question avant de lui faire les yeux doux. De toute façon, tu lui diras rien, n'est-ce pas mon petit frère adoré ?
Sabo lève les yeux au ciel, puis jette un coup d'œil à sa montre.
- On devrait y aller non ?
Je l'imite et prise d'un mouvement de panique, je me redresse. On a un peu tardé. Rapidement, je leur dis que Nojiko viendra avec nous puisque Koala n'était pas là, et me penche pour ranger un peu la table basse.
- Je vais te chercher ton yukata, lance Ace. Ça te fera gagner du temps.
- NON !
Mon cri les fige et ils me dévisagent avec surprise. Je recommence à respirer.
C'était moins une ! Ace a encore la main sur la poignée de la porte de la chambre et je me précipite sur lui.
- Portgas D. Ace, tu as interdiction absolue d'ouvrir ce bâtant.
Il hausse les sourcils devant mon visage mortellement sérieux.
- T'es tombée sur la tête ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
Je prends une profonde inspiration pour calmer mon cœur qui bat la chamade et reprend en détachant chaque syllabe avec application.
- Personne rentre dans cette chambre. Per-sonne.
- C'est nouveau ça.
- C'est vraiment le bazar là-dedans, inventé-je assez piteusement à toute allure.
Ace me jauge du regard.
- Pire que la chambre de Luffy ?
- He, ho. Sois gentil de pas abuser.
- Bon ben je devrais m'en remettre alors.
Et il tente à nouveau d'ouvrir la porte à ma grande horreur. Je le retiens à nouveau in extremis.
- Non-non-non-non-non, Ace mon petit, sois gentil. C'est gênant.
- Plus gênant que la fois où tu t'es endormie en plein cours d'histoire et que lorsque le professeur Nico t'a réveillé, tu t'es plongée dans sa poitrine en réclamant un câlin ?
… Mouaaaaaaaaaais. Va me falloir une excuse en béton armé là.
- J'ai eu des règles un peu violentes cette nuit. Disons que l'on peut confondre la pièce avec le grenier d'un tueur en série, et que je peux vendre mon futon en faisant passer ça pour une œuvre d'art qui se nommerait « Eclat Vermeille sur Toile Blanche » en ajoutant en sous-titres que la peinture utilisée, d'origine naturelle, vient tout droit de mon-
- Ok ! Stop ! Arrête, j'ai saisi l'idée.
Et il s'éloigne, gêné. J'ai un soupir de soulagement. Ce n'est pas passé loin là. C'est alors que j'entends très faiblement un rire juste derrière la porte. Oh le saligaud, il se fiche de moi en plus !
Je me tourne vers les garçons en les foudroyant du regard.
- Je vais me changer. Le premier qui fait un pas dans la direction de cette pièce se prend mon pied dans la figure façon punition divine.
Ils échangent un regard circonspect, mais je ne leur laisse pas le temps de relever (c'est-à-dire de se foutre de ma poire) et entre-ouvre à peine la porte pour m'y glisser.
Et quand je me retourne, j'y vois mon invité qui s'est rassis sur le futon rangé et qui rit silencieusement.
Ou plus exactement, il est mort de rire. Ses épaules tressautent et moi, je rougis jusqu'à la racine des cheveux.
Préférant l'ignorer, j'attrape mon yukata et lui fait signe de se retourner pour que je me change. Il obéit mais se mare toujours. Ça, c'est une situation dont je me serais volontiers passée.
Le plus rapidement possible, je passe mon yukata blanc à motif de chrysanthèmes et m'acharne à enrouler correctement le obi, mais mes mains tremblent un peu à cause de mon empressement. Quand j'arrive à mes fins, je me retourne pour m'approcher de lui. Il ne s'est pas retourné, et ne rit plus. J'entends les garçons plaisanter à côté.
Je pose un doigt sur son épaule et il se tourne vers moi. Le plus doucement possible, je chuchote à son oreille.
- Je serais de retour vers vingt-trois heures. Mais si tu veux voir les feux d'artifices et que tu veux pas sortir, tu peux regarder par la fenêtre de la chambre. On les voit un peu, c'est pas ce qu'il y a de mieux, mais c'est déjà pas mal.
Je recule et lui souris. Il a l'air un peu trop sérieux à mon goût. Je m'apprête à faire demi-tour lorsqu'il attrape le bord de mon obi. J'étouffe un cri de surprise mais je sens deux mains travailler la pièce de tissus.
- Il était un peu de travers, m'offre-t-il en guise d'explication. Bonne soirée.
… C'était quoi ce ton ?
C'était étrange, indescriptible. Je ne le connais pas, nous ne sommes pas proche, et pourtant, à l'instant, sa voix m'a paru presque familière. Je ne me l'explique pas.
Alors je le remercie à demi-mot, et rejoins mes amis, déjà prêts pour passer la soirée à manger, jouer et admirer les étoiles filantes puis les feux d'artifice.
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- Hey, ça va Ace ? Tu as l'air à l'ouest.
- Hum ? Oh, désolé.
Nojiko continue à le dévisager avec inquiétude, mais le regard que j'échange avec Sabo m'assure qu'il est du même avis que moi.
Il a passé la soirée dans la lune, et a fait une crise de narcolepsie dans les yakisoba qu'on mangeait un peu plus tôt. Les exams le pèsent encore plus que ce que nous le pensions.
J'ai vraiment hâte que le feu d'artifice commence maintenant. Je sais que ça va beaucoup lui remonter le moral. Des grandes boules brillantes qui explosent : Son instinct de pyromane qui parle.
- On commence à monter ? lance Sabo qui est sur la même longueur d'onde que moi. On verra mieux le spectacle de là-haut.
Pari gagné, le visage de son frère s'éclaire et finit d'une seule bouchée la pomme d'amour qu'il grignotait depuis un moment.
Nojiko semble déjà plus à l'aise que lorsque nous l'avons retrouvée. Elle est magnifique dans son yukata jaune avec des motifs de vagues bleues. Elle avait tout de même laissé le décolleté un peu plus ouvert que ce que veut la coutume, et un morceau de son tatouage est visible. Je suis un peu envieuse…
Un vacarme retenti dans un coin du festival et se fait se retourner tous les passants. Mais l'éclat de rire qui suit ne laisse aucun doute quant à l'origine du problème…
- Luffy, soupire Sabo. Mais qu'est-ce qu'il fabrique encore ?
- Bah, laisse-le, fait simplement Ace qui se marre en imaginant les frasques qu'a pu faire leur benjamin. Zoro et Nami s'occupent de lui ce soir, nous on est en vacances.
- Vous refilez tout le boulot de son éducation à ses potes alors ? m'offusqué-je faussement. Quels grands frères vous faites !
- Oh tais-toi, rigole Ace. On devait pas-
Mais à ce moment, déboule juste sous notre nez, Luffy dont le yukata a pris un sérieux coup. Il court sans même nous voir et rit à gorge déployée. Il est poursuivi par Roronoa Zoro dont le visage et les cheveux sont noircis et qui semblent avoir des envies de meurtre ; Nami, dans le même état, brandissant un poing menaçant ; Sirop Ussop, un de leurs amis et le seul de l'année et de la classe de Luffy, court avec eux, aussi mort de rire que son ami ; Kurohashi Sanji les dépasse soudain à une vitesse folle et lui aussi semble brûlé, et furieux ; Arrivant à la hauteur d'Ussop, Tony T. Chopper, le protégé de Luffy, les rattrape et semble inquiet pour ses amis.
Tout ce petit monde passe devant nous en braillant et riant, si bien qu'on n'entend qu'eux dans tout le festival.
Lentement, les cris s'éloignent, le calme revient.
On n'a rien vu.
- Bon, on y va sur cette colline ? Que l'on voit les feux d'artifice un peu ?
Si Luffy ne les a pas tous faits exploser sur Zoro, Nami et Sanji. Ce qui semblait plus ou moins être ce qui s'était passé.
On a tous les quatre cette pensée, mais on se garde bien de la partager.
La nuit est à présent bien tombée et les seules lumières qui nous parviennent sont celles du festival en dessous de nous, et celles des étoiles au-dessus.
La voûte étoilée enfin libérée des nuages de pluie est magnifique.
On s'installe dans l'herbe. Autour de nous, d'autres groupes s'accumulent.
Ace fait une crise de narcolepsie. Sabo se charge de le réveiller quelques instants avant que le spectacle ne commence. Nojiko rit de leurs frasques.
Et moi je les observe en me sentant à des années lumières d'eux, étrangement loin de notre ambiance feutrée habituelle.
Mais qu'est-ce que je fabrique enfin ?
Lorsque le premier tir siffle dans l'air avant d'exploser dans une gerbe de paillettes colorées, et que le spectacle nous éblouit, je me sens toujours perdue.
Il y a là, juste sous mon pacemaker, comme une pointe d'angoisse, d'un quelque chose alarmant que je n'arrive pas à nommer.
Et je crois que ça m'effraie.
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