Hey !

Merci pour vos retours et vos critiques que je note bien comme il faut pour arranger au fur et à mesure. N'hésitez pas à me faire d'autres critiques ou remarques, c'est très intéressant et constructif !

J'ai bien saisit que vous vouliez de l'action. Alors, il y aura de l'action (dans le sens remue-ménage), mais dans le chapitre 15 seulement.

Du coup, ou vous trouvez que ça devient vraiment trop long et je regroupe certains chapitres pour que l'attente soit moins longue, ou je laisse mes chapitres séparés tels quels, mais je pers un peu de mon avance.

Bref, faites-moi part de votre ressenti si le cœur vous en dit et je verrais tout ça pour la semaine prochaine.

Merci à Lawiki, Etolia7, The Story of a rabbit, Les-Fictions-De-Niils, Lise de Lune et TishaX pour leur review ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.

Bonne lecture !

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Chapitre 12

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- Voilà pour vous.

Le client me remercie vaguement, le nez dans son journal et je retourne derrière le comptoir. La soirée est calme, mais il n'est que neuf heure et demie. Et je suis d'une humeur guillerette. Je sautille presque, je souris bêtement et je n'arrête pas de remonter mes lunettes parce qu'à force de faire l'andouille à frétiller comme une truite hors de l'eau, elles n'arrêtent pas de tomber.

Première raison à ma bonne humeur : il fait enfin beau et sec. Plus un nuage à l'horizon après une saison des pluies particulièrement virulente. Un soleil de plomb, la canicule et les cigales. Plus de tonnerre, plus d'éclair, plus de foudre potentielle. Et j'ai pu ressortir ma planche. Le bonheur.

Seconde raison, je suis toujours vivante même après ma petite blague. Quand je lui ai expliqué que j'avais pris l'embout d'une fermeture éclair pour la faire chauffer à blanc et m'en servir à cautériser sa plaie, j'ai bien cru qu'il allait m'arracher la tête. Mais il a fini par abandonner l'idée de me hurler dessus -je n'étais pas réceptive de toutes façons, complètement morte de rire, et puis il ne fallait pas alerter les voisins- et à la place, comme punition, j'avais eu droit à un cours avancé sur le sujet.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça avait été efficace. Il y était allé avec force de détails qui m'avaient rappelé ma « propre » expérience et le simple souvenir de l'odeur de chair brulée m'avait donné la nausée. Et il avait semblé très fier de son coup, le bougre.

Bon, au final, il l'avait assez bien pris. Il m'en voulait toujours de ne pas simplement avoir pris une cuillère à café -simple, sobre, testée et approuvée- plutôt qu'un motif aussi voyant qu'un cœur, mais ne pouvait me reprocher que malgré mon « humour à la ramasse », c'était « assez bien vu ».

Non mais oh ! Je me démène pour lui, un peu de reconnaissance nom d'une sardine à l'huile.

Et justement, la cloche de la porte tinte à nouveau et rentre alors mon duo de Don Juan, apprentis comiques préférés.

- Bienvenus ! je leur souris.

Et oh miracle ! Aucun d'eux n'a l'air d'être là pour pleurer et se lamenter sur leurs piètres capacités de séduction. Penguin a un grand sourire aux lèvres, et Shachin, les deux mains profondément enfoncées dans les poches, semble d'humeur aussi joyeuse que moi. Mon sourire s'agrandit lorsque je remarque qu'ils sont venus accompagnés ce soir.

- Salut les gars, je les accueille avant de me tourner vers leur ami. Bonsoir Bepo, c'est rare de te voir ici.

L'homme à la carrure de rugbyman mais aux traits incroyablement doux me répond timidement un…

- Désolé…

- Mais de quoi tu t'excuses ! s'insurge Penguin en s'installant sur une chaise du comptoir pendant que son acolyte tire leur dépressif d'ami à faire de même entre eux.

- Je vous sers la même chose que d'habitude, ou vous êtes là pour fêter quelque chose ?

- Trois bières, me répond Shachi. Et pour tout te dire, on n'est pas là pour fêter quelque chose, c'est même l'inverse.

Je m'attelle à préparer leurs consommations en leur lançant un regard interrogateur.

- Tu sais qu'on travaille dans la même équipe à la Clinique Yellow Days ? (J'hoche la tête) Et bien notre… comment dire ? Chef d'équipe…

- Enfin, le chir' avec qui on bosse en bloc opé' d'ordinaire est en séminaire à l'autre bout du monde depuis presque deux mois et n'est censé revenir que fin août.

- Bien sûr, ça ne nous empêche pas de travailler, on aide d'autres chirurgiens et ce n'est pas comme si le travail manquait. Mais qu'est-ce qu'on s'emmerde sans lui ! Avant d'être notre supérieur, c'est un pote avec qui on a fait toutes nos années d'université de médecine.

- Ah ! je tilt soudain en leur servant leur bière. Le fameux « tombeur-trop-injuste-qui-peut-avoir-toutes-les-filles-qu'il-veut-alors-qu'il-s'en-fiche-comme-de-son-premier-scalpel-ce-coeur-de-glace » dont vous me rabâchez les oreilles depuis que je vous connais !

- Celui-là même, renifle Penguin avec dépit. Et ben il a déserté au profil d'un hôtel quatre étoiles dans un trou pommé à deux fois mon salaire mensuel la nuit, tous frais payés par la Clinique. Et il n'a pas pris la peine de nous passer ne serait-ce qu'un coup de fil. Pas un mail, rien !

Le trio poussa un profond soupire de désespoir. Bon… Au moins l'ambiance ne changeait par trop de d'habitude.

- C'est pour ça qu'on a trainé Bepo avec nous aujourd'hui. Il n'est pas trop bar et alcool, mais comme il semblait encore plus déprimé que ce qu'on pensait humainement possible, alors on l'a embarqué.

- Désolé…

- Mais arrête de t'excuser ! s'exclame un peu fort Shachi, faisant tourner la tête de quelques habitués. Tu vois ce que je veux dire ?

J'hoche la tête, faussement conciliante en m'excusant de m'éclipser pour m'occuper des autres clients. Intérieurement, je suis morte de rire, mais quelque chose me dit que si je le laisse paraitre, Bepo finirait par creuser un trou sous ses pieds et s'y enterrer jusqu'à ce que plus un seul cheveu de sa tignasse blanche ne dépasse.

De ce que je sais, Penguin est anesthésiste, Shachi infirmier anesthésiste et Bepo, infirmier instrumentiste. Ces trois-là m'ont grillée cardiaque dès notre première rencontre.

La porte du bar est à nouveau poussée à côté de moi et je me retourne pour saluer le nouveau… ou plutôt la nouvelle venue.

Une superbe femme aux longs cheveux irisés et raides, un piercing sous l'œil droit… et l'air particulièrement déprimé.

- Bonsoir, je la salue doucement.

Elle a l'air un peu perdue, comme si elle ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait là. J'ai la sensation que la brusquer serait comme la réveiller et elle n'a vraiment pas l'air dans son assiette.

- Bonsoir, me répond-elle en semblant un peu revenir à elle. Vous avez des alcools forts ? Vraiment très forts ?

D'accord. Elle est vraiment très mal. Elle semble avoir besoin d'un verre, de calme et surtout, surtout, qu'on ne lui pose aucune question. Pas de problème, c'est aussi ce que promet la maison quand on passe la porte un soir de semaine. Je l'invite à s'assoir au comptoir, à deux sièges du trio de soignants qui blaguaient entre eux, ne nous prêtant aucune attention.

- Vous avez une préférence ?

- N'importe quoi… quelque chose à la cerise peut-être ?

Je réfléchis une seconde.

- Je peux vous proposer de la liqueur. Ou un cocktail si vous préférez ?

- Plutôt. J'ai besoin de beaucoup de sucre.

Et d'une boite d'antidépresseurs. Et d'au moins vingt-quatre heures complètes de sommeil pour effacer ses cernes de dix pieds de long. On dirait qu'elle vient de voir un fantôme.

- Ginjinha ? Cherrylore ? Porto Pink Lady ?

- Va pour un Pink Lady. Avec beaucoup de Porto.

- Je vous fais ça tout de suite.

Et ses épaules s'effondrent dans un soupire à fendre l'âme qui me flanque un coup de blues. Elle a une aura contagieuse. Mesure d'urgence n°1, ne pas laisser Bepo s'approcher d'elle. Sensible comme il l'est, il serait capable de la rejoindre dans sa dépression et on le perdrait alors totalement.

Je glisse vers elle sa commande. Elle me remercie vaguement, les yeux vers l'horizon -en l'occurrence, l'étagère derrière moi-, perdu dans le liquide rose devant elle. Puis soudain, elle attrape le verre qu'elle descend en deux gorgées avec un bruit de déglutition qui résonne tellement que même les trois compagnons de boissons à sa droite s'interrompent dans leur conversation pour se retourner et la dévisager.

- La même chose.

Son regard est déjà plus brillant. Je m'exécute et alors qu'elle décent le deuxième verre plus lentement, j'échange un regard avec les trois gars aussi éberlués que moi. Lorsqu'elle fait claquer sa langue de plaisir, je ne peux m'empêcher de la détailler.

Elle est vraiment jolie. Et semble avoir repris du poil de la bête. Je ne sais pas ce que j'ai en ce moment, mais je ne peux pas m'en empêcher.

- Je… Je peux vous aider ?

Elle me lance à peine un regard et ricane. Mais c'est un rire jaune, un peu dépité.

- Ça m'étonnerait beaucoup. Sauf si bien sûr vous seriez capable de retrouver un homme sur la simple description des entailles qu'il laisse sur le cœur de ses victimes.

- … Je pensais plutôt à vous appeler un taxi, mademoiselle.

Elle éclate soudain d'un rire tonitruant qui me fait sursauter et coupe la conversation de tous les clients qui se retourne vers nous. Mais elle ne le remarque pas, et rit en se tenant les côtes sans pouvoir se contrôler.

Je ne pense pas avoir dit quelque chose de drôle. L'alcool est déjà monté au cerveau ? Remarque, vu son lever de coude et sa descente assez impressionnante, ça ne m'étonnerait même pas.

Elle met deux bonnes minutes à se calmer, et ensuit des larmes d'hilarité au coin de ses yeux. Et étrangement, ils me semblent aussi dépressifs qu'avant, si ce n'est plus. Cette fille est une vraie girouette émotionnelle.

- Je veux bien le taxi, finit-elle par souffler en s'accoudant au comptoir, le menton dans la main, les yeux dans le vague.

J'hoche la tête et m'éloigne. Les clients ont repris leur conversation et puisque personne ne semble avoir besoin de moi dans l'immédiat, je m'apprête à passer dans l'arrière-boutique quand Shachi me fait m'approcher d'un signe de tête.

- Un problème ?

- Rien, t'inquiète. Mais à votre place, je ne l'aborderai pas ce soir. Elle n'est vraiment pas dans son assiette.

- Dommage, c'est vraiment une belle créature, souffle Penguin dont le regard se perd sur les courbes marquées de la jeune femme.

- Je dois passer un coup de fil, je peux vous confier le bar une minute ?

Pen' étant trop perdu dans sa contemplation ne m'entend pas, mais Shachi et Bepo hochent la tête. Je les remercie et passe dans la réserve jusqu'au bureau de Brook. Je colle l'oreille à la porte pour vérifier qu'il ne compose pas et toque. J'entre après y avoir été invité et y trouve mon patron à rédiger les comptes de ce que je devine.

- Un problème Cara ?

- Aucun, je peux emprunter le téléphone ? Une… Un client a besoin d'un taxi.

- Oh, je comprends, vas-y, vas-y.

Ce n'est pas passer loin. S'il avait été au courant qu'il s'agissait d'une femme -et fichtrement jolie malgré ses manières douteuses- il n'aurait pas tenu en place. Je passe l'appel et remercie Brook qui s'est replongé dans son livre de compte et quittant le bureau.

- Au fait, chère Cara, de quelles couleurs sont vos sous-vêtements aujou-

- Désolée patron, je n'ai pas entendu, des clients m'appellent !

Et je claque un peu fort la porte en levant les yeux au ciel.

Personne n'a bougé quand je reviens. Même pas Pen' qui semble vraiment frustré de ne pas pouvoir aller faire du gringe à la belle.

- Votre taxi arrive, lui dis-je.

Elle se redresse et prend une grande inspiration, fermant une seconde les yeux. Puis elle glisse la main dans son décolté -je suis sûre que c'est Shachi qui vient de couiner !- et dépose sur le comptoir… un billet de dix milles Berries.

- Gardez la monnaie pour votre pourboire. Bonne soirée, merci pour les verres.

J'en ai le souffle tellement coupé que j'en oublie presque de la saluer à mon tour. Elle traverse la salle avec une aura qui oscille entre la guerrière et la vengeresse et sort sous le regard de tous les clients. Ça c'est une femme.

D'une main hésitante, j'attrape le billet et immédiatement, le duo de Don Juan me saute dessus.

- Dix milles Berries ?!

- C'était qui cette beauté qui se balade avec autant de liquide sur elle ?

- On s'en fiche ! Oh Cara, laisse-moi toucher ce billet, je suis sûr qu'il est encore chaud et doux…

Leurs frasques me réveillent un peu. Je lève les yeux au ciel et fait disparaitre le billet -qui, je ne leur avouerai jamais, est en effet encore chaud- dans mon poing.

- Dites pas n'importe quoi. Et puis pas touche à l'argent du bar.

- Tu veux dire à ton pourboire, ricane Pen'.

- Exactement, je fais, faussement fière en relevant le nez.

Ils se moquent de moi mais je les ignore et reprends mon service.

En quittant le bar par la sortie de service à minuit, je suis épuisée. La fréquentation est un peu plus importante ces derniers temps. Si je suis la seule serveuse, c'est parce que d'ordinaire, il n'y a que très rarement plus de dix clients en même temps et que l'ambiance au Laboon's Soul n'est pas vraiment aux éclats et aux festivités, mais plutôt cigares et verres de cognac dans un silence relatif.

Ce n'était pas non plus à la limite du glauque, comme au Bar de l'Arnaque plus en retrait dans le quartier Sud-Est de la ville, tenu par une amie proche de Rayleigh, Botan Shakky, où il est de notoriété publique qu'il ne vaut mieux pas s'y risquer à moins d'avoir des relations douteuses.

Donc, il est tout à fait normal que l'ancien bras droit d'une personne comme Gol D. Roger s'y sente comme chez lui. Et puis Sabo semble persuadé qu'ils ne sont pas simplement amis. Bah, c'est leurs affaires.

Et puis si on voulait une ambiance vraiment légère avec une barmaid à la gentillesse incommensurable, il y avait le Partys Bar, tenu par la jeune Fushia Makino. Et la propriétaire de tout l'immeuble, c'est à dire également de Rayleigh, Ace, Sabo et Luffy, et accessoirement de Garp -même si ce n'était plus le cas maintenant- qui occupaient le deuxième et dernier étage. Makino s'occupait des garçons depuis qu'ils avaient aménagé là, et tous les trois la considéraient comme une grande sœur.

Un sentiment angoissant me coupe dans mes pensées.

… Je n'aurais jamais cru que ça m'arriverait un jour.

J'ai l'affreuse, la terrible et vraiment super angoissante sensation d'être suivie. Ou plutôt d'être observée.

Je l'avais lu dans des dizaines et des dizaines de bouquins, en trouvant à chaque fois qu'il s'agissait d'une facilité scénaristique pour indiquer au lecteur la présence d'un autre personnage et ça m'énervait.

Mais là…

Je suis bien obligée de constater que c'est la vérité. Les frissons dans la nuque, la sensation désagréable d'un regard brulant… tous est là.

Rien à voir avec l'étrange picotement de ma poitrine ces derniers temps -faut vraiment que je prenne rendez-vous avec mon chirurgien, moi. Là, c'est vraiment différent.

Et moi, j'ai la frousse.

Faut dire que je suis une fille de seize ans, d'un mètre cinquante-huit avec la force brute d'un lapin nain sous anesthésiant, qui est seule sur un trottoir à minuit dans une partie de la ville sans la moindre circulation à cette heure-là.

… Mais c'est ultra dangereux en fait ! Je n'avais jamais réalisé à quel point, alors que je prends ce chemin cinq à six soirs par semaine depuis un an et demi !

Je suis complètement inconsciente ! Et pourquoi je n'ai pas de bombe anti-agression dans mon sac, hein ?! C'est dingue d'être une andouille à ce point, mais à quoi tu pensais, Cara ?! Soit un peu plus responsable de toi, en commençant par virer le gars qui squatte ton futon depuis un mois, en prévenant la police, et en te retournant maintenant pour espérer voir si l'horrible sensation d'être épier est justifiée !

Je me retourne dans le noir, presque en position de combat.

… Y'a pas un chat, et moi, j'ai l'air ridicule.

Rectification, y'a un chat qui vient de passer au coin de la rue et son regard me dit clairement que je suis ridicule.

… Bon. On va dire que j'ai rêvé.

- Je suis rentrée.

- Bienven- et ben t'en tire une tête.

- Ah ?

- On dirait que tu as vu un fantôme.

Ouais, l'aura de dépression de la fille était bel et bien contagieuse. Il me regarde en fronçant un peu les sourcils.

- Ça va ?

- Hum.

J'hésite une seconde. Je devrais peut-être lui en parler, c'est lui le fugitif après tout. Puis je repense au regard du chat et à la rue déserte.

Et au fait que je suis vraiment une trouillarde ! Héberger un gars en cavale dans un vingt-cinq mètres carrés me rend parano.

- C'était rien. J'ai rêvé.

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Merci pour votre lecture !