Hey !
Merci à Les-Fictions-De-Niils, The Story of a rabbit, Traffy D Lamy et Lawiki pour leur review ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow.
RAR
Traf D Lamy – Mais qu'est-ce que tu t'embêtes en guest d'ailleurs ? Pourquoi ne pas créer un compte ? C'est quand même plus simple, sans pub et gratuit ! Enfin. Ce n'est pas grave d'être une lectrice fantôme, je ne vais pas t'en vouloir pour ça voyons ! :) Déjà tu prends de temps à autre le temps de laisser une review, c'est déjà énorme pour moi ! MERCI !
Bonne lecture !
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Chapitre 13
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- J'ai chaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa…
- On le saura.
- … aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaud…
J'ai l'impression que je transpire par tous les pores de ma peau et j'en suis à ma troisième douche glacée de la journée. Je me rince les cheveux à chaque fois avant de me remettre dans ma position préférée par cette chaleur, c'est à dire assise en tailleur devant mon ventilateur à plein régime posé sur la table basse.
J'avoue avoir bon espoir d'attraper un rhume, ou avec un peu de chance une grippe bien sentie. Frisson et sensation de froid compris. Parce que là…
- … J'ai chaud…
- En tous cas, c'est clair que ça a une répercussion directe et sévère sur ton cerveau. Tu es bloquée en mode « repeat ».
Je lui mets un coup de coude dans les genoux. Assit dans le canapé, dans la même position, et aussi en sudation que moi.
- Mais comment tu fais pour rester en jean ?!
- Ce sont les fringues que tu m'as filées je te rappelle.
- Mais prends ton pantalon de pyjama ou râle pour que je te rachète des vêtements comme un bermuda, mais reste pas comme ça tu me donnes chaud…
J'entends son souffle saccadé derrière moi. C'est qu'il se fiche de moi le malotru ! J'ai à peine un short, et un karako -emprunté à Koala qui peut se permettre des vêtements plus légers et plus courts puisqu'elle est bien plus jolie et plantureuse que moi- et je n'en peux plus.
- J'ai-
- Laisse-moi deviner, tu as chaud ?
Je le refile un coup de coude et je l'entends grincer des dents, mais il se mare toujours.
- Aaaah… j'en peux plus.
Et bien sûr, le carillon à la fenêtre grande ouverte -survie élémentaire- ne fait pas le moindre bruit, parce qu'il n'y a pas le moindre souffle de vent.
- Thé glacé ?
- Encore ? Tu vas finir par déborder tu sais ?
- Tu cherches les emmerdes, c'est pas possible !
Cette fois, il ricane franchement, mais finit par accepter et je nous ressers un grand verre de thé glacé avec plus de glaçons que de liquide.
- Tu ne travailles pas aujourd'hui ?
- Mais t'es pas dingue ? Comme si on pouvait se permettre de se surchauffer le cerveau avec des choses stupides comme des maths par cette chaleur ? Un dimanche en plus. Pas de devoir, pas de Koala -bon ça c'est nul mais si elle s'éclate c'est le principal-, pas de bar ce soir, les garçons sont chez leur grand-père -paix à leur âme- et dès que je tiens un livre, les pages finissent par s'imbiber de sueur. Alors pour une fois, ne rien faire de la journée, c'est pas plus mal.
- Dis plutôt que tu as du mal à faire une bête division.
- Tu sais qu'en ce moment, y'a beaucoup d'incidents impliquant des ventilateurs volants ? A ta place je ferais attention.
Et encore une fois, il rit doucement.
Il est beaucoup plus détendu en ce moment. Peut-être qu'il baisse sa garde à cause de la chaleur, mais il n'a plus rien à voir avec l'homme sans cesse à cran qu'il était quand il est arrivé. Ses blessures sont guéries, il semble satisfait et passe beaucoup de temps à simplement ne rien faire.
J'ai le sentiment que c'est quelque chose qu'il n'a pas eu l'occasion de faire depuis très longtemps. Il s'est tellement apaisé qu'il s'endort régulièrement sur le canapé, m'obligeant à m'exiler sur la table. Mais le spectacle est tellement amusant que ça ne me dérange pas !
Les premières nuits, il ne dormait quasiment pas. Je ne lui ai pas menti en disant avoir un sommeil de plomb, mais j'étais alors tellement inquiète que je dormais mal. Plus d'une fois, je l'ai entendu s'agiter, changer vingt fois de position ou siffler de douleur à cause d'un faux mouvement. Puis au fil des compresses, il a commencé à faire des nuits complètes et ses cernes ont diminué de manière significative, même s'ils restent présents.
Mais en fait, je les aime bien, ses cernes. Ils lui vont étrangement bien. Ça souligne son regard… même si je suis bien placée pour savoir qu'il n'a pas besoin de ça pour être effrayant. Enfin toujours est-il que je n'arrive pas à l'imaginer sans.
Alors quand il s'endort comme une masse, bras croisés et les jambes sur l'accoudoir, je ne le dérange pas. Il est amusant. Il plisse un peu le nez de temps en temps, marmonne des gargarismes et se blottit un peu mieux. On dirait un gosse, c'est terriblement attendrissant.
Dans ces moments, j'avoue avoir du mal à reconnaitre le type trempé jusqu'aux os qui était affalé devant ma porte alors qu'il y avait un orage aussi terrifiant que son regard. Oh, il a toujours la langue bien fourchue, mais elle blague plus qu'elle ne blesse maintenant.
Et si j'ai un humour au ras des chaussettes, lui aussi alors au moins, on s'y retrouve. Et je le préfère définitivement aussi… vivant. Il semble mieux respirer, plus léger et ses épaules ont perdu cette tension constante qui avait tendance à être contagieuse. Visiblement, ces vacances plus ou moins forcées lui font du bien, et j'en suis ravie.
J'ose à peine penser à la clef que je lui aie proposée il y a quelques temps. Elle est posée en évidence sur le meuble de l'entrée, à côté de la coupe de sake avec la balle. D'ailleurs…
- Dis, je peux te poser une question ?
- Demande toujours.
- J'y connais rien… mais la balle que tu as prise, elle aurait pas dû… je sais pas, faire plus de dégât ?
Il penche un peu la tête alors que je me rassois, mais sur la table basse cette fois, pour ne pas avoir à me démonter le cou à lui parler.
- Tu t'y connais un peu en arme à feu ?
- Absolument pas.
Il a un mouvement d'épaule qui ressemble à s'y méprendre à un rire, mais ne fait aucune remarque. Encore heureux pour lui, j'ai le ventilateur sous la main là…
- C'est une balle de 22 long rifle, autrement dit la munition la plus petite avant le plomb. Et pour te resituer ça, c'est la munition la plus vendue dans le monde. Elle est petite mais efficace. Et surtout, idéale pour des petits calibres.
Il me désigne son épaule du pouce.
- Si ça avait été une arme plus lourde, à l'heure actuelle j'aurais l'omoplate complètement explosée. Une chance pour moi, il a tiré de plus de cinquante mètres et je suis assez musclé pour que ça ait fait office de barrière élémentaire.
Ça va les chevilles ?
- Donc si je comprends bien… tu es vraiment, vraiment super chanceux. C'est ça ?
Il hausse un sourcil.
- Ce mec m'a eu à plus de cinquante mètres de distance. Il ne me visait sûrement même pas, il a certainement voulu tirer un coup de semonce, mais j'ai quand même pris la balle.
Ouais, d'accord, vu comme ça…
- Je pensais plutôt au fait que pour une balle perdue, elle aurait pu atterrir dans d'autres parties bien moins amusantes que ton épaule. Ta nuque ou ta tête. Si on y réfléchit bien, c'est pas passé trop loin.
Eeeeeeeeeeeeet re-regard poker face, y'avait longtemps. Mais cette fois, je commence à le connaitre. Je souris sournoisement.
- T'y avais pas pensé, pas vrai ?
- …
Je ricane.
- … Oh la ferme…
J'éclate de rire devant son air renfrogné et je jurerais que ses pommettes sont légèrement plus colorées que d'habitude.
- Miséricorde… T'es grave, tu le sais ça ?
- C'est toi qui dit ça ? Je te signale que tu héberges le premier venu chez toi.
- Et toi tu sers de cible pour du tir au pigeon !
- Tu ronfles.
- Toi aussi ! Et tu fais des bruits de bouches bizarres avec ça !
- Tu te coiffes toujours n'importe comment.
- Tu es celui qui a le tic bizarre de se passer la main sur la tête !
- Tu manges n'importe comment.
- Tu n'aimes même pas le pain !
- Tu empruntes les vêtements de ta coloc.
- C'est même pas un reproche ça !
Son sourire s'agrandit puis se mut en un rire léger. Juste un petit rire, mais tous son corps suit le mouvement. Et le voir ainsi me conforte dans mon idée. Il est presque… serein.
- Il y avait longtemps que je n'avais pas parlé… juste pour le plaisir de parler… dire des banalités, des stupidités…
- Stupidité toi-même.
Et à nouveau il rit. Je suis sûre que nos échanges n'ont pas grand-chose, voire rien de drôle, mais ça semble lui convenir. Je réponds à son sourire et me penche pour poser un doigt entre ses sourcils. Il s'immobilise à mon geste mais j'essaie de le détendre en agrandissant mon sourire.
- Ton visage est plus agréable sans cette ride que tu avais.
Il fronce les sourcils quand je me recule et j'éclate de rire.
- Ouais, cette ride-là ! Tu es trop soucieux, à vingt-cinq ans tu es déjà plus acariâtre qu'une grand-mère. Tu es trop sérieux mon pauvre vieux.
Il met quelques secondes à bouger, se contentant de me fixer. Je grimace en ne le voyant pas retrouver ce visage si paisible qu'il avait quelques secondes plus tôt. J'ai encore tout foiré… ce que je peux être bête.
- Désolée, je manque de tact. Je ne voulais pas te vexer. Fronce les sourcils si tu en as envie.
Je me lève et m'apprête à aller me passer la tête dans le freezeur pour me remettre les idées en place quand une main attrape mon poignet et me fait basculer en arrière. Un cri m'échappe et je ferme les yeux en attendant l'impact… qui ne vient pas. A la place, j'atterrie confortablement sur le canapé, à la place qu'il occupait un peu plus tôt. Je cherche son regard parce que je ne pige rien à ce qui vient de se passer, mais il me tourne le dos.
- C'est vrai que tu manques de tact, mais j'apprécie les personnes franches.
Et il me plante là pour passer dans la chambre.
Je crois que j'ai raté un épisode.
Quoi qu'il se soit passé dans sa tête, ça m'est passé sous le nez.
Il revient quelques secondes plus tard, et il a retrouvé sa tranquillité. Je ne peux m'empêcher d'être rassurée.
- Je voulais te demander, c'est quoi ce livre ? Je ne reconnais ni le nom de l'auteur ni le style.
Il me montre alors un polycopié relié à la couverture bleu marine que moi, je reconnais sans mal.
- Tu as lu ça ? sursauté-je.
- Ben… ouais. Il ne fallait pas ? C'était sur tes étagères alors…
Il semble incertain mais je me reprends bien vite. Un sourire illumine mon visage et je lui fais signe de s'installer à côté de moi. Toujours hésitant, il s'exécute.
- Et qu'est-ce que tu en as pensé ?
Il me dévisage et semble comprendre à quel point je suis sérieuse.
- C'est parfois un peu hésitant, mais c'est très intéressant. L'intrigue est bien ficelée et le style sait poser l'ambiance. Les personnages sont attachants et le dénouement m'a surpris. J'ai beaucoup aimé.
Je souris tellement que j'en ai mal aux joues, mais je suis si fébrile et heureuse que je ne peux pas m'en empêcher !
- C'est bien, c'est intéressant, n'est-ce pas ?
- Oui, beaucoup.
J'ai un frisson d'excitation et je lève un bras vainqueur. Que c'est bon de se sentir soutenue !
- C'est Sabo qui l'a écrit ! j'explique devant son air toujours perdu.
Je suis excitée comme une puce et j'en perds mes lunettes mais je m'en fiche pas mal d'avoir l'air d'une nouille trop cuite au fond d'un bol de ramen.
- Il est bon n'est-ce pas ? Il écrit depuis des années ! Il est trop timide, il refuse de faire lire ça à qui que ce soit, et quand on lui affirme que c'est vraiment génial, il pense qu'on dit ça pour lui faire plaisir.
Je suis rayonnante. S'il a aimé, c'est que j'avais raison !
- Il a du talent, consent-il avec un hochement de tête respectueux.
- Rah ! Si seulement il pouvait t'entendre ! Rayleigh et moi, ça fait deux ans qu'on essaie de le convaincre de postuler à un magazine pour devenir nouvelliste, mais il dit qu'il n'en a pas le talent, qu'il veut s'améliorer, bla bla bla… Ce livre, il date d'il y a trois ans déjà.
- Tu veux dire qu'il a écrit ça à quatorze ans ?
Il reporte son regard au polycopié et semble le considérer sous un nouveau jour.
- Oui ! je saute presque sur place en battant des mains, euphorique. Entre temps il s'est encore amélioré ! Attends une seconde.
Je me lève d'un bon, cours dans la chambre et attrape un carton posé au-dessus d'une étagère pour la poser sur la table basse.
- J'ai ici une copie de tout ce qu'il a écrit depuis celui que tu as entre les mains. Tiens, ça c'est le dernier en date, je lui dis en lui tendant un autre polycopié à la couverture bleu-clair avant d'en attraper un autre et de le mettre par-dessus. Et ça c'est celui que j'ai préféré.
Il attrape le tout et jette un coup d'œil aux couvertures.
- Il veut devenir auteur ?
Je lève les yeux au ciel.
- Il dit qu'il en a pas les capacités, cet idiot. Il veut faire une fac d'histoire et devenir historien ou professeur. Si possible pour servir la cause de Dragon ou réussir un jour à faire éclater la vérité sur les anciens saccages du gouvernement, le clan des D., Flevance… Son rêve, c'est de rencontrer Dragon et de pouvoir aider à éjecter du Gouvernement les politiciens encore corrompus par les mafias ou les clans qui y sont liés.
Je pointe le carton du doigt.
- Mais Rayleigh et moi sommes du même avis. Il a beau aimer l'histoire, il aime encore plus écrire. Rayleigh le voit bien en auteur engagé, même s'il ne lui a jamais dit. Il toujours dit qu'il laissera ses garçons suivre la voie qu'ils auront choisi, quelle qu'elle soit. Mais on pense la même chose. Il ferait un romancier vraiment incroyable.
Il a l'air pensif.
- Et pourquoi ce nom ? ASL ?
- Ah, c'est leurs noms. Ace, Sabo, Luffy. Ses frères sont la chose la plus importante à ses yeux. Il n'a pas encore de nom de plume et ne veut pas utiliser son précieux nom de famille. Alors pour l'instant, il signe du symbole qu'ils avaient quand ils étaient gamins.
Il hoche la tête et feuillète un livre.
- Celui-là est plein de notes et de corrections.
Je rougis.
- Ah… En fait, il me demande de relire et de corriger tout ce qu'il écrit parce qu'il veut quand même tout perfectionner. Alors comme ce n'est pas vraiment le trip d'Ace, je lui sers de correctrice. Et puis j'ai une excuse en béton armé pour pouvoir lire ce qu'il écrit de tout mon saoul sans qu'il se plaigne.
Je me tais, le laissant lire quelques pages.
- Il est vraiment doué, acquiesce-t-il. Et tes remarques sont pertinentes. Tu ferais une bonne éditrice.
Cette fois je me sens piquer un phare magnifique et mon visage est brûlant. Comme si je n'avais pas déjà assez chaud.
- Quoi ? C'est ce que tu veux faire ?
- Je sais que ça peut paraitre prétentieux, dis-je à toute vitesse pour tenter -sans succès- de cacher ma gêne. Mais je sais que je veux faire une université de littérature… après, ce que je veux faire de ma vie… je sais pas encore.
Je joue distraitement avec une boucle récalcitrante à mes épingles. J'ai besoin de titiller quelque chose. Puis je baisse les yeux, trop honteuse pour soutenir un quelconque regard.
- Mais si j'avais un rêve, ce serait d'être éditrice, et si possible, l'éditrice de Sabo…
Je me mors la lèvre. Ça, ça fait partie des choses que je n'avoue pas à voix haute, mais je sais que Rayleigh s'en ait rendu compte vu les regards qu'il m'a lancé parfois quand je m'extasiais devant le travail de son fils adoptif.
- Tu es bien partie en tous cas. Vous faites un bon duo.
Je sursaute et croise ses yeux gris où je n'y lis que de la sincérité. Mes joues me brûlent toujours, mais ne pas le voir se moquer de moi me calme un peu.
- Vous êtes tous deux des partisans de Dragon, n'est-ce pas ?
- Oui.
Il semble pensif.
- Tu connais Imperio Ivankov ?
Je manque de m'étouffer.
- Ivankov ? Ouais, c'est grâce à lui que Dragon a fui le pays sans se faire attraper. C'est un de ses amis. Il a fait de la prison en plus non ?
- Ouais, mais maintenant, il tient un magazine pour Okama.
…
- Ok, si c'est une blague sur le fait que je suis aussi féminine qu'un travesti, je te jure que-
- Mais non, écoute-moi jusqu'au bout. Il possède également un magazine plus discret, le Bartigo.
- Jamais entendu parler.
- Ça m'étonne qu'à moitié. Disons que la presse locale essaie de ne pas trop envenimer le phénomène qu'il provoque.
- Je comprends pas.
- Disons que les propos de ses auteurs sont parfois très engagés. S'ils existent encore, c'est au nom de la liberté d'expression relative de cette Île. Mais plus d'une fois, ils ont bien failli couler. Sur la forme, il ressemble à un magazine de nouvelles et light novel comme il en existe plein, mais quand on se penche sur certains textes, il devient évident qu'il se distingue au moins par son opinion politique.
Toujours avec ce petit sourire aux lèvres, il désigne derechef le carton et ce qu'il tient.
- Si ton ami est un jour intéressé par la publication de ses textes, entre ses idéaux et ses envies, je pense que ce magazine pourrait l'intéresser.
…
- Tu es incroyable.
Il a un bruit de gorge étrange.
- Non. C'est juste que j'aime bien le lire de temps en temps. Il publie un auteur que j'aime bien parfois.
- Je… j'en parlerais à Sabo la prochaine fois qu'il me présente quelque chose à lire.
Je suis un peu soufflée là. Depuis si longtemps, l'un des rêves de Sabo était à portée de main, et nous n'en savions rien. Si Ace apprend ça, il va criser.
Je lève les yeux. Comme je suis restée silencieuse un moment, il en a profité pour commencer à lire l'un des polycopiés.
- He…
- Hum ?
- Merci… pour Sabo, Law.
- Un plaisir, Cara.
Le carillon tinte enfin à la fenêtre.
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- Fait chaud…
- J'arrête pas de le dire.
- Sérieusement, il va te falloir plus qu'un ventilateur si tu veux survivre à cette chaleur…
- Vous avez la clim' chez vous non ? Alors qu'est-ce que vous faites ici ?
- C'est ta faute ! s'offusque Ace. Tu sors plus d'chez toi, impossible de te faire venir à la maison, alors on s'incruste !
- Mais c'est bien ce que je vous reproche ! m'emporté-je à mon tour.
- Bouclez-là, gémit Sabo, vous me donnez chaud à vous agiter comme ça…
Et dans un bel ensemble, on soupire de désespoir en rapprochant nos visages du ventilateur.
- Je rêve de plage et de maillot de bain… de sable fin et de crème glacée…
- La ferme.
Le vent s'est légèrement levé, mais ce n'est que de l'air chaud et on n'a pas l'air malin à dégouliner.
- Dis, qu'est-ce qui t'arrive pour que tu préfères rester ici à risquer de t'évanouir de chaleur plutôt que de venir à la maison ? Je te rappelle quand même qu'on a la clim', nous.
- Justement, je me sens mal avec tout cet air conditionné. Je dois faire une allergie.
Sabo me met un coup de coude.
- Tu n'arrêtes jamais tes conneries ?
- C'est Ace qui passe son temps à dire des conneries.
- Eh ! Pourquoi ça m'retombe dessus ?
Et un deuxième coup de coude. Maintenant j'ai mal aux deux flancs.
- Tu agis bizarrement en ce moment, continue Sabo. Tu ne viens plus à l'appartement, tu es encore plus tête en l'air que d'habitude et tu es un peu trop dans la lune à mon goût. Tu nous caches quelque chose ?
Tu veux dire, en dehors du gars tatoué comme un mafieux juste derrière la porte de la chambre ? Heu… Nan.
- J'emprunte les vêtements de Koala. Ils sont plus légers que les miens.
- Arrête un peu de- attend, t'es sérieuse ? Ce sont les vêtements de Koala ?!
Sabo pique soudain un phare monumental et Ace ricane.
- Ils ont encore son odeur… je susurre pour le taquiner.
Il me donne un coup un peu plus violent, mais je me contente de rire.
- En parlant d'odeur, intervient Ace. C'est vrai qu'il y a une drôle d'odeur ici depuis un moment. C'est de ça que tu parlais quand tu disais que ton voisin-
- Bien sûre que non ! je m'offusque avant de me rendre compte de ma gaffe.
Mes deux amis échangent un regard, puis attrapent chacun un de mes poignets avant que je n'ai eu le temps de m'enfuir et m'immobilise contre le canapé.
- C'est trop suspect.
- Beaucoup trop suspect. Qu'est-ce que tu nous caches Cara ?
- Mais rien du tout !
- Tu mens ! Allez, dis-nous tout…
Leurs visages sont trop proches. Beaucoup trop proches ! Et ils sont sérieux ! Je n'ai pas intérêt à bafouiller, parce que sinon je suis grillée.
- Ça sent… l'homme je dirais. Un truc viril, marmonne Ace.
C'est vrai qu'il a un parfum assez musqué. Mieux que l'odeur de mon shampooing le premier soir- eh ! Mais c'est une idée ça ! Et pas tout à fait faux en plus.
- J'ai changé de savon.
- … gné ?
- L'autre jour en faisant des courses, j'étais dans la lune et j'ai acheté un savon pour homme. C'est ce que vous sentez.
Leurs yeux sont plissés, suspicieux. Puis Ace se rapproche de moi et renifle mon cou et mes cheveux.
- Eh mais attend, c'est vrai en plus ! Tu as vraiment une odeur de savon pour homme.
- Quoi ? C'était que ça ? soupire Sabo en me relâchant.
Ça, c'est du timing. Juste avant qu'ils ne débarquent sans prévenir -pour changer-, il m'aidait à démêler mes cheveux, et lui utilise bien le savon que je lui ai acheté. L'odeur à du imprégner ma tignasse. J'en sauterais presque de soulagement si ça n'était pas aussi suspect.
- Mais à part ça, pourquoi j'ai la mauvaise impression que tu nous fuis ?
Je soupire. Je savais que ça finirait par arriver. Ce n'est pas comme si je pouvais leur cacher indéfiniment… On se connaît depuis bien trop longtemps pour que je puisse espérer être discrète en faisant des cachotteries. Autant tout leur avouer.
- En réalité…
Ils sont pendus à mes lèvres. J'ai la gorge nouée.
- Pour tout vous avouez…
Leur regard est intense et ils comprennent que ce que je m'apprête à dire est important.
- Ce sont aussi les siens.
- … hein ?
- Les sous-vêtements que je porte. Ce sont aussi ceux de Koala.
- CARA !
Ils se jettent sur moi et me punissent en règle avec une séance de chatouilles. Ils me violentent les flancs, les pieds, les bras, la nuque, chaque morceau de peau est leur cible. J'en ris tellement que j'en ai mal aux côtes.
- Ah ah ah ar-arrêtez !
- On va t'apprendre à te moquer de nous !
- Tu vas goûter à notre colère !
- Hi hi hi ! Les gars ! Arrêtez ! Vous me faites mal !
- Justement ! Souffre !
- S-Stop !
- Jamais ! Pas tant que tu ne seras pas morte de rire !
- Je- Je vais- je me rends ! Je me rends ! Arrêtez !
Ils ne me libèrent qu'après ce qui me semble être une éternité, me laissant pantelante.
Ace a un sourire en coin et Sabo un air un peu dépité.
- Bon… Tu ne veux vraiment pas en parler ?
Mon cœur bat la chamade, mais je ne suis pas sûre que ce soit uniquement à cause de la séance de torture que je viens de subir.
Je les adore mais…
Sabo soupire et Ace a un profond râle de mécontentement.
- Raaaaaaaaah ! T'es aussi têtu que Luffy, et c'est pas un compliment.
J'ai un pauvre rire.
- Désolée, les gars…
- Ah, c'est pas grave. On t'en veut à mort mais c'est pas grave.
- Ace…
- Tu as décidé de faire ta mauvaise tête, on va bouder pour la forme mais si on t'en veut à mort, on ne te le fera pas sentir, promis.
- Sab'…
Ils se jettent sur moi et s'affalent en se servant de moi comme d'un vulgaire cousin. J'ai beau gémir qu'ils m'étouffent, ils m'ignorent. Alors j'arrête vite.
- … Merci les gars.
- Hum.
Tu parles d'une réponse. Mais c'est tout eux. Après un long silence où seuls les pales du ventilateur et le carillon comblaient le silence, ils se redressent et me laissent m'asseoir.
- Tu sais, tu n'es pas la seule à râler parce que l'on vient ici trop souvent.
- Plaît-il ?
- Rayleigh nous a fait tout un numéro.
Sabo passe une main dans ses cheveux pour les rejeter à la manière de son père adoptif, attrape mes lunettes pour les chausser et prend un air particulièrement peiné.
- Ah ! Mes garçons grandissent trop vite ! Il quitte déjà le cocon familial pour une femme !
- Pour une femme ? je ris en récupérant mes lunettes. Il exagère, ce n'est que moi, on se connait depuis dix ans quand même.
- Ouais, nous aussi on trouve qu'il exagère…
- Il te manque au moins cinq cent grammes de chaque côté pour être qualifiée de femme.
Je plante un coup rageur dans les côtes d'Ace et j'abats la même sentence à Sabo qui a éclaté de rire à la blague -moisie- de son frère.
- C'est moi ou nos conversations baissent en qualité ces derniers temps ?
- Miséricorde, je soupire. On est en vacances, en été, il fait chaud. Pour une fois, faisons aussi une pause dans nos discussions à prise de tête. Je veux rien entendre sur le lycée, les profs, les élèves, les mafieux, les Clans, le Gouvernement, nos parents ou Flevance pendant encore au moins un mois. Un peu de légèreté et des idioties une fois de temps en temps, ça peut pas nous faire de mal.
Je les voie échanger un regard.
- Donc, si je comprends bien, tu ne veux pas lire la dernière chose que j'ai écrite ?
Oh !
Je me redresse d'un bon, le cœur battant.
- Tu as écris quelque chose de nouveau ? Je veux lire !
- Non, tu as dit que c'était prise de tête.
- Oh, allez Sab', boude pas…
- Rêve. Je suis vexé.
- C'est moi qui viens de me prendre une remarque sur mon bonnet inexistant ! On sera quitte !
- C'est Ace qui a fait la blague !
- Allez Sabo… Allezallezallezallezallez…
Il secoue la tête avec un air dépité.
- Je vous préviens, si vous partez dans vos délires de bouquin je-
SBAM.
Ace vient de basculer en avant dans une crise de narcolepsie foudroyante.
Sabo et moi échangeons un regard, puis d'un commun accord silencieux, je glisse un cousin sous sa tête et son frère dénoue ses membres pour qu'il soit plus à l'aise.
- Thé glacé et cookie ?
- Sors ton manuscrit, ça va faire mal.
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Je me réveille piteusement. A l'absence de lumière, il fait encore nuit et l'aube n'est pas prêt d'arriver. Je ne comprends pas, je n'arrive pas à éclaircir mes idées. Pourquoi je me suis réveillée ?
Je me redresse difficilement passant une main sur mon visage pour tenter de me rafraichir les idées, mais c'est peine perdue. Je n'arrive pas à réfléchir. Je suis peut-être une lève-tôt, mais quand je dors, je suis une vraie tombe.
C'est pourquoi je-
- Humph… !
L'exclamation de douleur me fait l'effet d'une douche glacée.
- Law… !
Je me lève d'un bon, attrape mes lunettes et me précipite dans la chambre. La pleine lune qui passe par la fenêtre me permet de voir sans que je n'ai à allumer la lumière.
Son visage est déformé dans une grimace de douleur et il tremble. Je m'approche et pose ma main sur son front trempé de sueur. Il est chaud, mais ce n'est pas que de la fièvre : il cauchemarde.
- Law… Law ! Réveille-toi ! Tu fais un cauchemar, réveille-toi !
Mais mes mots ne semblent pas l'atteindre. Il se recroqueville sur lui-même et exhale un gémissement de souffrance. J'avoue être perdue, et ne pas savoir quoi faire. Une blessure, je peux gérer -mal, mais je peux-, mais là je suis perdue.
Je le secoue mais rien ne le fait réagir. Je lui flanque une gifle monumentale -en tous cas tout ce que je peux avec ma force- mais même ça ne le réveille pas. Je commence à céder à la panique, la gorge serrée.
- Law !
Ses mains agrippent ses tempes, tremblantes. Je n'arrive plus à croire qu'il fasse un simple cauchemar, c'est un véritable délire. Son front est brûlant et il est trempé de sueur qui perle littéralement sur sa nuque.
Soudain, dans un râle, il plante ses ongles tellement forts qu'il s'ouvre la peau.
Je vois aussi rouge que le sang qui se met à s'en échapper.
Sans perdre une seconde pour réfléchir, pour agir logiquement, j'enlève le peu de couverture qui était encore sur ses jambes, le plaque sur le dos et monte à califourchon sur ses hanches dans l'espoir un peu vain de l'immobiliser.
Je sens sous mes doigts tous les muscles de son ventre se contracter, presque convulser. Il tremble et ses jambes dans mon dos ont des mouvements hiératiques.
- Law…
Ma voix n'est plus qu'un gémissement, mais je ne sais pas, je ne sais plus quoi faire et je suis perdue.
Alors en le voyant commencer à se griffer les tempes, j'agis avant même d'avoir le temps de réaliser ce que je fais.
Avec toute la force que je suis capable de déployer alors que je tremble autant que lui, je glisse mes mains sous les siennes avant qu'il ne se défigure. Je ne sens même pas ses ongles plantés furieusement sur le dos de mes mains, m'ayant au passage éraflés les phalanges, peut-être même égratignés, je m'en fiche pas mal.
Tout ce que je sens, c'est son visage brûlant, ses cheveux trempés et sa mâchoire se contracter à s'en faire éclater les dents.
- Law, s'il te plait, réveille-toi…
Ma supplique est à peine murmurée, mais je n'ai plus la force de l'intensifier. Je me sens sur le point d'éclater en sanglots tant je suis inutile.
Mais qu'est-ce que j'ai, il faut que je me ressaisisse bon sang !
- Law !
Je ne saurais même pas qualifier l'intonation que j'ai eue. Parce que j'en ai aucune idée moi-même. Mais tout ce qui compte, c'est que ce fut efficace.
Ses yeux s'ouvrent brusquement, pupilles complètement dilatées et j'y lis qu'il est aussi perdu que moi, qu'il ne sait absolument pas où il est. Vague et aussi fiévreux que le premier soir.
Il se redresse d'un bon dans une immense inspiration, me donnant un coup de tête qui me fait basculer en arrière. J'ai l'impression qu'il m'a défoncé le crâne et pendant quelques secondes, je suis complètement sonnée. Je me relève dans un gémissement. Mes lunettes ont volé quelque part, et je crois que j'ai le nez ouvert, je sens quelque chose de chaud couler jusqu'à mes lèvres et un goût métallique remplir ma bouche.
Mais mon attention est bien vite obnubilée par l'homme en face de moi à la respiration saccadée qui fait se soulever sa poitrine aussi dégoulinante que ses tempes ensanglantées. Toute sa posture est tendue à s'en faire des crampes et je ne peux m'empêcher de me camper sur lui.
Ses yeux sont fermés, ses sourcils si froncés qu'il doit en avoir mal, et la seule chose qui trouble le silence de la nuit est sa respiration laborieuse.
Je ne dis rien. Je n'ai absolument pas envie de le déboussoler encore plus que ce qu'il a l'air de l'être avec une parole malheureuse. Alors je ne peux qu'attendre qu'il se calme, qu'il réalise où il est, que quoi qu'il ait revécu, ce n'était qu'un rêve.
Il met de longues minutes à reprendre sa respiration. D'autres à décontracter un à un ses muscles et par réflexe, je l'imite, seconde après seconde pendant ce qui me semble être une éternité.
J'ignore combien de temps s'est écoulé lorsqu'enfin il rouvre les yeux pour vriller son regard, redevenu dur et illisible, dans le mien, surement un peu inégale puisque ma vue est horrible sans lunettes.
- Tu saignes.
- Toi aussi.
On n'a pas l'air fins tiens.
- Tu veux quelque chose ?
- Une vie.
- J'ai pas ça en réserve, mais si tu préfères, j'ai du sucre en morceau, un jus de citron, voire un verre de liqueur de mandarine.
A ma grande surprise, il esquisse un vague sourire qui disparait bien vite.
- J'ai mal au crâne.
- Tu m'as mis un coup de tête façon boule de démolition !
- Ah.
Cette fois, il fait un étrange bruit de gorge, et je mets quelques secondes à réaliser qu'il rit !
Non mais oh !
- Désolé, enchaine-t-il devant mon air offusqué. Tu verrais ta tête.
- Et la tienne ! je m'écrie, particulièrement vexée.
Il abuse un peu pour se moquer de moi là ! Il se racle la gorge et retrouve son habituel air un peu figé.
- Tu es très fâchée ?
- Ça dépend. Pourquoi ?
- Tu irais me chercher un verre d'eau, un paquet de mouchoir et ta boite à pharmacie ?
- Sa seigneurie ne veut pas une tarte à la cerise avec ça ?
Il penche un peu la tête avec un air un brin exaspéré. Je ne commente donc pas plus et me lève pour aller chercher ce qu'il m'a demandé.
Sortir de la chambre à l'air pesant me fait l'effet de changer de monde. Immédiatement, mes idées s'éclaircissent. Pourtant, ça ne fait qu'accentuer mon malaise. J'attrape donc le plus vite possible toutes les affaires et retourne dans le cocon sentant la sueur mais étrangement plus sûr que l'était devenue la chambre cette nuit.
Il s'est assis en tailleur sur le futon complètement dérangé, l'oreiller dans un coin, la couverture de l'autre. Il semble perdu dans la contemplation de sa main ensanglantée. Il revient à lui quand je rentre et pose le tout devant lui avant de m'assoir dans la même position que lui.
Face à face, je lui tends le verre d'eau qu'il attrape. J'en profite pour ouvrir la pharmacie quand, à ma grande surprise, je vois apparaitre un mouchoir humide sous mon nez.
- Tu dégoulines de sang. Essuies-toi.
Ah ? Ah. Déphasée, j'obéie par réflexe et remarque alors qu'en effet, le sang à couler le long de mon visage jusqu'à ma camisole qui maintenant me colle à la peau par le sang qui l'a trempé. Très classe. Je dois avoir l'air d'un vampire là. Surtout que j'ai encore le goût du sang qui me titille désagréablement les papilles. Heureusement que la blessure a arrêté de couler.
Rapidement, je passe un, puis deux, puis sept mouchoirs pour enlever le sang, puis me tourne pour changer de haut. Je balance l'autre quelque part dans la pièce. Pendant ce temps, il a fait de même, et s'acharne maintenant à ouvrir un paquet de pansements.
D'un coup d'œil, je vois que ses mains sont légèrement, très légèrement tremblantes. C'est à peine perceptible, mais c'est suffisant pour qu'il ait du mal à ouvrier le papier fin d'un simple pansement.
- Donne, je m'en occupe.
Il me foudroie du regard. Et voilà. Il est redevenu juste celui qu'il était au début du mois. Disparu l'homme à l'humeur légère, re-bonjour irritable-man.
Sauf que j'ai mal à la tête par sa -un peu ma, mais juste un peu- faute.
- Je ne te prends pas pour un incapable ou pour un pauvre garçon ayant besoin d'assistance. Alors relâche un peu la pression, fais dégorger ta fierté masculine et donne-moi ça.
- Ce que tu peux être chiante.
- Je peux pas nier, mais tu es mal placé pour parler.
Et… je l'ai remis en colère. Mais cette fois je ne m'en veux pas. Cette fois, c'était consciemment d'ailleurs.
- Si j'essaie de te tenir tête, c'est parce que tu ne sembles pas être le genre de personne avec qui les pleurs et les supplications font leurs effets, alors j'ouvre ma grande gueule.
Il me dévisage et je vois peu à peu la colère s'effacer de ses traits qui se durcissent en quelque chose… d'autre. Que je ne saurais qualifier. Mais ce qui s'en rapprocherais le plus serait… de la culpabilité ?
- Tu aurais eu raison… il y a quelques années.
Sa voix n'est qu'un murmure, et je sens qu'il parlait plus à lui qu'à moi.
- Tu veux que je change d'approche ? Tu veux que je te supplie ?
Un frisson le parcours et je sursaute presque à la lueur de dégoût qui illumine une seconde son regard tourné vers le sol.
- Surtout pas.
Son ton est ferme, mais je le sens… comme une coupe de cristal qui s'apprête à tomber sur du carrelage. Comme un arrêt sur image d'une flûte à champagne à quelques centimètres du sol. On sait, la suite est inévitable : elle va s'éclater par terre. Pourtant le temps s'est arrêté l'espace d'une seconde pour le spectateur. Et alors il peut observer, détailler sous les moindres coutures, le moindre éclat de cette coupe qui, bientôt, n'existera plus. Son ultime moment d'existence. C'est presque intime, et je me fais l'effet d'un voyeur.
La sensation disparaît.
La situation s'impose à moi. Je me suis perdue dans mes pensées une seconde de trop.
- Alors prends ça comme le devoir de l'hôte. Laisse-moi m'occuper de toi. Tu es celui qui a au moins trente-neuf de fièvre ici.
Il lève le nez, et croise mon regard une seconde. Puis me tend enfin les pansements que j'attrape avec soulagement -même si par tact, en tous cas le peu que j'ai, je le dissimule.
J'en profite pour attraper un thermomètre et lui caler un peu brusquement entre les lèvres.
- Tu es juste en train de faire en sorte d'augmenter ma dette envers toi, n'est-ce pas ?
Je lève les yeux au ciel en tapotant d'un coton imbibé de désinfectant ses griffures sur les tempes.
- Arrête de dire n'importe quoi et surtout arrête de bouger, petite nature.
Un tic agite sa joue.
- Il va bien falloir que je te rembourse un jour ou l'autre. Je te coute une fortune en pansements -aïe ! Sois un peu délicate.
- Désolée. Tes inepties m'ont déconcentré.
Je pose un deuxième pansement et attrape le thermomètre.
- Trente-neuf deux. C'est bien simple, je suis sûre que c'est la température de la pièce en ce moment.
- Je me disais aussi que je me sentais étrangement à mon aise.
- Au moins c'est clair. Tu dis n'importe quoi parce que tu délires.
- Non.
- Si.
- Non.
- Si.
- Tu veux vraiment jouer à ça ?
- Tu veux vraiment que je sois délicate avec le désinfectant ? J'ai l'autre côté à faire.
Il ferme une seconde les yeux et un sourire se dessine brièvement sur ses lèvres.
- Je te dois aussi des vêtements, de la bouffe, de la lecture, de la liqueur de mandarine, une planque -aïe !
- Je t'avais prévenu d'arrêter de dire n'importe quoi.
Il secoue la tête, mais ne rajoute rien. Encore heureux pour lui, je n'en ai pas fini avec le désinfectant.
- Et voilà ! je fais en me redressant, fière de moi. Maintenant on dirait que tu t'es pris des portes d'ascenseur dans la tête ou que tu l'as passé entre les cymbales d'un singe mécanique, mais t'en fait pas, ce n'est qu'un tout p'tit peu ridicule.
Il hausse un sourcil et me jette un coup de menton.
- Allez, file-moi ça. Vu ta tête, faut faire quelque chose aussi.
- Ta faute.
- On le sera.
Je hausse les épaules, légèrement vexée, mais me laisse faire. Avec des gestes presque automatiques qui, je l'avoue, m'impressionnent autant qu'ils me terrifient, il tapote l'arrête de mon nez à l'alcool et je grince des dents.
- Au fait, tu ne sais pas où sont mes lunettes ? Parce que depuis tout à l'heure, je me ruine les mirettes pour distinguer la moindre poussière.
Il s'immobilise.
- Tu veux dire que tu m'as fait tout ça sans y voir clair ?
- Lire le chiffre du thermomètre a été une torture -aïe ! Non mais oh !
- Désolé. Vengeance.
- Goujat.
Il rit doucement.
Deux minutes plus tard, j'ai un pansement sur le nez, mes lunettes retrouvées par-dessus -et leurs patins redressés-, et des compresses de gazes sur le dos des mains.
On échange un regard… puis le même soupire un peu dépité.
- J'ai plus sommeil.
- Moi si, et toi, tu dois dormir si tu veux que ta température baisse.
Et à ma grande surprise, il commence à se lever.
- Je prends le canapé. Je t'ai assez dérangé pour cette nuit.
- Oh là ! Pas si vite mon gars !
Je l'attrape au dernier moment et le rassois de force -ou plutôt il me laisse le rasseoir.
- Pas bouger. Toi avoir fièvre. Toi dormir dans futon. Moi allez très bien. Bon, moi migraine, mais ça ta faute. Toi état de santé plus grave. Toi-
- Tu n'arrêtes jamais tes conneries ?
- Et toi alors ? je réplique en me levant. Couché, pas bouger.
- Tu me prends pour quoi là ? Un chien ?
- Je dirais plutôt un chat.
- Tu as déjà vu un chat faire autre chose que ce qu'il voulait ?
- Ça dépend. Tu as déjà vu un chat sous la menace d'un coup de poing faire autre chose que ce que le propriétaire du poing demandait ?
Et pour appuyer mes propos, je lève la main à la hauteur de mon visage que j'essaie de rendre le plus menaçant possible. Je dois surtout avoir l'air endormie et légèrement stupide. M'en fiche. Fatiguée.
Il me lance un regard où j'y lis toute la pitié qu'il a pour moi.
Ah il veut le prendre comme ça ?
Très bien.
D'un pas décidé, je me lève, le contourne -il me suis du regard sans comprendre mais ne fait aucune réflexion- et m'assoit en me calant confortablement, dos contre dos avec lui. J'attrape mon oreiller et le malaxe entre mes bras jusqu'à ce que je me sente parfaitement à l'aise.
- Tu fais quoi là ?
- J'ai dit que j'avais sommeil, mais étrangement, je sens que si j'essaie de sortir, je vais m'en prendre une. Alors je m'installe pour faire en sorte que toi, tu sortes pas non plus.
Silence.
J'ai dû tant l'exaspérer qu'il en a tourné de l'œil.
Puis je sens ses épaules et tout son dos tressauter… puis un rire qui monte doucement.
- Arrête de bouger ! J'étais calée là !
- Hum, hum… je bouge plus.
Encore heureux, non mais. A nouveau, je cherche une position confortable, puis sentant le sommeil s'abattre sur moi, je me laisse lentement aller. C'est qu'il est confortable et malgré sa température, je ne suis pas plus dérangée que ça par la chaleur.
Je m'endors d'un coup de mon sommeil de plomb.
.
- …Aïe.
- Hum ? Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est rien, je me suis fait mal au nez et aux mains et je me suis cogné à la porte.
- … Mais comment tu as fait ça au juste ?
…
- Tu te souviens du chaton abandonné ?
- Quoi, tu t'es fait griffé ?
- C'est exactement ça.
…
- Tu n'en loupes pas une.
- Oh ça va.
- Bref, je te tiens au courant dès que j'ai acheté le billet d'avion.
- Hum. Prends ton temps et profite de tout celui qu'il te reste avec tes parents, parce qu'après, t'es repartie avec moi au moins jusqu'à Noël.
- Argh, ne m'en parle pas, rien que d'y penser j'en ai mal à la tête.
- Moi aussi. Au fait ! Tu savais qu'on avait le nécessaire pour recoudre des plaies ouvertes dans notre pharmacie ?
- … Heu… Ah bon ? Qui l'avait fait ?
- J'en sais rien, c'était y'a si longtemps.
…
- Ah ! On l'avait pas acheté toute faite ?
- Fichtre, mais tu as raison ! Merci, ça me taraudait.
- A bientôt.
- Salut Koala.
…
- Je ressemble tant que ça à un chat ?
- Absolument pas.
…
- Mais tu restes ébouriffé et pelucheux. C'est marrant.
.
- … et vos centaines de voix, si délicatement transposées dans vos lettres jusqu'à mes yeux humides d'émotion, font battre mon cœur bien trop fort. D'ailleurs… Ce doit être lui que vous entendez… écoutez…
- Des « centaines » ? Il a peur de rien lui.
Il ne répond rien, mais augmente un peu le volume de la radio. Humph ! Pequenaud.
- … Et maintenant, à nouveau une lettre d'une fidèle auditrice et participante, la charmante Violette.
Immédiatement, il se redresse et augmente encore le son. Non mais, c'est que ça devient vexant là !
- Oui bon ça va, on a compris qu-
- Silence.
- Oh ma chère, votre lettre ! Chers auditrices et auditeurs…
- Comme s'il y en avait.
- Mais la ferme !
- … laissez-moi vous la lire. Bien que tu sois si loin j'ai enfin ! ; Reçu ta réponse ; Prévenue de tes doutes ; Enfumé par les remords ; Tu es trop emplis d'interrogations ; Couvert de mon amour ; Aucun mot ne doit t'atteindre ; Soupçon infondé mon tendre ; Prends confiance en toi ; Soin de nous ; Toi qui sait si bien malmener mon cœur.
Ah, Violette c'est enco-
Et il coupe.
Je ne pige rien à son manège.
J'hausse un sourcil dubitatif mais interceptant mon regard, il se contente d'hausser les épaules et de se détourner.
Lui, il a définitivement une araignée au plafond.
.
- Bonjour !
- … 'Jour…
Et bien…
- Ça va ?
- … 'Rquoi ?
Comment dire…
- Tu as une tête encore plus atroce que d'ordinaire.
Miséricorde, comment je dois interpréter ces grognements au juste ?
Il passe une main dans ses cheveux complètement rejetés en arrière -mais comment il a dormi pour en arriver là ?
Ses yeux violacés toujours fermés, il cherche à tâtons sa brosse à dent, le dentifrice… Bon, il met le dentifrice sur le dos de la brosse, mais c'est bon, ça marche quand même. Il manque sa bouche, met un peu de la pâte mentholée dans son bouc, puis réussit enfin le premier mouvement pour une cavité buccale impeccable et une haleine fraiche.
Captivée par le spectacle de mon cher coloc complètement à l'ouest, je repose ma propre brosse et m'accoude au lavabo en le fixant. Il doit finir par sentir mon regard -sixième sens, activé- parce qu'il s'immobilise soudain et entrouvre un œil suspicieux vers moi.
- … Et ben quoi ?
- Oh rien.
- …
- Je me demandais juste si tu ne voulais pas un petit déjeuner avant de te brosser les dents.
Vague coup d'œil ensommeillé.
- Parce qu'il est deux heures du matin. Je viens de rentrer de mon service.
… Black-Out.
Comme parcouru d'un courant électrique, il se réveille soudain, recrache tout et s'agrippant de toutes ses forces à la faïence -plutôt qu'à ma gorge j'imagine- il me foudroie du regard.
- Et tu n'aurais pas pu m'arrêter avant ?!
- J'aurais pu… mais ça aurait été vraiment moins drôle.
Et j'éclate de rire.
- Caraaaaaaaaah !
.
Merci d'avoir lu !
