Hey !
Merci à elisayn, Les-Fictions-De-Niils, Lawiki, Katym, Traffy D Lamy et Akanee Snakes pour leurs reviews ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette fanfic en favorite et/ou follow !
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Chapitre 14
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- Ah mais c'est vrai, quand tu dis que tu as un sommeil de plomb, c'est vraiment quelque chose d'incroyable. Réveille-toi bon sang, ton téléphone n'arrête pas de sonner.
Pâteuse, j'essaie de décoder ce que me dit sa voix sur une musique que je reconnais vaguement comme étant celle de mon portable. Et plus précisément, la sonnerie de Sabo.
Ouvrant difficilement les yeux, je me redresse et attrape le téléphone qui apparait dans mon champ de vision sans chercher à comprendre. Au passage, je regarde l'heure.
Une heure du matin. Un lundi. Sabo.
- Allô ?
- Cara, je t'en supplie. Dis-moi qu'Ace est chez toi.
La voix absolument angoissée et inquiète de Sabo me réveille instantanément. Mon esprit est soudain limpide : quelque chose ne va pas.
- Non. Qu'est-ce qui se passe ?
- Il n'est pas rentré. J'ai dit à Rayleigh qu'on s'était disputé et qu'il passait la nuit chez toi pour ne pas l'inquiéter mais il n'est toujours pas là.
D'un bon je me lève, remerciant mon coloc improvisé d'un bref signe de tête -pour m'avoir secoué- et me précipite dans la chambre pour attraper de quoi me changer.
- Les détails s'il te plait.
- On est allez faire des courses ensemble, vers vingt-deux heures, mais on avait oublié quelque chose. Il m'a fait partir devant pendant qu'il allait le récupérer. Il n'est pas rentré.
Et merde. Je mets le haut-parleur pendant que je passe un jean et un t-shirt.
- Ok, tu es où actuellement ?
- Je viens de dépasser le Bar de l'Arnaque. Mais s'il était chez Shakky, elle m'aurait prévenu. On se retrouve quelque part ?
- Non, on couvrira plus de terrain chacun de notre côté.
- Ouais. Je continue par le Quartier Ouest.
- Et je me charge du Nord-Est. Tu as prévenu quelqu'un d'autre ?
- Luffy et Rayleigh dorment. J'ai mis un mot comme quoi je venais chez toi pour me réconcilier avec lui.
- D'accord, je te couvre. Si on l'a pas trouvé à deux heures, on se donne rendez-vous devant le Laboon's Soul.
- Ça marche. A tout à l'heure.
- Fais attention à toi !
- Toi aussi.
Et il raccroche. Et moi, j'ai le cœur qui bat la chamade.
Ace.
Bon sang Ace, qu'est-ce que tu as fait encore ?
- Qu'est-ce qui se passe ?
Bras croisés, il passe le nez dans la pièce alors que j'enfile les baskets de Koala, plus aptes à la course que mes sandales.
- Ace a disparu.
Comme il ne réagit pas, je prends sur moi d'expliquer un peu mieux la situation pendant que je noue les lacets.
- Disons que depuis le collège, Sab' et Ace ont dû mettre une raclée à tous les voyous et autres plaisantins du patelin qui sont venus nous chercher des noises. Ace plus particulièrement s'est fait une réputation aux oignons de bastonneur sévèrement hargneux et cognant fort. Du coup, on en a eu encore plus sur le dos en entrant au lycée. Puis au début de l'année, Sabo est entré au conseil des élèves, et il a promis d'éviter au maximum les ennuis pour lui.
D'un bond, je me lève et fait quelques étirements.
- Mais c'est trop tard, sa réputation n'est plus à refaire, et ce n'est pas la première fois qu'il se fait coincer dans une ruelle le soir quand il vadrouille. On a un code. Si à une heure du matin, quel que soit le jour ou le temps, il ne donne pas signe de vie, c'est que quelque chose est arrivé.
Je le dépasse et attrape mes lunettes, me les mets dans les cheveux pour les tenir et qu'elles ne me gênent pas en courant.
- Tu veux que je vienne ?
Je m'immobilise, la main sur la poignée de ma porte, l'autre sur mon skate et me recule un peu, abasourdie.
- De quoi ?
- Tu veux que je t'accompagne pour vous aider à le trouver ?
Et le pire, c'est qu'il est sérieux. Il est torse nu -il ne dort jamais qu'en pantalon- debout au milieu de la pièce plongée dans le noir, les cheveux encore plus en bataille qu'à l'accoutumée, mais il est sérieux.
- T'es pas recherché toi ? Si tu te fais repérer, tu risques gros non ?
Il ne me répond pas, mais son regard est clair : il le sait parfaitement, mais il serait quand même prêt à prendre le risque.
Réaliser ça me donne comme un coup au cœur, et le picotement désagréable derrière le boitier de métal sous ma clavicule s'accentue soudainement.
- Hors de question. Reste ici, ne prends pas de risque alors que tu vas enfin mieux.
Je tourne la clef.
- Si on repasse par ici, je taperais trois fois à la porte avant de rentrer. Alors par pitié, ne te montre pas. Ce n'est pas vraiment le bon soir pour compliquer la situation.
Nous échangeons un regard, mais s'il est déterminé, je le suis tout autant. Il finit par hocher la tête.
- Fais attention à toi.
- Et toi ne me fais pas de faux bon.
Je sors en claquant la porte sans le vouloir, mais ignorant ce détail, je m'élance dans la nuit.
Je ne peux pas courir très vite, mon cœur ne me pardonnant pas mes écarts physiques, alors je jette ma planche et saute dessus pour parcourir toutes les ruelles en criant le nom de mon meilleur ami.
Désespérément, j'essaie de ne pas céder à la panique la plus totale. Mon ami a besoin de moi, ce n'est pas le moment de faire la midinette. Et surtout, il faut que j'arrête de l'imaginer mort et baignant dans son sang, un couteau dans le dos et-
- ACE !
Ne pas paniquer, rester lucide et observatrice. Il n'y a presque aucune voiture, et je n'ai croisé que deux piétons, un ivrogne qui m'a insulté et un sans-abri qui m'a affirmé n'avoir vu personne.
- ACE !
Mon téléphone sonne -Sabo- et je le saisis en pilant net sur la route.
- Sab' ? Tu l'as trouvé ?
- Non, mais on a un problème.
Mon cœur tombe comme une chape de plomb dans mon estomac.
- Quoi ?
- Je suis dans une supérette, et la gérante m'affirme avoir vu un garçon avec « les cheveux mi-long couleur nuit et des taches de rousseur » dépasser sa boutique en courant, poursuivant quelqu'un qu'elle n'a pas pu distinguer.
Okay, dans la forme, c'est la meilleure nouvelle de la nuit. Mais étrangement, le poids dans mon ventre devient encore plus lourd.
- Et ?
Je sens Sabo hyper tendu à l'autre bout du téléphone.
- Je suis à la limite du quartier Shabondy. Et ils se dirigeaient vers le quartier Sud-Ouest. Droit sur le domaine de Barbe-Blanche.
Mon cœur fait une embarquée, et je sens tout mon sang déserter mon corps.
- Non…
- Cara, il faut qu'on agisse vite. S'il se fait repérer, s'il a déjà été…
Cette fois, c'est Sab' que je sens paniquer. Même pour lui, c'est un peu trop. Je tente de me reprendre, mais j'ai un peu l'impression d'être dans un rêve lorsque je continue :
- Je suis devant la Préfecture, part devant pour essayer de le trouver, j'arrive.
- D'accord, on privilégie la vitesse. Mais je ne dépasse pas Hand Island sans toi.
Le quartier artisans le plus calme est au début de l'immense territoire des Yakuza que sont les mafieux de Newgate Edward. Si Ace est encore là-bas, il a plus de chance de s'en sortir. Restons optimistes dans cette situation de merde.
- Je cours, bonne chance.
- Fais vite.
Pas besoin de me le dire. Je ne sens même plus mes pieds frappant le sol. Le sang battant à mes oreilles, le vent sur mon visage. Tout ce qui m'importe à cet instant, c'est qu'Ace est en danger.
La distance qui me sépare de Sabo n'est pas si longue, mais j'ai l'impression d'essayer de rejoindre l'autre bout du monde. J'ai un point de côté en arrivant du côté du quartier Sud-Ouest, mais je repère vite le magasin dont il m'a parlé. La gérante est sur le palier, l'air particulièrement inquiète.
Lorsqu'elle me voit, elle me fait signe.
- Vos amis sont partis dans cette direction, m'indique-t-elle. Faites attention à vous surtout !
Je la remercie avec profusion, et reprends ma course. Et deux rues plus tard, putain, putain, je rentre dans le territoire de Barbe-Blanche.
- Ace, t'as vraiment déconné cette fois.
Je saute de mon skate et le cale dans mes bras pour passer devant le Bar des Sirènes qui marque l'entrée du quartier des natifs de l'île, et surtout l'entrée officielle en territoire Yakuza.
Maintenant, on ne rigole plus.
Ici, on est vraiment dans la situation la plus horrible qui soit. Si Ace-
… Si Ace…
- Merde !
Je suis obligée de ralentir le rythme puisque les rues sont encombrées de monde, le monde de la nuit dans toute sa splendeur. Et je ne peux demander à personne -hors de question d'attirer l'attention.
Sabo est déjà passé par là, alors je ne fais qu'un rapide tour, bloquant mon regard sur tous les hommes aux cheveux noirs ou au moindre grain de beauté sur un visage. Détour par les ruelles plus étroites et plus sombres, mais à part quelques soulards, aucun lycéen en vue.
Je change de quartier et l'ambiance y est beaucoup plus calme. Le bruit et les lumières du précédent quartier illuminent celui-ci, mais il semble étrangement déshumanisé en comparaison. C'est à peine si j'y vois une grand-mère en peignoir faire rentrer un chat qui grattait.
Mais ce n'est vraiment pas pour me rassurer.
Mon téléphone sonne dans ma main, et me fait faire un bon. La sonnerie de Sab' résonne un peu trop à mon goût dans l'impasse que je fouillais.
- Sab' ?
- Je l'ai trouvé, on est au secteur quatre, en face du vendeur de ramen Ichiyama.
Le soulagement m'envahit comme une déferlante… immédiatement suivi d'un pic d'angoisse. La voix de Sabo était bien trop dure pour que ce soit juste une bonne nouvelle.
- Comment il est ?
- … On te remboursera les pansements, promis.
Mon cœur se serre et mes yeux me brûlent.
- J'arrive.
Je raccroche et, en deux pas, je pars dans la course la plus rapide que je puisse, comme si sentir le vent gifler mon visage allait me réveiller de ce cauchemar. C'est inutile, la réalité s'impose à moi encore et encore. Alors je cours plus vite et entre dans le secteur quatre.
Le quartier est presque entièrement dédié à la restauration. Des dizaines de restaurants de tous les pays, de toutes les cultures du monde s'y alignent. A cette heure, ils sont presque tous fermés, mais il y en a bien deux ou trois encore ouverts et avec des clients.
La baraque de ramen dont parlait Sabo en fait partie, et nous y avons mangé plusieurs fois quand nous étions encore au collège. Le voyant ouvert, le patron en grande discussion avec un homme ayant une bière à la main, je l'évite au possible et me glisse dans la minuscule impasse qui lui fait presque face. Il fait sombre, mais le spectacle se claque contre mes rétines et mon cœur avec violence.
Ace est effondré contre le mur, entre deux bennes, inconscient, défiguré, du sang coulant encore de ses lèvres. Ses vêtements sont noirs de salissures et s'il n'a rien de cassé c'est un foutu miracle. Sabo, qui s'est redressé sur la défensive en m'entendant arriver, était en train d'éponger ses taches de rousseur rougies de sang avec sa veste.
Je m'approche en soufflant fort. Impossible de contrôler ma respiration, mais plus besoin de parole entre nous depuis longtemps. Un regard échangé avec Sabo et nous nous mettons d'accord.
Je m'accroupis dans la même position que Sabo et passe une main sur le visage blessé d'Ace. Sa respiration se fait immédiatement plus difficile, et il a un sifflement de douleur. Je retire ma main, le cœur lourd et la gorge sèche.
Sans un mot, Sabo se penche vers lui, passe un bras sous celui de son frère et le relève lentement. A deux, on réussit à le caler sur le dos de son cadet qui -je le vois parfaitement- est dans le même état que moi. Une fois qu'on est sûr qu'il ne tombera pas, on s'avance. Me rappelant soudain la foule et le client du restaurant de ramen, je commence à enlever ma veste avant d'aviser du coin de l'œil un chapeau de fête foraine orange dans l'une des bennes.
Je l'attrape -il a une odeur louche- et le montre à Sab' qui le juge une seconde du regard avant d'acquiescer, me laissant le poser sur la chevelure noir d'Ace, l'inclinant jusqu'à ce qu'on ne voit plus son visage. Puis j'aide Sabo à mettre la capuche de son sweat, et je fais de même.
Pas un échange, pas un éclat de voix. On ne doit ni nous voir, ni nous entendre. Avec un peu de chance, personne ne nous remarquera de trop. Personne ne fera le rapprochement avec ce qui s'est passé -quoi qu'il se soit passé.
Lorsqu'enfin, on repasse en sens inverse devant le Bar des Sirènes, puis qu'on le dépasse, on s'autorise un soupir de soulagement. Jouer les fantômes, entre la peur de nous faire repérer ou héler, et éviter tous les attroupements ou ceux se faisant remarquer n'a pas été une partie de plaisir.
D'un pas plus pressé, on emprunte le chemin le plus court jusque chez moi. Je marche à la hauteur du visage d'Ace, toujours inconscient, détaillant chaque bleu, chaque coupure, chaque goutte de sang avec dégoût. J'ai la gorge si serrée qu'avaler la bile qui me monte à la bouche est un supplice.
Ace… Bon sang…
En montant les escaliers de mon immeuble, je passe devant pour déverrouiller la porte, cognant le plus discrètement possible les fameux trois coups.
Quand j'ouvre la porte, la pièce est vide, la porte de la chambre est fermée, et sur la table, il y a la boite à pharmacie. J'ai un bref, et pauvre sourire.
Je m'écarte pour laisser entrer Sabo qui dépose son frère sur le canapé et lui enlève veste et chapeau alors que je ferme la porte. Au changement de position, Ace remue et se réveille.
- … Sab' … ?
- Ace… Comment tu te sens ?
Il tousse et crache un peu de sang dans sa main.
- … mal.
Je manque de lever les yeux au ciel. Mais déjà, son regard se perd et il papillonne. Sa tête dodeline. Sabo jure.
- Faut le réveiller.
- Je vais chercher un verre d'eau et des glaçons.
- Bouge pas, j'ai une meilleure idée.
Lentement, je le voie prendre une grande inspiration et lever haut la main.
Oh… Oh. Oh ! Ça va faire mal.
- Reste avec nous, espèce d'abruti !
Et il lui assène une gifle bien sentie qui se charge sans mal de le faire revenir à l'instant présent. Il rejette sa tête en arrière, grimace, puis revient en passant une main sur sa nuque.
- … Suis où ?
- A la maison, je réponds en entrant dans son champ de vision réduit.
Il me jette un coup d'œil et hoche faiblement la tête.
Ouais, il est à la maison.
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Merci pour votre lecture ~
