Hey !
Merci à Les-Fictions-De-Niils, The Story of a rabbit, YutuNoFiction, Traffy-D-Lamy, et un Guest pour leur review ! Merci à Kim pour son PM ) ! Merci également à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou en follow. Merci Cassou ! )
RAR
Traf-D-Lamy – Ton adresse n'est pas passée ! Pense bien à écarter les mots et écrire « point » à la place de ces derniers pour qu'ils passent. Ffnet a renforcé ses défenses… Merci pour ta review !
Bonne lecture !
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Chapitre 17
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- Rien.
… Rien ? On ne peut pas lâcher un « rien » comme ça dans la conversation.
- Pardon ?
- Vous n'avez rien, me répète le Docteur Nako. Test sanguin parfait, tension, rien à dire, ECG impeccable. Votre cœur est même légèrement plus régulier que d'habitude. Pas de masse, pas d'agglomérat, pas de résidu de quoi que ce soit. Votre pacemaker n'a pas bougé, il n'y a strictement rien d'anormal. Votre check-up est parfait. Vous n'avez rien.
… C'est la meilleur de l'année celle-là.
- Attendez, je tente de reprendre sans paniquer. J'ai vraiment mal, ça vient forcément de quelque part !
Le Docteur soupire et pose mes résultats sur sa table d'examen.
- Je ne voudrais pas vous vexer…
En commençant votre phrase comme ça, c'est mal barré.
- … mais j'ai peur que votre problème, il ne soit pas physique. Mais psychologique.
…
- Plait-il ?
Il s'approche du lit sur lequel je suis assise, jambes dans le vide et tapote doucement ma tête de sa large main à la peau tannée.
- Je vais être honnête avec vous. Je vous suis depuis assez longtemps pour pouvoir prétendre vous connaitre un minimum. Vous n'êtes pas vraiment le genre de personne à stresser facilement. Paniquer, oui, mais le stress est une notion que vous ne connaissez pas bien, je me trompe ?
… Non, il a tout compris.
Je suis relativement calme dans beaucoup de situations tendues. Je reste cool jusqu'à un certain point. Mais je ne fais pas la gradation : normale stressée en panique. Je passe directement à la panique.
Et en moins de deux mois… je me rends soudain compte que oui, j'ai stressé. Pour les examens, ou plutôt à cause des examens et de l'orage. A cause du fait que j'ai retiré une balle de l'épaule d'un gars avant de la lui cramer. A cause d'Ace et de ses conneries.
Bref, j'ai plus stressé cet été que durant toute ma vie. J'acquiesce et il a une expression résignée.
- A en voir votre tête, j'ai tapé juste, n'est-ce pas ? Vous avez été soumise à un grand stress récemment. Je dirais depuis que vos douleurs à la clavicule ont commencées.
J'acquiesce derechef et il s'écarte.
- Et bien je suis au regret de vous dire que ce que vous avez, ce sont des montés de stress, et que vous n'y êtes pas habituée. C'est tout.
Du… stress ?
Sérieusement ?
Je dois vraiment avoir l'air éberluée parce qu'il pose une main conciliante sur mon épaule.
- Je ne veux pas vous rabâcher une énième fois toutes les précautions que vous devez prendre pour ménager votre cœur, mais je préconise des séances de méditations ou des siestes plus longues. Je ne veux pas vous bourrer de médicaments, sauf si vous insister.
- Non, non, je m'empresse de répondre.
C'est bon, j'en ai eu ma dose, des médicaments. Mais je n'en reviens pas. Tout ça pour du stress ? Ça me fait… un peu étrange.
- Il n'y a… Il n'y a vraiment rien d'autre ?
Il secoue la tête.
- C'est la seule explication. Et elle correspond parfaitement.
J'ai un rire jaune.
- Je m'excuse d'avoir déranger votre emploi du temps pour du stress.
Je ne vais pas m'en remettre je crois. Tout ça pour ça. Je me demande si d'un point de vue extérieur, c'est aussi ridicule que ça en a l'air.
Evidement que je stress avec tout ça…
- Ce n'est rien, au contraire, je suis content de vous avoir vu. Entre la saison des pluies et cette chaleur, faire un examen était une bonne idée.
Puis nous enchainons politesses et poignées de main. En partant, je devais faire une tête étrange vu le regard de la secrétaire.
- Je suis rentrée.
- Bienvenue. Alors, ton examen ?
Qu'est-ce que ça peut lui faire ?
- J'ai rien.
Il hausse un sourcil, puis les fronces.
- Apparemment, je serais un peu tendue ces derniers temps…
Il se fige, puis hoche la tête.
- Du stress.
- Du stress, je confirme. Je reviens, faut que je me passe la tête sous l'eau glacée, je commence à voir des loutres albinos danser la samba.
Le dépassant sans le voir, je m'exécute, et quand je reviens, je le trouve… pensif.
Non… pas pensif, nostalgique. C'est bien une expression que je n'ai jamais vu sur son visage ça.
- Ça va ?
- Hum ?
Zut, je l'ai dérangé, il était plus perdu dans ses pensées que ce que je croyais. Je le vois tourner son regard vers moi… et me sourire doucement.
C'est tellement insolite que je sursaute.
Qu'est-ce qui lui arrive ?
Je m'assois à côté de lui et plaque ma main sur son front. Il est surpris mais n'a aucun geste de recul.
- Quoi ?
- … Tu n'as pas de fièvre.
Il claque la langue.
- Bien sûr que non. Qu'est-ce qui te prend ?
- C'est juste que… tu avais un drôle d'air, à l'instant.
Agacé, il retire ma main d'un coup de son avant-bras.
- Tu as le don de pourrir l'ambiance, tu le sais ça ?
Sa voix claque et par réflexe, je me recroqueville sur moi-même, honteuse.
Je suis une parfaite idiote.
- Désolée, je marmonne en initiant un mouvement pour me relever mais sa main fraiche attrape mon poignet.
- Attends…
Surprise de son brusque changement d'humeur, je m'immobilise. Il passe sa main libre sur son visage et inspire profondément.
Ma gorge se noue, sans que j'arrive vraiment à savoir pourquoi.
- C'est moi… qui m'excuse. J'ai conscience de m'emporter facilement et tu es du genre à d'abord tourner les choses en dérision pour mieux les considérer avant de paraitre sérieuse… ça m'énerve au plus haut point.
Mais je t'emmerde mon p'tit pote ! On a des caractères incompatibles ? Rien à carrer mon gars !
J'ouvre la bouche pour une réplique cinglante, mais il me coupe -sans s'en rendre compte.
- Je vais faire un effort, que mon humeur n'empiète pas trop.
… Et je n'ai rien à dire. Alors je me rassois. Et par réflexe, je me calle sur mon accoudoir, remontant mes jambes sur ma poitrine et les encerclant de mes bras, menton sur les genoux.
Je n'ose pas croiser son regard. Parce que je crois que j'ai peur de ne pas savoir quoi y lire. Parce que je n'ai moi-même, rien à exprimer, et qu'un regard vide est pire que tout.
Je le sens bouger, et bientôt, il s'installe à ma manière, en parfait vis-à-vis mais ses longues jambes s'étendent, ses pieds frôlent les miens, et il pose sa tête contre le dossier, pensif.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu étais si détendu il y a quelques jours.
…
Merde. J'ai pensé à haute-voix. Je pique un phare. Mais qu'est-ce qui m'a pris de lui demander ça ?! Comme s'il allait me répondre !
On a peut-être passé un mois et demi enfermé l'un avec l'autre, mais je ne sais toujours rien de sa vie.
On a peut-être ri, parlé, discuté ; je commence à le connaitre, lui et ses goûts, ses tics étranges et son caractère aussi glacial que surprenant, son sourire sadique, celui amusé, celui en coin quand il a une idée derrière la tête ; son aversion pour le pain, ses envies de baignades, ses mains agiles et son regard expert sur ses blessures.
Tout ce qui fait l'homme que je n'ai qu'entre-aperçu.
Mais je ne connais pas celui qu'il est vraiment. Je n'ai qu'à peine distingué une bride de son passé qu'il a accepté de me dévoiler, alors que je le devine bien plus imposant et lourd.
J'ai passé l'été avec un fantôme, j'en ai bien conscience.
Je n'ai aucune relation avec lui.
Nous ne sommes même pas « amis », ce mot n'a aucun sens ici.
Je n'ai pas la moindre idée de ce que nous sommes, aucun terme ne me convient.
… des « colocataires » ?
Même ça, ça me semble ridicule, mais je n'ai pas mieux.
Et puis il a dix ans de plus que moi, et surement une vie plus trépidante que celle d'une lycéenne de seize ans. Même si mon quotidien est déjà beaucoup plus rempli que d'autres, grâce à Ace, Sab' et lui au passage. Et puis j'ai pris la foudre. Ce n'est pas mal ça comme passif, ça fait une bonne anecdote ! Bon, ce n'est pas au niveau de Koala championne national de Karate, mais ça reste sympa… dans son genre j'imagine.
Enfin il est clair qu'on ne vit pas dans le même monde.
Que l'on n'est pas intime.
Que l'on reste désespérément deux étrangers l'un pour l'autre.
Alors qu'est-ce qui m'a pris de lui demander quelque chose de si personnel ?
Je sens mes joues bruler d'embarras.
- … Laisse tomber… je marmonne aussi bas que je peux en priant pour qu'il l'entende, parce que j'ai beaucoup trop honte pour hausser le ton.
J'ai bien envie de me fondre dans le canapé, définitivement.
Je sursaute quand son pied nu et aussi frais que ses mains se pose sur mon tibia. Comme il l'a déjà fait une fois. Quand il m'a raconté Flevance.
- Je t'ai déjà dit que je n'allais pas te manger, alors te prends pas tant la tête.
Qu'il dit ! J'ai le souvenir soudain écœurant de son regard lorsque… je ne préfère pas y penser.
Mais mon expression doit parler pour moi, car il soupire et détourne les yeux en se passant une main dans la nuque.
Je jurerais qu'il en embarrassait, et même si ce n'est qu'une impression -je ne crois pas que son visage ait été taillé pour retranscrire cette expression-, je me sens encore plus mal.
La situation se bloque. La scène est verrouillée.
Il ne veut pas rebondir sur ça, et je ne sais pas quoi enchainer.
Un miracle du genre téléphone qui sonne serait le bienvenu.
Par pitié.
… Mais les secondes passent et personne ne semble avoir le temps de nous filler un coup de main et de téléphone par la même occasion. Dommage.
Il est plus courageux que moi.
Il prend sur lui de soupirer, et de se racler la gorge.
Merci mon brave, sans déconner, merci.
- Merci.
- … Est-ce que je viens de penser à voix haute ?
J'ai eu la sensation d'un écho.
On échange un regard, puis comme un miroir de ma propre expression, ses lèvres s'étirent dans un tic nerveux qu'il nous est difficile de contenir… puis nous éclatons de rire.
Un rire léger, libérateur, et j'ai la sensation agréable d'un poids qui s'élève de ses épaules. On rit, on rit… et dès que l'on échange le moindre coup d'œil, nous repartons de plus belle.
J'abandonne l'idée de compter nos minutes d'hilarité.
J'abandonne l'idée de chercher à comprendre.
L'instant me semble… parfait.
Il se reprend le premier et ensuit ce que j'identifie comme une larme de liesse. Il a plusieurs profondes inspirations.
- Il y avait longtemps que je n'avais pas était aussi… détendu.
Il entoure ses genoux écartés de ses bras et dans un soupire, appuie sa tempe sur le dossier en fermant les yeux. Je remarque alors qu'en effet, ses cernes se sont réduits, ses paupières ne sont plus aussi violettes qu'avant. Etrangement… cela ne l'embellit ni ne l'enlaidit. Ces cernes, c'est comme s'il était né avec et qu'ils étaient gravés dans sa peau. Je suis soudain certaine qu'il les a toujours eus.
Il reprend toujours son souffle. Ses épaules sont de nouveau relâchées, sa posture plus ouverte et reposant ses poignets sur ses genoux, ses mains sont enfin ouvertes, immobiles. Je remarque au passage que si les tatouages sur ses avant-bras et sur le dos de ses mains sont nets, les « D.E.A.T.H » ont un peu perdu leur pigmentation, et un passage chez le tatoueur serait de mise.
- Des loutres albinos dansant la samba…
De… hein ?
- Plait-il ?
Sans ouvrir les yeux, il a un vague sourire.
- Ce que tu as dit en rentrant.
- Ah.
Il lève une main et la passe dans ses mèches noires.
- Ma petite sœur adorait les loutres. Notre mère lui avait trouvé toute une collection de petites statuettes de loutre en Blanc de Sature. Elle avait dansé de joie toute la journée.
Oh.
Oh…
- Désolée…
Il lève la main pour m'interrompre.
- Tu n'as pas à t'excuser. Au contraire. J'avais complètement oublié cette journée. C'était un bon souvenir.
Sa sœur… Il avait donc eu une sœur.
Il a toujours les yeux fermés, mais au sourire qui illumine paisiblement son visage, il n'est pas difficile de comprendre ce à quoi il pense. Il semble… si calme. Immanquablement, je ne peux m'empêcher d'imiter sa position, et à mon tour, j'allonge ma tête sur le dossier, sans le quitter du regard.
Il respire pleinement, sans bruit. Et moi, je suis comme captivée par le spectacle assez surréaliste d'un homme que je connais à peine, couvert de tatouages et en fuite pour je ne sais quelle raison tranquillement assis face à moi. Il y a là… un quelque chose que je n'arrive pas à identifier.
Je me rends compte que je me suis complétement perdue dans mes pensées lorsqu'il rouvre les yeux et que j'en sursaute imperceptiblement. Il ne semble pas le noter et me sourit.
Il me sourit. Et j'en ai le souffle coupé.
C'est un beau sourire.
Un sourire sans malice, sans haine, sans ironie.
Juste un sourire, presque trop doux pour lui. Parfait pour moi. Je me rends à peine compte que je lui réponds par le même. Je suis là, je suis bien.
L'instant… ne dure qu'un instant.
Il perd peu à peu son expression, et sa fichue ride revient. Et je sors à mon tour de l'ambiance sereine qui s'était finalement installée.
- Je n'ai pas envie de revenir à la vraie vie.
- Qu'est-ce que tu entends par là ?
Il me lance un sourire en coin moqueur et pour ce qui me semble être la centième fois depuis le début des vacances, une sensation de picotement titille mon pacemaker.
- Me faire recoudre par une ado qui n'a jamais touché à une plaie ouverte de sa vie…
- C'est toi qui n'as pas voulu de pro.
- La seule assez barge pour m'écouter alors que je délire…
- T'avais l'air sûr de toi.
- Je découvre au passage qu'elle est la meilleure amie du fils caché de Gol D. Roger et celui de Silvers Rayleigh…
- Techniquement, ils sont tous deux -enfin tous les trois avec Luffy- ses fils adoptifs.
- Et qui est assez folle pour continuer à me tenir tête…
- C'est toi qui me cherche !
Il rit bas, gardant le silence encore quelques secondes avant de reprendre.
- J'ai l'impression d'être dans un rêve…
Si tu savais mon pote, moi aussi.
- Je n'ai pas envie de me réveiller.
Ah, au regard surpris qu'il me lance, cette fois j'ai vraiment pensé à haute voix. Oups. Moins un pour la subtilité.
Mais alors que j'étais à deux doigts de chercher un moyen de mettre rapidement fin aux jours déjà comptés de mon amour propre, il rit derechef.
- Tu n'es pas croyable.
- Je te retourne le compliment.
Il secoue la tête sans perdre son sourire… puis me tend une main.
Paume ouverte, invitation explicite.
Je ne sais pas.
Tout cela sonne trop à un au revoir- non, à un adieu à mon goût.
Mais comment résister ?
Ses yeux métallisés me lancent presque une supplique et moi, je n'ai qu'une envie.
Alors un peu hésitante malgré moi, je lève ma main et du bout des doigts… frôle les siens… m'y glisse timidement.
Il sourit alors que je n'ose pas croiser son regard. Je n'ai pas envie d'y lire ce que j'y redoute -un adieu.
Il rajuste sa main pour qu'elle emprisonne totalement la mienne… la libère en faisant le tour de mon poignet… elle est si petite et ridicule dans la sienne, fine et fraiche, agile et souple… il écarte mes doigts pour y glisser les siens… raffermit sa prise… non…
- Non…
- C'était… un rêve agréable.
- Non, Law, s'il te plait…
- Merci.
J'en ai les larmes aux yeux. Je ne veux pas qu'il parte. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment… mais je me suis tellement habituée à sa présence qu'elle me semble naturelle. J'ai l'impression que l'on m'arrache du jour au lendemain Koala, Ace ou Sabo. Cette sensation… en plus acide.
- Cara.
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Saperlote-diantre-fichtre-bougre-sacrebleux-putaindebordeldemerde.
Mon téléphone sonne. Encore. Et il est encore une heure du matin. Et c'est encore Sabo. Je tâtonne quelques secondes -je n'ai vraiment aucune appréciation des distances sans mes lunettes- puis attrape enfin cette saleté d'appareil I-tech de merde pour décrocher.
- Miséricorde Sabo, j'ai qu'un jour de repos dans la semaine. Ça a intérêt à être aussi important que la putain de fin du monde sinon je rapplique chez toi et je t'arrache les tripes pour m'en faire un putain de collier. Merde.
…
Aucune réponse ? J'y suis peut-être allée un peu fort. Je me redresse, et au même moment, la porte de la chambre s'ouvre sur Law à moitié endormi qui m'envoie un coup de menton pour demander ce qu'il se passe… le « encore » étant sous-entendu assez fort dans sa posture. Je lui fais un vague geste de la main pour dire que je n'en sais encore rien et me reconcentre sur la conversation… ou plutôt celle que j'essaie d'avoir.
- Sab' ?
- Heu… Je…
- Oui ?
- …
- …
- … Tu… tu vas bien ?
- En dehors du fait que j'ai pas fait une nuit complète depuis un mois et que c'était la première sans incidents ? Ouais, je suis super en forme.
Il y a soudain un grand bruit du côté de Sab' et j'entends vaguement la voix surexcitée d'Ace -au moins ce n'est pas encore lui qui a fait une connerie, c'est déjà ça- et bientôt, je change d'interlocuteur.
- Cara ? Cara ! Alors ?!
Zen Cara, pas crier…
- Alors quoi, Ace ?
- La route ! s'enflamme-t-il en me hurlant à travers le téléphone comme s'il était à des années lumières de moi -mais cette fois, j'ai eu le temps d'écarter mon téléphone de mon oreille. Sabo t'a pas dit ?! Mais vous dormez où quoi ?!
- C'est à dire que… fait la voix lointaine de Sab', mais Ace le coupe immédiatement.
- Rah, mais ce que vous êtes à la ramasse.
- Ace. C'est toi qui va être à ramasser à la petite cuillère si l'un de vous me dit pas rapidement pourquoi vous me réveiller à point d'heure pour me HURLER DES CHOSES QUE JE PIGE PAS.
… Et merde.
- Hey du calme le poids plume !
- Le poids pl… !
- Ecoute ça un peu ! Rayleigh vient seulement de rentrer, et tu devineras jamais pourquoi !
… Non en effet. Rayleigh est quelqu'un de très… aléatoire, mais il a pour habitude de rentrer tôt si quelqu'un l'attend. Même si la ponctualité n'est pas son fort.
- Il était chez Shakky…
Jusque-là, rien de surprenant. Même si le Bar de l'Arnaque était littéralement à l'opposé de la ville et que par conséquent, le chemin pour rentrer le plus rapidement était-
- Et ils ont fermé la Grande Voie Nord Ouest/Sud Est deux jours plus tôt que prévu !
Oh MI-SE-RI-COR-DE !
Je me lève d'un bon, accrochée à mon téléphone comme à… oh je n'en sais rien, mais grâce à cette merveille de technologie, mes deux meilleurs amis adorés viennent probablement de m'annoncer la meilleure nouvelle de l'année.
- Ace je t'en supplie dis-moi que c'est ce à quoi je pense, je trépigne en gémissant plus qu'en parlant.
- Exactement ! s'écrit-il en riant à gorge déployé. La route est totalement fermée à la circulation et encore intacte !
Ooooooh… je crois que je vais mourir de joie.
- Vous y allez ?!
- Nan, enfin…
Le téléphone change à nouveau de main.
- Rayleigh est épuisé et est parti se coucher, et Luffy a une grippe d'enfer.
La grippe à la fin du mois d'août. Tout Luffy ça, tiens.
- Quand à Ace, il est toujours assigné à résidence.
J'entends l'intéresser bougonner derrière.
- Donc comme je dois surveiller ces deux idiots, je ne viens pas non plus. Mais va t'amuser !
J'éclate d'un rire un peu hystérique.
- Merci-merci-merci les gars ! Je vous revaudrai ça ! Je vous adore !
Sab' a un rire un peu nerveux -je me demande bien pourquoi.
Je ne fais pas trainer les mondanités et raccroche vite.
- On dirait un gosse à qui l'on a annoncé que Noël était en avance.
Law ! Ah ! Il peut se moquer de moi autant qu'il veut, rien ne peut entamer ma bonne humeur, mon allégresse qui me fait me sentir légère -et légèrement tremblante d'anticipation.
- Noël ? La blague ! Ça, c'est la vie !
Il hausse un sourcil et s'écarte lorsque je m'engouffre dans la chambre pour me changer. Le soutien-gorge le plus agréable que j'ai, le top le plus large et le plus léger que je possède, mon short de sport et une jupe beaucoup trop courte. Je passe ma main dans ma tignasse, mais même lorsque je tire sur quelques nœuds à m'en faire mal, je le sens à peine. Et surtout, pas mes lunettes.
- Mais qu'est-ce que tu vas encore faire ?
Je l'avais presque oublié.
- La Grande Voie devait fermer deux jours pour travaux. Et ils ont avancé la date.
- … Et alors ?
J'étouffe mon rire nerveux.
- Et bien pour cette nuit, l'immense Grande Voie sans la moindre aspérité, qui fait tooooooooute la ville dans une grande descente est sans la moindre circulation et comme personne n'est au courant… je l'ai pour moi toute seule !
Il lève un sourcil, signe qu'il ne comprend pas.
- Roh allez ! C'est le jour parfait pour… ma planche !
Mince-zut-flute ! Comme je n'ai pas pu la sortir depuis des semaines, j'espère qu'elle n'a pas le moindre boulon de travers parce que ce n'est vraiment pas le soir.
Je me jette sur le placard et y extirpe ma grande, magnifique et précieuse planche de longboard… ma merveille, mon bien le plus précieux. Je la chouchoute plus que n'importe quoi…
- Attends, tu t'excites pour… une descente en longboard ?
Rah ! Mais il ne pige vraiment rien lui !
- C'est pas « une descente en longboard », c'est LA descente en longboard ! je m'emporte. Déjà, il y a une éternité que je n'ai pas eu l'occasion de faire une descente digne de ce nom, et secundo, on parle de toute la route ! Toute la route ! Des kilomètres d'une route parfaite pour moi toute seule !
… Mouais, l'idée ne passe pas on dirait. M'en fiche !
- Bref, je vais me faire la descente du siècle. Tiens, tu peux me passer le casque sur la table ?
Il secoue la tête mais s'exécute quand même pendant que je passe mes tennis.
- Tu as vraiment besoin de tout ça ?
- Les gans ? Ben un peu ouais ! Merci.
Je passe le casque autour de mon cou, le branchant à mon téléphone -après deux essais infructueux. Puis m'immobilise.
- Dis-moi… Tu es déjà monté sur une planche de skate ?
- Non.
Argh ! Crise cardiaque.
- Mais c'est dingue ça ! Comment peut-on avoir passé vingt-cinq ans sur cette Terre sans jamais être monté sur une planche ?
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
- Allez, amène-toi.
Il me dévisage avec surprise, et seulement je me rends compte de ce que j'ai dit. Mais là… c'est vraiment une occasion en or.
- Ecoute, il fait nuit noire, la route est toute à nous… personne aux alentours, c'est parfait !
Il semble plus que dubitatif.
- Ok, laisse tomber la planche. Mais dans ce cas, chronomètre-moi.
- Comment ça ?
Je me lève et d'un coup de pied sec, relève ma planche.
- D'habitude, Sab' nous chronomètre Ace et moi dans une descente pour voir notre meilleur temps. Là c'est vraiment… unique comme occasion ! Je veux savoir mon temps.
J'ai tellement envie de rajouter une série de « steuplé-steuplé-steuplé » un peu stupide derrière, mais je me retiens à deux mains.
- D'accord.
Youhou !
Je lui lance un sourire éblouissant et un petit chrono.
- Allez je vais t'expliquer ça et-
- Heu, Cara, ne le prends pas mal mais avant… J'aimerais au moins passer un t-shirt.
… Oups. Dans mon nuage, je ne me suis même pas rendu compte qu'il était comme toutes les nuits, torse nu.
Bref, je prends sur moi le temps qu'il se change et sans bruit nous quittons l'appartement. Je cours avec lui sur mes talons jusqu'à l'entrée de la Grande Voie beaucoup plus haut. Elle est déjà interdite au public et cloisonnée, mais je passe par-dessus sans m'en soucier et il me suit de loin. De toute façon, il n'y avait qu'un gars dans la rue et il était scotché à son téléphone, je doute qu'il ait noté ma présence.
- Bien, je lui fais, mains sur les hanches. Je te confis les clefs et le chrono. Le but, c'est que je fasse toute la descente et remontée par les escaliers de la mairie en moins de trente minutes. C'est jouable si je m'élance à fond dès le début et que je prends mes virages serrés. Sync' ?
- … Sync' ?
- Oui, on est synchro ?
- …
Il ne réagit pas et je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel. Alors que je rajuste mes goggles et fait rapidement quelques étirements de jambes, je sens son regard sur moi et je me retourne suspicieuse. Il se moquait de moi là, pas vrai ?
- Quoi ? je grumelle.
- Je n'ai rien dit.
Mouais. Bah ce n'est pas grave, j'ai pas la tête à ça de toute façon. Je me contente de lui offrir mon plus grand sourire puis me mets rapidement en place, goggles sur le nez. Un pied sur mon longboard, l'autre prêt à partir. Je finis quelques étirements de bras, ajuste mon casque et me prépare à lancer la musique du soir :
Du classique. L'album le plus adapté et qui, dès les premières notes me plonge dans une transe bienvenue.
Puis me tourne vers mon assistant du soir.
- Sync' ?
- … Sync'.
- Alors c'est parti !
Je ne retiens plus l'immense cri de joie qui menaçait d'éclater à tout moment dans ma poitrine et lorsque d'un coup je me propulse sur le goudron…
Je suis vivante.
Miséricorde, je suis vivante.
Ceci, est la définition même de la vie.
Je sens tout. Absolument tout.
Le vent sur mon visage, celui qui passe à travers les vêtements fins que j'ai choisis et me caresse comme si j'étais nue sous ses courants. Ma poitrine se libère et s'emplit de cet air.
Les infimes vibrations sous mes pieds qui me donnent un point d'encrage… parce que sinon je vais juste… m'envoler.
Je respire, je ris, j'en pleure.
Je suis dans mon élément.
La vitesse folle, tout qui va beaucoup trop vite… je suis déconnectée du monde, et la musique sur laquelle je cale chacun de mes mouvements m'isole de la réalité.
Je suis là.
J'enchaine quelques virages pour le simple plaisir d'assouplir mes jambes. C'est un délice. Je réveille chaque muscle et mes sens se contractent. Cuisses, mollets, abdos. Je me redresse puis prends un virage serré.
Je sens se diffuser dans mes veines du bonheur à l'état pur et il danse dans mon ventre comme un millier de papillons, fait battre mon cœur plus fort, se dissout dans ma tête et me laisse légère, légère…
Je suis obligée de revenir à moi lorsque je me rends compte que j'approche de la préfecture et que la route forme un cercle autour du centre-ville. Je ralentis le rythme, me redresse. Mais ce n'est pas fini ! Encore deux cents mètres et je pourrais alors-
Une voiture noire déboule en sens interdit devant moi.
J'ai à peine le temps d'être surprise, de comprendre ce qu'il se passe et pourquoi ce n'est pas normal, à peine le temps de crier… J'initie un dérapage plus ou moins contrôlé…
J'ai mal à la tête…
… Je crois que…
… Je-he…
…
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Merci pour votre lecture ~
