Hey !

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Chapitre 18

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J'entends de l'eau. Un filet d'eau incertain qui clapote aléatoirement sur de la tôle. Ce n'est pas très fort, mais ça résonne et l'écho a trouvé le moyen d'être parfaitement synchronisé avec la migraine juste atroce qui m'élance si violemment que la douleur me fait presque perdre pied.

Je…

Impossible d'analyser quoi que ce soit. J'étais… ?

J'ai trop mal à la tête, je suis pâteuse et dans un brouillard que je ne m'explique pas. J'ai envie d'ouvrir les yeux, mais ni la force ni la motivation. Quelque chose en surface qui m'en empêche. Mais qu'est-ce que je raconte ?

Miséricorde, je suis… ?

Je suis assise, tête dodelinante alors que j'ai la nuque endolorie et lorsque j'essaie de lever la main pour masser mes sinus douloureux, je me rends compte que je ne peux pas. Il y a quelque chose sur mon poignet.

Ouvrir les yeux… il me faut jusqu'à la moindre parcelle de courage pour y parvenir. Je suis sûre d'une chose, c'est que je n'ai pas mes lunettes : tout est flouté autour de moi. C'est noir, gris et franchement humide. Je me sens poisseuse et collante.

Je baisse enfin les yeux sur mon poignet.

Une corde. Il y a une corde qui me maintient… non. Des cordes très serrées qui bloquent les chevilles, épaules, coudes et poignets à une chaise de métal inconfortable.

… Mais qu'est-ce que-

Tout mon corps est immobilisé, mais c'est à peine si je le sens. Mon mal de tête commence à se dissiper, lentement mais sûrement.

Miséricorde, mais qu'est-ce qui se passe ?

J'étais… ah oui, la Grande Voie en longboeard. Puis… La voiture en contre sens. Je me souviens vaguement de mon dérapage d'arrêt d'urgence, de la lumière éblouissante d'un phare… et c'est le noir.

J'ai eu un accident ?

Mais dans ce cas, qu'est-ce qui se passe ?

Où est-ce que je suis ?

Tout est sombre mais je devine vaguement des briques huileuses en face de moi. Le bruit de l'eau et celui plus lointain d'une route ? Je crois bien. Faisant jouer ma nuque, je jette un coup d'œil au reste de la pièce. C'est un carré de brique. Il y a une seule ampoule nue au plafond -éteinte-, une porte à ma droite -fermée-, et un bureau -couvert de traces mal effacées. L'unique vitre, rendue complètement opaque par la crasse, est la seule et très faible source de lumière et les barreaux, vieux du siècle dernier.

Je ne suis pas claustrophobe, mais je pourrais bien le devenir.

… Maintenant par exemple, quand quelque chose obstrue soudain la vitre et me laisse dans le noir le plus complet.

Je ne me rends même pas compte que j'ai coupé ma respiration jusqu'à ce que ma poitrine en soit douloureuse. Il faut que je me force à respirer profondément parce que sinon, je vais céder à la panique qui se fraye un chemin du fond de mes entrailles jusqu'aux bouts de mes doigts.

Je n'ai aucune idée de ce qui se passe, et je n'ai vraiment pas envie d'y réfléchir. J'ai bien trop peur d'avoir compris… Et ce bruit d'eau ne m'aide vraiment pas à me calmer. Malgré moi, un sanglot noue ma gorge et je me sens commencer à trembler.

Tout mais pas ça…

Il faut que je me ressaisisse et vite. Vite…

Mais ne pas avoir de repère temporel est peut-être le pire. J'ai juste ce foutu bruit d'eau et l'écho étouffé de ma respiration trop bruyante à mon goût.

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, à trembler sans parvenir à me reprendre, mais lorsqu'une clef se glisse dans la serrure de la porte et la déverrouille dans un claquement sec, je sursaute si fort que les cordes me scient les membres.

La lumière s'insinue dans pièce et m'éblouit. Le temps que la porte se referme à nouveau et c'est le noir.

Seulement, je ne suis plus seule. Une présence dans mon dos qui me fait frémir de peur. Il a une respiration sifflante, désagréable et je sens sa stature imposante. J'ai un autre sursaut lorsqu'une main frôle ma nuque, passe dans mon coup puis attrape violemment mon menton pour plancher ma tête en arrière avec force, me maintenant ainsi.

Ma respiration n'en est que plus laborieuse, et l'angoisse qui m'enserre me prive d'air quelques secondes. Mes mains tremblent tellement que je sens ma peau s'écorcher sous la corde et l'imbiber de sang.

Un cri de douleur m'échappe lorsqu'il allume la lumière et qu'elle m'incendie les rétines. Je l'entends à peine ricaner quand les larmes me viennent. Il finit par me lâcher et je retrouve ma respiration avec soulagement, mais j'ai des étincelles qui scintillent dans les yeux. Si bien que même lorsqu'il passe devant moi, je mets de longues secondes à distinguer son visage.

- Alors petite pute ? Prête à chanter ?

Oh non.

Je pensais avoir oublié cette voix nasillarde mais maintenant elle me fait l'effet d'une claque. Le grand balèze qui poursuivait Law. Celui que j'ai provoqué.

Je ne peux retenir un ricanement. Finalement, je vais payer pour ça.

Il met fin à ma soudaine hilarité d'un véritable calque qui manque de me faire un tortis-coli. J'en ai le souffle brièvement coupé et sur l'instant ma joue ne fait que me picoter. Puis vient la douleur, en même temps qu'un goût de sang qui emplit ma joue.

- Si tu te crois encore dans une situation amusante, tu vas vite comprendre que ce n'est plus le cas.

Son haleine lourde et son sourire démentiel me donne une nausée soudaine et mon cœur s'emballe. Je n'ai plus du tout envie de rire.

- Tu m'as cherché, je vais te le faire payer, ricane-t-il sans manquer mon grand frisson de peur qui me glace les entrailles. Depuis le temps que je t'observe, j'attendais le bon moment… je n'aurais jamais cru que tu te serais jeter de ton plein gré jusqu'ici.

J'y crois pas… ma sensation était justifiée. Il y avait vraiment quelqu'un -ce malade qui plus est- qui m'observait et me suivait. Mon cœur fait une embarquée lorsque je réalise combien de fois j'ai déjà failli finir dans la même situation… Je suis tellement… tellement stupide.

La peur qui malmenait mon ventre se répand dans mes veines comme un poison à la brûlure glacée lorsqu'il m'attrape les cheveux et rapproche encore son visage du mien. Son sourire s'agrandit encore.

- Tu vas souffrir.

Et il me crache au visage. Je hurle. De peur, de dégoût. Je hurle parce que je ne peux rien faire d'autre. Je sens sa salive dégouliner sur ma peau, y laisser des sillons qui me brûle la peau. J'ai un haut le cœur et je ne peux m'empêcher de me débattre pour tenter de m'essuyer. C'est atroce, j'ai juste envie de me passer la joue au feu pour me nettoyer. Dégoûtant avant d'être humiliant.

Mais je suis trop bien entravée et je ne réussis qu'à l'amuser. Cette sensation est sans aucun doute la pire. Je suis ligotée à sa merci et ses intentions sont très claires.

A la seconde où il relâche ma tignasse, je lui assène de toutes mes forces un coup de tête sur son nez. Il recule en titubant, se tenant le visage ensanglanté.

Oh non.

C'était parfaitement impulsif… mais je vais le regretter. Et j'ai une infime pointe de satisfaction. Je vais le payer cher, mais j'aurais eu au moins ça.

- Tu m'as pété le nez salope !

Son hurlement ne laisse rien présager de bon en représailles. Mais je n'ai pas le temps de faire plus d'ironie, sans même le voir venir, je reçois cette fois un coup de poing qui manque de faire basculer ma chaise.

La douleur me donne le tournis. Il me faut quelques secondes pour faire passer le vertige qui me prend et serrer les dents. Le sang se mêle à ma salive. Un regard dans sa direction, et je sais qu'il est prêt à passer au stade supérieur.

Par réflexe, je prends une grande inspiration qui ne fait qu'accentuer ma peur, qui se mue alors en terreur lorsque je le vois à nouveau lever le bras. C'est à peine si j'ai le temps de fermer les yeux et d'attendre la douleur que déjà, il me balance son poing dans l'estomac, m'envolant valser sur le sol. J'étouffe et vomis péniblement la bille que j'avais dans la bouche sans pouvoir retenir la plainte qui franchit mes dents serrées.

La douleur se diffuse. Elle est atroce et lorsque je reprends un coup que je n'avais pas vu venir, elle ne fait que s'accentuer. Les larmes me viennent.

Il s'acharne.

Il cogne.

Rien ne lui échappe. Tibia, avant-bras, ventre. Chaque coup est plus douloureux que le précédent. Chaque coup m'arrache un cri, puis un hurlement de douleur.

Il sait où frapper. Et le pire, c'est que dans les vagues incessantes de douleur qui noient le peu de conscience qui me reste, je sais parfaitement qu'il fait attention à ne rien me casser. J'imagine qu'il réserve ça pour plus tard.

Soudain je me rends compte que la chaise est à nouveau sur ses quatre pieds… mais j'étais tellement en pleine confusion que je ne sais pas depuis combien de temps.

Il fait une pause plus longue que les autres entre deux coups. Ça ne fait qu'aggraver mes sensations, soudain décuplées parce que mon esprit prend le temps de décoder toutes les informations qui lui parviennent. Je suis courbaturée, et chaque parcelle de ma peau n'est qu'un océan de souffrance.

Je suis épuisée.

J'ai perdu depuis longtemps la notion du temps et, à cet instant, ma vie se résume aux sensations qui m'assaillent. Et au bruit de l'eau qui coule toujours, indifférente.

Un autre coup.

En pleine tempe.

Celui de trop.

Je sombre.

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De l'eau s'insinue dans mon nez et ma gorge, m'étouffant. Je tousse douloureusement et le recrache. L'affreuse sensation de noyade ne disparait pas pour autant. Mes poumons se gonflent, mais cela ne provoque chez moi qu'un maelstrom de souffrance qui me donne un violent tournis. Je perds un instant la notion d'équilibre, si bien que j'ai l'impression d'avoir la tête à l'envers.

- Si tu crois avoir droit à une seconde de répit, tu t'es trompée pétasse.

J'en peux plus. Je suis épuisée. Durant une seconde, je prends pleinement conscience de moi. J'inspire une bouffée d'air refoulant sueur, renfermé et urine.

Il me ramène à l'instant présent par une série de claques sèches sur mes joues et lorsqu'il est sûr d'avoir mon attention, il brandit sous mon nez une paire de ciseaux.

Je mets quelques secondes à analyser ce fait… son expression perverse… puis la réalité s'abat sur moi comme le glas de la sentence. Mes pensées s'éclaircissent aussitôt.

- Non, pitié…

Ma voix n'est qu'un souffle enroué, mais il a parfaitement entendu ma supplique. Et il s'en moque ouvertement. Il rit devant mon nez et les relents de son haleine emplissent mes poumons. J'ai un haut le cœur.

Dans un réflexe aussi humain que stupide, je panique complétement et me débat dans tous les sens. Sans résultat. Et lui s'en amuse. Pour ce pervers, me voir m'affoler, me rendre parfaitement compte que je suis à sa merci, c'est clairement ça qui lui plait le plus.

De longs frissons de dégoût me parcourent lorsque, du bout du doigt, il frôle ma clavicule. Il glisse trop facilement sur ma peau trempée jusqu'à mon chandail. Il le crochète, le tire, lève l'autre main… approche le ciseau…

Mon cœur bat à tout rompre, à commencer par le peu de retenu qu'il me reste.

Un sanglot éclate lorsqu'avec une extrême lenteur, il referme les lames jusqu'à en découper le tissu. Le bruit caractéristique résonne dans mes oreilles, se mêle au son de mes propres gémissements, de l'eau frappant inlassablement la tôle non loin…

C'est plus fort que moi, je n'ai plus la force de résister.

A chaque centimètre qu'il découpe, un nouveau sanglot me secoue. C'est inutile, ça ne fait que l'exciter encore plus… mais je ne peux plus rien retenir, c'est mon seul exutoire.

Il arrive enfin en bas et claque les lames avec force, me faisant sursauter. Deux autres coups bref trop près de mes oreilles et bientôt, le tissu vole dans la pièce. A travers mes larmes, je le voie prendre un peu de recul et m'examiner du regard. Je le sens me brûler, et la gêne me prend au ventre. J'ai tellement le besoin vital de me cacher que je m'en arrache à nouveau la peau sous la corde.

Il rit. Un rire gras. Et passe sa langue sur ses lèvres. Puis il s'accroupit et lève à nouveau son ciseau. Avec la même lenteur, il s'attaque à ma jupe. Coup… après coup… Le peu de résistance que j'avais… s'évapore.

Il prend son pied à me voir paniquer toujours plus, à m'entendre le supplier d'arrêter. Mon visage est inondé de larmes, ma gorge enrouée d'avoir trop hurlé, ma poitrine douloureuse par mes sanglots.

La jupe est réduite à l'état de chiffon un peu plus vite. Puis lorsque je sens la lame glacée glisser sur ma peau, je ne peux que pleurer de plus belle. Mon short part en morceau et il se relève.

J'ai à peine le temps de reprendre ma respiration. Je suis en sous-vêtements. Je remarque soudain son regard lubrique sur moi et je comprends dans un hoquet que je ne vais pas le rester longtemps.

- Non, par pitié… tout mais pas ça…

Je veux m'évanouir maintenant. Mourir maintenant. Parce que je ne veux pas vivre ça. Pas ça, non…

Il ne m'entend même pas. Il se penche sur moi, impose sa stature de géant à la mienne ridicule. Puis brusquement, il plaque sa main beaucoup trop grande sur mon sein. Je crie de dégoût. Même à travers le tissu, je la sens moite et ce contact me donne la nausée. Je comprends son intention lorsqu'il l'agrippe, le découpe de l'autre main et l'arrache en m'ouvrant la peau au passage.

Je n'ai même pas le temps de goûter à la bille qui me revient. Il s'attaque déjà à l'unique vêtement qu'il me reste. Mon boxer m'est déchiré avec la même force et je suis nue.

Nue et entravée devant lui. Je suis offerte à son regard qui me brûle. La gêne et la honte m'enivre tellement que j'en ai la tête qui tourne. Et ne pas pouvoir me cacher crame le peu de raison qui me reste.

Je veux que tout s'arrête. Maintenant.

Je ne veux pas être consciente lorsqu'il disposera de mon corps comme il l'entendra. Je ne veux pas avoir à subir ça. La simple idée qu'il… me fasse ça me rend folle.

J'ai déjà trop hurlé.

J'ai trop pleuré.

Je suis épuisée.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là.

Mon seul point de repère… c'est ce filet d'eau qui coule… coule… coule…

Je me déteste. Je suis faible, impuissante. Un corps ridicule. Il n'aurait besoin que d'une seule main pour m'étrangler et sans forcer. Alors que je suis si pathétique. Juste une petite chose fragile. Et je vais servir d'exutoire à cet homme.

Il va me briser. Me casser en mille morceaux. Me détruire…

- Pas ça…

Je ne pensais plus pouvoir encore pleurer, mais mes larmes reviennent, intarissables. Elles coulent sans que je puisse rien y faire. Elles coulent… coulent… coulent… de l'eau coule aussi. Pas celle qui se fracasse continuellement sur la tôle, mais un liquide légèrement salé entre mes lèvres. Avant de m'en rendre compte, j'ai avalé par réflexe.

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

J'ai perdu toutes notions de temps et d'espace. Même la douleur ne m'atteint plus tant elle est profonde.

Une chaleur que je ne m'explique pas m'enivre lentement, se diffuse dans ma tête, me donnant le tournis. La sensation se mélange à la douleur… s'en imprègne…

Je n'ai plus aucune force. Tout mon corps se relâche… plus rien n'a de sens.

Tout me semble… incroyablement lointain. Sans importance…

Je crois bien l'entendre rire… mais je n'arrive plus à m'en préoccuper.

Je crois bien entendre un coup violent derrière la porte… mais je n'arrive plus à analyser ce fait.

Je crois bien… à quoi je crois au juste ?

Je suis entièrement nue, livrée à lui… mais je n'ai même plus la force d'avoir peur ou d'être gênée.

Je me laisse… juste… sombrer.

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Merci d'avoir lu ~