Hey !
Les-Fiction de Niils, 7etoiles, The Story of a rabbit et Lawiki, je suis sincèrement désolée de ne pas vous avoir répondu ! « Error : 5 » me bloque à chaque fois que j'essaie. Arf. De même pour les RAR du dernier chap, qui ne sont tout simplement pas passées. What.
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BON.
Manifestement, on ne va pas plus pouvoir compter sur Cara pour faire la narratrice pour le moment. Ça va poser problème parce que les chapitres qui suivent. Et ce n'est que le début.
Alors ce qu'on va faire, c'est laisser un autre personnage raconter le bazar qui suit la perte de connaissance de Mlle Swallow Cara.
Parce que croyez-moi, c'est un sacré bazar.
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Chapitre 19
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La porte ne cède qu'à mon deuxième coup de pieds, mais je l'arrache presque de ses gonds.
La scène qu'elle me dévoile ne fait que m'enrager davantage. Peter Pets est bien là. Debout, éberlué par mon arrivée, il reste hébété une seconde. Face à lui… La vision de Cara attachée nue à une chaise de métal me prend à la gorge. Pendant une seconde, je laisse la rage prendre le dessus, et avant de pouvoir me retenir, j'assène un coup si violent à Pets qu'il l'envoie contre le mur, inconscient.
Il me faut deux inspirations pour être à nouveau maitre de moi et me retenir de le tuer là. Sur place. Sans attendre.
Un faible gémissement, presque juste une expiration me ramène à ma priorité. Sans attendre, je retire mon t-shirt et le dépose sur Cara. Je sais qu'il faudrait que je l'examine, mais je ne peux me résoudre à l'observer alors qu'elle est nue et inconsciente.
Elle est si petite que le vêtement la couvre suffisamment pour être pudique. Elle est toujours inconsciente mais exhale difficilement.
Bon sang… ! C'est la première fois depuis longtemps que je perds ainsi mon sang froid. Je me résous à fermer les yeux le temps de reprendre mes esprits.
Inspiration… expiration.
Les cordes. Je me redresse et examine la pièce du regard.
Eparpillés un peu partout, les vêtements qu'elle portait -transformé en haillons- ; son skate, son téléphone et son casque dans un coin ; sur la table, une paire de ciseaux.
Je m'en saisis et me précipite sur les cordages. Ils étaient bien trop serrés. La peau est déchirée, sanguinolante dessus. Bientôt, plus rien ne l'entrave, et je me surprends à mieux respirer.
Elle est inconsciente, mais si sa respiration est sifflante… son visage est étrangement relâché. Beaucoup trop relâché. Ce n'est pas normal. Je pose un genou à terre pour être plus stable et tend une main vers son visage contusionné et complétement inexpressif. Je frôle sa joue tuméfiée. Un frisson me parcourt.
Avec toute la délicatesse dont je suis capable, je le soulève et le tourne vers moi. Elle est presque méconnaissable, couverte de sang et la pommette enflée, les yeux rouges d'avoir trop pleuré.
Ma poitrine se serre.
Pourquoi elle ? Elle a seize ans ! Seize ans bon sang !
Elle n'avait rien à voir avec tout ça ! Elle n'avait pas à en faire les frais !
Je suis arrivé trop tard. Juste à temps pour ne pas qu'elle ait à subir les derniers outrages, mais bien trop tard quand même.
Alors soudain, je passe un doigt sur un filet de salive mêlé de sang sous sa lèvre. Je sens… puis goûte du bout de la langue.
Je vois rouge et recrache. Du GHB.
Normal que ses muscles soient si relâchés, ce salaud l'a drogué. Soumission chimique. Comme si son état n'était pas déjà suffisamment grave.
Putain, pas moyen de savoir quelle dose il lui a donné. Il faut faire vite. Je me jette sur son téléphone. Ce con, il l'a laissé allumé. La musique est juste sur pause. Je compose le numéro.
Première sonnerie.
Décroche, ce n'est pas le moment de dormir.
Deuxième sonnerie.
- Allô ?
- Viola ? C'est Law.
Je l'entends sursauter si fort qu'elle manque d'en faire tomber son téléphone.
- … Law ?! C'est vraiment toi ?!
- Oui, je m'impatiente. Je n'ai pas le temps de t'expliquer. Officiellement je suis toujours à l'étranger alors fait comme si je ne t'avais jamais appelé et transfère-moi immédiatement sur une ligne sécurisée avec l'enfumé. Maintenant.
- Je-
- C'est urgent Viola !
- … D'accord. Je transfère l'appel.
- Merci.
Elle marque une pause.
- Tu… ça fait du bien de t'entendre.
… C'est réciproque. Avoir été coupé du reste du monde avait été une bouffée d'oxygène… et en même temps, je m'étais soudain rendu compte que la présence de certaines personnes à mes côtés me manquait.
Je me mis une claque mentale pour m'être laissé distraire une seconde et déjà de l'autre côté, une série de sons m'indiquait que l'appel passait plusieurs niveaux de sécurité avant de sonner à nouveau.
Il décrocha à la première sonnerie.
- Allô ?
Je n'aurais jamais cru être un jour soulagé d'entendre la voix de ce type.
- C'est Trafalgar.
Je l'entends manquer de s'étouffer et je me permets un bref sourire en imaginant sa tête.
- Putain de bordel de merde, Trafalgar, espèce d'enfoiré.
- Oui, à moi non plus tu ne m'as pas manqué. Mais il faut que tu rappliques et en vitesse.
- De quoi ? Tu disparais sans laisser de trace pendant presque deux mois et tu m'appelles au beau milieu de la nuit pour-
- Ramène-toi juste en vitesse ! je m'écrie pour couvrir son ton qui montait. C'est une question de vie ou de mort.
- Et tu crois que-
- Pas la mienne ! je crie cette fois, perdant totalement patience devant sa résistance un brin puérile. J'ai une gamine de seize ans sous les yeux qui vient d'échapper à une tentative de viol, inconsciente et droguée, et je ne peux pas vraiment l'emmener à l'hôpital là ! Alors ramène ton cul et en vitesse !
Le silence qui suit ma tirade m'indique que j'ai fait mouche. Il était temps.
- Tu es où ?
- Quartier Nord-Est, deuxième avenue après la Clinique. Le numéro trois. Et prends le manteau le plus long que tu aies !
Il raccroche sans attendre et je jette presque le téléphone. Un regard derrière moi m'indique que cet enfoiré de Peterman est toujours dans les vapes. Mais par précaution -et parce qu'il faut absolument que je me défoule sur quelque chose avant de perdre les pédales- je lui assène un second coup. Et un dans l'entre-jambe pour faire bonne mesure.
Voilà. Là, ça va mieux.
Un bruit de tissus me fait me retourner. Je crois sentir mon cœur rater un battement en voyant Cara, toujours inconsciente glissant de la chaise. Je me précipite et la rattrape in extremis, ses genoux déjà bleus à un centimètre du sol.
Bon sang, ce qu'elle est légère. Je n'ai besoin que d'un bras pour la redresser et glissant l'autre sous ses genoux, je la soulève le plus délicatement possible pour ménager son corps malmené. Je la cale dans mes bras. L'un des siens glisse et git sans la moindre force dans le vide. Son souffle rugueux n'a pas changé et la seule chose un tant soit peu rassurante dans ce délire, c'est qu'inconsciente, elle échappe pour un temps à tout ça.
J'avise la table aux vielles traces de sang mal nettoyées… ça sera toujours mieux que le sol. Je l'y dépose et rajuste le t-shirt. Elle n'a pas bougé. Alors seulement, je remarque que sa peau prend quelques couleurs. Il n'a rien ménagé.
Elle est inconsciente et dans l'immédiat, je ne peux rien pour elle.
L'enfumé va mettre un moment à rappliquer.
Mon regard se tourne vers Peter Pets.
Je sais déjà comment je vais mettre à profit ce temps de latence…
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- Putain de bordel de merde, mais qu'est-ce que t'as foutu ?
- Il avait déjà le nez cassé.
- Te fou pas de moi Trafalgar. Il a l'arcade sourcilière ouverte, les deux lèvres explosées, la pommette enfoncée, deux cocards et la mâchoire démise avec sûrement des frais de dentiste à la clef. Et tout ce que tu trouves à me dire, c'est qu'il avait déjà le nez cassé à ton arrivée ?
Je hausse les épaules et détourne le regard. Du coin de l'œil, je le vois soupirer et se prendre le front dans la main.
- Et ta blessée ?
Je lui fais signe de me suivre. J'ai préféré la sortir de la pièce. Je ne voulais pas qu'elle le voit si jamais elle reprenait connaissance. Alors il gît dans l'entrée.
Je pénètre dans la pièce carrée et l'entends renifler l'air lourd qui a imprégné les murs. Je m'avance jusqu'à la table et la contourne pour qu'il puisse de lui-même aviser de l'horreur.
- Putain, c'est qui elle ?
- Swallow Cara.
- C'est bien ce que je dis, c'est qui elle ?
Je fais de mon mieux pour réprimer la pointe de colère que je sens venir et garder mon calme. Il prend ça comme argent comptant et se reconcentre sur elle. Même si mon t-shirt est bien trop grand pour elle, il laisse tout de même apparaître pas mal de marques. Je le vois l'examiner et grincer des dents.
- Est-ce qu'il l'a violée ?
- Je suis arrivé à temps.
Il se contente de hocher la tête mais je le connais assez pour savoir qu'il en ait soulagé. Bien.
- J'appelle des renforts.
- Attends.
Il a déjà la main sur son téléphone quand ma remarque l'arrête.
- Je vais être très clair. Il ne faut pas qu'elle mette les pieds dans un hôpital où elle se retrouvera mêlée à tout ça. Et il n'en est pas question.
- Arrête tes conneries Trafalgar. Elle va directement aux urgences.
- Écoute-moi ! je m'impatiente. Si elle va à l'hôpital et que son nom apparaît, il y a une trop grande possibilité pour qu'on fasse le lien entre elle et moi. Je peux m'occuper d'elle mais je-
- Pas… Les urgences…
Je sursaute presque -et mon vis-à-vis aussi- lorsque sa voix beaucoup trop faible à mon goût me coupe. Je me penche aussitôt vers elle.
Ses yeux bleus clairs tirant sur le gris sont ouverts mais nébuleux, et c'est à peine si elle est consciente. Je suis presque sûr qu'elle croit rêver. Elle a un hoquet que je comprends être un rire.
- C'est… ce que tu voulais n'est-ce pas… ? continue-t-elle et la force de sa voix est tantôt éraillée, tantôt plus inexistante. Je n'ai pas… appelé d'ambulance…
- Qu'est-ce qu'elle raconte ?
- La ferme, j'assène avant de passer une main devant ses yeux pour qu'elle se reconcentre sur moi. Cara, c'est moi, est-ce que tu m'entends ?
Elle cligne plusieurs fois des yeux. Ah oui, sans ses lunettes ça ne doit pas être facile. J'ai bien vu ses goggles avec le reste de ses affaires encore intacts, mais ça m'étonnerait qu'elles soient à sa vue. Pourtant, quelque chose ressemblant à un sourire étire ses lèvres ; la rouvrant et la faisant immédiatement perler du sang. Elle ne semble pas sans rendre compte.
- Law… Law, Law, Law…
Sa voix s'étrangle, tremble, se mue en sanglots. Il éclate doucement et des larmes coulent doucement sur ses tempes.
- Chut, Cara, je m'empresse de dire. Je suis là, tu es en sécurité…
La voyant tenter un geste -lever sa main- je m'empresse de passer la mienne sur sa joue. Elle semble se calmer.
- J'ai mal…
- Je sais, je murmure pour ne pas la brusquer. Calme-toi, rendors-toi, je m'occupe de tout, d'accord ?
Ses larmes coulent toujours mais elle respire mieux, et moi aussi.
- L'eau… faut qu'elle… fais-là s'arrêter s'il te plait…
Je reste silencieux, sans comprendre.
- L'eau, gémit-elle alors que sa poitrine devient à nouveau erratique. Fais que l'eau arrête de couler… je t'en supplie…
Je suis perdu. De quoi parle-t-elle ? Je reste interdit une seconde… puis comprends. On entend en effet un filet d'eau qui doit fuir et atterrir sur une gouttière. Je réagis sans réfléchir. Je pose mes mains sur ses oreilles. Elle sursaute à mon contact mais après une seconde de surprise… ses yeux se plissent et un air de béatitude illumine ses traits.
- Merci…
Ce n'est qu'un souffle. Elle est déjà à deux doigts de retomber dans l'inconscience.
Alors, pris d'une impulsion que je ne m'explique pas, je me penche vers elle et embrasse son front dans le seul geste qui me parut approprié sur l'instant. Lorsque je me redresse, elle s'est endormie. D'un vrai sommeil, sa respiration sifflante mais régulière. Je pose deux doigts sur sa carotide et apprécie de sentir son pouls plus fort.
Alors seulement, je remarque que l'enfumé est bien silencieux et qu'il me regarde avec un drôle d'air.
- Quoi ?
- Rien.
Il détourne la tête avant que je n'aie eu le temps d'analyser son regard. De toute façon, je n'en ai rien à faire.
- J'appelle des renforts et- non, boucle-là, laisse-moi finir- j'appelle des renforts pour s'occuper de Pets et nettoyer tout ça. La gamine et toi, vous montez avec moi.
J'acquiesce. Il sort son téléphone et compose un numéro. Pendant qu'il sonne, il me désigne du menton Cara.
- Porte-là. J'ai le manteau que tu as demandé dans la voiture. Faut la sortir de là en priorité- Allô, ici l'agent Hakyruo Smoker, matricule G5-4223062015. J'ai besoin d'une patrouille et d'une équipe de nettoyage d'urgence aux coordonnées que vous recevez en ce moment même. Oui. Bien. Il y a un paquet pour vous dans l'entrée. Compris.
Et il raccroche. J'ai pris le temps de récupérer toutes les affaires de Cara disséminées un peu partout et dès qu'il range son téléphone, je lui fourre ça dans les bras. Il me foudroie du regard mais je l'ignore.
Cara dort toujours et elle ne bouge pas lorsque je la prends dans mes bras -elle est vraiment légère- et la cale comme je peux. Smoker prend le temps de menotter Pets -et lui assène un coup de poing au passage- puis ouvre le chemin.
Sa voiture -ou plutôt celle de sa femme- est garée en travers sur le trottoir. La portière et même encore ouverte. Au moins, il m'a pris au sérieux quand je lui ai dit que c'était urgent et même si je ne l'avouerais jamais, j'apprécie. Il ouvre une portière arrière et me laisse passer devant pendant qu'il met ses affaires dans le coffre. Le manteau est long, au moins aussi grand qu'elle, et doublé de fausse fourrure bien chaude. C'est parfait.
Je multiplie les manières pour l'y déposer sans la blesser, puis l'en enroule. Je reste à l'arrière et claque la portière alors que Smoker prend le volant et démarre.
L'habitacle ne reste pas silencieux longtemps.
- Tu vas m'expliquer ?
- Contente-toi de rouler.
Il claque la langue, agacé.
- On a encore un moment avant d'arriver, alors tu me fais un rapport et fissa.
- Ne me donne pas d'ordres, je siffle en me retenant de toutes mes forces de ne pas le frapper.
Il ballait ma remarque d'un geste agacé de la main et rend un virage un peu serré à mon goût.
- J'ai besoin de détails. Maintenant.
Je déteste ce type.
- Tu as dû entendre parler du fait que la personne s'étant introduit dans la planque du gérant du trafic de prostitués s'était fait tiré dessus ?
- Viola m'a prévenu. Elle a maintenu ta couverture.
Merci Viola, je te revaudrais ça. Cette femme a un self-control à toutes épreuves… tant que ce n'est pas en matière de relations sentimentales.
- Je me suis fait tirer dessus et ils ne m'ont pas loupé.
Je le vois avoir un geste de surprise. Il quitte alors la route des yeux une seconde pour me regarder, comme pour vérifier que je n'ai pas un impact de balle au milieu du front. Je lève les yeux au ciel et enchaine.
- Bref, je me suis réfugié dans la première copropriété qui passait. Je me vidais de mon sang lorsqu'elle m'a trouvé.
- Et elle n'a pas appelé les flics ?
Je ne peux retenir un ricanement.
- Elle a un grain, je te l'accorde. Elle m'a fait rentrer et m'a soigné.
- Attends, attends, me coupe-t-il, perdu. Je croyais que tu t'étais fait tirer dessus ?
- C'est le cas. Elle m'a retiré une balle du trapèze et m'a recousu le flanc.
Il jette un coup d'œil à Cara, une lueur nouvelle dans le regard.
- C'est chez elle que tu es resté ?
- Ouais.
- Deux mois ?
- Ouais.
- … Je n'y crois pas.
- Moi non plus.
Je suis sûr qu'elle non plus d'ailleurs.
- Que vient faire Pets dans cette histoire ? Il t'a repéré mais tu lui as donné la gamine en pâture le temps de t'enfuir ?
Le fils de… je mets un grand coup de pied dans son siège.
- Bien sûr que non, abruti. Pets faisait partie des hommes qui me poursuivaient. Elle m'a couvert et l'a un peu provoqué. Je ne pensais pas qu'il s'en prendrait à elle pour autant.
Il marmonne quelque chose que je ne préfère pas comprendre si je ne veux pas m'énerver plus que ça. Je sais que j'ai merdé.
- Et ce soir ?
Comment lui expliquer… ?
- Elle voulait profiter que la Grande Voie soit fermée avant que les travaux ne commencent pour en faire la décente en longboard. Je l'ai accompagnée. On a joué de mal chance, un des gars de Pets l'a repérée et l'a prévenu. Il lui a suffi de la cueillir sur le trajet.
- Et toi ? Tu t'es fait griller comme un con ?
Deuxième coup de pied.
- Non, je suis passé après elle et le gars en question ne m'a pas remarqué.
- Attends, attends. Si j'ai bien compris, vous vous êtes séparé après ça ? Tu étais à l'entrée de la Grande Voie et elle en pleine descente. Comment tu as su ce qui lui était arrivé ?
Je lui aurais volontiers parlé d'intuition, sachant que lui ne se serait pas moqué de moi pour ça… mais bon.
- Quant au bout de trente minutes je ne l'ai pas vue revenir, je me suis douté que quelque chose n'allait pas. Je n'ai pas eu à chercher bien loin, le gars de Peterman était deux cents mètres plus loin, au téléphone avec son patron en train de plaisanter à ce sujet.
- Et comment tu as su où aller ?
- J'avais réussi à avoir l'adresse de sa planque la plus régulière au début de juin. Je ne vous avais pas fait suivre l'info parce que je n'avais pas encore eu l'occasion de vérifier son authenticité.
Il grogne.
- En clair, c'était juste un putain de coup de chance.
Je ne réponds pas. Parce qu'il n'y a rien à répondre. Oui, sa vie vient de se jouer à un rien. Juste un peu de chance.
- Bon, soupire Smoker en passant une main dans ses cheveux parfaitement blancs malgré ses trente-six ans. Pets a vu ton visage ?
- S'il a vu mon visage ? je ricane. Ouais, et il n'est pas près de l'oublier. Je me suis arrangé pour qu'il en fasse des cauchemars jusqu'à la fin de sa vie.
Je l'entends marmonner quelque chose comme « j'ai besoin d'une clope », puis reprend plus fort :
- Quoi qu'il en soit, ta couverture est complètement grillée avec lui. Il va falloir la jouer fine avec les autres. Et le gars qui l'a rencardé ? Tu lui as refait le portrait aussi ?
- Non, ça aurait été trop suspect. Je suis passé sans me faire remarquer.
- Et bien ça change.
Je lui aurais bien refait son portrait à lui, mais on arrive justement devant sa maison. La porte automatique du garage attenant s'ouvre. Sa femme et lui habitent une petite maison identique à toutes celles voisines, de tailles respectables avec jardin et terrasse, la petite banlieue proprette. Bien loin de la copropriété de Cara ou de mon appartement. Le quartier Sud est quand même le plus sûr de la ville.
Smoker coupe le moteur et sort le premier pendant que je m'occupe de Cara qui n'a pas bougé un cil. Il m'ouvre même la portière. J'en sors et s'ouvre alors la porte menant à l'intérieur de la maison. Une silhouette féminine s'appuie dans l'encadrement, bras croisés et clope au bec.
- Tu vois, j'étais persuadée que ta carcasse moisissait au fond d'un caniveau pourri des quartiers Nord-Est et qu'on allait nous appeler d'un moment à l'autre pour venir confirmer ton identité à la morgue.
- Toujours aussi classe, Hina.
Elle se contente de me recracher la fumée de sa cigarette au visage pour toute réponse à mon commentaire sur le vieux t-shirt délavé, qui avait dû un temps appartenir à Smoker, et son short si court que j'ai cru un instant qu'elle était en sous-vêtements. Elle a encore la marque de l'oreiller sur la joue.
- Tu peux parler.
Mouais.
Elle fronce soudain les sourcils lorsque Cara gémit dans son sommeil. Je me penche vers elle, mais elle se contente de tourner la tête, ses traits se fronçant un peu avant de s'immobiliser.
- Rentrez, dit simplement Hina en s'écartant.
Elle me laisse passer devant, attendant son mari qui la rejoint. Ils n'échangent qu'un regard, puis elle retire la cigarette de ses lèvres pour la coincer dans celle de son conjoint qui inspire profondément.
Puis seulement, elle s'avance vers moi, attrapant ses longs cheveux clairs pour les relever.
- Dis-moi tout.
- Pas d'hémorragie interne, pas de trauma crânien, pas d'abus sexuel, pas de plaie ouverte, pas de fracture. Il a veillé à ce qu'elle souffre sans la casser.
- Le fils de pute. Quoi d'autre ?
- Il lui a donné du GHB, mais une dose minime. Elle a pu parler, son pouls est régulier. Le plus dur sera au réveil. Elle a besoin d'un bain, de glace, d'antidouleur et d'arnica.
Elle hoche la tête.
- On commence par un bain alors. Je te laisse t'occuper du reste, Smoker ?
Il répond en allumant son téléphone et en nous tournant le dos. Hina me fait signe de la suivre dans la salle de bain où elle n'attend pas pour faire couler un bain et de ressortir.
Avisant une large chaise, j'y dépose Cara le plus délicatement possible. Sa tête retombe immédiatement sur sa poitrine, sans force. Enroulée dans ce manteau qui semble l'avaler, elle parait encore plus petite et fragile que d'ordinaire.
Hina revient, une pile de fringues dans les mains.
- C'est quoi son nom ?
- Swallow Cara.
- Hirondelle ? Pas mal.
J'esquisse un bref sourire avant de m'en rendre compte.
- Dixit « la princesse en cage » ?
Elle répond tout aussi brièvement à mon sourire.
- Allez, dégage. Que je m'occupe d'elle.
Je me relève et m'écarte, sortant de la pièce en refermant la porte derrière moi.
Je n'ai pas le temps de faire deux pas qu'un t-shirt et un verre d'un liquide ambré que j'identifie comme du cognac apparaissent sous mon nez. Smoker ne semble me prêter aucune attention, toujours pendu au téléphone mais je le remercie brièvement en me saisissant de l'ensemble.
Je descends le verre cul sec, la brûlure de l'alcool se diffusant dans ma poitrine, puis je passe le t-shirt. Repérant la bouteille de cognac sur le comptoir je m'y installe et m'en sers un deuxième verre qui ne fait pas non plus long feu.
Le contrecoup de la soirée s'abat soudain sur moi et je dois prendre une profonde inspiration pour dissiper l'angoisse que je sentais naitre et je ferme les poings avec force pour ne pas trembler.
Ce soir a failli être une véritable catastrophe.
J'ai failli détruire trois vies en plus de la mienne ; ruiner des décennies d'infiltrations ; bousiller la vie d'une ado.
Je crois bien que j'ai tout foiré.
Je tends le bras pour me resservir un verre, mais la bouteille disparait soudainement, et mon verre avec.
- N'y pense même pas.
Je lève les yeux vers Smoker puis détourne le regard. Je ne suis absolument pas d'humeur à une joute orale. Ni à supporter ses yeux pleins de jugement. Ou un sermon.
J'ai sans cesse l'image de Cara, nue, inconsciente et entravée, à la merci de ce malade.
Elle qui a toujours une si grande gueule, la voir ainsi m'a soudain rappelé que même si elle sait donner le change, elle reste vulnérable et fragile. Comme une ado de seize ans.
Putain…
Je ne crains plus qu'une chose : son réveil.
Parce que si elle a échappé au pire, elle a pourtant subi plus d'une heure de torture et de perversion.
Je… je n'aurais jamais cru que j'aurais à me plonger sur le sujet à nouveau. Et en ce moment, le simple fait atrocement ironique que je sache gérer à un certain degré ce genre de personnes me rend malade.
- J'ai besoin d'un verre.
- Non, t'as besoin de te reprendre. Tu as eu ta dose de remontant. Maintenant, il faut que tu agisses.
Il vrille son regard dans le mien.
- Qu'est-ce qui se passe maintenant ?
Si seulement je le savais…
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Ecrire avec Law est autrement plus compliqué que Cara. J'ai fait ce que j'ai pu, mais entre le cadre un peu spécial dans lequel ce POV s'impose et le fait que ce soit le premier, ce n'est sûrement pas encore très clair pour vous. J'ai fait au mieux.
Smoker et Hina ! J'étais tellement contente de les inclure dans cette histoire !
Je ne sais pas trop d'un point de vus extérieure, l'intrigue s'éclaircie (ce que j'espère) ou au contraire devient plus compliquée... Toutes vos remarques sont les bienvenus !
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Merci d'avoir lu !
