Hey !

Cette Partie II adopte un style différent de la partie précédente mais essentiel pour le récit. L'humour y sera sans doute moins présent, mais on après les derniers chapitres, vous vous en doutez. Attention, je ne dis pas que tout va devenir soudain très dark et 2 deep 4 U, mais ça sera un peu différent. A travers le style, je tente de faire passer une ambiance, mais je pense pas y être arrivée comme je le voulais. M'enfin, j'apprends de mes erreurs.

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RAR :

MERCI infiniment à toutes les personnes ayant commentées le dernier chapitre ! Naminaya Uchiwa, Banana Jenna, Les-Fictions-De-Niils, 7etoiles, Lawiki, Lea, Flavie Octavia, Traffy-D-Lamy, SalemHawkings, aqua6663, Water Flag, Haru et aux deux Guest !

Je pense avoir répondu à tout le monde (je m'en fais un devoir), mais si j'ai oublié quelqu'un, qu'il n'hésite pas à se manifester !

Sur ce, bonne lecture !

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Partie II

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Chapitre 21

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Septembre

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Swallow Cara

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- … !

Je me réveille en me redressant d'un coup, sursaut incontrôlé.

Essoufflée et en sueur, je pose la main sur mon cœur que je le sens battre dans une chamade erratique sous mes doigts, résonnant dans tout mon corps comme pour fuir hors de ma cage thoracique, fuir mes rêves, fuir l'angoisse qui m'étouffe un instant.

Le souffle momentanément coupé, je me replie sur moi-même dans l'espoir vain de contenir la vague de sanglots que je sens pointer.

J'ai mal.

J'ai tellement mal.

Je ferme les yeux, contenant mes larmes, mes gémissements, mes hurlements.

Mais la pression est trop forte, la souffrance trop intense et le noir de la chambre ne fait qu'aider ma mémoire à faire remonter tout ce que je cherche à fuir.

Trop.

C'est beaucoup trop.

Tremblante, je me lève le plus doucement possible pour ne pas réveiller Koala qui dort toujours à côté de moi et me précipite hors de la chambre, fermant doucement la porte derrière moi avec ce qu'il me reste de self-control avant de me précipiter jusque dans la salle de bain, et m'effondrer sur le lavabo. Haletante, je jette un regard à mon reflet dans le miroir.

Faible.

Fragile.

Pathétique.

Je dégouline de sueur, blafarde, et mes yeux sont soulignés de cernes aussi noirs que mes cheveux.

J'ai une nausée soudaine, et dans un douloureux haut le cœur, je vomis. Longtemps. Un spasme après l'autre. Finalement, je crache plusieurs fois, tentant de faire passer l'acidité qui me prend la bouche. Sans succès.

Mes jambes me lâchent, je m'effondre et pose mon front brûlant contre la faïence glaciale.

C'est la troisième fois depuis le début de la semaine. Et je n'ai pas fait une nuit sans cauchemar depuis… depuis.

Je n'en peux plus.

Je suis… tellement fatiguée. Je veux dormir, mais dès que je ferme les yeux, tout ce que je vois, c'est un visage et irrémédiablement, la douleur m'élance et m'enlace.

J'ai mal… j'ai tellement mal… même enfin éveillée, j'ai mal…

Dans un réflexe, je frotte mon poignet droit. De toutes les marques que les liens m'ont laissées, ceux de mes poignets mettent plus de temps à guérir. Malgré les bons soins de Hina, la plaie s'est infectée et laisse une cicatrice qui tarde vraiment à disparaître.

Et bien sûr, je fais une fixation dessus. Comment ne pas en faire alors que je ne vois que ça lorsque j'écris, je lis, je fais le moindre petit geste ?

J'ai mal.

J'ai mal…

Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour que tout s'efface aussi sûrement que le reste de mes bleus. Dissous sous ma peau, résorbés, disparus.

Tout…

Mon cœur qui assaillait douloureusement mes tempes se calme un peu. Ma nausée se calme, mais le goût dans ma bouche ne va pas tarder à la faire revenir.

Dans un effort qui me semble surhumain, je me lève.

Je tremble comme une feuille.

Pitoyable.

Je rejoins le frigo et sors la boisson la plus sucrée que l'on ait. Je me rince la bouche avec, mais l'acidité me fait encore mal à la gorge.

J'ai mal…

Je n'arriverai jamais à me rendormir. Alors je prends une douche puis avec un t-shirt propre, je me laisse m'effondrer sur le canapé.

Je vais encore dormir là cette nuit, je ne veux pas réveiller Koala.

Je saisis mon téléphone qui était resté sur la table basse et trouve rapidement le numéro pré-enregistré que je cherche.

Une sonnerie.

Deux sonneries.

- Allô ?

- … Salut.

- … Tout va bien ?

Je me mords la lèvre pour résister à l'envie de pleurer qui enserre ma poitrine.

- … Je peux… je peux passer chez vous demain ?

Silence.

- Je préparai une infusion de verveine.

Le soulagement qui se répand dans mes veines comme un calmant ne devrait pas être aussi bienfaiteur.

- Merci, Hina.

Je raccroche la première et laisse mon téléphone tomber au sol.

Je croise mes bras.

J'ai froid.

J'ai mal.

Je veux juste… dormir.

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Portgas D. Ace

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- Ah… le lycée

- … Les élèves…

- … Les profs…

- … Le conseil…

- … Les cours…

- … Les examens…

- … Les responsabilités…

- … Les ragots…

- … Le jus de poire au piment…

Sabo et Cara tournent le même regard écœuré vers moi, cachant comme je peux que j'ai presque la bave aux lèvres. Je sors de mes pensées en me tournant vers eux, l'innocence même.

- Ben quoi ? Y'a qu'au lycée qu'on en trouve et il est démentiel.

- J'abandonne, soupire Sabo en se prenant le front. La première heure n'a pas commencé que déjà tu me donnes la migraine. Écoute, si jamais on vient encore me voir parce que tu-

- Les gaaaaaaaaaaaars !

Ah, Koala, en survêt, qui court droit sur nous, suivie de près par Nojiko, tout sourire également et nous faisant de grands signes.

Intéressante conception de la féminité pour Koala qui inclus donc Cara comme un gars elle aussi. Même moi je n'aurais pas osé… ah mais si en fait.

- Oups !

Hum ?

A ma droite, Sabo pâlit et se stupéfie dans une position défensive efficace : la fuite. Alors je jette un autre regard à Koala… et trouve son sourire un peu trop raide… un peu trop brillant… d'ailleurs… il se change peu à peu en grimace… une grimace de rage.

- SABOOOOOOOOOOOOOO ! hurle-t-elle en accélérant encore. POURQUOI TU AS SÉCHÉ LA REUNION DE CE MATIIIIIIIIIIIIIIIN ?!

- Mince ! Elle m'a retrouvé ! Je file !

Et il détale comme un lapin sans demander son reste, nous laissant en plan Cara et moi. Koala nous passe devant dans un coup de vent qui fait claquer nos vêtements et sème le désordre dans nos cheveux.

On échange un regard.

- J'en reviens pas qu'il m'donne encore des leçons de morale sur mon comportement alors qu'il est le premier à n'pas assumer son statut de président du conseil des élèves, je marmonne.

- Moi ce qui m'étonnera toujours, c'est que ce soit Koala qui rattrape toutes ses bourdes alors qu'à la maison, elle ne sait pas ranger son linge sans se tromper et ne sais même pas à quoi une facture ressemble.

Je me mors la lèvre pour ne pas rire trop fort en voyant que le fugueur du jour s'est fait rattraper plus loin et, face contre terre, se fait passer un des savons mémorables de Koala. Nojiko nous rejoint à ce moment-là.

- Salut vous deux.

- Salut. Elle est en forme dis-moi.

- Ouais, rigole-t-elle. Tous les autres membres du conseil sont encore terrés sous leur bureau en attendant que la tempête passe.

- C'est quelque chose comme…

- … du déjà-vu…

- Oh, regardez. Elle a fini de lui crier dessus.

Yep, Koala agrippe fermement la joue de sa victime et la remet sur pied pour la tirer derrière elle comme si c'était un sac de frappe. Ils passent devant nous et Sabo nous lance des regards implorants, les larmes aux yeux.

Nojiko se contente de rire, Cara a sorti un mouchoir et mime des adieux déchirants pendant que je lui fais de petits signes de la main.

Ses lèvres miment le mot "traîtres", mais lorsque la main qui lui pince la joue la tord avec violence, il se contente de crier et ils s'éloignent.

- Ils sont trop mignons, roucoule Nojiko.

Urg.

- Faudrait penser à revoir ta notion de "mignons", je marmonne en la surveillant avec suspicion du coin de l'œil.

- Non, je vois ce que tu veux dire, enchaîne Cara en désignant notre amie qui hoche la tête en faisant voler ses cheveux bleus. C'est à se demander si Sab' ne fait pas tout pour l'énerver et ainsi, l'avoir pour lui tout seul.

Hein ?

- Quoi ?!

- Oui, oui ! approuve-t-elle. Et ça marche ! Personne n'ose l'approcher.

- Non, attendez les filles-

- Et il doit se sentir favorisé, après tout il est le seul qu'elle traite de cette manière.

- Je crois que vous-

- Quel toupet tout de même ! En faire autant simplement pour pouvoir passer plus de temps seul avec elle !

- …

- C'est bien une tactique de mec ça !

- C'est clair ! Quel manque de romantisme !

Et elles hochent la tête de concert.

J'ai un drôle de sentiment là tout de suite. Par sécurité, je m'éloigne discrètement de quelques pas.

- Les filles sont vraiment des créatures flippantes…

Mais Nojiko qui semble très fière de m'avoir mis soudain très mal à l'aise se contente de se moquer ouvertement de ma retenue.

Je n'ai pas le temps de changer de sujet qu'elle se tourne vers Cara. Qui était déjà passé à autre chose et fixait la route d'un regard vide.

- Tiens, dit Nojiko. Je ne t'ai jamais vu avec des manchettes. Tu t'es mise au sport ?

Aussitôt, Cara cache son poignet droit dans sa poche. Son attitude a changé. Elle est bien droite, détournant les yeux et baissant un peu la tête. Elle cache son regard derrière ses lunettes.

… Bon sang… !

- Pas vraiment, elle explique du bout des lèvres. Je me suis éraflé les poignets dans ma chute dans les escaliers de la mairie. J'ai encore des pansements, c'est pour les cacher.

- Oh ? s'étonne Nojiko avant d'avoir le déclic. Oh ! C'est vrai, Koala me l'avait raconté. Comment tu t'en sors ?

Elle rit, mais c'est clairement un rire forcé.

- Je suis entièrement remise, elle fait en baissant la voix, sans doute dans l'espoir de minimiser la chose. Juste quelques coupures qui ont du mal à disparaître.

- Je vois, lui sourit-elle, sincèrement soulagée.

- NOJIKO ! RAMÈNE-TOI !

On sursaute et la meilleure amie de l'autre tarée nous fait une brève grimace d'excuse.

- Je vous laisse, quelque chose me dit que ce n'est pas le moment de la contrarier…

Et elle s'éclipse, nous laissant seuls dans une ambiance qui me plaît que moyennement. Je me racle la gorge.

Une chute dans les escaliers… hein ?

Tu parles.

J'y aurais peut-être cru si elle n'était revenue avec son bras en écharpe et ses bleues qui la faisait ressemblait à un dalmatien !

Les escaliers de la Mairie sont peut-être dangereux, mais ils ne provoqueraient pas un comportement comme celui qu'elle a depuis.

Elle est devenue si… hors d'elle-même.

Elle sursaute au moindre bruit, elle s'arrête parfois en marchant pour jeter un regard derrière elle, elle surveille les environs. Et elle ne semble jamais rassurée.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire, sans rire ?

Elle ne participe plus aux conversations, elle n'appelle plus, elle ne prononce pas un mot si l'on ne l'y invite pas… Elle semble si loin, si détachée de tout, même le bref orage de la semaine dernière n'a pas réussi à faire changer son humeur selon Koala.

« - Peut-être que quelqu'un l'a poussée dans ces escaliers ? avait-elle suggéré.

- Ce n'est pas une raison pour nous fuir comme ça, s'était emporté Sabo. Tu as remarqué comme elle s'est jetée en arrière lorsque je lui ai enlevé une feuille de son épaule l'autre jour ?

- Peut-être que c'est quelqu'un qu'elle connaît ? avait-elle insisté.

- Quand bien même, j'avais soupiré. Pourquoi ne pas nous en parler ? »

La proposition de Koala était de loin la plus sensée, mais qui aurait pu faire ça ? Pourquoi ?

Sabo avait suggéré plus tard qu'il s'agissait peut-être d'une revanche de l'enfoiré que j'avais passé à tabac mais ça nous semblait quand même étrange. Et si c'était vraiment ça, pourquoi ne pas nous le dire ?

Qu'est-ce qui lui arrive ?

Jamais, je ne l'ai vue comme ça. Même à moi, avec qui elle se laisse aller plus naturellement, elle ne s'est pas détendue. Pas une fois depuis son accident elle ne m'a appelé au milieu de la nuit pour parler de tout et surtout de rien ; elle ne m'a pas rendu un seul des nombreux regards complices que j'ai pu lui lancer, et en fait, elle ne les a mêmes pas remarqués.

D'ailleurs, elle n'a pas non plus remarqué le pansement que Sab' a à l'index lorsqu'il s'est coupé en cuisinant hier soir alors que d'habitude, elle remarque même lorsqu'on se coupe les ongles.

Mais le pire… c'est quand son regard se perd. Ses yeux qui deviennent vides, elle semble sans âme…

Je l'ai déjà vu comme ça. Quand nous étions enfants, pendant des orages très violents. Mais là… !

- Et bien jeunes gens, vous êtes bien en avance.

On sursaute à la voix de notre professeur d'histoire, bien trop proche de nous alors qu'on ne l'a pas entendue approcher.

- Professeur Nico, je le salue en mimant un garde à vous qui la fait sourire.

- Inutile d'être aussi formel, assura-t-elle. En fait, j'étais venue plus tôt également dans l'espoir de vous voir avant que les cours ne commencent.

Surpris, je baisse le bras, attendant la suite. Elle fouille un instant dans son sac.

- Je n'ai malheureusement pas pu passer chez vous pendant les vacances, j'ai été particulièrement occupée, à l'étranger. Ah.

Elle sort un livre assez épais qu'elle me tend et je le prends, étonné.

- Il s'agit d'un recueil de généalogie. Sur la totalité des clans présents sur l'Ile depuis la fondation de la Cité. Et plus spécifiquement sur les D.

Dans un bel ensemble, Cara et moi sursautons.

- Mais… je bafouille. C'est… !

- Pas vraiment autorisé, oui, acquiesce-t-elle avec un sourire éclatant. C'est pourquoi je compte sur vous pour une totale discrétion.

Mais… comment… ?

Comment a-t-elle pu mettre la main sur quelque chose d'aussi précieux ? Et rare ?

Je dois bien avouer qu'elle ne cessera jamais de me surprendre.

Encore un peu sonné, je multiplie les remerciements. Cette femme est parfaitement incroyable.

Sabo l'admire et la respecte, et j'ai moi-même énormément d'estime pour elle, mais là, elle vient encore d'atteindre un nouvel échelon.

Elle se penche vers moi, ouvrant le livre vers la fin, nous invitant à lire la double page.

Cara et moi nous y penchons.

Il s'agit de la fin des branches de la généalogie des Portgas D. … et des Gol D.

Mon cœur a un battement un peu sourd.

Le nom de Gol D. Roger y est inscrit à la main, relié à celui imprimé de Portgas D. Rouge… et ils sont relié à un troisième nom, ajouté de manière manuscrite par la même main : Gol D. Ace.

Ma respiration se tarit et ma gorge se serre. Je ne peux m'empêcher de sourire. Pourtant, j'ai les larmes aux yeux. C'est à peine si je sens la main de Cara qu'elle pose sur mon épaule dans un geste de soutien.

Mes parents… !

Mais soudain, je remarque quelque chose.

Relié au nom de Rouge, il a bien celui de Portgas D. Ruby… mais laissé ainsi. Tel quel. La personne ayant écrit mon nom -ce n'est pas le professeur Nico d'après l'écriture- n'a pas relié le nom de la jeune femme à celui de Dragon, et nul part sur la page, le nom de Luffy n'est visible.

C'est étrange.

Quelqu'un en sait assez pour savoir que je suis le fils de Roger, mais pas que Luffy est lié aux Portgas ? Ça me parait un peu gros. D'autant que la ressemblance physique entre nous est assez frappante et peu surprenante étant donné que nous sommes cousins. Sabo le blond aux yeux bleus détonne dans notre fratrie.

Donc, il l'aurait volontairement omis ? Pourquoi ?

Certainement pas par peur que ce lien soit dévoilé si ce livre tombait entre de mauvaises mains. Ça devait être plus personnel. Je meurs d'envie de poser la question, mais à chaque fois que mes yeux lisent et relisent leurs noms, je ne peux m'empêcher d'être combler. Je demanderai un autre jour.

- Vous avez Culture G en première heure, n'est-ce pas ? poursuit notre professeure. J'aurais beaucoup aimé donner le cours sur le règne de Gol D. Roger, mais cela m'est également interdit. J'espère juste que cela vous remontera un peu le moral.

Je lève un regard rempli de reconnaissance vers elle, la lèvre tremblante et pars dans un discours de remerciements qui semble beaucoup l'amuser, même si elle tente de me calmer. Puis elle se tourne vers Cara.

- J'ai également quelque chose pour vous, lui dit-elle. J'ai bien reçu votre mail. Vous avez eu raison de me contacter pour ce genre de chose.

Et elle lui tend un simple morceau de papier plié en deux. Cara l'attrape, et semble enfin un peu sortir de son rêve éveillé. Pour la première fois depuis longtemps, elle semble vraiment présente.

Je fronce les sourcils. Qu'est-ce que c'est que ce papelard pour réussir à l'intéresser ?!

- Vous l'avez vraiment trouvé ? souffle-t-elle, impressionnée.

- Oh, je connaissais déjà l'adresse. Mais je réfère vous la donner en main propre plutôt que vous la renvoyer par mail. Je m'excuse pour le retard.

Elle semble avoir le souffle coupé et elle la remercie d'un hochement de tête silencieux.

Mais qu'est-ce que j'ai encore loupé moi ?

- Un mail ? Une adresse ? De quoi vous parlez ?

Elle sursaute presque en sortant de ses pensées. Elle semble m'avoir complètement oublié et son regard quitte difficilement le morceau de papier qu'elle tient…

- Oh, je m'excuse, fait rapidement le professeur, je ne voulais pas gâcher une surprise, je pensais qu'il était au courant.

- Non, non, s'empresse-t-elle de répondre. C'était prévu qu'il le soit, mais j'ai… un peu oublié de lui en parler.

- Me parler de quoi ? je m'impatiente, détestant lorsqu'une conversation m'échappe.

- De Sabo, me répond-t-elle avant de me tourner vers Nico Robin. Merci, merci infiniment.

- Un plaisir, assure-t-elle. J'ai hâte de voir… de lire ce que tout cela va devenir. Je vous laisse, ne soyez pas en retard. Oh, et passez donc le bonjour à Luffy et Rayleigh.

Et elle s'éclipse dans un mouvement de hanche à faire trembler de jalousie une statue grecque. Enfin, ça ne m'intéresse pas le moins du monde et je me tourne vers Cara, impatient.

- Mais de quoi vous parliez ?

Elle esquisse… ce qui était sûrement sensé être un sourire, mais qui ne fait que tordre son visage dans une étrange grimace.

- Tu connais "le Bartigo" ?

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Swallow Cara

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Le réveil sonne bien trop fort à mon goût. Avec une motivation proche du néant, je tends le bras pour le prendre et le balancer à l'autre bout du monde, mais Koala est plus rapide que moi. Elle se contente de l'éteindre. Il survivra donc encore une journée.

Je replonge dans mes couvertures alors que je sens ma coloc' s'extirper des siennes en baillant largement.

- Debout flemmarde, chantonne-t-elle en titillant ma joue du bout du doigt. C'est ça de faire la fermeture alors que tu dois te lever le lendemain.

- Hum… fut le seul argument de ma défense.

Je l'entends rire et ce son me réveille bien mieux que la sonnerie agressive de l'horloge. Je ne peux me retenir de soupirer d'apaisement. Ce qu'elle m'avait manqué. J'ai besoin de ses éclats de rire comme d'une bouée de sauvetage.

Le jour où elle est enfin rentrée… mon premier réflexe a été de me jeter dans ses bras, de me calfeutrer contre sa poitrine, de me blottir dans son étreinte en m'accrochant à elle comme une algue à son rocher.

Elle avait commencé par en être amusée avant de remarquer mes marques.

Mais la revoir avait été un tel soulagement… Ce qui me lie à elle était bien différent de ce qui me lie à Ace et Sabo. Elle avait presque été une figure maternelle pour moi. Je n'allais pas me réfugier dans les jupes de ma mère quand un orage éclatait, mais dans celles de Koala. Elle avait toujours su mieux que personne comment me calmer lors d'une crise de panique ou me consoler lorsque j'allais mal.

La retrouver après tout ça avait été comme remonter à la surface après une longue apnée.

Durant les quelques jours entre mon retour à l'appartement et le sien… je ne m'étais jamais sentie aussi seule, entre cauchemars me faisant revivre sans cesse la nuit d'horreur qui m'a laissé ces marques et sursauts incontrôlés au moindre bruit.

- Caaaaaaaaraaaaaaaaaaaaaa… ! Allez, lève-toi, on va finir par être en retard.

- J'arrive, j'arrive…

De mauvaises grâces, je m'exécute et quitte mon futon. Je n'ai pas le temps de passer la porte que mon téléphone sonne. Koala me l'envoie et je l'attrape à deux centimètres de mon visage avec la nette impression d'avoir arrêté une balle à mains nues.

Deux messages.

De mes parents.

Ah, la blague.

Comme chaque année.

Celui de mon père se résume en deux mots.

"Joyeux Anniversaire".

Merci papa.

Celui de ma mère est encore plus pitoyable.

"Bon anniversaire et je".

Les deux sont des messages préenregistrés et programmés pour être envoyés automatiquement à une date et une heure choisies.

Amusant que ces deux personnes divorcées depuis que j'ai un an soient encore sur la même longueur d'onde.

Ma mère est encore plus grave que mon père : comme lui, c'est le même message depuis quatre ans, sauf qu'elle, elle n'a même pas pris la peine -que dis-je, elle ne l'avait certainement même pas remarqué- de modifier son message mal composé.

Ça fait quatre ans que j'attends -ou pas d'ailleurs- la fin du message. Et comme je n'en ai strictement rien à faire, je ne le saurais certainement jamais. Je me contente d'éteindre mon téléphone et de le jeter sur le canapé sans m'en préoccuper davantage.

Koala observe mon manège, mais ne fait aucune réflexion, ne me demande pas de qui il s'agit ni ce qu'il voulait. Elle sait déjà. À la place, au moment où je m'assois pour prendre un petit déjeuner, elle sort du frigo deux parts de gâteau à l'orange que je reconnais immédiatement comme une spécialité de chez les Kokoyashi.

J'écarquille les yeux, ébahie.

- Joyeux anniversaire ! me souhaite-elle en en posant devant moi avec un immense sourire.

Oh. C'est gentil à elle.

- Merci…

Il y a une seconde de flottement, puis elle rit un peu plus bas que d'habitude, comme si quelque chose l'avait surprise ou contrarié. Enfin c'est la vague sensation que j'ai, mais comme il ne se passe rien, je dois sûrement encore dormir.

J'ai envie d'aller me rallonger… de dormir encore un peu…

- Cara ?

Sa voix est plus posée soudain. Je lève les yeux et je la trouve plus sérieuse qu'un instant plus tôt. Je crois. Je ne suis pas sûre.

Elle se mort la joue… puis tend ses bras vers moi dans une invitation explicite.

Ma poitrine se réchauffe instantanément… et se serre dans un mélange de sentiments qui me laisse épuisée.

D'un côté, je meurs d'envie de me réfugier dans son étreinte réconfortante… d'un autre, même avec elle, le moindre contact avec un autre être humain m'est difficile. J'ai bien réussi quelques semaines plus tôt, mais c'était sous le coup de l'émotion que j'y été parvenue. Là, comme ça, je ne suis plus sûre de rien.

Sabo n'est pas quelqu'un de très tactile, mes ses frères, beaucoup plus.

La première fois que je les ai revus, Ace s'est pratiquement jeté sur moi, mort d'inquiétude et son simple touché a provoqué une réaction si épidermique en moi que je l'en ai presque fait tomber en le poussant.

Ils sont restés aussi ébahis que moi, et malgré mes myriades d'excuses, ils ont mis un moment avant de recommencer. Je me suis fait violence pour arriver à rester naturelle… mais il m'arrive encore d'être distante, d'avoir du mal à faire la part des choses.

J'ai beau savoir que c'est eux, le contact direct avec un autre être humain m'est encore pénible.

- Cara ? dit-elle doucement, ses bras retombant le long du corps déçu, en ne me voyant pas me lever.

Ce que je me presse de faire pour accepter et lui rendre enfin la longue étreinte qu'elle me proposait. J'inspire à fond son parfum -un mélange assez suave de mandarine, de son savon et de sa nuit.

- Merci Koala.

- Un plaisir. Tu sais que tu peux tout me dire…

J'essaie de lui sourire, mais le résultat ne doit pas être très convaincant. Tant pis, je n'ai pas même pas la force de vouloir. Je crois que même si je le voulais, je ne le pourrais pas.

- Je sais.

- … Tu ne me caches rien, n'est-ce pas ?

… Un câlin, c'est très pratique pour cacher son expression. Alors je me contente de resserrer ma prise et de prendre une nouvelle bouffée de son odeur.

- Non Koala, je ne te cache rien.

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Shandia Laki

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Psychiatre : Dr Shandia Laki

Patiente : Swallow Cara

Âge : 17 ans

État actuel : Syndrome post-traumatique et tendance à la dépression

Je dois bien avouer que depuis que je suis psy à la branche de la brigade anti-mafia, c'est la première fois que je rencontre une patiente aussi jeune.

Des jeunes filles, j'en ai vu passer des tas. La plupart, sauvées du réseau de prostitution, quelques victimes de la drogue aussi… mais d'après Hina, ce n'est pas le cas de cette enfant.

Ah, adolescente plutôt. Mais malgré ses traits s'affinant pour rentrer dans l'âge adulte d'ici quelques années, elle est si petite et mince qu'elle me rappelle juste ma fille.

La question étant donc… comment cette lycéenne tout ce qu'il y a de plus classique s'est retrouvée dans une affaire impliquant la mafia de Doflamingo ?

J'avais demandé à Hina de ne rien me raconter pour que je puisse travailler avec elle plus naturellement… mais voilà presque un mois que je la vois trois fois par semaine et je n'en sais toujours pas plus.

Impossible de lui arracher un mot sur son histoire.

Clairement, elle a été victime de sévices. Son traumatisme est important et elle tend vers une dépression. Elle semble à la limite, au bord du gouffre.

Une funambule sur un fil de soie. Je ne sais pas encore ce qui la maintient debout et droite, mais ça doit être très puissant. Et moi, dans le but de l'aider, je lui tends la main.

Maintenant, j'attends juste qu'elle réussisse à la saisir.

- Tu vas de nouveau passer la séance en silence ?

- Je ne sais pas.

Alors je me contente d'attendre. Je crois que cette séance va encore être très silencieuse. Mais quelque part, le simple fait qu'elle continue de venir malgré qu'elle ne puisse pas dire un mot constitue un effort considérable de sa part.

Alors j'attends.

Sortant une seconde de sa réflexion, elle me jette un regard. Ses yeux bleus turquins semblent soudain désolés.

- Je suis désolée, dit-elle, confirmant mon sentiment.

Je secoue la tête.

- Je te l'ai déjà dit, tu n'as pas à t'excuser. Que cela prenne le temps qu'il te faudra.

- Je vous fais perdre tellement de temps…

Elle semble se sentir coupable. Elle n'a pourtant pas à l'être.

- Ce temps, il te le faut. Même si pour le moment tu n'y arrives pas… le fait que tu aies ce temps est déjà ce qu'il te faut. Et peut-être qu'un jour, tu arriveras à me parler.

Peut-être. Peut-être pas. Elle n'en sera pas capable aujourd'hui. Certainement pas à la prochaine séance non plus. Mais elle y arrivera. Je le sens.

Je sens une jeune fille brisée… mais plus solide qu'elle en a l'air. C'est justement parce qu'elle était si résistante que la fracture n'en a été que plus dure. Mais je devine qu'elle a plus de ressources que ça, que sa personnalité va l'aider à prendre le dessus.

- Je suis désolée…

Mais je me contente de lui sourire, apaisante.

- Je comprends. Que cela prenne le temps qu'il te faudra. Un jour, ça viendra.

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Petit message :

Le personnage de Ace est très clair dans ma tête, je ne suis pas certaine d'avoir réussit à le retranscrire. Il est toujours à double tons, toujours deux façons de faire ou de dire, de penser ou d'envisager, sérieux et déconneur. J'espère que ça reste quand même clair pour vous.

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Merci d'avoir lu !