Hey !
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RAR :
Haru - Bon courage pour tes exams et merci pour ta review ! :)
Guest - Merci beaucoup pour tes compliments et cette review :) Je vais m'acharner à maintenir le niveau ~
Lena 18 - Oh, mais très chère, je suis loin de t'avoir oublié ! Je t'avais repéré avec ta review, et parce que j'avais déjà vu passé ton pseudo ! Que "emmerdeuse" ? Au contraire, les retours critiques et pertinent, c'est intéressant. C'est donc une très bonne surprise de te retrouver dans le coin, ça me fait extrêmement plaisir !
Et quel retour ! Merci infiniment pour cette review si élogieuse que je me demande si c'est bien mérité, mais qui aura eu le don de me mettre de très bonne humeur pour la journée et même plus !
Je ne sais même pas vraiment quoi te répondre, je suis encore dans les nuages ~
Cara est un personnage que j'affectionne particulièrement, même si elle est aussi vraiment chiante, autant à écrire qu'à décrire. Contente qu'elle te plaise !
Pour ce qui est de l'histoire, je jongle en permanence entre deux constantes : d'une part, je sais exactement où je vais et je pose plein d'indices ça et là, et d'une autre part je suis dans l'impro la plus total. Je ne sais jamais où je vais finir quand je commence une scène, qui y sera ou qui va dire quoi. C'est comme ça que beaucoup de choses sont aussi inédites pour vous lecteurs que pour moi. C'est peut-être ça qui donne cet effet.
Merci du fond du cœur pour cette review ! J'espère juste que la suite te conviendra tout autant !
En espérant que ta situation s'améliore... Au plaisir ~
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Merci à Flavie Octavia, Swam, 7etoiles, Traffy-D-Lamy, Hary, Arya39, Lena18 et au Guest ! Merci à tous ceux qui ont mit cette histoire en fav ou follow !
Et bonne lecture ~
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Chapitre 22
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Octobre
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Swallow Cara
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Je me réveille dans un sursaut en me redressant d'un coup.
Essoufflée. En sueur.
Dans ma tête, tout s'entremêle.
Souvenir, sensation… douleur.
J'ai mal.
J'ai atrocement mal. Une douleur fantôme qui se rappelle à moi sur chaque parcelle de mon corps. Irradiant de la moelle de mes os à la surface brûlante de ma peau.
Je n'en respire plus.
Instinctivement, je me recroqueville sur moi-même.
Rien à faire.
Je frissonne et chacun de ces frissons n'est qu'une nouvelle vague de douleur.
Un sanglot monte dans ma poitrine, exutoire.
J'ai un hoquet et je pleure.
Je pleure parce que c'est tout ce que je peux faire. Parce qu'à chaque larme, c'est comme expulser un peu de cette douleur entêtante.
Une main se pose sur mon épaule.
Je sursaute, électrisée et d'un violent coup de bras, me dégage de ce contact.
- Cara !
Je reprends soudain ma respiration.
Je… C'était… C'est…
Mes pensées sont si confuses…
La sensation de douleur se dilue lentement, me laissant tremblante mais enfin soulagée. Le souvenir des coups était si… réel.
Clignant des yeux pour m'adapter à la pénombre, je devine soudain la silhouette de Koala, penchée vers moi, hésitante.
Je… j'ai dû lui faire mal.
- Koala, je…
Ma voix s'étrangle, résonnant douloureusement dans ma gorge serrée par mes pleurs.
- Je suis désolée… j'ai…
… Mais comment lui dire ? Je ne peux rien lui expliquer… Je ne peux pas me justifier…
- Tu as fait un cauchemar ? Tu rêvais d'un orage ?
Je frissonne. Un orage… ma peur panique des éclairs me semble… si loin.
- Oui, c'était… extrêmement réaliste, je balbutie pour me justifier.
Elle reste silencieuse une seconde. J'essuie mes larmes, détendant mes genoux. Puis elle se réinstalle et sans un mot, m'ouvre sa couverture.
Koala, je…
Je m'y glisse, je me fonds dans son étreinte comme lorsque l'on était enfant et que je tremblais de peur à cause du mauvais temps.
Son contact me rappelle tellement de souvenirs, me rend presque nostalgique… Me soulage.
M'apaise. Enfin.
Ce n'était qu'une énième nuit de cauchemar, juste un peu plus violente que les précédentes. Et certainement pas la dernière.
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Fullshout Koala
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- Joyeux anniversaire !
Tous nos verres s'entrechoquent joyeusement et je remercie haut et fort l'assistance, souriant sans me retenir, heureuse.
- Et bonne majorité ! s'exclame Nojiko en passant un bras en travers de mes épaules.
Je réponds à son sourire un brin moqueur par un éclat de rire. Elle me sert fort contre elle, joue contre joue, aussi euphorique que moi.
C'est vrai que cette soirée est une réussite !
On ne s'était pas amusé comme ça depuis l'anniversaire de Sabo, en mars dernier.
Mon seul regret, c'est que ma famille ne soit pas là pour fêter ma majorité. En particulier mon père. Je regrette un peu de ne pas pourvoir rentrer chez moi pour être avec le reste du clan, mais ce n'était vraiment plus possible.
Heureusement, Nojiko a pris les choses en mains pour organiser une soirée digne de ce nom. Nami, Belmère et elle m'ont réservé leur grange pour recevoir toutes les personnes que je connais de la Cité et fêter ça.
Je ne leur en serais jamais assez reconnaissante !
Dans un coin, la bonne entente entre Zoro et Sanji n'aura été que de courte durée, puisqu'ils sont déjà en train de se mettre joyeusement sur la gueule. D'ailleurs, Nami les a remarqués et se dirige vers eux avec un regard noir signifiant clairement « il est hors de question que deux couillons cassent l'ambiance ce soir ».
Je détourne les yeux avant que la situation ne dégénère en entendant mon prénom. J'ai à peine le temps de cligner des yeux qu'Ace me tombe dessus, me coinçant dans une prise de karaté amicale pour m'ébouriffer.
- Joyeux anniversaire la vieille ! qu'il rit haut et fort entre son sourire carnassier.
Oh ? Il me cherche ?
Ni une ni deux, j'encre mon pied dans le sol, me tourne légèrement et avec autant de facilité que si je jetais un sac de frappe, je renverse sa prise contre lui et il vient s'écraser devant moi.
Il a un cri de sa voix éraillée et atterrie sur le dos dans une grimace. Eh eh… il est peut-être fort en termes de force brute, mais en combat, je me maintiens encore !
- Espèce de tarée ! qu'il crie, les larmes aux yeux. T'es d'une violence !
- Tu peux parler, je rétorque.
- Mais c'est pas vrai vous deux… soupire Sabo en s'approchant de nous, mains sur les hanches et secouant la tête, ce qui fait agréablement voler sa tignasse blonde dans une auréole qui-
Hum.
Luffy rapplique à ce moment précis, éclatant de rire en voyant son aîné visiblement en souffrance et toujours sur le sol, s'accroupissant à sa hauteur pour titiller une belle bosse qui gonfle déjà à vue d'œil.
- J'allais te souhaiter une année pleine de réussites et de médailles, enchaîne Sabo, plus amusé qu'ennuyé, mais il semblerait que tu n'aies pas besoin de mes vœux.
- Moi je t'souhaite d'être un jour un peu plus féminine ! grince Ace à mes pieds dans un regard meurtrier.
… Touchée.
D'autant que son frère rit à sa blague. Hum. Je détourne un peu le regard.
- Je peux être très féminine si je veux… je grommelle en me sentant un peu rougir.
Les garçons aiment les filles qui ressemble à des filles… je me demande si… si S-
- Ah ! s'exclame soudain Luffy. Je crois que le plus beau arrive !
Dans un bel ensemble, on se tourne vers l'entrée où Belmère et Nojiko, que je n'ai pas remarqué s'éclipser, tiennent à deux un immense plat où repose un superbe gâteau à l'orange.
Je me fends dans un sourire et mon cœur déborde d'affection pour ma meilleure amie. Pour tous mes amis présents aujourd'hui. Pour leurs sourires, pour leur présence.
Je serre Nojiko dans une étreinte, j'échange un regard complice avec Sabo, j'accorde même à Ace une bourrasque amicale et je me tourne pour enlacer Cara qui-
…
Cara ?
Soudain, l'ambiance chaleureuse qui m'entourait devient glacée et le brouhaha rassurant devient un vacarme.
Où est passée Cara ?
Je prends soudain conscience que je ne l'ai pas revue depuis que nous sommes arrivés. Je ne suis même pas sûre qu'elle ait trinqué avec nous.
Je regarde autour de moi. Impossible de la voir parmi la petite foule de gens qui rient, mangent et parlent.
Non… Cara n'aurait jamais délaissé cette fête… Cara a toujours été présente, criant aussi fort que Nojiko un « joyeux anniversaire » retentissant.
Mais ces dernières semaines… non, ces derniers mois maintenant… Cara…
- Je reviens, je souris à Belmère qui intercepte mon regard.
Et je m'avance parmi les invités. Je suis arrêtée toutes les minutes mais je m'éclipse bien vite.
Cara… qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Je m'arrête sur chaque visage, sur chaque boucle de cheveux sombres, sur toutes les nuances de bleus… mais elle n'est nul part. Il faut que je me rende à l'évidence, elle s'est retirée pendant que tout le monde avait le dos tourné.
Je soupire, lase.
Je commence à perdre patiente.
Je ne sais plus quoi penser.
C'est plus fort que moi. C'est mon anniversaire, je fête ma majorité, mais il faut qu'elle casse l'ambiance en brillant par son absence.
Raaaah ! Mais à quoi je pense ?
Il est clair qu'elle souffre, qu'elle est perdue, qu'il lui est arrivé quelque chose mais… mais cette idiote qui s'obstine à ne rien nous dire. A se mettre sur le côté, comme si elle espérait que l'on ne remarquerait pas qu'elle manque à l'appel ! Mais quelle cruche !
Et voilà, j'ai envie de taper sur quelque chose. Cara de préférence.
Je sors un instant prendre l'air. La nuit est tombée depuis un moment et il commence à faire drôlement froid. Mais la différence de température me fait un bien fou, m'éclaircit les idées.
Je respire à fond… relâche mes épaules.
Devant moi, la plantation de mandarines s'étend à perte de vue.
C'est un beau spectacle… mais très vite, je frissonne.
Je me frictionne les bras, et me détourne.
Mais au moment où j'allais rentrer, j'entends un murmure d'une voix un peu rêche modulant joliment les « s » que je connais par cœur. Cara ? Je fais le tour du bâtiment jusqu'à la source et je la trouve là, assise dans la poussière, téléphone à l'oreille et le nez levé à observer la lune.
… Encore au téléphone ? … Avec cette fameuse Hina ?
J'ai l'impression qu'elle passe beaucoup trop de temps avec cette femme. Que je ne connais même pas. Qu'elle ne m'a pas présenté autrement qu'avec un « c'est elle qui m'a trouvé lorsque j'ai eu mon accident ». Et ça, ça suffit à lui faire quitter la soirée d'anniversaire de sa coloc et meilleure amie pour lui passer un coup de fil ?
Qui que soit vraiment cette femme, j'ai un drôle de sentiment à son sujet.
- Hum. Merci, Hina. Passe le bonsoir à Smoker.
Et elle raccroche.
Smoker ?
Elle prend une profonde inspiration et pose son front sur ses genoux remontés, passant ses deux mains dans ses boucles noires. L'air qu'elle expire me semble un peu étranglé, et la même gêne se forme dans ma gorge.
Cara… ma Cara… mais que t'arrive-t-il… ?
« Je ne te cache rien » qu'elle ose me dire.
« Tout va bien » qu'elle persiste à dire sans même y penser.
Ma Cara… pourquoi tu ne nous dis rien ?
Ni à moi, moi contre qui tu as déjà déversé toutes les larmes de ton corps ; Ni à Sabo qui te comprend sans que tu aies à parler ; ni à Ace avec qui tu es perpétuellement sur la même longueur d'onde.
Cara…
Je m'avance encore et remarquant ma présence, elle lève le nez et y remet rapidement ses lunettes.
- Koala ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Et toi andouille ? je réplique en m'installant à côté d'elle.
Elle me regarde… mais son regard me semble un peu vide, comme si elle regardait à travers moi. Comme si elle voulait me parler mais sans arriver à se concentrer suffisamment pour cela. Elle semble épuisée. Pourtant elle a dormi jusqu'à très tard ce matin, elle qui a toujours été une lève-tôt.
- J'ai eu un coup de chaud. Je suis sortie m'aérer.
Hum…
- Quoi qu'il en soit, reprend-t-elle, tu devrais être à l'intérieur. C'est ton anniversaire.
Elle dit ça mais… ses mots ont quelque chose d'automatique, de mécanique. Je n'arrive pas à la sentir vraiment. Je devine qu'elle essaie de s'inquiéter pour moi sans pour autant y arriver sincèrement.
Et ça me provoque une légère nausée.
Mais… c'est Cara. Ma Cara.
Alors je me contente de passer un bras en travers de ses épaules, de glisser mes doigts dans sa tignasse jusqu'à allonger sa tête sur ma clavicule et d'embrasser son front glacé par la nuit autour de nous.
- Mais mon anniversaire serait comblé si tu te joignais à nous.
Elle ne réagit pas, amorphe.
Cara… Cara, Cara, Cara…
Rah !
Je me lève d'un bon, l'entraînant avec moi. Elle semble enfin sortir de sa rêverie, surprise.
Je ne peux pas la pousser à se confier à moi ? Elle refuse de m'avouer pourquoi elle a si soudainement changé d'attitude ? Très bien !
Mas je refuse de la laisser s'isoler ainsi.
- Ramène-toi !
Et lui saisissant la main, je la traîne derrière moi jusqu'à ce que nous re-rentrions dans la grange chauffée et où tous les autres invités s'amusent. Rapidement, je repère Ace, le plus bruyant. Je le siffle et il se tourne vers moi. Du pouce, je lui désigne ce qui lui sert d'amie et que je tiens toujours.
Il nous rejoint tout sourire.
- Ben qu'est-ce qui vous arrive ?
- Elle a besoin d'un câlin, je me contente de lui expliquer et il hoche la tête.
Et Ace, ne laissant pas le temps à Cara de se remettre se retrouve embarqué dans les bras de ce taré de D. qui a toujours su mieux que personne lui changer les idées. Ils s'éloignent lorsque je sens la présence de Sabo à mes côtés.
- Je l'ai retrouvé dehors.
- Oui, je l'ai vu sortir tout à l'heure.
Je lui jette un regard interrogatif.
- Et tu ne l'as pas retenue ?
Il secoue la tête.
- Je ne sais plus quoi faire.
Je comprends. Moi non plus après tout. C'est bien pour ça que je l'ai laissé à la seule personne qui semble encore capable de lui arracher un semblant de sourire.
Il soupire et se détourne, me faisant signe de le suivre.
- Laissons ça aux bons soins d'Ace. Et vient plutôt te jeter sur le gâteau avant que Luffy n'engloutisse tout. C'est un délice.
- Volontiers ! je m'écrie avant de rapidement déchanter.
Les garçons n'aiment pas trop les filles gloutonnes… je me demande… je me demande si…
- Tiens, qu'il fait en me tendant une assiette débordante et une fourchette. Mange.
Il sourit.
Alors je ne peux que répondre à son sourire.
Et quelque part dans ma poitrine, je me sens comblée.
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Swallow Cara
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- TADAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA- !
- Ace ! Silence, tu nous casses les oreilles.
- Baisse d'un ton s'il te plaît.
- Shi shi shi shi shi !
- Allons Ace, c'est vrai que tu risques d'alerter les voisins.
- Oh faites pas vos rabat-joie ! Et puis les voisins, c'est Makino et elle est au bar, alors !
Et il reprend sa danse de la joie en exhibant fièrement son permis moto reluisant.
- Il va finir par l'envoyer par la fenêtre, plaisante Sabo.
Rayleigh secoue la tête en soupirant, mais son sourire fier atténue l'effet. Luffy rit de bon cœur aux frasques de son frère, et il finit même par le rejoindre dans sa ronde improvisée.
Et moi, je me contente de regarder Sabo se laisser entraîner, plus de force que de gré. Il finit lui aussi par se détendre, et fête dignement le permis dont Ace rêvait depuis des années. Rayleigh regarde la scène avec un sourire paternaliste que je lui connais bien, puis à ma grande surprise, vient s'installer à côté de moi.
- Et toi ?
Hum ?
- Moi quoi ?
- On peut savoir pourquoi tu es là à les observer avec ce regard au lieu de te joindre à eux ?
Je tourne un peu la tête.
- Comment ça ? Quel regard ?
En même temps, essayer de rouler Rayleigh… C'est à peu près aussi inutile que d'essayer de rouler Shakky.
- Ce regard. Tu me sembles ailleurs depuis ton accident. Tu n'es plus aussi bavarde qu'avant. C'est à peine si tu participes aux conversations.
Je sais mais… je n'en ai plus vraiment envie. J'ai sommeil…
- Je suis juste tombée un peu fort sur le crâne.
Il perd un peu son sourire et secoue la tête, désapprobateur. Je ne me sens même pas rougir malgré la pique de honte qui me titille la gorge.
- Cara, tu penses sérieusement que tu peux-
- Non.
… Je crois que c'est la première fois de ma vie que je coupe la parole à Rayleigh. Je ne suis vraiment pas crédible. Et je n'en reviens pas moi-même d'avoir osé –et d'en être toujours vivante accessoirement. Il se contente de me jeter un regard surpris et j'ai une brève grimace.
- Désolée.
- Tu sais, si tu veux te confier… et que tu ne peux pas le faire à Koala ou à mes garçons…
Il laisse sa proposition en suspens, mais je suis tellement fatiguée que je n'ai même pas la force d'en être touchée. Je crois que je deviens un peu insensible.
Je ne me souviens même pas de la dernière fois que j'ai ri.
- Ce n'est rien Rayleigh.
Ce n'est rien.
Je me demande si tout a toujours été aussi ennuyeux. Je m'ennuie. Si Ace, Sabo, Koala et Nojiko n'étaient pas là, ce serait juste mortel. Tout me semble de plus en plus lointain, de plus en plus sans importance. D'un vide et d'un intérêt… inexistant.
Et même avec eux… parfois je me demande…
Le quotidien est aussi rassurant que mortel. J'ai l'impression de lentement sombrer dans quelque chose d'épais, de poisseux et d'humide qui m'empêche de me mouvoir correctement. Et j'ai tout le temps sommeil. C'est à peine si je ne me m'endors pas sur mon bureau.
Sabo se fait rabrouer par Koala parce qu'il a tenté de fuir après les cours au lieu d'aller dans la salle du conseil pour faire son travail de président.
Ace glande sur le toit du lycée en prenant le soleil.
Koala et Nojiko mangent ensembles dans leur classe et se font parfois aborder par un garçon –les gars, la première est déjà prise même si elle ne le sait pas encore, et la seconde, la simple idée d'embrasser un homme la dégoûte, il serait temps d'arrêter…
Et moi je suis quelque part par là.
C'est tout.
Ce n'est pas eux qui ne m'intègrent pas. C'est moi qui ne m'intègre plus.
C'est plus fort que moi.
Mais dès que je suis en présence de ce genre de scène… je déconnecte immédiatement.
Parce que ça me semble totalement hors de propos.
Comment… ? Comment il peut exister autant de joie ici… ? Et autant de souffrance ailleurs ?
Je suis pitoyable.
Je sais parfaitement que j'ai échappé au pire, que mon cas aurait pu être bien plus grave…
Je sais qu'il existe des personnes qui n'ont pas eu ma chance, des personnes qui subissent ces atrocités une fois, deux fois, peut-être jour après jour, qui endurent des horreurs bien supérieures à ce que je n'ai qu'entre-aperçu… et pourtant cette simple pensée me malmène l'estomac et m'arrache à la réalité.
Je vois le sourire éclatant de Koala et j'ai l'impression qu'il est bien trop brillant pour ce monde.
Je vois le regard en pleine réflexion de Sabo lorsqu'il écrit et je pense qu'il ne réfléchit pas aux bonnes choses.
Je vois l'expression un brin carnassière d'Ace derrière son sourire farceur et je trouve qu'il n'y a vraiment pas de quoi rire.
Je rends visite au moins une fois par semaine à Smoker et Hina, mais la sensation de sécurité qu'ils me procurent est éphémère et immédiatement après les avoir quittés, j'ai juste l'impression d'être encore plus fragile qu'avant.
Je soupire.
Ce que je peux être stupide. Stupide, stupide, stupide.
Et en même temps… Je n'ai pas la force de réfléchir, de faire la part des choses.
Je ne sais pas vraiment pourquoi.
J'ai beau savoir… je suis si fatiguée.
Quelque part, je n'ai pas envie de prendre du recul, d'assimiler et d'en tirer quelque chose… Je me sens… juste comme lorsque j'étais entravée.
J'ai le réflexe de chercher à me débattre tout en étant détenue et en sachant parfaitement que je ne m'en déferais pas.
Je suis ligotée par ça. Sauf que je me demande si quelqu'un viendra m'en libérer cette fois.
Et il faut bien que je me rende à l'évidence.
Il ne viendra plus à mon secours.
Je dois m'en débarrasser toute seule cette fois.
Enfin, si j'y arrive.
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Shandia Laki
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- Et si nous parlions aujourd'hui ?
Elle sursaute un peu lorsque je la coupe dans sa réflexion. Mais elle reprend vite contenance et me questionne du regard.
Depuis deux mois qu'elle vient, elle est enfin plus détendue, mais n'arrive toujours pas à parler. Il est temps d'essayer une autre approche.
- Hina m'a demandé de te suivre pour ton traumatisme. Mais au final, je te connais à peine. Pourquoi ne pas revenir aux bases ? Peut-être que cela te débloquera.
Elle hésite. Puis hoche la tête.
Je perçois un changement dans son attitude. Très léger. Mais appréciable, et peut-être que cela suffira.
- Pourquoi pas. Que voulez-vous savoir ?
Je lui souris, avenante.
- Que veux-tu me dire ?
J'aimerais lui laisser autant de liberté que possible… mais je sens que ce ne sera pas suffisant. Alors je la libère du dilemme qui semble l'entraver en commençant.
- Je peux te poser une question personnelle ?
Ses lèvres se tordent dans une parodie de sourire.
- C'est vous la psy.
- Certes, je dis doucement avec un demi-sourire. Si je puis me permettre une remarque… Je suis surprise que ce soit Hina qui t'ait amené ici. Et non tes parents.
A ma grande surprise, son visage change soudain complètement. Son expression devient soudain froide et… colérique.
L'écart est si impressionnant que je ne suis plus sûre de savoir si c'est la même Swallow Cara qui me fait face.
Un rire froid lui échappe puis elle se mort un peu la lèvre pour l'endiguer.
- Désolée, dit-elle. C'est juste que… mes parents ne seraient même pas au courant si j'étais morte. Il aurait sans doute fallu que les pompes funèbres les appellent pour se souvenir que j'existe.
… Je ne suis pas sûre de la manière dont je dois prendre cette information, mais dans mon métier, je crois que l'on appelle ça un « contexte familiale ». Je l'invite à poursuivre.
- Mes parents se sont rencontrés au lycée, explique-t-elle en tentant comme elle peut de garder un semblant de sang-froid. Ils se sont mariés à peine une semaine après la cérémonie de remise de diplôme. Et neuf mois plus tard, je naissais.
Je vois.
- Et bien sûr, les couples qui se marient jeunes ne tiennent pas tous très longtemps et ils se sont séparés quand j'avais un an. Puis j'ai passé six ans à être ballottée de l'un à l'autre, mais j'étais un boulet qui trainait et qui ne cessait de leur rappeler l'autre.
Elle prend une voix légèrement nasillarde que je devine être une imitation de sa mère :
- Je travaille beaucoup pour que nous ne manquions de rien, et d'ici peu de temps, je me trouverai un mari riche qui me sortira de cette galère. Ne sois pas si égoïste.
Elle change d'expression, un sourcil interrogatif et une voix plus grave.
- La femme que je vais épouser, elle n'aime pas trop t'avoir avec nous trop longtemps. Comprends que je veuille que tout se passe bien avec elle alors ne sois pas si égoïste.
Je vois…
- Puis mon père s'est remarié et je n'avais plus ma place dans la petite famille qu'il avait bien l'intention de fonder. Et puis ce fut ma mère qui fonda la sienne.
Son ton est incertain, mais elle ne semble plus vouloir cacher le mépris qui suinte dans chacun de ses mots.
- Ils ont fait leurs gosses, leurs vrais gosses, et moi, je n'étais plus personne. Alors dès que j'ai pu, je me suis installée en colocation avec une amie dont la famille habite assez loin. Ils m'ont payé mes premières années de loyer, puis en entrant au lycée, j'ai trouvé un travail payant bien et je peux désormais assurer moi-même les frais. Je m'occupe des charges, et ma colocataire des affaires du quotidien et de la nourriture.
Son regard s'est brièvement illuminé à la mention de sa colocataire et je devine sans mal que cette jeune fille a dû être une personne importante pour elle.
- Depuis, je n'ai aucune raison d'avoir de lien avec eux puisque je me paye tout ce dont j'ai besoin. Frais médicaux compris. Alors le lien que j'ai avec eux, ce sont des messages pré-enregistrés pour mon anniversaire et Noël. Dans un an, je serai majeure. Et je n'aurais plus aucune raison de me souvenir de leur existence.
Elle prend une grande inspiration, achevant sa diatribe qui semble lui avoir échappée malgré elle.
Soudain timide, elle me jette un regard, comme craignant que je ne la juge. Mais jamais je ne le ferai. Je ne suis pas là pour ça.
- Je suis désolée, souffle-t-elle, soudain épuisée. Je n'aurais pas dû m'emporter.
Je secoue la tête, neutre. En revanche…
- Ce qui m'inquiète, c'est ta façon de t'excuser ainsi en permanence.
Elle est surprise de ma remarque.
- Je ne m'en étais pas rendue compte.
Je hoche la tête.
- Je crois ne pas me tromper en affirmant que tu es quelqu'un de très franche. Qui dit ce qu'elle pense sans chercher à le déformer.
- Heu… Oui… on m'a déjà dit que je manquais de tact.
- Et bien tu sembles beaucoup désolée ces derniers temps.
Elle prend le temps d'y réfléchir une minute.
- Je n'avais… vraiment pas remarqué.
Je comprends.
- Je ne vais pas m'avancer quant à se fait. Je vais te laisser y réfléchir et si tu veux en reparler… et bien, ce sera un sujet tout choisi. Jusqu'à ce que tu me parles vraiment.
Elle semble encore si perdue…
Mais quelque part, au fond de son regard bleu, je discerne quelque chose que je n'avais pas encore vu chez elle.
J'ai bon espoir.
Lentement mais sûrement, elle est sur la bonne voie.
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Koala est un personnage immensément plus facile à lire et écrire qu'Ace ~
Je regrette un peu de ne pas pouvoir plus la mettre en avant pour le moment et dans cette histoire de manière générale, mais s'il y avait trop de personnages principaux, ce serait l'enfer autant pour vous que pour moi. Mais je l'adore quand même.
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Merci d'avoir lu !
