Hey !
Merci à Arya39, Yeil, Swam, Traffy-D-Lamy, Taranis, Naminaya Uchiwa et un Guest pour leurs reviews ! Merci à tous ceux qui ont mit cette histoire en fav ou follow !
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RAR :
Taranis – En effet, c'est un peu mon problème, et pourtant je suis à la première personne… Je vais arranger ça dès que possible. Pour le reste, réponse maintenant ! Bonne lecture et merci pour ta review !
Guest – Merci pour ta review !
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Bonne lecture !
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Chapitre 27
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« Running-gag ». Littéralement, le Gag Courant. Celui qui suit l'histoire et qui s'y impose à chaque fois qu'il la rattrape.
Oh, on trouve des exemples de running-gag dans absolument tous les médias, livres, films, drama, manga…
C'est beaucoup plus rare dans la vraie vie.
Mais pour mon plus grand plaisir, j'ai un gag courant dans ma vie.
Et me revoilà, comme une à deux fois par semaine, à écouter les déboires amoureux de mon duo de comiques préféré : Chinami Shachi et Aoi Penguin.
Toutes les tables du Laboon Soul sont occupées, chose assez rare pour être précisée. Pourtant, je quitte rarement le bar où mes deux clients préférés sont affalés depuis déjà une bonne heure.
Je crois que je ne me lasserais jamais de leurs frasques amoureuses. Je les écoute débiter leurs histoires depuis plus d'un an, mais y'a rien à faire, ils m'amusent toujours autant.
D'ailleurs, j'ai même du mal à croire qu'il y encore une fille de plus de vingt-deux ans et de moins de cinquante qu'ils n'aient pas draguée… ils vont finir par être à court.
Penguin termine de raconter son plan foireux avec des jumelles qui l'ont très vite laissé tomber et dans un soupire à fendre l'âme, s'écroule sur ses bras croisés dans un gémissement bruyant.
Shachi passe une main dans son dos, compatissant silencieusement et me redemandant d'un regard de reremplir son verre. Je m'exécute en échangeant un sourire amusé avec l'infirmier.
- Au fait, Cara, c'est ta dernière année au lycée, n'est-ce pas ?
- Heu… oui ? Pourquoi ? je m'étonne.
C'est bien la première fois qu'ils me posent une question personnelle. Shachi reste indéchiffrable : il est un peu pompette.
- Si tu rentres à la fac, tu penses que tu auras encore le temps de travailler au Laboon Soul ?
Je m'immobilise. Je n'avais pas vraiment pensé à ça. Après une seconde de réflexion, je hausse les épaules :
- Honnêtement, je n'en sais rien. J'adore ce travail, je n'ai pas envie d'en changer. J'imagine que je verrais au jour le jour. On n'est que fin avril, j'ai encore tout le temps d'y penser. En plus du concours d'entrée à la fac à passer.
Il hausse les épaules.
- Tu devrais peut-être y songer quand même. Quand Pen' et moi sommes rentrés en fac de médecine, c'est à peine si on trouvait le temps de voir nos parents. Heureusement que l'on y a rencontré Bepo puis le Patron. Sinon, qu'est-ce qu'on se serait ennuyé…
… C'est vrai. Il a complètement raison. Mais je n'ai absolument pas envie de réfléchir à quelque chose d'aussi dépriment que d'être séparée d'Ace et Sab' plus de quelques jours. Ça attendra.
- Merci du conseil, Shachi. J'y réfléchirais.
Il a un sourire d'encouragement puis ajoute :
- Et puis ce qui est sûr, c'est que tu nous manquerais !
- Croyez-moi, vous me manqueriez également, je ris. Vous êtes l'une des raisons qui me fait adorer mon travail ici.
Il rit également et descend sa bière.
- Au fait, ça fait un moment que vous n'êtes pas venus avec Bepo. Comment va-t-il ?
Shachi s'apprête à me répondre lorsque Pen' se relève soudainement, nous surprenant tous les deux. Il reste silencieux une seconde, les yeux à peine ouverts et un filet de bave sur le menton… puis éclate brusquement en sanglots.
- Il nous lâche, voilà comment il va ce con ! pleure-t-il bruyamment, attirant sur lui l'attention des autres clients. Depuis que le chef est rentré de voyage, il est sur son petit nuage ! Ces deux-là m'énervent !
Et il pleure de plus belle… il va tremper le bar de morve, et c'est moi qui vais devoir nettoyer tout ça… Dubitative, je me tourne vers Shachi. Il lève les yeux au ciel tout en tapotant l'épaule de son pote mais éclaircit bien vite la situation.
- Bepo n'a jamais été branché bar. Le boss et lui se contentent du café dégueulasse de la clinique à nos pauses.
- Quoi, il ne sort jamais vot' boss ? je m'étonne.
- Plus depuis quelques années. En fait, la dernière fois qu'on a réussi à le trainer dehors avec nous, ça devait à peine être une semaine avant que tu ne sois embauchée.
- Vraiment ? Mais quel âge il a ?
- Vingt-six ans, soupire Shachi, un brin désespéré. Mais comment dire… il n'a jamais été du genre à faire la fête.
Il a un soupire à fendre l'âme.
- Pourquoi ne pas essayer de le faire venir à l'un des concerts de Brook ? Je propose pour essayer de lui remonter le moral.
Il hausse les épaules.
- Je peux toujours essayer.
C'est à cet instant que Pen' revient à lui, se redressant soudain bien droit sur le tabouret, un poing brandit vers le ciel et l'air particulièrement énervé.
- De toute façon… !
…
- Il… !
…
- Il… (il s'interrompt une longue minute, puis rabaisse le poing, complètement dans les vapes) Je voulais dire quoi déjà ?
Je me mords trèèèès fort la joue.
- Je vous appelle un taxi ?
Shashi m'offre un demi-sourire d'excuse.
- S'il te plait.
Je dédramatise d'un clin d'œil et leur fais signe que je m'éclipse pendant qu'il me répond de la même manière qu'il surveille le bar. Un coup de téléphone plus tard, je reviens… et bute une seconde.
Ça alors ! Elle est là !
Il y a des clients comme ça, même si je ne les ai vus qu'une fois, je ne les oublie jamais. La Porto Pink Lady en fait clairement partie.
Une superbe femme à la démarche assurée de la guerrière prête à casser quelques dents pour atteindre son objectif, la flamme ronflante de la détermination dans son regard améthyste et ses longs cheveux irisés volant à chacun de ses pas.
Elle marche droit en direction du bar d'une démarche qui balance agréablement ses hanches, agrippant au passage tous les regards, puis s'installe souplement à sa place.
Bon sang, ce que cette femme peut être belle ! Un fauve, une femme fatale, qu'importe. Elle est exceptionnelle.
- Bonsoir, me salue-t-elle, neutre.
Je ne peux m'empêcher d'être un peu timide en lui répondant.
- Bonsoir… Un Porto Pink Lady ?
Elle me lance un regard surpris.
- Oui ? Comment avez-vous deviné ?
Je rougie et me mort la joue. Quelle idiote ! Je me suis emportée.
- C'est ce que vous aviez commandé la dernière fois.
Elle me détaille une seconde et je m'empourpre de plus belle. Je me sens tellement insignifiante face à elle.
- Je ne me souviens pas de vous, désolée.
- … Je vous sers tout de suite.
Ouf, je me retourne pour lui préparer son verre et avoir la meilleure excuse possible pour échapper à son regard cherchant à capter le mien. Quelle cruche je peux être parfois !
… 50% du temps.
Bon d'accord, 70%, voire 75% du temps quand je suis avec mes potes, mais ils sont bien plus allumés que moi, ça ne compte pas.
J'ai fait un peu de zèle malgré moi… tout en lui préparant son verre, je la détaille du coin de l'œil. Elle semble beaucoup moins déprimée que lors de sa précédente venue. Son regard est froid, calculateur, et alors qu'elle scanne la salle du regard, tous les autres clients détournent les yeux… à l'exception de Penguin et Shachi. Le premier lui fait un clin d'œil charmeur et le second lève son verre à sa santé.
Je suis obligée de me mordre la joue pour ne pas rire. Ils sont vraiment incorrigibles.
Enfin, elle le prend plutôt bien. Elle semble même réprimer un sourire. En posant son verre devant elle, j'attire son attention et elle me détaille une seconde. Je me fige une seconde, gênée d'être dévisagé. Elle plisse les yeux mais finit par détourner le regard pour se concentrer sur son verre qu'elle sirote.
Je m'écarte, respirant soudain mieux. J'en profite pour resservir un client et donner l'addition à un autre. Mais à peine, revenue derrière le comptoir, elle me commande un deuxième verre que je m'empresse de lui préparer.
Je lui fais glisser jusque devant elle… et c'est alors qu'elle attrape brusquement mon poignet et l'enferme dans l'étau glacé de ses doigts.
Quelque chose se fissure en moi.
La sensation douloureuse d'être immobilisée me prend au ventre et se propage si rapidement dans ma poitrine que j'en ai le souffle coupé.
Mes pensées frisent.
Mes neurones court-circuitent.
L'écho d'un filet d'eau explose à mes oreilles, résonne comme un glas.
J'ai un mouvement de recul brutal et je m'arrache à son emprise en me jetant en arrière si fort que je tombe sur meuble derrière moi.
La douleur me ramène soudain à moi et j'entends quelque chose se briser et une forte odeur d'alcool me monter à la tête.
Oh merde…
Il faut que je me reprenne.
Maintenant.
Je n'entends plus rien. Je ne vois plus rien. L'univers se résume à la brûlure glacée d'une main beaucoup trop ferme sur mon poignet.
J'ai envie de m'arracher la peau, de la plonger dans de l'acide jusqu'à ce qu'elle fonde et qu'enfin, je sois débarrassée de la souillure qui grouille sous elle telle une fourmilière enragée.
Trop !
C'est beaucoup trop, il faut que je me ressaisisse.
Je donnerais tout pour que Smoker ou Hina soit là !
Je bloque, ligote, renferme ce débordement jusqu'au fin fond de ma mémoire.
Petit à petit jusqu'à ce qu'enfin, les deux mains agrippées à mes tempes comme à une bouée de sauvetage, le monde se remette à tourner à l'endroit.
- Cara ?!
Beaucoup trop rapidement à mon goût, la marée qui m'avait renversé une seconde plus tôt se retire, me laissant pantelante.
Miséricorde, il faut que je me reprenne maintenant.
Une main apparaît dans mon champ de vision et passe devant mon visage.
Je cligne des yeux. Mes lunettes sont de travers, mais je distingue Shachi accroupi devant moi et Pen' derrière lui.
Je déglutis, la gorge serrée. Inspire, expire.
- Ah ah, je crois que je n'ai pas assez mangé. J'ai fait une petite hypoglycémie.
Ma voix tremble et mon rire est pitoyable. Et merde.
- Une petite hypoglycémie ? couine Shachi. Tu déconnes ?! On dirait que tu as vu un fantôme !
Ouais, y'a un peu de ça aussi. Je me racle la gorge en redressant mes patins.
- C'est rien de méchant, juste un-
Je m'interromps quand mon regard se pose sur la Porto Pink Lady. Droite derrière Pen', elle surplombe la scène d'un œil froid et calculateur. Son regard croise le mien, insondable. Je ferme les paupières une seconde.
- C'est juste une hypoglycémie. Rien de grave.
Pen' ouvre la bouche pour m'apostropher mais je le coupe en me redressant soudain. Une seconde plus tard, je suis debout. Shachi a aussitôt suivi mon mouvement, mains en avant pour prévenir d'une chute, mais je lui fais signe que tout va bien.
- Ah… je soupire en jetant un coup d'œil dépité au sol et aux flaques de whiskey dans lesquelles on patauge. Ma paie va le sentir passer… Mon uniforme est bon pour la machine à laver…
Remarquant que d'autres clients se sont levés, je me redresse, bien droite et leur adresse mon plus beau sourire en m'inclinant profondément.
- Je m'excuse pour la gêne occasionnée. Je reprends le service tout de suite.
- Certainement pas, siffle Shachi. Tu vas t'asseoir et appeler ton médecin.
- Ce n'est pas mon cœur, je martèle en murmurant. Juste de l'hypoglycémie.
- Hypoglycémie mon cul, nous coupe Penguin qui me détaille des pieds à la tête avec un regard sérieux que je ne lui avais encore jamais vu. Tu-
Stop. Pas plus.
- Shachi, Penguin. Je vous jure. Je vais bien.
Ils échangent un regard face à mon air buté mais mon regard se perd de nouveau du côté de la Porto Pink Lady. Elle n'a pas bougé. Hors de la scène, elle observe sans un mot. Je détourne les yeux.
- Je vais chercher une serpillière, je reviens.
Et de mon pas le plus tranquille, je m'éloigne pour passer dans l'arrière-boutique. Je dépasse le bureau du patron, la réserve et la porte menant à l'étage pour pousser la porte de service.
L'air frais de la nuit s'engouffre, fait voler mes cheveux et mon masque. J'ai à peine fait un pas dehors que mes jambes me lâchent. Je tombe à genoux, le souffle court.
Je tremble de tous mes membres, misérable, à quatre pattes sur le bitume. J'ai à peine le temps de tourner la tête que je vide mes tripes. Je vomis, crache et essuie la bille que j'ai sur les lèvres.
Merde.
Merde…
MERDE.
Je suis pathétique.
Si pitoyable. Lamentable.
Des mois de dépression post-traumatique, des centaines de séances de psychiatrie, des semaines interminables pour assimiler à peine quelques heures de ma courte vie… mais il me suffit d'une seconde pour me relâcher ?!
- Merde !
J'abats mon point sur le sol, calmant comme je peux ma respiration. Je suis épuisée, mais je me redresse, le dos bien droit pour lever mon regard vers le ciel de nuit et offrir mon visage à une brise bienvenue.
Inspire. Expire…
Je me calme… Ferme les yeux une seconde… les rouvre…
Une main apparaît dans mon champ de vision. Je baisse le menton. La Porto Pink Lady est en face de moi et me tend une main, paume ouverte. Je ne l'ai pas entendue arriver. Je me contente de regarder sa main.
- Je ne pensais pas que tu aurais une réaction aussi épidermique.
Je me renfrogne.
- Un simple « désolée » aurait suffi.
Elle hausse très haut un sourcil. Mais ne retire pas son offre.
Alors je la saisis et lorsque ses doigts s'enroulent autour de ma main, ils n'ont plus rien de menaçant. Je me relève sur mes deux guibolles encore un peu faibles à mon goût et redresse mes lunettes.
- Je peux savoir ce qui vous a pris ? je demande, un brin hargneuse.
J'en ai rien à foutre d'être de bon aloi pour le moment. Qu'elle me juge, je m'en fiche. Je ne suis pas, mais alors vraiment pas d'humeur à faire des putains de ronds de jambes.
Rien à carrer qu'elle soit plus mature que moi, plus posée et que sa stature de guerrière me rende ridicule en comparaison. Rien à foutre !
- Tes poignets, m'indique-t-elle d'un coup de menton.
J'y jette un coup d'œil. Les cicatrises que je me suis infligée en tirant sur les cordes qui me retenaient sur une chaise de métal ont tellement rongées ma peau qu'elles y sont gravées. Avec le temps, elles ont viré au blanc et sont plus discrètes, mais encore trop repérables à mon goût.
D'un commun accord avec Brook, je ne porterais pas de brassards de sport pour les cacher lorsque je travaille, mais une montre au bracelet un peu plus large que ma précédente et des bracelets de l'autre. Elles sont en effet moins visibles… mais visibles quand même.
- C'est quoi le problème avec mes poignets putain ? je grince entre mes dents, furieuse (envers moi ou envers elle, qu'importe). On n'agrippe pas les gens comme ça.
Elle me foudroie d'un regard me promettant mille morts, mais ça ne m'effleure même pas.
- C'est quoi ton nom ?
Hein ?
HEIN ?!
Elle se fout de ma gueule là ?!
- Mais qu'est-ce que ça peut vous foutre bordel !
- Baisse d'un ton gamine, crie-t-elle plus fort que moi. Donne-moi juste ton nom.
J'aurais bien envie de l'envoyer balader avec toute un cortège de noms fleuris, mais elle semble vraiment sur me point de me frapper.
- Swallow Cara, je crache.
Elle plisse ses yeux améthystes, comme pour chercher à savoir si je mens.
- C'est tout ? C'est ton nom complet ?
- Ouais. Vous vous attendiez à quoi sérieusement ?
Elle ne me répond pas de suite.
- Il n'y a pas de « D. » dans ta famille ?
De… quoi ?
Pour le coup, ma colère s'efface.
- De « D » ? je répète, complètement perdue dans son résonnement. Non, je ne suis pas une « D. », je ne fais partie d'aucun clan.
Elle continue de me fixer d'un regard stérile qui a le don de m'échauffer à nouveau très vite.
- Attendez, c'est quoi le rapport entre mes poignets et mon nom ?
Elle ne me répond pas. Oh miséricorde, elle m'emmerde grave là.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Ça ne vous regarde pas.
Je rêve, je vais lui demander si ça fait mal de se faire percer au-dessus de la pommette moi ?
- Réponds-moi juste, claque sèchement sa voix et elle fait un pas menaçant vers moi.
Mais là ma jolie, il va m'en falloir beaucoup plus si tu veux me faire peur. Déchaînée comme je suis, je pourrais te bouffer la main.
- On se calme l'ivrogne, je crache en faisant moi aussi un pas vers elle, quitte à me démonter le cou à cause de notre différence de taille.
Un tic de colère déforme ses yeux et elle grince des dents. Mais si elle sert très fort le poing pour ne pas me frapper (qu'elle essaie, ça me fera peut-être autant de bien qu'à elle) et se force à reprendre une respiration plus calme.
- Je cherche un homme.
- Mon chromosome X risque de poser problème alors, j'ironise.
C'est complètement hors de propos, mais c'est sorti tout seul. Bon, j'ai peut-être en effet un don pour gâcher l'ambiance à en juger par le fait qu'elle perd pied une seconde.
- Espèce de-
- Je déconne, je la coupe avant qu'elle ne s'énerve. En quoi mes cicatrices peuvent vous aider à retrouver un homme ?
Elle met une longue seconde à reprendre sa posture droite et imperturbable. J'en réprime un sourire.
La scène doit être magnifique. Une jeune femme aux allures de guerrière discutant dans une ruelle sombre avec une gamine habillée en barmaid. Et toutes deux sur le point de taper sur l'autre. Enfin, c'est plutôt moi qui vais me faire passer à tabac, mais j'aime bien l'image quand même.
- Je ne te demande pas de me raconter ce qui t'es arrivé-
- Merci, je paye déjà assez cher avec une seule psy.
… Faut peut-être que je me calme, mais c'est plus fort que moi. Et en plus c'est faux puisque c'est Hina et Smoker (enfin, la Brigade Anti-Mafia) qui payaient grassement mon suivi psychiatrique.
Elle se contente de fermer les yeux une seconde, puis reprend.
- Je te demande juste un nom.
Ah, la blague.
- Pourquoi je te dirais quoi que ce soit ? je soupire. Qui me dit que tu ne fais pas partie de la mafia ? Qui me dit que je ne vais pas finir en morceau au fond de cette ruelle d'une seconde à l'autre ? Il y a tellement de mafieux sur cette île que la moitié des personnes que je connais s'y est déjà frottée.
Elle garde un poker face qui a le don de m'énerver plus vite qu'un putain de caillou dans une chaussure.
- Rien, finit-elle par dire sur le ton de la conversation. J'imagine que ma parole n'a en effet aucune valeur.
- Pas la moindre.
Elle soupire, mains sur les hanches.
- Si je te dis que tes poignets rappellent fortement les méthodes de l'homme que je cherche, tu consentirais à me donner un nom ?
- Non, mais je peux alors te dire que tu t'épuises pour rien. L'homme qui m'a fait ça a… quitter le secteur. Pour toujours.
Elle plisse les yeux.
- Tu es sûre ?
- Certaine.
D'après Smoker, il a été rapatrié sur un autre continent pour des vacances forcées très peu sympathiques.
Elle pince ses lèvres, hésitante.
- Depuis combien de temps ?
- Plus de six mois.
Ses épaules se crispent.
- Et merde.
Puis soudain, ça fait tilt dans ma tête.
- Eh, tu-
Je sursaute quand mon téléphone sonne, résonnant dans la ruelle. Jurant (contre lui et contre moi ayant oublié de le couper avant de commencer le travail), je l'attrape vite. Le numéro m'indique que le Bar (et donc certainement Brook) m'appelle.
Un bref coup de vent me fait lever les yeux. 'Tain mais je les enchaîne ce soir !
Elle a filé, c'est à peine si je vois une envolée de mèches nacrées alors qu'elle tourne au coin de la rue.
Tant pis, je n'ai pas le temps de lui courir après puisqu'à nouveau, mon téléphone sonne. Je le coupe très rapidement et rentre dans le Bar, prête à affronter les remontrances de mon patron pour avoir cassé deux bonnes bouteilles assez chères, avoir laissé son planché lustré s'imbiber d'alcool et surtout, d'avoir laissé le comptoir sans surveillance.
Je vais me prendre une volée magnifique.
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Merci d'avoir lu !
