Hey !
Merci à Les-Fictions-De-Niils, 7etoiles, Katyl's Fanfiction et Flavie Octavia pour leurs reviews. Merci à tous ceux qui ont mis cette histoire en fav ou follow.
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Bonne lecture
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Chapitre 34
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Il fait chaud.
L'été s'annonce caniculaire.
Impossible de travailler dans ces conditions.
Faiblement, je lève le nez de mes bras croisés sur mon bureau pour jeter un coup d'œil autour de moi.
Quasiment personne n'est sorti pour la pause de la matinée, et les rares courageux ne vont plus tarder à revenir. Il fait bien meilleur à l'intérieur de la classe, les fenêtres grandes ouvertes, que dehors par cette chaleur. Je soupire.
A ma gauche, Ace dort à point fermé suite à une crise de narcolepsie foudroyante. Et à sa droite, Sabo est plongé de tout son saoul sur la leçon de maths que l'on vient de terminer. Hum. Stakhanoviste.
Devant, Koala et Nojiko travaillent sur ce que je devine être de l'histoire à en juger par l'air concentré de ma coloc'.
En fait, à y regarder de plus près, quasiment tout le monde travaille. Je devrais peut-être en faire autant mais… mais je n'en ai pas le courage. J'ai pas enviiiiiiiiiiiiiiiie.
- Cara, arrête de comater, me sermonne Sabo sans lever le nez de son travail. Mets-toi un peu au boulot.
Dans un soupire à fendre l'âme, je m'étale encore plus sur mon bureau.
- Mais Sabo… Il fait chaud…
- On n'est que fin juin, se contente-t-il de me faire remarquer. On a connu plus chaud. Tu devrais vraiment travailler.
Hum…
- Je bosse régulièrement, je marmonne. Je n'aurais pas de problème si je m'accorde une heure de pause…
Cette fois, il ne me répond pas. Ou il est d'accord, ou il lâche l'affaire, mais le connaissant, il s'agit de la deuxième option. Je soupire…
Je n'ai pas envie d'être là… je n'ai pas envie de travailler… Je n'ai pas envie de de penser que ce seront bientôt les vacances d'été et que nous allons le passer à travailler pour préparer nos examens blancs d'entrée en Université.
L'Université…
Ça me semble à la fois trop proche et à des années lumières. Cette sensation désagréable d'avoir tout notre temps… et en même qu'il file bien trop vite.
L'Université…
Qu'est-ce que nous allons faire ?
Nous allons être séparés. Il faut que je me fasse une raison, dans quelques mois, nous aurons fini le lycée et nous allons nous disperser aux quatre coins de la Cité pour étudier dans nos filières respectives.
… Koala et moi allons être séparées.
Ça fait si longtemps que l'on vit ensemble, la simple perspective de nous quitter du jour au lendemain me donne mal à la tête. Ah… il ne faut pas que je pense à ça…
Et puis je vais devoir avoir un studio seule, et je ne pourrais plus compter sur mon travail au Bar pour subvenir à mes besoins. Ce n'est pas vraiment comme si j'allais pouvoir demander quoi que ce soit à mes parents. Il va falloir que je me trouve un autre travail. De nuit. Je vais tellement en baver.
Mais si ce n'était que ça… Je vais me sentir bien seule sans eux. Oh bien sûr, je vais sûrement faire des rencontres à l'université, mais ce n'est pas comme si j'étais très sociable et surtout, comme si ça allait égaler des amitiés longues de plusieurs années.
Ah… qui a dit que grandir était quelque chose de bien ? C'est un mauvais plan, quelque soit l'angle sous laquelle je regarde la chose.
Je soupire.
- Cara, sans déconner, ferme-là.
- Maiiiiiiiiiiiis.
- Tu me files mal à la tête avec tes soupires, s'irrite Sabo en tournant la page de son manuel avec plus de force que nécessaire.
Hum… Notre gueule d'ange dit ça mais… je le sens quand même plus tendu que d'ordinaire.
- Dis Sab', tu-
- ON SE RÉVEILLE LES MORVEUX !
La porte de la classe s'est soudain ouverte dans un claquement sonore, accompagnée de la douce et mélodieuse voix de notre si adorable surveillant, Bartholomeo. Tout en délicatesse, pour ne pas changer.
D'ailleurs, ça n'a pas manqué de réveiller Ace qui se redresse d'un bon, encore endormi, le regard brouillé et la bave aux lèvres et qui lance très fort un :
- PANCAKES !
…
Mouais. Toute la classe s'est retournée vers lui dans un silence mi-compatissant, mi-désespéré. Il cligne plusieurs fois des yeux, essuie son menton puis se justifie dans un gémissement.
- J'ai faim.
Ah là là… Koala lui lance une brioche qu'elle avait dans son sac et il la prend dans le front avant de l'attraper.
- Merci.
Puis nous nous re-concentrons tous sur Bartolomeo qui est d'ailleurs suivi du professeur Nico.
- Devinez quelles bonnes nouvelles on vous apporte ? sourit-il largement de toutes ses dents flippantes.
- Tu vas passer chez le coiffeur ? propose un élève.
- Ou chez le dentiste ?
- Ou chez l'esthéticienne ?
- UN PEU DE RESPECT LES MORVEUX ! ON NE VOUS A PAS APPRIS LA POLITESSE BORDEL DE MERDE ?!
Miséricorde…
Les élèves rient et continuent à le charrier gentiment, et même le professeur Nico rit sans gêne. Elle reprend la parole.
- Les formulaires d'inscription des universités sont arrivés, explique-t-elle.
Et c'est un véritable hurlement de joie qui retentit à ces mots.
- Enfin, soupire Sabo. On n'espérait plus.
Il semble soudain un peu plus détendu, mais Ace se renfrogne et je le soupçonne de vouloir reprendre sa sieste. Enfin, jusqu'à ce que le professeur Nico enchaîne :
- Et pour les formations professionnelles également.
Et deuxième hurlement de joie. D'ailleurs, on en entend un autre quelques instants plus tard. On dirait que toutes les classes reçoivent la bonne nouvelle en même temps.
En un temps record, les deux responsables répartissent les différentes piles sur les bureaux, et nous nous levons pour aller chercher les formulaires d'inscription qui nous intéresse. Même si sur cette île, il n'y a bien qu'une seule université par spécialité, avec un nombre de places limité. Donc pas tant de choix que ça. Ou on est pris, ou on l'a dans l'os.
Ou, option plus qu'appréciée par un grand nombre d'étudiants, il faut s'inscrire dans une université en dehors de l'île. D'ailleurs, ce sont les formulaires les plus nombreux. Du coin de l'œil, je remarque Sabo et Koala qui discutent joyeusement dans la même file pour l'université d'Histoire. Sans surprise. Ace est allé chercher un formulaire pour formation professionnelle et s'est arrêté à la hauteur de Nojiko qui elle, a opté pour une formation dans l'agronomie, avec la ferme intention de reprendre la plantation de sa mère.
Et moi, je me retrouve dans la file pour l'université de Littérature.
… Enfin, « file », c'est vite dit, parce que l'on est que trois, et les deux autres n'ont choisi que des universités à l'étranger. Je me sens bien seule et bien con, là.
Retournant à ma place et posant mon paquet de feuilles devant moi, je soupire.
Moi qui, il y a quelques minutes à peine, me disait justement que je n'avais pas envie de quitter le lycée, voilà que j'ai la sensation que l'on m'y fout dehors à coups de pied.
Je lève le nez et regarde un peu les autres élèves. Ils ont tous l'air joyeux, certains un peu anxieux de savoir que l'examen d'entrée blanc sera dans moins de deux mois… mais personne ne semble plus désemparé que ça.
… Je me demande à quel point je suis stupide. Aaaaaaaaargf.
- Cara, si tu soupires encore une fois comme tu sembles sur le point de le faire, je te jure que je te fais bouffer tes formulaires.
Je jette un regard mauvais à Sabo qui me le rend bien.
- Tiens t'es déjà là toi ? je grommelle. Retourne donc roucouler près de ta dulcinée et-
- Peux-tu arrêter de dire n'importe quoi et parler moins fort ?
Oh, il est tout rouge. Il est trop mignon. Ah…
…
Non, en fait, ça commence à être lourd.
- Dis, je reprends, tu comptes faire quelque chose pour vous un jour ?
Il détourne rapidement le regard et croise les bras. Et ne répond pas. Je secoue la tête.
- Dans moins d'un an vous allez intégrer la même faculté d'histoire à l'autre bout de la ville. Honnêtement, tu vois une autre possibilité qu'une colocation ? Ou bien tu espères sincèrement que les choses bougent d'elles-mêmes ? Sabo…
Il pince fort les lèvres et son regard se mue en quelque chose de beaucoup plus hargneux. Sans un mot, il se détourne, retourne à sa place, attrape un stylo et sans rien ajouter, commence à remplir son formulaire.
…
Bien joué Cara ! Tu as tout gagné, comme d'hab' !
Dépité par ma propre stupidité, je retombe sur mon bureau avec la motivation d'un lapin nain empaillé.
Il fait chaud. Bien trop chaud pour travailler.
Je soupire.
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Bon, il est encore bien trop tôt par rapport aux horaires de travail au bar mais… il faut que j'ai une sérieuse discussion avec mon patron.
…
Oh miséricorde… une discussion sérieuse avec Brook. Ça va être dur.
Je remets mes chaussures de ville et ferme mon casier.
- Yo !
- Tiens, je réponds à Ace qui avance vers moi les mains dans les poches. Tu es réveillé ?
- Non, je marche en dormant, idiote. Tu pars un peu tôt non ? Les autres prévoyaient de travailler encore un peu à la bibliothèque.
Je hausse les épaules.
- Il faut que je parle avec mon patron. Et puis il faut aussi que je m'occupe de la réserve, du ménage, des commandes, des-
- J'ai compris. Au fait, tu t'es disputé avec Sabo ? Il tire la gueule et quand j'ai prononcé ton nom, il s'est contenté de…
Il fait une espèce de… grimace… dans une superbe imitation d'un Sabo contrarié. Je lève les yeux au ciel.
- Bah, comme d'hab'. Sujet qui fâche.
Son regard s'illumine.
- Ah, Koala ?
- Dans le mille.
- Et j'imagine que pour changer, tu y as été avec ta délicatesse habituelle ?
Tss… je lui en aurais bien mis une pour lui faire sentir ma délicatesse, mais il a malheureusement un peu trop raison pour ça.
- Mouais…
Ace ricane mais pour préserver le peu de fierté qu'il me reste, je me contente de lever le nez et de me détourner pour sortir du lycée. Il me rattrape un instant plus tard, en riant.
- Et toi, je demande, où vas-tu ? Tu ne restes pas travailler ?
- Eh, je vais rentrer en formation professionnelle, Kidd s'en tape de ma moyenne en biologie.
- Oui mais elle compte pour avoir ton diplôme, tu t'en souviens ? je glisse.
- C'est surfait.
Tu parles.
- Bref ? je relance.
- Bref, je vais faire signer les papiers à Kidd.
On fait un bout de chemin ensemble, puis nous nous séparons à une intersection. Détachant mon skate de mon sac, je parcours le reste du chemin dessus. Je me demande comment je vais aborder le sujet… Avec force et délicatesse, avec tact et en cachant avec soin le coup de déprime que la simple idée de quitter mon travail me procure.
Arrivant au bar, je passe par l'entrée de service. Tendant l'oreille, je constate que Brook est là. Il y a de la musique dans son bureau. Bien…
Inspire… expire…
Arrangeant comme je peux mes cheveux dérangés par le trajet, je me racle la gorge et toque à la porte. Le patron m'invite à rentrer.
- Cara ? dit-il, surpris. Tu es bien en avance.
- Oui, il fallait que je m'occupe de la réserve et puis… (allez, courage) il faudrait que je vous parle de quelque chose.
Un peu sur la retenue à cause de mon ton sérieux, il pose son stylo et m'invite à m'asseoir en face de lui. Je prends une courte inspiration.
- Patron, aujourd'hui, nous avons eu nos formulaires d'inscription pour rentrer à l'université.
Il reste silencieux une seconde, puis s'adosse à son fauteuil en croisant les bras, attentif.
- J'ai décidé de m'inscrire à l'université de littérature de l'île.
Il hoche la tête, et à ma surprise, sourit.
- Ah ! Jeune fille, je m'en doutais. Je suis bien content que tu concrétises ce projet.
… Mais de quoi je m'inquiétais en fait ? C'est Brook ! Brook ! Avec lui, il n'y a jamais de problèmes.
- Merci patron, je réponds en m'inclinant respectueusement, mais il me fait vite signe de me relever.
- C'est normal enfin ! Quoi qu'il en soit, j'imagine qu'il va falloir que tu te libères du temps pour travailler ton concours ? Et pour commencer à prendre ta suite lorsque tu partiras à l'autre bout de la ville n'est-ce pas ?
J'acquiesce.
- Commencer à chercher quelqu'un dès maintenant serait en effet une bonne idée.
Brook n'attend pas une minute de plus. Il pousse du bras ce qu'il faisait et saisit son téléphone.
- Et bien ma chère, je m'y atèle de suite. Je vais passer une annonce !
Il semble plutôt bien s'amuser en réalité. Ça ne m'étonne pas vraiment de lui…
Je le laisse bien vite à son délire et je retourne travailler avec la nette sensation d'avoir à nouveau fait un pas hors du lycée.
La troisième année, ça craint vraiment.
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Je ne retiens pas un immense bâillement, le cachant dans mes mains en tournant le dos à la salle, à peine remplie. A une heure de la fermeture, en pleine semaine, il n'y a pas grand monde.
Ce n'est pas plus mal, j'ai tout le temps que je veux pour faire la vaisselle de la soirée. Mais je commence à fatiguer. Et l'autre aspect moins sympathique…
Je gamberge. Beaucoup. Beaucoup trop.
Il va falloir que je commence à chercher un studio près de la fac… que je trouve un travail qui me rapporte assez pour que je puisse vivre avec… et je vais devoir jongler avec mes cours… Et seule. Je ne vais pas passer les meilleures années de ma vie.
J'ai presque envie de demander une collocation. Je ne dois pas être la seule à avoir besoin d'un studio et d'argent. Mais d'un autre côté, je ne suis pas sûre d'arriver à supporter quelqu'un d'autre que Koala… tout comme je ne suis pas sûre qu'une autre personne qu'elle puisse me supporter au quotidien.
Je ne sais pas… Je pense que je ne vais pas avoir le choix… Mais j'ai pas enviiiiiiie-
Oh !
He he…
Je penserais à tout ça un autre moment, car deux bonnes raisons de repousser mon manège mental viennent de rentrer. Ou plutôt trois… Non quatre.
Shachi me salue d'un sourire et d'un geste de la main.
Pen' me hèle un peu trop fort.
Bepo s'incline poliment.
Law se contente d'un regard brillant.
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Merci d'avoir lu !
