Hey !

Here, some good vibes : Purple Shades & System B – Glorious / Dear Reader – Out Out Out / Leftover Cuties – You Are My Sunshines / Jehro – Master Blaster / Red Hot Chili Peppers – Snow (Hey Oh)

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Chapitre 35

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- Yo !

- Salut vous, je souris en m'accoudant au comptoir pendant que leur petit groupe s'installe en face de moi.

- Regarde qui on a réussi à ramener ! s'extasie Pen en présentant Law comme Roger en personne, les larmes aux yeux.

Je ris doucement, sans m'intéresser directement à la personne concernée, tout comme il évite mes yeux. Je suis certaine que l'on a pensé à la même chose : un regard pourrait nous trahir.

- Docteur, je le salue en y mettant les formes.

- Je ne suis pas encore docteur, me répond-il de son ton le plus neutre, seulement médecin.

- Oh, et comment dois-je vous appeler ?

Sa paupière tique, et l'ombre d'un sourire passe sur ses lèvres.

- En me tutoyant pour commencer. Je suis plus jeune que ces trois-là, et nous ne sommes plus à l'hôpital.

- Très bien, je dis en accompagnant mes paroles de mon sourire le plus professionnel. Dans ce cas, il en va de même pour moi.

L'air me semble soudain plus électrique autour de nous, et nos regards se croisent un instant. Complice, je surprends dans son regard métallique le même éclat d'amusement que celui que je tente de dissimuler. Mais c'est plus fort que nous, et je sens mes lèvres s'étirer dans un sourire identique au sien.

- Law, finit-il par m'offrir en me tendant sa main.

- Cara, je réponds en la saisissant et son contact frais me provoque un frisson.

Je réalise que… que son contact m'avait manqué. Rassurant, apaisant. Law a un effet calmant sur moi qui me laisse une seconde silencieuse. Sûrement dû à cette nuit-là.

Nos doigts se séparent… et je réalise soudain que les trois autres sont bien silencieux à côté de nous. Je me reprends soudain en me raclant la gorge et en me détournant de lui aussi naturellement qu'il le fait.

- Qu'est-ce qui vous ferez plaisir ?

Je leur sers leurs boissons, écoutant d'une oreille attentive Pen' taquiner Law. Ils ont repris la discussion qu'ils avaient avant de rentrer, et en continuant mon service, je l'observe du coin de l'œil.

Et c'est… spécial.

Law est détendu. Vraiment détendu. Je ne l'ai jamais vu comme ça, même à la fin de l'été dernier. Ou du moins, ce n'est pas la même détente.

Cet été, il était détendu comme s'il était seul chez lui. Là, il est tourné vers ses amis, son attention sur eux, et dans une aise qui ne laisse pas de place à l'imagination : ces quatre-là se connaissent très bien et depuis très longtemps.

Qu'est-ce que c'est étrange !

Ses épaules sont basses, sans tension, sans position défensive.

Il est confiant.

Les regards qu'ils échangent, les rires et les phrases qui sonnent étranges à mes oreilles lui sont naturels. Ils me rappellent… nous. Ace, Sab' et moi. Chaleureux.

Mais je me demande… je me demande soudain si ses trois amis avec qui il semble avoir une relation si spéciale sont au courant.

Soudain, je réalise quelque chose à laquelle je n'avais pas pensé : Pen' et Shachi… ils ont passé l'été ici, au bar. Me parlant de Law, même si je ne savais pas encore que c'était lui. Donc… ils ne sont pas au courant, n'est-ce pas ?

Un sentiment un peu acide découle dans ma poitrine, et je ne peux m'empêcher de penser à mes amis…

Un éclat me fait revenir à la réalité. Mon regard croise celui de Law, juste une seconde. Son expression est neutre… mais je la lis sans mal. Il a parfaitement compris ce à quoi je pensais. Sûr d'avoir mon attention, il ferme les yeux, baisse le menton pour acquiescer et retourne l'air de rien à sa conversation.

Law…

Il n'est pas venu ce soir pour me voir. Il est venu pour eux.

La culpabilité peut vous faire faire des choses impensables.

Très bien, c'est leur soirée donc. Je reste en retrait, et petit à petit, je vois Law qui suivait mes mouvements détourner son attention jusqu'à m'oublier, restant concentré sur leur conversation.

C'est amusant à les voir ainsi. Ils semblent vraiment bien s'entendre. Pen' et Shachi, j'ai l'habitude de les voir si complices. Mais les voir taquiner Law qui, sans cacher son sourire sincère, répond à leur provocation est quelque chose de nouveau. Le plus surprenant, c'est Bepo. Je n'aurais jamais cru que son visage puisse avoir une expression si paisible. Il bouge naturellement aux côtés de Law, se mouvant tous deux au même rythme. A leurs mimiques, leur regard, leurs gestes, on devine sans mal une amitié de longue date.

J'ai du mal à cacher mon sourire. Je ne suis pas vraiment sûre de savoir pourquoi, mais les voir ainsi me rend… heureuse.

Savoir Law- …

Non, même avant qu'il ne soit « Law ».

Le grand gaillard trempé jusqu'aux os et effondré devant ma porte, à peine conscient et une balle dans le dos… Hors du temps et de la réalité.

Deux mois avec un fantôme, à peine quelques indices d'une vie en dehors des quatre murs de l'appartement.

Juste un nom… puis les brides d'une personnalité, d'une histoire, d'une existence.

Le canevas que Law représente s'étoffe çà et là de couleurs, de motifs, de courbes, de mots et de gestes. Et sous ce caneva… j'y discerne quelque chose d'autre, d'étrangement rassurant. Qui me laisse une sensation… de pleine satisfaction.

Étrange, mais compte tenu de son attitude envers moi après cette soirée-là, je ne cherche même pas à m'en détacher. C'est une sensation agréable, rassurante, et que je ne connaissais pas. Autant en profiter en toute impunité.

Et puis c'est Law.

Il y a juste un détail… il l'a retiré en entrant, mais elle est négligemment posé sur le dossier de sa chaise : une casquette blanche mouchetée de taches foncées. Elle semble duveteuse et il ne me fallut qu'une seconde pour comprendre avec un certain sentiment de satisfaction qu'elle était la raison de son tic nerveux de toucher ses tempes l'été dernier. Cette casquette lui allait étrangement bien, et vu le soin avec lequel il la manipulait, elle devait lui être précieuse. Je me demande ce qu'il en avait fait durant deux mois, mais elle lui avait manqué, c'est sûr.

Le temps file… il n'y a déjà plus grand monde et l'heure de la fermeture se rapproche inexorablement. Bientôt, il ne reste plus que leur petit groupe. Je n'ai aucun mal à m'éclipser silencieusement pour me glisser jusqu'au bureau de Brook.

- Un soucis Cara ?

Je me dresse bien droite, sérieuse.

- J'aurais un service à vous demander.

Il s'immobilise.

- Voilà qui est rare. Que puis-je pour toi ?

Un service que je n'aurais jamais cru lui demander un jour, tant cela est important pour lui.

- Accepteriez-vous de jouer ce soir ?

Il hausse très haut un sourcil.

- Jouer ? Bien sûr !

Soulagement… !

Et bien je ne pensais pas que ce serait si simple. Et avec le sourire.

D'ailleurs il ne m'attend même pas, attrapant son violon et coiffant son haut de forme pour se diriger juste dans la salle où le dernier groupe de client interrompt sa conversation pour se tourner vers lui. Pen' gaspe presque en le voyant s'installer sur la petite scène mis en place mais qu'il n'utilise que rarement, préférant le sous-sol aménagé pour.

- Messieurs, je suis au regret de vous annoncer que le bar va bientôt fermer. Mais me permettriez-vous de jouer un peu ? Je me sens d'humeur musicale.

Shachi se charge de répondre positivement et avec entrain, parce que Law se contente de siroter son verre en regardant Bepo tente de réanimer Pen' qui est vraiment trop heureux du concert surprise de King Soul.

Discrètement, je m'installe derrière eux, sur une des hautes chaises, m'accoudant au comptoir pour profiter moi aussi du moment. Brook est sans conteste le meilleur musicien de l'île, voire plus. Impossible de ne pas se laisser toucher par ses accords, par ses mélodies.

Ce soir, sa musique est enjouée, tintée d'une ambiance de franche camaraderie que son public lui rend bien. Lorsqu'il entame une chanson populaire, les deux Don Juan s'occupent de chanter les cœurs. Law rit ouvertement à leur voix juste un couplet sur deux, et même Bepo sourit plus que d'habitude.

Et j'ai moi-même du mal à cacher mon sourire.

La musique s'emballe, les rires s'intensifient, les verres s'entrechoquent, un sifflement retentit-

Mon regard croise le sien.

Son sourire est le reflet du mien.

Sérénité.

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- Allô ?

- Gamine Insupportable à Adulte Abominable, tu me reçois ?

-

- … Ah, problème de réseau ? Ou de pseudo peut-être ? Heu… voyons. Bonbon Aigre-Doux ? Pourpif ? Sale Garce ? Le dernier est pour moi bien sûr.

- Cara, ferma ta gueule.

- Ah ! Mais c'est qu'elle parle ! je ris sans m'en cacher. Tu sais que tu es quand même difficile à joindre ?

J'entends Bonney bougonner.

- Je suis occupée. Qu'est-ce tu me veux ? Tu as des infos intéressantes ?

- Ouais, Brook fait un concert demain soir si tu veux, les cocktails sont à moitié prix à partir de vingt-deux heures si tu veux t'envoyer un Porto Pink Lady derrière la cravate. Heu… les brettelles. Enfin, si tu veux t'envoyer un canon, descendre un goder, avaler un-

- J'ai saisi l'idée. Et je suis encore dans le collimateur de la police, je ne peux pas vraiment me permettre de me pointer dans un bar. Encore moins un où tu travailles, étant donné que tu m'as déjà couverte.

Hum, pas faux. Ça ferait suspect que la personne qui m'a exploser le nez viennent tranquillement boire un coup sur mon lieu de travail et que nous ayons une discussion tranquillement.

- Mince, voilà qu'à cause de ma gentillesse, je nous ai fait perdre une cliente. Ne compte pas sur moi pour te planquer par contre, je vis en colocation.

Derechef, elle grogna.

- Abrège et arrête les imbécillités. Tu ne m'appelles jamais sans une bonne raison, alors viens-en aux faits.

Mince… moi qui espérais détendre un peu l'atmosphère… Bon, de toute façon, je suis un peu trop angoissée pour arriver à faire de l'humour. J'abandonne mon sourire faux et redeviens sérieuse.

- Je n'ai rien de nouveau dans les dossiers de Garp. Pas d'infos intéressantes ou de nouvelles victimes à déclarer depuis notre dernier appel, ce qui est en soit une bonne nouvelle. Mais j'ai un… ce qui pourrait à la fois être un service et une piste à te soumettre.

Je fais une courte pause pour chercher comment formuler la suite, et elle ne fait aucune remarque, preuve qu'elle est attentive.

- Je t'avais dit que j'avais deux D., en dehors de Garp parmi mes connaissances ? Ace, Portgas D. Ace. Il m'a avoué qu'il avait la sensation d'être suivi.

Silence derechef, alors j'enchaîne :

- C'était début juin, mais je n'étais pas certaine de l'importance de la chose vu ses antécédents. Depuis, il semblait que ce n'était plus le cas. Il nous a dit que c'était passé et on n'y a plus vraiment pensé parce qu'il n'y avait plus lieu d'y prêter attention. Mais ça fait une semaine qu'il… enfin, qu'il agit bizarrement.

J'ai la bouche un peu sèche.

- Il marche plus vite, il hésite, il nous fait prendre des chemins détournés pour rentrer, il a des coups d'œil dans les reflets qu'il croise… Impossible de ne pas le remarquer. Son frère lui a fait la moral, mais il s'est contenté de hausser les épaules en nous rappelant que ce n'est pas la première fois, et depuis bien avant qu'un taré s'en prenne au D. Ce en quoi, il n'a pas tout à fait tort. Il a pas mal de succès auprès des jeunes filles en fleurs.

Je ne peux pas m'empêcher de triturer l'une de mes boucles noires, tirant si fort dessus qu'elle finira sans doute parfaitement lisse avant la fin de la conversation.

- Je ne t'en parlerais pas si je n'étais pas certaine qu'il y avait peut-être quelque chose de dangereux pour lui. Mais au final, ni son frère ni moi n'avons remarqué de groupies, de jeunes filles en fleur, de gars, ni même de voyous. Mais Ace a un excellent instinct. S'il a eu la sensation d'être suivi, c'est qu'il l'a été un moment donné, et même s'il n'en parle plus parce qu'il ne veut pas nous inquiéter, le fait qu'il évite la conversation est révélateur. C'est toujours le cas.

Cet imbécile…

- Sûrement pas en permanence ou tous les soirs, mais ça m'inquiète.

Voilà, c'est dit. Je lui laisse le temps de considérer la chose en attendant son verdict.

- Ton pote, il est du genre à avoir des démêlés avec les voyous du coin ?

- Plutôt. Assez. Bon disons « carrément ». Son surnom, c'est « Poing Ardent », si tu vois ce que je veux dire.

- Je vois. Des ennuis récemment ?

Hum.

- Ce n'est plus si récent que ça, mais il a mis une méchante droite à un gus qui devait faire partie d'un gang ou d'une mafia, et il est allé se réfugier sur le territoire de Barbe Blanche…

- … Il serait pas un peu con ce Ace ? Il tient tant que ça à se faire casser la gueule ?

- M'en parle pas, je grommelle. Mais c'était en août dernier. Je pense que si problème on aurait dû avoir, la date de péremption des-dits problèmes est dépassée depuis longtemps.

Elle se tut un instant, semblant réfléchir. Je finis par délier ma langue et lui confier ce que j'aurais préféré garder pour moi.

- Miséricorde… Écoute, ce n'est peut-être rien… mais je ne veux pas que Ace se retrouve… dans une situation similaire à celle que j'ai vécu.

Malgré moi, mon regard se pose sur les cicatrices blanchâtres de mon poignet.

- C'est toi qui disais qu'il ne fallait négliger aucune piste… et honnêtement, je préfère en parler à toi qu'à Garp. J'aurais trop à expliquer, et trop de personnes que je pourrais ainsi mettre dans une mauvaise position sans le vouloir. S'il te plaît.

Cette fois-ci, je n'entends même plus sa respiration de l'autre côté de la ligne.

- C'est d'accord. Je vais voir ce que je peux faire et de quoi il en retourne vraiment.

Le soulagement délie un peu le nœud dans ma gorge. Je ne le cache pas lorsque j'enchaîne :

- Merci. Je te revaudrai ça.

Plus calme, je me permets même de lancer une boutade :

- Quand cette histoire sera terminée, je t'offre ta prochaine consommation au Laboon's Soul.

Elle a une petite exclamation amusée.

- Sois sûre que je la retiens celle-là. Si j'ai quelque chose, je t'enverrais un SMS. Ou un appel s'il y a vraiment quelque chose à craindre. Bonbon Aigre-Doux à Gamine Insupportable, terminé.

Et elle raccroche sans plus de cérémonie.

On aurait pas pu rêver mieux comme espion.

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Je m'étire de tout mon long sans retenir un gémissement, avant de m'effondrer sur mon bureau devant moi. À ma gauche, Ace roupille depuis sa crise de narcolepsie, si bien que le prof a du presque lui arracher sa copie terminée mais coincée sous son front. Sabo est déjà en train d'attraper ses cours pour vérifier ses réponses. Il m'épuise…

Devant nous, Nojiko baille à s'en décrocher la mâchoire et Koala se tourne vers moi pour me lancer un coup de menton interrogateur. Toujours affalée sur mes bras croisés, je lève quand même suffisamment la main pour lui faire signe que je pense avoir réussi notre dernière épreuve de la semaine. Elle me répond de même, tout sourire.

- Un peu de silence, réclame Nico Robin. Juste une minute d'attention avant que je vous libère pour la journée. Je vous rappelle qu'il s'agit du dernier jourspour nous rendre la partie des formulaires d'inscription qui va à l'établissement. Ah, et l'établissement ferme à seize heure exceptionnellement, alors si vous devez vous voir avec vos clubs, faites passer le mot. Bartolomeo a l'air bien décidé à partir en vacances à l'heure. A vos risques et péril. Sur ce, jeunes gens, je vous souhaite de bonne vacances d'été !

La classe la salue avec entrain, même Ace qui s'est plus ou moins réveillé.

- Vous faites quoi les gars ? je demande en passant une mains dans mes cheveux pour retirer toutes mes épingles et libérer ma tignasse.

Il serait d'ailleurs temps que je passe chez le coiffeur, je passe trop de temps à démêler mes boucles, signe qu'ils deviennent trop longs. Je suis condamnée à avoir la même coupe de cheveux toute ma vie…

Avant qu'ils aient pu répondre, les filles nous rejoignent, sac sur l'épaule.

- Conseil des élèves, répond distraitement Sabo. Dernière mise au point avec les professeurs pour les vacances.

- Kidd, se contente de marmonner Ace en se frottant les yeux, toujours à moitié endormie. Et vous ?

- Dernière réunion du club d'art avant les vacances, répond Nojiko.

- Maison et repassage, je réponds distraitement en rangeant mes affaires dans mon sac.

- Pareil.

Ah.

Je m'immobilise et lève le nez jusqu'à Koala qui évite sciemment mon regard, feignant l'air de rien. D'a…ccord. Voilà qui est… étrange.

- Heu… et le conseil ?

- Je me suis arrangée hier pour régler tout ce que j'avais à régler avec Bartolomeo et les autres membres. Je voulais rentrer plus tôt aujourd'hui.

De plus en plus étrange. Et très intéressant. Je continue à la fixer, mais elle s'obstine à éviter mon regard. Même une fois que nous nous sommes séparés et que nous sommes retrouvées seules sur le chemin du retour, elle reste silencieuse et détachée. Mais après cents mètres, ce silence me tue et je me racle la gorge.

- Par le plus grand des hasards… tu ne voudrais pas me parler de quelque chose ?

Elle se contente de… de rougir un peu.

Pincez-moi je rêve.

- Hum… ça te dirait qu'on s'arrête prendre un thé sur le chemin ?

Je dois me mordre très fort la joue pour cacher le sourire qui risquerait de me trahir. Ah, Koala, ma Koala…

- Bien sûr.

Elle presse un peu le pas, et bien vite, nous nous retrouvons dans un salon de thé où nous nous installons, retirant nos cravates et ouvrant le col de nos chemises.

- Deux thés glacés et deux crêpes à la confiture de mandarine s'il vous plaît, commande Koala.

Amusée, je continue à l'observer attentivement, attendant qu'elle me crache enfin le morceau. Il faut quand même attendre que nous soyons servies pour qu'elle se décide à parler de nouveau.

- Donc… heu… il y a beaucoup de repassage ce soir ?

Je m'étouffe avec mon thé glacé, mais ça ne m'empêche pas de rire assez fort pour l'embarrasser. Je me reprends bien vite.

- Oh allez, je la titille avec mon sourire le plus taquin. Raconte tout à maman Cara. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Et la voilà qui rougit de plus belle ! Bien. Au moins je suis fixée sur le sujet de la conversation.

- Et bien… je crois que je suis amoureuse.

Bingo. Sa voix n'est qu'un murmure, et si elle doit être aussi coincée pour le reste de la conversation, ça va rapidement être pénible. Autant briser la glace de suite.

- Oh non, je soupire théâtralement. Ne me dit pas que toi aussi tu crois à ces conneries !

- Je te parle d'amour là, pas du One Piece !

Elle semble soudain furieuse. Puis dépitée. Puis timide à nouveau. Puis boudeuse.

Ouah… c'est du sérieux en effet. Je l'ai rarement vu aussi lunatique. Il semblerait qu'elle ait fait des progrès depuis notre dernière discussion sur le sujet.

- Okay, je souris. Je te crois, tu es amoureuse.

- Qu'est-ce qu'il te fait dire ça ? demande-t-elle, soupçonneuse, et je me contente de hausser les épaules.

- Je te connais. Donc, tu es amoureuse tu disais ?

Elle me fixe encore quelques secondes, mais finit par abandonner et lorsqu'elle se détend un peu, je cale mon attitude sur la sienne. Appuyant mon menton sur ma main, je lui fais signe que je suis toute ouïe, et la tension qu'elle avait s'évapore.

- C'est un peu compliquer à expliquer… je crois que ça fait un moment, mais que je ne voulais pas vraiment y prêter attention. Non en fait, se reprend-elle soudain, je pensais que c'était normal mais… ou même que ça vient du fait que je le connais depuis si longtemps… mais c'est…

Elle est… adorable. Rouge et bafouillante, désespérément amoureuse, il n'y a aucun doute là-dessus. Voyant qu'elle ne s'en sort pas, je me permets de tenter une autre approche :

- Qu'est-ce qui a changé ?

Surprise par mon intervention, elle s'interrompt, réfléchit un instant, puis reprend avec un peu plus de calme.

- La perceptive de l'année prochaine. On va être séparé et… et je ne veux pas. Pire, j'ai envie de plus que ça. Plus que simplement être avec lui.

Miséricorde.

- Bon, soyons sérieuses deux minutes. Tu penses vraiment qu'alors que vous allez aller à la même université, vous allez prendre chacun un studio de votre côté ?

Elle rougit d'un coup, tournant les yeux.

- Tu sais vraiment de qui je parle, n'est-ce pas ?

- Koala, je suis au regret de t'annoncer que tu es amoureuse depuis la minute où tu as rencontré Sabo.

- Qu- Quoi ? Non !

- Arrête, je ris sans me moquer cette fois. Tu aurais vu tes yeux lorsqu'ils se sont posés sur lui ! Tu étais déjà perdue pour le reste de l'humanité, crois-moi. Même Ace a immédiatement renoncé à toute mesure de protection envers son petit frère adoré, il avait compris qu'il n'y aurait aucune chance. Je ne te parle même pas de Rayleight qui- non… rien.

Rayleigh qui met de côté de l'argent pour leur offrir un voyage de noce digne de ce nom depuis qu'ils sont entrés au lycée. Mais ça, c'est encore une surprise.

Elle me regarde avec surprise.

Oh ! Maintenait que j'y pense, c'est Ace qui a gagné notre pari ! Mince, j'étais pourtant persuadée que Koala aimait bien trop ses œillères et leur confort pour les garder jusqu'à la fin de l'année scolaire.

- Et que comptes-tu faire ? je lui demande quand même.

- Je ne sais pas, soupire-t-elle. C'est difficile. Est-ce que ce sentiment va durer ou est-ce que c'est passager ?

T'es accros à vie ma Koala adorée. Transi d'amour depuis dix ans.

- Et puis, qu'est-ce qui me dit que c'est réciproque ?

« Moi. Et Ace. Et Rayleigh. Et Nojiko. Et Bartolomeo. Et la Cité entière, espèce d'aveugle, il n'y a bien que vous qui ne vous êtes pas rendus compte que vous vous aimiez. » est-ce que je suis tentée de lui répondre, mais je me contente de pincer fort mes lèvres en mordant dans ma crêpe…

- Et puis je ne veux pas gâcher notre amitié.

… et je manque de m'étouffer avec.

Sans déconner, ces deux-là… ! Bon, il va falloir qu'Ace, Nojiko et moi ayons une sérieuse discussion concernant leur blocage respectif. On va peut-être devoir intervenir sans quoi, cette histoire n'avancera jamais.

Pourtant, pendant que je perds quelques secondes dans mes pensées, je remarque qu'elle aussi. Son regard s'est fait infiniment plus doux, et un sourire repose ses lèvres. Elle semble… paisible.

Un pincement dans ma poitrine brise le charme de l'image qu'elle m'offre. Ma gorge est un peu serrée lorsque je lui murmure la question qui me brûle les lèvres et le cœur.

- C'est agréable ? D'être amoureuse ?

Elle semble surprise par ma question, mais bien vite, son expression se change en l'incarnation même du bonheur.

- Oui.

Je ne l'ai jamais vu aussi rayonnante.

Je ne me suis jamais autant forcé à lui rendre son sourire.

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Merci d'avoir lu !