Hey !
CrazyOP : Désolée, je prendrais cinq minutes pour te répondre à la hauteur de ton commentaire quand j'aurais mon ordi, mais merci pour ton enthousiasme et ta review ~
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Bonne lecture… :)
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Chapitre 38
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Mon corps agit avant mon esprit et je me retourne d'un coup en balançant mon pied le plus haut possible. Il est arrêté par une main ferme lors qu'enfin, je reprends mes esprits.
- CARA ! Cara répond !
Il me faut une seconde. Juste le temps que mon cœur reparte, que l'air gonfle à nouveau mes poumons et que je m'effondre sur moi-même, tremblante sous une pluie qui s'intensifie un peu.
Finalement, le téléphone tenant à peine entre mes doigts sans force, je me racle la gorge.
- Bonney…
Ma voix est faible, à peine un murmure.
- CARA ! Qu'est-ce qui se passe ?! J'arrive mais-
- Non Bonney, je la coupe en forçant un peu sur mes cordes vocales. Tout va bien, je te jure…
Face à moi, mon « assaillant » s'accroupit pour être à ma hauteur, joue dans la paume. C'est ça, fait l'innocent… Je n'ai pas le temps de lui sortir une remarque bien sentie que des bruits de pas s'approchent et dans un dérapage magnifique, Bonney apparaît de derrière la cloison en bois. Avec un flingue. Pointé sur nous.
J'ai un sursaut et dans une décharge d'adrénaline bienvenue, je me retourne pour écarter les bras et le protéger.
- Bonney ! Non !
Une lueur de doute et de surprise brise sa carapace de colère et de résolution. Mais elle reste immobile, droite et campée, arme au poing. Et la sécurité est belle et bien enlevée.
Je me lève tant bien que mal pour me mettre entre elle et Law.
- Je le connais.
- Quoi ?
- C'est… un ami. Je te jure que ce ne pas la personne que tu cherches.
Elle pince les lèvres.
- Cara, écarte-toi. S'il t'oblige à dire ça, s'il te menace-
- Non ! je dis rapidement en m'avançant d'un pas, toujours bras écartés. Non, je te jure que non. Écoute, baisse ton arme, d'accord ? Tu me rends nerveuse et il n'est pas- heu. Tu n'es pas armé n'est-ce pas ?
Law, qui n'a pas dit un mot, se contente de hausser très haut un sourcil. Mains dans les poches, être mis en joue par une inconnue ne semble pas le perturber pour un sou. Normal, je réalise soudain, vu le milieu où il exerce. Il se contente d'observer et d'attendre.
- Il n'est pas armé. Tranquille Bonney, je te jure que tout est cool. Tu es la plus dangereuse ici.
J'entends l'autre idiot avoir un petit raclement de gorge amusé. Je lui jette un regard colérique. Ce n'est pas vraiment le moment de faire l'imbécile. Pour le moment, c'est elle qui a le flingue.
- Je l'ai vu vous tournez autour. Deux fois à deux endroits différents. Si c'est un « ami », pourquoi rester à distance ?
Hum.
- C'est compliqué. Écoute, je te jure que ce n'est ni quelqu'un qui nous veut du mal, ni ta cible, ni un maf- enfin il ne nous veut aucun mal.
Du coin de l'œil, je le vois lever toujours plus haut son foutu sourcil tellement fin qu'il forme juste une ligne méprisante sur son visage. Tss…
- Okay… s'il te plaît, tu veux bien ranger ton arme ? Quelqu'un pourrait te voir.
Et je n'ai aucune envie de retirer une autre balle du corps de Law. Elle se contente de lentement, très lentement et en gardant toujours le doigt sur la gâchette, relever les bras. Un chien du voisinage aboie, manquant de me donner une crise cardiaque. Je ferme une seconde les yeux pour reprendre mes esprits et la presse d'un mouvement de main. Finalement, elle baisse l'arme, remet la sécurité et la coince dans son short.
Je respire enfin.
- Merci.
Je me tourne vers Law qui me regarde, attendant mon signal. Je soupire et passe une main sous mes lunettes pour me frotter les yeux. Trop d'émotions d'un coup, j'ai envie de pleurer.
- Bon, tu restes là comme une idiote ou tu m'expliques ?
Arg.
- Tout doux Bonney, s'il te plaît, je réponds en gardant ma voix nette et en cachant un reniflement. J'ai cru que j'allais mourir deux fois en moins de cinq minutes. Une personne normale a besoin de quelques secondes pour s'en remettre.
Elle croise les bras en levant les yeux au ciel. Law se contente de me tendre un mouchoir. Je le remercie et essuie mes yeux avec. Même si la pluie n'aide pas vraiment.
- Qu'est-ce que tu fais là ? je lui demande une fois plus calme.
- A ton avis ? Je cherchais à te parler. Les deux idiots d'enfumés sont occupés, ils ne pouvaient pas faire passer le message. J'allais faire demi-tour quand je t'ai entendu ouvrir la porte.
- Je pensais que tu ne voudrais pas que l'on soit vu ensemble pourtant.
- J'ai une voiture. Avec des vitres teintées. Et si on ne peut pas s'installer chez toi ou chez les deux autres, je tiens à rappeler que, contrairement à ce que tu pourrais légitimement croire… j'ai un appartement.
Je hoche la tête.
- Et elle ? C'est qui ?
- Hey, c'est plutôt à moi de te demander ça, s'énerve-t-elle mais je calme vite le jeu en levant mon mouchoir pour l'agiter comme un drapeau blanc.
- S'il vous plaît, vous battez pas, je les supplie d'une voix étranglée. La situation est assez complexe comme ça… et perturbante… et gênante.
Bonney renifle avec mépris et détourne le regard. Law claque la langue, colérique. Et moi j'ai juste envie de m'allonger à même le sol et de dormir. Mais à la place, je passe de l'un à l'autre du regard.
- Je ne suis même pas sûr que je peux ou que vous vouliez que je vous présente l'un à l'autre.
- Non.
Réponses instantanées, dans un superbe ensemble et sur la même note s'il vous plaît.
- Magnifique, j'ironise. Je crois que c'est ce qu'on appelle être au diapason. Continuer comme ça, on avance.
Claquements de langues. Pareil, les deux ensembles. Ils s'envoient des piques du regard sans qu'aucun des deux ne réussisse à effrayer l'autre.
- Miséricorde… je soupire. Est-ce qu'on pourrait en rester là aujourd'hui s'il vous plaît ? Il y a eu un malentendu, c'est réglé.
Ils ne semblent pas convaincus.
- Bonney, merci d'être intervenue. Je savais que je pouvais te faire confiance. Je te confie le reste.
Elle reste immobile un instant. Puis hoche la tête et se détend un peu. Alors je me tourne vers Law.
- Merci d'être venu sur ton temps libre. Je sais que tu n'en as pas beaucoup et qu'il est précieux.
De même, il acquiesce et ses épaules s'affaissent un peu, ses mains se déplient dans les poches de son jean.
Ah… ça y est, on respire enfin. Ils n'ont plus l'air de vouloir se sauter à la gorge. J'en profite pour nettoyer un peu mes lunettes constellées de gouttes de pluie, même si ça ne sert pas à grand-chose vu le temps. Law redresse un peu sa casquette d'une main. Bonney décroise les bras pour les poser sur ses hanches.
- Ma pauvre Cara… tu as vraiment un grain. Tu as vu avec qui tu traînes ? On dirait un mafieux.
-Tu peux parler, tu es celle avec un flingue ici, réplique Law.
- Wow les gars… je souffle en riant bas. Mettez-vous d'accord, lequel est l'hôpital et l'autre la charité ?
Ils lèvent les yeux au ciel dans un bel ensemble. Super. Je me suis dégotée des faux jumeaux.
- Ça vous dérange si on bouge ?
- Je dois retourner à ma voiture de toute façon, répond Bonney. Je l'ai laissé en plein milieu de la route avec la porte grande ouverte.
Je fronce les sourcils.
- Ton pick-up ? Il est vraiment voyant d'ailleurs, ce n'est pas un peu risqué ?
- Le pick-up ? rit-elle. Non, lui je l'avais volé pour échapper à l'autre connard de Clebs. Oui enfin remarque… celle que j'utilise actuellement, je l'ai volée aussi.
Je cache à peine un raclement de gorge amusé. Law grogne.
- Mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ?
- Oui, c'est justement la question que je me posais.
Mon cœur s'arrête.
Mes pensées s'anéantissent.
Non.
Cette voix.
Tout mais pas ça.
Lentement, refusant d'y croire, je me tourne vers l'escalier de métal. Celui que j'ai descendu un instant plus tôt. Et là, assis au milieu des marches.
Rayleigh.
Un parapluie ouvert au-dessus de lui dans une main. L'autre sous le menton.
Les yeux brillants mais indéchiffrables derrière ses lunettes.
Un air d'intérêt poli sur le visage.
Un sourire calme sur les lèvres.
Non. Pitié non. Je rêve c'est obligé. C'est un cauchemar. Une terreur nocturne.
Pourtant… du coin de l'œil, je vois Bonney poser vivement la main sur son arme, mais s'immobiliser en reconnaissant l'homme. Law derrière moi se tend, mais se contente de baisser la tête pour cacher son visage.
Mais… Mais tout ça est inutile, n'est-ce pas ?
- Rayleigh…
Je comprends que c'est moi qui viens de parler… même si je ne m'en suis pas rendu compte. Même si j'ai tellement le tournis que je m'étonne d'avoir réussi à aligner deux syllabes.
Rayleigh se contente de se lever et d'épousseter son short de toile. Lentement, il descend les dernières marches pour nous rejoindre dans la petite cours arrière. Et qui me semble soudain se resserrer encore davantage, m'écrasant au passage.
Pourtant, il me sourit. Il ne semble même pas en colère.
- J'étais sortie pour te donner un parapluie pour la route… mais regarde-toi, tu es déjà bien arrosée.
Et tout doucement, il passe une main sur mon front pour écarter une mèche détrempée que je n'avais même pas sentie. C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à détourner mon regard du sien. J'y cherche la moindre trace de fureur, de déception ou de… de… de tout ce que je mériterais. Mais dans un désespoir encore plus grand, je n'y lis que de l'affection et de l'acceptation.
Et c'est bien plus douloureux.
Il me sourit, et se tourne vers Bonney pour lui offrir une petite courbette polie.
- Merci de veiller sur mes garçons quand je ne suis pas là.
Elle écarquille les yeux une seconde, surprise… mais lui répond de même.
- Je ne peux malheureusement pas dire que c'est désintéressé. Mais c'est vrai que je pourrais être ailleurs. Je lui dois bien ça. J'ai une ardoise à payer.
Un rire minable m'échappe. Elle me fait un infime clin d'œil en faisant mine de regarder ses ongles.
Rayleigh rit plus franchement puis se tourne vers Law qui est encore plus rigide que moi. Lui n'ose pas regarder le vieil homme.
Pourtant lorsque sa main tenant le parapluie entre dans son champ de vision, il redresse le menton.
- Puis-je te confier Cara, jeune homme ?
J'ai un frisson de crainte devant son ton lourd de non-dits et un plus violent encore lorsque Law lève les yeux pour rencontrer ceux de Rayleigh. Une fraction de seconde et il acquiesce, attrapant le parapluie.
- Parfois, j'ai le sentiment que c'est moi qui lui ai été confié.
Et comme un instant plus tôt, Rayleigh a un rire léger. Il lui confie le parapluie et se retourne vers moi. Sans perdre son sourire. Juste… Rayleigh.
Il se penche, embrasse mon front puis s'éclipse d'un pas tranquille, remontant les escaliers en agitant la main.
- Pas d'imprudence sous la pluie les enfants.
Et il rentre dans l'appartement sans un regard dans notre direction.
Je crois que- que je vais pleurer.
Mais je me retiens. Très fort.
- Ma voiture m'attend. A plus tard.
Et avant que je n'ai pu dire un mot, Bonney disparaît. Je me tourne vers Law sans oser croiser son regard pour autant. Il s'est approché pour me mettre sous le parapluie. Je n'arrive pas à respirer suffisamment bien pour lui parler.
Il ne dit rien non plus un instant, le temps que je me reprenne.
Puis je sens quelque chose sur mon crâne. Surprise, je lève la main pour sentir un tissu doux. Sa casquette.
- Allez viens. Tu es trempée, tu vas attraper froid.
Il m'attrape la main pour me bouger et m'aide à décoller mes pieds de la pelouse pour le suivre. Je renifle mais garde la tête haute. Je m'accroche à sa main comme à une bouée de sauvetage dans cette tempête… Je la serre, le remerciant… puis m'arrête.
Il s'arrête à son tour.
Là, debout en plein milieu de la route sous une pluie battante, où nous tenons difficilement sous un parapluie.
Je ferme un instant les yeux. Je ne les rouvre que pour chercher ceux de Law. Son regard d'acier est un mélange de questionnement et de… peine. Là, tout de suite, il a pitié de moi pauvre créature frêle, mouillée et pitoyable que je suis.
A cet instant, je ne suis qu'une petite fille qui a fait une grosse bêtise et qui vient de se faire prendre. Mon égo est en miette, écrasé par la culpabilité. Mes larmes de panique se changent en larmes de honte et débordent. Ce qui ne me rend que plus pitoyable encore, sanglotante sans pouvoir me retenir. J'ai beau essuyer mes yeux sous mes lunettes, j'ai beau renifler, impossible de me reprendre…
Et la main que je serais me serre à son tour.
Je m'y accroche, tremblante. Même la honte ne me fera pas lâcher cette aide bienvenue.
- Viens. Ma voiture est dans l'angle de la rue. On ne peut pas rester là.
Le soulagement qui me prend ne fait qu'accentuer mes larmes et se resserrer ma gorge. J'acquiesce, faute de pouvoir parler.
Là, dans mon état, je n'aurais jamais pu rentrer chez nous. Cela aurait sonné comme une insulte envers… tout le monde.
Il semble comprendre et reprend le chemin. Je le suis. Sa voiture est deux rues plus loin. Il m'ouvre la portière passagère et je m'y engouffre dans un frisson. Je suis frigorifiée. La portière claque et il monte à côté de moi. Soudain à l'abri, j'écoute le fracas de la pluie sur le pare-brise. Mes reniflements résonnent désagréablement dans l'habitacle où sa respiration profonde est régulière. Il me tend un mouchoir que j'attrape avec reconnaissance.
Un silence gênant s'installe et s'étire. Il n'ose pas dire un mot, et je me suis calmée malgré moi. Il se racle discrètement la gorge avant d'enfin oser parler.
- Tu vas avoir beaucoup d'ennuis ?
Sa remarque est tellement… déplacée que je m'étrangle un peu. Il se moque de moi ?
- C'est Rayleigh, je me contente de répondre pour ne pas lui lancer une pique acerbe.
Visiblement il ne sait pas trop comment prendre cette information. Son air hésitant ne fait qu'accroître la soudaine colère qui me prend du plus profond de mes entrailles pour courir sous ma peau jusqu'à la pointe de mes cheveux. Pour me calmer, je retire mes lunettes et les nettoie minutieusement.
- Je suis désolé, Cara.
Ah ! Dans un élan de rage que je ne contrôle pas, le balance un coup de pied violent contre la boite à gant qui s'ouvre sous le coup. Je réalise ce que je fais… mais impossible de le regretter. Je serre les dents pour ne pas pleurer. De rage cette fois.
- Qu'est-ce que tu faisais là au juste hein ? Tu étais sérieux quand tu disais vouloir me parler ? Miséricorde, ça a intérêt à être plus important que ma crédibilité.
Il fronce brièvement les sourcils devant mon attitude, mais ne fait aucune remarque.
- Je voulais- (il s'interrompt une seconde, comme s'il cherchait ses mots, puis enchaîne d'une voix plus posée) Je pensais que je te devais encore des explications. Et des excuses.
- Ah ! je ris jaune. Tu as un sacré sens du timing, mais je ne suis pas sûre de l'apprécier.
Il ne répond pas de suite.
- Cara.
Je renifle, n'arrivant pas à le regarder.
- Cara, je suis désolé.
Mais ces mots ne font qu'accentuer ma colère. J'ai un ricanement cynique.
- De quoi tu es désolé au juste ? De m'avoir mise en danger ? A de multiples reprises ? De m'avoir abandonné au moment où j'avais besoin d'aide ? Ou bien d'avoir foiré aujourd'hui ? Choisis bien, parce que je ne suis pas sûre d'arriver à t'en pardonner plusieurs.
Il approche sa main pour la poser sur mon épaule, mais il me suffit d'un regard pour qu'il interrompe son geste. Furieuse. Je suis furieuse comme je ne l'ai rarement été.
Je lui jette un regard. Arg ! Illisible ! Il y avait longtemps ! Ce que je peux avoir horreur de ça ! Je fixe plutôt sa main.
- Ne me touche pas.
Il a un… ce qui pourrait ressembler à un sursaut et enfin, derrière son masque de neutralité, je lis surprise et remord. La dernière expression me fait un bien acidulé, et je l'apprécie plus que jamais. Il n'y a pas de raison pour que je sois la seule à pâtir dans cette situation de merde.
- Alors ? Qu'est-ce que tu voulais me dire ? Qu'est-ce qui est si important que ça pour que tu viennes jusque chez mes amis qui n'ont en aucun cas besoin de connaître ton existence ?
Il a une grimace.
- Les choses ont pris une tournure un peu inattendue…
- « Un peu inattendue » ?! je m'offusque. Non mon gars. Que Bonney te croise à deux reprises et finisse par penser que tu puisses être un danger, ça c'est « un peu inattendue ». Que tu viennes me pourrir la vie avec l'action la plus stupide que tu n'es jamais faite depuis que je te connais, ça, c'est cruel.
Je me mors la lèvre pour ne pas enchaîner par une diatribe venimeuse. Mais quel con ! Je me force à respirer calmement, mais c'est loiiiiin de me détendre.
Soudain, la colère est la seule émotion qui me vient lorsque je pense à Law, alors qu'à aucun moment… jamais il… ce n'était pas entièrement sa faute mais… là, c'est juste trop.
- Et bien je t'écoute Law. Parle, au point où on en est, est-ce qu'il y a une autre option ?
D'autres larmes m'échappent et je les essuie rageusement.
- Cara…
Sa voix trahie une demande. Pourtant je n'arrive pas à le regarder.
- T'excuser, je crache presque. Ne te fous pas de moi Law. T'excuser de quoi au juste, hein ? De quel moment ? Oh je suis sûre qu'à chaque fois, tu avais de très bonnes excuses et qu'à côté, je ne suis pas grand-chose, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que je peux bien représenter face à Dofflamingo, à la Brigade, à ta propre vie… Je comprends va, ne t'en fais pas. Ne gaspille même pas ta salive.
- Cara-
- Tu sais quoi ? Ne dis rien. Ça vaut mieux. Surtout… ne dis rien.
Pendant une seconde, il obéit, ce qui me laisse le temps de me frustrer encore plus du fait qu'il fléchisse. S'en est trop.
Je sèche mes joues à me les brûler et d'un geste brusque, écarte la main tendue qu'il me présenter, aide ou demande d'apaisement. Mais là, rien ne pourrait m'aider et je ne suis pas prête de me calmer.
La pluie dehors s'intensifie, reflet de mes propres émotions. S'en est trop. Je ne peux plus rester là. L'habitacle qui un instant plus tôt était un abri bienvenu devient étouffant. Je dois sortir de là, vite.
- Tu te souviens ? Je t'ai dit que qui que tu étais, cela n'avait aucune importance à mes yeux. Que ça ne changerait rien et que tu ne me dois rien. Je réitère.
Je me tourne vers lui pour vriller mon regard dans le sien.
- Je n'ai pas à savoir et je ne veux rien savoir. Amuse-toi bien.
Je ne peux plus dire un mot, la gorge trop serrée. Furieuse, j'ouvre la portière d'un geste brusque, m'offrant un ainsi une douche glacée qui me ravage le visage. J'ignore l'appel de Law derrière moi et claque fort la portière derrière moi pour bien lui faire comprendre qu'il n'a pas intérêt à chercher à me rattraper.
Il pleut des trombes. Mais je n'ai plus d'autres solutions et je besoin de m'éloigner très vite. D'un pas pressé, frissonnante, je rentre chez moi à grandes enjambés.
La pluie n'aide pas à m'affranchir mes idées et j'ai beau claquer des dents, je bouillonne toujours de colère.
Il n'a même pas insisté pour me répondre ! Oh bien sûr, il avait de bonnes raisons… et l'une d'entre elle est qu'en effet, je ne représente pas grand-chose dans cette équation. Ce qui ne fait qu'attiser ma colère. Je n'avais aucun impact dans sa vie, était-ce vraiment la peine de pourrir la mienne ?!
J'arrive chez moi plus rapidement que je ne l'ai jamais fait depuis le Party's Bar. Je claque la porte derrière moi… et un silence à peine troublé par le bruit lointain de la pluie dehors résonne autour de moi. Je dégouline dans l'entrée, debout, immobile un instant. L'appart est sombre et sans vie. Ma respiration encore rapide est presque de trop.
Je ferme les yeux. Je me calme, enfin.
Je suis… épuisée. Tout d'un coup, je ne rêve plus que de mon futon, chaud et réconfortant. Je me rappelle soudain que je devais rentrer plus tôt pour préparer le repas de Koala… mais ce ne sera pas long.
J'ai à faire. Alors je retire mes chaussures imbibées et traverse le salon en retirant un à un mes vêtements, jusqu'à mon t-shirt qui-
Arg, qu'est-ce que-
Mon haut s'est coincé sur mon front et m'a tiré plusieurs mèches avant que je n'arrive à le retirer. Je le secoue pour voir ce qui s'est coincé dedans et en tombe-
… la casquette de Law.
Je l'avais oublié et j'étais… tellement en colère que je ne me suis même pas rendu compte que je l'avais sur la tête.
Tombée à l'envers sur le planché, elle me semble soudain m'accuser de… de tout…
Miséricorde, je suis fatiguée… je perds le fil de mes pensées.
Je la ramasse. Elle est trempée, dégorge un peu dans ma main.
La fatigue se change en culpabilité. Je ferme les yeux, épuisée.
Qu'est-ce que j'ai fait… ?
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Merci d'avoir lu !
