Heeeey !

Mise en place de cet arc dans ce chapitre et plus dans les suivants. J'aurais beaucoup de chose à dire à la fin de cette partie de l'histoire, pour ceux qui se demandait ce que j'allais faire avec tel ou tel personnage. Vous aurez une partie de la réponse ici. Ce qui ne rentre pas dans la narration, je l'expliquerai en temps voulu.

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Partie IV

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Chapitre 39

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Hum…

Huuuuum…

Huuuuuuuuuuuuum…

- Qu'est-ce tu fiches ? je m'irrite face au regard appuyé et suspicieux d'un Ace, bras croisé, et critérium coincé entre le nez et la lèvre supérieure.

Il a l'air fin comme ça tiens.

Pourtant, il ne se démonte pas, plissant davantage les yeux. Dans dix secondes, ça va m'énerver. Il n'attend pas autant.

- Je vais d'voir porter plainte pour plagiat.

… gné ?

- Mais qu'est-ce que tu m'baves ?

Il attrape son crayon pour le mettre dans sa queue de cheval « spéciale révision ». A noter que les révisions ne sont que pour moi. Lui tout ce qu'il révise, c'est une voiture pour le compte de Kidd.

Kidd qui, s'il débarquait dans la seconde pour le remettre au boulot, m'arrangerait bien. Mais je crois que ça tient de l'impossible : ça fait deux semaines qu'il ne quitte quasiment pas son appartement, au-dessus du garage. Apparemment sa petite amie est très malade et il est au petit soin pour elle. Du coup, c'est Killer qui aurait dû tenir la boutique, mais comme il est à l'étranger comme ce mois-ci, le garage est en service minimum et c'est Ace qui s'occupe d'un peu tout.

Il croise les bras et prend un air faussement méprisant.

- D'hab', c'est moi qui suis bougon, mal dans ma peau, ronchon, acariâtre, grincheux, désagréable, bourru, patibulaire-

- Depuis quand tu as autant de vocabulaire toi ? je le coupe (de façon grincheuse, avec un ton bourru parce que je suis mal dans ma peau). Est-ce que tu sais au moins tout ce que ces mots veulent dire ?

- Bref, élude-t-il en ignorant mon intervention. Le rôle de l'ado en crise identitaire, c'est l'mien. Pas touche, y'a un copyright dessus.

Je lève les yeux en ciel en remontant mes lunettes.

- Je suis simplement concentrer sur mes révisions, je marmonne en tentant de lui faire lâcher prise.

Autant essayer de retirer son repas à un lion. Il ricane avec légèreté.

- Non, quand t'es concentrée, tu r'ssembles à Luffy quand il n'a pas mangé depuis deux heures. Là (il esquive sans mal la boule de papier que je lui envoie avec un peu trop de force), j't'assure que tu berneras personne. Et j'tiens à mon titre de plus grand mélancolique. Alors, tu vas m'raconter ou bien ?

Ace.

La délicatesse incarnée.

Je hausse les épaules.

- Non.

Haussement de sourcil amusé.

- Je rêve. Le lapin nain s'rebelle… J'en pleurerai de rire si c'était si attendrissant. Fais la moue pour voir ?

Pour toute réponse, je lui lance mon propre critérium à la figure. Mauvaise idée. Il l'attrape agilement et le fait tournoyer entre ses doigts. Et moi, je n'ai plus de quoi écrire pour faire semblant de travailler et l'ignorer. Erreur stratégique.

Mais après un bref duel de regard, il soupire et me l'envoie dans le front.

Aïe.

- Ça va, j'ai saisi. Tu m'en parleras quand tu voudras.

Je veux.

Ace, à toi, je veux…

Mais…

- Ace ?

Lui qui était sur le point de se lever s'interrompt et me lance un regard interrogatif, puis se rassois. Je dois avoir l'air assez sérieuse pour qu'il m'écoute dans un de ses rares moment de concentration.

- Cara.

Juste une invitation. Tout est toujours si simple avec Ace…

Ace… c'est… la personne qui pourrait tout me pardonner d'un battement de cil… qui, en y réfléchissant bien, pourrait ne pas m'en vouloir une seconde pour ce que j'ai fait. Pour ce que je leur ai caché. Pour mes secrets, mes distances, mes absences.

Ace…

Mais… et si ?

Il y a un an, jamais je n'aurais ne serait-ce que hésiter, pas un quart de seconde.

Mais aujourd'hui.

Il pleut dans la Cité comme il pleut dans mon cœur qui ne semble pas vouloir apaiser la tempête qui secoue ma poitrine.

Stupide pacemaker. A quoi tu sers ?

J'ai tellement de… de pensées… de cauchemars… de liens.

Je n'en avais plus. Je n'avais plus rien qui me retenait, plus aucune chaîne qui entaillait mes poignets ou mes rêves…

… Alors pourquoi a-t-il fallu que je m'en créais ?

- Ace, que faudrait-il que je fasse pour que tu ne puisses pas me pardonner ?

Stupeur.

Pour Ace comme pour moi. Il semblerait que ma langue n'ait pas été aussi bien liée que ce que je m'étais imaginé. Sûrement parce c'est Ace.

Stupide langue.

Stupide Cara.

Silence.

Moi qui m'attendais à… je ne sais pas en fait.

Un éclat de rire ?

Un autre ricanement ?

Une boutade, sans aucun doute.

Ace étant Ace.

Mais Ace étant Ace… Ace est toujours aussi imprévisible.

Il se lève, contourne la table pour m'attraper par les épaules pour me mettre debout.

Stupéfaite, je n'ose pas faire le moindre mouvement. Il a encore grandi. Je ne m'en étais pas aperçue. Il est plus musclé aussi. Dans quelques années, il en imposera encore bien plus… mais j'espère juste que Ace… restera toujours Ace.

Comme à cet instant, où il me prend dans ses bras.

Qu'il me sert à m'en casser les côtes. Et pourtant avec tant de délicatesse.

Ah… voilà ce qu'il me fallait.

Mon meilleur ami.

- Cara. Il n'y a rien que tu puisses faire. Rien qui ne t'éloignera jamais de moi.

Sa voix est grave. Il sent le pétrole. Il est brûlant.

Ace…

Oh Ace…

- Si un jour, je trouve le courage, je murmure malgré-moi d'une voix tremblante. Ace…

Il me sert dans ses bras.

- Quand tu voudras. Et tu sais quoi ? Je sais parfaitement que tu ferais pareil pour moi. Et que pas un instant, tu pourrais envisager de m'en vouloir, sérieusement j'entends, pour quoi que ce soit…

… Il a raison.

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Il pleut.

Tu parles de vacances. L'air brûlant s'est changé en air moite. Dès que l'on sort, on a plus l'impression de nager que de marcher.

Adieu sable blanc et sorbets, on est tous resté bien cloîtré chez soi.

Koala chez les Kokoyashi.

Ace chez Kidd.

Sabo et Luffy chez Garp.

Rayleigh à l'étranger.

Smoker et Hina injoignables.

Je n'aurais pas cru qu'un jour, je trouverai le silence de l'appartement relaxant. Même le son de la pluie s'acharnant sur les volets ne réussit pas à gâcher le fait que pour une fois… et bien je suis bien, là.

Mon canapé, un bon livre, du thé et du calme.

C'est agréable. Presque autant que le sable blanc et les sorbets.

Lorsque je me redresse pour m'étirer de toute ma (petite) hauteur, je remarque seulement que la journée avance au même rythme que les pages de mon livre.

Je baille et me lève pour faire chauffer de l'eau pour une énième tournée de thé. Justes le temps que je me décale vers la fenêtre et admirer le paysage. Qui en l'occurrence, se résume en un rideau de brume grise constellait de pluie.

Gris perle.

Non… pas exactement. Le reflet de l'eau… presque, un gris métallisé.

Je me secoue. Non non non Cara, pas penser à ça…

Pourtant. Roh puis zut.

Hors de question de frôler la mélancolie ou le ridicule d'une tragi-comédie. Un peu de nerf par Roger !

Une bonne claque sur les joues, un thé bien chaud, et il est temps de se mettre un film. N'importe quoi pourvue que ce soit drôle. Luffy m'avait prêté un DVD avec ce genre de chose il y a quelque temps… où ai-je bien pu le ranger ?

Hum. Placard. Il ne me faut que quelques secondes pour le trouver. Et révéler au passage ma planque de la casquette de fausse fourrure blanche.

C'est définitif, je suis nulle pour trouver des cachettes.

Je passe la main dessus… la prend pour l'examiner.

Elle est incroyablement douce. Un peu élimée par endroit. Les tempes notamment.

C'est mignon. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Voilà qui été familier. Et un peu grinçant.

Je suis toujours aussi en colère. Et je culpabilise encore plus. Mais je suis furieuse. Et honteuse.

Ah merde.

Mais à quoi il pensait, hein ? Qu'est-ce que ce type peut bien avoir dans le crâne ? Comment son esprit peut bien fonctionner ?

Je sais qu'il est… rationnel. Prudent. Distant.

Et pourtant, rien dans ses derniers agissements n'était rationnel, encore moins prudent, et sans aucune distance. Qu'est-ce qui lui a pris ? La pression sans doute. Il doit être débordé entre la clinique, la mafia et la brigade… Peut-être qu'il avait besoin de changer d'air ? Mauvaise idée.

« Idée », tu parles. En plus, comme je me suis comportée comme une imbécile, je ne sais même pas de quoi il voulait me parler. Si c'était important, je l'ai dans l'os. Quoi qu'il aurait trouvé le moyen de me prévenir s'il y avait un danger.

Difficile de savoir ce qui pouvais bien se passer derrière ses prunelles grise comme des portes de coffre-fort et sous sa tignasse crépue protégée par cette casquette.

Et tiens, de quoi j'aurais l'air avec ?

Dans une pulsion difficile à expliquer, je coiffe la casquette et me tourne vers le miroir de l'armoire.

Hum… je ne sais pas. C'est bizarre.

Bon, déjà, cette merveille de douceur ne me va pas du tout. Avec mes boucles, j'ai l'air d'un champignon atomique, je ne ressemble à rien.

Et puis, après notre dispute, je ne pense pas avoir la permission de porter ses affaires. Mais bon. Ça peut être fun.

Mon reflet me trahie : impossible de cacher mon esquisse de sourire. Je ne sais même pas de qui je me moque. De Law ou de moi.

Je prends la pose.

Droite, je m'efforce de froncer les sourcils aussi forts que les siens pour former une ligne droite. Sans succès, on dirait juste que je vais éternuer. Mais je garde la pose.

Me forçant à imiter sa mine sombre, je suis plutôt satisfaite du résultat lorsque je remarque que je ressemble juste à un lapin nain contrarié. Je relâche la tension de mes joues en relâchant un rire.

Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Pensive, je me penche un peu plus sur mon reflet.

Je n'ai aucun trait en commun avec Law. Même sa casquette me rejette, c'est dire.

Law a eu une sœur. C'est une information étrange, que je garde au fond de ma mémoire, entre crainte et curiosité.

Oh il est clair que je ne lui poserais plus jamais de question sur son enfance, mais j'avoue que j'aurais été curieuse de savoir à quoi la petite sœur de cette grande perche tatouée pourrait bien ressembler. Enfin. Pouvait. Si sa sœur était toujours de ce monde, aucun doute que Pen' et Shachi m'en aurait touché deux mots. Peut-être que même eux n'ont jamais eu connaissance de son existence… ?

Whoaw ! Tout doux Cara, tu surestimes beaucoup ta place dans la vie de la grande perche. Je n'ai été que sa logeuse d'un été.

Je laisse tomber. En plus, après l'autre soir, je ne pense pas qu'il est à nouveau la moindre envie de supporter la gamine immature que j'ai pu être et que je suis encore.

Dès que Smoker et Hina donneront signe de vie, je laisserais la casquette chez eux et je m'efforcerais d'oublier définitivement toute cette histoire.

Par réflexe, je jette un regard à mon poignet droit, toujours marqué. Mouais. Presque tout.

On toque à ma porte, me sortant de mes pensées.

Bizarre. La concierge ? Je suis sûre d'avoir garé mon vélo au bon emplacement et qu'aucune odeur n'émane de mon appartement à part peut-être une douce flagrance de thé à la vanille.

Dans le juda, il n'y a personne. Bon, une erreur.

J'allais me détourner lorsqu'on toc à nouveau. Si c'est un gamin du quartier qui s'amuse, il va m'entendre.

J'ouvre en grand… pour tomber sur Bonney.

Celle-ci passe d'un regard contrarié derrière elle… à un surpris puis exaspéré à mon encontre.

- Mais c'est quoi ton problème ?!

Heu. Oui, non, quoi ?

- Pourquoi tu m'agresses comme ça ?

Elle soupire et rentre en me bousculant.

- Tu ouvres à n'importe qui et tu as un rat mort sur la tête.

Un… quoi ?

Ah ! La casquette, je l'avais momentanément oublié. Mais sa remarque ne me plaît qu'à moitié.

- Et toi tu-

Je m'interromps soudain. Je n'avais même pas vu mais… elle est trempé de la tête au pied, dégouline sur le parquet, d'eau et de… sang.

- Bonney ! je panique soudain en me jetant presque sur elle pour trouver la blessure.

- Ben quoi ?

Cette fille est- merde. De quoi je m'étonne au juste ?

- Et toi, c'est quoi ton problème ? je soupire, résignée.

Elle esquisse un sourire, amusée par ma réaction.

- Je me suis pris une balle.

- Oh non, je gémis. Pas toi aussi…

Elle hausse haut les sourcils et me dévoile un bras athlétique et plein de sang.

- Elle n'a fait que me frôler. C'est superficiel et ça ne saigne déjà presque plus.

C'est déjà ça.

Je lui indique la salle de bain du pouce.

- Va prendre une douche. Et laisse tes affaires devant la porte, je t'apporte un jogging et je mets tes fringues à laver.

- Tu es sûre ?

Je lève les yeux au ciel.

- Quoi, tu préfères de suite retourner tenter de te suicider ? Va prendre une douche- non, un bain. En sortant, tu auras un pansement propre, un thé à la vanille et un film.

Les yeux dans le vague, elle semble réfléchir un instant à la proposition puis acquiesce.

Chose promise chose dû, nous voilà une heure plus tard affalées sur le canapé, tasse de thé à la main.

Une serviette sur ses cheveux clairs, elle a un soupire de béatitude.

- T'as un grain.

Je lève les yeux au ciel derechef.

- Change de disque. Ou ose me dire que tu t'en plains ?

- Là tout de suite, ça ne risque pas. Mais j'ai raison, et tu le sais.

Tu parles.

- Mylady voudra un peu de miel dans son thé ? je singe, et elle me répond sur le même ton après un bref sourire.

- Volontiers ma chère, de quoi rendre ce breuvage divin. Ça, et une bonne pizza.

- Bonne idée, je valide. C'est comme si c'était déjà commandé.

Quand on trinque avec nos parts de pizza dégoulinantes de fromage, côte à côte sur le meilleur canapé du monde, elle me jette un rapide coup d'œil.

- Tu ne vas pas me poser la moindre question, n'est-ce pas ?

- Nope, je confirme sans même un regard. Je n'ai pas envie que tu ais à m'éliminer parce que j'en sais trop.

- Tu ne me fais donc pas confiance ?

Qu'elle minaude.

- Pas un seul instant.

Que je confirme.

Elle acquiesce.

- C'est bien, tu vivras longtemps. Bon, tu le lances ce film ?

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Bonney est un peu folle. Complètement hors de contrôle, elle déteste le « système » et la politique plus que tout. Des fois je la retrouve en train de braquer une arme sur quelqu'un, d'autre, au pas de ma porte après s'être fait tirer dessus.

Elle mange comme quatre, aime les films en noir et blanc, et a un piercing dont elle prend grand soin.

La légalité n'est pas son problème, elle est du genre à faire justice elle-même. Si d'ordinaire, j'aurais tendance à désapprouver ce genre de comportement (éducation de Garp oblige), je suis quand même assez lucide pour la suivre dans son résonnement. Et oui, toujours à cause de l'éducation de Garp.

Garp qu'elle semble très bien connaître. De réputation, mais également personnellement, des brides de paroles qu'elle a laissé échapper alors que nous… discourions sur le problème « attraper et neutraliser le Ténébreux avant qu'il ne fasse d'autres victimes ». Le terme « neutraliser » étant à mon plus grand désarroi, laissé à son interprétation personnelle.

De quoi me donner des cauchemars, et c'est bien pour ça que j'ai formellement limité la conversation dans ce sens avec elle. C'est qu'elle pourrait donner la nausée à un zombi cette tarée.

Pourtant, la savoir proche de nous aussi souvent qu'elle le peut, qu'elle nous épie et protège Ace et Luffy est un soulagement. Allez comprendre comment j'arrive à dormir avec ça.

Le plus grand paradoxe de notre relation, c'est qu'à chaque fois que mon téléphone sonne et m'indique que c'est elle qui m'appelle, j'ai toujours espoir que c'est pour m'annoncer une bonne nouvelle, tout comme la crainte d'en entendre une mauvaise. J'imagine que c'est ce qui donne du piment à notre… amitié. Si on peut appeler ça comme ça. Je ne suis pas sûre d'arriver à me limiter de « indic » quand on mange une pizza ensemble. Enfin trois. Dont deux et demi pour son estomac, qui est sans aucun doute relié à un trou noir.

Ah ben bravo Cara.

A force de penser à de la pizza, voilà que j'ai faim.

Un gargouillement sonore interrompt mes pensées. Mais ce n'est pas mon ventre qui s'est manifesté.

Les regards lourds de Kidd, Sabo et moi se tournent vers Ace, dont seuls les chevilles sont visibles sous le vieux tacot qu'il bidouille depuis une heure.

- J'ai faim, est la réponse à nos jugements silencieux qui nous parvient.

Sab' lève les yeux au ciel… mais n'a pas le temps de lui lancer une remarque bien sentit puisque son estomac lui coupe également la parole. Il rougit au ricanement étouffé de son frère.

- Ça va, j'ai compris les gosses, soupire Kidd en retirant ses lunettes de protection. Neuf heures du soir, c'est votre limite pour la bouffe. Vous deux (il nous désigne Sabo et moi), allez donc nous chercher quelque chose à grignoter, du genre bon et rapide, comme des tacos ou des pizzas.

- Je vote pour les pizzas, je lance pendant que je renoue mes tennis.

- Vendu, des pizzas, approuve Kidd avant de marmonner plus pour lui que pour nous. Moi, faut que je passe à la pharmacie de garde. J'ai failli oublier des médocs… Ace ! Tu ne sors pas de sous ce tas de ferraille tant que tu ne sauras pas pourquoi il ne démarre plus, vu ?

- Vu chef ! dit-il. Je crois que j'ai saisi le problème.

- Alors ne sort pas de là tant que tu ne l'auras pas résolu ! Ça devrait nous laisser le temps de faire le tour du quartier.

Sabo et moi échangeons un regard amusé, mais nous nous gardons bien de faire la moindre remarque. Ace est comme un poisson dans l'eau ici, et Kidd semble adorer la perspective d'avoir quelqu'un à qui donner des ordres et qui adore ça.

Complètement tarés.

Soir d'été sans pluies, il fait chaud et sec.

Le soleil commence à peine à se coucher et l'on devrait se faire dévorer par les moustiques d'ici dix petites secondes Sab' et moi.

Mains dans les poches, on déambule dans les rues tranquilles du quartier Nord-Ouest sans nous presser. Ce sont les vacances après tout. Chaque minute que l'on peut prendre entre deux révisions, on les apprécie à leur juste valeur.

Même le Bartigo le laisse réviser son concours et accepte de Sab de simples nouvelles courtes en attendant qu'il ait plus de temps à accorder à l'écriture.

Enfin. Empêcher Sab' d'écrire, c'est comme empêcher Koala de s'entraîner, ça tient de l'impossible. Je sais qu'il perfectionne le dernier roman qu'il m'a fait lire et que j'ai tant aimé avant de le proposer au Bartigo. J'ai hâte d'en faire une énième relecture… Je commence à en avoir un tout petit peu assez des œuvres classiques que j'étudie toute la journée. J'ai besoin de moderne, et en grande dose.

- La Terre appelle Cara… On est arrivé !

La voix de Sabo me semble étrangement loin… Et pour cause, il s'est arrêté devant la pizzeria, mais pas moi.

Oups.

Rougissante et un peu honteuse, je fais demi-tour et presse le pas pour le rejoindre. Il cache très mal son fou rire. Oh ça va…

- Je t'ai déjà vu perdu dans tes pensées, mais en ce moment tu deviens grave.

- Je deviens comme toi ! je me défends comme je peux en croisant les bras et en levant le menton.

- Mais oui, si ça peut te rassurer.

Je lui écrase le pied en guise de vengeance, mais je dois lui faire le même effet que l'une des multiples piqûres de moustiques que l'on a dû subir depuis que nous avons osé mettre un pied hors du garage.

Il continue de rire en se moquant de moi, mais la sonnerie de mon téléphone m'offre une distraction bienvenue.

- Si c'est Ace qui t'appelle, j'espère pour lui que la voiture a démarré avant qu'il ne fasse une demande particulière de pizza.

- Ce n'est pas Ace, c'est mon patron.

Que je mens de manière éhontée.

Bonney.

- Oui patron, je décroche de manière un brin trop enjoué.

Silence.

- Tu as complètement vrillée ou tu n'es pas seule ?

- Je suis avec un ami patron, mais je vous écoute.

Elle ricane.

- Ouais, je t'ai vu t'éloigner avec le blondinet. Je n'étais pas sûre que vous resteriez ensemble.

Je m'éloigne un peu du blondinet en question qui est en train de passer commande.

- On est parti prendre des pizzas. Tu veux que je t'en ramène une part ? je plaisante.

- Nan, j'en ai déjà deux sur le siège passager.

Je l'imagine parfaitement dans une autre voiture volée, assise à la place du conducteur, pieds croisés sur le volant, mangeant d'une main, une paire de jumelle dans l'autre.

- Tu appelles pour te plaindre de faire de la surveillance ?

- Non, mâche-t-elle dans le micro du téléphone. Juste pour te demander un éclaircissement. Tu traînes avec des gens bizarres n'est-ce pas ?

Mon cœur s'emballe, je perds mon sourire.

- Quoi, tu viens de voir Law ? je lui demande précipitamment et sûrement un peu trop fort avant de me ressaisir.

S'il n'est pas loin, si je pouvais lui demander de lui parler… j'aimerais tellement m'excuse de mon comportement…

- Hum, tu veux dire le mafieux qui avait l'air de sortir d'une garde de médecine et que j'ai failli descendre ? Non.

Ah. Oh… dommage. L'adrénaline qui m'était montée à la tête redescend dans mes chaussettes, ne me laissant que plus de regrets.

- Alors hormis toi, c'est la seule personne peut recommandable que je connais.

- Permet-moi d'en douter.

Je ne vais pas trop pouvoir la contredire sur ce coup-là.

- Un grand blond, lunettes de soleil, cicatrice sur le front et à l'air patibulaire, ça te dit quelque chose ?

- Peut-être un ou deux clients du Laboon's, mais sans plus. Pourquoi ?

- Un type qui agit étrangement près du garage. Comme il y a toujours ton pote dedans, je vérifie juste qu'il ne s'agit pas d'un autre de tes amis qu'il ne faudrait pas neutraliser par accident.

Je fronce les sourcils.

- Excuse-moi de ne pas y aller par quatre chemins, mais dans le genre « type étrange » trop proche d'un D, tu ne cherches pas le Ténébreux par hasard ?

- Non, il est beaucoup trop jeune pour être le Ténébreux. Il devait faire dans ses couches quand les premiers meurtres se sont produits.

Je réfléchis rapidement.

- Si tu es sûre que ce n'est pas le Ténébreux et que je ne le connais pas, c'est peut-être juste un client de Kidd qui s'est perdu ? Le garage n'est pas si facile que ça à repérer.

- Hey, gamine. Le soleil brille encore un peu mais il est bientôt neuf heures et demie. C'est drôlement tard pour venir chercher une bécane. Mais je n'ai pas non plus envie de griller ma planque juste pour un mec qui agit bizarrement. Alors, à ton avis ?

- C'est toi l'experte en criminel, je bougonne.

- C'est ça, toi tu te contentes de ceux qui sont assez discrets pour ne pas être sous le coup de chefs d'accusation. Bon. Si dans cinq minutes il est encore là, j'irais lui toucher deux mots.

Et elle raccroche.

Bonney, tout en délicatesse. J'aurais dû parier avec elle qu'il s'agissait juste d'un gars perdu, mais qu'avec elle, le qualificatif « étrange » prend un tout autre sens.

- Tout va bien ?

Sabo qui s'est approché de moi, interrogatif.

- Rien, juste mon patron.

Il fronce les sourcils.

- Mais je croyais que tu avais encore des congés pour réviser.

- C'est le cas ! je m'empresse de répondre avant d'inventer un rapide mensonge. Il voulait juste confirmer mes dates de reprises pour savoir si j'avais des changements de dernières minutes.

Il acquiesce sans rien rajouter. Et même que nos pizzas sont prêtes !

Parfais, j'ai faim.

- On partage la no-

Une explosion nous interrompt.

Une énorme explosion.

Des cris et des alarmes de voitures se font soudain entendre.

Mais surtout, des flammes immenses s'élèvent au-dessus des toits dans la nuit tombante. Des flammes… qui semblent dangereusement proches du garage.

Non.

Qui proviennent du garage.

Ace.

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Merci d'avoir lu :)