Hey !
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Chapitre 43
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Par une fraîche nuit d'été…
Alors que la lune est haute dans un ciel sans nuage…
Que les étoiles brillent comme d'innombrable diamants sur un velours indigo…
Je ferme le Laboon Soul, enfin seule. Les clients sont partis, le patron est chez lui, l'horripilante Keimi m'a dit au revoir dix fois avec beaucoup trop d'entrain et de sourires et enfin, enfin ! Le silence du quartier a repris ses droits.
Fermer la porte, tourner la pancarte, faire la caisse, ranger les chaises, faire le sol et le comptoirs…
Lorsque j'ai terminé, il est presque une heure du matin et je suis transpirante de la tête au pied, mais bien plus calme.
Mon téléphone est resté silencieux.
Dans l'arrière-boutique, je prends une douche rapide et me change. Les cheveux trempés, je les attache en queue de cheval et attrape mon skate, prête pour rentrer.
Lorsque je pousse la porte de service vers la minuscule ruelle, celle-ci est vide et silencieuse. Même le chat n'est pas là. La porte du bar claque derrière moi et je la ferme à clef.
Tant pis, ce soir encore, je rentrerai seule.
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Hina pose une tasse d'infusion de verveine glacée à côté de moi. Je réalise soudain que ça fait sûrement plus d'une heure que je suis penchée sur ce livre car lorsque je me redresse, la totalité de mes articulations craquent bruyamment.
- Merci.
Elle me sourit et s'installe sur le canapé à côté de moi. Je ne peux m'empêcher d'être un peu gênée.
- Vous êtes sûre que je ne vous dérange pas ?
Elle lève les yeux au ciel et ne prend même pas la peine de répondre.
Voilà presque une semaine que je passe réviser mon concours chez eux. Ils sont enfin revenus d'une mission longue et dangereuse… tellement que Smoker s'est retrouvé blessé à la jambe et ne se déplace plus qu'en béquille, et Hina a le bras en écharpe et des pansements sur toutes les parcelles de peau visible.
« Fusillade » a été leur seule explication et je n'en ai pas demandé plus.
Enfin, j'étais juste passée les saluer après leur longue absence, mais à les voir aussi mal en point, je me suis proposée pour les aider dans leur quotidien le temps qu'ils se remettent. Et j'en profite pour réviser mon concours d'entrée à la faculté de littérature qui s'approche à grand pas. J'aurais passé mes vacances à ça.
- Ta coloc ?
- Toujours chez nos amies pour ses révisions.
- Vous ne travaillez pas ensembles ?
Je bois une gorgée avant de répondre, assoiffée.
- D'habitude si, mais là, elle récite à voix-haute avec Sab' de l'Histoire. Il faut que je me concentre sur mes bouquins de littérature. Et puis vous n'êtes pas bruyant, j'ajoute avec un sourire en coin.
On jette un regard conjoint à Smoker, ronflant doucement dans l'un des fauteuils, un de mes livres encore ouvert sur la poitrine.
- Tes bouquins sont presque plus efficaces sur lui que ses antalgiques, se moque Hina. Si j'avais su, j'aurais assaisonné ses tisanes plus tôt…
On pouffe et elle se détend, posant ses pieds nus sur la table basse.
- Fais-moi donc la lecture.
Je lui souris en me réinstallant mais délaissant mes notes.
- Je croyais que tu trouvais mes bouquins ennuyant à s'endormir ?
- Et comment crois-tu que je vais faire ma sieste ? Lis-moi donc cette poésie que tu avales depuis deux jours…
Elle ferme les yeux, tranquille et je me fais une joie de m'exécuter.
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- Gouttez-moi ça !
Thatch pose sur la table un immense plat de fruits de mer et d'assaisonnements qu'il vient de passer deux heures à préparer.
Les exclamations de toutes les personnes présentes lui font s'éventer avec modestie mais pas sans un sourire en coin, très fier de lui. Enfin jusqu'à ce que Marco l'attrape par la ceinture pour le forcer à s'asseoir à côté de lui dans un cri de demoiselle en détresse.
Garp ne pouvait pas être là, mais a fait passer par Rayleigh une caisse entière de limonade pour que nous fêtions dignement la fin des vacances d'été.
Deux mois passés comme un rien…
Et la fin (provisoire) des révisions par-dessus le marché.
Demain, Sabo, Koala et moi passons notre concours blanc d'entrée dans nos universités. Eux le matin, moi l'après-midi, donc nous faisons notre petite fête pour décompresser tôt, alors que le soleil est encore haut dans le ciel.
Rayleigh a accepté qu'on utilise la terrasse de l'appartement côté cours, où nous pouvons être plus tranquille. Surtout vu nos invités.
Thatch s'est proposé pour nous faire la cuisine et Haruta était cordialement invitée puisqu'elle a aidé Sab' et Koala dans leurs révisions, possédant elle-même une maîtrise d'histoire.
Nojiko passe son concours après nous mais profite de l'invitation pour enfin se détendre. Elle est en grande conversation avec Izou, un autre lieutenant de Barbe-Blanche et ami d'Ivan, qui m'aura gentiment fourni plusieurs classiques de la littérature qui me manquaient pour m'éviter de me ruiner.
Marco surveille d'un regard soupçonneux Luffy qui a la bave aux lèvres. Son regard passe régulièrement de lui, à l'aîné de la fratrie qui rit aux éclats avec notre ange blond.
Ma limonade à la main, je m'installe à côté de lui.
J'aime bien Marco. Il est tranquille et paisible. Rien ne semble vraiment l'atteindre. Il est discret et sa manière de regarder les gens me plaît. Aucun jugement, il attend juste que tu parles ou que tu te dévoiles un peu avant de répondre. Qu'importe que ce soit l'apocalypse à côté de lui, il garde sa tranquillité pour n'intervenir que s'il en est obligé.
Après deux heures avec lui, Ace s'en était fait un ami, même si personne ne peut lui résister. Après deux semaines, ma tête de D préféré s'était déjà forgée de solides relations avec beaucoup trop de Barbe-Blanche au goût de Rayleigh.
Mais bon, rien d'étonnant. Il passe le plus clair de son temps chez eux (enfin chez Kidd qui est chez eux). Ajoutons à ça son caractère et le voilà comme un poisson dans l'eau chez l'ancien rivale qui le traite aussi bien que n'importe lequel de ses hommes.
Et parmi les personnes dont Ace est devenus si proche, Marco dénote un peu. Autant Thatch et lui semblent nais pour s'entendre, Haruta est aussi perchée que lui et Izou adore le taquiner… autant Marco est de loin le plus calme et le plus réfléchie. L'aura de maturité qui émane de lui impose une forme de respect… qui disparaît à la seconde où il est obligé de rattraper Ace ou Thatch alors que l'un ou l'autre s'apprête à faire une grosse bêtise.
Il ne montre aucun signe d'accord ou de désaccord à ce que je m'assoie à côté de lui mais accepte la limonade que je lui tends et trinque avec moi.
- Vous aviez raison.
C'est tout ce qu'il a à me dire. Je n'en demandais pas plus. Je lui souris sans rien ajouter non plus.
Ace est né avec un besoin d'être aimé aussi grand que celui d'aimer. On dirait qu'il a trouvé ceux avec qui, au-delà d'un sentiment d'appartenance, mérite son amitié. Et s'il est heureux comme ça, alors Rayleigh, Garp, Sabo et moi en sommes heureux.
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Ça y est. Le jour J-Blanc. Le concours (blanc) d'entrée dans l'université de notre choix.
Oh joie.
Même si ce n'est pas celui qui compte réellement, même s'il ne s'agit que d'un test pour voir notre niveau… impossible de ne pas être stressée.
Koala s'est levé plus tôt et a fait deux fois le tour du quartier avant le petit déjeuner. Sabo n'a tout simplement pas dormi, ce qui lui fait des cernes assez disgracieux sur son habituel gueule d'ange. Nojiko est enfermée chez elle depuis la soirée d'hier et n'en sortira qu'une heure avant son propre examen.
Quant à moi… et bien, comme à mon habitude, je reste tranquille. Enfin. A la seconde où je serais face à ma copie, je perdrais tout mon self-contrôle, mais pour le moment, ça va.
En fait, je profite même d'une bonne glace à l'orange, assise sur un banc devant la salle du concours. On est une bonne dizaine d'étudiants (c'est à dire à peine moins que le nombre total d'aspirants…), assis un peu partout à nous ronger les ongles, un livre à la main sans vraiment arriver à le lire.
Le seul qui est parfaitement détendu… c'est Ace qui s'est allongé sur le banc à côté de moi et qui, mains croisées derrière la tête, chapeau sur le nez et jambes en « 4 », profite librement du soleil.
- Cara, je sens ton regard noir, tu me fais de l'ombre…
Qu'il ricane.
- Si tu es juste venue pour te moquer de moi, tu peux très bien le faire de chez toi, je me vexe faussement.
Il ricane de plus belle.
- Et manquer l'opportunité d'observer tous ces pauvres étudiants perdre secondes après seconde tous leurs moyens ? Jamais.
Je lui file un coup de coude pour la forme, mais le cœur n'y est pas. Il a raison, et on perd la nôtre ici, à attendre sous la chaleur et l'angoisse.
- Ce n'est qu'un examen blanc, mais he, Cara… tu paris sur combien d'évanouissement de panique ?
Je soupire… Il n'est pas gentil… mais bon…
- En plus du mien ? Je dirais trois.
- Je dirais quatre plus le petit blond là-bas… il tremble déjà.
- Ce n'est pas bien de se moquer des gens Ace…
Il s'esclaffe haut et fort.
- D'une, je ne me moque pas, je compatis. A ma façon, ajoute-t-il devant mon regard blasé. Et j'ajouterai que deux, tu as pris les paris.
Je hausse les épaules innocemment.
- Ça n'aura pas non plus été gentil de te laisser t'enfoncer seul dans les ténèbres d'un sadisme mal dosé et perfide toi qui- Aïe ! Ne me pince pas espèce de gougnafier !
Il grimace en me pinçant plus fort.
- Ecoutez-là… c'est trop tard, elle est perdue dans un monde médiéval et arriéré.
- Arriéré toi-même.
J'ai déjà fait mieux comme répartie. Il ne relève pourtant pas.
Le soleil est haut dans le ciel.
Le vent est chaud et les cigales se déchaine dans les branchages ondulants au même rythme que nos poitrines.
Tout est si paisible…
J'aimerai que ces ambiances dorées d'été hors du temps comme celle-ci durent toujours…
Alors je ferme les yeux et inspire à fond l'odeur du soleil sur les pelouses verdoyantes.
De quoi me faire une réserve pour les moments moins chaleureux.
Finalement, faisant face à ma copie dans cette amphithéâtre… les cigales continuent de me bercer.
En sortant, quatre heures plus tard, entre les soupires de soulagement et le brouhaha ambiant, je repère sans mal Ace qui n'a pas bougé de son banc, profondément endormie.
Il entrouvre un œil lorsque je m'assois à côté de lui et s'étire.
- Alors ?
Je sourie.
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Il est presque minuit lorsque l'on atteint le rebord de la falaise qui surplombe la Cité.
La vue d'ici est magnifique, surtout l'été où le ciel est dégagé. La nuit, la pollution lumineuse est si pauvre que l'on voit parfaitement les étoiles. Avantage d'être perdu au milieu de l'océan.
Ace étant la couverture et Sabo nous tend limonade et pomme d'amour qu'il a négocié au festivale plus bas dans le Quartier Nord.
C'est notre dernière sortie de l'été avant la reprise, on a voulu la passer au calme et personne ne viendrait admirer le feu d'artifice annoncer depuis le plus mauvais point de vu possible.
On est donc tranquillement assis, sans personne autour et l'effervescence de la Cité nous semble bien loin.
Je pourrais me perdre dans ce ciel étoilé… mon regard dérive entre deux étoiles filantes, où je ne connais aucune constellation de toutes façons. A la dérive.
Que c'est bon.
Je me demande s'ils font une fête ce soir au NewKamaLand… sûrement. Mais ce soir, nous avons juste besoin de calme.
Chez les Barbes-Blanche aussi ça doit être ambiance fête. Pauvre Marco et Kidd. Au moins, Bay pourra participer à celle-là maintenant qu'elle est sur pied.
Quant à Shanks… et bien nous verrons bien demain dans quel état reviendront Luffy et Rayleigh.
Je me demande si Bonney aussi a le temps de faire la fête ou si elle est encore en train de courir pour sa vie dans un égout. J'aurais préféré qu'elle m'appelle pour allonger sa note au Laboon's Soul mais silence radio de son côté malgré mes appels.
… Je me demande si Law a rejoint Pen et Shachi, voire Bepo, ce soir. Le duo de comique est surement au bar en grande conversation avec Keimi. Peut-être qu'il y est aussi.
Il devrait.
Elle est plus facile à approcher que moi. Plus sympathique, plus gentille, plus souriante. Il l'aura bien vite adopté, comme tous les autres clients. Et elle porte mieux l'uniforme que moi et mes hanches trop larges pour ma poitrine inexistante.
… A quoi je pense ?
Je suis partie trop loin.
Une rasade de limonade plus tard, et ça va déjà mieux.
J'ai les idées plus claires : le ciel, le vent, mes amis.
Juste le battement régulier de mon cœur.
Juste… la paix.
Et que ce moment dure toujours.
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Here, some good vibes : Atwood ft. Limbo & Love-SadKiD – Rain
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Merci pour votre lecture ~
