Hey !

Pour tous ceux qui n'auraient pas vu le précédent édito, je réitère ici mes excuses pour ce délais absolument incroyable. Presque deux ans.

Je vous épargne le récit du pourquoi du comment, ça n'a pas été simple.

Mais je reviens avec de bonnes nouvelles, un chapitre et une reprise assez régulière des updates.

Alors après autant de temps, je me doute bien que j'ai perdu beaucoup de monde, c'est normal. Les gens changent, ont trouvé mieux à lire ailleurs (ce n'est pas dur), ou se sont désintéressés.

Mais cette histoire, envers et contre tous, je la finirai. Même si plus personne ne lit, je la finirai.

Merci à mes adorables bêtas qui m'ont secoué à grands renforts de « c'est nul, recommence » et autres coups de Becherel bien placés pour avoir remis sur pied une grande partie de l'histoire, même si nous n'avons pas finis, on fait au fur et à mesure. Merci à ceux qui s'étaient proposé pour bêta, mon état ne m'a jamais permis de donner suite mais merci pour vos propositions.

Du fond du cœur, merci pour tous vos messages ~

Maintenant, je n'ai plus qu'une hâte, c'est que vous découvriez ce que je vous ai mijoté ! Encore plein de personnages, de scènes, de dialogues… j'espère que tout ça vous plaira !

Vous avez assez attendu, voici le chapitre 47.

Et oh Roger, j'espère qu'il va vous plaire parce qu'il regorge de petits trucs que je me suis éclatée à écrire ! Et le suivant sera bien plus riche, mais on reprend en douceur...

Avec toutes mon affection, bonne lecture !

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Chapitre 47

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- Cara !

J'entrouvre un œil.

Smoker me secoue.

- Par Roger, Cara !

Ah !

Je ricane.

- Sérieusement, tu jures par Roger ?

C'est étrange, ma boutade ne semble pas le rassurer. Hina s'approche en courant de nous alors que je papillonne pour reprendre mes esprits. J'ai dû perdre connaissance un instant. La vive douleur à ma cheville me rappelle pourquoi.

Hina s'accroupie à notre hauteur. Ce qu'elle fait sérieuse avec ses cheveux attachés et son gilet pare-balle ! Je pourrais presque croire qu'ils sont vraiment flics, sapés ainsi.

- Qu'est-ce que tu fais là ? murmure-t-elle en passant sa main sur mon cou pour prendre mon pouls.

Je me sens moins vaseuse après un petit somme. Je grimace.

- Vous ne répondiez pas au téléphone… Quelle heure est-il ?!

Je regarde ma montre, le cœur battant… si je me suis évanouie trop longtemps… Mais non. Seulement quelques minutes. Il est encore temps.

- Law est blessé, je leur explique en me redressant d'un coup. Ses glacières, j'ai-

- Dégagez le passage !

Deux urgentistes avec un brancard me coupent la parole. Ils accourent vers nous, faisant reculer Smoker et Hina pour m'attraper comme un sac de frappe et m'allonger sans difficulté sur leur civière en faisant bien attention à ma cheville. Mais je les ignore, me tournant vers le couple de la brigade.

- Les glacières que devait vous faire passer Law, je reprends en dégageant le porte-document comme je peux pour le leur tendre avant d'essayer de me dégager des glacières et de la bande de crêpe qui m'étrangle à moitié. Je les ai récupérés, il faut que-

- Mademoiselle-

- Mais vous allez me laisser finir ?!

Si ma gorge ne m'avait pas fait mal, j'aurais eu du mal à croire que je viens vraiment de crier sur un pauvre urgentiste qui n'a pas eu l'air d'apprécier plus que ça et qui fait juste son travail. Mais je perds patience et il y a plus urgent que ma cheville. Lorsqu'il ouvre à nouveau la bouche, c'est plus fort que moi, je crie de plus belle.

- Silence !

Je me tourne vers Smoker et Hina qui étudient les documents.

- Glacières, organes, moins d'une heure, transplantation, hôpital, vite.

Ils sont heureusement plus réactifs que les deux autres. Ils hochent la tête et se mettent en action en moins d'une seconde. Smoker allume sa radio et parle très vite dedans alors que Hina hurle des ordres aux urgentistes et aux policiers en contre-bas. Parfait.

Je soupire de soulagement et me laisse aller contre le dossier. J'ai la tête qui tourne un peu et je ne dirais pas non à un grand verre d'eau.

Je ferme les yeux une seconde et la suivante, je suis dans une ambulance, sirènes hurlantes, un masque à oxygène sur le nez et sans mes lunettes. Tout est flou autour de moi, mais je devine les silhouettes de Smoker et Hina à mes côtés. S'ils me parlent, je ne les comprends pas, j'ai un léger acouphène.

J'ai froid. Ils ont dû me débarrasser du sweat et des glacières, je suis plus légère. J'ai un peu mal à la tête aussi. Mais j'ai surtout soif.

A quel moment je me suis retrouvée dans un box des urgences au juste ?

Le scope bipe doucement à côté de moi. Je cligne des yeux. Mes lunettes…

- Cara ?

A côté de moi, Hina passe une main sur mon front. Elle est si chaude…

- Va chercher le médecin, j'entends. Cara ? Tu es avec nous ?

Va savoir… Aïe ! Qui me met une lumière si vive dans les yeux ?

Je bas des paupières dans un gémissement de douleur. Mais ça me réveille bien.

La lumière s'écarte et je me retrouve nez à nez avec une femme d'un âge avancé à l'œil vif et au sourire inquiétant. Seule dans le box, elle porte une blouse blanche et me cale un thermomètre sur le front.

- Alors jeune fille, ça boom ?

- Ça pourrait aller mieux… j'ai la bouche pâteuse…

- Tu vas pouvoir boire. Je suis le Docteur Kureha, on t'a pris en charge et tu vas pouvoir sortir avec tes deux amis de la Brigade. Mais tu ne bouges pas de ce lit tant que tes perfusions ne sont pas terminées. Et pour ta cheville, on a dû recoudre tout ça. Interdiction de poser le pied par terre pendant cinq semaines.

- Cinq semaines ?!

- Ne te plaint pas, qu'elle me gronde en regardant le thermomètre d'un regard critique. Si la lame avait entamé le tendon, tu en aurais eu pour six mois. Tu as marché après t'être blessée ?

- J'ai couru… j'avoue en serrant les dents devant son regard colérique.

- Tu as aggravé ta blessure, ce sera donc cinq semaines et pas un jour de moins. Et de la rééducation. Non négociable.

Je grimace. Cinq semaines…

Mais, y'a plus important.

- Les glacières ! je me penche vers elle, le cœur battant. Vous avez réussi à les récupérer ?

Le docteur Kureha a un sourire flippant… mais que je devine satisfait.

- Oh oui, c'était limite mais c'est passé ! Cinq organes qui-

- Cinq ?!

Non… je ne comprends pas.

- C'était six !

Silence.

Cette fois, elle semble un peu plus embêtée. Elle soupire et secoue la tête, fataliste.

- La blessure que tu as au flanc, elle t'a à peine frôlée mais a découpé les bandages que tu avais fait. Une des glacières a du tomber, on ne l'a pas retrouvé.

Non… au non… Ce n'est pas possible… je ne l'ai pas senti tomber… Je courrais, j'ai…

- Ne t'en fait pas, me rassure-t-elle en posant une main sur mon épaule. Si tu n'étais pas intervenue, nous n'aurions rien récupéré. Cinq sur six, c'est déjà énorme compte-tenu des circonstances.

Mais ça signifie que l'un des receveurs n'aura pas eu la transplantation qu'il attendait. Qu'il va devoir encore attendre dans l'angoisse et l'espoir. Personne ne devrait avoir à ressentir ça… personne…

Elle me met une claque derrière la tête, les sourcils froncés.

- Ne pense pas à ça maintenant. Tu es déjà chanceuse de t'en être sortie sans une balle perdue dans la tête. Savoure le fait d'être en vie. Et passe le bonjour au petit Law de ma part, j'ai vu son nom apparaitre sur ton dossier médical lorsqu'on examinait ton cœur, un très bon interne. Si tu as besoin d'un infirmier ou de moi, le bouton est là.

Et elle sort en rabattant ses lunettes de vues.

Le silence revient un instant, seulement interrompu par les « bips » réguliers du scope.

Elle a raison… Je regarde ce qui m'entoure. On m'a passé une blouse d'hôpital, et j'ai une perfusion à chaque bras. L'une d'elle est la fin d'une poche de sang, et la seconde, du sérum physiologique.

Je tourne mon poignet pour regarder l'heure, mais ma montre a disparu. J'aimerais bien mes lunettes aussi…

La porte coulisse à nouveau, pour s'ouvrir cette fois sur Smoker et Hina. Ils ont des pensements un peu partout et elle a la main dans une attelle, mais portent toujours leurs uniformes, sans gilet pare-balles.

Je les salue d'un petit geste de la main, un peu incertaine.

- Ça va ?

- Des bobos, me confirme Smoker en me tendant quelque chose- mes lunettes !

Je les passe et cligne des yeux avec délices.

- On a vu le Docteur Kureha, marmonne Smoker. Alors n'essaies pas de t'enfuir avant qu'elle ne te l'ait autorisé, elle serait capable de te clouer au lit avec des aiguilles.

- Il parle d'expérience, ajoute Hina l'air de rien en s'approchant jusqu'à examiner les données du scop. Tu as perdu connaissance sur le chemin, comment tu te sens ?

- J'ai mal à la cheville… mais je n'avais pas aussi bien dormi depuis des semaines !

Ma boutade tombe à plat. C'est pourtant en partie vraie, cette petite sieste m'a fait un bien fou, je vais beaucoup mieux… Ouais nan, à la réflexion, mon énergie soudaine doit plus sûrement venir de la poche de sang.

Smoker passe une main dans sa tignasse, se saisit d'un tabouret à roulette sans dossier et s'installe pour être à la hauteur et me regarder d'un air sombre que je lui ai rarement vu.

- Finis les mondanités. Qu'est-ce qu'il s'est passé, bordel ?!

Hina lève brièvement les yeux au ciel mais ne le reprend pas et au contraire, s'avance comme pour rentrer dans la confidence. Je grimace. Je me serais bien étirée mais j'ai des tentacules partout, je ne veux rien arracher.

Je réfléchis une seconde. Bonney est au milieu dans cette histoire. Ils ont beau être la police, je ne pense pas pouvoir leur dire un mot à son sujet… je ne me le permettrais pas dans tous les cas, je lui dois bien ça. Police ou pas police.

- Je vous raconte ce qu'il s'est passé, mais je vais avoir besoin de votre aide…

Ils restent silencieux et beaucoup trop sérieux.

- La fusillade de ce matin sur le centre de dialyse n'était prévue depuis longtemps, n'est-ce pas ?

Sinon Law n'aurait eu aucune raison « officielle » de rester sur les lieux, puisque l'évacuation des « dossiers sensibles » aurait été faites bien avant. Ils échangent un regard, mais acquiescent.

- La bâtiment a été ciblé hier après-midi seulement. La veille pour le lendemain, le plus efficace.

Je hoche la tête.

- Law devait vous remettre ces organes pour éviter qu'ils soient perdus dans la fusillade ou récupérés par Doffy, en passant par une porte condamnée qu'il a rouverte, c'est bien ça ?

- Une ambulance l'attendait plus bas pour l'envoyer dans cet hôpital à son signal. Sa couverture était intouchée et nous récupérions six greffons saints pour des patients prioritaires.

Six… le rappel involontaire me laisse un coup au cœur. Mais ce qui est fait et fait, je ne peux plus rien y changer. Je m'autoriserai à y penser plus tard, il y a plus urgent pour le moment.

- Ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu…

- Attend, attend, me coupe Smoker. A quel moment tu interviens dans cette histoire ? Je refuse de croire que cet imbécile de Trafalgar t'ait parlé de tout ça, même lui n'est pas aussi stupide.

Je secoue la tête, évitant soigneusement le sujet Bonney.

- Je me suis juste retrouvée dans le mauvais Quartier en rentrant de mon jogging…

Ils n'y croient pas une seconde, mais me laisse continuer.

- Non, sérieusement, je n'étais au courant de rien avant d'arriver au Quartier Nord Est, alors que la fusillade commencée. Et puis la suite… c'est un enchaînement plus ou moins improbable.

- Oui, je veux bien te croire, ironise Hina qui a sorti une cigarette sans l'allumer pour la faire tourner entre ses doigts.

Elle fait bien, je refuse de mourir dans un hôpital à cause d'une étincelle trop proche des bouches d'oxygène…

- Law s'est fait repérer et toucher. Il a pris deux balles dans la jambe.

La cigarette finit en morceau dans la main de Hina. Smoker a un profond soupire et se masse les sinus.

- Mais c'est pas vrai…

- Si j'ai bien suivi, j'enchaîne pour essayer de les rassurer, sa couverture est sauve. Il s'est débarrassé de ses adversaires, vous les avez arrêtés.

Smoker échangent un regard avec Hina et lui lance un coup de menton. Elle sort son téléphone pour écrire furieusement dessus. Elle me fait vaguement signe de continuer.

- Il est en sécurité, j'ajoute. Il est pris en charge par… quelqu'un de confiance et j'en ai profité pour essayer de vous prévenir. Mais comme vous ne répondiez pas et que l'heure tournait…

J'ai soudain une prise de conscience très nette de la FOLLIE que je viens de faire. Mais il est un peu tard pour regretter.

Smoker passe une main sur son visage, soupire et secoue la tête.

- Il va falloir que je voie avec mes supérieurs pour avoir le fin mot de cette histoire… Mais on a récupéré ce qu'on devait récupérer, et notre indic est toujours en vie. Il semble que malgré le fait que tu sois encore impliquée dans notre dossier principal, la situation est sauve. Quelqu'un t'a vu ? Je veux dire, a vu ton visage ?

- Personne. Enfin, le type qui m'a planté une lame dans la cheville, mais j'avais une écharpe sur la majeure partie du visage. C'était dans le bloc opératoire numéro treize.

Il hoche la tête.

- On a saisi la zone des blocs opératoires, m'assure Smoker. Et toutes les personnes encore vivantes. Mais ça s'est joué à quelques minutes. Si tu n'étais pas intervenue, nous n'aurions rien pu récupérer. Nous n'aurions même pas su qu'il y avait quelque chose à récupérer puisque Law était censé s'en être occupé et que nous n'avions rien reçu pour nous prévenir du contraire.

Je lui offre une pauvre grimace.

- Je t'avoue que je ne sais pas par quel miracle je n'ai pas juste aggravé la situation… J'ai même bien faillit faire une énorme catastrophe, j'ajoute avec un vague rire nerveux.

Hina ne lance un clin d'œil, le téléphone collé à l'oreille et Smoker a sorti le sien pour envoyer une autre pelletée de message. Le silence soudain me fait l'effet d'une chappe de plomb sur mes épaules. J'ai soudain sommeil, mais je me contente de remonter le dossier du lit pour m'installer assise, et ferme les yeux quelques instants.

Ce sentiment de sécurité et de calme après la tempête est un délice. J'aimerai bien mon téléphone cela dit, pour demander des nouvelles de Law… Mais j'ai toute confiance en Bonney.

- Tout va bien ? j'entends Hina me demander à mi-voix.

- Ça va, je lui souris sans ouvrir les yeux, je ne dors pas. Au fait, comment avez-vous su où j'étais ? Je me suis évanouie juste quand Smoker a décroché.

- Tu as dit le nom de Law, m'explique-t-il. J'ai donc contacté son évacuation qui m'a dit qu'il n'était toujours pas là. On a décidé d'avancer jusqu'à la sortie prévue.

- Heureusement que vous êtes plus malins que moi…

Je perds un peu mon sourire et lui offre une grimace désolée.

- Je suis tellement désolée pour cette glacière manquante.

J'ai envie de m'enfuir tellement j'ai honte…

- Ne le sois pas, ne ressasse pas le seul élément qui a mal tourné sur cet enchaînement improbable. Des greffons, on en aura d'autres.

- Si seulement j'avais pu communiquer avec l'autre infiltré sur place, je les lui aurais donnés et il n'y aurait pas eu de problème, je soupire.

Ça s'est joué à un rien… et le timing aurait été meilleur s'il avait pu les récupérer lui… les six… et-

Pourquoi il n'y a plus un bruit ?

Je regarde dans la direction du couple, qui a arrêté tous mouvements pour me fixer, hésitant.

- Quoi ?

- Quoi « quoi » ? Qu'est-ce que j'ai dit ? je m'angoisse.

Mince, quelle idiote ! Je n'étais surement pas sensée savoir pour leur infiltré jouant double jeu. Le fait que je sache ouvre une brèche, et un stress supplémentaire ! Ils n'avaient pas besoin de ça. Miséricorde, quelle cruche je fais.

- Désolée, je m'empresse d'ajouter en me redressant pour m'excuser convenablement. J'étais juste là au mauvais moment, je n'aurais pas dû voir ça mais rassurez-vous, je n'ai rien dit ou fait ! Sa couverture est sauve et j'ai déjà oublié son existence ! Comme pour Law, je ne dirais pas un mot c'est-

- Cara, me coupe Smoker dans un filet de voix. De qui parles-tu ?

Aïe, il est en colère contre moi.

- De personne, je bafouille. Comme je disais, j'ai déjà-

- Cara, reprend-t-il en levant la main pour me faire taire.

Il a une espèce de frisson bizarre avant de fixer son regard dans le mien. C'est à mon tour de frissonner. Jamais, je ne l'ai vu si grave. J'ai du mal à déglutir.

- Cara, dit-il d'une voix blanche. Nous n'avions aucun autre infiltré que Law sur place.

- Oui ? je me force à répondre. Je voulais parler de l'homme dans vos rangs qui joue double jeu chez Doffy… Celui qui connait Law.

Cette fois, le couple se lève d'un bon, me faisant sursauter et se précipite près de moi. J'ai qu'une envie, me fondre dans mon matelas…

- Ecoute-moi bien, reprend Hina d'une voix enrouée. Personne, je ne dis bien personne de la Brigade en dehors de Smoker et moi savions que Law était présent sur les lieux avant et pendant la fusillade. Personne, pas même nos supérieurs.

Je cligne des yeux. J'ai un peu de mal à suivre et la douleur ne m'aide pas vraiment.

- Vous… vous n'avez personne de la Brigade qui joue double jeu chez Doffy ? Quelqu'un qui fait croire qu'il est des leurs pour les amadouer ?

- Non.

La sentence tombe. Tout autour de moi tourne à l'envers.

- Il y avait cet homme, il portait l'uniforme de la Brigade… et parlait avec deux mafieux… il leur a dit de se rendre, qu'il les aiderait mais… je pensais que c'était un stratagème. Et… il cherchait Law parce que Law… n'a pas envoyé son message de confirmation d'évacuation à Doffy.

Plus personne ne respire.

Hina pose sa main tremblante sur mon épaule.

- Est-ce que cet homme t'a vu ?

- Non.

- … Est-ce que tu as vu cet homme ?

- … oui.

Smoker se lève d'un bon pour se jeter vers la porte du box, l'ouvrir à la volée et crier un ordre que je n'ai pas le temps de comprendre : Hina a posé ses deux mains sur mes épaules et me fixe.

- Cet homme Cara, il n'avait aucun moyen de savoir tout ça. Sauf s'il est un haut gradé de chez Doffy, tu saisis ? Cet homme, c'est la taupe qui ruine nos plans depuis des années !

Je hoche la tête, douloureuse. Smoker revient vers nous après avoir fermé la porte et placé la tablette derrière pour bloquer le coulissement. Je me mords la joue.

- Le problème, je murmure incertaine, c'est que d'après ce que j'ai vu, c'est un haut gradé de la Brigade également…

Ce qui est loin de leur faire plaisir. Smoker passe une main dans ses cheveux. Hina semble sur le point de casser quelque chose.

Ils expirent à fond et s'installe. Smoker croise les bras.

- Tu as son nom ?

Je hoche la tête avant de reprendre la parole. Il n'y a pas de suspense à entretenir ici, juste des mesures à prendre :

- Les mafieux qui l'accompagnaient l'ont appelé « Vergo ».

La masse tombe. Leurs visages se ferment.

Je devine sans mal que non seulement ils savent parfaitement de qui il s'agit… mais à en juger par la peine que Hina dégage soudain, ils sont proches.

- Tu es sûre de toi, n'est-ce pas ? souffle-t-elle, son ton ne sonnant plus vraiment comme une question.

- … J'ai… j'ai même un enregistrement. On y entend peut-être sa voix.

Smoker se lève en vitesse, même si ses épaules semblent toujours aussi lourdes.

- Où ?

- Mon téléphone.

Il se dirige vers la porte, la débloque et sort en courant, nous laissant seules Hina et moi. Elle inspire douloureusement, sans me regarder.

- Je suis désolée…

Mais sa peine se change en un clignement d'œil en rage brûlante.

- Oh ne le soit pas. Ce salopard s'est joué de nous… il a causé la mort de tellement d'entre nous… il a… trahi… tellement de monde… il va nous le payer.

Elle bouge les mains comme si elle cherchait à l'étrangler. Elle qui est toujours si précise dans ses gestes perd le contrôle une seconde.

Lorsque Smoker revient en claquant la porte, il a la même expression féroce sur le visage. Il me tend mon téléphone, que j'allume sur le champ pour chercher dans les enregistrements vocaux.

Lorsque je le lance, et que la voix de « Vergo » retentit… Le glas ne résonne que plus fort. Son nom n'est pas prononcé, mais l'enregistrement a marché. Ils le reconnaissent à la première syllabe.

L'enregistrement s'arrête.

Silence.

Smoker pose une main sur son visage… et se met à rire. Un rire grave, rauque et dur, qui me laisse incertaine. Hina aborde un rictus qui laisse apparaitre ses canines.

- Le salopard… Le sale enfoiré…

Hina débite ainsi insulte sur insulte, l'intensité de sa voix augmentant à chacune pour finir par crier un « BATARD ! » tonitruant, sur fond de rire caustique de son mari.

Je crois que si « Vergo » entrait dans la pièce à cet instant, il serait descendu de sang-froid avant d'avoir pu passer le pas de la porte.

D'ailleurs, on toque et Smoker se lève pour débloquer la porte. Un jeune officier visiblement très mal à l'aise d'être là lui tend quelque chose. Il referme la porte sur le champ et me lance l'objet. Une clef USB avec une prise pour téléphone.

- Ce fichier audio, est le fichier le plus important de notre putain de dossier. Il y a un logiciel de protection des données sur la clef. Installe-le.

Je m'exécute. A 100%, le logiciel s'ouvre et me demande mes identifiants. Je tends le téléphone à Smoker. Il s'en saisit et me le rend, cinq minutes après.

- Cara, je te souhaite la bienvenue sur le Système.

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que ça ne va pas me plaire.

- Ce logiciel, a un fonctionnement interne, m'explique Hina. Toutes les données et informations au sein de la brigade sont morcelées pour éviter les fuites. Ainsi, les seules et uniques personnes connaissant les identités des infiltrés chez Doffy sont ceux travaillant sur le dossier des infiltrés. En l'occurrence, Smoker, moi, notre supérieur et depuis l'année dernière, toi.

- Nous mettons à jour le fichier depuis nos identifiants, puis lorsque nous fermons l'application, c'est comme si ces données n'existaient plus. C'est très pratique et efficace.

- S'il nous arrive quelque chose qui nous empêche de mettre à jour notre tableau de bord plus de trois jours ou si nous sommes déclarés décédés, le logiciel envoie le dossier à la ou les personnes de notre choix. L'idée étant que les données restent dans un cercle de confiance, d'autant que nous sommes limités à trois personnes. Par exemple, pour mes données, elles seraient transmises à Smoker et à notre supérieur.

Je vois. Je hoche la tête pour signifier que je comprends. Quelque chose à devenir paranoïaque…

- Cet enregistrement fait désormais partie de notre base de données à chacun. Mais il ne faudrait pas que ton téléphone tombe dans de mauvaises mains. On va t'ouvrir un compte sur le logiciel, tu y ajouteras toi aussi se fichier et tu pourras y ajouter le matricule de ceux à qui l'envoyer.

Je hoche la tête derechef. Je vois ce qu'il voulait dire par « le Système ».

- Cet enregistrement suffirait à faire beaucoup, poursuit Smoker. Mais ton témoignage, nous assurerait de l'envoyer en prison jusqu'à la fin de ses jours…

Je déglutie. Mon cœur a raté un battement. Ma voix n'est pas terrible lorsque je parviens à reprendre la parole.

- Vous voulez dire que je suis officiellement…

- Oui, un témoin.

Voilà qui n'était pas… vraiment prévu. Comment la situation a-t-elle pu dégénérée à ce point au moment où je me disais justement que ça se terminait plutôt bien… ?

Smoker soupire pour la énième fois. Ses traits sont toujours déformés par une colère sourde, et Hina s'est figée pour ne pas simplement hurler. Ils ont l'air d'avoir pris tous deux dix ans…

- Je suis… désolée.

C'est plus fort que moi.

- Ne le sois pas, m'ordonne Hina d'une voix sec. On n'a enfin ce putain de coup d'avance dont nous rêvions. Cette info pourrait faire pencher définitivement la balance en notre faveur…

- Notre supérieur arrive de toutes façons, continue Smoker.

Son timing ne pouvait pas être plus excellent puisqu'on toque à la porte. J'ai une montée d'adrénaline. Soudain, je stress à l'idée de rencontrer le supérieur de Smoker, Hina ou Law… que va-t-il dire d'une lycéenne qui en sait autant ? Sûr que ça ne va pas lui plaire… Je vais passer un sal quart d'heure…

Smoker ouvre la porte avant que je n'aie pu me préparer psychologiquement…

Et la porte coul-

… coulisse.

Découvrant derrière, Garp et Bonney, côte à côte.

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Merci d'avoir lu ~

Bonne semaine et bonne rentrée à tous !