Hey !

Alors alors… ce chapitre vous propose quelque chose de léger…

Merci pour vos retours sur Bonney ! Et c'est loin d'être finit ! Mais ça ne surprendra personne si je vous dis que ce n'est pas la dernière fois que l'on voit sa petite-amie… !

Bonne lecture ~

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Chapitre 49

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Eeeeeet c'est reparti.

C'est la troisième fois depuis que Law est réveillé que des véritables hurlements me parviennent dès que je m'éloigne une minute. Et quand je reviens dans le salon en équilibre sur mes béquilles, je me retrouve face à deux chats qui s'envoient des coups de griffes entre des feulements enragés.

Je ne suis pas sûre de saisir pourquoi ces deux-là ne peuvent pas s'encadrer… mais ça devient bruyant.

Bah, au moins ça veut bien dire que Law va beaucoup mieux… Et qu'il n'a pas perdu sa voix dans la bataille. Pas encore.

- Cara ! s'écrit Bonney en me voyant. Il va falloir que tu me débarrasses de ce truc très rapidement avant que je ne le balance aux ordures !

- Vu l'état de cet appartement, j'ai déjà l'impression d'y être ! qu'il lui crie en retour.

Elle semble avoir beaucoup de mal à ne pas se jeter à sa gorge et lui-même, assit sur le canapé à cause de sa jambe, n'a plus aucun projectile à sa portée pour le lui lancer au visage : j'ai tout planqué.

- Et bien, si ça peut vous rassurer tous les deux, je lance en toute légèreté dans l'espoir (vain) de les calmer, mon téléphone est chargé, le logiciel du Système est installé et mes accès sont fonctionnels. Tiens, il est sécurisé pour la Brigade.

Je le lance à Law qui l'attrape adroitement pour composer plusieurs messages avec, ignorant royalement les grincements de dents agacés de notre logeuse de fortune.

Je lui fais une grimace désolée, ce à quoi elle répond d'un grand geste de la main d'abandon et tourne les talons. Je m'installe sur le même canapé que Law, étendant ma jambe à côté de la sienne, toutes deux rafistolées. Il suit mon mouvement des yeux, mais évite soigneusement mon regard complice.

Hum.

Il n'est pas d'humeur, tant pis. Je m'allonge un peu, fermant les yeux. Il commence à se faire tard.

Je viens seulement d'avoir Koala au téléphone, je l'ai prévenu que je m'étais blessée et j'ai prétendu que je ne rentrerai pas ce soir. J'ai eu tout le mal du monde à la convaincre de ne pas débarquer dans la seconde dans un hôpital où je ne suis plus depuis plusieurs heures. J'ai eu encore plus de mal à la persuader de maintenir ses plans et de rester chez Nojiko pour le reste du week-end et que je me débrouillerai très bien toute seule jusqu'à lundi. Au moins, lorsque les garçons m'ont appelé, ils avaient déjà été briffé par leur grand-père, je n'ai donc pas eu à batailler trop longtemps.

Mais lundi, ça va être une autre histoire. Enfin.

Je somnole à moitié, de longues minutes où ma tête tourne agréablement, quelques vertiges chaloupés dû aux antalgiques que j'ai pris pour ma cheville et qui agissent encore. Ce n'est pas désagréable comme sensation mais je suis trop endormie. J'ai hâte de finir de les cuver, ces comprimés.

- Va te faire Smoker !

Et il raccroche. A moitié endormie, je n'ai pas suivi sa longue conversation, mais elle s'est mal finit. Il grogne devant mon regard interrogateur.

- La couverture pour ma blessure et le retard de ma confirmation de l'évacuation, c'est que Smoker aurait réussi à me tirer dessus et a récupérer les glacières.

Il crache le nom de son « ami » comme s'il avait un mauvais goût dans la bouche et j'ai toutes les peines du monde à ne pas me moquer ouvertement.

- Et ma couverture est sauve pour Vergo également, ce salopard.

Je perds mon sourire. Il n'a pas… réagit comme les autres quand je lui ai expliqué la situation. Ça réaction a été… bien pire. J'ai des frissons rien qu'en repensant à son regard et son souffle court.

- Je peux te poser une question ?

- Ce que tu veux.

Oh, en voilà une belle offre.

- Réexplique-moi comment tu ne connais pas Vergo de Doffy mais de la Brigade ?

Sa respiration tendue n'est plus qu'un fil quelques secondes, avant de m'expliquer, les dents serrées.

- Personne chez Doffy ne connaissait l'identité de la Taupe dans la Brigade, il ne répondait qu'au boss même. Mais il est nous connait tous, nous les lieutenants puisqu'il a accès à toutes les infos que Doffy lui donne. En revanche, j'avais entendu parler de lui par Smoker et Hina, sans jamais l'avoir croisé bien sûr.

Ça, c'est que j'avais compris mais…

- Mais pourquoi j'ai l'impression qu'il y a beaucoup plus ?

Je n'ai pas osé parler plus fort mais c'est plus fort que moi. S'il y a une autre chose dont je dois faire attention, j'aimerai autant le savoir maintenant. Ses traits sont figés pour ne laisser transparaitre aucune émotion mais je le connais assez pour y lire une rage sans nom.

- C'est par sa faute que notre précédente taupe… est tombé. Lui et son contact à la Brigade, l'homme en charge du dossier avant Garp, ont été révélé et éliminé à cause de lui.

C'est bien de la douleur que j'entends… Je pose une main sur son bras, compatissante. Il y jette un regard, un brin surprit mais semble se reprendre.

- J'avais vingt-deux ans à ce moment-là. C'est grâce à ces deux-là que j'étais rentré dans la Brigade quand j'avais dix-sept ans. J'ai repris le travail de- j'ai repris son travail au pied levé, alors qu'on n'avait toujours aucune idée de qui été cette taupe. Dix ans que l'on court dans tous les sens pour la dépasser mais elle avait toujours un coup d'avance. Notre vengeance, il va la sentir passer cet enfoiré…

Yep, j'ai cru voir ça des autres membres de la Brigade. Vergo va passer un sale quart d'heure…

- Tu vas faire quoi ? je lui demande.

- Rentrer chez moi, contacter Viola, contacter Doffy et me faire porter pale.

- Ça va aller ? je m'inquiète.

Il hausse les épaules.

- Je suis un lieutenant, je n'ai à répondre qu'à Doffy.

- Ah oui, je me souviens soudain d'un détail qui m'a perturbé sans avoir l'occasion de poser des questions. Tu n'étais pas sous-lieutenant ?

Il hoche la tête.

- J'ai pris en grade. Enfin, ce n'est pas tellement de mon fait- ou plutôt, pas à ma demande. On enchaine les opérations contre Doffy depuis l'année dernière, de manière soutenue, presque une par mois. Du coup mon supérieur est revenu comme garde du corps de Doffy et j'ai pris sa place. Smoker et Hina ne te tiennent pas informé ?

Je secoue la tête.

- J'évite de leur poser des questions sur leur boulot, ça ne me regarde pas…

Il hausse les épaules.

- Tu pourrais, ça ne les dérangerait pas. Mais pour te faire un rapide résumé, on est en train de leur mettre une raclée définitive. La branche prostitution est complètement hors service et Doffy l'a laissé tomber depuis l'année dernière. On est en train de ficher la plupart des gros bras de la branche « commerciale » pour les arrêter dès qu'on pourra. On s'acharne un peu sur la branche chargée du trafic de drogue qui est un peu résistante, mais on y arrivera. Et pour la branche du trafic d'organe, ça fait des années qu'il est prêt à tomber, dès que je mettrais fin à ma couverture. J'ai plus de dix ans de preuves et de noms à donner, de ce qu'on n'a pas déjà mis hors service au fil des années.

Malheureusement, je n'ai pas une assez bonne vision de la situation pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce dont il me parle… Il doit capter mon regard un peu confus.

- On le tient, on resserre les liens un peu plus chaque mois. Tout ce qu'il faut, c'est éviter qu'il ne s'échappe, mais nous aurons tous nos chefs d'accusation et surtout nos preuves d'ici peu de temps. Encore plus si Vergo est hors d'état de nuire d'ici-là.

D'accord, je vois.

- Et ton internat à l'hôpital ? Comment tu arrives à conjuguer autant de boulot ?

- Comme j'ai toujours fait. Je dépends de Doffy, il fait ce qu'il veut de moi. Mon cursus est des douze ans d'études, mais j'ai de la marge. Officiellement, il me reste deux ans. Mais tout dépend de mes résultats et surtout de ce que Doffy décidera. Il a main basse jusqu'aux facultés. Les prêts étudiants, les bourses, tout ça…

Je grimace à l'évocation de douze ans d'études. Les cinq ans qui m'attendent m'attirent beaucoup, mais douze, c'est trop… Surtout douze ans sous la coupe de Doffy. A la réflexion, il faut peut-être que je revoie mes priorités mais bon, je suis encore en convalescence hein.

Il a déjà repris le téléphone et compose un nouveau numéro.

- Viola, c'est Law. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Cette conversation non plus ne me concerne pas. Aucun problème, je suis épuisée, je divague facilement loin d'ici… Il faut même que Law pose une main sur mon épaule pour me réveiller.

- Ça va ?

- Sommeil, je marmonne en me frottant les yeux sous mes lunettes. Alors ?

- Viola vient me chercher dans cinq minutes.

Je hoche la tête. Il faudrait peut-être que je songe à rentrer chez moi, moi aussi. A m'y trainé en fait.

… Comment je vais rentrer chez moi au juste ?

Je me tourne vers Bonney qui capte mon regard suppliant et qui se fige, méfiante.

- Quoi ?

- Bonney, ma sauveuse, mon ange gardien, ma fille sûre…

- Quoi ?

- … Tu me ramènerais chez moi ?

Elle a une expression de mépris à peine exagérée.

- Parce que tu croyais que j'allais te laisser rentrer seule chez toi dans cet état ? Tu rêves, tu passes le week-end ici. Soins à domicile et le frigo est plein.

C'est une belle offre. Je lui souris, reconnaissante mais un peu inquiète tout de même.

- Tu as du travail non ? Et puis je ne voudrais pas vous déranger, ta petite amie et toi.

- J'ai des chambres d'amis, et elle travaille jusqu'à lundi. On sort ce soir mais c'est tout. T'inquiète va. On sera quitte de la soirée pizza et pansements. Je te commanderai ce que tu voudras.

- Qu'est-ce que je ferais sans toi, je minaude en battant des cils ce qui lui arrache un sourire franc avant qu'elle ne s'éclipse en montant les escaliers jusqu'aux chambres.

Law la suit du regard en silence puis lorsqu'elle ferme une porte derrière elle, il se tourne vers moi.

- Plus je te côtoie, plus je m'interroge sur tes choix de vie.

- L'hôpital, la charité, tout ça…

Il élude ma remarque d'un bref reniflement.

- Je m'incluais dans ces choix de vie, dit-il d'une voix pas du tout légère.

Ah. Hum. Il va falloir que je brise la glace pour une fois. Je me racle la gorge en lui faisant bien face pour incliner la tête poliment.

- Je suis désolée de m'être emportée, je lui offre avec sincérité. J'ai agi comme une idiote immature et je n'ai aucune excuse. Je n'aurais pas dû… dire tout ce que j'ai pu dire, je ne le pensais même pas.

Silence.

J'ose à peine lever le nez pour croiser son regard. Il semble surpris… et touché de ma démarche. C'est plutôt bon signe ?

- J'allais m'excuser moi, dit-il. Tu étais dans ton droit, j'ai fait une erreur et je t'ai mis en porte-à-faux face à quelqu'un qui compte pour toi. Tu étais dans le vrai. Non, ne répond pas ou on va finir en cercle infini d'excuses.

Je referme la bouche. Souris. Tend la main.

- Amis ?

- Amis.

Il serre ma main dans une douceur qui tranche de manière amusante avec ses tatouages. Nos mains retombent sur le canapé. A peine à quelques millimètres l'une de l'autre. Pourquoi cela me semble à la fois approprié et si inconcevable ? Satanés médocs.

- Smoker m'a raconté.

Je fronce les sourcils sans comprendre.

- Comment tu as rattrapé la situation. Et fait plus encore.

Sa voix grave était bien trop sérieuse à son goût. Mais peut-être que pour une fois, je devrais m'y accommoder. La situation l'exige plus que je ne le voudrais. Et Law est sérieusement blessé à la jambe, en plus de tout… ce qui va au-delà de ma vision des évènements.

Parce que tout ce qui fait le passé de Law et ses relations avec Vergo ou… son protecteur, ou la fameuse Viola, tout ça m'échappe complètement. Je n'ai pas le droit d'en rire et pour une fois, je garde mes remarques caustiques.

- J'ai surtout eu de la chance.

- Oui ça je ne te le fais pas dire, remarque Law en se massant l'arrête du nez. Heureusement que j'étais dans les vapes quand tu as pris sur toi de t'introduire au milieu d'une fusillade. J'en ai encore le tournis rien que d'y songer.

- Non ça, ça doit être les médicaments.

Ça m'a échappé. Mais il a une esquisse de sourire, qu'il perd bien vite.

- Si Vergo t'avait vu… Cara, s'il t'avait vu, tu serais morte.

- Je sais, Law.

Je sais, je réalise tout ça très très bien. Trop bien. Si bien que je ne préfère pas trop y penser. Le souvenir des évènements de la clinique a beau être atténué par mon état à demi végétatif, celui d'être passé à un fil de la mort reste quand même bien vif à mon esprit. A chaque micromouvement qui réanime la douleur de ma cheville pour être plus exacte.

- Je n'ai même pas eu le temps d'avoir vraiment peur, je lui avoue en haussant les épaules. Mais je vais essayer d'éviter ce genre de mésaventure à l'avenir.

Law continue de me fixer comme s'il avait peur que je m'effondre d'un instant à l'autre. Je réajuste ma position, mal à l'aise sous ce regard.

- Pourquoi tu me regardes comme ça, je marmonne en serrant les dents.

Il ne répond pas immédiatement.

- Pourquoi tu fais ça ?

J'hésite, pas tout à fait sûre de comprendre sa question. Repérant mon incertitude, il reprend.

- Pourquoi tu es allée te jeter dans cette fusillade ? Pourquoi tu n'as pas attendu Smoker ou Hina, même s'il s'était avéré que les glacières étaient perdues ?

Je sens bien tout ce qu'il sous-entend sans oser le dire à haute-voix. Je lui souris sans lui répondre. Je reprends le contrôle de ma respiration, détends mes épaules avant de lui donner un semblant de réponse.

- J'aurais aimé continuer à te dire « je ne sais pas » Law, ou me contenter de donner la version de Bonney qui estime que je suis juste folle. Mais il faut se rendre à l'évidence.

Je ne ferais que me mentir à moi-même.

- Je déteste me sentir faible et inutile. Je suis une adolescente d'un mètre soixante-et-un pour cinquante kilos, j'ai un cœur trop faible pour faire du sport de manière intensive ou régulière. Mes amis et mes proches sont des légendes vivantes sur l'île ou le seront un jour, et ils ont des aptitudes exceptionnelles. Mais moi, tout ce que je sais faire, c'est lire. Je n'ai aucun talent particulier qui pourrait aider qui que ce soit d'une manière ou d'une autre, là où tous ceux que j'aime ont des rêves et des projets dans ce sens.

Je secoue la tête avec un sourire résigné.

- Cette cité déborde de problèmes, mais étant donné que je suis incapable d'y faire quoi que ce soit, je préfère les ignorer la plupart du temps. D'autres personnes bien plus compétentes se chargent déjà de régler ça. Dragon, la Brigade, Barbe-Blanche… Qu'est-ce que je pourrais bien faire pour les aider, eux ? Je n'aurais jamais les capacités pour rentrer dans la police, je n'ai pas ma place chez Shanks ou chez les Barbe-Blanche, je ne serais d'aucune utilité à la Révolution…

Je hausse les épaules et lui adresse une œillade moqueuse.

- Tu es… une bonne excuse pour me rendre utile. Toi, Smoker et Hina, Bonney… vous me donnez l'impression d'être juste… utile. Je peux enfin faire quelque chose dans ce canevas que je ne comprends pas. Te recoudre le flanc, renseigner Bonney, récupérer ces glacières… C'est assez égoïste de ma part, hein ?

Je ris bas pour cacher une certaine honte. Law ne semble pourtant pas me juger et je l'en remercie. A la place, il hoche la tête, compréhensif. Je reprends plus calmement.

- Mais ce serait mentir par omission de ne pas dire que je fais aussi tout ça parce que je vous apprécie. Même Bonney. Malgré son caractère et ses mauvaises manières.

- J'ai entendu ça ! lui réplica l'intéressée qui revenait vers eux, descendant l'escalier bruyamment.

Mais son ton était plus amusé que vexé. Elle passe derrière le canapé, ébouriffant affectueusement mes cheveux sans s'arrêter pour disparaitre dans une autre pièce.

Je sourie dans son dos et me tourna vers Law.

- Tu ne nous connais pas, dit-il quand même. Enfin, tu ne nous connaissais pas alors. Je ne sais pas dans quelles circonstances tu as rencontré cette cinglée, mais j'aurais pu être n'importe qui. J'aurais pu être un vrai mafieux qui t'aurait égorgé pour avoir vu mon visage ou pire.

Je hausse les épaules avec une grimace.

- Je crains de n'avoir aucune excuse pour ça, je rie bas. Je n'allais juste pas te laisser là, c'est tout.

- Elle est tarée ! intervint Bonney dont la voix nous parvenait de loin. Faut voir avec qui elle traine aussi !

Je lève les yeux au ciel mais je ne peux pas nier. Pour une fois, Law ne réplique rien à la jeune femme et ne lance même pas un regard noir dans sa direction.

A la place, il lève la main jusqu'à ma tignasse dérangée précédemment pour y mettre un semblant d'ordre avec douceur. Il fait ça en silence, consciencieusement pour ne pas tirer dans mes boucles, comme s'il réfléchissait encore. Je le laisse faire, appréciant la sensation.

- Je suis désolé de t'avoir entraîné dans cette histoire, murmura-t-il. Si je n'avais pas été là, tu aurais été épargné.

J'ai un demi-sourire, peinée qu'il se sente coupable.

- Pas moi. Je suis heureuse que tu sois vivant aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir fait la connaissance de Smoker et Hina. Et encore une fois, j'ai pu faire quelque chose d'utile.

Son regard s'attarde tout de même sur mon poignet et sa fine cicatrice, mais il hoche la tête et n'argumente pas plus. Je n'avais pas non plus envie d'en parler, même si son fardeau me semble soudain bien loin. Un détail qui fait désormais parti de la toile de fond et qui ne pèse plus sur mes épaules.

Il glisse son regard dans le mien, cligne des yeux. Je lui réponds d'un sourire. Il se détend enfin, et répond de même.

Inspiration, expiration.

On est sur la même longueur d'onde, je n'en demandais pas plus.

Mon téléphone sonne d'un numéro que je ne connais pas. Je tends l'appareil à Law qui décroche.

- J'arrive.

Il se lève comme il peut en boitillant.

- Ça va aller sans béquille ? je m'inquiète.

- Pas de problème.

Il s'étire lentement pour réveiller ses muscles et se tourne vers moi.

- J'ai ta casquette chez moi, je lui signale au passage.

- Garde là jusqu'à ce que l'on ait l'occasion de se revoir.

Je réfléchie rapidement.

- Que dirais-tu de fixer un rendez-vous cette fois ?

Il semble surpris mais élude une réponse.

- Je suis quand même interne, j'ai des horaires un peu changeants.

- Je voulais dire, je me corrige. Disons simplement le mois prochain ? Le temps que ta jambe et la mienne guérissent. Tu n'auras qu'à de donner date, heure et lieu. Je sais que tu as mes coordonnées.

Il hoche la tête.

- Faisons ça. Il faut que tu gardes profil bas encore un moment de toutes façons. Je te tiendrais au courant.

Je hoche la tête, satisfaite et lève la main pour lui faire des petits gestes d'aurevoirs. Il cache à peine son amusement et répond de même avant de se tourner vers la pièce où travaillait toujours Bonney.

- Merci pour l'hébergement et les soins, lança-t-il sans vraiment sembler attendre de réponse.

- Ouais ouais casse-toi et ne reviens jamais !

Je lève les yeux au ciel avant de traduire pour elle :

- Ça veut dire « prend soin de toi ».

Il ne relève pas, me fait vaguement signe de laisser tomber et me salue en silence avant de sortir.

Je soupire en me laissant tomber sur le dossier.

Bonney revient dans la pièce un instant plus tard, en train de fouiller dans un sac à main derrière moi.

- Bon, vu l'heure, je te laisse pour la soirée. Ne m'attend pas pour manger, il y a tout ce qu'il te faut dans le frigo. Ça va aller ? Ou tu veux que je rentre ce soir ?

- Non, c'est super, je soupire. Profite de ta soirée, ça va aller.

Je me retourne pour la regarder.

Mince alors !

Elle s'est changée : elle a passé une jupe droite rose pâle et un chemisier blanc très fin. C'est la première fois que je la voie tirée à quatre épingles, elle est vraiment très belle, une silhouette élancée et un port de tête droit. Maquillée légèrement, les cheveux relevés dans un chignon distingué. Et même des talons hauts gris perle !

Elle dégage une certaine prestance. Qui s'évapore dès qu'elle ouvre la bouche certes, mais reste cette sensation de puissance qui accompagne chacun de ses mouvements.

J'ai un sifflement d'admiration.

- Dis donc !

- Quoi ? demande-t-elle avec sûrement le doute que je me moque d'elle.

Je me contente de m'accouder au dossier en lui souriant.

- Rien, tu es superbe. Amusez-vous bien !

Elle craque un demi-sourire et lève vaguement la main en se dirigeant vers la porte.

- A demain sale gosse. Essaie de ne pas faire de folie d'ici-là.

- Je te retourne le compliment ! je me moque ouvertement.

La porte claque et je n'ai plus qu'à nouveau tomber dans le canapé. Je m'y allonge, fermant les yeux. Le silence de l'appartement me laisse une sensation de plénitude bienvenue.

J'avais besoin de ce silence.

Ma tête tourne encore un peu ainsi, mais ce n'est pas plus mal.

Finalement, j'ai à peine le temps de prendre une douche et manger avant de m'effondrer sur le lit de l'une des chambres et de m'endormir à la minute où ma tête tombe sur l'oreiller.

Demain sera un autre jour.

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- Excusez-moi, je ne suis pas certaine d'avoir saisi.

Koala rougit de plus belle, dansant d'un pied sur l'autre de gêne. Sabo détourne les yeux en grattant l'arrière de sa tête.

Je me tourne vers Ace, debout à côté de moi :

- Ou alors c'est moi qui aie un problème ?

- Non-non, j'y pige que dalle tout pareil.

Nojiko entre nos duos comme un arbitre avant un match lève les yeux au ciel, amusée.

- C'est pourtant pas compliqué, reprend-elle en articulent chaque mot comme si nous étions tous particulièrement lent (et je ne vais pas pouvoir la contredire). Koala s'est blessé en tombant alors qu'elle était chez moi. Sabo est venu pour l'aider. Depuis, ils sortent ensemble.

Koala toussote sans grande conviction et son nouveau « petit-ami » se frotte le nez.

Je les fixe un instant… puis me tourne à nouveau vers Ace.

- Non, toujours pas. Et toi ?

- Non plus.

On hausse les épaules de concert mais comme le nouveau couple n'arrive pas à articuler une phrase, Nojiko sonne la fin de la blague.

- Félicitation vous deux, leur dit-elle avec un clin d'œil complice.

Devant leur soulagement évident, Ace et moi laissons rapidement tomber notre mascarade pour les prendre dans nos bras sans cacher notre joie.

- On a vraiment loupé un épisode, mais ouais, vous faites enfin un joli couple.

- « Enfin », ouais, c'est le terme. Vous faites un beau duo de coincés !

Ace récolte une torgnole mais n'en rit que plus fort.

Ils sont adorables tous les deux…

Ils s'échangent des petits regards en coin, rougissent aléatoirement et ose à peine se frôler en notre présence. Si innocents…

Mais quelque part dans mon esprit, je ne peux m'empêcher de penser qu'une telle annonce tombe parfaitement bien. Grace à notre nouveau couple très-très-très prévisible, personne ne s'est attardé sur ma cheville blessée ou sur mes cannes. Pratique, je n'ai eu à répondre à personne sur les circonstances précises de ma « chute ».

Ace me donne un coup de coude pour gagner mon attention puis me désigne Nojiko. Ses yeux sont brillants et elle frotte ses doigts avec avidité.

- Ah.

C'est qu'elle a gagné le pari la bougresse ! Je lève les yeux au ciel pour sortir discrètement la somme due, la joindre à celle de l'autre perdant pour les lui remettre. Elle renifle les billets avec un air satisfait et fourre le tout dans sa poche.

- On recommence ça quand vous voulez, qu'elle chatonne alors qu'on l'imite en déformant son expression.

A côté de nous, le nouveau couple est trop occupé à éviter de se regarder pour nous prêter la moindre attention, et ça vaut mieux de toutes façons.

- Vous croyez qu'ils vont être aussi timide l'un envers l'autre encore longtemps ? je chuchote.

- On peut prendre les paries si vous voulez, susurre Nojiko avec un rire dans la voix.

Ace ne cache pas le sien mais est le premier à s'avancer pour les prendre dans ses bras et avancer enfin vers l'entrée du lycée.

- Ça suffit les tourtereaux, on va finir par être en retard en cours avec vos histoires.

- Depuis quand être à l'heure en cours est une de tes priorités ?! s'insurge Sabo.

Mais les autres réponses outragées sont vite noyées.

Nojiko et moi les suivons mais elle me dépasse rapidement. Se rendant compte qu'elle m'a devancé elle s'arrête avec un regard d'excuse.

- Non, vas-y, ne m'attend pas ! je l'encourage en me balançant sur mes cannes sans perdre mon sourire. Il faut que je passe voir Bartolomeo pour lui donner mes ordonnances de toutes façons.

- Tu es sûre ?

- Mais oui, mais si je suis en retard, tu pourras prévenir le Professeur Nico ?

- Hum, à tout de suite !

Elle s'éclipse en courant et je me repose sur mes cannes sans plus forcer mon sourire.

Devant moi, le bâtiment du Lycée me semble soudain réduit. Le portail vert est ridicule. Même les arbres sont rachitiques. Quant à la foule d'étudiants en uniformes, ils sont si loin de moi. J'ai beau porter la même tenue qu'eux, elle ne va plus comme une seconde peau, juste comme si elle me collait et entravée chacun de mes mouvements.

Il faut vraiment que je vois Bartolomeo.

Mais il faut aussi que je passe un coup de fil.

Mon passage en vie scolaire ne prend qu'une seconde.

Trouver un coin tranquille pour téléphoner, ça, c'est demander un miracle.

Tant pis.

Trois sonneries.

- Quoi ?

- Salut Bonney, je te dérange ?

- Je dormais. C'est pas grave, j'ai pas entendu mon réveil, c'est tout. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Hum, j'aurais un service à te demander. Tu fais quelque chose ce soir ?

Silence.

- Et tes « D » à surveiller ?

- Ils sont en club jusqu'à tard à cette période de l'année. Et Garp est chez Rayleigh en ce moment. Tu as ta semaine de libre.

Elle soupire et j'entends des draps se froisser à côté d'elle.

- Qu'est-ce qu'il y a Cara ?

Sa voix n'est plus endormie du tout. La mienne sonne étrangement à mes oreilles lorsque je lui fais part de la seule chose qui m'a tenue éveillé ces deux derniers jours.

- J'ai besoin que tu m'apprennes à tenir une arme à feu et à tirer.

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Merci pour votre lecture ~

Sabo et Koala, enfin, et hors narration… désolée si vous vous attendiez à autre chose ^^' Ce n'est pas terminé !

Bon week-end !