Hey !
Une seule scène, beaucoup d'infos et de promesses pour la suite…
Et surtout... CHAPITRE 50 ! CINQUANTE ?! Je pourrais en pleurer, ce chiffre est peut-être banal pour vous mais alors qu'est-ce que ça me rend toute chose de lire ce fichu chiffre ici sur ce site !
MERCI INFINIMENT à VOUS TOUS ! Pour vos mots gentils, pour votre soutient même que je n'ai pas pu être en état de répondre correctement, pour être là après tant de temps... MERCI !
Bonne lecture ~
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Chapitre 50
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- Tu m'as menti ! je m'insurge.
Law lève haut un sourcil, quelque peu désabusé face à ma réaction.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Tu m'as dit que tu avais « un appartement », je m'offusque en mimant des guillemets. Ça, ce n'est pas un « appartement », c'est un loft !
Il hausse les épaules et détourne le regard.
- Qu'importe.
- Je suis outrée !
Il s'en moque pas mal.
Je ne sais pas trop ce que j'attendais de l'endroit où habitait un mafieux interne en médecine ayant survécu au Saturnisme, mais pas à ça.
Ce loft est immense, luxueux et bien agencé. Un peu trop même, on ne sent pas trop de touche personnelle dans ce décor. Quelque part, son intérieure me rappelle celui de Smoker et Hina : froid. Comme s'il ne vivait pas vraiment ici, qu'il ne faisait qu'y dormir.
Mais le canapé a quand même quelques traces d'usures, le tapi est marqué et il y a de la vaisselle dans l'évier.
J'ose à peine faire quelques pas dans son chez-lui. Les meubles sont brillants, précieux. La baie vitrée prend toute la pièce. Un salon immense sur une cuisine américaine, et des escaliers menant à un étage où doivent se situer chambres et bureaux.
- J'ignorai qu'un interne en médecine gagnait si bien sa vie.
- Ce n'est pas le cas, m'explique-t-il, cet appartement appartient à Doffy. Je ne fais qu'habiter gracieusement ici.
- Oh.
Je trouve soudain tout ce luxe bien plus cohérent mais vraiment moins accueillant.
- Installe-toi, je vais nous faire du thé. Vanille ou citron ?
- Citron s'il te plait.
Je quitte ma veste et mon écharpe que je pose sagement sur le porte-manteau avant d'oser avancer dans la pièce en boitant, serrant mon sac contre moi.
J'ai quitté mes béquilles la semaine précédente, mais ma cheville est toujours un peu douloureuse. Je ne suis pas sensée trop forcer dessus.
Je me dirige lentement jusqu'au canapé face à une cheminé… et mon regard est attiré par quelque chose qui détone agréablement dans ce décor monochrome. J'ai un sourire et lance assez fort pour qu'il m'entende de la cuisine :
- J'ignorai que tu étais un adepte du sabre en plus du scalpel.
- Ce n'est pas le cas, affirme-t-il de loin. C'est un cadeau de Shachi, Pen' et Bepo lorsque j'ai eu ma licence de médecine. C'est un nodachi japonais. Un long sabre que l'on manie à deux mains.
Le nodachi trône fièrement au-dessus de la cheminé. J'admire le travail fait sur le fourreau, me retenant de mettre sur la pointe des pieds pour l'observer plus en détail.
- Ça doit être une horreur à manipuler.
- Il est très lourd, pas vraiment pratique et celui-ci n'a jamais servi. Il s'agit juste d'une œuvre d'art d'un forgeron, pas vraiment une arme faite pour le combat. Ils me l'ont offert parce que j'ai toujours aimé les armes blanches et traditionnelles.
- C'est un beau cadeau…
Il revient de la cuisine avec un plateau qu'il pose sur la table basse et s'installe dans le canapé. Je l'y rejoins bien vite, soulageant ma cheville dans un soupire. J'ai toujours mal. Il me sert une tasse brulante et j'en inspire les effluves avec délice.
Lui-même s'installe en silence, attendant que j'aie prit une gorgée pour faire de même. Il essaie de paraitre à l'aise, mais je devine que je suis la première à découvrir où il vit depuis longtemps. Je vais devoir me retenir de le taquiner à ce sujet.
Avant que l'envie ne me prenne de lui poser un milliard de questions, j'attrape mon sac et le met en évidence entre nous deux.
- J'ai quelque chose qui t'appartient.
J'en sors sa casquette blanche de fourrure et la lui tend. Il s'en saisi avec un sourire et la fait tourner dans ses mains.
- Merci d'en avoir pris soin. J'y tiens beaucoup.
- J'avais deviné. Elle te va bien.
Il a un mouvement d'épaule que je devine être un rire mais ne la coiffe pas, se contentant de la poser sur le dossier du canapé avec délicatesse.
- Merci. C'était un cadeau de ma petite sœur et de ma mère lorsque j'étais encore enfant. A l'époque, elle m'allait bien trop grande, elle me tombait sur les yeux. Elle me va parfaitement maintenant.
C'était donc un souvenir de famille. Voilà pourquoi il y tient autant, quoi de plus normal.
- Je suis désolée de t'en avoir privé, je m'excuse platement. J'étais tellement énervée que je ne me suis pas rendue compte que je l'avais sur la tête avant d'arriver chez moi.
Il secoue la main, rassurant.
- Ce n'est rien, je savais que tu en prendrais soin.
C'est surestimer mes capacités mais je ne suis pas d'humeur à une joute verbale.
- Comment tu vas ? je lui demande en nous resservant du thé.
- Comme d'habitude, répond-t-il en attrapant sa tasse. La situation stagne un peu, mais une fusillade par mois, c'est bien assez.
- Et ta jambe ?
- Comme neuve, dit-il. J'ai eu des blessures plus graves que ça.
- S'il te plait, ne le mentionne pas si fort, je frisonne en me secouant la tête pour en faire sortir tout plein d'images gores qui s'imposent à moi.
Il hausse les épaules derechef.
- Je t'aurais bien demandé comment va ta cheville, mais tu boites encore. J'en déduis que ce n'est pas encore guéri.
Je secoue la tête.
- C'est presque fini.
Il hésite…
- Est-ce que je t'ai déjà remercié ?
- Plusieurs fois, je lui confirme avec un sourire.
Il ne semble pas rassénéré pour autant.
- J'ai toujours cette désagréable sensation de ne pas être à un pied d'égalité avec toi. Que j'ai abusé de la situation vis-à-vis de toi.
Hum ?
Je ne lui cache pas ma surprise.
- J'aurais tendance à dire que tu ne me dois rien et que c'est normal ? je lui réponds. Je ne fais que passer par là.
Ma réponse ne parait pas lui convenir.
- Non Cara…
Il inspire profondément, avec un air soucieux que je n'aime pas du tout.
- Est-ce que je peux t'emmener quelque part ?
Voilà quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas. Je hausse les épaules, un peu mal à l'aise face à son sérieux.
- Bien sûr.
Il se lève, m'invitant à faire de même et à le suivre. Je reprends mes affaires alors qu'il passa sa casquette en fermant la porte à clef de son loft, puis appelle l'ascenseur. Nous descendons jusqu'au parking où il m'indique une belle voiture, un modèle qui s'accorde parfaitement avec son habitation, et qu'il n'a donc pas choisi, je conclue.
Il m'ouvre la portière passagère et je m'y installe en constatant que les vitres sont teintées. Je comprends pourquoi il n'a pas peur d'être vue en ma compagnie et inversement. Il démarre, nous quittons l'immeuble… puis le Quartier Nord-Est… nous nous dirigeons vers le Quartier Sud.
Law est beaucoup trop silencieux, un peu tendu, comme s'il avait peur de me voir soudain mal réagir. Après de trop longues minutes de silence, il se gare dans l'enceinte de ce que je reconnais comme étant la Clinique Psychiatrique de la Cité.
Mais nous sortons de la voiture pour faire face à une porte de service… avec un digicode. Il y quelques chiffres et un bib sonore indique l'ouverture de la porte qu'il tire pour me laisser entrer.
- Il y a quelqu'un que j'aimerai te présenter.
Je ne dis rien, attendant simplement la suite. J'aimerai le rassurer, lui dire qu'il n'a pas à être aussi tendu en ma présence, mais il semble si sérieux que je n'ose pas…
Nous sommes dans un couloir vide, les sous-sols sans aucun doute. Une porte s'ouvre plus loin, et un véritable géant habillé de blanc nous accueille.
- Bonjour Law. Tu n'es pas seul ?
- En effet. Cara, je te présente un des infirmiers de la clinique, Jean Bart. On ne fait que passer Bart, ne te préoccupe pas de nous.
- Je ne vous ai pas vu, confirme l'infirmier en se retournant. Il faut quand même que je te dise que son état n'a pas évolué.
- Je sais Bart.
- Hum. Bonne journée.
Et il disparait par la porte d'où il venait. J'ai bien pris note que Law n'avait pas prononcé mon nom de famille, posté devant moi comme s'il ne voulait pas que l'homme voit correctement mon visage.
- Le personnel est fiable ici ? je demande malgré l'évidence même.
- Cette Clinique n'appartient pas à Doffy, il n'y prête aucun intérêt. La psychiatrie n'est pas lucrative pour lui. Les soignants qui ont le droit et les passes pour descendre dans cette partie du sous-sol sont presque tous des anciens flics reconvertis ou ils ont travaillé pour la Brigade à un moment donné dans leur vie. Nous sommes en sécurité. Nous pouvons nous permettre d'être vu ici. Viens, nous allons de ce côté.
Il me guide jusqu'au fond du couloir, nous passons une dizaine de porte avant qu'il ne s'arrête devant l'une d'entre elle, identique à toute les autres, portant l'écriteau « 01746 ». Il y rentre sans frapper et referme la porte en faisant attention de ne pas la faire claquer, comme pour éviter de réveiller l'homme allongé sur un lit d'hôpital, relié à diverses machines complexes.
Non, pas endormi, je saisi. Dans le coma. Je m'approche… malgré le respirateur artificiel qui masque sa bouche et sa brûlure sous l'œil gauche, son visage m'est familier.
- Oh…
J'ai déjà vu sa photo. Dans les dossiers de Garp. Et il ressemble à son frère.
- Don Quichotte Rossinante.
Law dans mon dos, acquiesce et enchaine d'une voix sourde :
- Le frère de Doflamingo, membre émérite de la Brigade anti-mafia et l'homme qui n'y a fait rentrer en me sauvant la vie, il y a dix ans.
Tout s'imbrique dans mon esprit.
- La première taupe, je comprends. Celui que Vergo a éliminé.
Il acquiesce derechef. Je le sens tendu, peiné…
- Et un ami cher.
L'homme étendu devant nous…
- Il ne se réveillera pas, n'est-ce pas ?
Law secoue la tête.
- Non. Son état était stable depuis dix ans mais il s'est dégradé l'année dernière. Il s'enfonce plus sûrement chaque jour. Il va mourir ici dans peu de temps.
Ma gorge se serre. J'ai les larmes aux yeux pour cet homme que je ne connais pas mais que je découvre dans la voix de Law. Il a de longs cils, ses lèvres asséchées devaient être porteuses de sourires éblouissants. Il a dû prendre soin de Law.
- Vergo a compris que c'était lui la taupe, il y a dix ans. Il lui a tiré deux balles en plein cœur, signant son acte du nom des Don Quichotte en plein milieu de l'une des planques de la Brigade. Rosinante… « Corazone » comme il se faisait appeler alors, est officiellement mort ce jour-là. Il ne se réveillera jamais.
La douleur perce au-delà de tout autre sentiment sans sa voix.
- Il m'a sauvé à Flevance. Être choisi à la place de mon père pour travailler chez Doffy était son idée. De même que celle de sauver ma sœur pour me faire chanter. Il nous a sauvé la vie plutôt que de nous laisser mourir comme son frère l'aurait fait.
Sa sœur… en vie ?
- Elle…
- … est la seule raison pour laquelle je suis encore chez Doffy. Plus important que la Brigade. Officieusement, elle est déjà sous la protection de Garp, mais Doffy continue à se servir d'elle comme moyen de pression sur moi.
Il soupire, las. Il se penche pour attraper deux chaises dans un coin de la pièce et m'invite à m'y assoir avant de faire de même.
Ainsi installée, je vois dans la pénombre de la pièce chaque détail de son visage, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration sous sa chemise, chacune de ses phalanges couvertes d'encre.
- C'était sa vie contre ma place à ses côtés. Il lui a offert le sérum contre le Saturnisme, une nouvelle famille adoptive et un confort de vie contre ma loyauté. Je n'ai ni le droit de la voir, ni le droit de l'approcher mais elle vivra sa plus belle vie.
La sœur de Law est vivante… je mets quelques secondes à assimiler l'information. Il avait beau m'avoir dit qu'ils étaient deux à avoir réchappés à Flévance, dans ma tête, sa sœur était morte là-bas. La manière dont il en parlait surement. Mais sans avoir le droit de l'approcher, ça doit être pour lui… pire que la mort.
- Elle doit te manquer.
- Atrocement, avoua-t-il et il y eut un craquement dans sa voix. Mais elle était si jeune lorsque nos parents sont morts et que l'on nous a séparé, qu'elle ne se souvient pas de moi.
Il a un soupire, fataliste.
- Elle a pris le nom de notre mère. J'ai gardé celui de mon père. Ça aussi, c'était une idée de Rossinante. Et c'est d'ailleurs aussi à cause de mes noms qu'il m'a introduit à la Brigade alors que je n'étais qu'un adolescent.
Sans quitter mon regard, il m'offre un sourire d'excuse.
- Je m'appelle Trafalgar D. Water Law, de la famille des Trafalgar D. et des Water D., les seuls D. de Flévance.
Un D.
Law est un D. C'est comme si tout autour de moi s'aligner enfin dans la bonne direction, me laissant dans un vertige étrange. Plus aucune d'ombre dans le tableau…
Je lui souris, un peu ébahie.
- Tu sais que ça m'explique quand même beaucoup de chose à ton sujet…
Ma taquinerie fait muer son sourire d'excuse en sourire d'amusement. Et il se détend juste un peu.
- Personne ne connaissait nos noms, mes ancêtres se sont bien gardés de le dire lorsque le vent a commencé à tourner sur l'Ile pour les clans. Les Trafalgar et les Water s'étaient réfugiés à Flévance où mes parents se sont rencontrés et mariés. Doffy ne savait rien de mon nom lorsqu'il m'a enrôlé, mais Rossinante lui, a toujours été très alerte au sujet de notre généalogie. Il ne m'a jamais dit comment ou pourquoi.
Ses yeux tristes se posèrent sur son protecteur.
- Et il ne pourra jamais me le dire.
Il soupire.
- J'aurais aimé que ma sœur rencontre vraiment Rossinante. Elle n'aura vu de lui que l'homme qui l'a arraché aux bras de son frère et elle ne s'en souvient même pas. Mais c'était un homme profondément aimant, gentil et doux. Un très mauvais menteur (il rit), à se demander comment il pouvait travailler en faisant double jeu. Mais lorsque nous n'étions que nous deux, il me souriait comme si j'étais un trésor, la personne la plus précieuse à ses yeux.
De toute la peine qu'il pouvait ressentir, il n'émanait de lui que de l'affection. Il ne pleure pas. Ne pleurerait pas. Il avait fait son deuil.
Je pose une paume réconfortante sur son épaule avec douceur, le soutenant comme je peux. Il me sourit, plus rassénéré et passe ses doigts dans ma tignasse.
- Toi aussi j'aurais aimé que tu rencontres ma sœur. Tu te serais bien entendu avec elle. Mais j'ai peur que tant que Doffy est vivant, ce soit impossible.
Effectivement. Trop de dangers, trop d'imprévus, trop de raisons d'accepter l'impossible.
- Et lorsque Doffy sera en prison et que tu seras libre ?
Ma question le fait rire.
- Je te trouve bien positive ! Je vis tous les jours pour libérer l'Île de Doffy, pour ma sœur, pour Rosinante… j'ai peur de ne jamais arriver à en voir la fin de mes propres yeux.
Une bouffée de colère me prend soudain.
Quel imbécile !
Je lui mets un coup hargneux et il grimace mais perçoit sans mal la raison de mon geste dans mon regard noir.
- Désolé.
- Excuses acceptées.
Il a un bref sourire et ses yeux se font un peu rêveur. Je crois que je l'aurais préféré plus déterminé, mais je ne peux pas lui en vouloir d'imaginer le pire.
- Dans un monde idéal, à la seconde où Doffy serait mis hors d'état de nuire, je ferais tous ce dont je m'interdis depuis des années. A commencer par aller voir ma sœur et la prendre dans mes bras.
Je fronce les sourcils.
- Dans ce monde idéal, qu'est-ce qui t'en empêcherait ?
Il secoue la tête en soupirant, résigné.
- Elle n'a aucun souvenir de son enfance. Ni de nos parents, ni de Flévance, ni de moi. Il me serait impossible de débarquer dans sa petite vie bien construite et équilibrée avec ses parents adoptifs qu'elle adore pour me présenter comme son frère et lui dire que nous sommes deux orphelins d'une ville détruite, que nous avons survécu à une maladie génétique mortelle avant d'être séparés par des mafieux pour qui j'ai travaillé depuis.
Ouais, vu comme ça…
- J'ai peur que l'approcher ne fasse que me rappeler à quel point elle m'est inaccessible.
Il a un sourire paisible.
- La savoir heureuse et profitant de sa nouvelle vie est tout ce dont j'ai besoin. Et de toute évidence, elle n'a plus besoin de moi depuis longtemps.
Je pose ma tête sur son bras, compatissante.
- Comment s'appelle-t-elle ?
- Lamy. Trafalgar D. Water Lamy. Mais elle n'utilise plus que le nom de Water Lamy.
C'est un nom tout en douceur. Je me demande à quoi elle peut bien ressembler. J'ai du mal à voir quiconque dont les traits pourraient se rapprocher de ceux de Law.
- Je suis désolée…
C'est tout ce que je peux dire ou faire. J'aimerai l'aider au-delà du raisonnable, simplement pouvoir mettre les mains dans cette histoire et tirer quelques ficelles… !
Mais la réalité est bien plus amère.
Law n'est jamais seul dans les faits, mais tout dans sa minière d'être, de bouger, de parler… cri une solitude qui me brise le cœur.
Isolé, obligé de garder de la distance avec tous ceux qu'il aime pour leur propre sécurité.
Pen', Shachi et Bepo ne connaissent pas le mafieux en lui.
Smoker et Hina sont des collègues de travail avant d'être des amis.
Sa sœur ne sait même plus qu'il existe.
Viola… je ne sais pas ce que Viola représente pour lui, mais à sa manière d'en parler je devine une alliée, une collègue elle aussi, plus qu'autre chose.
Rossinante est endormi pour toujours devant nous.
Seul.
Je réalise soudain à quel point Law est seul.
Et je ne suis pas d'une grande aide ou d'un quelconque soutient.
- Pourquoi m'as-tu dit ton nom ? Ton vrai nom, ton D.
Ma question m'a échappé, mais Law semble surprit.
- La réponse me semble évidente.
Elle ne l'est pas pour moi.
- Je suis la même lycéenne inutile que le mois dernier, je ne peux pas t'aider, c'est à peine si je serais utile comme témoin…
- Tout cela n'a rien avoir avec… la situation, me coupe-t-il sans brusquerie.
A la place, il me sourit avec peine.
- Cara, je ne t'ai pas emmené ici parce que tu veux jouer un rôle dans cette histoire. J'entends à quel point tu as peur d'être inutile, à quel point tu veux aider… Mais savoir mon D, ou l'existence de ma sœur n'a rien à voir.
Sa respiration est paisible.
- Je voulais juste… que nous soyons sur un pied d'égalité. Tu n'es pas juste quelqu'un que j'ai croisé. Tu es bien la seule personne avec qui je peux être moi-même en permanence. Pas de secrets, je n'ai pas à choisir mes mots, je peux te parler sans devoir penser à tout ce que je vais dire deux fois avant de prononcer le moindre mot pour ne pas dire quelque chose qui pourrait me trahir. Juste moi-même.
Il croise les jambes, pose son coude dessus pour y caler son menton et me regarder avec un air satisfait.
- Tu sais tout ce qu'i savoir sur Trafalgar D. Water Law. Et je te dis ça dans tout mon égoïsme, car ça me fait un bien fou.
Les larmes montent et débordent sur mes joues. Ma respiration coupée reprend avec frénésie et lorsqu'il se redresse, surprit, je fonds sur sa poitrine en le serrant de toutes mes forces.
- Cara… !
- Désolée, je me reprends rapidement en me redressant pour essuyer mes larmes et renifler. Désolée-désolée-désolée.
Ma poitrine me fait mal, mais je ne mets que quelques secondes à retrouver mon flegme habituel. En face de moi, Law est toujours surprit et peut-être un brin amusé par mon attitude. Il attend que je m'explique et je me racle la gorge.
- Ce n'est rien. Ton nom est en sécurité avec moi.
- Je sais, s'amuse-t-il. Je te confirai ma vie encore une fois sans hésiter.
- S'il te plaît, hésite ! je réplique, scandalisée. Les dernières fois ne se sont bien terminée que grâce à la chance. Je suis celle qui te confirait ma vie sans y penser !
Les mots m'ont échappé mais à l'instant où je les prononce, je me rends compte à quel point ils sont justes.
- S'il te plaît, penses-y, reprend-t-il dans un demi sourire. Je ne suis médecin que la journée.
Je lui offre une piètre grimace, faible manifestation du maelstrom de sentiments qui s'agitent en moi.
Il passe une main dans ma tignasse, égayé. Puis interrompt son geste comme s'il se rendait soudain compte qu'il n'était pas approprié et à la place, me tend sa paume ouverte. Invitation.
Je lui souris, y glisse la mienne.
Soutient.
Nous ne nous levons pour quitter la clinique que lorsqu'un infirmier entre dans la pièce pour faire des soins à son patient.
Law a un regard d'au-revoir envers Rossinante et nous guide à travers le sous-sol jusque dans sa voiture.
- J'ai de quoi faire un curry chez moi, propose Law.
- Je m'occuperai des légumes, j'offre.
Passer le reste de la soirée chez lui est une option qui me plaît. D'autant qu'il y a une dernière chose qu'il faut absolument que je lui demande.
- Tu m'apprendrais des gestes de premiers secours ?
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Merci pour votre lecture ~
Si vous vous posez la question, ce qui serait totalement légitime… oui je vais quelque part avec tout ça, ne vous en faites pas ^^
Bon week-end !
