Musique d'écriture : Quoi - (Jane Birkin) - Vincent Delerm & Cali


Entre le plat principal et le dessert, ils avaient quitté la table.

Scorpius avait insisté pour échapper à la « foule Potter-weasleyienne » qui avait envahi la maison entière et Albus n'avait pas été difficile à convaincre.

Il y avait vraiment trop de monde à cette table et trop de monde qui se mêlait des affaires de tout le monde. Dans l'ensemble, les invités avaient été courtois avec lui. Mais les politesses sonnaient faux. Il n'était pas dupe. Quand Angelina l'avait salué, Fred Weasley s'était crispé, et avait hésité avant de lui tendre la main. A sa simple vue, Ronald Weasley était devenu rouge maladif avant de reprendre une couleur passablement humaine et sans jamais desserrer les lèvres. Son « bonjour » fut un grognement suivi d'un hochement de tête. Albus en fut scandalisé mais Malfoy s'en fichait bien. Arthur Weasley fut presque comique. Il se retrouva devant Scorpius sans savoir comment et il ne put articuler un seul mot. Il tenta par deux fois d'ouvrir la bouche puis se ravisa, sourit et tapota la tête de Scorpius du bout des doigts avec un sourire gêné, comme si le garçon avait 5 ans, puis se précipita pour saluer son fils aîné qui venait d'arriver.

Au cours de l'apéritif, les langues s'étaient déliées, quelques remarques leur avaient été adressées, des paroles maladroites, parlant du « courage de leur relation », « dans un contexte difficile », « leur amour faisait fi du passé » et bla, et bla.

« Oh, c'est bon, putain, on n'est pas dans Roméo et Juliette! » avait fini par lâcher Albus, passablement énervé par les commentaires « sur-tolérants » et hypocrites.

Angelina avait sursauté à cette remarque et détourné la conversation vers le dernier match de Quidditch, et sur la prestation de Scorpius, qui fit l'unanimité.

Malfoy avait répondu aux remarques par un sourire gêné. Attirer l'attention le mettait toujours mal à l'aise, mais en cet instant, les sensations étaient décuplées. Il ne pouvait s'empêcher de tenter de déchiffrer tous les regards qui lui étaient adressés. Il ne passait pas inaperçu. S'il n'avait fait l'objet d'aucune hostilité, il était sûr qu'un seul faux pas pourrait déclencher un drame. Il l'avait compris à la façon hésitante et méfiante dont certains membres lui avaient serré la main, le regardant de haut en bas d'un air suspicieux.

Evan et James riaient bruyamment à table, complices, ce qui n'empêchait pas Dursley de lancer des clins d'œil furtifs à Scorpius quand il croisait son regard.

« Mon père se demandait si tu n'étais pas avec Scorpius par rébellion ? » dit Molly à son cousin au beau milieu du repas.

« Par quoi ? » s'enquit Albus en piquant sa caille de son couteau, brisant les petites côtes.

« Par rébellion. Il dit qu'à l'adolescence, les enfants rejettent le modèle de leurs parents, et sortir avec Scorpius rentre dans ton processus de provocation. Comme le fait que tu sois à Serpentard. »

Décidément, Percy Weasley ne comprenait rien à rien et continuait à conceptualiser les choses les plus simples.

« Rien à voir avec mon père, je suis chez les Serpentard parce que je suis un vil serpent ambitieux qui aime faire des coups bas. » Il baissa la voix et se pencha vers la jeune fille. « Et je suis avec Scorpius parce qu'il a un beau cul. »

Malfoy s'étouffa sur son morceau de viande en entendant ces mots, et davantage encore en voyant le visage consterné de Molly Weasley.

Ils s'étaient éclipsés avant le dessert et étaient sortis marcher dans la neige. L'air glacé leur mordait le visage et les mains.

Albus les mit dans ses poches et baissa la tête pour se protéger du vent.

« Ça se passe plutôt bien, non ? » dit-il en jetant un coup d'œil au garçon à ses côtés.

Scorpius lui lança un regard signifiant « tu trouves vraiment ? », un peu blasé.

« Ton oncle Ron me regarde de travers. Ton grand-père aussi. »

« S'il n'y avait qu'eux... »

« Ce sont les moins discrets. »

Albus se mordit la lèvre et redressa la tête. Il savait que le garçon avait raison, il ne faisait pas l'unanimité, mais Potter n'avait jamais recherché l'approbation de sa famille. Il prit la main de Scorpius dans la sienne, sa peau était gelée.

« Tu viens ? On va dans la cabane. »

« La cabane ? »

Il le mena à travers la neige jusqu'à l'arrière de la maison, vers la cabane à outil. Il racla la neige qui bloquait la porte avec son pied et tira sur la porte en bois qui céda. Scorpius entra à sa suite. La cabane était petite mais propre, les outils impeccablement rangés ou accrochés au mur par type puis par grandeur, un rangement presque maniaque. Rien ne trainait sur l'établi en bois.

Albus, échaudé par la bière de Noël, un peu plus forte que l'alcool classique, attrapa la main de Scorpius. Il ferma la porte derrière eux et le plaqua contre le mur de bois sec.

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'écria Scorpius, alors qu'Albus l'embrassait, capturant ses lèvres tout en enserrant sa taille de ses bras.

Il approfondit le baiser en pressant plus fermement son corps contre le sien, et dans un élan, le souleva pour l'asseoir sur l'établi, ignorant le hoquet de surprise de Scorpius lorsque leurs lèvres se séparèrent.

« Attends, murmura Scorpius. Il fait trop froid ici ! »

« Je vais te réchauffer, » murmura Albus en ouvrant son manteau. Il embrassa sa gorge, glissant sa langue sur la peau, sentant le battement de son cœur sous ses lèvres.

« Ne me déshabille pas ! » dit Scorpius, alors qu'Albus passait une main sous son pull, mais le garçon le plaqua contre le mur, repoussant ses mains.

Il l'embrassa, calant sa tête contre le bois, en l'empêchant de bouger. Il serrait son corps, à l'étouffer. Scorpius passa les bras autour de son cou, gémissant contre ses lèvres alors qu'Albus lui écartait les jambes avec son genou.

Tremblant, il l'attira à lui et commença le frottement de leurs deux membres gonflés à travers leurs vêtements. Scorpius rejeta la tête en arrière à la première friction, serrant les dents pour étouffer ses gémissements. Albus glissa ses mains sur ses hanches, les attrapa pour le garder au bord de l'établi et presser son corps d'avantage contre le sien.

Les mouvements devinrent insupportables, une torture de délices mais trop de vêtements les séparaient. Les joues enfiévrées, Malfoy le repoussa, décollant sa peau de la sienne avant de faire glisser sa main entre leur corps, il ouvrit le bouton de son pantalon. Albus retint sa respiration quand les doigts du garçon enserrèrent son sexe, il se contracta, et convulsa, immobilisant la main qui le serrait.

Scorpius lui sourit.

— Qui manque d'endurance ce soir ?

— J'ai envie de toi depuis des jours ! répliqua Albus, le corps tendu, essayant de se contrôler.

— Tu m'as maintenant... souffla-t-il.

Potter ne put se retenir et le fit glisser plus haut sur l'établi, le repoussant brutalement contre le mur, puis monta à son tour sur le bureau de bois.

Scorpius voulut l'embrasser mais Albus le repoussa, le faisant basculer en saisissant ses hanches qu'il positionna contre les siennes. Fébrilement, il ouvrit le pantalon du garçon et le retira ainsi que le sous- vêtement jusqu'à mi-cuisses. Scorpius n'eut pas le temps de protester, Albus le couvrit de son corps, attrapa ses lèvres et agrippa son sexe qu'il serra en son poing, aspirant les soupirs de Malfoy entre ses lèvres. Une main blanche trouva son sexe et Albus mordilla la lèvre inférieure du garçon, haletant. Leurs sexes se cognaient l'un contre l'autre encore et encore, leur arrachant des gémissements alors que leurs mains serraient de plus en plus fort.

Soudain Albus le lâcha et attrapa son poignet pour l'obliger à faire de même. Il se coucha sur lui, alignant son bas-ventre avec le sien et sexe contre sexe, il ondula ses hanches contre les siennes en des coups secs et précis. Scorpius rejeta la tête en arrière ses yeux roulant dans ses orbites.

Il ne sentait pas le bois dur contre son dos et ses épaules, juste ce plaisir blanc et cinglant là où leur peau se percutait. Il criait lui semblait-il, il n'en était pas sûr. Albus l'embrassait, mordait sa chair, tirer sur la peau entre son cou et son épaule. Scorpius le serrait contre lui, tirant sur son pull, plantant ses ongles dans son dos et son cou.
Ses vêtements lui serraient les jambes, bloquaient des cuisses qu'il aurait voulu écarter d'avantage.

Les mouvements se firent plus violents, et Albus attrapa ses hanches, les serrant avec force, l'immobilisant. Il cria dans sa jouissance, se répandant entre leur corps. Le cœur battant à tout rompre, la respiration vive, il se redressa un peu plus, remontant sur le corps du garçon et posa son front contre celui de Malfoy, plongeant son regard dans le sien et attrapa son sexe.
Scorpius souffla son nom mais Albus ne relâcha pas son étreinte, il serra ses doigts, concentrant son attention sur le visage de Malfoy : sur ses lèvres trop pleines et rouges, gorgées de sang, ses joues enflammées et ses pupilles dilatées, ses yeux assombris, son souffle coupé par les hoquets de plaisir et les gémissements à demi étouffés par ses dents qui se serraient.
Potter voulait tout voir, voir Scorpius se perdre, s'abandonner et se décomposer sous son regard et dans ses bras.
Trop tôt, il le sentit se contracter et ses ongles agrippèrent ses épaules.

— Embrasse-moi, hoqueta Scorpius d'une voix éteinte et suppliante et Albus prit ses lèvres étouffant le cri de sa jouissance.

Il le lâcha et s'effondra sur lui, écrasant sa poitrine qui tenter de se soulever pour retrouver son souffle, appréciant les battements de cœur affolés.

Ils restèrent ainsi, le souffle court, haletant, les cheveux plaqués au front par la sueur.
Heures ou minutes passèrent avant qu'Albus ne se redresse pour regarder son amant. Oui son amant, à lui seul.

— Tu me rends fou, dit Scorpius avant de l'embrasser, et Albus sourit contre ses lèvres.
Ils restèrent ainsi quelques minutes de plus, mais ils n'avaient pas beaucoup de temps. On viendrait surement les chercher.

— On devrait y retourner, souffla Scorpius.

Albus acquiesça à contrecœur et se sépara du garçon. Le froid redevint réel et il frissonna. Il ouvrit un tiroir de l'établi et sortit un torchon qu'il tendit au garçon. Scorpius le regarda, perplexe.

— Tu sais qu'on n'a pas le droit d'utiliser la magie ici, dit- Albus en lui jetant le tissu. Ne t'inquiète pas, il est propre.

Scorpius essuya son ventre et ses cuisses puis referma ses vêtements et Albus fit de même. Ils sortirent de la cabane, serré l'un contre l'autre et tombèrent nez à nez avec un autre duo.

Evan se trouvait juste devant eux, l'air surpris. A côté de lui, James paraissait tout aussi perplexe.

— Qu'est-ce que vous fichiez là-dedans ? demanda Evan.

— Rien, dit Albus mais sa voix était rauque et il se racla la gorge avant de continuer. Je lui ai montré la cabane à outil.

Le sourire était palpable dans sa voix, la fierté aussi, alors qu'il regardait les deux hommes devant lui. La situation et le regard suspicieux de Dursley l'amusait.

— On est venu chercher du bois, finit par dire Evan, et il passa à côté Albus en prenant soin de le bousculer au passage. A sa suite, James les ignora. Albus en parut presque déçu, il s'attendait sans doute à des réactions de la part de son frère. Ce type ne laissait rien paraitre!

Bras de dessus-dessous, ils retournèrent vers la maison. A plusieurs reprises chacun essaya de faire tomber l'autre dans la neige, de simples bousculades qui se transformèrent en combat de fauve sur le sol. Quand leurs mains furent gelées ils se décidèrent à rentrer dans la maison. Ils riaient encore quand ils virent Harry Potter apparaitre à la porte, le visage grave.

— Ton père voudrait te parler.

Encore… Scorpius cessa de sourire et son estomac se tordit douloureusement. Il entra dans la maison et suivit Harry jusqu'à la cheminée du bureau à l'étage. Il lui sembla qu'Albus était sur ses pas. Il s'agenouilla devant le feu et attendit que le visage de son père apparaisse dans les flammes. Il n'eut pas à patienté, Drago apparut, les traits tirés. Scorpius entendait des voix et des bruits de pas, d'autres sons encore qu'il ne pouvait interpréter.

— Hé, souffla Scorpius.

— Bonsoir.
Son sourire fut rapide et faible.

— Tout va bien? demanda Scorpius. Il y a beaucoup de bruit derrière toi.

— Je suis à Sainte Mangouste.

Scorpius cessa de respirer et sa gorge de serra.
Pourquoi?

Sa voix était fébrile.

— Dorian s'est battu avec son père, il a été blessé.

Scorpius ouvrit la bouche dans un sursaut mais son père l'interrompit.

— Ne rentre pas, c'est inutile. Il restera en observation ce soir. Je préfère que tu restes chez les Potter. Je viendrai te chercher demain soir si tout va bien,…ou le jour suivant.

— Tu ne pourras pas me tenir éloigner éternellement tu sais!

— Je n'essaie pas de te tenir éloigner, mais il n'y a rien à faire pour le moment. Nous ne pourrons pas le voir non plus, ils vont l'endormir,… pour que la repousse des os soient moins douloureuse.

Scorpius ferma doucement les yeux, essayant d'étouffer sa peur et sa colère.

— Qu'est ce qui s'est passé?

— Je t'expliquerai tout quand tu rentreras. Je préfère que tu restes chez les Potter. Ne t'inquiète pas, je m'occupe de Dorian.

— Il n'y a rien de grave, tu me le jures?

— Oui il n'y a rien de grave. Enfin… plus maintenant.

Scorpius acquiesça doucement, plus pour soulager son père que par réelle conviction. Il ne voulait pas rajouter sa propre colère et frustration sur les épaules de Drago.

Dehors, Albus attendait, adossé au mur. Il avait entendu ce qu'avait dit Drago et s'il était heureux que Scorpius resta un peu plus longtemps avec lui, les circonstances assombrissaient le séjour.

Quand Scorpius sortit du bureau, il sembla ne pas le voir. Son front était plissé, soucieux. Albus passa ses bras autour de ses hanches et l'attira à lui, posant sa tête sur son épaule.

— Je vais le tuer.

Potter eut un sursaut. La voix de Scorpius était calme, comme s'il avait donné la conclusion logique d'un problème d'arithmancie. Albus comprit qu'il parlait de Théodore Nott.

— Non, tu ne vas pas le tuer, murmura-t-il en glissant ses lèvres sur ses cheveux.

— Si, dit Scorpius en s'écartant. Il inclinait la tête, les poings serrés. — Si, je vais le tuer, tu verras !

Albus sentit la peur, mais la rejeta. Il ne pouvait pas être sérieux, il ne devait pas l'être.

— Cela t'avancerait à quoi ? Dorian va sûrement rester chez vous maintenant et son père n'aura plus aucun droit sur lui. Tu es en colère. Réfléchis, ce n'est pas ce que tu veux et ce n'est sûrement pas ce que veut Dorian.

— Dorian se fiche bien de ce qui peut arriver à ce malade !

Albus prit son visage dans ses mains et l'obligea à le regarder.

— Je pensais plus au fait que tu sois enfermé à vie à Azkaban. Il n'aimerait pas cela. Moi non plus, je n'aimerais pas cela.

Un bruit attira leur attention et Albus le lâcha. Rose était dans le couloir, suivie d'Hugo qui les observait en silence.

« Désolée, dit la jeune fille en s'éclaircissant la gorge. On est venu vous chercher pour le dessert.

— On arrive, répondit à la hâte Albus, pensant faire fuir ses cousins, mais Rose s'approchait.

— Quelque chose ne va pas avec Dorian ? demanda-t-elle doucement. Le rouge lui monta aux joues mais elle continua : J'ai entendu ton père en parler avec mes parents dans la cuisine. Ils disaient qu'il était blessé et qu'on l'avait transféré à Sainte-Mangouste. Il va bien ?

— Je n'en sais rien, répondit Scorpius sans regarder la jeune fille. On ne me laisse pas rentrer pour le voir.

La jeune fille traversa le couloir et le prit dans ses bras. À nouveau, Scorpius en fut touché, mais cette fois, il se demanda si ce n'était pas Rose qui voulait être consolée.

— Ça va aller, murmura-t-elle, et il se demanda si elle s'adressait à lui ou à elle-même.

— Je devrais peut-être lui envoyer quelque chose ? demanda-t-elle ensuite. Un mot et des chocolats. C'est con de passer Noël à l'hôpital.

— Pourquoi tu voudrais lui envoyer quelque chose ? demanda sèchement Hugo.

Rose lâcha Malfoy mais le tint par les épaules et se retourna vers son frère, les yeux plissés.

— Cela ne te regarde pas.

Hugo serra les dents mais ne dit rien de plus.

— Ça lui plairait, je pense, dit doucement Scorpius en se dégageant doucement des bras de Rose. Il serait sûrement ravi que tu lui envoies quelque chose.

Il s'écarta. Il voulait être seul tout d'un coup, juste quelques minutes. Il se dirigea vers la salle de bain.

— Descendez, je vous rejoins.

Albus fit mine de le suivre, mais Scorpius secoua la tête, lui signifiant qu'il devait être seul. Il acquiesça et descendit les escaliers pour retourner vers la salle à manger d'où provenaient rires et voix bruyantes.

Malfoy entra dans la salle de bain et fit couler l'eau dans la vasque avant de s'en asperger le visage, se répétant encore et encore que tout allait bien, que Dorian serait bientôt sur pied et que cette enflure ne remettrait plus les pieds chez eux. Il n'approcherait plus Dorian, il y veillerait. Lui aussi pouvait protéger ceux qu'il aime. Il n'avait pas les muscles, mais pour l'intelligence, il n'était pas en reste.

C'est en levant les yeux vers le miroir que Scorpius se rendit compte qu'on l'observait.

— Je peux savoir ce que tu fous là, Weasley ? demanda-t-il en se retournant.

Bien droit dans l'encadrement de la porte, Hugo ne sembla ni inquiet ni mal à l'aise. Les yeux fixés sur le garçon, il avançait vers lui.

— Il se passe quoi entre Nott et ma sœur ? demanda-t-il.

Scorpius n'avait aucune envie de révéler quoi que ce soit. Lui-même n'en savait pas grand-chose. L'idée même d'entamer une discussion avec Hugo le révulsait. Il ne lui avait jamais fait confiance, mais depuis que Dorian lui avait dit que c'était lui qui les avait aiguillés sur le dortoir des Gryffondors, quand James et lui avaient été découverts, il avait définitivement placé l'étiquette « fouteur de merde » sur le front du Weasley.

Il attrapa une serviette et finit de s'essuyer le visage et les mains.

— Comme elle l'a dit, rien qui te concerne.
Il se planta devant lui et le regarda droit dans les yeux.

— Occupe-toi de tes fesses pour une fois, ça te changera.

Quand il voulut le contourner, Hugo lui saisit le bras et le repoussa en arrière. Scorpius leva les mains, lui signifiant qu'il n'avait pas l'intention de se battre. Hugo n'était pas grand et de corpulence moyenne, mais il ne voulait pas entamer une bagarre dans la salle de bain de Harry Potter.

— Fais gaffe à toi, Weasley. Contrairement à ce que suggère ma carrure, j'ai eu l'occasion de cogner des types plus forts et plus grands que toi. Laisse-moi passer.

— Tu ne devrais pas être ici.

Sa voix était claire, mais sa mâchoire serrée montrait une colère mal dissimulée.

— Charmant, répondit Scorpius en haussant les épaules. Je ne peux pas te blairer non plus. Les choses sont dites, maintenant, écarte-toi de la porte.

Il n'en fit rien et avança sur Scorpius, qui refusa de reculer.

— Tu crois que je n'ai pas vu ton manège ? siffla le garçon, presque dans un murmure. Tu as réussi à tromper tout le monde ici, mais pas moi.

— Je ne sais pas ce que tu crois savoir, Hugo, mais tu racontes n'importe quoi. Je n'ai trompé personne et je n'ai aucune intention particulière envers ta famille. Le seul qui m'intéresse, c'est Albus.

— Tu as une drôle de façon de le montrer. Tu l'aurais baladé pendant combien de temps avant que j'intervienne ? Tu croyais pouvoir avoir Albus et continuer à te faire sauter par James ?

— Tu ne sais pas de quoi tu parles !

Le regard de Weasley devint plus sombre alors qu'il approchait.

— Mais c'est justement le fond, Scorpius, j'en ai rien à foutre. Ce que tu vis ne m'intéresse pas. Mais toi et les tiens, vous n'avez rien à faire chez nous.

Chaque mot était dit avec dégoût et colère, mais Scorpius n'avait pas peur.

— C'est à Albus de choisir.

— Il n'a pas les idées claires depuis que tu es à Poudlard. Je n'aime pas ce qu'il est devenu depuis qu'il est avec toi.

— Parce qu'il est davantage lui-même ? sourit Scorpius.

— Parce que tu es nuisible et que tu le rends malheureux.

— Je le répète encore, Weasley, occupe-toi de tes affaires ! Si Albus était si malheureux, je ne serais pas là aujourd'hui. Si tu interviens maintenant, c'est parce que tu sais que cela fait plusieurs semaines que nous sommes ensemble, que tout se passe parfaitement bien, et ça, tu ne le supportes pas !

— C'est ça. La dernière fois que je l'ai croisé à la bibliothèque à Poudlard, il avait l'air bouleversé, alors ne me raconte pas que tout va bien ! Tu le pourris avec tes pratiques dégueulasses et tu ne t'en rends même pas compte. Et je refuse que ma sœur subisse la même chose avec Nott !

— De quoi tu parles ?

— C'est ça, fous-toi de moi, continue à faire l'innocent ! Je l'ai vu faire des recherches sur des trucs bizarres et pervers qui ne peuvent exister que dans ton monde de dégénérés.

Les nerfs de Scorpius lâchaient et il se dit que cogner Hugo pour se calmer ne serait pas une mauvaise idée.

— Je ne vois pas de quoi tu parles et tu commences à me fatiguer, Weasley. Alors, soit tu t'expliques clairement, soit tu te tires d'ici avant que je perde mon calme.

— Ah ouais ? Tu ne vois pas de quoi je parle ? Albus cherchait un truc dans le dico, « pygmalionisme » ou quelque chose comme ça.

Scorpius se figea, sentant la bile lui remonter dans la gorge, et Hugo eut un sourire de triomphe.

— Ah ! Il semble que tu vois de quoi je parle finalement.

— Quand ? demanda Scorpius, impassible, la tête baissée, la voix basse et menaçante.

— Quand quoi ?

— Quand l'as-tu vu dans la bibliothèque ?

— Qu'est-ce que ça peut... Hé ! »
Scorpius l'attrapa par le col et le jeta contre le mur, utilisant tout son poids et sa colère pour le maintenir. Ses doigts serraient l'encolure de son pull et comprimaient sa gorge.

— Réfléchis bien, Weasley, et donne-moi une réponse ou je te fais cracher tes dents une par une !

— Je ne sais pas ! Une semaine avant les vacances, lâche-moi !

Scorpius le lâcha et recula, les mains tremblantes. Il lui sembla que Hugo lui parlait, mais il n'entendait plus rien. Son esprit était vide.

— Et putain, je te parle !

Une main sur son bras le sortit de sa torpeur et Scorpius cogna, son poing s'enfonçant dans l'estomac de Weasley. Surpris, le garçon tomba à genoux, le souffle coupé.

— Je t'avais dit de t'occuper de tes affaires, Weasley.

Sa voix était sombre, haineuse. Hugo eut peine à le reconnaître. À nouveau un coup, et le pied de Scorpius percuta ses côtes. Le garçon cria.

— Et ça, c'est pour nous avoir balancés, souffla Scorpius.

Il observa un moment le garçon qui se remettait péniblement debout. La vue ne lui déplaisait pas du tout. Il aurait pu se délecter encore des grimaces de douleur de Weasley, mais il se dit qu'il valait mieux partir avant que celui-ci se remette et décide de répliquer. Il contourna le garçon et ouvrit la porte. Il jeta un dernier coup d'œil en arrière.

— Inutile de te dire que ce qui vient de se passer devrait rester entre toi et moi. Tu ne crois pas ?

Et il sortit.

Seul dans le couloir, la question reprit toute la place dans ses pensées. Comment, pour l'amour du Ciel, comment Albus pouvait-il savoir ? Il n'avait pas cherché ce mot par hasard. Une coïncidence ? Impensable. Non, Albus savait, il savait… Le cœur de Scorpius se contracta douloureusement à cette pensée, car une seule personne était au courant. C'était Dorian. Si Albus était au courant, c'est que Dorian avait parlé. Dorian l'avait trahi. Cette révélation le sidéra et il se sentit vide, et froid.

Il secoua fortement la tête, essayant d'éclaircir ses pensées qui se faisaient de plus en plus noires. Nott devait avoir une raison, il n'aurait pas pu révéler ce qu'il avait vu dans la fiole s'il n'avait pas eu une bonne raison. N'est-ce pas ?

Il agrippa la balustrade de l'escalier et se pencha vers l'avant, la barre appuyée sur ses hanches, et il se balança doucement vers l'avant, laissant le haut de son corps et sa tête dans le vide, les doigts fixés sur le métal. Il se laissa choir, la pointe de ses pieds touchant à peine le sol. Il ferma les yeux et commença un léger balancement, il se berçait presque avec le vide. James lui avait demandé ce qu'il se serait passé si Albus ne l'avait pas rattrapé lors du match. Il n'y avait pas pensé. Tout comme il ne réfléchissait pas à ce qu'il se passerait s'il basculait de l'autre côté de la rambarde, s'il se laissait tomber…

— Qu'est-ce que tu fais ?

La voix d'Albus le sortit de sa transe et il sursauta, ses pieds retouchant le parquet. Il aperçut Potter en bas des escaliers.

— J'arrive, lui dit-il, et il descendit les marches pour le rejoindre.— Qu'est-ce que tu faisais ? répéta Albus, plus fermement.

Scorpius haussa les épaules.

— Rien, je me penchais un peu, c'est tout. Je réfléchissais.

Albus saisit sa main et comprima ses doigts.

— Ne fais pas ça.

Sa voix était ferme, comme la pression qu'il exerçait sur ses phalanges. Il finit par se détendre et l'entraîna avec lui.

Fin du Chapitre 30


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