Maître des âmes

Chapitre 12 :

Âmes sœurs

Ce fut une bonne partie de la nuit que Alexander resta au feu de camp avec les autres pour répondre à Jacob. Un Jacob qui avait du mal avec tout ce qui lui tombait dessus mais ce n'était pas réellement surprenant. Il y avait de quoi être secoué et perturbé. Il fut finalement temps pour lui de partir et tous virent Jacob le coller de près jusqu'à ce qu'il soit assis dans sa voiture, souriant à la paire nouvellement formée.

- Je reviendrai demain après les cours si tu veux bien, fit Alexander à son ami.

- Ouais, approuva-t-il. J'ai encore plein de questions, fit-il l'air perturbé.

- C'est normal. On en discutera et je répondrai au mieux à tout. J'imagine à quel point c'est choquant. Tu sais, je suis désolé d'avoir dû te cacher ça. J'aurai aimé pouvoir te le dire.

- Mon père m'a assez tanné avec cette histoire de secret pour que je comprenne que tu n'avais pas le choix, concéda-t-il.

- Merci. Je reviens demain après les cours et on en parlera tranquillement à deux.

Jacob approuva et lui souhaita une bonne nuit même s'il n'en restait plus grand-chose. Ils se séparèrent et Alexander rentra chez lui. Il profita du reste de la nuit pour assimiler le fait qu'il avait trouvé son âme sœur et que c'était Jacob. Rien n'aurait pu le rendre plus heureux. Jacob était vraiment quelqu'un de formidable. Restait à savoir si Jacob pourrait l'accepter pleinement. Cela expliquait néanmoins ses sentiments à son égard, sa jalousie difficile à contrôler, le fait qu'il lui manquait parfois de manière disproportionnée. Il avait commencé à avoir une gigantesque affection pour lui et le lien avait réagi en conséquence, s'éveillant doucement. L'imprégnation n'avait fait qu'accélérer la chose, de son côté en tout cas. Mais cela allait bien plus loin que Jacob et lui. Par le lien de meute, il était lié à chaque loup qui en faisait parti et même à la tribu. Selon les lois magiques, il s'agissait désormais de son clan, de sa famille, de son peuple d'adoption et cela libérait considérablement sa marge de manœuvre avec eux.

Il y avait des limites même avec ceux qui savaient pour la magie et qui étaient inclus dans le secret. Il était conseillé, sinon ordonné, de ne révéler que le strict nécessaire si vraiment on ne pouvait pas faire autrement. Il fallait limiter l'usage de la magie en leur présence, surtout quand il s'agissait de communautés presque extérieures intégrées au monde non magique, sans sorciers. C'était le cas des Quileute et des Cullen. C'était pour cette raison qu'il n'avait jamais vraiment fait de magie devant eux et qu'il ne leur en avait quasiment pas parlé. Les seules conversations poussées qu'ils avaient pu avoir avaient été à propos de leurs natures respectives. Mais ce lien changeait tout pour les Quileute. Il pourrait leur parler bien plus librement et leur montrer bien plus de choses. Il y pensa toute la nuit et ce fut plus que fatigué qu'il prit le petit déjeuner avec Charlie et Isabella ce matin là.

- Tu as eu des nouvelles de Jacob ? demanda Bella. Il ne répond toujours pas au téléphone.

- Je ne l'ai pas vu mais je sais ce qu'il a, dit-il en baillant. Une très vilaine mononucléose. Il est cloué au lit avec une sacrée fièvre. Il vaut mieux le laisser se reposer quelques jours le temps que ça passe. Il déguste d'après Billy.

- Le pauvre, fit Charlie. J'espère qu'il ira vite mieux. Tu es rentré très tard cette nuit ?

- Oui désolé. On s'est beaucoup plus éternisé qu'on ne le voulait et on n'a pas vu l'heure passer.

- Vous avez fait quoi ? demanda Isabella.

- D'abord on a fait un feu de camp, comme presque à chaque fois, s'amusa-t-il. On a beaucoup parlé puis on est allé chez Sam et on s'est un peu trop extasié sur les films et la console je crois.

- Ça ira pour aller en cour ? Tu fais peine à voir, remarqua le shérif.

- Il faut assumer ses bêtises alors oui ça ira, répondit-il en le faisant sourire. Je retourne à la Réserve après les cours, annonça-t-il. J'ai une revanche à prendre sur Jared, grommela-t-il.

- Ne rentre pas trop tard cette fois. Je ne veux pas que tu tombes malade, fit Charlie en se levant.

Il s'en alla et les deux jeunes gens ne tardèrent pas à en faire de même, partant pour le lycée. Ce fut sans aucun scrupule que Alexander s'autorisa plusieurs siestes dans la journée, usant de sa magie pour se cacher. Une chance que ce type de magie était libre d'emploi tant qu'il s'assurait que les non-maj ne se rendaient compte de rien. Il en profita donc pour rattraper un peu sa nuit. Ce n'était pas comme s'il ne connaissait pas déjà le programme entier et qu'il n'était pas ancré dans sa mémoire. La journée lui parût bien longue, l'envie de voir Jacob intense après le lien tout frais. Heureusement, il terminait tôt ce jour là. Il repassa par la maison pour prendre une douche et se changer, se doutant qu'il resterait tard à la Réserve.

Sortant de la salle de bain, avisant Bella dans sa chambre, il gagna la sienne. La décoration y avait doucement changé avec le temps. Il avait embelli le perchoir d'Hedwige et la tenture lui servant de nichoir. Les sphères de d'apprentissages désormais inertes, pareilles à des boules de cristal étaient exposées sur de jolis socles. Lorsque Charlie les avait vu, il s'en était étonné et il lui avait simplement dit qu'il aimait bien les choses ésotériques. Peut-être était-ce pour cela que Charlie lui avait offert un magnifique attrape rêve plus tard ? Quelques petits objets s'étaient ajoutés ici et là. Des références à ce qui lui tenait ou lui avait tenu à cœur. Il y avait un poster représentant la constellation du Grand Chien où trônait l'étoile de Sirius. Il y avait un tableau représentant une biche et un cerf pour ses parents, une figurine de blaireau pour Cédric. Une écharpe rouge et or pendait au coin de son miroir en pied. Il y avait ainsi plusieurs petits rappels de ce qu'il aimait.

Il s'habilla rapidement, séchant ses cheveux noirs. En poussant, ils avaient gagné en discipline et tombaient élégamment sur ses épaules. Sa peau s'était légèrement colorée à force de passer du temps dehors et l'entraînement ainsi que les bons repas avaient merveilleusement sculpté sa silhouette. Il était loin des Quileute en terme de muscle mais il se trouvait beau aujourd'hui et au moins maintenant, on voyait qu'il y avait des muscles sur ses os. Il avait des épaules droites et il avait fière allure. Il n'était ni grand ni imposant mais il se plaisait comme ça, svelte et mince comme l'aigle. Une fois près, il sortit à nouveau et prit le chemin de la Réserve.

Lorsqu'il arriva chez Billy, il trouva toute la meute dans la clairière juste à côté. Jacob était là et lorsqu'il le vit se garer, il vint vers lui avec le sourire, faisant pétiller le cœur et la magie du sorcier. Il quitta sa voiture et alla à sa rencontre, le saluant avec l'un de ses sourires doux habituels. Jacob lui rendit puis il en fit de même avec le reste de la meute. Alexander sentit pourtant qu'il y avait une certaine tension et c'était souvent le cas quand un nouveau loup arrivait dans la meute. Tous avaient dû mal à accepter tout cela et les autres étaient parfois frustrés de ne pas parvenir à aider davantage.

- Sam, je peux t'emprunter Jacob un moment ? demanda-t-il avec un léger sourire.

- Je t'en prie. Cette tête de bois refuse de nous écouter, soupira-t-il.

- Ok. Une promenade ça te dit ? proposa-t-il à son loup.

Celui-ci approuva et ils partirent ensemble vers la forêt, marchant dans un silence un peu tendu.

- Alors dit moi, poussa-t-il. Pourquoi Sam dit que tu refuses d'écouter ? Le secret ? L'imprégnation ? Les vampires ? Le fait d'être un loup géant ? J'imagine que les points de crispations ne manquent pas.

Jacob garda le silence près de lui et il lui laissa le temps dont-il avait besoin. Ils marchèrent un moment, tranquillement, sans faire vraiment attention à l'endroit où ils allaient. Et finalement, Jacob ouvrit la bouche :

- Pourquoi tu as aidé Sam au début ?

- Quand je suis tombé sur lui en forêt, juste après qu'il se soit transformé pour la première fois, il était dans une panique et une terreur violentes. Il avait besoin d'aide et je ne suis pas du genre à détourner les yeux quand je vois quelqu'un en difficulté. Je savais que je pouvais l'aider parce que je sais comment fonctionne la métamorphose. Donc je l'ai aidé. Ensuite, je suis resté avec lui pour l'accompagner parce qu'il est évident que cette situation était affolante pour lui et quoi que les Anciens auraient pu lui expliquer, ils ne ressentent pas cette magie et ne la comprennent pas vraiment, comme ils ne peuvent saisir l'ampleur de ce que la métamorphose provoque en vous. Sam avait besoin d'aide. Ensuite nous sommes devenus amis. Et il en a été de même avec les autres.

- Ils ont dit que tu avais passé beaucoup de temps avec eux, même quand ils étaient loups.

- Oui. Pourquoi trouves-tu cela étrange ?

- Il faut être un peu fou pour rester avec des monstres, dit-il l'air amer.

- Des monstres ? releva-t-il choqué. Ah d'accord. Jacob Black regarde moi bien, dit-il en s'arrêtant et en le faisant tourner vers lui de deux mains sur ses bras. Tu n'es pas un monstre. Tu n'es pas un monstre, insista-t-il fermement en plongeant son regard dans le siens. Tu es doté d'un incroyable don magique hérité de tes ancêtres. Tu es un être merveilleux dans tout ce que tu es. Tu es une personne merveilleuse, sourit-il. Je ne vois aucun monstre devant moi. Je comprend ce que tu ressens, tout cela n'est pas facile à encaisser mais être un métamorphe ne fait pas de toi un monstre, bien au contraire.

- Qu'est-ce que tu pourrais en savoir ? demanda-t-il l'air perdu.

- Je me suis déjà senti comme ça aussi, comme si j'étais un monstre, confia-t-il doucement.

- Comment ça. ?

- Vient.

Il l'entraîna avec lui, trouvant un coin où s'asseoir pour parler. Ils s'installèrent rapidement, s'asseyant face à face sur un tronc tombé au sol. Alexander prit son courage à deux mains pour parler de ça. Il n'avait pas pensé le faire mais Jacob était son âme sœur maintenant, ils étaient liés et la meute serait peut-être sa famille magique, il l'espérait. Il pouvait bien lui dire et permettre que la meute le sache en entendant ses pensées. Peut-être que ça pourrait les aider à s'accepter aussi.

- Tu sais, tout les sorciers ne naissent pas parmi les sorciers. Certains naissent de parents sans aucun pouvoir magique, de parents qui ignorent tout de ce monde là. Ils n'apprennent la vérité qu'à onze ans, à l'âge de commencer à apprendre à utiliser et maîtriser sa magie. C'est obligatoire parmi les sorciers parce qu'une magie hors de contrôle peut faire du dégâts. Il est donc obligatoire de suivre des cours et lorsque cela devient possible à onze ans, on vient voir les enfants sorciers pour leur ouvrir les portes de notre monde et leur apprendre. Mais avant onze ans, ils ne savent rien. Avant d'avoir onze ans, j'ignorai ce que j'étais.

- Vraiment ? Tes parents n'étaient pas des sorciers ?

- Si. Mes parents étaient des sorciers mais ils sont morts quand j'avais un an. Ma mère, elle, était née de parents non magiques et avait une famille non magique. Après leur mort, j'ai été placé dans la seule famille de sang qu'il me restait : celle de la sœur de ma mère, ma tante. Elle était mariée et avait un fils de mon âge. Elle savait ce qu'était ma mère. Dans ce genre de cas, la famille proche de l'enfant sorcier est incluse dans le secret. Seulement, ma tante détestait sa sœur. Elle haïssait ma mère. Elle la prenait pour un monstre parce qu'elle était sorcière, sourit-il triste. Elle n'a pris ma garde que parce que cela lui offrait une belle pension. Cela ne changeait pas le fait qu'elle me voyait moi comme un monstre. Mon oncle aussi et cela s'est transmis à leur fils.

Il marqua une pause, le regard un peu vague en revenant là dessus.

- Ils m'appelaient souvent comme ça quand j'étais enfant : le monstre. Ils craignaient la magie et ils pensaient qu'ils pourraient faire de moi quelqu'un de « normal » en me gardant loin d'elle. Alors ils ne m'ont jamais dit ce que j'étais, ce qu'étaient mes parents. Seulement, un enfant magique, ça a tendance à se voir. Si notre éducation ne commence qu'à onze ans c'est parce qu'avant, nous ne sommes pas encore assez mature pour utiliser la magie. Mais elle est bien là. Les enfants sorciers ont ce qu'on appelle des accidents de magies. Pour dire ça simplement : il se passe des choses bizarres autour d'eux, souvent sous le coup d'émotions fortes. Ce n'est rien de bien méchant. Des lumières qui clignotent, des objets qui bougent tout seuls, des choses qui changent de couleur… Les bébés font venir leur peluche préférée lorsqu'ils n'arrivent pas à l'attraper. Dans le monde magique, les parents guettent ça comme on guette le premier gazouillis, le premier mot ou le premier pas de son enfant. C'est totalement incontrôlable. J'ai eu beaucoup d'accident de magie enfant et pour ma tante et mon oncle, c'était la preuve que j'étais un monstre et ils ont longtemps réussi à me faire croire que j'étais un genre de monstre à cause de ces choses bizarres.

- Je suis désolé, fit-il l'air terriblement triste qu'il ait eu à vivre une telle chose.

- Tu n'as pas à l'être, tu n'y es pour rien. C'était faux bien sûr. Je n'étais pas un monstre. Je l'ai compris quand j'ai grandi et que j'ai gagné en caractère et j'ai terminé de mettre cette idée à la poubelle quand j'ai su qu'il y en avait d'autres comme moi, que mes parents étaient comme moi. Ce n'est pas notre nature physique ou magique, notre origine, notre peuple ou toute ces choses qui font de nous des monstres ou des gens bien Jacob. Rien ne né ange ou démon. Tu sais, il n'y a pas si longtemps, quand j'avais quinze ans, j'étais en pleine crise identitaire. Le fait d'être un sorcier ne me gênait pas du tout mais pour certaines raisons, il y a eu une période où j'avais peur, terriblement peur d'être entrain de devenir quelqu'un de mauvais, de ne plus être quelqu'un de bien. J'en ai parlé à la seule personne en qui j'avais confiance : mon parrain. Il était le meilleur ami de mon père, comme un frère pour lui et il avait l'image d'un père pour moi. Je l'aimais, profondément mais je n'ai pas pu passer beaucoup de temps avec lui. J'avais toute confiance en lui alors je lui en ai parlé. Tu sais ce qu'il y a d'amusant là dedans ?

- Quoi ? demanda-t-il pendu à ses lèvres.

- Mon parrain s'appelait Sirius. Sirius Black, dit-il en le surprenant. Black est un nom assez courant mais c'est presque comme un signe du destin pour moi que tu le portes aussi, sourit-il. Lorsque je lui ai dit que j'avais peur de devenir mauvais il m'a répondu que j'étais le seul à décider de ça. Il m'a dit que dans ce monde, il n'y avait pas d'un côté les gentils et de l'autre les méchants. Il m'a dit que l'on avait tous en nous une part d'ombre et une part de lumière et que ce qui comptait surtout, ce qui définissait ce que nous sommes, c'est ce que nous choisissons de montrer dans nos actes et dans notre manière de vivre. Je n'ai jamais oublié cela et il avait entièrement raison. Ce n'est pas notre nature, nos dons, le corps dans lequel nous sommes, notre peuple ou toutes ces choses qui font de nous des monstres ou des gens biens, c'est qui nous sommes ici, dit-il en posant une main sur son cœur.

Il lui sourit avec réconfort, heureux de le voir bien plus détendu et serein maintenant.

- Tu n'es pas un monstre Jacob. Tu es quelqu'un de gentil, de doux, d'attentionné, de courageux, fort et protecteur. Tu es quelqu'un de bien et tu as été mon premier véritable ami. C'est à toi de décider si tu aimes être un loup ou non. Mais comme toi, le loup n'est pas fondamentalement bon ou mauvais. Rien ne l'est en ce monde. Seuls nos actes, notre manière de vivre, de traiter les autres, fait de nous des monstres ou des gens bien. Et encore, c'est sujet à point de vue. C'est à toi de décider ce que tu seras, quel chemin tu prendras. Personne ne peut décider à ta place.

Jacob lui sourit avec douceur, l'air très touché et rassuré.

- Tu n'as pas peur de nous, constata-t-il.

- Il en faut beaucoup plus pour me faire peur. Tu n'as pas idée de ce qu'il faut pour me faire peur, s'amusa-t-il. Et même si j'avais peur, le courage est une chose importante dans ma famille.

- On est incontrôlable, remarqua-t-il avec crainte.

- C'est faux. Comme je l'ai expliqué à Sam autrefois, vous n'êtes pas incontrôlables. Vous devez juste apprendre à accepter les émotions du loup et à fonctionner avec elles. Un loup, un animal, a des émotions beaucoup plus franches et pures. Les animaux ne se retiennent pas, ils sont francs et directs. C'est cela qui vous pose problème. Ce n'est pas valable que pour la colère, c'est valable pour tout. Seulement, la colère et une émotion qui se voit plus, qui effraie plus, surtout quand on en perd le contrôle. Elle effraie souvent bien plus celui qui l'éprouve que celui qui en est la cible. J'ai expérimenté ça aussi. Il y a eu une période de ma vie où j'étais toujours, toujours en colère, avec tout le monde. Je ne la contrôlais plus et je devenais méchant avec les autres autour de moi. Mais c'était moi qui était le plus effrayé. Je ne savais pas quoi faire pour la réprimer et au plus j'avais peur, au plus j'essayai de contrôler, au pire c'était.

- Comment tu as fait ? Je ne veux faire de mal à personne.

- Il faut accepter d'être en colère, le reconnaître avant tout. Pour un métamorphe, la colère est plus violente parce qu'elle est comme celle des animaux : pure, directe et flamboyante. Les animaux ne répriment pas leur colère. Seuls les êtres conscients font ça. Pour eux, c'est une émotion légitime comme les autres. Alors, il faut accepter que tu peux être en colère, tu ne dois pas en avoir peur. Et quand ça arrive, si tu sens que c'est incontrôlable, détourne toi et va te défouler ailleurs, laisse la sortir et s'exprimer. N'attend pas quand tu sens qu'elle monte, n'attend pas que cela aille trop loin, laisse sortir que ce soit en allant te défouler sur autre chose ou juste en l'exprimant avec des mots. Parfois, dire pourquoi on est en colère aide à la faire passer, à la calmer un peu. Il faut faire un travail sur toi et si quelque chose t'agacent ou te dérange, ne la laisse pas couver et mûrir jusqu'à exploser, règle le problème. Ruminer les choses n'aidera pas. Tu dois apprendre à gérer tes émotions, toutes tes émotions, autrement. Pas à la manière d'un homme, ni à la manière d'un loup mais à la manière qui te conviendra. Ce n'est pas une chose facile et ça ne se fera pas en un jour mais tu peux le faire. Au plus tu seras en paix avec toi même, au mieux cela ira.

De nouveau, le silence s'installa entre eux, bien plus serein et paisible. Puis Jacob détourna les yeux l'air gêné.

- Et cette histoire d'Imprégnation ? D'âmes sœurs ?

- Je sais que ce n'est pas facile à accepter. Surtout quand on draguait une fille et qu'on se retrouve avec un mec, s'amusa-t-il. Les âmes sœurs sont faîtes pour aller ensemble sur le plan de l'âme. Mais ça n'oblige à rien. Les émotions que tu ressens, quelle qu'elles soient, sache qu'elles ne sont pas factices. Ce lien est un mécanisme naturel très complexe mais comme l'instinct maternelle qui dit à une mère comment protéger son enfant et s'en occuper, comme l'instinct de survie qui nous préserve ou toutes ces choses que l'on fait ou ressens naturellement sans comprendre ou contrôler, c'est fait pour notre bien, pour atteindre le bonheur et avoir une belle vie, nous permettre d'avancer. Tu peux y croire ou non, c'est à toi de décider. Mais sache que le lien n'invente aucune émotion en toi. Il ne fait que renforcer ce qui existe déjà même si cela n'existait qu'au niveau de l'âme et qu'on ne pouvait en avoir conscience. Malgré tout, ces émotions viennent de toi. Elles n'ont pas été créées. Tout va par deux. Cela vaut pour nos parts conscientes et inconscientes. Elles sont là toutes les deux et nous influencent toutes les deux. La plus part du temps, nous ne voyons ou ne voulons voir que notre part consciente parce qu'on aime décider, avoir le contrôle. Mais avec ce lien, à la manière où ça se passe pour toi avec l'imprégnation, c'est l'inconscient et l'instinct qui prend le dessus. Cela ne fait pas ça quelque chose d'artificiel, très loin de là.

- Et ça ne te gêne pas ? demanda-t-il surpris.

- Non. Ma vie m'a appris qu'il était très difficile et rare de trouver des gens en qui on peut avoir confiance, de trouver de véritables amis, d'avoir une véritable famille. C'est si difficile de trouver les personnes sincères, de trouver celles avec qui on a une chance de s'entendre, d'être ami, d'être en famille. C'est tellement compliqué. J'ai longtemps été complètement paumé avec mes propres sentiments et avec mes relations avec les autres. Alors l'idée que l'on puisse trouver ainsi, avec la plus grande des certitudes, la personne qui nous correspond vraiment, moi, ça ne rassure.

Jacob lui sourit une nouvelle fois, l'air un peu soulagé.

- J'étais persuadé que je serai avec Bella, soupira-t-il.

Si cela pinça le cœur d'Alexander, il n'en montra rien.

- Je sais. Je t'ai vu faire. Je comprend que ce soit perturbant. Mais je veux que tu saches que tu n'es forcé à rien.

- Ce n'est pas ce que je ressens quand je te regarde maintenant, confia-t-il. Je n'aurais jamais cru qu'un monde pouvait être renversé comme ça d'un seul coup.

- Pour avoir vu mon monde être renversé plusieurs fois, j'ai une idée de ce que ça fait. Tu as le temps. Tu n'es forcé à rien et rien ne presse. Prend le temps d'y réfléchir et de faire le tri dans tes pensées, d'assimiler tout ce qu'il se passe. Cela fait beaucoup à intégrer d'un coup.

- Comment c'est pour toi ? Tu as dit que tu sentais le lien.

- Pour moi ? C'est comme si tout en moi tirait vers toi, voulait être avec toi. Pour un sorcier qui reconnaît et sent le lien, ce n'est pas très différent de ce qu'il se passe pour toi sur le fond. Tu es, de manière incontestable, le centre de mon monde désormais, sourit-il. C'est d'autant plus puissant quand on a une magie comme celle d'un sorcier. La magie des âmes sœurs est extrêmement puissante et elle a sur moi beaucoup d'effets. Elle ne crée pas de sentiments mais elle amplifie ce qui existe. Elle te rend indispensable pour moi. Je suis beaucoup plus sensible au lien. Suivant ce que nous déciderons de faire, la manière dont nous déciderons de cela, il se passera différentes choses. Je t'expliquerai tout si tu le veux. Mais ce n'est pas très différent pour moi que pour toi. Je ne te ferai jamais de mal, tu as ma parole. Tu as le temps pour décider ce que tu veux faire de ça.

- Et toi ? Tu en penses quoi ?

- Moi je penses que tu es quelqu'un de formidable et que je ressentais une jalousie absolue envers Bella quand tu allais avec elle ou me parlait d'elle, dit-il légèrement en l'amusant. J'en pense que ma porte est grande ouverte si tu décides de la passer, assura-t-il plus sérieusement. J'en pense que ça vaut la peine d'essayer.

- Tu es vraiment quelqu'un d'incroyable tu sais, sourit-il.

- Il paraît que je ne fais jamais rien comme personne, s'amusa-t-il. Et ça a tendance à se confirmer. Est-ce qu'il y a autre chose qui te tracasse dans tout ce que tu as appris ?

- Des tas, admit-il.

- Je t'écoute, poussa-t-il.

Longuement, ils discutèrent de tout, y passant des heures. Lorsque la nuit tomba, ils retournèrent vers la maison de Billy où le père et le reste de la meute les attendait avec des grillades en cours.

- Ça y est ? sourit Paul. Notre petit sorcier a usé de sa magie pour te remettre les idées en place ? taquina-t-il.

- Ah ah, fit Jacob. J'aurai bien aimé voir comment vous vous avez digéré ça.

- Aucun de nous n'a été mieux, rassura Sam. Et ça se comprend. Heureusement qu'Alexander était là pour nous aider à avaler aussi.

Alexander s'arrêta près de Billy, lui souriant avec réconfort pour lui faire comprendre que tout allait bien et celui-ci lui rendit l'air soulagé.

- Merci Alex, fit-il avec émotion.

- Ce n'est rien, assura-t-il.

Ils s'installèrent avec les autres pour manger et parler de choses plus légères, les loup échangeant des anecdotes sur leur expérience en tant que tel. Alexander resta toute la soirée et tout le reste de la semaine, il reproduit la même chose. Il rejoignait la meute dés qu'il le pouvait, il rejoignait Jacob dés qu'il le pouvait et on passait du temps à tout expliquer à Jacob. Pendant que Alexander était en cours, Jacob passait du temps en loup avec la meute pour appréhender son don. Quand Alexander l'avait vu dans sa forme de grand loup roux, il avait été émerveillé. Son âme sœur était superbe et très impressionnant, magnifique à ses yeux. Lorsque samedi arriva, Alexander se rendit chez les Abeytu comme prévu et la tribu, Nahele et Dyani en particulier, ne manquèrent pas de remarquer à quel point il avait l'air heureux et radieux, plus souriant et plus serein. Il leur expliqua simplement qu'il s'était passé de bonnes choses pour lui cette semaine.

Lorsqu'il rentra en début d'après-midi, il passa par la maison, puis par le domaine de Rael. Il devait l'avouer, il n'avait pas beaucoup travaillé cette semaine. Aussi, il prit un temps pour prendre des nouvelles de ce qu'il se passait, de s'assurer de la situation, d'écrire quelques courriers et de régler quelques affaires. Puis il prit le chemin de la maison d'Émilie où il devait retrouver la meute. Ils y étaient et l'ambiance était atrocement lourde. Toute la meute était assise sur le perron ou debout autour, sombre. Il se gara et sortit, marchant naturellement vers Jacob qui tourna le regard vers lui, souriant et se détendant un peu en le regardant approcher. Dans la semaine, le loup roux avait adopté les cheveux courts, son épaule désormais ornée du tatouage de ma meute. Alexander ne le trouvait que plus séduisant comme ça. Il les salua de cet air calme qui était siens :

- Il s'est passé quelque chose ? demanda-t-il ensuite.

- Nous avons chassé un vampire qui rodait dans le coin aujourd'hui, répondit Sam.

- Un vampire ?

- Un vampire noir avec de longues dreads lock et des yeux si rouges que son régime ne fait aucun doute, expliqua le chef de meute.

- Il vous a échappé pour que vous fassiez une telle tête ?

- On l'a écharpé cette sangsue, fit Paul fier.

- Comme s'il aurait pu nous échapper, fit Jared.

- Alors où est le problème ? questionna-t-il.

- Bella nous a vu, lâcha Sam.

- Quoi ? fit-il éberlué.

- Bella nous a vu, répéta-t-il l'air désolé. Quand on a trouvé ce vampire, il était avec elle dans une clairière, celle qu'elle avait demandé à Jacob de retrouvé il y a un moment. Il allait l'attaquer. Nous n'avons pas eu le choix. De combat a débuté devant elle. Heureusement, elle a eu le bon sens de s'enfuir pour se mettre à l'abri. Mais elle nous a vu.

- Je vois, soupira-t-il.

Il croisa les bras et détourna les yeux, pensif. Cela faisait un deuxième début d'entorse au secret magique même si là encore, comme avec les vampires, le problème était sujet aux lois de la tribu dans un premier temps. Et il savait que du côté Quileute, on demanderait simplement à Bella de garder le secret. Seulement, comme il y avait deux entorse avec deux peuples différents, ça court-circuitait un peu les choses. Cela lui donnait plus de marge de manœuvre en théorie. Le problème n'était pas temps là. Le problème était les effets côté sorcier. Avec cela, le risque pour lui était encore plus grand. Les aurors le contacteraient probablement rapidement et les choses risquaient de s'accélérer. Tout dépendait de sa chance et de l'intelligence de ceux qui le cherchaient. Et il ne pouvait pas nier que certains étaient intelligents et déterminé. Il allait vraiment devoir redoubler de prudence.

- Alex ? appela Jacob près de lui.

- Désolé, dit-il en se reprenant. Qu'est-ce que vous comptez faire ? Lui dire franco et lui demander de le garder pour elle ou nier et laisser le doute ?

- Tu avais dit que bientôt, des sorciers viendraient lui faire oublier ? releva Sam.

- Oui et c'est le cas, approuva-t-il. Il doit rester un petit mois de délai maximum.

- Est-ce qu'ils peuvent lui faire oublier ça aussi ? questionna-t-il.

- Ils lui feront oublier tout ce qui attrait de près ou de loin au monde magique. Vampire et loups et tout ce qu'il pourrait y avoir d'autre, dit-il en faisant soupirer plusieurs.

- Bon. J'imagine que c'est le mieux qu'on puisse espérer, fit Sam même si je n'aime toujours pas l'idée de trafiquer les souvenirs de quelqu'un.

- Je sais et moi non plus mais c'est pour son bien. Surtout côté vampire, remarqua-t-il. Et j'ai assez côtoyé Bella pour savoir que si ça ne s'arrête pas d'une façon ou d'une autre, elle va creuser et chercher jusqu'à ce qu'elle trouve avec les conséquences que ça peut engendrer.

- Et si elle sait est-ce que c'est si dramatique ? demanda Jacob. Elle n'est pas du genre à le répéter.

- Le problème n'est pas là, fit Alexander. C'est la loi et les sorciers ne rigolent pas avec cette loi en particulier.

- Pourquoi ? demanda Embry.

- Parce que ces loi existent entre toutes les communautés dotées de magie quels qu'elles soient. Toutes se sont mises d'accord sur ces lois et les respectent scrupuleusement. Si on se met à faire des exceptions, il y en aura de plus en plus et au final, ça va créer des problèmes. Ce qu'il se passe avec Bella ne vous semble peut-être pas si grave mais c'est important.

- Comment les autres pourraient le savoir ? demanda Paul.

- Ils le savent déjà. Cette magie est très puissante et très ancienne, alimentée par tout ceux qui ont accepté de respecter cet accord. Les lois magiques ne sont pas si faciles à enfreindre. On se fait repérer tout de suite par ceux qui surveillent. Ils savent et on ne peut rien y faire. C'est aussi pour ça que je fais très attention à ce que je fais. Ces lois sont encore plus valables pour moi.

- Pourquoi ? fit Jacob.

- Parce que je suis un sorcier. Les autres peuples, comme vous, comme les vampires, ont adhéré à ce secret avec chacun leur adaptation tant que leur seule existence était concerné. Pour un sorcier qui enfreins la loi du secret, il n'y aurait pas une telle indulgence ni aucun délai. Si moi je venais à briser ce secret, d'autres sorciers débarqueraient presque immédiatement, effaceraient les mémoires de ceux à qui j'aurais parlé et je serai sanctionné. Suivant l'ampleur des révélations faîtes, ça va de la simple amende à la peine de prison ferme.

- La prison ? releva Jared choqué comme les autres.

- Oui. Je vous l'ai dit : on ne rigole pas avec ça. Contrairement à vous, moi, je n'ai aucune marge de manœuvre avec mon propre secret. Il n'y a encore pas si longtemps, je n'aurais même pas pu vivre avec Charlie.

- Comment ça ? releva Sam.

- Il n'y a encore que quelques années de cela, il était interdit par loi sorcière de ne serait-ce que vivre ou être ami avec des non magiques, dit-il en les choquant. Les contact entre les deux genres n'étaient que très minimes. Et aujourd'hui encore, il est interdit à un sorcier de se marier avec un ou une non magique.

- C'est vachement sévère, fit Embry.

- Oui mais il y a de bonnes raisons à ça et j'adhère même si cela peut créer des situations complexes, répondit-il. Je vous expliquerai peut-être tout un jours mais c'est une chose longue et ennuyeuse. Quoi qu'il en soit, d'ici à ce que cet effacement de mémoire intervienne, qu'est-ce que vous allez faire ? Bella s'est déjà renseigné sur les légendes Quileute et Jacob lui en a parlé. Elle ne mettra pas longtemps à comprendre que vous niez ou pas. Elle sait déjà pour les vampires et elle vous a vu. Il faudrait être stupide pour penser qu'elle n'arrivera pas à la bonne conclusion.

- On verra au fur et à mesure, conclut Sam. Suivant ce qu'elle fera et ce qu'elle dira. Jusqu'à ce qu'elle oublie.

- Les sorciers font souvent ça ? Faire oublier ? demanda Embry.

- Quand le secret du monde magique est en péril oui, approuva-t-il.

- Est-ce qu'ils peuvent faire d'autres choses du genre ? questionna Paul. Manipuler les esprits par exemple.

- Oui, acquiesça-t-il sincèrement. La magie permet de faire beaucoup de choses. Mais là encore, il y a des lois. Les magies permettant de manipuler les gens, de modifier la mémoire, de contraindre quelqu'un à faire quelque chose… Tout ça existe mais c'est interdit pour des raisons évidentes. Les peines de prisons pour avoir fait ce genre de chose sont extrêmement lourdes et le sursis n'existe pas dans le monde sorcier, comme la seconde chance. La magie peut permettre de faire beaucoup de choses, des choses parfois terribles, parfois merveilleuses. C'est pourquoi des lois existent et sont appliquées avec intransigeance. La magie permet de faire trop de bêtises pour laisser place à l'indulgence. Par exemple, modifier ou effacer la mémoire de quelqu'un ne peut être fait que par les autorités sorcières ou avec leur autorisation express dans certains cas très encadrés. La manipulation d'autrui est strictement interdite, personne magique ou pas. Il en a qui ont fini en prison à vie pour l'avoir fait.

- Ça rigole pas chez vous, fit Jared.

- Non, ça rigole pas, sourit-il doucement.

- Pourquoi tu ne vis pas avec tes semblables ? demanda Embry.

- Je vie physiquement à l'écart, ça ne veut pas dire que je n'ai aucun contact avec les sorciers, bien au contraire, s'amusa-t-il. La communauté sorcière peut-être difficile parfois, soupira-t-il. J'avais besoin d'air. C'est pour ça que je suis venu ici. Pour ce qui est de Bella, je verrai comment elle est à la maison dans les jours qui viennent et on verra bien.

- Inutile de tergiverser là dessus maintenant que c'est fait, trancha Sam. Et on n'avait pas le choix ou ce vampire l'aurait tué, dit-il en faisant approuver tout le monde.

- Cette sangsue a brisé notre course en forêt, se plaignit Embry.

- Il y aura plein d'autres courses en forêt, s'amusa Jared.

- On ne peut pas y retourner ? Il faudrait voir s'il n'y en a pas d'autres ? fit Paul.

- Oui, je serai plus tranquille si on refaisait un tour pour voir, approuva Sam.

- Est-ce que je peux venir ? demanda Alexander.

- Je doute que tu cour assez vite, le nargua Jared.

- Je vais le porter, intervint Jacob.

- Je n'ai pas besoin d'être porté et qui a parlé de courir ? sourit-il Alexander. Venez, je vais vous montrer quelque chose.

Curieux, ils le suivirent et s'engagèrent en forêt direction une clairière abritée où la meute avait l'habitude de se transformer, un coffre de bois contenant des vêtements en lisière.

- Je ne vous ai jamais montré grand-chose de ce que je peux faire, remarqua-t-il en marchant avec eux. Cela, parce que même si vous êtes magiques, je dois limiter au strict nécessaire ce que je dis et ce que je montre. Parce que vous n'êtes pas sorciers et que votre tribu vit dans le monde non magique. Mais mon lien avec Jacob change tout.

- Pourquoi ? demanda celui-ci en avançant à ses côtés.

- Comme je l'ai dit, ce lien est sacré dans le monde magique. Bien sûr, toi, la meute et la tribu n'êtes pas du tout obligés de le voir comme ça et je ne vous demande pas de le faire, je ne prétend rien, mais du point de vu de la loi sorcière, tu fais indéniablement partie de ma famille. Par le lien de meute, vous faîtes tous parti de ma famille et les Quileute seront considérés comme mon peuple d'adoption, dit-il un peu anxieux de leur réaction. Sur un plan légal en tout cas. Alors ça me permet de vous montrer et de vous dire beaucoup plus de choses. J'ai les mains bien plus libres grâce à ça. Et ça me permet de vous montrer ça, dit-il alors qu'ils atteignaient la clairière.

Leur souriant avec amusement, il s'assura qu'il n'y avait personne pour voir ça d'un sort lancé d'un doigt. Puis il les planta là pour se mettre à courir s'élançant, se transformant pour prendre sa forme d'aigle entouré de rubans de lumières dorées. À la stupeur absolue des loups, il se métamorphosa et prit son envol sous leurs yeux, s'élevant rapidement vers le ciel au dessus des arbres. Il ouvrit grand ses ailes, décrivant un grand arc de cercle pour revenir vers eux, descendant, stoppant devant eux pour faire du sur place un moment et reprendre forme humaine. Il rit en voyant leurs airs totalement ébahis et un peu stupides :

- Quoi ? Vous pensiez vraiment être les seuls à pouvoir vous transformer en animal ? nargua-t-il.

- Ça explique comment tu pouvais si bien nous aider pour la métamorphose, remarqua Sam.

- C'est pas juste ! fit Jared. Comment tu fais pour garder tes fringues ? demanda-t-il en avisant sa tenue impeccable.

- Tu peux te transformer aussi ? fit Jacob.

- De toute évidence, sourit-il. Ce n'est pas tout à fait le même pouvoir que vous mais je me transforme aussi. Je suis rapide et j'ai l'une des meilleures vue du monde animal alors je pense pouvoir vous suivre par les airs. On y va ?

- Ok, fit Sam déstabilisé.

Souriant, Alexander se transforma à nouveau, prenant son envol et les Quileute suivirent. Ils passèrent le reste de la journée à sillonner la région pour vérifier qu'il n'y avait pas d'autres vampires. Alexander les suivit par le ciel facilement, sa vue perçante ne les perdant jamais même à travers les arbres. Ses sens magiques actifs même dans cette forme aidaient peut-être un peu aussi. Il scruta lui même la région pour vérifier. Il y avait eu bien assez de meurtres dans le coin, de rumeur d'ours ou de tueur en série. Et s'il était honnête avec lui même, il en profitait aussi pour voler de tout son saoul, montant haut dans les nuages gris où l'eau perlait sur son plumage. Il suivit la meute le reste de la journée.

Le soir venu, ils retournèrent vers la clairière où le Conseil se réunissait, l'incident avec Bella devant être discuté. L'endroit était assez isolé pour permettre aux loups de s'y montrer sans trop de risques. Ils reprirent forme humaine à la lisière, repassant des pantalon avant de s'avancer vers les Anciens déjà installés. Ils levèrent pourtant les yeux vers le ciel, regardant l'aigle royal descendre vers eux et reprendre forme humaine près de Jacob, atterrissant comme une plume dans l'herbe. Devant eux, les Anciens restèrent aussi stupéfaits que les loups l'avaient été, bégayant en lui demandant comment il faisait ça lorsqu'ils s'installèrent avec eux. Alexander commença par expliquer en quoi son lien avec Jacob lui donnait plus de liberté, en quoi cela le liait à la tribu aux yeux de la loi sorcière. Embarrassé, il insista sur le fait qu'il ne revendiquait rien et qu'il ne prétendait rien mais que c'était ainsi que la loi magique le verrait. Les Anciens parurent amusés par sa gêne et Sue se leva pour venir s'asseoir près de lui :

- Alexander, vous étiez déjà un précieux ami de la tribu, sourit-elle. Vous êtes l'imprégné de Jacob. Quoi qu'il se passe entre vous, cela fait de vous un membre de la tribu également. Sans aucun doute alors ne craignez pas de nous offenser en le disant.

- Elle a raison, approuva Billy. Et je ne crois pas que cela dérange qui que ce soit ici.

Tous sourirent pour approuver et il leur rendit, ému.

- Merci, murmura-t-il. Pour en revenir à la transformation, dit-il pour faire passer sa gêne, la métamorphose est une discipline très développée chez les sorciers. I travers l'histoire et les légendes, de nombreux exemple d'hommes se transformant en animal. C'est entièrement vrai. Il existe des transformations partielle, avec une partie du corps seulement.

- Sérieusement ? fit Embry.

- Oui. J'ai déjà vu quelqu'un le faire, transformant tout le haut de son corps en tête de requin pour pouvoir respirer sous l'eau.

- C'est dément, bredouilla Paul.

- C'est très impressionnant c'est certain, admit-il. Et on ne le fait pas qu'avec des animaux. On peut métamorphoser des parties de son corps en d'autres objet même si c'est extrêmement rare. Je n'en n'ai entendu parler qu'en théorie. Ou on peut aussi prendre l'apparence totale ou partielle d'une autre personne. Je l'ai déjà fait, s'amusa-t-il.

- Pour quoi faire ? demanda Sam.

- J'étais un ados à l'école qui voulait entrer dans le dortoir de ses rivaux pour faire une blague, sourit-il. J'ai pris l'apparence de l'un d'eux pour ça.

- C'est autorisé ?

- En faîte non mais vous n'avez pas idées des bêtises que font les ados sorciers avec la magie. On n'est pas différents d'ados ordinaires faisant des conneries, rit-il. Et j'ignorai que c'était proscris à l'époque. Personne ne l'a jamais su et je n'ai même pas pu faire de blague au final. Les frasques des ados, c'est une des raisons qui a fait que la loi dit que nous n'avons pas le droit d'utiliser la magie en dehors de notre école de magie avant d'être majeur. Dix sept ans chez les sorciers.

- Vous avez des écoles ? s'étonna Sam.

- Bien sûr mais il n'y en a pas beaucoup dans le monde. Une grosse partie sont des pensionnats et tant qu'on n'est pas majeur, on ne peut faire de magie qu'à l'école. Il y a pas mal de bêtises mais les professeurs sont toujours des sorciers renommés et doués capables de gérer. Enfin bref, la métamorphose inclus la transformation d'objet en d'autres objets aussi. Toutes les transformations. C'est une vaste discipline mais c'est complexe, très délicat et nécessite une grande habilité. En majorité, les sorciers n'usent de la métamorphose que pour transformer des objets au besoin et rares sont ceux capables de rendre ces métamorphoses permanentes. Les métamorphoses animales sont bien connues mais peu répandues car très complexe à réaliser et à appréhender. Il en existe plusieurs sorte. Vous, ce que vous faîtes, c'est une métamorphose d'âme primordiale. Elle est possible grâce à la fusion d'une âme humaine avec une âme animale. C'est ce que votre ancêtre a fait en fusionnant avec l'âme du loup et c'est un don qui se transmet par le sang. Sans le savoir vous avez fusionné avec une autre âme initialement destinée à être loup. Il y a deux âmes en vous. La vôtre et celle du loup.

- Cela va parfaitement avec nos légendes, nota le vieux Quil.

- Oui. Il existe une deuxième forme de ce don : la métamorphose d'âme magique. C'est exactement la même chose mais avec un animal magique et à la différence que ce don là ne se transmet pas par le sang, il reste propre à celui qui fusionne initialement avec l'âme de l'animal magique. C'est extrêmement rare. La métamorphose d'âme peut apporter des dons supplémentaires comme ceux que vous avez avec la régénération, les sens et le reste. La forme animale peut-être différente aussi. C'est pour ça que vous êtes des loups géants. En général, la forme animale grandi pour atteindre au moins la taille humaine. Si elle est plus grande à la base, la taille ne change pas.

- Mais ce n'est pas ce que tu fais n'est-ce pas ? comprit Billy.

- Non. Ce que vous avez vu s'appelle une transformation animagus, expliqua-t-il. C'est très différent. Il n'y a pas de fusion avec une autre âme dans ce cas. Cette transformation, seuls les sorciers peuvent le faire. On ne choisit pas la forme que l'on prend et il n'y en a qu'une seule à vie. Cette transformation, c'est la révélation et la mise en avant de notre part animale et sauvage. La forme animagus d'un sorcier, c'est la forme animale de son âme. Elle nous représente, illustre ce que nous sommes profondément et purement. La symbolique animale à énormément de crédibilité chez nous parce que cela a été énormément étudié. Certains se bases sur la forme animale pour estimer le caractère et la nature d'une personne. Elle ne ment jamais. Je suis un aigle royal. Une fois la transformation acquise, je me transforme aussi facilement que vous. Seulement, cette transformation ne donne pas de don supplémentaire, ni d'influence sur les émotions, ou de changement d'apparence, de taille de l'animal. Cela ne rend pas plus résistant. Le physique est exactement celui de l'animal que l'on devient avec ses caractéristiques. C'est une transformation connue et, en théorie, tout les sorciers peuvent le faire. Mais ça reste rare parce que ça demande beaucoup de travail, d'investissement et les gens n'aiment pas ne pas avoir de contrôle sur la forme qu'ils auront au bout du chemin. Certains sont vexés.

- Est-ce que ça peut être n'importe quel animal ? demanda Jared.

- N'importe quel animal ordinaire, répondit-il, non magique. J'ai connu une femme qui se transformait en scarabée. J'ai aussi connu un rat et un chat. Mon père était un cerf et mon parrain un gros chien noir. Et moi je suis un aigle royal.

- Ça doit être trop génial de pouvoir voler, fit Embry.

- Ça l'est, sourit-il. J'adore ça et je ne pourrai pas m'en passer. Quand je ne vole pas pendant longtemps je suis aussi déprimé ou taré qu'un oiseau en cage, soupira-t-il.

- Ce n'est pas dans ta nature pour rien alors, remarqua Jacob.

- En effet mais je crois que c'est plutôt le fait d'être un amoureux de la liberté, remarqua-t-il. Il n'y a rien de comparable au fait de voler. Pour en revenir à notre promenade : est-ce que vous avez senti quelque chose ? Moi je n'ai absolument rien vu d'étrange depuis le ciel.

- Non rien, répondit Sam. Ce vampire devait se déplacer seul.

- C'est une bonne nouvelle, fit Harry. Reste le problème de Bella. Il est indéniable que vous avez fait ce qu'il fallait en la protégeant mais le problème reste entier d'autant plus qu'elle est l'amie des vampires.

Sam expliqua alors qu'ils géreraient selon la réaction de la jeune fille et ce qu'elle pourrait avoir deviné elle même sans lui en dire plus. Cela, jusqu'à l'effacement de mémoire. Le Conseil approuva, ne voyant pas autre chose à faire dans ce cas. Finalement, Alexander prit congé, expliquant qu'il avait promis à Charlie de ne pas rentrer trop tard cette fois. Il salua tout le monde et Jacob le suivis pour le raccompagner jusqu'à l'endroit où il s'était garé.

- Tu en as encore beaucoup des trucs cachés comme ça ? demanda-t-il légèrement.

- Oh oui, beaucoup, sourit-il. La magie des sorciers est vaste et je me débrouille. Je te montrerai si tu veux. Toi, tu as le droit de tout savoir, dit-il doucement. C'est d'autant plus légitime que moi je sais déjà tout ce qu'i savoir sur tes propres dons.

- Est-ce que les sorciers portent des chapeaux pointus comme dans les fils ? questionna-t-il en le faisant rire.

- Certains oui. J'avais des professeurs qui en portaient tout les jours à l'école.

- Et voler sur un balai ?

- C'est vrai aussi, approuva-t-il.

- Sérieusement ?

- Oui. J'ai appris à voler sur un balai quand j'avais onze ans, bien avant de me transformer en aigle. Je te montrerai aussi si tu veux. Si c'est de manière un peu différente parfois, il y a pas mal de choses qui sont vraies sur les mythes des sorciers et sorcières. Si… si nous décidons de marcher ensemble, tu verras tout ça alors je te montrerai.

- J'aimerai essayer. Nous deux, dit-il finalement.

- Vraiment ? demanda-t-il surpris et plein d'espoir.

- Oui. L'imprégnation est vraiment très puissante. Ce sont des sensations incroyables. J'y ai pensé toute la semaine, j'en ai parlé avec les autres, j'ai senti comment ils étaient avec leurs imprégnés. Jared avec Kim, Sam avec Émilie et Paul avec ma sœur. Ils ont l'air vraiment bien et si c'est vrai, si ce sont nos âmes et notre instinct qui choisissent, c'est que je t'ai choisi quelque part. Alors je veux essayer si tu le veux aussi, dit-il en s'arrêtant pour se tourner vers lui et le regarder.

- Plus de Bella ? demanda-t-il incertain.

- Ça me paraît tellement vide de sens maintenant. Ce que je croyais ressentir pour elle était tellement fade et futile comparé à ce que je ressens quand je te regarde toi. C'est évident et c'est tellement fort que je ne pourrai même pas essayer de nier ou de me mentir à moi même. Donc non, plus de Bella, plus personne d'autre d'ailleurs. C'est toi mon centre de gravité désormais et en y réfléchissant à tête reposée, il n'y a rien en moi qui trouve une raison valable de réfuter ça.

- Sache que tu l'es aussi pour moi, répondit-il la gorge serrée d'émotion. En revanche, je ne te garanti pas qu'être avec moi sera de tout repos.

- Que serait la vie sans un peu d'aventure imprévue ? sourit-il simplement.

Alexander lui rendit l'expression en se disant que ça risquait d'être bien plus que ça. Mais il n'avait pas envie d'en parler ce soir. À la place, il tendit sa main à Jacob qui la prit sans hésiter et ils se remirent en marche les doigts entremêlés.