Chapitre 4

Carlisle et Bella réapparurent, Edward se recula vivement et se dirigea vers Bella, l'embrassa et lui demanda si elle allait bien. Elle hocha la tête et l'embrassa à son tour. Edward se plaça à ses côtés et elle remarqua que j'étais toujours là.

«Merci, merci beaucoup.

Elle était réellement reconnaissante mais aussi troublée avec une touche de jalousie. Je leur expliquai que je savais déjà leur nature, Jack me l'avait dit et ils m'expliquèrent ce que j'avais besoin de savoir sur eux. Leur nature, leur façon de s'alimenter et leurs dons.

«Cela dit, les dons de Jasper et d'Edward ne fonctionnent pas avec toi, expliqua Carlisle, et Alice m'a dit n'avoir jamais rien vu te concernant. Il y a seulement qu'Edward capte tes émotions alors qu'il n'a pas ce don. Sais-tu pourquoi? Peux-tu nous en dire plus sur ton espèce?

«J'ai été humaine jusqu'à il y a 149 ans, racontai-je. Je suis née en Grèce, j'ai été enlevée par des sorciers le lendemain de mes 18 ans. Ils faisaient partie du cercle d'oryns et enlevaient des femmes pour les changer... et bien, en oryns. C'est eux qui ont fait que la magie coule dans nos veines mais tout à un prix, même à ce que l'on n'a pas demandé. Pour survivre, nous devons nous ancrer à quelqu'un, ils avaient fait cela pour qu'on s'ancre auprès des loups-garous qui attaquaient sans cesse les humains. Ils étaient incontrôlables tant leur âme était perturbée par leur double nature, animale et humaine. Ils nous ont donné le pouvoir d'apaiser les âmes pour qu'on apaise celle des loups-garous et ça fonctionnait jusqu'à ce qu'ils tuent l'oryn qu'ils avaient choisie parce qu'ils finissaient par le faire. On a fini par les craindre mais tant qu'on ne se rendait pas compte de leur transformation, qui arrivait sous la pleine lune, on ne savait pas. On a fini par les reconnaître parce que leurs émotions étaient trop instables, ce qui nous permettait de pouvoir les fuir, dès qu'on en croisait un.

Carlisle me lança un regard compatissant.

«Je connais quelques histoires à propos d'eux, dit-il en hochant la tête. C'est quoi, exactement, l'ancrage?

Je leur expliquai donc. Le désir pour toutes les oryns, le besoin protecteur en plus pour moi.

«T'étais-tu ancré à Edward?

«Non, mentis-je. À sa mère, son besoin protecteur a été révélé par l'absence de son mari parti à la guerre. Elle s'occupait de moi comme si j'étais la sœur d'Edward.

Je m'étais effectivement ancrée à Elizabeth Masen mais la relation d'Edward et moi avait pris un tournant inattendu et je m'étais inconsciemment ancrée à lui au moment où j'en étais tombé amoureuse.

Tous les autres revinrent à ce moment là, Jasper y compris. Edward produisit un grondement que je supposai à son égard puisqu'il le fusillait du regard. Jasper se sentait horriblement coupable. Il fronça les sourcils en me regardant et un léger sourire apparut.

«Ne te sens pas comme ça, lui dis-je.

«Tu sais comment je me sens? S'enquit-il avec un accent du sud.

Je lui expliquai donc ce que ma magie me permettait de faire. Cela l'amusa que j'ai le même don que lui. Il se tourna vers Bella.

«Je suis vraiment désolé, Bella, d'avoir voulu te tuer, lui dit-il puis il reporta son regard sur moi. Je suis désolé Jamie pour t'avoir blessée et je te remercie pour m'avoir empêché de tuer Bella. Je me ferai pardonner.

«Ce n'est rien, tu n'as rien à te faire pardonner, lui dis-je.

Il fronça les sourcils.

«Je savais ce qui m'attendait, c'était mon choix. Et je me suis calée sur ce que tu ressentais, je n'ai pas eu aussi mal que tu le penses.

«Tu savais que je ne pouvais pas te tuer?

Il s'inquiétait que je me sois sacrifiée.

«Oui, mentis-je. Mon corps a reproduit le sang suffisamment vite pour ça ne soit pas problématique et... mon corps a rejeté le venin.

Il pinça les lèvres mais ne dit rien. Je scrutai ses émotions, il se sentait toujours coupable puis je sentis d'autres émotions venir mais elles repartaient si vite que je ne pouvais pas les déterminer. Si je ne savais pas qu'il était un vampire, je me poserai des questions sur cette instabilité émotionnelle parce que ça ressemblait aux changements émotionnels des lycans mais c'était son don, peut-être que je captais aussi les émotions qu'il recevait des autres.

«Si tu n'avais pas été là... commença-t-il.

«Edward t'aurait anéanti avant que tu ne puisses l'approcher, le coupai-je.

Je n'en savais rien mais je n'allais pas le laisser se sentir si mal.

«Tout va bien, Jasper, appuya Bella. Comme Jamie, je ne t'en veux pas et je ne laisserai personne t'en vouloir.

Elle appuya son regard sur Edward à la fin de sa phrase. Jasper hocha la tête à son encontre et reporta son regard sur moi. Je fouillai ses émotions et je les sentis se modifier avant de pouvoir les déterminer, finalement, cela s'arrêta sur de l'amusement. Je fronçai les sourcils, il arborait désormais un sourire en coin. Je me demandai s'il arrivait à modifier ses propres émotions et s'il jouait avec moi.

Edward proposa de me ramener et j'acceptai sa proposition. J'accepterai le temps qu'il pourrait me donner parce que c'était tout ce qu'il avait à m'offrir.

«Es-tu fatiguée? Peut-on faire le chemin à pied? Me demanda-t-il une fois sortis de la villa.

«Pas de soucis.

«Pourrais-tu me parler de tout ce que tu sais de moi, de quand j'étais humain, je ne me rappelle de rien.

Je lui souris. C'était donc pour ça qu'il ne se souvenait pas de moi, il avait perdu la mémoire.

«Vous habitiez Chicago quand j'ai rencontré ta mère, la guerre en Europe était à son apogée et cela avait débordé sur d'autres pays, ton père y était et ta mère en était dévastée. Elle a fini par me rencontrer alors que je n'avais pas d'ancrage à ce moment. J'avais fui la Grèce à cause d'un lycan qui me voulait et je cherchais quelqu'un à qui m'ancrer pour l'aider et pour survivre. Je ne voulais pas d'un ancrage basé sur le désir, j'ai été transformée jeune et je ne me sentais pas prête pour cela. Ta mère m'a naturellement prise sous son aile et m'a fait venir chez vous, je ne lui avais pas dit ce que j'étais. C'est là que je t'ai rencontré la première fois. Vous habitiez dans un magnifique manoir et j'aimais beaucoup y vivre avec vous. Tu étais impatient d'avoir 18 ans pour te joindre à la guerre et ta mère en était terrifiée. Tu étais un jeune homme poli, très courtois, tu aimais la littérature et tu passais beaucoup de temps à apprendre le piano. Je dois t'avouer que ce n'était pas terrible mais tu aimais tellement ça que personne ne s'en plaignait.

Il rit à cela.

«J'ai progressé depuis, me dit-il.

Je souris. J'aimerais bien l'écouter jouer, voir à quel point il avait progressé parce que c'était une horreur, à l'époque.

«Tes amis étaient devenus les miens et on se promenait au parc ensemble et nous nous amusions bien. Un jour, ton père a été rapatrié parce qu'il était malade, on pensait à une simple grippe mais rapidement, ta mère et toi êtes tombés malades aussi. C'était, en fait, la grippe espagnole. Vous avez été mis en quarantaine avec d'autres qui avaient la même maladie et je venais vous voir, ta mère et toi, tous les jours même si je me faisais engueuler par les médecins, y compris Carlisle, une fois. Ton père est décédé le premier et ta mère priait sans cesse pour que tu survives. Elle est morte ensuite, elle refusait que les soins aillent pour elle plutôt que pour toi. Je n'avais plus que toi à venir voir mais un jour, je suis venue et ton lit était vide. J'ai cherché après ton médecin, Carlisle donc, pour avoir des explications mais on m'a dit qu'il avait prit un congé maladie, que les morts s'accumulant avaient eu raison de sa santé mentale. Je suis repassée plusieurs fois mais il n'est jamais revenu.

«Savais-je les sentiments que tu me portais? S'enquit-il.

«Non, je ne te l'avais pas dit, tu n'as rien remarqué.

«Je sais que tu es en train de mentir, rétorqua-t-il.

Je pinçai les lèvres.

«Je suis désolé de ne pas t'avoir ménagée, à l'époque, s'excusa-t-il, je te promets de le faire désormais. Ce serait cruel de te laisser près de moi avec ce que tu ressens et te laisser continuer à ressentir cela. J'ignore pourquoi ni comment tu peux toujours avoir ces sentiments mais je peux faire en sorte que tu me détestes.

«Ne fais pas ça, refusai-je. Ça ne marchera pas, de toute façon, quand bien même tu te mettrais à me torturer. La magie nous permet de n'être amoureuse qu'une fois et pour l'entière existence de notre... euh... compagnon. Si tu n'étais pas devenu vampire, je serai morte à l'heure actuelle. Mes créateurs ont fait ça et ça a été scellé par la magie. Toutes les autres oryns tombées amoureuses avant moi se sont laissées mourir après la perte de l'être qu'elles aimaient. On ne peut survivre sans ancrage et elles ont refusé de s'ancrer de nouveau après eux. Les autres, celles encore vivantes, refusent de tomber amoureuse, parce que j'ai survécu et que je continue à vivre avec ça. Elles pensent que c'est une malédiction.

«Je peux le comprendre, admit-il. Que dois-je fais pour t'aider alors?

«Laisse-moi juste gérer cela, je te croyais mort, tu ne l'es pas, c'est suffisant pour moi que tu sois heureux.

Il s'arrêta finalement, je m'arrêtai également.

«Tu as menti à Jasper, aussi.

Je levai les yeux que je voulais questionneurs.

«Tu ne savais pas que tu allais survivre. Je l'ai senti dans tes émotions et tu ne pouvais pas le savoir, tu ne connaissais pas notre espèce avant aujourd'hui.

«Non, c'est vrai, je n'en savais rien, ne lui dis pas, s'il te plaît.

«Il le sait déjà.

Je fronçai les sourcils.

«Ça n'a pas été dur à deviner pour lui. Il a préféré te laisser croire qu'il te croyait.

Je hochai la tête. Il garda le silence, il réfléchissait. Je scrutai ses yeux alors qu'il ne semblait pas me voir, il était perdu dans ses pensées. Son attirance s'était développé et il commençait à me désirer.

«Je suis contente que tu aies trouvé Bella, lui révélai-je.

Cela le sortit de sa transe. Il fallait simplement que je l'arrête dans ses émotions parce qu'il venait d'avoir envie de m'embrasser.

«Je sens que tu l'aimes et qu'elle t'aime tout autant.

«Elle est mon âme-sœur, m'indiqua-t-il.

«J'ai senti le lien entre vous, admis-je. Je pense que c'est ma faute si tu te sens attiré par moi, je n'aurais pas dû tomber amoureuse de toi, je ne pouvais pas deviner que ça te perturberait avec ton âme-sœur, je ne savais pas que cela existait.

Et je ne pouvais pas deviner qu'il allait devenir un vampire alors que je ne savais pas que ça existait.

«Nous voilà tous les deux tourmentés, un partout, balle au centre, sourit-il. Je ne peux pas t'emmener plus loin, à moins de vouloir mourir, je ne peux pas entrer dans la réserve.

Je lui souris en guise d'au revoir et continuai seule pour rejoindre la maison de Jack.