Je ne contrôle plus les personnages de cette histoire, ils ne font qu'agir selon leur propre volonté.


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CHAPITRE 6

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Ladybug regrettait vraiment d'avoir agi aussi impulsivement à présent.

Dans sa hâte de vouloir mettre les choses à plat le plus vite possible, elle n'avait fait qu'envenimer la situation.

Ladybug ne pouvait pas en vouloir à son partenaire d'avoir mal interprété ses intentions, mais sa froideur l'avait déstabilisée. Le regard triste et blessé que Chat Noir lui adressa avant de s'enfuir la hantait. Lui avait-elle fait tant de mal à repousser ses avances ?

De savoir qu'il y avait Adrien sous ce masque la plongeait dans un désarroi indescriptible et donnait une profondeur à son partenaire et à ses sentiments qu'elle était incapable de gérer sereinement.

Elle avait tout ruiné entre eux. Comment allait-elle pouvoir rattraper ses erreurs ?

Ladybug réalisa qu'elle ne pouvait plus garder sa propre identité secrète à présent. Cette idée ne lui plaisait guère, mais ils devaient s'expliquer à visage découvert.

Elle appréhendait réellement la réaction de Chat Noir : elle était terrifiée qu'il rejette également Marinette après tant de quiproquos et de mensonges, et l'idée d'avoir déçu Adrien lui nouait tellement l'estomac qu'elle en avait la nausée.

Le bip de son Miraculous la sortit de la spirale d'angoisse dans laquelle elle était en train de s'enfoncer et elle réalisa qu'elle devait absolument repasser chez elle après le combat à rallonge qui venait d'avoir lieu car elle n'avait plus aucun macaron dans son sac pour nourrir Tikki. Sans attendre, elle lança son yo-yo en direction de la rue Gotlib, l'esprit brumeux et le ventre serré.

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Lorsqu'elle arriva en vue de son balcon, une surprise l'y attendait : Chat Noir s'y trouvait déjà. Il se tenait accroupi, penché au-dessus de sa lucarne et semblait fébrile. Ladybug sentit ses épaules s'affaisser : elle aurait dû se douter que son partenaire serait allé se réfugier auprès de son alter-ego, surtout après l'altercation qu'ils venaient d'avoir.

Chat Noir ne l'avait pas encore aperçue, et Ladybug ne savait pas si c'était une bonne ou bien une mauvaise chose.

Sa dernière conversation avec Adrien lui revint brutalement à l'esprit :

«Tu me promets de rester à l'abri ? » lui avait-il demandé. «On se retrouve après pour discuter, d'accord ? Tu ne bouges pas, je reviens ».

La culpabilité lui tenaillait l'estomac : Chat Noir était visiblement retourné au Palais de Chaillot, et il devait être terriblement inquiet de ne pas l'avoir retrouvée à l'endroit où il l'avait déposée.

Le ventre de Ladybug se noua de stress et d'angoisse lorsque le regard froid et déçu de son partenaire réapparut dans ses pensées. Elle hésita à s'approcher plus, ne sachant plus du tout quelle attitude adopter : sa raison lui dictait de s'expliquer avec Chat Noir mais la peur qu'elle ressentait à l'idée qu'il lui en veuille vraiment et qu'il ne lui adresse plus jamais la parole la paralysait sur place.

Elle n'eut pas le temps de prendre une décision : Chat Noir l'avait aperçue, et son air contrarié lui indiquait qu'il semblait plutôt mécontent de la retrouver ici. Ladybug s'avança et atterrit timidement sur sa terrasse, la boule au ventre.

- Pourquoi est-ce que tu m'as suivi, Ladybug ? asséna Chat Noir d'une voix aussi tranchante qu'un rasoir qui entailla légèrement le coeur de sa partenaire.

De savoir qu'il y avait Adrien derrière ce masque et ce regard glacial lui noua la gorge : elle avait beau se dire que ce n'était qu'un immense malentendu et qu'elle allait réparer ses erreurs, elle était malgré tout déstabilisée par son ton sec.

- J-Je ne t'ai pas suivi C-Chat Noir, je rentrais chez moi, bafouilla-t-elle.

Ne constatant aucune réaction de sa part, elle continua vaillamment.

- Je ne pensais pas te trouver là, je te promets que-

- Laisse-moi tranquille, coupa-t-il en se tournant à nouveau vers la lucarne.

Ladybug encaissa le coup mais elle ne voulait pas abandonner aussi facilement. Si son Chaton était têtu, elle l'était encore plus. Elle inspira profondément.

- Chat Noir, il faut vraiment qu'on parle, reprit-elle d'une voix plus posée.

- Je n'ai vraiment pas envie de parler, j'ai d'autres chats à fouetter, lui rétorqua immédiatement Chat Noir qui se redressa en croisant les bras d'un air agacé.

Malgré son jeu de mots, Ladybug voyait bien que son partenaire était loin de plaisanter.

Constatant qu'elle ne semblait pas disposée à partir, Chat Noir insista :

- Ladybug, s'il te plaît, laisse-moi tranquille et rentre chez toi, feula-t-il en s'accroupissant à nouveau au-dessus de la lucarne.

Ladybug se pinça les lèvres, ne sachant plus comment se comporter. Ce fut le moment que choisit son Miraculous pour biper.

Plus qu'un point noir.

Ladybug prit une décision.

Elle rassembla tout son courage et s'avança vers Chat Noir, un sourire d'excuse suspendu à ses lèvres.

- Je suis chez moi, répondit-elle simplement.

Le regard interloqué de Chat Noir eut pour effet d'étirer son sourire teinté d'anxiété. Elle lui lança un regard empli de tendresse et s'agenouilla face à lui, les joues très rouges.

- Comment ça, tu es chez toi ? répliqua Chat Noir sans comprendre. C'est chez Marinette Dupain-Cheng ici, c'est sa terrasse. C'est elle que je venais voir. Elle a disparu après la bataille, il faut absolument que je la retrouve. Elle- Elle n'était plus à l'endroit où elle aurait dû être, je pensais qu'elle serait rentrée chez elle mais elle n'est pas dans sa chambre non plus. Normalement ton Miraculous Ladybug aurait dû tout restaurer, non ? paniqua-t-il.

Chat Noir semblait réellement inquiet pour elle et son attitude toucha Ladybug au plus profond d'elle-même.

Chat Noir tenait à elle.

Non.

Adrien tenait à elle.

Adrien tenait à elle, et elle ne savait plus quoi ressentir face à cette information.

Une myriade de pensées plus contradictoires les unes que les autres l'assaillait sans relâche, lui donnant la sensation de se noyer complètement. Sa vie venait d'être totalement bouleversée de A à Z, mais ce qui lui importait le plus à présent était d'arranger les choses avec son partenaire. Il méritait une explication. Elle se devait de le réconforter le plus rapidement possible, et ce, même s'il venait à ne plus jamais lui adresser la parole. Mais tout au fond d'elle-même, d'envisager l'idée de ne plus avoir ni Chat Noir ni Adrien dans sa vie la dévastait complètement.

Ladybug se força à focaliser ses pensées et arrêter de dramatiser. Elle inspira profondément et adressa un sourire timide à son partenaire.

- Chat Noir, je te promets que tu n'as pas à t'inquiéter pour Marinette, tenta-t-elle de le rassurer.

Cette scène avait une sensation de déjà-vu, et Ladybug en aurait ri si la situation n'était pas aussi compliquée.

- Bien sûr que si je m'inquiète pour Marinette ! explosa Chat Noir. Je tiens énormément à elle! C'est quelqu'un de génial, et j'ai toujours pu compter sur elle ! Et elle, elle m'apprécie pour ce que je suis, contrairement à toi, lança-t-il, acerbe.

Au lieu de se sentir prise en faute, Ladybug esquissa un sourire désabusé et plongea son regard dans les yeux d'émeraudes de son coéquipier. Elle serra ses mains dans les siennes, fébrile comme elle ne l'avait jamais été.

- Tu vas vite comprendre, répondit-elle doucement en détournant le regard, les joues de la même couleur que son costume.

Chat Noir se tut, l'air toujours renfrogné. Il fut tenté de retirer ses mains des siennes mais il n'eut pas le temps d'agir. Ladybug prit une grande inspiration comme si elle s'apprêtait à sauter dans le vide.

- Détransformation, murmura du bout des lèvres, sans oser le regarder dans les yeux.

Complètement surpris et choqué, Chat Noir s'agita ; jamais il n'aurait pu imaginer Ladybug se détransformer ainsi sans crier gare et lui révéler son identité de la façon la plus chaotique qui soit, encore moins après leur altercation. Son premier réflexe fut de se relever d'un bond et de s'enfuir en fermant les yeux pour ne pas découvrir son identité, mais la pression sur ses mains s'accentua et il ne put que fixer la détransformation de Ladybug d'un air hypnotisé. Le costume de sa coéquipière s'évanouit dans une aveuglante lumière rose, dévoilant une Marinette cramoisie et peu sûre d'elle, mais malgré tout déterminée à arranger les choses entre eux.

Chat Noir en resta interdit.

Marinette... ?

Sa respiration s'emballa. Son cœur semblait vouloir fracasser sa poitrine et il avait bien du mal à se contenir.

Marinette leva craintivement les yeux, mais là où elle redoutait de croiser le regard toujours furieux de son coéquipier, l'expression de Chat Noir bouleversa ses entrailles : un mélange de stupeur et d'émerveillement se lisait sur son visage, et Marinette sentit son coeur manquer un battement.

- Marinette... murmura-t-il du bout des lèvres, les pupilles écarquillées et le souffle court.

Le rythme cardiaque de Marinette accéléra, et elle sentit ses joues prendre feu. Il y eut un moment de flottement entre eux. La jeune fille ne savait plus comment se comporter face au regard intense de Chat Noir, mais la réaction de son coéquipier coupa court à son tourment intérieur: Chat Noir se jeta sur elle, ses deux bras en avant, et la serra tout contre lui dans une étreinte à lui en briser les os. Il enfouit son visage dans le creux de son cou, visiblement envahi par l'émotion.

- C'est toi... articula-t-il tout contre elle avec un petit rire humide. C'est vraiment toi ma Ladybug.

Il la serra encore plus fort dans ses bras et la boule qui s'était logée dans la gorge de Marinette se liquéfia complètement ; elle fondit en larmes et lui rendit son étreinte, à la fois émue et soulagée par sa réaction.

Chat Noir finit par se redresser sans la lâcher et la dévisagea avec une intensité nouvelle, comme s'il la découvrait pour la première fois de sa vie. Un doux sourire apparut sur ses lèvres, et il essuya tendrement la joue de Marinette du bout du pouce, comme pour dissuader ses larmes de continuer de couler.

- Deux filles extraordinaires sont en fait une seule fille encore plus extraordinaire, dit-il d'un air ébloui, comme si cette réalisation venait de le frapper de plein fouet.

A la fois touchée et embarrassée par un tel compliment, Marinette se mit à rire à travers ses larmes, et enfouit son visage cramoisi contre le torse de Chat Noir qui se mit à ronronner de bonheur.

- Ma Lady... ronronna-t-il tout en passant sa main gantée dans le dos de Marinette pour tenter de l'apaiser. Ma Lady Marinette. C'était toi depuis le début, je n'en reviens pas !

Avant même que Marinette n'ait pu réagir, Chat Noir se détransforma, et Marinette se figea dans ses bras lorsqu'Adrien réapparut. Le regard empli d'affection qu'il posa sur elle dérégla complètement son rythme cardiaque et elle cacha son visage brûlant dans ses mains, redevenant soudain complètement timide. Adrien laissa échapper un petit rire attendri et ne put s'empêcher de lui déposer un baiser sur le haut du crâne. Ce geste sembla soudain crisper Marinette, et Adrien s'écarta légèrement d'elle à contrecœur pour vérifier si tout allait bien. Le regard fuyant de sa coéquipière lui indiqua que tout était loin d'être résolu entre eux, et cette idée serra le cœur d'Adrien.

- Tu voulais qu'on parle, ma Lady ? lui demanda-t-il avec toute la douceur dont il put faire preuve pour ne pas la brusquer.

Sentant sa voix coincée au fond de sa gorge, Marinette se contenta d'acquiescer. Si Adrien continuait à l'appeler aussi naturellement «Ma Lady», elle était certaine de bientôt se dissoudre dans une combustion spontanée.

Tous ses sens en fusion, Marinette fit signe à Adrien de descendre dans sa chambre avec des gestes contenus. Adrien avait remarqué la façon dont Marinette évitait soigneusement son regard, et une vague de tristesse lui étreignit le cœur à l'idée que quelque chose soit peut-être définitivement brisé entre eux.

Adrien atterrit avec souplesse sur le lit, mais lorsqu'il se retourna, son regard accrocha celui de Marinette qui était en train de se laisser glisser par la trappe. Lorsqu'elle se rendit compte qu'Adrien la regardait, Marinette paniqua et sa main glissa. Elle lâcha malgré elle le rebord de la lucarne à mi-chemin sans pouvoir se retenir et tomba plutôt rudement sur Adrien qui se tenait juste en dessous. Leurs têtes entrèrent en collision et ils se retrouvèrent tous les deux allongés sur le lit l'un sur l'autre dans un entremêlement de bras et de jambes, à moitié assommés. Un gémissement de douleur leur échappa et ils portèrent une main à leur front d'un même mouvement, légèrement sonnés.

Ce choc eut le mérite de leur remettre les idées en place : tous deux se lancèrent un drôle de regard, leurs visages rougissant à vue d'œil, avant de brutalement éclater de rire. Ce fou-rire détendit l'atmosphère et ils se redressèrent sur le lit, sans réellement s'éloigner l'un de l'autre, le cœur un peu plus léger. Malgré tout, Adrien voyait bien que Marinette était encore gênée par sa présence.

La scène qui venait de se dérouler à l'instant sur le balcon lui revint brutalement en mémoire et il baissa les yeux, soudain embarrassé.

- Je... je suis vraiment désolé pour tout ce que je t'ai dit tout à l'heure, s'excusa-t-il sans oser la regarder. Je n'aurais jamais dû t'accuser ainsi, je me suis braqué sans même essayer de t'écouter. Je m'en veux d'avoir pu penser ça de toi, je...

- Non non, c'est moi qui suis désolée, le coupa gentiment Marinette, les joues roses. J'ai fait n'importe quoi. Quand tu m'as révélé qui tu étais, je... j'ai complètement paniqué. Un vrai court-circuit je crois.

Cette confession accrocha un sourire d'excuse sur les lèvres d'Adrien qui ne put s'empêcher de passer sa main sur la joue de Marinette, essuyant ses dernières larmes du bout des doigts.

- Je suis désolé de t'avoir fait pleurer.

- M-Mais non A-Adrien, le gronda-t-elle en bafouillant, son cœur au bord de l'implosion à cause de son geste. Ce n-n'est pas de ta faute, c'est moi.

- Je suis quand même désolé de t'avoir fait pleurer, ma Lady. C'est moi qui ai fait n'importe quoi. Je sais bien que je n'aurais pas dû me détransformer devant toi. Mais je ne regrette absolument pas de l'avoir fait. Tu étais si inquiète que... je ne sais pas, je cherchais un moyen de te rassurer à tout prix. Ca me faisait mal au cœur de voir que j'étais la cause de ton chagrin. Mais si j'avais su que j'allais révéler mon identité à ma Lady elle-même... lâcha-t-il avec un petit rire désabusé.

Pour toute réponse, Marinette laissa échapper un petit rire humide et essuya du dos de sa main quelques larmes qui baignaient toujours ses joues. Elle ne savait plus quoi faire de ce maelström d'émotions qui tourbillonnait en elle, et la présence d'Adrien la rendait nerveuse.

« C'est Chat Noir! Ton coéquipier!» se sermonna-t-elle intérieurement. « Tu n'as jamais été nerveuse en sa présence, alors pourquoi ça changerait quelque chose maintenant que tu sais qu'il est Adrien ?»

Marinette avait beau tenter de se convaincre, elle avait encore du mal à réconcilier l'image des deux garçons dans son esprit. Mais ce qui la frappait le plus était de voir à quel point Adrien ne semblait pas du tout surpris qu'elle soit Ladybug : il avait l'air d'avoir instantanément accepté le fait que sa camarade de classe timide et maladroite était également la justicière masquée avec qui il combattait le crime depuis presque un an.

Marinette sursauta légèrement lorsqu'elle sentit la main d'Adrien envelopper la sienne et ce contact la sortit instantanément de ses pensées. Elle leva timidement les yeux vers lui et le doux sourire empli de soulagement qu'il lui adressa remua quelque chose au plus profond d'elle-même.

- Je suis soulagé que tu n'aies rien, avoua-t-il. Quand je ne t'ai pas retrouvée là où je t'avais laissée, je me suis vraiment inquiété.

- Désolée, fit Marinette du bout des lèvres. Mais je ne pouvais pas faire autrement.

Sentant qu'elle risquait de s'enfoncer dans une spirale de culpabilité, Adrien s'empressa de la rassurer d'une pression de sa main en laissant échapper un petit rire.

- Je comprends mieux comment tu as fait pour descendre du toit du Palais de Chaillot, dit-il d'un ton léger, ce qui arracha un faible sourire à sa coéquipière.

Son regard se mit soudain à briller.

- C'est fou quand même, continua-t-il, l'expression rêveuse. On aurait pu être deux étrangers l'un pour l'autre, et en réalité, ma Lady est...

Adrien s'interrompit. Il ne savait plus comment qualifier Marinette. La jeune fille avait pris tellement d'importance dans sa vie et dans son cœur ces derniers mois qu'il ne pouvait plus la considérer comme une amie. Mais était-il prêt à lui confier toute l'étendue de ses sentiments alors que leurs vies venaient d'être complètement chamboulées ? Marinette semblait totalement désorientée, et la dernière chose qu'il souhaitait était de la perturber encore plus après tout ce qu'il s'était passé. Il était hors de question de tout ruiner entre eux alors que leur relation était aussi fragile. Ils allaient devoir rebâtir tout ce qu'ils avaient construit depuis leur rencontre, et Adrien n'avait aucune idée du temps que cela prendrait. Malgré tout, il restait confiant, et sentait au plus profond de lui-même que leur relation -leurs relations!- avai(en)t été bouleversée(s) de la meilleure façon qui soit. Adrien n'avait aucun doute sur le fait qu'ils réussiraient à surmonter ce nouvel obstacle ensemble, comme toujours.

A défaut de trouver les mots, Adrien lui adressa un regard empli de tendresse et serra ses deux mains dans les siennes, le cœur battant légèrement plus rapidement que d'ordinaire. Il observait Marinette et essayait de décrypter sans grand succès ses expressions. Un mélange d'émotions contradictoires se lisait sur le visage de sa coéquipière, et Adrien ne savait comment interpréter sa réaction.

Le téléphone de Marinette se mit à vibrer dans son sac, coupant court à ses réflexions intérieures. Marinette lâcha à contrecoeur les deux mains d'Adrien pour récupérer son téléphone et poussa un soupir de soulagement en voyant le nom de sa meilleure amie s'afficher à l'écran.

- MARINETTE ! s'écria Alya à l'autre bout du fil, en criant si fort qu'Adrien pouvait l'entendre également. Tout va bien ?

- Tout va bien, Alya, répondit-elle le plus calmement possible alors que son cœur menaçait de fracasser sa cage thoracique pour s'en échapper. Et toi ? Tout va bien ? Nino va bien aussi ? Et le reste de la classe ?

- Tout le monde va bien, ne t'inquiète pas. Le pouvoir de Ladybug a tout réparé, et la Tour Eiffel est comme neuve.

Marinette sentit son corps se détendre légèrement après cette confirmation.

- Par contre, Adrien est introuvable. Il ne répond pas à son portable, Nino est plus qu'inquiet, et moi aussi. Est-ce que tu sais où il est ? demanda Alya.

- Je-Je suis avec lui, articula-t-elle, son cœur pulsant plus rapidement que la normale. On est chez moi. Il va b-bien, ne vous inquiétez pas.

Cette conversation fit réagir Adrien qui sortit son téléphone de sa poche et esquissa une grimace d'excuse en constatant les nombreux appels en absence de son meilleur ami alors que son téléphone était en mode silencieux. Il s'empressa de rétablir le vibreur au cas où et il envoya un message à Nino pour le rassurer.

- Tu es avec Adrien ? CHEZ TOI ? CHEZ TOI AVEC ADRIEN ? continua Alya à l'autre bout du fil, et Marinette pouvait tout à fait imaginer l'air à la fois extatique et conspirateur de sa meilleure amie rien qu'au ton de sa voix.

Marinette se doutait qu'Alya n'en resterait pas là et lui demanderait des informations croustillantes dès leur retour au collège le lendemain, informations que Marinette n'était pas certaine de pouvoir lui fournir tant la situation était compliquée. Alya avait beau connaître son identité secrète, la révélation de celle de Chat Noir ne devait se propager sous aucun prétexte, et Marinette redoutait plus que tout ce que cette découverte impliquait.

Voyant que Marinette semblait à nouveau sur le point de paniquer, Adrien posa délicatement une main sur son épaule pour la rassurer et se pencha vers le téléphone pour apparaître à l'écran.

- Tout va bien Alya, ne t'inquiète pas ! fit-il d'une voix suffisamment forte pour qu'Alya puisse l'entendre. Je suis heureux que tout aille bien de votre côté. Je viens d'envoyer un message à Nino mais tu peux le rassurer de vive voix de ma part. On se voit demain au collège !

- Oui Alya, on se voit demain ! renchérit Marinette en insistant bien sur le dernier mot avant de raccrocher.

Marinette avait beau adorer sa meilleure amie et savait qu'elle pouvait compter sur elle à 100%, elle ne se sentait pas capable de la confronter dans l'immédiat. Pas tant qu'elle n'avait pas les idées claires sur la situation dans laquelle elle se trouvait.

- Marinette ? C'est toi ? fit soudain une voix qui provenait de l'étage inférieur, faisant sursauter les deux adolescents.

Marinette n'eut pas le temps de réagir que la tête de sa mère apparut par la trappe de sa chambre. Sa discussion téléphonique avec Alya l'avait visiblement alertée.

Sabine cherchait sa fille du regard, et son air surpris en la découvrant avec Adrien sur sa mezzanine se mua rapidement en un regard préoccupé.

- Vous allez bien les enfants ? Je vous croyais à la Tour Eiffel, on était si inquiets avec tout ce qui s'est passé cette après-midi. Comment est-ce que vous êtes rentrés ? On ne vous a pas du tout entendus.

Adrien jeta un bref regard en direction de Marinette mais sa coéquipière semblait perdue, comme un lapin pris dans les phares d'une voiture. Ses yeux étaient encore rougis, et elle ne semblait plus avoir les idées claires. La voyant fixer sa mère du regard sans savoir quoi dire, Adrien descendit de la mezzanine, tout en entraînant délicatement Marinette à sa suite dans l'espoir de la faire réagir sans pour autant la brusquer.

- Oui, désolé Madame Dupain-Cheng, s'excusa-t-il d'un air contrit. Toute la classe a été attaquée par un akuma pendant notre sortie au Trocadéro, mais heureusement Ladybug et Chat Noir nous ont sortis de là. Ce sont eux qui nous ont déposés sur la terrasse de Marinette pour nous mettre à l'abri avant de repartir rapidement pour s'occuper de l'akuma. Je suis vraiment désolé d'avoir fait irruption chez vous comme ça, je vous promets que j'utiliserai votre porte d'entrée la prochaine fois, ajouta-t-il dans une tentative de plaisanterie.

Il vit le visage de Marinette s'éclairer légèrement à cette remarque et son cœur s'allégea considérablement.

Pour toute réponse, Sabine secoua la tête de droite à gauche d'un air désapprobateur et serra Adrien dans ses bras. L'instant de surprise passé, Adrien se laissa faire, mille émotions tourbillonnant sous sa poitrine.

- Ne t'inquiète pas pour ça, mon grand, le rassura Sabine. Tant que vous allez bien, c'est l'essentiel. Ladybug et Chat Noir ont bien fait de te déposer chez nous avec Marinette. Vous êtes à l'abri ici. Et tu sais que tu es toujours le bienvenu.

Sabine se tourna vers sa fille qui prit une grande inspiration avant de se composer un visage souriant ; Marinette avait eu beaucoup trop d'émotions dans la même journée et ne rêvait que de se blottir sous sa couette et de disparaître de la surface de la Terre jusqu'au lendemain matin.

- Ça va aller, ma chérie ? demanda Sabine en passant tendrement le dos de sa main sur la joue de sa fille. Et votre classe, tout le monde va bien ?

Marinette et Adrien acquiescèrent vivement.

- Oui, tout le monde va bien, l'informa Adrien. Le pouvoir de Ladybug a tout réparé.

- Il faudra vraiment que je la remercie la prochaine fois que je la croise. Et Chat Noir aussi. Heureusement qu'ils sont là, ils sont tellement formidables.

Sabine s'interrompit un instant, pensive.

- Les pauvres enfants, ajouta-t-elle d'un air inquiet. J'espère qu'ils sont bien entourés, ce n'est pas humain de devoir supporter tout ça tout seuls.

A ces mots, Marinette et Adrien se lancèrent un regard à la fois complice et plein d'empathie, et Adrien ne put s'empêcher de prendre la main de Marinette et de la serrer dans la sienne.

- Je suis certain qu'ils sont bien entourés, dit-il avec une émotion à peine contenue.

Ce fut le moment que choisit Tom pour passer sa tête par la trappe de la chambre.

- Ahhhh, c'est vous les enfants ! Adrien, fiston, tu es pile à l'heure pour prendre un petit goûter. Est-ce que ça te dit ? proposa-t-il, pas le moins du monde troublé par la présence du jeune homme sous son toit.

L'estomac d'Adrien se manifesta bruyamment à l'idée de partager un goûter avec cette famille qu'il appréciait tous les jours un peu plus et il se tourna vivement vers Marinette, dont les joues étaient toujours cramoisies.

- Ça te dit Marinette ? Est-ce que ça t'embête si je reste un peu avec vous avant de rentrer chez moi ? lui demanda-t-il d'un air embarrassé.

Ne pas savoir sur quel pied danser le mettait légèrement mal à l'aise, et la dernière chose qu'il souhaitait était de la braquer complètement après une telle journée en s'imposant chez elle contre son gré. Malgré tout, le sourire timide que Marinette esquissa l'encouragea, et il pressa légèrement sa main avec un sourire.

- Oui, ç-ça... ça me dit, répondit-elle en fixant le bout de ses ballerines, les joues encore bien rouges.

Tom et Sabine acquiescèrent avec un sourire radieux et tous descendirent s'installer dans la cuisine. Adrien semblait ne plus pouvoir marcher sans sautiller sur place tant il était heureux. Mais son allégresse retomba brutalement lorsqu'il sentit son portable vibrer dans sa poche. Il le sortit à contrecœur et son estomac se noua instantanément en voyant le nom de Nathalie s'afficher. Il décrocha malgré tout, toute trace de bonne humeur ayant disparu de son visage.

- Allo, Nathalie ? Oui, tout va bien, je suis chez mon amie Marinette. Ladybug et Chat Noir nous ont déposé chez elle pour nous mettre à l'abri. E-Est-ce que je peux-

Adrien se tut pour laisser Nathalie parler, mais son expression était loin d'être encourageante. Il finit par se tourner vers Tom, Sabine et Marinette.

- Je suis désolé, mon père veut que je rentre immédiatement, annonça-t-il d'un air si triste que le cœur de Marinette se serra. Nathalie- enfin, son assistante m'envoie une voiture pour venir me chercher, je-

Adrien s'interrompit en voyant Sabine s'approcher de lui ; elle lui fit gentiment signe de lui passer son téléphone, et Adrien le lui tendit d'un geste hésitant.

- Madame Sancœur ? fit-elle d'une voix polie. Bonjour Madame, Sabine Dupain-Cheng à l'appareil. Oui, Adrien vient de nous informer que son père souhaite qu'il rentre immédiatement, mais nous nous apprêtions à prendre un goûter tous ensemble. Après tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui, il vaudrait mieux qu'il reste à l'abri chez nous pour le moment, vous ne croyez pas ?

Adrien entendit Nathalie formuler une objection inintelligible à l'autre bout du fil mais Sabine la coupa poliment.

- Est-ce qu'Adrien avait quelque chose d'autre de prévu cet après-midi ? Et est-ce que son père dînera avec lui ce soir ? Non plus ? Dans ce cas, pouvons-nous le garder à dîner également ? insista Sabine, sans se départir de son ton aimable.

A ces mots, Adrien ressentit une douce chaleur se diffuser sous sa poitrine et son moral remonta en flèche.

Nathalie prononça une nouvelle phrase inaudible aux oreilles d'Adrien, mais son ton semblait beaucoup moins véhément.

- D'accord, conclut Sabine en acquiesçant, bien que son interlocutrice ne puisse la voir. 20h. C'est entendu Madame Sancœur. Merci beaucoup. Bonne fin de journée à vous aussi.

Sabine raccrocha sous le regard médusé d'Adrien.

- Il va falloir que vous m'appreniez à faire ça, fit Adrien d'un air admiratif qui fit rire Tom et Sabine. Merci de m'accueillir comme ça alors que je suis presque rentré chez vous par effraction, ajouta-t-il en passant sa main sur sa nuque d'un air timide.

- Mais il n'y a pas de quoi, fiston, tu es le bienvenu ici quand tu veux. Tu sais qu'on est toujours heureux de t'avoir avec nous ! lui assura Tom avec un sourire ravi qui remplit le cœur d'Adrien.

- Moi aussi ça me fait plaisir de pouvoir rester un peu avec vous, répondit Adrien avec un grand sourire.

Il ne put s'empêcher de ponctuer la fin de sa phrase avec un regard appuyé en direction de Marinette dont les joues ne semblaient plus vouloir retrouver leur couleur normale.

L'idée de passer le reste de la journée avec Sabine, Tom, et Marinette après une telle matinée au lieu de rester enfermé dans sa chambre et de devoir dîner seul face à une table immensément vide le remplissait de joie, et il espérait de tout coeur que ce moment puisse apaiser les tensions et démêler les choses entre Marinette et lui. Adrien refusait de partir sans avoir pu lui parler et essayer d'arranger la situation. Il voyait bien que Marinette était encore très mal à l'aise et ne savait plus sur quel pied danser depuis la révélation de leurs identités, et il s'était donné pour mission personnelle de lui rendre les choses plus faciles.