Cela fait donc 7 mois que j'ai publié le chapitre précédent... et je suis de retour avec le suivant ! :)
Je tiens beaucoup à cette fiction et j'ai adoré écrire ce nouveau chapitre, qui creuse un peu plus en profondeur du côté de sentiments plus ou moins enfouis... J'espère qu'il vous plaira !
Notes sur le chapitre (vocabulaire japonais) :
- zaisu : chaise avec un dossier mais sans pieds
- kaiseki : repas traditionnel souvent servi dans les ryokan
- fusuma : écran opaque coulissant, muni d'une poignée
- shikibuton : matelas utilisé sur tatamis
- kakebuton : couverture
- shōji : paroi de papier washi (porte coulissante)
Merci pour votre patience, et bonne lecture !
Chapitre 704 – De ton côté
Bien que de nature impulsive, la patience de Naruto n'avait aucune limite lorsqu'il s'agissait de Sasuke. Il était prêt à l'attendre pendant des années, à le chercher au bout du monde s'il le fallait, à le confronter encore et encore, à le défendre encore en encore, à lui sourire toujours plus fort. Pour autant, une certaine frustration commençait à monter en lui alors qu'ils se dirigeaient vers le port en silence. Assommés par le silence. Depuis la veille, Sasuke ne lui avait adressé la parole que pour lui dire qu'il allait cueillir des baies. Puis il était revenu, son regard impassible et ses gestes précis pour seules paroles. Ils avaient mangé en silence, défait le camp en silence, quitté les lieux en silence. Naruto savait que Sasuke n'était pas particulièrement fâché contre lui, et que s'il lui adressait la parole, le brun lui répondrait. Cependant, cette situation remuait à présent certaines choses en lui – et puis, son côté borné lui intimait de ne pas céder.
Sasuke aurait pu tuer Gaara. Gaara de son côté, aurait pu tuer Sasuke. C'était une réalité. Gaara n'avait jamais été un ami, pour Sasuke. Sasuke n'avait jamais été un ami pour Gaara. Et le premier à avoir essayé de tuer l'autre, dans les faits, était Gaara. Sasuke n'avait jamais eu pour intention de tuer le Kazekage. Il s'était simplement dressé sur son chemin vers Danzō. Et Naruto n'allait pas blâmer Sasuke pour avoir voulu se venger du sixième Hokage. Plus maintenant.
Le jour venait seulement de se lever quand ils quittèrent le camp. A présent, le soleil brillait haut dans le ciel et illuminait la silhouette de Sasuke, soulignant les reflets bleus dans ses cheveux. Naruto remarqua qu'ils étaient moins nombreux qu'à l'époque de l'équipe sept. Il détailla sa nuque pâle contrastant avec son hakama foncé, sa main droite qui s'échappait discrètement de sa manche. Il marchait dans son ombre, et se décida à le rejoindre au soleil, marchant à son niveau. Sa présence l'attirait, aimanté comme un papillon par une fleur, et il gravitait autour de Sasuke sans jamais s'éloigner. Sans comprendre véritablement pourquoi, lien dessiné par le destin ou enfances croisées, Naruto savait seulement qu'il ressentait la présence du brun comme essentielle. Et il avait besoin de lui parler.
Devinant la question qui brûlait les lèvres du blond, Sasuke lança :
– Je dirais qu'il nous faut encore une heure ou deux avant d'arriver au port.
Naruto tourna la tête vers lui, les yeux grand ouvert. Il se demanda si Sasuke pouvait lire ses pensées. Instantanément, il se rendit compte que le brun pouvait sûrement les deviner, bien plus que n'importe qui d'autre le pourrait.
– Je vois, acquiesça-t-il.
Il se concentra à nouveau sur le chemin, et Sasuke choisit cet instant pour le regarder.
– Une partie de moi se demandait combien de temps tu pourrais rester muet.
– Tu me persécutes, maintenant ?
Sasuke se tourna à nouveau vers l'horizon, cachant le semblant de sourire qui s'était affiché sur ses lèvres. Le nœud dans la gorge de Naruto s'était évaporé.
Il était encore tôt lorsqu'ils arrivèrent au port du pays du feu. Le lieu était bercé par le son des vagues, noyant les voix des marchands et voyageurs de passage. L'agitation leur permit de passer presque inaperçus. Ils poursuivirent leur chemin le long des pins alignés près de l'océan. Les yeux de Naruto étaient fixés sur le bleu de l'étendue qui s'offrait à eux, et il ne remarqua d'abord pas la distance qui le séparait de Sasuke. Ce dernier avait pris de l'avance, et Naruto se dépêcha de le rejoindre.
– On n'est pas pressé, fit-il en arrivant à sa hauteur, le souffle court.
Le brun haussa les épaules.
– Je n'ai rien à faire ici.
Les sourcils froncés, Naruto ne trouva rien à ajouter. Il se demanda si Sasuke avait hâte de retrouver sa solitude. Ou plutôt, s'il avait hâte de se débarrasser de lui. Sa main se crispa.
– A plus, lui lança le brun sans se retourner.
Naruto ne répondit rien, son paysage réduit à la silhouette de Sasuke qui s'éloignait. Une vision qui ne lui était que trop familière, et qui faisait toujours naître en lui les mêmes émotions. Une main qui voulait se tendre, s'approcher, s'accrocher. Un poing qui se serre et un cœur qui s'accélère. Devrait-il vraiment attendre Gaara ? Si Sasuke lui échappait maintenant, lui reviendrait-il seulement ? Il s'apprêtait à s'écrier en direction du brun quand celui-ci se retourna.
– On se retrouve demain, lança-t-il.
Un léger sourire sur les lèvres, que Naruto n'aurait su définir tant il semblait aussi bien moqueur qu'attendri, Sasuke ajouta à voix basse :
– Usuratonkachi.
Naruto l'avait lu sur ses lèvres plus qu'il ne l'avait entendu, et à peine eut-il le temps de lui répondre que Sasuke s'était retourné, levant une main au ciel en guise d'au revoir. Naruto resta muet un instant puis passa sa main dans ses cheveux, un sourire installé dans les yeux n'ayant d'égal que l'éclat du soleil de midi.
A la recherche d'un repas, Naruto s'aventura dans les rues commerçantes de la ville portuaire. Il ne trouva pas de rāmen, et décida d'acheter une portion de poulpe à la place. Il y ajouta deux oyaki aux légumes, en provenance d'une échoppe située quelques mètres plus loin. Les odeurs de cuisine mélangées à celle de la mer firent naître un sourire sur son visage. Il observa les édifices en bois, alignés le long de la rue au sol en pierre. L'entrain des passants, père et fille brochettes en main ou bien amies bras dessus bras dessous, lui rappela Konoha un instant. Les cris de mouettes chassèrent l'image de son village natal de son esprit. Il alla s'asseoir face à la mer, sur un rocher à l'ombre des pins.
Il pouvait discerner la silhouette de Sasuke au loin, reconnaissable entre mille, s'éloignant calmement. Son sourire se crispa, imperceptiblement. Il s'empressa de déguster son repas, le vent salé caressant son visage et rafraîchissant les aliments. Il ne les apprécia que vaguement, le regard concentré à l'horizon plus que sur ce qu'il avait à manger. La brise lui parut déchaînée alors qu'elle frappa ses mèches blondes contre ses joues, brouillant sa vue et emportant la silhouette du brun au passage. Naruto balaya les mèches blondes de ses yeux, faisant tomber le pic sur lequel restait un morceau de poisson au sol. Il fronça les sourcils et se leva rapidement – en vain. Il déglutit, et son attention s'envola vers sa droite alors qu'une corne de brume retentit, inondant son champ sonore. Il se rappela la raison pour laquelle il n'avait pas suivi Sasuke. Il récupéra le pic qui était tombé et lentement, se dirigea vers le bateau qui venait d'arriver.
Un sourire se dessina sur son visage à mesure qu'il s'approchait, découvrant la foule rassemblée près de l'eau – si près que Naruto eut un mouvement de recul. Il ne put s'empêcher d'être frappé par l'accueil réservé au Kazekage – le contraste était si grand. Le pas ralenti, il atteignit le rassemblement, dont il tenta de rester éloigné. Son arrivée ne passa cependant pas inaperçue, et il fut propulsé au milieu de l'assemblée malgré lui. A peine eut-il le temps de saluer les visages à présent tournés en sa direction qu'il sentit les yeux de Gaara se déposer sur lui.
Il se retourna immédiatement, le regard ouvert et innocent, et rendit son sourire à son ami. Les gardes du corps de Gaara s'empressèrent d'écarter la foule les entourant, et le Kazekage arriva à son niveau, l'air serein.
– Je ne m'attendais pas à te rencontrer ici.
– Surprise !
Le blond leva son bras au ciel dans un grand sourire.
– Tu ne manques pas d'entrain, fit Temari dans un sourire attendri.
– Il n'en a jamais manqué, ajouta Kankurō.
– J'ai eu un message de Tsunade hier – alors me voilà !
Le Kazekage haussa un sourcil.
– Que fais-tu seul ici ? Es-tu en mission ?
– Ah, c'est que, commença Naruto en se grattant la nuque, je ne suis pas seul. Je voyage.
Gaara le regardait, visage impassible.
–Avec Sasuke.
Puis il acquiesça.
– Nous allons passer la nuit dans un ryokan local. Tu nous accompagnes ?
Le blond hocha vivement la tête, se mettant en route à la suite de ses compagnons de Suna. Il demanda des nouvelles de Shikamaru à Temari, qui rougit légèrement avant de lui répondre quelque chose d'inaudible.
– Ce qu'elle veut dire, c'est qu'elle déménage bientôt à Konoha pour se rapprocher, traduisit Kankurō.
– Super ! s'exclama Naruto avant d'ajouter, c'est Chōji qui va être jaloux.
Kankurō lui lança un regard avant de répondre à voix basse, comme pour lui-même :
– On peut être meilleurs amis sans être obsessif, aussi.
Naruto ne répondit rien.
– Enfin tu sais, reprit Kankurō, Chōji est assez occupé avec Karui ces derniers temps…
Le blond resta muet un instant.
– Chōji ? Karui ?
Kankurō haussa les épaules. Naruto essaya de lui soutirer un maximum d'informations sur les derniers évènements du village, et Temari se joint à leur conversation. Ils en étaient à parler d'Ino qui s'était apparemment éloignée de ses coéquipiers quand le ryokan apparut face à eux. Ils pénétrèrent le bâtiment en bois à la suite de Gaara, et les shinobi chargés de la protection du Kazekage se chargèrent d'aller déposer les affaires des frères et sœurs dans leurs chambres respectives. Temari, ses frères et Naruto furent invités à boire un thé sur l'engawa face au jardin intérieur. Le blond s'assit à côté du Kazekage, observant le paysage qui s'offrait à lui. De grands pins majestueux se dressaient face à eux, tandis qu'une bambouseraie se dessinait en arrière-plan. Naruto n'aurait pas imaginé qu'un tel espace se cachait derrière la devanture sombre de l'établissement. Gaara l'informa qu'une chambre était en cours de préparation pour lui aussi. Naruto essaya de refuser – en vain.
– C'est assez rare que je séjourne dans ce genre d'endroits, dit-il.
– Tu auras le temps de t'y habituer quand tu seras Hokage, fit Gaara sans le regarder.
Le blond ne répondit rien, tournant son regard vers la végétation dépassant le toit du ryokan, détaillant quelques nuages qui s'échappaient vers l'ouest. Ils dégustèrent leur thé lentement, contemplant l'horizon sans émettre un son. Puis Temari fut la première à se lever, et les trois shinobi ne tardèrent pas à la suivre, retrouvant leur chambre individuelle afin de se reposer et de se préparer pour le dîner.
Le festin qui leur fut présenté dans la salle de réception laissa Naruto médusé. Vêtus du yukata de l'établissement, les voyageurs étaient installés sur de confortables zaisu, parfaitement adaptés à la longue table basse en bois sur laquelle leur était servi un repas kaiseki confectionné avec le plus grand soin. Naruto dégusta les divers assortiments avec gourmandise et fit de son mieux pour ne rien faire tomber sur les tatami, tout en conversant avec les shinobi sur les actualités de Suna. Son détachement, volontaire ou inconscient, surprit Gaara qui ne prolongea pas la discussion. Naruto de son côté, fut forcé de concéder que le repas était effectivement délicieux. Ce qui le surprit bien plus que les saveurs raffinées de ces nombreux mets, en revanche, était l'extravagance de cet accueil. Était-ce ainsi que voyageaient les Kage lors de leurs déplacements diplomatiques ? Du temps de l'équipe sept, il avait certes séjourné dans des ryokan lors de missions hors du village – mais une telle qualité était incomparable à celle de ses souvenirs d'enfance. Naruto s'empêcha de réfléchir plus longtemps à la question, rappelant à son esprit des images de son coéquipier désormais seul au pays des vagues.
Kankurō était endormi depuis près d'une heure sur les tatami près de la table quand Temari se décida à le réveiller, le traînant hors de la pièce et s'excusant pour la nuit. Gaara en profita pour remercier les shinobi en charge de sa protection. Il les observa silencieusement alors qu'ils se retiraient. Il déposa ensuite son regard sur le blond face à lui, occupé à scrutiner les restes du repas, bouteilles de saké vide et ustensiles sophistiqués.
– Tu t'y es habitué, toi ? lança alors Naruto.
L'expression de Gaara ne trahissait aucune de ses émotions, à l'exception peut-être de son affection pour le blond.
– Tu ne penses pas t'y habituer ?
Naruto dévisagea son ami un instant.
– C'est juste que, commença-t-il, ça me paraît tellement…
– Diamétralement opposé de nos expériences en tant Jinchūriki ?
Le blond sourit, amèrement.
– C'est le moins que l'on puisse dire.
Le regard de Gaara voyagea à travers la pièce, détaillant la vue sur le jardin intérieur, argenté par la lumière de la lune, puis les peintures anciennes ornant les fusuma derrière Naruto, sur lesquelles de fines grues se détachaient du fond doré avec grâce.
– Être Kage, commença-t-il, c'est beaucoup de voyages diplomatiques organisés à la seconde près, il sourit. Au-delà de ça, c'est beaucoup de documents à lire soigneusement, et de débats qui s'enchaînent sur toutes sortes de sujets possibles.
Naruto regarda Gaara curieusement.
– Est-ce différent de ce que tu imaginais ?
Gaara haussa les épaules.
– Je n'imaginais pas grand-chose.
Naruto acquiesça, s'affalant un peu plus contre le dos de sa chaise. Il leva les yeux au plafond, contemplant le bois ancien à la teinte profonde qui l'adornait. Il avait tant à dire mais si peu qu'il pouvait clairement expliquer, sereinement partager. Gaara était un ami précieux, l'une des rares personnes à pouvoir véritablement le comprendre. Ils s'étaient orientés vers le même chemin, une direction ancrée dans les mêmes valeurs. Leurs situations témoignaient cependant d'une divergence qui ne semblait que s'accentuer davantage.
– Naruto, interpella le Kazekage.
Sa voix était calme, mais empreinte du sérieux qui avait caractérisé le représentant de Suna ces dernières années. Le blond fixa son regard sur son visage imperturbable.
– Je suis devenu Kazekage parce-que c'est ainsi que j'ai réussi à donner du sens à ma vie. C'est ce qui m'a permis de réparer la souffrance que j'ai causée, en aidant le peuple de mon village, en créant des liens avec eux.
Il acquiesça, une lueur de compassion brûlant dans les yeux.
– Tu n'as pas à faire ça, Naruto.
La lueur dans ses yeux se changea. Gaara soupira.
– Il me semble… il me semble que tu as déjà trouvé du sens, ailleurs qu'à travers ce rôle.
Les sourcils froncés, Naruto laissa le silence inonder la pièce un instant.
– J'ai toujours voulu devenir Hokage. Bien avant que tu ne deviennes Kazekage. C'est ce qui donnait du sens à ma vie, déclara-t-il.
Gaara le coupa :
– Ça l'était.
Il fixa son ami avec intention.
– Tu as été très clair quant à tes priorités.
Le visage de Naruto se durcit un peu plus, mais Gaara prit la parole avant qu'il n'eut le temps de répondre :
– Et je dois dire que je suis forcé de respecter cette volonté si implacable qu'est la tienne.
Le blond inspira, puis haussa les épaules.
– Je voyage, pour le moment, commença-t-il prudemment. Je rentrerai à Konoha, après ce voyage. Evidemment.
Il s'arrêta un instant, puis reprit :
– J'ai juste besoin de temps pour réfléchir.
Gaara acquiesça.
– Tu as tout à fait raison de prendre soin de toi.
Les traits de son visage se détendirent, et se réchauffèrent.
– Merci de m'avoir attendu au port, Naruto.
Le blond hocha la tête après quelques minutes, et laissa une fois de plus le silence s'élever dans la pièce, recouvrir confortablement l'espace qui les entourait. Ses pensées divaguèrent vers l'horizon, loin au-delà de la mer. Était-ce incompatible d'aspirer à être Hokage et de souhaiter sauver un ami ?
Le sommeil ne lui vint pas facilement cette nuit-là. Seul dans sa chambre, il s'était allongé au chaud sur son shikibuton, installé au milieu de la pièce. Trop luxueuse, trop grande. Trop vide. Le kakebuton qui lui tenait chaud, fait d'un coton luxueux et paré de couleurs somptueuses, ne lui réchauffait pour autant pas le cœur. Il avait laissé les shōji ouverts afin de contempler le jardin intérieur, éclairé par la lumière pâle de la lune. Allongé sur son côté gauche, il fixait le point le plus lumineux du jardin. Un faisceau de lumière embrassait un bosquet de camélias dont les bourgeons étaient encore timides. Naruto, baignant dans la pénombre de sa chambre, se raccrochait à cette vision sans même s'en rendre compte. Luttant contre ses propres pensées, il détaillait sans les voir les détails de la plante, seule éclaircie parmi la nuit. Parce qu'il se rendait compte depuis longtemps qu'il ne s'agissait pas de devenir Hokage. Qu'il s'agissait d'enfin se sentir accepté en tant qu'être humain, un être humain égal aux autres, nécessaire à au moins quelqu'un. Un être humain prêt à rendre au décuple l'amour qu'on lui donnerait. Prêt à suivre cette personne au bout du monde s'il le fallait. Il serra le poing, fronçant les sourcils alors qu'une larme s'écoulait le long de son visage, le traversant avant de venir s'écraser au sol. Il ne s'agissait pas de sauver un ami. Il s'agissait de protéger celui qui le raccrochait à la vie.
A sa surprise, Sasuke avait dû lutter pour ne pas se retourner. Il avait senti le regard de Naruto dans son dos, ses yeux semblant prêts à percer sa chair si cela pouvait lui permettre de se rapprocher. Il n'avait cependant aucune envie de rencontrer Gaara. Sasuke se doutait que le Kazekage pourrait comprendre ses choix, ne serait-ce qu'en théorie, mais il savait également que son rôle officiel le forcerait à condamner ses actions passées. Peut-être n'avaient-elles pas été idéales, mais Sasuke ne ressentait aucun besoin de se justifier, et n'avait guère de patience face à l'hypocrisie de Kage qui étaient prêts à accepter une ordure de Danzō parmi les leurs. Il n'avait besoin ni de leur approbation ni de leur amitié, et préférait se tenir éloigné de toute illusion dont ils aimaient tant user. Si Naruto avait encore envie de s'en bercer, Sasuke n'allait cependant pas l'en priver. Il le savait attaché à Gaara. Et plus encore, il savait Gaara attaché à Naruto.
Le pas lent, Sasuke observa le pont sur lequel la brume s'était déposée, et s'arrêta. Il ne pouvait discerner ni l'horizon ni le visage des passants qui l'entouraient ci-et-là, seulement le béton froid sur lequel son chemin se poursuivait. Sous le béton, il devinait les larges piliers rouges sur lequel le pont reposait. Cette construction imposante, permettant à des centaines de piétons de rejoindre le pays du feu depuis celui des vagues chaque jour, portait le nom de son meilleur ami. Malgré lui, des images du passé lui revinrent en mémoire, se mêlant les unes aux autres pour former un tableau nébuleux. Parmi les ombres imprécises de ses souvenirs se dessinaient les silhouettes de Zabuza et de Haku, allongées au sol côte à côte, flocons de neige dans les cheveux, autour d'eux. Leurs visages étaient troubles, comme l'était la scène et ses figurants. Il ne savait plus où se tenaient Kakashi ou Sakura, quelles expressions ils avaient bien pu arborer, quelles blessures ils avaient bien pu afficher. Seule une émotion se refusait à devenir confuse, retentissant toujours si violemment dans sa poitrine, dans tout ce qu'il connaissait – cette émotion qui n'avait d'autre nom que Naruto. Cette sensation l'envahissant, un instinct lui soufflant de protéger son ami à tout prix. Tant pis s'il y perdait la vie.
Sasuke leva les yeux au ciel. De fines gouttes de pluie chutaient en silence, semblables à des flocons invisibles. A des sentiments lancinants, persistants. A l'époque réticents, mais envers et contre tout présents. Incontenables. Et peut-être, pour le monde qui les entourait, inconcevables. Sasuke n'avait que faire des conventions. Un autre concept utile pour garder le peuple en laisse, l'empêcher de penser. Sasuke n'avait cependant jamais ressenti le besoin de juger ses sentiments, ou de réfléchir au pourquoi du comment. Il savait seulement qu'il avait agi en n'ayant que Naruto à l'esprit, sa silhouette orange et ses cheveux ébouriffés, ses grands yeux bleus rêveurs et leur étincelle déterminée. Sa gorge se serra. C'était simplement sa façon d'être. Il avait bien tenté de la changer, mais rien n'y avait jamais fait.
Il reprit sa marche, les yeux rivés au sol, ses zōri légèrement noircies par la pluie. Cinq ans étaient passés. Si bien des choses avaient été bouleversées, l'émotion nommée Naruto n'avait en revanche pas été affectée. Sasuke leva les yeux vers l'horizon, à présent légèrement dégagé, et aperçut plus clairement les groupes de passants autour de lui. Alors qu'il sortait de ses propres pensées, les voix dansant dans l'air se firent plus précises, leurs mots limpides. Sur leurs lèvres, le nom de Naruto. Ce pont n'était plus seulement un souvenir de sa jeunesse, mais désormais un symbole du héros ayant sauvé le monde. Les promeneurs le parcourant n'étaient pas de simples passants – ils étaient des touristes, venus célébrer les exploits du blond. Son nom, gravé dans la pierre sous ses pieds, gravé dans chacune de ses pensées, l'entourait et résonnait sans fin – et avec lui, d'autres noms.
– Il paraît qu'il est en mission, mais qu'il rentrera bientôt, souffla une voix.
– C'est pour ça qu'on ne le voit plus ! C'est bien lui, toujours en action quelque part, prêt à sauver de nouvelles âmes en détresse, répondit vivement une autre.
– C'est Hinata-sama qui va être jalouse !
– C'est vrai qu'elle doit avoir hâte qu'il rentre, elle qui l'aime tant.
– Leur mariage va être l'évènement de l'année, sans aucun doute !
Les pas de Sasuke se stoppèrent brusquement, et les passants le dévisagèrent un instant. Las de se cacher, il leur rendit leur geste, et planta son regard sur leurs visages. Ils se turent, l'un une main sur la bouche, et s'éloignèrent précipitamment.
– Qu'est-ce qu'il fait là, ne devrait-il pas être en prison ?
Sasuke resta immobile. Puis, lassé, il se mordit le pouce et invoqua Garuda. Dans un nuage de fumée, son fidèle compagnon apparut en une fraction de seconde. Il se mit à la hauteur du brun pour l'inviter sur son dos, et disparut dans les hauteurs argentées pour rejoindre le pays des vagues.
Merci d'avoir lu ! On se retrouve au prochain chapitre :)
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