Genzo se tenait immobile sur le pas de la porte, son sac de sport en bandoulière, le regard légèrement inquiet. Ses yeux détaillaient Clara, cherchant le moindre signe d'hésitation ou de trouble. Même après tout ce temps passé ensemble, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour elle.

— Tu es sûre que ça ira? demanda-t-il d'un ton doux.

Clara lui répondit avec un sourire franc, presque lumineux.

— Bien sûr que ça ira. Ne te fais pas de souci pour moi, vraiment. Tu ne pars que 5 jours. Concentre-toi sur ton match, et surtout, fais attention à ne pas te blesser.

Elle disait cela avec une telle sincérité qu'il sentit un poids quitter légèrement ses épaules. Mais une partie de lui restait sur le qui-vive.

— Promis, je regarderai ton match à la télé. Et si jamais j'ai besoin de toi, je t'appellerai, ajouta-t-elle avec assurance.

Genzo hocha la tête, même si son cœur lui criait qu'il aurait préféré ne pas partir du tout. Avant qu'il ne puisse répondre, Clara fit un pas en avant, son sourire s'élargissant doucement.

— Mais avant que tu partes, j'ai besoin de me recharger, dit-elle, un brin malicieuse.

Genzo fronça légèrement les sourcils, surpris par cette remarque.

— Me recharger? répéta-t-il, un peu perdu.

Et avant qu'il ne puisse réfléchir davantage, Clara se jeta doucement contre lui, ses bras entourant fermement son torse dans une étreinte pleine de tendresse. Genzo resta immobile un instant, pris de court par ce geste inattendu, mais il finit par poser ses bras autour d'elle, resserrant doucement l'étreinte.

Clara enfouit son visage contre son torse, inspirant profondément, comme si elle absorbait la chaleur et la force dont elle aurait besoin durant son absence.

— Merci, murmura-t-elle presque imperceptiblement.

Genzo sentit son cœur se serrer, à la fois surpris et touché. C'était la première fois que Clara faisait le premier pas pour un geste aussi tendre. Il n'avait jamais imaginé que quelque chose d'aussi simple pourrait le bouleverser autant.

Quand ils se séparèrent, elle leva les yeux vers lui, ses joues légèrement rosées. Genzo, sans réfléchir, posa ses grandes mains sur son visage, encadrant doucement ses joues.

— Je vais revenir vite, dit-il doucement.

Puis, dans un geste naturel et protecteur, il déposa un baiser délicat sur son front. Clara ferma brièvement les yeux, appréciant ce moment, avant de reculer d'un pas pour le laisser partir.

— Bon courage, Genzo, dit-elle avec un sourire sincère.

Il se retourna, son cœur plus léger, mais une partie de lui déjà impatiente de rentrer. Clara le regarda s'éloigner, son sourire ne quittant pas ses lèvres. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait en paix, même s'il n'était pas là.

Les cinq jours en Angleterre furent bien plus intenses émotionnellement que Genzo ne l'aurait imaginé. Dès son arrivée, il fut happé par l'effervescence qui précède les grands matchs : l'entraînement, les briefings techniques, et les discussions stratégiques avec ses coéquipiers. Pourtant, son esprit était divisé. Une partie de lui était focalisée sur sa performance, comme il l'avait toujours été. L'autre, plus surprenante, restait irrémédiablement accrochée à Clara.

Après un vol relativement tranquille, Genzo et ses coéquipiers s'installèrent dans leur hôtel. Une fois sa chambre attribuée, il déballa ses affaires et prépara ses équipements pour les entraînements. Mais même dans cet environnement familier, ses pensées revenaient sans cesse à l'image de Clara sur le pas de la porte, lui offrant cette étreinte pleine de douceur.

Après le dîner avec l'équipe, il hésita à l'appeler. "Peut-être qu'elle dort déjà...", pensa-t-il. Mais finalement, il ne put résister. À la troisième sonnerie, elle décrocha, sa voix calme et douce résonnant dans le téléphone.

— Alors, tu es bien arrivé? demanda-t-elle.

— Oui, tout s'est bien passé. Et toi, comment s'est passée ta journée?

Ils parlèrent une dizaine de minutes. Rien d'extraordinaire, juste des banalités, mais cela suffisait à apaiser les inquiétudes de Genzo. Quand ils raccrochèrent, il se sentit un peu plus détendu.

Le deuxième jour était dédié à l'entraînement. Le coach insistait sur l'importance de leur défense face à une équipe anglaise réputée pour ses attaques rapides et agressives. Genzo se concentra de toutes ses forces, multipliant les arrêts impressionnants lors des simulations. . Mais il y avait un changement subtil en lui : il s'entraînait avec une énergie nouvelle, comme s'il avait quelque chose de plus à prouver.

Entre deux exercices, son capitaine et ami Karl Heinz Schneider l'interpella :

— Tu as l'air ailleurs, Genzo. Quelque chose te tracasse?

— Non, répondit-il en secouant la tête. Juste... quelqu'un qui m'attend à la maison.

Ces mots le surprirent lui-même. Il réalisa qu'il considérait déjà l'appartement commeleurmaison, un endroit où Clara l'attendait. Cette pensée le fit sourire malgré la fatigue.

Le soir, il l'appela à nouveau, profitant d'un moment de calme dans sa chambre d'hôtel. Clara sembla ravie de son appel

— Alors, prêt pour ton match? lui demanda-t-elle.

— Toujours. Mais c'est étrange... d'habitude, je ne suis pas aussi distrait avant un match.

— Distrait? demanda-t-elle, visiblement surprise.

— Je pense à toi, admit-il sans détour.

Un silence accueillit sa confession. Puis, d'une voix timide, elle répondit :
— Je vais bien, Genzo. Tu n'as pas à t'inquiéter. Concentre-toi, d'accord?

Ses paroles furent un baume, mais elles ne suffirent pas à éteindre totalement son inquiétude.

Le troisième jour était plus calme, réservé à une séance légère et à des briefings tactiques. Mais pour Genzo, l'attente avant le match était toujours la partie la plus difficile. Il avait l'habitude de gérer la pression, mais cette fois, elle était différente. Ce n'était pas seulement le match qui pesait sur ses épaules, mais aussi l'idée qu'il avait laissé Clara seule.

Dans un rare moment de doute, il se surprit à vouloir appeler Clara. Ce n'était pas habituel pour lui de chercher du réconfort, mais il avait appris, à son contact, qu'il pouvait se montrer vulnérable.

— Clara, je t'ai réveillée? demanda-t-il après qu'elle eut décroché.

— Non, pas du tout, répondit-elle. Ça va?

Il hésita un instant.

— Oui, ça va. Juste... parfois, c'est dur de gérer la pression.

Clara, de son ton apaisant, lui répondit :

— Tu es le meilleur, Genzo. Peu importe le résultat, tu as déjà prouvé ta valeur. Concentre-toi, fais ce que tu sais faire, et tout ira bien.

Il sourit en entendant ces mots.

— Merci, Clara. Tu ne sais pas à quel point ça compte pour moi.

Elle répondit rapidement :
— J'ai hâte de te voir jouer demain!"

Ces quelques mots suffirent à lui redonner un peu de sérénité.

Le jour du match, l'équipe était concentrée. L'excitation dans le vestiaire était palpable, mais Genzo restait calme, comme à son habitude. Il passa en revue les consignes tactiques, s'échauffa méthodiquement et fit abstraction de tout ce qui n'était pas lié au terrain.

Quand il entra sur le terrain, le stade était en ébullition. Les chants, les drapeaux, l'énergie de la foule: tout cela nourrissait son envie de donner le meilleur de lui-même. . Durant les premières minutes, il sentit une vague de stress, mais il se rappela la promesse de Clara : elle regarderait le match.

"Concentre-toi pour elle," se répéta-t-il.

Pendant les 90 minutes du match, il était entièrement concentré. Il réalisa plusieurs arrêts décisifs, sauvant son équipe à de nombreuses reprises. Mais plus que jamais, il ressentit une motivation différente : il jouait pour elle autant que pour lui-même.

Quand le coup de sifflet final retentit, son équipe l'emporta par un score serré, 2-1.

Une fois dans les vestiaires, il regarda son téléphone. Un message de Clara l'attendait :
"Tu étais incroyable! J'ai crié à chaque arrêt. On fêtera ta victoire quand tu rentreras !"

Il ne put s'empêcher de sourire, touché par son enthousiasme.

Le cinquième jour était dédié au retour en Allemagne. Dans l'avion, Genzo regarda par le hublot, perdu dans ses pensées. Cette courte séparation avait été une épreuve pour lui. Non pas parce qu'il doutait de Clara, mais parce qu'il réalisait à quel point il tenait à elle.

Quand il arriva enfin à son appartement et ouvrit la porte, Clara était là, un sourire timide sur le visage. Elle s'approcha doucement.

— Bienvenue chez toi, murmura-t-elle.

Il posa son sac à terre et, sans réfléchir, la prit dans ses bras.

— Tu m'as manqué, avoua-t-il doucement.

À cet instant, Genzo comprit qu'elle n'était plus seulement une invitée dans cet appartement. Elle en faisait partie, tout comme elle faisait désormais partie de sa vie.

Depuis le retour de Genzo, une tension douce mais indéniable régnait entre eux. Une tension faite de gestes retenus, de regards qui s'attardaient un peu trop longtemps, et de silences chargés de mille choses non dites. Ils se cherchaient, sans réellement oser se trouver, chacun prisonnier de ses propres doutes.

Clara se sentait troublée. Elle n'aurait jamais cru pouvoir se sentir aussi en paix et en sécurité auprès de quelqu'un après ce qu'elle avait vécu. Genzo avait été un pilier, une ancre dans sa tempête personnelle. Mais aujourd'hui, elle se surprenait à attendre plus que sa simple présence rassurante. Elle voulait ses bras autour d'elle, ses caresses sur sa peau, et le murmure de sa voix lui disant qu'elle comptait vraiment pour lui. Elle rêvait de lui, de ses gestes tendres qui semblaient parfois si naturels, mais qu'elle n'osait interpréter.

Pourtant, une peur sourde l'envahissait. Était-elle capable d'aimer? De se laisser aimer? Après tout, son passé avait laissé des cicatrices profondes, et la confiance ne venait pas si facilement. Elle avait l'impression de marcher sur un fil, tiraillée entre son désir de s'abandonner à lui et sa peur de se perdre à nouveau.

De son côté, Genzo n'était pas en reste. Depuis leur première rencontre, il avait ressenti quelque chose de spécial pour Clara. Cela avait commencé par un besoin irrépressible de la protéger, mais au fil des semaines, ce sentiment s'était transformé en quelque chose de bien plus profond. Il ne pouvait plus ignorer qu'il était tombé amoureux. Chaque sourire qu'elle lui adressait, chaque geste timide qu'elle osait faire vers lui, lui donnait envie de tout lui dire.

Mais il se retenait. Clara était fragile, et il le savait. La brusquer ou aller trop vite serait la dernière chose qu'il voudrait. Il se contentait donc de gestes mesurés, de caresses discrètes et de regards qu'il espérait assez éloquents pour qu'elle comprenne. Et pourtant, l'incertitude le rongeait. Était-elle prête à accueillir ses sentiments? Et si elle le repoussait?

Ce soir-là, alors qu'ils étaient assis dans le salon, un silence confortable s'installa entre eux. Clara feuilletait un livre, tandis que Genzo regardait distraitement la télévision. Mais son esprit était ailleurs. Tout comme le sien.

Finalement, c'est Clara qui brisa le silence.

— Genzo... tu crois que certaines personnes méritent une seconde chance?

Il détourna son regard de l'écran pour la fixer, surpris par sa question.

— Bien sûr, Clara. Tout le monde mérite une seconde chance. Pourquoi cette question?

Elle hésita, jouant nerveusement avec les manches de son pull.

— Je me demandais juste... si moi, je pouvais en mériter une.

Il se redressa dans le canapé et se pencha légèrement vers elle, captant son regard fuyant.

— Clara, tu mérites bien plus qu'une seconde chance. Tu mérites d'être heureuse, d'avoir une vie pleine de belles choses.

Son ton était si sincère qu'elle sentit sa gorge se nouer. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle les refoula.

— Et toi? Tu mérites quoi? demanda-t-elle à mi-voix.

Genzo fronça légèrement les sourcils, pris au dépourvu par cette question.

— Moi? Eh bien... je ne sais pas.

Clara posa alors doucement sa main sur la sienne. Ce contact, aussi léger soit-il, fit accélérer le cœur de Genzo.

— Je pense que tu mérites aussi d'être heureux, Genzo. Et je...

Elle hésita, la peur dans sa voix.

— Je veux essayer de te rendre heureux.

Ces mots, bien que simples, résonnèrent comme une révélation. Genzo, pris par une impulsion qu'il ne pouvait plus retenir, posa délicatement sa main sur sa joue et planta son regard dans le sien.

— Clara, tu me rends déjà heureux. Tu n'as aucune idée de combien.

Il se pencha légèrement, mais resta immobile à quelques centimètres de son visage, lui laissant le choix. Clara, dans un moment de courage mêlé de désir, ferma les yeux et comblât la distance qui les séparait.

Le baiser fut tendre, doux, comme une promesse murmurée dans le silence. Genzo sentit le poids de ses doutes s'évaporer, remplacé par une certitude inébranlable : ils avaient franchi une barrière, et rien ne serait plus pareil désormais.

Clara rentra du travail un peu plus tard que d'habitude ce soir-là, légèrement fatiguée, mais tout de même apaisée par les derniers jours qui semblaient plus simples à gérer. Elle ouvrit la porte de l'appartement et entendit des rires et des éclats de voix venir de la salle de jeux. Curieuse, elle s'approcha doucement et poussa la porte, un sourire déjà prêt sur ses lèvres pour saluer Genzo.

Ce qu'elle ne s'attendait pas à voir, c'était un homme blond, à la carrure imposante et au regard perçant, installé sur le canapé, une manette de jeu en main. Il éclatait de rire, visiblement en train de remporter une partie face à un Genzo concentré.

Le blond se figea en voyant Clara dans l'encadrement de la porte. Son regard passait de Clara à Genzo, comme s'il essayait de comprendre ce qu'il voyait. Clara, de son côté, rougit légèrement, sentant qu'elle interrompait quelque chose.

— Oh, désolée, je ne savais pas que tu avais un invité, murmura-t-elle en évitant le regard de l'homme.

Déjà prête à rebrousser chemin pour se réfugier dans sa chambre, comme elle en avait l'habitude, Genzo posa immédiatement sa manette sur la table et se leva, arborant un sourire chaleureux.

— Clara, ne t'en fais pas, tu ne déranges pas du tout, dit-il en avançant vers elle. Viens, je te présente quelqu'un.

Genzo posa une main légère sur son épaule pour l'inviter à entrer dans la pièce. Clara hésita un instant, mais finit par obtempérer, se sentant légèrement intimidée par l'homme qu'elle avait évidemment reconnu.

— Clara, voici Karl Heinz Schneider, mon meilleur ami et le capitaine de l'équipe. Karl, je te présente Clara.

Karl posa sa manette et se leva à son tour, tendant une main avec un sourire poli, bien qu'un peu intrigué.

— Enchanté, Clara. Je ne savais pas que Genzo avait une colocataire, plaisanta-t-il en jetant un coup d'œil complice à son ami.

Clara serra timidement sa main, ses joues s'empourprant légèrement.

— Enchantée, répondit-elle doucement. Et... je ne suis pas vraiment sa colocataire. C'est un peu plus compliqué que ça.

— Ne complique pas, intervint Genzo en souriant. Clara reste ici pour le moment, c'est tout.

Karl haussa un sourcil, mais ne fit pas de commentaire, préférant se rasseoir sur le canapé.

— Tu rentres du travail? demanda Genzo en posant une main légère dans le dos de Clara.

Elle hocha la tête.

— Oui, mais vous êtes occupés, je vais vous laisser, dit-elle en reculant légèrement vers la porte.

— Clara, reste, insista Genzo. Viens au moins discuter un peu avec nous.

— Oui, restez! renchérit Karl avec un sourire. Et puis, ça fera du bien à Genzo de perdre une fois devant un autre public.

Clara esquissa un sourire, rassurée par le ton détendu. Finalement, elle s'assit sur un coin du canapé, observant Genzo et Karl reprendre leur partie, tout en écoutant distraitement leurs échanges. Elle découvrit alors un Genzo différent, plus relaxé et blagueur, une facette qu'elle ne voyait pas souvent.

Karl, de son côté, ne manqua pas de lancer quelques piques à Genzo.

— Alors, tu ne m'avais pas dit que tu jouais les chevaliers servants, Wakabayashi.

Genzo, un peu gêné, haussa les épaules.

— Je fais ce qu'il faut pour prendre soin des gens qui comptent pour moi.

Il jeta un coup d'œil à Clara, qui détourna rapidement le regard, rouge jusqu'aux oreilles. Karl, lui, hocha la tête, son sourire en coin indiquant qu'il avait remarqué l'échange.

— Tu as changé, Genzo. Mais ça te va bien.

Genzo ne répondit pas, mais un léger sourire adoucit son expression, et il retourna à sa partie, sous le regard intrigué de Clara.

Le silence s'installa un instant lorsque Genzo quitta la pièce pour aller aux toilettes. Clara, assise au bord du canapé, se sentit légèrement nerveuse. Karl Heinz, quant à lui, semblait parfaitement à l'aise, un sourire bienveillant sur le visage. Il se tourna vers elle et brisa la glace d'un ton léger.

— Dites-moi, Clara, ce ne serait pas vous que j'ai aperçue dans les couloirs des vestiaires lors du match contre Hambourg?

Clara sentit ses joues rougir immédiatement. Elle baissa les yeux, jouant avec ses manches.

— Euh... oui, c'était moi, murmura-t-elle timidement.

Karl hocha la tête, son sourire s'élargissant légèrement.

— Je me disais bien que votre visage me disait quelque chose. Donc, ça fait un moment que vous connaissez Genzo, je suppose?

Clara releva timidement les yeux, hésitant sur la réponse à donner.

— Oui... depuis quelques mois, répondit-elle simplement, sans entrer dans les détails.

Karl sembla noter son hésitation, mais il n'insista pas. Au lieu de poser des questions personnelles, il se contenta de sourire et d'ajouter d'un ton sincère:

— Eh bien, je suis content de faire votre connaissance. C'est une bonne chose de voir que Genzo s'ouvre un peu plus aux autres. Il a tendance à garder ses distances avec tout le monde, mais visiblement, avec vous, c'est différent.

Clara, touchée par ses paroles, ne put s'empêcher de sourire timidement.

— Je ne sais pas... Genzo a été... très gentil avec moi, c'est tout, répondit-elle modestement.

Karl rit doucement et se pencha légèrement en avant, comme s'il partageait un secret.

— Gentil? Si vous saviez à quel point c'est rare de voir Genzo "gentil". Enfin, je veux dire, il est un excellent coéquipier, toujours prêt à aider l'équipe, mais il a ce côté sérieux et distant, vous voyez? Alors, le voir quitter les entraînements plus tôt ces derniers temps... c'était inhabituel. Maintenant, je comprends pourquoi.

Il lança un regard amusé, comme pour souligner le sous-entendu, mais sans aller plus loin. Clara rougit davantage, secouant légèrement la tête.

— Je ne veux pas qu'il se sente obligé... ou qu'il change ses habitudes pour moi, murmura-t-elle.

Karl haussa les épaules, l'air de dire que ce n'était pas quelque chose dont elle devait s'inquiéter.

— Genzo ne fait rien qu'il ne veuille pas faire. S'il part plus tôt, c'est qu'il en a envie. Et franchement, ça lui fait du bien. Alors, ne vous en faites pas.

Avant que Clara ne puisse répondre, Genzo revint dans la pièce, jetant un regard curieux à Karl et Clara, qui semblaient avoir eu une conversation calme mais complice.

— Qu'est-ce que j'ai manqué? demanda-t-il en haussant un sourcil.

Karl se redressa avec un sourire malicieux.

— Oh, rien d'important, répondit-il innocemment. Je faisais juste connaissance avec Clara.

Genzo lança un regard à Clara, s'assurant qu'elle allait bien, et elle lui répondit par un petit sourire rassurant.

— Bien. Alors, Clara, tu veux jouer la prochaine partie? demanda-t-il, changeant rapidement de sujet.

Karl rit doucement, l'air satisfait, et reprit sa manette. Clara, plus détendue qu'au début, accepta finalement de rester un peu plus longtemps avec eux.

Quelques jours plus tard, alors qu'elle terminait sa journée de travail, Clara descendit dans le parking souterrain de l'immeuble où elle travaillait pour récupérer sa voiture. À peine eut-elle tourné un angle qu'elle croisa un homme, grand et costaud, avec une silhouette qui lui rappela immédiatement celle de Gunther. Son cœur s'arrêta une fraction de seconde. Bien sûr, elle savait que Gunther était toujours en prison, mais son esprit, piégé par la peur, refusa d'écouter la raison. Elle sentit sa respiration s'accélérer, ses mains trembler. L'homme, qui n'avait aucune idée de ce qu'elle vivait, lui adressa un simple «bonsoir» avant de continuer son chemin.

Clara se précipita vers sa voiture, mais elle n'arrivait pas à trouver ses clés dans son sac. Le bruit des pas dans le parking, même éloignés, résonnait comme des menaces imminentes. Sa vision se brouilla et elle s'effondra sur le siège du conducteur, incapable de calmer son souffle. Elle pleura en silence, recroquevillée, incapable de démarrer ou même de réfléchir.

Ce fut seulement après plusieurs longues minutes qu'elle parvint à attraper son téléphone et à appeler Genzo. D'une voix tremblante, elle lui expliqua à peine ce qu'il s'était passé, mais il comprit immédiatement qu'elle avait besoin de lui. Sans hésiter, il quitta son entraînement pour venir la chercher.

Quand il arriva sur place, il trouva Clara toujours assise dans sa voiture, ses jambes repliées contre sa poitrine, le visage caché dans ses bras. Genzo ouvrit doucement la portière et s'agenouilla à côté d'elle.

— Clara, c'est moi. Tout va bien maintenant.

Elle releva la tête, les yeux rougis par les larmes.

— Je... Je suis désolée, souffla-t-elle. J'ai paniqué...

— Ne t'excuse pas, dit-il doucement. Tu n'as rien fait de mal.

Il l'aida à sortir de la voiture, la soutenant alors qu'elle vacillait légèrement.

Sur le trajet du retour, Clara resta silencieuse, mais ses mains tremblaient toujours. Quand ils furent de retour à l'appartement, elle s'excusa à nouveau.

— J'ai l'impression de reculer, murmura-t-elle. Juste quand je pensais aller mieux, il suffit d'un rien pour tout faire revenir...

Genzo posa une main réconfortante sur son épaule.

— Tu n'as pas reculé, Clara. Ce n'est qu'un obstacle de plus. Regarde jusqu'où tu es arrivée. Ces peurs ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais tu es forte, et je suis là pour toi.

Cette nuit-là, Genzo resta près d'elle, s'assurant qu'elle se sentait en sécurité. Bien qu'elle se sentît honteuse de sa réaction, Clara comprit que la route vers la guérison était sinueuse et que, même avec des moments de doute, elle n'était pas seule.

Genzo et Clara étaient enlacés sur le canapé, le doux bruit du film en fond sonore. Depuis leur premier baiser, presque deux semaines auparavant, leur relation avait pris un tournant empreint de tendresse. Genzo, habituellement réservé, était devenu beaucoup plus tactile, posant des gestes doux et attentifs envers Clara. Leur complicité se renforçait jour après jour, comme si ce baiser avait libéré une partie de leurs sentiments qu'ils avaient longtemps retenus.

Tandis que Clara était blottie contre lui, il déposa un baiser léger sur ses cheveux, puis sur sa joue. Finalement, leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau, mais cette fois, le baiser gagna en intensité, une chaleur douce mais insistante s'installant entre eux. Genzo, hésitant mais guidé par un désir mêlé de respect, glissa sa main sous le pull de Clara, effleurant délicatement la peau de son dos.

Il s'arrêta un instant, relevant son regard vers elle, cherchant son consentement avec sérieux.

— Est-ce que je peux continuer ? Peut-être... aller plus loin avec toi ? demanda-t-il, sa voix à la fois douce et empreinte d'un respect sincère.

Clara le regarda, légèrement nerveuse, mais hocha la tête avec un sourire timide.

— Oui... mais pas ici, murmura-t-elle.

Ils se levèrent, mains entrelacées, et se dirigèrent vers la chambre. Une fois à l'intérieur, Clara ferma soigneusement les rideaux et éteignit la lumière, son cœur battant à toute vitesse. Elle voulait s'assurer que son corps, qu'elle percevait avec une certaine pudeur, reste dissimulé dans l'obscurité.

Genzo ne fit aucun commentaire sur son comportement, comprenant instinctivement ses réticences. Il s'approcha d'elle, ses mains effleurant doucement ses bras pour la rassurer.

— Tu n'as pas besoin de te cacher de moi, Clara, dit-il doucement.

— C'est plus facile comme ça, répondit-elle timidement. Dans le noir, je me sens... moins vulnérable.

Genzo comprit. Il ne la pressa pas. À cet instant, il réalisa à quel point elle lui faisait confiance, malgré toutes ses blessures, malgré son passé. Il sentit une profonde émotion l'envahir.

— Et je ne ferai rien sans ton accord. Si à un moment tu veux arrêter ou si tu n'es pas à l'aise, dis-le-moi, et je m'arrêterai immédiatement.

Ses mots, emplis de patience et de considération, firent naître un sourire ému sur le visage de Clara. Elle hocha doucement la tête, sentant la sincérité dans sa voix. Genzo se pencha pour l'embrasser à nouveau, leurs corps se rapprochant davantage. Lentement, il l'allongea sur le lit, ses gestes restant empreints de douceur et de respect, leur complicité créant une bulle hors du temps.

Genzo fit preuve d'une infinie délicatesse, déposant des baisers doux sur la peau de Clara à mesure qu'il la déshabillait avec lenteur et respect. Ses mains parcouraient son corps avec une tendresse presque hésitante, comme s'il craignait de brusquer ce moment fragile. Clara, allongée sous lui, se laissait faire, silencieuse, mais sans vraiment participer. Elle semblait présente, mais son esprit semblait voguer ailleurs, et cela n'échappa pas à Genzo.

À chaque geste qu'il faisait, il s'arrêtait pour lui demander la permission.

— Ça va ? Je peux continuer ? murmurait-il doucement, cherchant constamment son accord.

Clara acquiesçait d'un léger mouvement de tête, un sourire presque imperceptible sur les lèvres, mais ses yeux semblaient voilés d'une émotion difficile à déchiffrer.

Cette distance qu'il percevait l'inquiéta. Il ralentit ses gestes, cherchant à capter son regard. Alors que ses doigts effleuraient délicatement sa peau, il murmura, d'une voix basse et préoccupée.

— Clara, est-ce que ça va vraiment ? Je ne veux pas que tu te sentes mal ou obligée... Dis-moi si tu veux qu'on arrête.

Clara détourna légèrement les yeux, une lueur de tristesse mêlée de nostalgie traversant son regard. Genzo comprit alors, d'une manière qu'il ne pouvait expliquer, que Gunther, n'avait pas dû faire preuve de la même tendresse envers elle. L'idée qu'elle ait pu vivre des expériences douloureuses ou dénuées de considération lui serra le cœur.

Clara, émue par son inquiétude, leva une main tremblante pour caresser tendrement sa joue.

— Merci, murmura-t-elle, ses mots presque inaudibles.

Puis, elle déposa un léger baiser au coin de ses lèvres, comme pour lui signifier qu'elle était là, avec lui, malgré tout.

Genzo continua avec une douceur redoublée, prenant soin d'elle comme d'un trésor fragile. Clara, malgré sa réserve initiale, finit par s'abandonner complètement à lui, laissant ses émotions et ses appréhensions se dissiper peu à peu sous l'effet de ses gestes attentionnés. Cette nuit-là, elle connut une intimité qu'elle n'avait jamais imaginée possible : un mélange de respect, de tendresse, et de plaisir partagé.

Plus tard, alors qu'ils étaient allongés côte à côte, leurs corps enveloppés dans les draps, Clara s'endormit lentement dans les bras de Genzo. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues, mais cette fois, ce n'étaient pas des larmes de douleur ou de regret. Elle était agréablement surprise, presque bouleversée, d'avoir pu vivre un moment aussi doux et intense, et d'avoir atteint l'extase non pas une, mais deux fois en une seule nuit.

Le lendemain matin, Genzo observait Clara alors qu'elle préparait le petit-déjeuner. Elle semblait sereine, peut-être même un peu plus détendue qu'à l'accoutumée, mais il savait qu'il y avait des choses qu'elle gardait enfouies. Leur moment de la veille avait été intense et tendre, mais il n'avait pas pu ignorer les hésitations et les ombres dans son regard.

Il s'approcha doucement, posant une main légère sur son épaule pour ne pas la surprendre.

— Clara, tu as bien dormi? demanda-t-il avec douceur, brisant le silence du matin.

Elle hocha la tête avec un petit sourire.

— Oui... mieux que je ne pensais, en fait.

— Tant mieux, dit-il en souriant. Il hésita une seconde avant de continuer, son ton devenant plus sérieux. Tu sais, hier soir... je voudrais qu'on parle un peu.

Clara arrêta de remuer son café et tourna légèrement la tête vers lui, intriguée.

— Parler? De quoi?

Genzo inspira profondément, choisissant ses mots avec soin.

— De toi, de nous, et... de ce que tu ressens. Hier, j'ai senti que tu étais tendue, que tu avais des craintes. Et je veux comprendre. Pas pour te forcer à quoi que ce soit, mais pour être sûr que tu te sentes bien avec moi.

Clara détourna les yeux, visiblement mal à l'aise. Elle posa sa tasse sur la table et s'assit, jouant nerveusement avec ses doigts.

— Je... je ne sais pas par où commencer, murmura-t-elle.

Genzo s'assit en face d'elle, lui laissant tout l'espace dont elle avait besoin.

— Commence par ce que tu veux, dit-il doucement. Je suis là pour écouter, pas pour te juger.

Clara resta silencieuse un moment, rassemblant son courage.

— Quand j'étais avec Gunther... au début, tout allait bien. Enfin, c'est ce que je croyais. Mais, petit à petit, il a commencé à vouloir tout contrôler. Ce que je portais, où j'allais, qui je voyais... Il disait que c'était parce qu'il m'aimait, mais ce n'était pas ça.

Elle releva les yeux vers Genzo, cherchant du soutien dans son regard. Il hocha la tête doucement, l'encourageant à continuer.

— Et puis, il est devenu plus insistant. Avec mon corps, avec... tout. Je ne pouvais pas dire non sans qu'il se mette en colère. Alors je disais oui, même si je ne voulais pas. Parce que c'était plus facile que de le contrarier.

Sa voix tremblait, mais elle continua, comme si elle avait besoin de tout libérer.

— Ça m'a brisée, Genzo. J'avais l'impression que mon corps ne m'appartenait plus. Et hier... hier, j'avais peur. Peur que, si je disais non, tu sois déçu. Ou pire, que tu...

Elle s'arrêta, incapable de finir sa phrase, mais Genzo comprit.

Il se leva et contourna la table pour s'agenouiller devant elle. Il prit doucement ses mains dans les siennes.

— Clara, jamais je ne te forcerai à quoi que ce soit, dit-il, sa voix tremblante d'émotion. Tu es la personne la plus importante pour moi. Et ce que je veux, c'est que tu te sentes en sécurité, toujours. Si tu n'es pas prête à faire quelque chose, on attendra. Peu importe combien de temps il faut.

Les larmes coulèrent sur les joues de Clara, mais cette fois, ce n'était pas de la douleur. C'était du soulagement.

— Merci, Genzo, murmura-t-elle, sa voix étouffée par l'émotion.

Il se redressa et l'enveloppa dans une étreinte douce et protectrice.

— On prendra notre temps, Clara. Pas à pas, ensemble.

À cet instant, Clara sentit qu'elle n'était plus seule face à ses démons. Genzo était là, prêt à marcher à ses côtés, peu importe le temps ou les obstacles à surmonter.