CHAPITRE 9 : BAS LES MASQUES
Flash-Back...
Dans l'heure qui suivit, Cal retrouva Gillian dans la salle des visiteurs et lui exposa toute sa théorie avec ses preuves à l'appui.
— Marshall communiquait via des livres en prison ? demanda Gillian, interloquée.
— C'est ça. Regarde, dicta Cal en lui présentant le papier sur lequel il avait gribouillé quelques mots et numéros. Ça, c'est un livre que j'ai pris à la bibliothèque de la prison. Tu ne remarques rien ?
Gillian analysa l'ouvrage. Elle ne trouva rien de particulier jusqu'au moment où ses yeux se fixèrent sur un étrange sigle à côté du titre du premier chapitre.
— C'est un dessin ?
— Pas n'importe quel dessin. C'est le tatouage que porte tous les membres du clan Marshall. Ici la couronne qui est pour eux le symbole de la royauté, le triangle ou la pyramide prônant le pouvoir, et les lettres AB à l'intérieur qui d'après T-Bag indiquerait le terme Aryan Brotherhood. En tournant d'autres pages, j'ai vu une série de codes au crayon dans la table des matières. Au départ, je pensais que ces rajouts de pages n'avaient aucune importance. Qu'il s'agissait sans doute des annotations de la bibliothèque de la prison même. Mais en allant au club de lecture, j'ai compris que c'était bien plus que ça. Un détenu nommé Wallace Warner, un membre du clan Marshall, vient tous les lundis au club sans jamais dire un seul mot. Étrange pour un lecteur aussi assidu...
— C'est vrai... Surtout lorsqu'on sait que la fille du juge a été tuée un lundi. Bien, mais même si ce Wallace n'échangeait pas avec les autres membres du club de lecture, cela ne veut pas forcément dire qu'il ne s'intéressait pas au cours.
— Je sais, mais lorsque j'ai analysé le langage corporel entre Warner et Adams, j'ai compris qu'il y avait un lien entre eux. C'est Adams qui choisit chaque semaine le livre que nous allons étudier. De sorte à être sûr que les prisonniers pourront l'avoir. Au premier cours, je les ai vus s'échanger discrètement leur livre alors qu'ils semblaient être parfaitement identiques. Et la semaine dernière tu sais quel livre ils ont étudié ?
— Non, dis moi.
— La ferme aux animaux.
— Ça me rappelle quelque chose…
La psychologue réfléchit un instant et s'exclama :
— L'interrogatoire de Marshall !
Pour approuver sa déduction, Cal la pointa avec son index puis continua :
— J'ai compris que cette série de chiffres n'était qu'un simple message caché. Chaque numéro, indique soit la ligne à chercher un mot, ou une lettre à sa page pour former un unique mot. Exemple pour Lundi, 12—16.1, ce qui signifie la page 12 de la 16ème ligne du premier mot. En rassemblant tous les éléments sur papier, voilà les mots que j'ai découvert:"Nuit - tuera - fileX2- lundi - dans - la - ce - tu - de - la." En les mettant bout à bout cela ne voulait rien dire. Jusqu'au moment où j'ai vu quelque chose qui m'a paru d'abord dingue mais… tu vois ces petits trous sur le côté en haut de chaque page?
— Oui.
— Ça ne te rappelle rien ?
— À vrai dire non…
Sans la prévenir, Cal attrapa la main de son amie qui, surprise de ce geste impromptu, songea que des personnes pouvaient les voir à tout moment. Elle se laissa tout de même faire et regarda l'expert en mensonge lui prendre un de ses doigts pour le faire caresser la feuille de papier. Gillian fronça ses sourcils d'incompréhension, lorsqu'elle releva rapidement sa tête pour s'exclamer déconcertée :
— Du braille ?
Cal étira un sourire et démontra avec sa feuille :
— Cela indique l'emplacement exact de chaque mot dans la phrase ! Par exemple pour nuit, 5ème page ligne 12, 5ème mot, et en haut tu vois deux points côte à côte suivit d'un troisième vers le bas, signifiant le chiffre "3" dans le langage du braille, donc sa troisième position dans la phrase. En replaçant tout dans l'orde j'ai trouvé: "Dans la nuit de ce lundi, tu tuera la fille de". Il y avait l'annotation x 2 sur la consonne "L" signifiant qu'il fallait la doubler. Mais sur une autre page du livre j'ai vu qu'ils avaient mis un code à part. Il est presque semblable au précédent. Il suffisait de trouver une lettre d'un mot en particulier à chaque ligne de la page concernée. Pour le "S", 7—1.7.1, 7ème page, ligne 1, 7ème mot qui est "Seul" et 1 donc sa première lettre. Ce qui nous fait S, O, N, J, H, O, N .
— Le fils de John ? demanda-t-elle perplexe.
— Non, pas le Son-John mais Johnson. Il fallait inverser. Dans la nuit de ce lundi tu tueras la fille de Johnson.
— Si tout cela s'avère vrai, ça voudrait dire que Marshall se servait de ces codes pour donner ses ordres à l'extérieur. Mais alors… qui était son complice pour accomplir les meurtres ?
— Adams !
— Tu penses que c'est lui le complice depuis le départ ?
— Il est le seul à pouvoir le faire sans éveiller le moindre soupçon. De plus, je crois avoir vu du dégoût sur son visage à la vue de prisonniers de couleurs.
— Comment veux-tu le coincer ? Aux yeux de la justice, un simple livre ne suffira pas à l'arrêter pour meurtre. Ce ne sont que des suppositions.
— Je pense que Marshall a planifié un autre meurtre avant que le FBI ne l'emmène.
— Comment peux-tu le savoir ?
— En prison, on a tout le temps pour s'occuper. Adams nous a donné un autre livre à étudier que je me suis empressé de dévorer. Avant ça, j'ai demandé à un autre prisonnier de faire un échange avec mon livre et celui de Warner afin d'être sûr de ce que j'avançais.
Cal présenta un autre livre à sa collègue.
— John Steinbeck, lut-elle sur la couverture. À ce que je vois cet homme est un fan de littérature anglophone.
— Le seul point commun que nous pouvons partager. En ouvrant son livre, j'ai remarqué le même logo ainsi que le même type de code.
Cal retourna sa feuille de papier pour lui présenter un autre message qu'il avait réussi à décoder. Gillian le prit entre ses mains et lut : — Marshall, ordonne - de - tuer - le - juge - Johnson, ce - soir.
— Si j'ai raison, Adams va suivre ces indications.
— Pour le prouver il va falloir le laisser faire.
— Je n'ai pas pu sauver Alejandro Flores après l'échange de livre de l'Utopie de Thomas Moore entre Adams et Warner… Si j'avais compris leur code plus tôt, peut-être qu'il serait encore en vie... Je compte bien mettre définitivement fin à leur petit jeu. Je prends ça pour une affaire personnelle. Toutes ces victimes auront droit à leur justice.
— Et on sera tous là pour t'aider.
— Il faut que tu demandes une permission de sortie parce que je ne pense pas avoir assez de temps pour attendre ma carte chance…
Gillian afficha un sourire et acquiesça à cette demande.
Plus tard, Cal assista à la réunion hebdomadaire du club littéraire pour valider sa théorie. Il fut satisfait de voir l'échange de livre entre Adams et Warner. À partir de là, il savait que tout était une question de temps. Grâce à l'autorisation express du directeur, Cal put enfin échanger sa tenue de prisonnier contre celle de civil. Non pas qu'il était contre le orange, mais à vrai dire ses jeans bleus et ses t-shirts noirs lui manquait un peu. En sortant du bureau du directeur, Cal tomba sur un Bagwell nonchalant, adossé contre un mur, se léchant les lèvres à son apparition. À ses côtés, Reynolds et Foster fixèrent dédaigneusement Bagwell en songeant à toutes les horribles choses que cet homme avait du faire subir à ces nombreux innocents.
— Mister Fox, en civil ! s'exclama T-Bag souriant. Enfin, il nous montre sa vrai nature…
Nullement démonté, Cal s'approcha de T-Bag qui le dévisagea sans retenu. Les deux hommes se jaugèrent du regard. En analysant le visage du prisonnier, Cal arbora un fin sourire carnassier et dit :
— Tu le savais depuis le début, avoue-le.
— Mmh possible…
— Pourquoi m'avoir fait confiance, pourquoi m'avoir gardé auprès de toi ?
— Je trouvais que tu dégageais un certain charme.
— Nan… il y a autre chose, répliqua-t-il en penchant sa tête pour mieux analyser ses expressions. C'est toi qui m'a poussé à aller au club de lecture. Tu étais au courant des messages avec les livres… Parce que c'est toi qui les a créés pour Marshall !
T-Bag aiguisa un large sourire pour faire comprendre à Cal qu'il avait tout deviné.
— Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu m'as poussé à faire plonger Marshall ?
— La hiérarchie ou la folie des grandeurs si tu préfères, dit-il, en imitant les gestes d'un chef d'orchestre.
— Tu souhaitais prendre la place de Marshall ? Ça n'a pas de sens, Frank aurait pris sa place.
— J't'en prie… soupira-t-il sarcastiquement. Toi et moi, on sait que je suis bien plus intelligent que lui et qu'il me suffirait d'une semaine pour faire de cette couille molle la serpillère de la prison. Et quand je parle de serpillère, tu sais ce que j'entends par là…
— Tout ça, pour être le chef.
— Je sais que je ne sortirais jamais d'ici. Je n'ai plus que ça, le jeu de la survie.
— Non, tu as tort pour une chose.
— Laquelle ?
— Tu vas sortir d'ici !
Transcendé par cette nouvelle, Bagwell afficha une impassibilité déguisée.
— Et que me vaudrais cette soudaine faveur ?
— Ce n'est pas une faveur plus… un compteur remis à zéro.
Theodore ne comprit pas ce sous-entendu. Il jeta un regard interrogateur à son interlocuteur qui ne lui offrit qu'un simple sourire. C'est alors que le directeur de la prison prit le relais de la conversation :
— Si je vous ai fait venir M. Bagwell, c'était pour vous informer que vous seriez transféré dès demain dans une autre prison..
Cette idée électrisa T-Bag qui bouillonna intérieurement de rage. Il crispa fermement sa mâchoire, mais remplaça bien vite cette colère par un sourire à glacer le sang. Avec sa maîtrise légendaire, il se contenta de plonger son regard noir dans celui jovial de son ancien compagnon de cellule.
— Rusé, Mister Fox, dit-il. J'ai du temps devant moi, et me reconstruire toute une armée, m'amuse plus qu'autre chose. Je serais presque tenté de te dire merci. Cependant, tu oublies vite que les apparences sont parfois trompeuses et que la confiance n'est qu'un voile de faiblesse…
— Je n'ai fait confiance à personne, répliqua-t-il avec une rage dans les yeux.
— Tu penses ? lança T-Bag avec un nouveau sourire.
Le prisonnier tourna son regard vil sur Foster et lécha ses lèvres en la déshabillant du regard. La psychologue sentit un frisson la parcourir. Ce simple regard de cet odieux personnage sur sa personne lui donna la nausée.
— L'avocate hein ? En effet, elle est sexy. Bien joué.
Cal s'abstint de suivre son regard. Il arbora à la place un sourire rempli de dédain pour ce type qui était fière d'être un monstre et se maîtrisa de tout son être pour ne pas l'envoyer à terre. Reynolds appela Cal qui se détourna de son rival pour suivre ses pas et emprunter le chemin de la sortie.
— Les apparences Fox ! Les apparences ! cria Theodore en regardant Cal disparaître derrière la porte sécurisée.
-o-O-o-
— Et donc, reprit Dall, que s'est-il passé après que Lightman ait soumis l'hypothèse qu'Adams était un complice ?
— Il en a informé Reynolds, déclara posément Loker. Le Dr. Lightman et lui ont pu ensuite organisé un plan pour l'attraper. Une équipe du FBI suivait les déplacements du juge Johnson afin d'intercepter Adams lorsqu'il mettrait son plan à exécution.
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Flash-Back…
La nuit était tombée sur la capitale illuminée par les éclairages urbain. Le calme régnait dans les rues. À l'angle de l'une d'elles, un 4x4 noir était garé dans l'ombre. Au volant du véhicule, Reynolds observait depuis plusieurs minutes les lieux presque déserts à l'aide de ses jumelles à longue portée. L'heure était tardive et tous les habitants avaient déjà rejoins leur domicile. Un seul passant se baladait dans la rue. Il s'agissait du juge Johnson qui avait accepté de faire cette sortie nocturne pour appâter l'assassin de sa petite fille. Un risque qu'il avait pris sans même réfléchir. Sa fille méritait une justice et Lightman lui avait promis.
— Raah pas le moindre signe d'Adams, ragea l'agent du FBI en focalisant son attention sur Johnson marchant dans la rue.
— Attendez encore Reynolds, je suis sûr qu'il va venir, assura Cal, sur la banquette arrière.
— Vous êtes vraiment sûr ? Parce que votre histoire me paraît un peu rocambolesque pour que cela soit vrai. Franchement, comment des types pareilles peuvent avoir l'esprit aussi subtil ?
— Croyez-moi, plus vous avez l'esprit dérangé, plus vos capacités sont multipliées. Surtout lorsque vous savez que vous pouvez faire énormément de mal.
— Mouais…
Reynolds s'apprêta à pousser un énième soupir lorsque le grésillement de son talkie-walkie se déclencha. Il entendit alors une voix l'appeler et appuya sur un bouton pour l'activer.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Chef, un homme suspect sur la 8ème, dans les 1m70, capuche sur la tête. Il est à proximité de Johnson. Qu'est-ce qu'on fait? On l'intercepte ?
— Si c'est lui, il faut le prendre sur le fait, répliqua l'expert en mensonge.
D'un regard entendu avec Cal, Reynolds déclara pour son unité :
— Restez en position, on charge dès qu'il y'a du mouvement.
— Bien reçu !
Reynolds regarda le suspect marcher à pas mesuré.
— Il m'a pas l'air net ce type…
Cal prit les jumelles de Reynolds et déclara :
— Je crois qu'il va falloir faire un petit footing.
— Quoi ?
— Regardez, le type a sorti un couteau.
Reynolds récupéra ses jumelles et visa l'homme à la capuche qui avançait de plus en plus vite en direction de Johnson avec un couteau à la main.
— Et merde ! Unité 1 et 2, restées en position, dicta Ben dans son talk-walkie. Il ne faut pas effrayer le suspect. Je m'occupe de l'interception.
L'agent du FBI quitta précipitamment son véhicule. Il se dirigea furtivement jusqu'au suspect et le vit courir vers le juge avec son arme blanche. Un peu trop éloigné de sa cible, Reynolds fut contraint de dégainer son arme de service.
— FBI, lâchez immédiatement votre arme ! cria Ben.
Le cri arrêta l'homme à la capuche. Il se retourna et vit l'agent du FBI le tenir en joue. Son cœur manqua un battement lorsqu'il remarqua que sa victime s'était enfuie. Il n'avait plus aucune chance d'atteindre son objectif. Seul face à Ben, il décida le tout pour le tout en courant dans le sens opposé. Reynolds ragea puis se mit à sa poursuite en donnant des ordres à son équipe :
— Le suspect prend la fuite ! À toutes les équipes, interceptez-le !
Une course poursuite s'engagea dans tout le périmètre. L'agent Reynolds et ses hommes coururent à vive allure après le fugitif. Dix minutes de poursuite plus tard, l'individu tourna à un angle de rue débouchant dans une ruelle dont l'issue était bloquée par un grillage. Il savait que faire marche arrière lui était impossible et n'eut d'autre choix que de le grimper à la seule force de ses bras. Il atteignit presque son objectif lorsqu'il sentit son corps partir en arrière. Reynolds avait réussi à le rattraper et le tirait sans ménagement par sa veste pour le faire tomber. Le fuyard se débattit par des coups de pieds dans le vide, mais fut vite contraint de lâcher prise. Une fois le prévenu maîtrisé, Reynolds le plaqua au sol pour lui mettre les menottes.
— T'as cru pouvoir t'en tirer ? Espèce de petite ordure !
L'agent du FBI attrapa son suspect par son sweat et l'entraîna de force à l'extérieur de la ruelle. N'y tenant plus, Cal avait accouru jusqu'aux équipes de terrain que Ben avait rejoins afin de connaître le résultat de l'arrestation.
— Vous l'avez eu ? l'interrogea Cal.
— Il a cru m'échapper en essayant de grimper un grillage, mais j'ai réussi à l'arrêter.
Tenu par deux agents du FBI, Cal n'arriva pas à distinguer le visage de l'intercepté qui était encore camouflé par sa capuche et l'obscurité. Il pencha sa tête sur le coté, émit une grimace de frustration puis dicta à Ben de lui montrer le visage du suspect arrêté. Reynolds obtempéra et tira sur la capuche de l'homme. Le visage du fugitif dévoilé, Cal fut abasourdi.
— Adkins ?!
À SUIVRE...
