Le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 2 : polygamie & infirmerie
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« Tu m'expliques pourquoi je te laisse seule une demi-heure et pendant ce laps de temps tu trouves le moyen de devenir la deuxième petite copine du gros con ? »
Eva retirait tout ce qu'elle avait dit plus tôt. Elle n'aurait jamais dû croiser le chemin d'Amos. S'il ne s'était pas ramené dans sa vie aussi brutalement qu'un Cognard en pleine gueule elle n'aurait pas eu à subir les frais des stupides rumeurs du château. Voilà à quoi ça menait de faire des déclarations grandioses d'amitié en l'attrapant passionnément par les épaules et en collant son visage au sien ! Maintenant tout le monde avait l'absurde idée qu'elle, Amos et Kate Godfried faisaient partie d'un ménage à trois après qu'Amos ait déclaré sa flamme à Eva dans le couloir de Métamorphose en ajoutant qu'il n'en avait que faire que les gens soient contre la polygamie, il les emmerdait !
Charlotte continua sur sa lancée, enchaînant tellement vite ses mots qu'Eva ne pouvait espérer en placer une pour tout nier en bloc :
« Parce qu'apparemment monsieur n'a besoin que d'une demi-heure pour se trouver une nouvelle petite copine. Godfried redescend dans mon estime, » pesta Charlotte à faible volume pour ne pas se faire entendre des autres occupantes de la pièce.
Actuellement, les Poufsouffles et Gryffondors de 7ème année travaillaient sur une métamorphose de haut niveau. Le but étant de montrer la précision de leur sortilège en réussissant à ornementer le maximum possible l'armoire en chêne que McGonagall avait choisi comme exemple. Ayant appris au fil des années qu'il valait mieux avoir un grand espace pour ce type d'exercice, McGonagall avait divisé sa classe en deux groupes distincts : elle avait gardé dans sa salle les garçons turbulents (c'est-à-dire les Poufsouffles et Tony Valasquez lorsque l'envie lui prenait d'être malicieux plutôt que de réussir du premier coup sa métamorphose) et avait laissé les filles en autonomie dans une salle de classe adjacente.
« Ah parce que maintenant tu ne l'appelles plus Kate mais Godfried ? plaisanta Emmeline, lui valant un regard courroucé de Charlotte.
– Bien sûr qu'elle mérite que je l'appelle Godfried ! s'exclama Charlotte, les sourcils froncés. Elle s'est mise avec ce gros babouin ! Elle devrait être plus dégourdie à 17 ans. Dès qu'il se réveillera du mauvais pied, il la jettera comme le reste, pesta-t-elle. Qu'elle ne vienne pas pleurer quand il le fera ! Tiens, je vous parie qu'il le fera dès la fin de la semaine prochaine.
– Dès la semaine prochaine ? répéta prudemment Eva. Ça me semble un peu rapide même pour Amos, ne put-t-elle s'empêcher de dire puisqu'Eva n'avait vu Amos flirter que brièvement avec Carina Winnifred depuis la rentrée.
– Non, ça me semble être même un peu trop long pour lui, » persifla Charlotte de manière si véhémente qu'Eva et Emmeline lui adressèrent un regard prudent.
Charlotte lança un nouveau sortilège pour peaufiner la poignée de son armoire et les trois Poufsouffles hoquetèrent de peur face au résultat brûlant de ce sortilège mal contrôlé tandis que des crises de surprise s'élevaient du groupe de Gryffondors à côté.
« Putain, Tronsky ! Mais t'es malade ! cria Meredith Ravencrest alors que, sous le choc, les trois Poufsouffles retiraient lentement leurs bras qu'elles avaient levé par réflexe pour se protéger de la bourrasque qui avait fait prendre feu à l'armoire de Charlotte.
– Meredith. Plus tard, » la rabroua Darcie Larwood dont le visage encore plus renfrogné que d'habitude laissait entendre qu'elle était toutefois d'accord avec son amie alors qu'elle piétinait férocement le coussin où elle était encore assise deux secondes plus tôt pour éteindre le début de flamme.
– Mais c'est vrai quoi ! » n'en démordit pas Meredith en brandissant un bras accusateur vers Charlotte.
Charlotte ne remarqua rien, occupée qu'elle était à lancer avec frénésie des aguamenti avec l'aide d'Emmeline pour parer à l'incendie. Mais malgré leurs efforts et leur vitesse, bien que le feu se soit estompé, une odeur de brûlé planait dans les airs.
« Imagine qu'on n'ait pas eu le réflexe de se reculer, continua Meredith, ça aurait pu très mal finir ! »
Eva fila entre Meredith et Darcie, arrachant un « tu fais quoi là, Eva? » de Meredith particulièrement méchant. Eva l'ignora, s'arrêtant devant Carina Winnifred qui se tenait le poignet d'une poigne de fer, ses cheveux tel un rideau cachant son visage.
« Ça va ? » demanda Eva.
Les yeux larmoyants de Carina la jaugèrent entre des mèches de cheveux qui s'étaient collés à son visage à cause du chemin de ses larmes sur ses joues.
« Qu'est-ce que tu crois? » grinça la Gryffondor entre des dents serrées, ravalant difficilement des sanglots de douleur.
Eva ne se laissa pas démonter.
« Montre, » lui ordonna-t-elle en faisant un signe de la tête en direction du poignet que la Gryffondor tenait presque jalousement contre sa poitrine.
Visiblement à contrecœur, Carina lâcha prise pour montrer son avant-bras qui laissait deviner que la prédiction de Meredith était vraie. Eva entendit derrière elle des glapissements horrifiés et un « et voilà ! » triomphant de Meredith plutôt mal placé.
« On devrait aller à l'infirmerie chercher une crème anti-brûlures, dit Eva et Carina Winnifred ne dit rien lorsqu'Eva la prit par son bras indolore pour l'aider à se relever.
– Non, Eva, c'est moi qui devrais y aller, s'interposa Charlotte en bloquant le chemin de son amie, l'air borné lui carrant la mâchoire cachant mal la lueur d'inquiétude dans ses yeux.
– Ça ne me dérange pas que tu nous accompagnes mais j'ai vraiment besoin d'y aller aussi, admit Eva avec une grimace de douleur. Je crois bien que je ne me suis pas reculée à temps. »
Eva baissa les yeux vers le bas de ses collants qui n'avaient pas été d'une grande aide contre des flammes magiques. Ils avaient brûlé instantanément, laissant à vif la peau de ses chevilles. Eva n'eut pas le temps de voir les yeux ronds d'horreur de Charlotte qu'Emmeline lui tombait dessus, l'assénant de questions.
« Je ne vais pas tomber dans les pommes, Emmeline, sourit faiblement Eva pour faire face au barrage de questions qu'Emmeline lui adressait, agenouillée pour observer d'un œil inquiet ses jambes. J'ai juste besoin d'une pommade et je serai comme neuve.
– Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de marcher avec des jambes dans cet état-là, » fit Meredith Ravencrest avec une grimace, ses yeux à elle aussi scotchés sur les jambes de la Poufsouffle.
Eva se mordit l'intérieur de la joue :
« Je pense que ça peut le faire. »
Puis Eva poussa un glapissement de douleur, bondissant en arrière par réflexe. Elle jeta un regard noir à Emmeline qui lui fit une grimace désolée à ses pieds. Le tapotement innocent de l'index d'Emmeline sur sa peau endolorie avait réveillé la douleur.
« Pas besoin de toucher pour vérifier que ce n'est pas du cinéma, Emmeline ! » siffla Eva en se retenant difficilement d'élever la voix alors que la douleur, plus vive, rendait ses yeux larmoyants.
– Je suis désolée, balbutia Emmeline, la culpabilité embuant ses yeux verts. Je n'ai pas réfléchi. Je suis vraiment désolée, Eva. »
Eva ferma les yeux avec une grimace, inspirant profondément pour ne pas rabrouer sèchement son amie. Emmeline ne méritait pas qu'Eva lui passe son mal-être dessus. Emmeline était juste maladroite dans sa compassion. Et si Eva lui criait dessus, Emmeline allait pleurer et s'excuser jusqu'à ce qu'on lui lance un silencio. Le pire c'est qu'Emmeline n'accepterait jamais les excuses d'Eva et broierait du noir sur sa méchanceté jusqu'à la fin de l'année. Non, décidément, il valait mieux qu'Eva serre les dents et n'ouvre sa bouche que lorsque Pomfrey lui aurait administré les premiers soins.
« Bon Vance, on n'a pas que ça à faire. Tais-toi pour qu'on aille chercher McGonagall. »
Dieu merci pour les manières de brute de Meredith Ravencrest qui eurent le mérite de couper court aux torrents d'excuses d'Emmeline qui avait toujours été intimidée par la batteuse de Gryffondor.
Meredith Ravencrest continua :
« Non, en fin de compte toi tu restes là, ordonna-t-elle à Emmeline alors que celle-ci se relevait. Darcie et moi on va accompagner les deux blessées tandis que Tronsky va aller expliquer sa connerie auprès de McGonagall, » termina Meredith en jetant un regard particulièrement meurtrier à Charlotte qui rougit mais, merci Merlin, ne releva pas la pique.
Accompagnée des trois Gryffondors, Eva sortit donc de la salle désaffectée où les filles de Gryffondors (hormis Alice Fortescue qui avait préféré rester avec son amoureux, Frank Londubat) et Poufsouffles s'étaient installées. Emmeline et Charlotte traînèrent derrière – leurs voix trop basses pour qu'Eva puisse distinguer ce qu'elles disaient – avant que le chemin des deux groupes ne se séparent. Eva continua sa route vers l'infirmerie et Emmeline et Charlotte pénétrèrent dans la salle de Métamorphose où McGonagall surveillait avec attention ses élèves les plus dangereux.
Pomfrey accueillit le groupe de filles avec un soupir exaspéré. Les cernes sous ses yeux à moitié ouverts laissaient deviner que l'infirmière ne devait pas avoir beaucoup dormi la nuit précédente. Pomfrey écouta Meredith résumer la situation en laissant échapper des claquements de langue réprobateurs à certains passages.
« Mais quelle idée de laisser des élèves sans surveillance, » s'agaça en un soupir Pomfrey alors qu'elle forçait les deux blessés à s'asseoir sur un des nombreux lits de l'infirmerie.
Grâce à sa grande taille, les longues jambes d'Eva touchaient le sol. La Poufsouffle s'amusa à les faire brasser l'air tandis que Pomfrey étalait une pommade d'un jaune cire sur l'avant-bras de Carina Winnifred qui ne paraissait pas ressentir les effets apaisants de la pommade à en juger par ses hoquets de douleur.
« Madame Pomfrey ! s'exclama soudainement une voix masculine, attirant tous les regards vers l'entrée de l'infirmerie où James Potter et Sirius Black venaient d'apparaître au grand dam d'Eva. On ne vous dérange pas, j'espère ?! »
Pomfrey ne parut pas du tout heureuse de les voir pour sa part. Le regard noir qu'elle lançait aux deux Gryffondors aurait fait réfléchir Eva à deux fois avant de s'avancer plus loin dans l'infirmerie mais James Potter et Sirius Black n'étaient pas comme la Poufsouffle. Le sourire charmeur de James ne perdit rien de sa superbe tandis que Sirius à sa droite prenait lentement note de toutes les 7ème années présentes dans l'infirmerie.
Eva ne manqua pas de remarquer que même l'habituelle revêche Darcie Larwood n'était pas si indifférente lorsque les yeux gris tempétueux de leur cadet se posèrent sur elle. La moue renfrognée de Darcie Larwoord persista mais la Gryffondor baissa toutefois les yeux.
La seule qui paraissait être tout aussi agacée que Pomfrey par les nouveaux arrivants était Meredith Ravencrest qui les observait avec contrariété. De longues heures d'entraînement de Quidditch à leurs côtés avaient certainement appris à Meredith qu'il valait toujours mieux se méfier des deux Gryffondors.
« N'avez-vous donc jamais cours ?! » s'exaspéra Pomfrey en se détournant des deux garçons pour étaler avec plus de force la pommade sur le poignet de Carina Winnifred qui ne put contrôler le couinement de douleur qui lui échappa.
Carina Winnifred se tassa encore plus sur elle-même par la suite, mortifiée, mais ce ne fut pas dans sa direction que se dirigèrent des yeux gris encadrés par des longs cils élégants. Non, comme s'il avait remarqué le regard persistant d'Eva, Sirius lui rendit son regard et, bien qu'elle sente son ventre se nouer d'anxiété, Eva força un petit sourire à ses lèvres. Or, jamais un pour la politesse, Sirius ne lui rendit pas son sourire et baissa plutôt son regard.
Voyant le regard de Sirius s'attarder, Eva baissa les yeux à son tour et réalisa que les deux boutons supérieurs de sa chemise avaient sauté, lui créant un décolleté inhabituel. Non mais tuez-moi ! pesta intérieurement Eva en s'empressant de reboutonner sa chemise. Se sentant rougir, elle osa lancer un regard réprobateur à Sirius qui s'en contreficha sans surprise, continuant son inspection plus bas avec l'esquisse d'un rictus moqueur.
Mais Eva dut admettre défaite lorsque James daigna enfin remarquer sa présence avec une exclamation bruyante :
« Eva ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Elle haïssait cette facilité avec laquelle James piétinait la dignité d'une personne. Gamine, Eva ne le prenait pas pour elle, elle savait qu'un rien le distrayait. Pourtant, arrivé à 16 ans, cet aspect de James n'était plus mignon mais franchement agaçant et blessant. Eva n'eut pas le temps de répondre à l'exclamation de James que Sirius sifflait d'un air impressionné :
« La vache, je ne pensais pas qu'on pouvait être aussi sévère avec les Poufsouffles. Ce sont des sacrées brûlures que t'as là. »
C'était exactement comme Emmeline il y a dix minutes mais pourtant la vue de Sirius s'agenouillant à ses pieds procura à Eva des sensations innommables. Eva n'avait jamais été aussi consciente de ses jambes qui s'étaient immobilisées dès l'entrée des deux 6ème années. Elle se demanda si elle s'était rasée ces deux derniers jours, se rappela avec un grognement intérieur que non puis la partie la plus logique de son cerveau se dit que, de toute façon, si sa peau avait brûlée, logiquement ses poils aussi.
Les cheveux de Sirius avaient poussé depuis cet été, ils chatouillaient le haut de sa mâchoire maintenant. L'arc de son nez était toujours aussi élégant, la ligne de grains de beauté parcourant le bas de sa joue gauche et se perdant en-dessous du col de sa chemise toujours aussi obsédant et ses cils…
Pour être honnête, Eva ne comprenait pas sa fascination avec les cils de Sirius depuis qu'elle l'avait surpris en pleine sieste peu après la rentrée de septembre. À presque minuit, Eva était restée figée à l'entrée des cuisines lorsqu'elle avait compris que la tête assoupie sur une des tables était celle de Sirius. En même temps, elle n'avait pas le cerveau très frais après les quelques verres d'hydromel qu'elle avait regretté plus tard. Elle avait titubé jusqu'à lui puis Eva était restée là debout à fixer Sirius comme une perverse, admirant son profil posé sur ses bras pliés.
Et, au bout d'un moment, Eva avait eu la pensée la plus ridicule qui soit :
Je voudrais être à la place de sa peau. Moi aussi je voudrais sentir la douceur de ses cils.
C'était un secret qu'elle ne révélerait à personne. Dans la chambre de dortoir, tard le soir, lovées dans leurs couettes bien chaudes, ça arrivait à Eva, Charlotte et Emmeline de s'échanger des pensées saugrenues ou des sombres secrets qu'elles ne révéleraient jamais à la lumière du jour mais, celui-là, Eva le garderait jusqu'à son enterrement.
James s'agenouilla à côté de Sirius, voulant inspecter de ses propres yeux ce qui avait ébahi son ami. Pomfrey rouspéta, trouvant que James prenait bien trop ses aises à s'asseoir aussi près d'elle. Eva regarda avec exaspération le manège charmeur de James qui suivit : il s'excusa avec un rire, sa main gauche enfouie dans son désastre capillaire puis il promit de ne plus traîner dans les pattes de l'infirmière d'ici une seconde.
« C'est ce que vous dites à chaque fois ! le rabroua méchamment Pomfrey.
– Vous dites ça comme si ma compagnie vous gênait, Madame Pomfrey. »
Eva avait, il y a très longtemps de cela, entendu Euphémia Potter se lamenter que le sourire de James serait la cause de bien des problèmes plus il grandirait. À l'époque Eva n'avait pas compris puisqu'elle ne voyait pas en quoi le sourire malicieux que James arborait après un de ses pets au paroxysme de la puanteur pouvait être plus nocif que l'odeur nauséabonde qui la forçait à s'enfuir loin du lieu du méfait aussi vite que possible.
Aujourd'hui, Eva comprenait la dangerosité du sourire de James.
Il était comme Amos : il était conscient de son charisme. Mais, contrairement à Amos qui s'en servait principalement pour canaliser son équipe de Quidditch en tant que capitaine (et plus, récemment, pour flirter), James, lui, l'utilisait dans sa vie de tous les jours pour sortir toujours vainqueur de n'importe quelle situation.
C'était ça la clé de son succès. Succès qui faisait que même ses aînées, comme Darcie Larwood et Carina Winnifred, étaient déboussolées par sa soudaine apparition. Car, avec quelqu'un dont toutes les paroles ou actions étaient perçues comme cool par la population entière de Poudlard, on ne voulait pas faire mauvaise impression. Surtout que ceux dans le collimateur de James en payaient cher le prix.
« Oui, vous me gênez, Potter. »
Or, contrairement à la majorité des adolescents de Poudlard, Pomfrey n'avait pas peur de heurter les sentiments de l'adulé Poursuiveur de Gryffondor. James se releva prestement pour exprimer son indignation :
« Mais enfin, Madame Pomfrey, vous êtes vache avec moi quand même !
– Je peux l'être encore plus si vous voulez, proposa l'infirmière avec un regard noir, s'époussetant les mains pour enlever le surplus de pommade de celles-ci maintenant qu'elle en avait terminé avec Carina Winnifred dont les yeux bondissaient de l'infirmière à James Potter. Bon maintenant oust ! ajouta Pomfrey en faisant signe aux deux garçons de dégager. J'ai une patiente qui me reste et je ne suis pas aussi patiente qu'elle ! »
James sourit avec surprise :
« Madame Pomfrey, vous m'épatez à sortir des jeux de mots aussi naturellement.
– Et on dirait qu'elle se débrouille mieux que toi James, » commenta Sirius qui claqua ses mains sur ses cuisses avant de se relever sous le regard prudent de la seule Poufsouffle présente.
Sirius souriait avec amusement et, si elle était honnête envers elle-même, Eva dirait que, contrairement à Luke Carstein, le sourire du meilleur ami de James, en plus de le rendre craquant à mourir, était à en tomber par terre.
C'était rageant de voir son évolution. Tous les ans – tous les jours même, Sirius réapparaissait de plus en plus beau, de plus en plus à l'aise dans sa peau. S'il continuait sur sa lancée, il ne laisserait plus aucune fille indifférente. Dont Eva. Mais il avait encore quelques centimètres à gagner avant qu'elle n'avoue toute forme d'attirance.
« Qu'est-ce que vous croyez ? C'est avec la pratique qu'on apprend. Il y en a des biens plus expérimentés que vous rien qu'à Saint-Mangouste. »
Les étudiants présents froncèrent les sourcils à la dernière phrase de l'infirmière. Le même doute leur taraudait l'esprit : est-ce qu'elle parlait encore de jeux de mots ? Sinon, elle sous-entendait quoi exactement ? Mais Pomfrey ne leur laissa pas le temps de réfléchir à ses propos plus qu'énigmatiques.
« Que tout le monde file ! Je ne veux voir qu'Eva Brown ! Que tous les autres retournent d'où ils viennent, séchez les cours si ça vous chante mais laissez-moi tranquille ! »
Si les yeux pouvaient lancer des éclairs, ça sentirait le roussi dans l'infirmerie. Pomfrey inclut Carina Winnifred et ses deux compères de Gryffondor dans son ordre d'évacuation et les trois filles disparurent après que Meredith eut adressé un rapide « on se voit plus tard ! » à Eva.
« On voulait profiter de notre heure de pause pour rendre visite à Remus, » James crut bon d'informer l'infirmière pour ne pas se faire éjecter illico presto des lieux.
À en juger par le soupir exaspéré de Pomfrey, ce genre d'information aurait dû être transmise dès leur entrée fracassante.
« Doux Merlin, si j'avais su ce qui m'attendait en revenant à Poudlard…marmonna Pomfrey avant de se reprendre et de dire plus fort : eh bien, allez-y ! Ou je finirai par croire que vous avez une drôle d'obsession avec ma personne. »
Sa remarque fit rire en tandem Eva Brown et Sirius Black qui ignoraient encore qu'une lueur joueuse venait de s'allumer dans les yeux de James.
« Madame Pomfrey, ce serait malhonnête que de dire que vous me laissez indifférent. »
On n'était clairement plus en 1970. Jamais Eva n'aurait imaginé que James flirterait avec un membre de l'équipe pédagogique de Poudlard. Impossible de se tromper sur son intention : l'intonation de sa voix couplée à son sourire suggestif servaient indéniablement à faire réagir son destinataire. Eva ne savait pas quelle réaction elle devait avoir : horrifiée de son inconscience des règles de conduite à adopter envers une figure d'autorité ? Impressionnée qu'il ait le culot de le faire ?
Personne ne dit rien pendant de très longues secondes. Le moment était comme figé dans le temps. Il y avait Pomfrey au pied du lit, James à trois pas d'elle, Eva, bouche-bée, assise au bout du lit, et Sirius, debout à un pas d'elle qui cacha ses yeux derrière sa main, un sourire incrédule aux lèvres.
« Par le trou du cul de Merlin, » dit Sirius avant d'exploser de rire.
Ce fut la goutte d'eau de trop pour Pomfrey. Elle explosa, rouge jusqu'à la racine de ses cheveux :
« POTTER ! Déguerpissez avant que je ne fasse quelque chose que je ne regrette! Tout de suite ! siffla Pomfrey en pointant son doigt d'un air menaçant lorsque James paraissait vouloir argumenter.
– D'accord, d'accord, acquiesça finalement James en levant ses mains en l'air en signe de bonne foi, son sourire joueur toujours présent. Si on ne peut plus discuter… »
Et sur cette phrase dramatiquement soupirée, James décida enfin de quitter l'espace encadré par des rideaux d'une démarche nonchalante.
« Je te souhaite un prompt rétablissement, Eva ! lança-t-il à la Poufsouffle avec un clin d'œil, la saluant avec son index et son majeur droit, sa main gauche enfouie dans la poche de sa robe de sorcier.
– Merci, » dit Eva sans grand enthousiaste, ne prenant pas la peine d'élever la voix pour que James l'entende et croyant difficilement qu'il parte si facilement.
Le regard d'Eva fut encore attiré par Sirius alors qu'il s'était déjà éloigné de quelques pas, comme toujours lié comme un aimant à James. Sirius la regardait déjà. Il tapota son front en la regardant par-dessous ses cils, aucune expression particulière sur son visage :
« Original le bandeau. »
Puis, Sirius lui tourna le dos et se dépêcha de rejoindre James qui avait disparu dans le fond de l'infirmerie, lieu réservé aux patients les plus malades où un sort protecteur de Pomfrey s'assurait qu'aucune personne ou bruit indésirable ne puisse traverser.
Perplexe, Eva effleura son front de ses doigts puis ça lui revint d'un coup. Pour parer aux petits cheveux qui bouclaient dans les airs quand elle attachait ses cheveux – aujourd'hui en un chignon, elle avait enroulé sa cravate noire et jaune comme un bandeau.
Sans doute une des raisons pour lesquelles les boutons de son chemisier avaient sauté d'ailleurs : le nœud de sa cravate fermement serré autour du col de sa chemise empêchait habituellement ce genre d'accident.
« Bon, maintenant à nous. »
La voix bougonne de Pomfrey arracha Eva à ses pensées. Eva retira en vitesse ses doigts de son front et serra le poing alors que Pomfrey prenait soin de tirer tous les rideaux autour d'elles deux. Sans doute ne voulait-elle avoir aucune interruption cette fois-ci.
« Allongez-vous, » lui ordonna Pomfrey et Eva s'empressa de s'allonger sur le dos, le froncement des sourcils de l'infirmière montrait clairement que cette dernière était toujours très remontée suite au phénomène qu'était James Potter.
Pomfrey s'affairait autour de la table de chevet où elle avait fait léviter plusieurs potions et pommades après avoir dit à Eva Brown et Carina Winnifred de s'asseoir. Une fois satisfaite de son inspection, Pomfrey se tourna de nouveau vers Eva, observa d'un œil critique ses jambes et l'informa qu'elle allait couper ses collants au niveau des genoux, précisant qu'elle ne voudrait pas arracher de la peau morte en enlevant ses collants de la façon normale. Pomfrey fit apparaître une paire de ciseaux et commença à couper précautionneusement le tissu fin.
« Jamais de ma vie je n'ai rencontré un jeune si effronté, dit Pomfrey alors qu'elle étalait sur ses mains la pommade jaune cire qu'elle avait utilisée au préalable pour soigner Carina Winnifred. Votre ami Akash Banerjee n'est pas mal dans son genre lui aussi à me raconter tous les détails de sa vie intime que je préférerais ne pas connaitre mais ce Potter… » grinça-t-elle entre ses dents en commençant à étaler la pommade le long de la cheville gauche d'Eva.
Eva retint une exclamation de douleur. Elle avait comme l'impression que ses chevilles étaient tombées dans un sceau rempli de glaçons. La froideur était telle qu'elle avait l'impression d'être brûlée à vif de nouveau.
« Et ce n'est pas qu'avec moi qu'il est aussi culotté. Le nombre d'histoires que McGonagall me raconte sur lui ! Oh son sourire de charmeur le perdra un jour, je vous le dis. Il a quoi : 15 ans ? ronchonna Pomfrey.
– 16, » Eva la corrigea automatiquement, les yeux fermés par la douleur, grimaçant et ses poings effritant le drap pour ne pas laisser échapper des gémissements de douleur ou des injures.
Elle comprenait maintenant pourquoi Carina Winnifred paraissait plus peinée lors de son traitement que lorsqu'elles étaient encore dans la salle de Métamorphose.
« 16 ans, soit, répéta Pomfrey après avoir jeté un regard suspicieux à Eva qui ne remarqua rien, délirante de douleur qu'elle était. Eh bien à 16 ans on se croit au-dessus de tous mais, croyez-moi, on tombe bien de haut lorsque le monde réel nous réveille d'un coup de massue !
– Madame Pomfrey, la coupa Eva, plus un marmonnement qu'autre chose à cause de sa mâchoire douloureusement serrée. Est-ce que vous pourriez vous dépêcher ? J'ai l'impression que vous m'amputez les jambes.
– Eh bien, je suis surprise que vous admettiez avoir mal. Je connais votre caractère obstiné maintenant alors je me suis d'abord occupée de Miss Winnifred pour vous offrir plus d'intimité. Montrer sa faiblesse n'est pas un tort, Eva. Je vous l'ai déjà dit. »
Pomfrey resta penchée au-dessus des jambes d'Eva, continuant de masser la jambe avec soin même si elle devait très bien sentir sur elle les yeux d'Eva qui carra plus fermement sa mâchoire avant de refermer les yeux, attendant que la douleur passe. Elle avait prévu d'éviter Pomfrey le plus longtemps possible après avoir dû lui rendre visite mi-septembre. L'infirmière avait prononcé à peu près le même discours la dernière fois et Eva en avait plus qu'assez de devoir l'entendre.
« Et votre poitrine, reprit Pomfrey après quelques instants de silence, a-t-elle bien cicatrisé ?
– Oui, » répondit Eva, sentant le coin de peau au-dessus de son sein gauche s'éveiller.
Elle avait eu un cauchemar la veille et elle s'était réveillée avec du sang sous les ongles et la poitrine brûlant légèrement. Le petit flacon de pommade cicatrisante que Pomfrey lui avait donné il y a plus de deux semaines ne durerait pas deux cauchemars de plus.
« Je vous fais confiance pour me dire la vérité Eva alors je ne vous forcerai pas à vous déshabiller. »
Cette fois-ci, Pomfrey croisa directement le regard d'Eva. Eva força un léger sourire à ses lèvres et les lèvres de l'infirmière se pincèrent en réponse. Qu'importe qu'elle sache que la Poufsouffle lui mente, l'infirmière n'insista pas et se redressa :
« Restez ici encore dix minutes le temps que la pommade agisse correctement puis vous pourrez retourner en cours. Vos chevilles seront comme neuves »
Pomfrey jeta un coup d'œil à la grande horloge au-dessus des portes de l'entrée et se corrigea :
« Quoi qu'on se rapproche plus de l'heure du repas de midi. Jeudi, journée des frites, non ? Ça devrait vous requinquer, » dit Pomfrey avec un sourire rare.
Eva se redressa sur le lit de convalescence puis ramena ses jambes pour observer d'un œil curieux le résultat de tant de douleur. Ses chevilles la lançaient toujours encore un peu mais la séance de torture matinale avait servi à quelque chose : sa peau reformée avait pris une teinte rosée. Et elle était également douce au toucher.
« Époussetez-vous avant de partir. La pommade ne fait pas partir par elle-même la peau morte, dit Pomfrey alors qu'Eva frottait ladite peau morte entre ses doigts avec une grimace mi-dégoûtée, mi-fascinée. Un petit plus que les chercheurs de Saint-Mangouste devraient songer à créer. »
Eva remercia l'infirmière pour ses soins puis celle-ci s'engouffra dans sa réserve, laissant Eva seule en compagnie du tic toc tic toc tic toc de l'horloge qu'on apprenait à ignorer à force de visiter l'infirmerie.
Lorsque la sonnerie de la pause du déjeuner sonna, Eva s'empressa de quitter la pièce, les jambes à l'air frais du château sans la protection de ses collants. Elle dut se forcer à marcher lentement en sentant le pincement de ses chevilles encore fragile. À cette allure et avec la chance qu'elle avait, il ne resterait plus de frites une fois qu'elle aurait descendu les deux étages qui la séparaient du rez-de-chaussée. Dans ce cas, elle espérait avoir le temps de passer par les cuisines avant de devoir courir pour assister au cours de Botanique avec sa cheffe de Maison qui commençait à 13h15.
« Hé Eva, attends ! »
Eva pila une seconde avant de reprendre sa route plus rapidement.
Non, elle ne prenait pas la fuite. Elle venait juste de se rappeler qu'elle n'avait pas pris ses gants de protection et que Charlotte ne pourrait donc pas les lui donner en même temps que son sac de cours quand elle la rejoindrait en cours de Botanique. Mais la fuite qui aurait été un véritable succès un autre jour était vouée à l'échec aujourd'hui puisque Eva sentit un éclair de douleur traverser ses chevilles et elle chancela comme un nouveau-né faisant ses premiers pas.
Une main lui enserra le bras pour l'aider à rester debout.
Il n'y avait plus de sourire charmeur sur les lèvres fines de James. Non, maintenant ses lèvres formaient une ligne droite qui n'inaugurait rien de bon.
« Heureusement pour moi que tu ne peux pas prendre tes jambes à ton cou aujourd'hui, » dit James avec un sérieux qui fit grimacer la Poufsouffle.
Eva se redressa, intimant au griffon de la lâcher avec un mouvement d'épaule explicite. Elle détourna la tête, leva le menton pour donner l'impression de garder son sang-froid et reprit sa route en ne lui accordant pas un regard mais James ne se démonta pas pour autant – la suivant à la trace.
À chaque fois que le coude de James frôlait le sien, Eva se disait que le grand moment allait enfin arriver, qu'il allait entamer la conversation tant redoutée mais James restait cloîtré dans son silence. Du coin de l'œil, elle remarqua que son visage prenait une tournure plus renfrognée à chaque seconde qui passait où l'on entendait que le bruit de leur pas.
Ils arrivaient à hauteur des escaliers du 2ème. Alors qu'elle descendait la première marche, Eva sentit la main de James frôler le bas de son dos. Elle se retint difficilement de l'envoyer paître en inspirant profondément. Il était tellement frustrant à s'assurer qu'il puisse la rattraper en cas d'un nouveau déséquilibre, donnant l'impression d'être un garçon attentionné alors qu'il pouvait être si désinvolte lorsque ça lui chantait.
Ils traversèrent le 1ère étage dans un silence pesant, croisant des élèves pressés de manger mais qui trouvèrent le temps de lancer à Eva et James des regards curieux. Eva entendit une Gryffondor de 5ème année dont le nom lui échappa momentanément murmurer à son amie :
« Elle n'est pas censée être avec Amos Diggory, elle ? »
Et son amie qui répondit :
« C'est pas elle qui fréquentait un Serpentard ? Le préfet Mulciber, non ? »
Eva était morte de honte, de rage, de dégoût. Elle ne savait pas vraiment comment décrire l'émotion qui la parcourait. Elle accéléra l'allure, ignorant son ventre serré. Elle espérait que James n'avait pas les oreilles aussi fines qu'elle. Elle ne voulait pas entendre ce qu'il aurait à dire sur le sujet mais il ne disait toujours rien, l'air profondément perdu dans ses pensées alors qu'ils marchaient toujours côte à côte malgré ses tentatives pour le semer.
Ce ne fut qu'arrivés au dernier croisement avant les escaliers menant au rez-de-chaussée que James prit enfin la parole :
« Oh puis merde. »
Et sur ces mots, il attrapa Eva par le bras et la tira avec lui derrière une tapisserie malgré le jappement de protestation de la jeune fille.
Une boule de lumière apparut au bout de la baguette de James avant qu'elle ne vole jusqu'à une torche dont Eva n'aurait jamais soupçonné l'existence dans l'espace restreint de cette cachette secrète. Elle ne pouvait plus faire semblant : il était face à elle et prêt à en découdre.
« Bon. J'en ai marre de ce jeu de chat et la souris auquel tu joues depuis la rentrée. On va discuter calmement et tirer ça au clair une bonne fois pour toute. »
Eva s'avouait vaincue. Ce n'était pas elle celle au regard froid qui refusait de dire un mot alors même que la personne qui la hélait lui courait après sous les regards effarés de ceux autour. Elle se laissa tomber. Le dos de sa chemise nettoya le mur poussiéreux lorsqu'elle glissa contre jusqu'à se retrouver en position accroupie. Elle enroula ses bras autour de ses genoux et posa son menton sur ceux-ci.
Eva sentait bien le regard perplexe de James lui brûler la peau mais elle ne voulait pas affronter son regard. Elle n'avait plus la force de prétendre être en colère contre lui. Elle avait eu tout l'été pour regretter les immondices qu'elle lui avait craché dessus en juin dernier.
« Eva ? l'appela James d'un ton confus.
– Je suis désolée. »
Ça sortit à toute vitesse. Eva ne voulait plus voir cette expression blessée sur le visage de James lorsqu'elle repoussait son affection. Au début, ça avait été primordial pour sa santé mentale – elle ne voulait pas qu'il la touche, il l'avait blessé et elle voulait avoir un minimum de contrôle sur son corps – mais à force c'était devenu une habitude qui la rendait de plus en plus honteuse à chaque fois qu'elle refusait de répondre aux yeux suppliants de James.
Eva enfonça douloureusement ses ongles dans la peau de ses jambes, le cœur tremblant à l'idée de se mettre à nue.
« Tu n'es pas un connard sans cœur qui se délecte de la douleur des autres. J'ai réfléchi et c'est vrai que maintenant ceux à qui tu lances des maléfices le cherchent bien mais ça c'est nouveau. Il y a un an de ça, tu malmenais encore qui te plaisait, marmonna-t-elle, ne pouvant pas totalement pardonner à James son attitude d'enfant hyperactif qui avait causé des moments de honte public à de élèves malchanceux. Je ne peux pas excuser ça mais je veux bien admettre que tu as changé. Et je sais à quel point tu te sens responsable du bien-être de tes proches mais arrête de décider de régler les problèmes des autres à ta façon. »
Eva osa relever les yeux et trouva James en train de la fixer sans ciller. Il y avait cette étincelle dans ses yeux plus vert que noisette qui montrait qu'il était en désaccord profond avec elle mais qu'il se retenait avec force d'exploser.
« Et je suis censé attendre jusqu'à quand que tu te décides à me demander de l'aide ? dit-il avec force, le tremblement dans sa voix laissant deviner qu'il se retenait de ne pas hausser la voix.
– C'est moi la plus âgée de nous deux, James, » se força-t-elle à dire même si sa voix tremblait elle aussi.
Eva détestait montrer son trouble intérieur mais son corps la trahissait toujours que ce soit sa voix qui tremblait, son regard fuyant ou ses ongles qui s'enfonçaient dans sa peau.
« Tu n'as pas besoin de jouer au héro pour moi, continua-t-elle.
– Et qui va le faire sinon ? Toi ? cracha-t-il, ses yeux lançant des éclairs. Tu crois que je ne t'ai pas vu à baisser la tête quand ils te traitent de pute dans les couloirs ? »
La voix de James gagnait en volume et Eva se renfermait un peu plus sur elle-même. L'insulte tant détestée dans la bouche de James la fit ravaler des larmes amères.
« Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? demanda-t-elle d'une petite voix grimpant dans les aiguës, signe avant-coureur d'une crise de larmes.
– Que tu leur dises de fermer leur gueule, putain ! cria-t-il.
– Et tu crois qu'ils vont m'écouter ?! s'exclama-t-elle avec rage, cachant lâchement ses yeux derrière ses mains. Tu crois qu'ils en ont quelque chose à foutre de ce que la pute de service a à dire ?! »
Ils étaient tout aussi frustrés l'un que l'autre. En juin, en juillet, en août et presque tout le mois de septembre Eva l'avait évité parce qu'elle savait que ce serait le résultat de leur discussion. Elle détestait les confrontations. Elle détestait en voir et elle détestait par-dessus tout en faire partie. Ça lui foutait un mal de ventre pas possible et lui donnait envie de pleurer et James, lui, paraissait prêt à s'arracher les cheveux.
« Mais au moins tu montrerais que tu les emmerdes ! »
Eva lâcha un rire loin d'être amusé :
« Emmerder, emmerder, vous n'avez que ce mot à la bouche ou quoi ?! Et si j'ai plus envie de les emmerder ? »
Lui, Amos et tous ces gens qui fonçaient la tête la première dans la bagarre croyaient que c'était si facile de trouver sa voix après bientôt un an de maléfices de croche-patte, de coups d'épaule, de ricanements et de railleries. Contrairement à ce qu'elle disait, Eva avait envie de les emmerder mais elle n'en avait simplement plus la force. Ils étaient plus nombreux, plus forts, plus grands, plus vicieux, plus cinglés qu'elle. Si elle poussait, ils pousseraient encore plus fort. Elle le savait très bien. Elle l'avait déjà fait et les traces de sa rébellion elle les portait toujours.
« Eh bah laisse-moi le faire à ta place ! » s'écria James.
Eva baissa ses mains mouillées de larmes et regarda James, lui et son air bataillant entre désespéré, furieux et déterminé. Depuis tout petit James voulait toujours sauter à la gorge de ceux qu'il surprenait à lui parler mal. Ça pouvait être Euphémia qui grondait Eva de ne pas avoir bien rangé ses jouets ou Fleamont qui lui disait de ne pas poser ses coudes sur la table pendant qu'ils mangeaient. Eva n'avait jamais compris pourquoi. Elle avait un an de plus que lui et les remontrances elle les méritait parfois. Puis James était arrivé à Poudlard et elle avait compris que c'était comme ça qu'il protégeait les siens : il suffisait d'un « Traître à ton sang » lancé à Sirius, d'un commentaire sur le mauvais état des affaires de Remus ou de toute forme d'insultes crachés à Peter et James explosait. « Pousser pour ne pas être pousser, » c'était ça sa devise.
Malheureusement, le comportement de James avait bientôt chuté vers le « pousser quand je m'ennuie » lorsqu'il avait commencé à amasser les sortilèges.
« T'es qu'un idiot, se lamenta Eva en cachant de nouveau ses yeux de ses mains, prise de court par l'émotion qui lui montait à la gorge face à la dévotion de James. T'aurais pu finir à Poufsouffle avec une mentalité d'idiot comme ça, marmonna-t-elle dans ses mains.
– Hé ! J'te permets pas ! s'écria James qui faisait ouvertement partie de ceux qui pensaient que se faire traiter de « Poufsouffle » était une insulte, fier Gryffondor qu'il était.
– C'était un compliment. »
Eva s'essuya furieusement les yeux, décidée de mettre un terme à cette mortifiante crise de larmes sortie de nulle part, puis elle lui tendit sa main. James lui lança un regard perdu.
« Aide-moi à me lever, triple andouille. »
James lui offrit finalement sa main après lui avoir lancé un regard noir, n'appréciant guère de se faire traiter de Poufsouffle puis de triple andouille certainement. Une fois debout, il offrit un mouchoir à Eva qui le remercia en un souffle et se moucha bruyamment. Tout comme Eva, James détestait voir les gens pleurer mais elle n'y pouvait rien, c'était venu et elle avait été obligé d'extérioriser. On lui avait appris ça pendant l'été, que c'était important d'extérioriser.
Cette soudaine crise de larmes devait venir de la torture de Pomfrey. Eva avait tellement retenu ses larmes tout à l'heure que c'était obligé qu'elles reviennent à la charge plus tard. Eva aurait préféré que ce soit fait en privé mais on n'avait pas toujours ce qu'on voulait dans la vie.
James se racla la gorge, sa main encore une fois fourrée dans ses boucles :
« Bon, on va les manger ces frites ? »
Eva acquiesça et cette fois-ci elle ne repoussa pas la main de James posée sur le bas de son dos alors qu'il la poussait en dehors de la tapisserie.
Dans la lumière du couloir, Eva croisa le regard surpris de Lily Evans accompagnée de Mary McDonald qui écarquilla les yeux en voyant le duo improbable apparaître d'une tapisserie. Eva fit de son mieux pour ne pas paraître coupable. Elle prit soin d'adresser un sourire poli aux deux 6èmes année tout en ne laissant pas son regard s'attarder sur elles. Elle se laissa docilement guider par James qui la poussait en avant avec plus de force.
« Merde, merde, merde, merde, merde, chuchota-t-il tout bas une fois qu'ils eurent mis un peu de distance entre eux et les deux Gryffondors, faites qu'elles n'aillent pas croire n'importe quoi. »
Il avait les yeux écarquillés d'horreur. Le teint blême, il marchait à grand pas. Eva lui jeta un regard inquiet mais il semblait perdu dans ses pensées. Eva tenta de le rassurer :
« Sûrement qu'elles ne sont pas du genre à interpréter mal les choses.
– Arrête. Il y a de quoi mal interpréter : tu te promènes sans collants, la chemise pas dans ta jupe et, honnêtement, ta coiffure a vu des meilleurs jours.
– James ! » s'écria Eva en lui frappant l'épaule.
Il se retourna vers elle : « Quoi ?! C'est la vérité ! » se défendit-il mais elle ne l'écoutait plus.
Elle tapota ses cheveux pour inspecter l'état de son chignon qui avait commencé bien haut au début de cours de métamorphose mais qui pendouillait maintenant tristement, de nombreuses mèches de cheveux s'en étant échappés. La seule partie intacte de sa coiffure était sa cravate pliée en deux pour faire moins épaisse enroulée autour de son crâne pour retenir les petits cheveux intempestifs.
« Oh non, gémit Eva en détachant ses cheveux avant de dénouer sa cravate et de la mettre en sécurité dans la poche de sa jupe d'uniforme. Tu ne pouvais pas le dire plus tôt? J'en ai déjà assez avec les rumeurs sur Amos et moi, j'en ai pas besoin de nouvelles sur toi et moi.
– Quelles rumeurs sur toi et Diggory ? »
Eva poussa un soupir las, ramenant toute la longueur de ses cheveux bruns sur son épaule pour démêler les nœuds avec ses doigts.
« Je discutais avec lui à la pause de 10h et des gens ont mal interprété le sujet de notre conversation.
– Comment ça mal interpréter ? Ça a un rapport avec l'état de tes jambes de tout à l'heure ?
– Non pas du tout, nia-t-elle avant de se rappeler que, techniquement, le sortilège de Charlotte avait échoué lamentablement à cause de son énervement lié aux rumeurs courant sur Eva, Kate Godfried et Amos. On a juste eu un petit accident en cours de Métamorphose.
– Et donc ces rumeurs, qu'est-ce qu'elles disent ?
– Hum…, Eva hésita. Que je formerais apparemment un trouple avec Amos et Kate Godfried ? »
L'expression incrédule de James résumait bien à quel point l'idée était sordide.
« Comment peut-on aussi mal interpréter une conversation ? » se questionna-t-il comme s'il n'était pas celui qui avait lancé la rumeur que Meredith Ravencrest était la fille cachée de McGonagall après les avoir surprises dans les bras l'une de l'autre un soir.
Eva n'avait jamais osé demander à Meredith ce qu'il en était – le maléfice de furoncles qu'Eva l'avait vu lancer aux trois personnes assez braves pour lui poser la question (Akash, Amos et Liam Olsen) l'avait plus que refroidi. Mais d'après Emmeline qui était la personne la plus curieuse qu'Eva connaissait, James était juste tombé au mauvais endroit au mauvais moment.
Des théories avaient été avancées comme quoi Henry Ravencrest, un Auror de renommée dont le décès au cours d'une mission avait été annoncé dans la Gazette des Sorciers était le frère de Meredith. Si c'était le cas, Eva avait honte de la bêtise de James qui avait transformé une étreinte de réconfort entre professeur et élève en une rumeur d'enfant caché. En tout cas, il n'avait pas échappé à une punition. Lorsque McGonagall avait réussi à remonter les faits jusqu'à lui, elle lui avait mis un mois entier de retenue.
« Tu faisais quoi avec Diggory exactement ? » demanda soudainement James en adressant à Eva un regard soudainement suspicieux.
Eva remit ses cheveux derrière son dos, chantonnant innocemment avec un sourire grandissant.
« Eva, la prévint James.
– Des choses réservées aux 7ème années, le taquina dit Eva avec un clin d'œil joueur.
– Eva ! s'agaça James, causant le rire de la Poufsouffle. C'est pas drôle !
– Mais je suis sérieuse. Repose moi la question l'année prochaine et peut-être que je te donnerai une réponse, dit-elle avec le plus grand sérieux jusqu'à la fin de sa phrase – moment où elle ne put s'empêcher de rire lorsque James lui donna une tape à l'arrière de la tête. Aïe ! Pomfrey ne serait pas heureuse que tu me renvoies à l'infirmerie ! »
James leva les yeux au ciel puis la dépassa :
« P'tite nature, fit-il, faisant réagir Eva au quart de tour qui se dépêcha pour le pousser dans le dos. Hé oh, c'est dangereux c'que tu fais ! Y a des escaliers pas loin ! s'écria-t-il en se retournant pour la fusiller du regard.
– Moi qui croyais qu'un poursuiveur de ta stature serait prêt à tout moment, dit-elle innocemment, les mains croisées derrière son dos sans se départir de son sourire moqueur.
– Oui bah le Poursuiveur il ne pensait pas qu'il subirait une tentative de meurtre alors qu'il veut juste manger des frites, » maugréa-t-il en commençant à sauter d'une marche à l'autre en vitesse.
Eva n'eut pas de mal à le suivre et, avant de rentrer dans la grande salle, elle jeta un coup d'œil à la grande horloge du hall d'entrée et vit qu'il était presque 12h30. Elle soupira avec exaspération, se résignant au fait qu'elle allait être en retard au cours d'Herbologie.
« Tu manges avec moi ? demanda James en jetant un regard en biais à Eva qui marchait à sa droite.
– Tu n'attends pas Sirius ? s'étonna-t-elle, remarquant soudainement que James était étrangement seul – pas qu'elle soit mécontente, plutôt mourir que de fondre en larmes devant Sirius – mais c'était rare que les deux ne soient pas collés l'un à l'autre.
– Il préférait rester avec Remus, » répondit James avec un haussement d'épaules décontracté.
Eva remarqua qu'une petite fille assise sur la marche la plus basse des grands escaliers du Hall avait levé le nez de son livre pour fixer James d'un air admiratif, les yeux plein d'étoiles mais James ne remarqua rien, continuant sur sa lancée :
« Peter est censé m'attendre. Il était en Arithmancie et Remus l'aurait tué s'il avait séché.
– Il va bien d'ailleurs ? Remus, je veux dire, précisa Eva.
– Comme d'hab', dit James en ébouriffant machinalement ses cheveux. Il a encore attrapé froid. Il devrait s'en remettre rapidement.
– Il n'a vraiment pas de chance. Charlotte attrape facilement tous les virus qui traînent mais moins fréquemment que Remus quand même.
– Hum, hum, acquiesça James d'un air distrait – le sujet de la convalescence de son meilleur ami le rendait toujours moins bavard. Bon, tu viens manger avec moi ? » demanda-t-il de nouveau, fixant avec plus d'insistance la Poufsouffle qui hésitait toujours.
Après des boutades de la part de James, Eva se retrouva finalement assise à la table des Gryffondors, avec James à sa gauche et Peter en face d'elle. Alors qu'elle n'avait englouti que la moitié de son assiette, une main se posa sur la tête d'Eva.
« On fait des infidélités, Eva ? »
Eva expira lourdement avant de jeter un regard agacé à Akash par-dessus son épaule. Les yeux sombres d'Akash pétillaient de joie de vivre et son sourire moqueur n'annonçait rien de bon. La présence d'Amos derrière lui était peu surprenante.
« On se met à peine ensemble que tu vas voir ailleurs, Eva ? plaisanta ce dernier en faisant mine d'être blessé en posant sa main sur son cœur.
– Vous aussi vous êtes au courant ? soupira-t-elle en se retournant pour piocher une autre frite dans son assiette.
– Il a été obligé de s'expliquer avec Godfried. Elle n'a pas apprécié d'entendre qu'elle s'était fait cocu en à peine une heure, se marra Akash, lui valant une tape sur le crâne d'Amos. Hé, je dis juste ce qu'il en est !
– J'aimerais bien entendre ce que tu lui as dit, Diggory, » intervint James, captant l'attention des trois Poufsouffles ainsi que celle de quelques curieux autour d'eux.
Après tout, bien que pas impossible, c'était tout de même rare que des membres d'une autre Maison viennent traîner à la table d'une autre Maison. Le visage de James était impassible. Il croquait nonchalamment le bout d'une frite qu'il tenait entre ses doigts. Amos haussa des sourcils surpris :
« Je ne savais pas que tu étais une commère, Potter.
– Ça m'arrive, admit James avec un haussement d'épaules. Donc ?
– Donc je ne vois pas en quoi ça te regarde, Potter, » rétorqua platement Amos et Eva vit James tiquer.
Mais heureusement qu'il y avait Akash pour faire redescendre la tension car c'était bien connu que James ne se laissait pas faire lorsqu'on lui manquait de respect :
« Il joue juste au gros dur parce qu'il s'est fait larguer par Godfried, ricana-t-il en donnant un coup de coude dans les côtes de son meilleur ami.
– Akash ! » grogna Amos avant de taper de nouveau l'arrière du crâne d'Akashs.
Eva comprenait mieux pourquoi Amos était aussi grincheux. C'était étrange pour lui de répondre aussi sèchement. Même si lui et James étaient rivaux sur le terrain, en temps normal, il n'y avait aucun accrochage entre eux deux – du moins Eva n'en avait jamais vue de ses propres yeux.
« Pas besoin d'être aussi violent ! rit Akash en se protégeant la tête endolorie d'une main. C'est pas comme si ça n'allait pas faire le tour du château d'ici la fin de la journée ! Je parie que toute la table de Serdaigle est déjà au courant. »
Machinalement, Eva tourna son regard vers la table des Serdaigles qui était la plus proche de celle de Gryffondor. Ensuite venait la table de Poufsouffle puis celle de Serpentard. Apparemment, les professeurs préféraient avoir deux tables entre les Gryffondors et Serpentards par mesure de précaution.
Quelques Serdaigles avaient les yeux vrillés sur leur petit groupe. Les plus téméraires qui s'étaient carrément retournés pour les dévisager se rassirent toutefois correctement lorsqu'Amos les fusilla du regard. Amos n'était pas seulement intimidant lors des matchs de Quidditch.
« Super, maintenant je vais tous les avoir sur le dos, s'exaspéra Amos, se frottant ses cheveux rasés courts avec force.
– En même temps quelle idée d'aller jouer au preux chevalier avec Eva alors que t'avais réussi à convaincre Godfried de se mettre avec toi, se moqua Akash.
– Quoi ? tiqua Amos. J'aurais dû laisser l'autre pauvre con raconter ses conneries ? Je t'ai pas entendu lui répondre quoi que ce soit.
– Et tu voulais que je fasse quoi ? se défendit Akash, légèrement offusqué. Me coltiner une retenue parce que je suis assez con pour me frotter à un des meilleurs potes du préfet-en-chef devant le préfet-en-chef ?
– C'est mieux que de rester planté comme un con à ne rien dire ! s'entêta Amos et c'est à ce moment-là qu'Eva décida qu'il valait mieux les calmer plutôt que de terminer son plateau de frites.
En un clin d'œil, elle enjamba le banc et attrapa les deux. Ne leur laissant pas le temps de protester, elle tira sur leur main pour les sortir de la Grande Salle. Pressée de ne pas rester sous les feux des projecteurs, Eva en oublia de dire au revoir à James qui échangea un regard confus avec Peter après le départ précipité des 7èmes années.
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Une fois que les trois Poufsouffles eurent disparus dans le hall d'entrée, James se retourna vers Peter :
« T'as compris de quoi ils parlaient ?
– Alors là rien du tout, répondit Peter en secouant la tête d'un air déboussolé. Pourquoi est-ce qu'ils se seraient brouillés avec les Serdaigles ?
– Avec un des meilleurs potes de Carstein qu'ils disaient, réfléchit James à voix haute. À part avec sa la reine des glaces, il traîne avec qui déjà Carstein ?
– J'sais pas, le capitaine de Serdaigle ? Lockart, dit Peter en picorant sans son assiette.
– Lockart n'est pas du genre à faire des histoires pourtant, marmonna James en glissant une frite dans du ketchup avant de la mâcher d'un air distrait. Il a trop peur de perdre son badge.
– Valasquez alors ? proposa Peter en picorant lui aussi dans son assiette.
– Possible que ce soit lui. Il est connu pour chercher la bagarre.
– Ce n'est pas lui qui te fait la concurrence pour le plus d'heures de retenue d'ailleurs ? rigola Peter.
– Si, acquiesça James avec un sourire amusé. Il me fait même de la concurrence avec McGonagall. Certains idiots disent qu'elle le préfère à moi. Je n'en crois pas un mot bien sûr, assura-t-il avec un clin d'œil qui fit rire Peter. Mais ils ne sont pas plus nombreux que ça à Serdaigle ?
– Je ne sais pas, Cornedrue. C'est pas vraiment le genre de gens à qui je m'intéresse.
– C'est vrai que toi ton type c'est plutôt les petites avec des belles formes et des jupes courtes, hein Queudver?
– Chuuut, » siffla Peter avant de jeter des regards inquiets autour d'eux pour s'assurer que personne ne les écoutait.
Heureusement pour lui, les places autour d'eux avaient été désertées dès l'arrivée de James et Eva Brown. Il croisa tout de même le regard de Mary McDonald dont il avait remarqué les coups d'œil curieux depuis son arrivée.
Peter rougit et détourna rapidement les yeux. Il espérait de tout cœur ne pas avoir de la nourriture quelque part sur son visage ou une tâche de ketchup. Il baissa précipitamment les yeux à cette pensée plus qu'angoissante. Ouf, il n'y avait rien ni sur sa chemise d'uniforme ni sur sa robe de sorcier.
Ne se rendant pas compte du trouble de son ami, James éclata de rire avant de fourrer trois frites en même temps dans sa bouche.
« D'ailleurs, tu ne devineras jamais ce qu'il s'est passé tout à l'heure. Je n'avais pas vu Evans de la journée et quand est-ce qu'on se croise ? Quand je sortais d'un passage secret avec Eva ! Non mais t'y crois à ça ? Elle a dû s'imaginer que je faisais des trucs pas nets avec elle, » se morfondit James.
Et en effet, c'était exactement ça que Lily Evans et Mary McDonald croyaient.
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titre : polygamie et infirmerie
