le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 3 : Rencontres nocturnes
Elle ne savait pas quel membre était plus douloureux : ses genoux ou ses mains ?
Eva resta figée au sol. Le bruit de ses mains et de ses genoux claquant contre le sol de pierre résonnait encore dans ses oreilles. Ses mains étaient chatouillées par ses cheveux qu'elle avait tressés aujourd'hui mais une peur la taraudait. Pour y répondre, Eva plia ses doigts pour s'assurer qu'ils lui répondaient encore.
Ce n'était que grâce à ses réflexes qu'elle avait évité de tomber la tête la première par terre.
« Regarde un peu où tu vas, pétasse. »
Elle ne put s'en empêcher, elle leva les yeux.
Le nez froncé comme si une odeur répugnante émanait d'elle, Evan Rosier la méprisait de toute sa hauteur. Avec ses larges épaules et son regard noir où brillait toujours une lueur de violence, il paraissait si grand alors qu'elle était si insignifiante à genoux devant lui. Le Serpentard tapotait sa cuisse avec sa baguette, ne prenant pas la peine de cacher l'arme du crime. Et pourquoi le ferait-il donc ? Personne ne l'accuserait. La preuve : les rares passants s'en allaient précipitamment, les yeux baissés et la tête rentrée dans les épaules.
À quoi bon s'opposer à Evan Rosier alors que sa seule réponse serait de vous humilier publiquement de la manière la plus douloureuse possible ?
« Le Taureau », c'était son surnom. Imprévisible et violent, il suffisait d'un seul regard de travers pour qu'Evan Rosier vous saute dessus.
Il y a deux ans, un préfet-en-chef trop ambitieux avait voulu lui faire entendre raison et, le lendemain matin, les plus lève-tôt l'avaient retrouvé accroché par son caleçon aux portes de la Grande Salle, dénudée et le visage ensanglanté. La semaine suivante, il avait rendu son badge, refusant de donner une quelconque explication à une équipe pédagogique des plus bouleversées.
« Ne lui en demande pas trop, dit avec nonchalance Oliver Avery, souriant avec amusement en direction d'Eva toujours à terre. Elle est un peu godiche notre Poufsouffle mais c'est ça qui fait son charme. »
Le nez de Rosier se fronça avec dégoût :
« Du charme ? Je ne vois pas de quoi tu parles. Allez, dégage la blaireaute. »
Et sur ces mots, Rosier donna un coup de pied au sac gisant par terre d'Eva. Les quelques affaires qui n'étaient pas déjà tombés de son sac s'éparpillèrent sur le sol. À son geste, Eva tressaillit et elle crut que le prochain coup serait pour elle mais Evan Rosier se contenta de lâcher une expression de mépris dans sa direction avant de la contourner. Les bruits de pas d'Evan Rosier s'éloignèrent mais Eva ne bougea pas. Oliver Avery, lui, était toujours dressé devant elle, ses mains nonchalamment cachées dans ses poches de pantalon.
« Ma chère Eva, à ta place, je surveillerai mieux mes arrières, lui dit-il avec cette perpétuelle intonation amusée qu'elle haïssait. J'en connais plusieurs qui t'ont à l'œil. Et entre tu-sais-qui et ma sœur, je ne saurais te dire de qui tu devrais plus avoir peur. »
Eva voulait disparaître. Elle voulut faire taire son cœur qui battait si violement dans sa poitrine qu'elle avait peur d'en devenir sourde.
« Ha, expira le Serpentard, ce qu'il ne faut pas faire. »
Avec un soupir, Avery l'attrapa par l'avant-bras et la força à se remettre sur ses pieds. Eva tenta de lui faire lâcher-prise d'un mouvement d'épaule mais il ne fit qu'enfoncer ses ongles dans sa chemise d'uniforme avant de la ramener plus fermement contre lui. Puis, en une grotesque imitation d'un geste affectueux, il posa sa main à l'arrière du crâne d'Eva pour la rapprocher de lui et il colla sa bouche contre son oreille, frôlant le métal de la boucle d'oreille d'Eva.
Eva ne put retenir un frisson en sentant le souffle chaud du Serpentard contre sa peau.
Oliver Avery avait tout de l'apparence d'un adolescent angélique : cheveux blond doré, des yeux de la couleur d'un ciel découvert d'été et un visage dont on ne pouvait s'empêcher d'admirer la symétrie. Face à sa beauté indéniable, un passant aurait pu croire qu'Eva n'était qu'une jeune fille timide face aux avances d'un garçon beaucoup trop beau pour elle mais la réalité était tout autre. Elle voulait lui hurler de la lâcher. Lui cracher à la gueule qu'il irait tôt ou tard brûler au plus profond des enfers après s'être fait déchiqueter lentement et douloureusement par un Sinistros. Elle voulait enfoncer ses ongles sur son visage bien entretenu de fils à papa dont il était si fier. Elle voulait le faire saigner pour qu'enfin son sourire amusé se torde en une grimace d'agonie.
« Arrête de faire ta salope avec le mec de ma sœur ou le petit jeu de l'année dernière va recommencer, » chuchota Avery à son oreille en lui caressant tendrement les cheveux.
Il resta quelques instants à rigoler allègrement contre son oreille puis, glissant lentement ses cheveux entre ses doigts, il se recula. Oliver Avery lui sourit une dernière fois avant de partir dans la même direction qu'Evan Rosier.
Eva avait envie de vomir. Elle avait été si prudente depuis la rentrée du mois dernier. Elle ne leur répondait jamais et baissait la tête lorsqu'elle avait le malheur de croiser la pire bande de Sang-Purs au monde. Et, pourtant, malgré ses efforts, le jeu du chat et de la souris allait recommencer et, cette fois-ci, avec des nouveaux joueurs.
Elle ne comprenait pas : que lui voulait donc Amélia, la sœur jumelle d'Oliver Avery ?
Elles ne s'adressaient jamais la parole. Dès la première année, la Serpentarde avait décidé qu'elle n'appartenait pas à la même classe sociale qu'Eva et que la Poufsouffle était incontestablement son inférieure. Son avis tranché, Amélia Avery l'ignorait depuis ce jour.
En 3ème année, Slughorn les avait mis ensemble lorsque Charlotte ainsi que Lizzie Lestrange, la confidente d'Amélia, étaient toutes les deux tombées malades. Les deux heures de cours avaient été une torture silencieuse. Amelia Avery n'avait même pas daigné poser ses yeux sur Eva. Lorsqu'Eva avait voulu mettre deux gouttes de bave de crapaud, Amelia Avery lui avait sèchement tapé la main au lieu de lui dire qu'elle avait pris le mauvais ingrédient.
Pourtant, malgré ses airs impérieux, Eva la préférait encore à son frère jumeau qui, lui, éprouvait un plaisir pervers à lui susurrer des menaces à l'oreille sous couvert de l'échange une plaisanterie innocente. À Poudlard, tout le monde voyait Oliver Avery comme un beau garçon, arrogant bien sûr, mais dont le rire facile le rendait plus accessible, plus humain contrairement aux autres Serpentards de sa promotion. Bien sûr, Eva savait désormais ce qu'il se cachait en-dessous de son masque. Impossible de se voiler la face après la participation du Serpentard au « jeu » de l'année précédente.
La vérité la frappa soudainement.
Parkinson !
Cette putain de gueule de fouine d'Adrian Parkinson avait dû aller raconter à ses amis de Serpentard qu'il l'avait trouvé dangereusement proche de Luke lors de la pause de 10h d'hier. Ça aurait été trop optimiste de penser que la menace d'Amos l'ait fait garder sa langue de vipère dans sa bouche.
« Putain, marmonna Eva entre ses dents alors qu'elle se penchait pour ramasser son sac. Putain fais chier ! »
Ce gros con de Parkinson, elle voulait l'étriper. Si seulement elle pouvait serrer ses mains autour de son cou et le faire suffoquer lentement. Et elle voulait qu'il sache que c'était elle. Elle voulait voir ses yeux noirs se remplir de peur à sa vue.
« Peter a bien fait attention en prenant des notes ? Il n'a pas juste gribouillé des bouts de phrases ?
– J'en sais rien, Lunard. Tu regarderas ses fiches tout à l'heure et si tu as des plaintes je les passerai à la direction.
– Je suis sérieux, Sirius. Non ! Pas de blague. Je suis très sérieux. J'ai déjà raté le premier contrôle d'Arithmancie, je ne peux pas me permettre de rater un deuxième.
– Relaxe. Si ça t'inquiète autant, t'as qu'à aller demander ses notes à Evans. La connaissant, les siennes devraient répondre à tes exigences.
– Je voudrais bien mais – tiens, Eva ? »
Elle aurait pu se gifler. Elle aurait dû passer par la tapisserie d'Alexandre le Grand. Erreur d'amateur. C'était comme ce que lui avait dit Avery : elle devait faire plus attention à son environnement. Si elle était plus prudente, elle ne serait pas tombée nez à nez avec deux élèves qui ne manqueraient pas de l'interpeller alors qu'elle avait pourtant déjà tourné les pieds en les voyant.
Remus lui adressait un sourire amical qui cachait bien mal son air maladif. Ce qui rappela à Eva que, la veille, James et Sirius étaient apparus à l'infirmerie dans le but de rendre visite à Remus. Et ce soir, Sirius était encore là. Étrange que James ne les accompagne pas mais Dieu merci qu'il ne soit pas là ! Elle ne voulait vraiment pas leur parler. Si elle avait encore 11 ans, Eva n'aurait pas hésité à déguerpir en courant mais elle en avait 17 maintenant et une réputation à tenir – même si cette réputation était déjà bien mauvaise dans certains cercles. En plus, si elle se décidait à leur fausser compagnie, James viendrait sans doute fouiner peu après.
Plus que quelques mètres les séparaient. Elle n'avait pas le choix alors Eva se vêtit d'un sourire :
« Salut Remus. Pomfrey t'a laissé sortir ? James m'a dit que tu avais attrapé un rhume.
– Oui, c'est passé, répondit le Gryffondor avec un sourire gêné, se grattant le menton.
– Où est-ce que tu vas ? demanda Sirius et c'était exactement ce genre de moment qui rappelait à Eva qu'il était meilleur ami avec James : tous les deux tout aussi curieux et tout aussi direct.
– À ma salle commune. Charlotte m'attend pour attaquer la Métamorphose.
– La métamorphose ? Fais gaffe de ne pas te foutre le feu cette fois-ci, dit Sirius avec un sourire moqueur.
– Ha. Très drôle, railla Eva. Mais ce n'était pas moi qui avais lancé le sortilège.
– Pourtant ça ne m'étonnerait pas de ta part, » rétorqua Sirius dont l'humeur taquine aurait un autre jour réjoui Eva.
Remus le rabroua, Sirius rétorqua par une remarque désinvolte et ils continuèrent de se chamailler. Eva eut beau tenter de suivre, elle n'y parvenait pas. Elle espérait qu'ils n'avaient pas remarqué pas le bref instant de pause qu'elle prenait avant de parler. Elle avait toujours le cœur palpitant et le stress de devoir leur parler sans que rien ne paraisse n'arrangeait rien à la situation. Heureusement pour elle que sa voix ne l'avait pas lâchée, même si elle était plutôt faible. Mais les garçons n'étaient pas très observateurs : ils n'allaient pas se questionner sur la tonalité plus basse de la voix de la Poufsouffle.
Pourtant, même si elle priait intérieurement qu'ils ne devinent rien, une partie d'elle ne pouvait s'empêcher de vouloir qu'ils remarquent qu'elle n'allait pas bien. Était-elle devenue impénétrable ? Elle en avait assez de cacher son mal-être. Certains jours, elle n'était plus certaine de vivre réellement. Elle parlait, elle souriait, elle mangeait, faisait ses devoirs, rangeait son côté de la chambre, se disputait avec Akash et pourtant, une fois seule, elle se surprenait à se dire que tout ça ce n'était pas elle. Juste son corps et son cerveau coopérant pour que personne ne se doute de rien tandis que la vraie Eva était assise en boule, enfermée dans une boîte sombre, le regard vide.
« Tu vas bien ? » demanda soudainement Remus, ramenant sur terre Eva qui n'avait pas remarqué qu'elle fixait d'un air absent le préfet de Gryffondor depuis un moment.
Remus dut lire de l'incompréhension dans le regard d'Eva car il désigna de son menton la main d'Eva avec laquelle elle glissait machinalement des cheveux qui s'étaient échappées de sa tresse derrière son oreille :
« Tu trembles. »
Eva tourna la tête vers sa main traîtresse qui resta figée en l'air sous les yeux curieux des Gryffondors. En effet, elle tremblait.
Merde.
Eva sortit la première excuse qui lui passa par la tête avec un petit rire qui sonnait tremblotant même à ses oreilles :
« Je n'ai pas dû assez manger.
– Je comprends. Ça m'arrive parfois. Tiens, je dois avoir une barre de chocolat. »
Elle ne croyait pas à sa chance. Ou c'était juste Remus qui était un don du ciel. Incrédule, Eva le regarda fouiller dans les poches de son sac. Quel garçon transportait du chocolat avec lui ? Et quel garçon était assez aimable pour donner son chocolat à une Poufsouffle paumée ? Il était incroyable. Incroyablement attentionné. Elle enviait sa future petite amie. Elle ne manquerait de rien avec lui.
« Tu ne devrais pas plutôt garder ça pour toi ? » dit Sirius à Remus en l'observant avec des sourcils froncés.
Remus lui lança un regard exaspéré :
« Je crois être encore capable de juger si je vais bien ou pas.
– J'y crois pas trop. Je te rappelle que tu ne te serais pas retrouvé à l'infirmerie hier si tu ne t'obstinais pas à refuser d'admettre d'aller mal. »
Remus ne daigna pas répondre à Sirius même si son long soupir laissait deviner le fond de sa pensée. À la place, il se rapprocha d'Eva pour lui tendre la barre de chocolat, lui valant un regard hésitant d'Eva qui se sentait mal à l'aise maintenant que Sirius avait révélé que Remus n'avait pas le teint pâle pour rien. Mais Remus lui fit un de ces petits sourires qui le caractérisaient et l'hésitation d'Eva vacilla :
« Ne l'écoute pas. Il a un côté mère poule très saoulant parfois.
– Hé ! » grommela Sirius avec agacement mais Remus l'ignora.
Eva prit la barre de chocolat avec des mains hésitantes.
« Si tu fais de l'hypoglycémie tu devrais toujours garder de la nourriture sur toi. C'est ce que je fais au cas où. »
Eva lui fit un petit sourire que Remus lui rendit avec cette petite fossette qui rendait encore plus touchant son geste. Tant de gentillesse alors qu'elle lui mentait effrontément.
« Bon. Je vais y aller, annonça Eva avec un petit rire, pressée d'être seule et de disparaître jusqu'au lendemain matin. Pas de folies, hein, » ajouta-t-elle en glissant son regard de Remus qui s'ébouriffait les cheveux – même Remus ne pouvait s'empêcher de copier les manies de James – à Sirius qui ne pouvait pas paraître plus désintéressé par la conversation, le regard perdu dans le vide.
Bien. C'était le signal pour partir.
Mais alors qu'Eva passait à côté des Gryffondors en espérant échapper à toute autre mauvaise surprise, Sirius se saisit de son bras, dont Eva fut incapable de contrôler le soubresaut. En réponse, Sirius lui adressa un regard surpris, ses sourcils se haussant bien haut sur son front. Puis, au bout de trois longues secondes où ils se fixèrent avec des grands yeux, les yeux gris de Sirius la seule chose qu'Eva voyait dans sa panique qui avait rétrécit son champ de vision, Sirius laissa sa main retomber. Eva ramena son bras contre son ventre et le visage de Sirius redevint de marbre.
« Tu ferais mieux d'être plus prudente, tes genoux ont l'air d'être en piteux état. Après, si c'est dû à… »
Et là, Sirius fit le geste le plus mortifiant et inattendu au monde qui laissait exactement entendre quel genre d'activité Eva aurait fait à genoux.
« Sirius ! » s'étouffa Remus.
Sirius fit un clin d'œil joueur à Eva qui resta tétanisée, le rouge lui montant lentement aux joues :
« Passe une bonne soirée, Eva Brown. »
Sirius lui tapota l'épaule comme elle le voyait souvent faire à James puis il lui tourna le dos pour rejoindre Remus qui commença à chuchoter furieusement dès que Sirius l'eut rejoint.
Comment…Quoi ?
Elle avait chaud. De son torse jusqu'au bout de ses oreilles elle piquait un fard. Mortifiée, Eva partit dans la direction opposée des lions, pressée d'oublier ce moment de honte. Pourtant, alors qu'elle croyait avoir tout son contrôle, un hoquet lui échappa puis un deuxième. Elle plaqua sa main contre sa bouche et accéléra son allure déjà bien rapide. Alors qu'auparavant elle voulait juste se glisser sous sa couverture et dormir jusqu'au lendemain matin, maintenant elle avait le besoin irrépressible de frotter chaque parcelle de sa peau sous le jet brûlant du pommeau de douche.
Alors qu'Eva atteignait enfin le portrait de Lancelot, la voix de Remus atteignit ses oreilles :
« Eva ! Ignore-le, il a la maturité d'un gosse ! »
Si seulement elle pouvait. Si elle pouvait juste effacer cette image tout simplement dégradante de sa mémoire elle n'aurait pas la vue embuée et la main mouillée. Eva savait qu'un certain nombre d'élèves de Poudlard la percevaient comme une fille facile. Au début, ça avait été un choc plus que douloureux mais, à force, elle s'y était faite. Le problème était qu'elle n'était pas préparée à ce que Sirius le pense lui aussi. Elle voulait sortir de son corps. Elle avait cette irrationnelle envie de s'arracher à son corps de mortelle et de vivre en-dehors de lui. Elle se révulsait. Ses lèvres, ses seins, ses fesses, ses cuisses, elle voulait que tout ça disparaisse.
Qu'avait fait son corps pour qu'on le prenne pour le réceptacle de tous les désirs pervers du château ?
Un sanglot tellement violent qu'il lui fit mal retentit dans le passage de Lancelot.
Février 1976
« – Lyssa l'a surprise collée à Mulciber à la section Histoire de la biblio.
– Mais elle n'est pas en couple avec Akash Banerjee ?
– Justement. Les deux en même temps ? Elle n'en a pas l'air mais elle sait jouer. »
Gloussements.
Janvier 1976
« Hé, Brown. C'est vrai que tu t'es tapée tous les Poufsouffles de ta promo ? N'hésite pas à venir voir les lions. L'endurance ça nous connait contrairement aux blaireaux. »
Steve McAvoy te fit un clin d'œil salace, Liam Olsen qui était débout à ses côtés paraissait avoir entendu la meilleure blague de l'année à en juger par son rire tonitruant.
Mai 1976
« C'est elle. »
On te pointa du doigt.
Octobre 1976
Sur le point d'exploser, Eva se laissa tomber à genoux. Puis, à quatre pattes, elle fut saisie par de tels sanglots qu'elle en suffoqua. Dans un coin de sa tête, elle savait qu'elle avait besoin d'extérioriser maintenant ou elle exploserait à un moment à un autre et sans doute pas au bon moment. Lointainement, elle se rendit compte qu'elle était à genoux deux minutes à peine après qu'on ait sous-entendu ce qu'elle avait fait dans cette position. C'était la pire blague au monde. Eva s'étouffa à moitié sur son rire mélangé à un sanglot.
Sangloter, inspirer, essuyer son visage, elle ne sut combien de fois elle le fit mais après ce qui lui sembla être une éternité la vague de larmes prit fin. Épuisée, tant mentalement que physiquement, Eva s'assit contre le mur et ferma les yeux pour tenter de se calmer avant de rejoindre ses amis dans leur salle commune. Dix minutes plus tard, plus que consciente des tableaux l'observant avec curiosité, Eva quitta le passage de Lancelot et tomba nez à nez avec Marlène McKinnon dont le badge de préfète la nargua de toute sa brillance.
« Eva Brown ? »
Pourquoi disait-elle son prénom et son nom ? Sirius et elle s'étaient passés le mot ou quoi ?
« Oui, c'est moi. »
Et pourquoi McKinnon ne disait plus rien maintenant ? Eva carra la mâchoire et resserra sa prise sur son sac. Les yeux bleu électrique de la Serdaigle l'observèrent lentement de bas en haut pour finalement lui dire:
« Tu devrais raccommoder tes collants, ils sont effilés au niveau de tes genoux. »
Genoux, genoux, genoux – putain ! Eva voulait lancer un incendio à ce mot ! Mais, en baissant les yeux, Eva ne put que constater que ce que la Serdaigle lui avait dit était avérée. La raison derrière l'état de ses collants lui vint au bout de quelques secondes : Rosier et la chute qui avait suivi son sortilège de croche-patte. De toute façon, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un Serpentard soit la source de ses problèmes.
« Tu as besoin d'aide pour aller à la salle commune de Poufsouffle ? proposa Marlène après un autre temps de silence, causant le choc puis le refus poli d'Eva qui ne plut pas à la préfète qui lui dit: Tu devrais dire oui. Le couvre-feu est dans 5 minutes.
– Déjà ? s'étonna Eva en s'essuyant avec fatigue son œil sec.
– Oui. Tu as déjà fait perdre des points à ta Maison cette semaine, tu devrais éviter d'en perdre plus. »
Eva se massa sa tempe qui la faisait souffrir, se remémorant avec une grimace la consternation de Slughorn lorsque la flamme du chaudron qu'Eva et Akash partageaient avait fait prendre feu à la cape de sorcière Karen Dunn, la seule née-moldue de Serpentard, qui s'était un peu trop reculée et donc trop rapprochée de leur chaudron, concentrée qu'elle était sur sa potion. Akash avait pourtant assuré à Eva avoir bien vérifié la force des flammes au début du cours. Eva n'avait pas encore pardonné Akash pour sa maladresse qui avait été le facteur décisif pour que Slughorn instaure de nouveaux duos inter-Maison, obligeant ainsi Eva à partager sa table avec Oliver Avery pour le reste de l'année.
« Je t'accompagne ? redemanda Marlène, paraissant avoir lu la réponse de la Poufsouffle sur son visage.
– Oui, s'il te plaît, » soupira Eva avec lassitude, se résignant au fait qu'elle allait passer les dix prochaines minutes dans un silence de mort.
Un autre jour, elle aurait papoté bêtement pour ne pas avoir à subir un énième silence pesant aux côtés de Marlène McKinnon mais aujourd'hui elle n'en avait pas le courage. Pas qu'Eva ne trouvait pas que le moment gênant mais elle n'avait même pas la force de redresser ses épaules alors, se prendre la tête pour un sujet de conversation ? Non merci.
Pour être honnête, Marlène l'intimidait parce qu'Eva l'admirait. En plus d'être intelligente, Marlene McKinnon était très jolie.
Un soir, Eva s'était assise dans la salle de bain et avait fixé son reflet dans le miroir. Longtemps elle s'était regardée.
Sa peau n'était pas aussi lisse et uniforme que celle de Marlène ou d'Emmeline qui semblaient être au-dessus des problèmes d'acné des adolescents normaux. Ses cheveux n'étaient pas aussi soyeux que ceux de Marlène et, à chaque fois qu'elle s'attachait les cheveux, elle était obligée de ramener des mèches rebelles derrière ses oreilles. Marlène n'avait pas ce problème, elle. Et les lèvres d'Eva étaient toujours sèches. Elle avait beau faire du baume à lèvres son meilleur ami, le problème ne se résolvait pas. Si elle ne s'épilait pas, ses sourcils faisaient leur possible pour créer un monosourcil. Et ses chevilles, si musclées après avoir passé des années à courir en comparaison des jambes menues de toutes les autres filles de son âge.
« À l'avenir, évite de traîner seule dans les couloirs. »
La voix de Marlène arracha Eva à ses pensées qui jeta un regard surpris à la blonde. C'était bien une première que Marlène McKinnon débute une conversation.
« Il y a eu quelques accidents depuis la rentrée, continua la Serdaigle en continuant à regarder droit devant elle. Les professeurs font en sorte que ça ne s'ébruite pas mais cacher les faits ne fait pas disparaître le problème.
– Pourquoi est-ce que tu me le dis alors ? » la questionna Eva sans réfléchir, consciente que jamais elles n'avaient eu de vraie conversation en plus de 6 ans de vie commune.
Lorsque le regard bleu électrique de la Serdaigle se posa sur elle, Eva sentit son ventre se contracter, l'impression lugubre que Marlène McKinnon connaissait son secret le plus sombre.
« Tu attires toujours l'attention. Je préférerais que ça ne soit pas pour les mauvaises raisons. »
Est-ce que Marlène savait ? Était-ce le conseil d'une préfète consciencieuse ou bien un avertissement ? Mais Marlène ne laissa pas le temps à Eva de digérer son mauvais pressentiment, annonçant qu'elles étaient arrivées et tournant les talons sans attendre une réciprocité à son au revoir.
« Attends ! s'exclama Eva, le cœur battant, offrant certainement une expression effrayée à la Serdaigle qui venait de se retourner, faisant dégouliner ses longs cheveux blonds attachés en une haute queue de cheval le long de son buste. Pourquoi est-ce que j'attirerais pour de mauvaises raisons ? » demanda Eva.
Les sourcils de la préfète se haussèrent.
« Je ne peux pas répondre à cette question. Je préfère ne pas tenter de comprendre l'esprit pervers et tordu de Mulciber. »
Elle savait. Eva ne savait pas quel visage elle offrait dans l'obscurité partielle du couloir, mais un petit sourire désabusé se dessina sur les lèvres de la Serdaigle en réponse.
« Bonne nuit, Eva.
– Bonne nuit, » murmura Eva et, directe comme toujours, Marlène prit ça comme le signe pour disparaître aussi soudainement qu'elle était apparue.
Plus de 6 ans qu'elle côtoyait Marlène McKinnon et elle restait toujours aussi énigmatique. Eva avait beau l'observer du coin de l'œil à chaque cours partagé, elle n'avait même pas gratté la surface du mystère qu'était Marlène McKinnon. Tandis que la Serdaigle connaissait apparemment une partie de la vie d'Eva que peu connaissait. Ce ne serait pas surprenant que Marlène McKinnon se doute de quelque chose concernant Evan Rosier mais Mulciber ?
Peu se doutait de la cruauté derrière chaque sortilège et de la hargne derrière chaque insulte. Et il y avait une bonne raison pour cela. Mulciber était discret et avait une bonne réputation. Jamais il ne prenait la parole en cours à part lorsque le professeur lui posait une question à laquelle il répondait parfaitement. C'était ce comportement d'élève studieux qui lui avait valu le badge de préfet. Ça et sa tendance à lécher les bottes de toute personne avec un tant soit peu de statut. L'année dernière, Eva n'avait pas manqué de remarquer qu'il avait été particulièrement aux petits soins avec les préfets-en-chef.
Exténuée, Eva frotta ses yeux secs avec un soupir hargneux. Ça ne servait à rien de se prendre la tête avec Marlène McKinnon. Elle ne réussirait jamais à élucider cette énigme. Et puis, il fallait qu'elle traverse la salle commune puis qu'elle s'explique avec Charlotte qui devait sans doute fulminer de son retard inexcusable. À peine Eva eut-elle donnée le mot de passe, que sa tête se retrouvait coincée sous une aisselle dont l'odeur de transpiration lui agressa immédiatement les narines.
« 21h38 Miss Brown ! Mais où aviez-vous donc disparu ?!
– Akash ! » grommela Eva en tentant vainement de se défaire de la prise de fer de l'indien alors qu'il l'emmenait contre son gré à l'endroit exact qu'elle voulait éviter ce soir : le coin de la salle commune attitrée aux 7e année.
Ce coin était le lieu le plus confortable et privé de la salle commune de Poufsouffle. Les canapés, sièges et innombrables coussins tout aussi confortables les uns que les autres étaient l'objet de la convoitise des années d'en-dessous. Des étagères empêchaient le reste de la salle commune de voir ce qu'il se passait dans ce petit cocon. Les étagères étaient remplies de reliques qui s'étaient accumulées au fil du temps : livres scolaires ou récréatifs, albums photos allant jusqu'à la première promotion de Poufsouffle, jeux de société et objets de farces et attrapes, rien ne manquait dans ce petit coin de paradis où Eva aimait passer son temps à se prélasser.
Sauf ce soir.
Ce soir, Eva aurait tout fait pour éviter ce lieu à haut risque car tout le temps squatté par ses amis.
« On nous fait des cachoteries, en plus ? » minauda Akash avant d'enfoncer son poing dans le cuir chevelu d'Eva pour lui frotter férocement le crâne.
Glapissant des protestations sous les ricanements d'Akash, Eva tenta de dégager le bras d'Akash, mais, profitant de sa longueur de bras indécente, Akash la maîtrisa aisément, forçant même Eva à prendre une position prostrée qui allait lui valoir un torticolis s'il continuait! Insultant Akash, Eva décida de changer de tactique: au lieu de l'attaquer par le haut, elle tenta par le bas et, sans ménager sa force, Eva pinça la côte d'Akash. Avec une exclamation de douleur couplée à un éclat de rire, Akash bondit en arrière.
Enfin, Eva était libre ! Libre de croiser le regard de sa promotion qui était presque au complet : il ne manquait que Howard qui devait certainement traîner dans une salle abandonnée avec Meredith Ravencrest, sa petite amie de Gryffondor. Le seul intrus était Aaron Stone, 6e année, qui, à plat ventre sur le canapé, avait la tête enfoncée dans un oreiller qu'il tenait entre ses bras, profondément endormi malgré le vacarme.
Charlotte était perchée sur un siège, ses genoux ramenés contre elle pour griffonner sur une feuille de parchemin qu'elle avait posé sur un épais manuel. Les sourcils froncés, elle adressait un regard mécontent à Eva qui sut de suite qu'elle allait avoir droit à des remontrances de Charlotte sur le fait de l'avoir fait attendre, mais de surcroît, l'avoir fait attendre à proximité de son ex-petit ami. Amos, l'ex en question, adressait un sourire moqueur à Eva, prélassé face au plateau d'échecs où il affrontait Emmeline, la seule raison pour laquelle Charlotte n'était pas partie se réfugier dans leur dortoir.
Quant à Jeff, il avait délaissé son début de dessin sur la table basse et était débout, le ballon de foot qu'Eva avait ramené à la rentrée sous le bras et un sourire doucement amusé sur ses lèvres.
« L'hypothèse d'Akash était que t'étais partie imiter Howard, il avait raison? » la taquina Jeff en direction d'Eva qui détachait ses cheveux avec une grimace de douleur.
Comme il en avait l'agaçante habitude, Amos s'immisça avant même qu'Eva n'eut le temps d'ouvrir la bouche:
« Vu ses yeux, j'opterais moins pour l'option pécho et plutôt sur celle d'un joint, » se moqua Amos, ignorant le regard rempli de dédain de Charlotte du haut de son siège.
Agacée par les deux options présentées mais soulagée qu'ils n'aient même pas pensé à une option plus lugubre, Eva envoya paître Amos à la grande approbation d'Akash qui lui tapa avec force l'épaule, lui valant une insulte d'Eva. Pendant ce temps, avec une exclamation amusée, Jeff avait recommencé à faire jongler le ballon de foot sur son genou. Bien que ce que ressentait Eva à l'égard de Jeff était entièrement platonique (a contrario d'Emmeline), quand elle jeta un coup d'œil dans sa direction après avoir poussé en arrière Akash, il était indéniable que ses mèches de cheveux noirs habituellement retenues en arrière par du gel retombait sur son front d'une manière qu'Eva ne lui avouerait jamais mais qui lui allait foutrement bien.
Elle suffoquait déjà parfois avec toute la testostérone présente dans son entourage, pas besoin de faire ce genre de remarque. Ça ne ferait qu'exacerber la rivalité entre les quatre Poufsouffles de son année dont l'égo avait causé de nombreux gages douteux. Montrer son cul à Chourave ? Fait. Prendre en otage Miss Teigne pendant 24 heures sans se faire griffer ? Fait. Voler une culotte de Dorcas Meadowes ? Fait. Réussir à aller jusqu'aux préliminaires dans l'infirmerie ? Fait. Envoyer une beuglante à McGonagall ? Fait. Coucher avec une fille dans les toilettes du salon de thé de Madame Pieddodu ? Fait. Heureusement pour la santé mentale d'Eva, elle ne savait pas qui des quatre avait commis ces gages.
Le temps qu'Eva dégage de nouveau Akash, Jeff donna un coup de genou trop fort et le ballon roula jusqu'à Emmeline. Cette dernière l'attrapa de ses deux mains et la tendit vers Jeff qui s'approchait d'elle avec un soupir, se passant une main frustrée dans ses cheveux. Avec un faible « merci », il lui reprit le ballon des mains mais il ne parut pas vouloir continuer à s'escrimer avec et se laissa lourdement tomber par terre.
Le dos contre le canapé où Aaron dormait toujours aussi profondément, Jeff fit mine de s'intéresser à la partie d'échec devant lui. Evidemment, il paraissait ne pas remarquer les petits coups d'œil furtifs que lui jetait Emmeline, ravie qu'il se soit assis à côté d'elle.
« Donc ton excuse ? reprit Amos en direction d'Eva après qu'elle ait lancé un dernier avertissement à Akash qui se recula, les mains levées, avec un sourire beaucoup trop malicieux pour qu'Eva le croit innocent.
– J'ai fait quelques rencontres dans les couloirs, dit Eva après avoir jeté un dernier regard noir à Akash par-dessus son épaule.
– Du genre ? » demanda Akash en sautant sur le siège libre le plus proche et s'asseyant de de façon peu orthodoxe : il s'adossa contre le repose-bras du siège et passa ses longues jambes sur l'autre repose-bras.
Il n'avait qu'à s'allonger sur un canapé s'il insistait à se mettre comme ça.
« Du genre Remus Lupin et Sirius Black puis Marlène McKinnon, répondit Eva après un instant de pause où elle fit semblant d'être préoccupée par un nœud persistant alors qu'elle réfléchissait en réalité sur la meilleure réponse à donner.
–Amos, fit Jeff, peu intéressé à cette nouvelle, tu devrais faire gaffe à ton chevalier en E4 ou Em' va vite fait te dégommer. »
Emmeline ne paraissait pas être dérangée par l'avertissement de Jeff qui contrecarrait pourtant ses plans, elle rosit de plaisir à l'entente de son surnom dans la bouche de Jeff.
« Et qu'est-ce qu'ils te voulaient ? » demanda Charlotte qui était restée silencieuse jusque-là.
Eva lui jeta un regard prudent.
« Lupin sortait tout juste de l'infirmerie. On s'est juste croisé.
– Et McKinnon ? Elle t'a foutu une heure de colle ? demanda Akash avec un sourire amusé, les deux bras croisés derrière sa tête alors qu'il s'enfonçait de plus en plus dans son siège.
– Bizarrement, non. Elle m'a raccompagnée jusqu'à la salle commune à la place. »
Tout le monde parut aussi surpris qu'Eva l'avait été.
« Sérieux ? fit Amos. La prochaine fois que je sortirai après le couvre-feu je t'amènerai avec moi.
– Je crois qu'il y a déjà assez de rumeurs sur votre pseudo relation amoureuse, Amos, cingla Charlotte.
– Une de plus ou une de moins, qu'est-ce que ça change ? rétorqua Amos en n'adressant pas un regard à Charlotte, ordonnant plutôt à son chevalier en péril de se déplacer.
– Avec ce genre de remarque, pas étonnant que tu te fasses larguer en une journée,» dit avec dédain Charlotte en ne levant pas le nom de son parchemin sur lequel elle s'évertuait à continuer d'écrire, sans doute pour faire passer le message qu'elle s'en foutait de Amos.
Restant silencieuse, Eva ne put qu'assister à l'évolution de l'expression d'Amos, de renfermé et contrariété, il passa à un amusement hautain:
«Du calme Char' ou je vais me sentir flatté que tu portes autant d'attention à ma vie sentimentale, dit Amos d'une voix traînante qui ne lui ressemblait pas, lançant un sourire piquant à Charlotte qui rosit sous l'effet de l'émotion.
Arrachant son regard de son parchemin, Charlotte lâcha son venin à la figure de son ancien petit ami à ses pieds:
«La ferme, Amos! » claqua Charlotte avant de bondir de son siège.
Adressant un dernier regard venimeux à Amos qui poussa une exclamation hautaine, les bras tendus derrière lui en une position assise nonchalante, Charlotte plaqua ses affaires contre son torse et s'avança à grands pas vers Eva pour lui attraper le bras.
« On sera dans la chambre si tu nous cherches, Emmeline, » déclara Charlotte à Emmeline qui, surprise par cet abrupt changement de situation, lança un regard suppliant à Eva.
Emmeline ne voulait pas se retrouver seule avec les garçons et surtout avec Jeff à côté. Hélas, Eva ne put rien faire pour son amie car Charlotte s'était décidée et son petit gabarit possédait une force impressionnante quand elle voulait. Eva souhaita rapidement bonne nuit aux autres par-dessus son épaule et entendit Akash dire « Mec, arrête de répondre à Tronsky. Elle n'en vaut pas la peine. » avant que son amie ne la tire à sa suite dans le dortoir.
Une fois de plus, Eva préféra ignorer le problème.
« Tu m'expliques pourquoi tu as pris une heure à venir ? J'ai dû supporter les autres idiots parce qu'Emmeline voulait rester à admirer Jefferson.
– Je suis désolée, soupira Eva en se laissant tomber sur son lit. Je n'ai pas vu le temps passer, ajouta-t-elle d'une voix emmitouflée alors qu'elle se frottait vigoureusement le visage – ses yeux la tuaient. Le temps que je cligne des yeux c'était le couvre-feu.
– Je ne comprendrais jamais ta nouvelle obsession avec le Baveboules alors qu'on a une tonne de devoirs. Mais bref ! fit Charlotte, ne laissant pas le temps à Eva de répondre (encore une fois). Tu m'expliques le truc avec McKinnon ? Depuis quand est-ce que vous êtes amies ? demanda Charlotte tout en s'affairant dans la chambre pour préparer ses affaires de nuit.
– Depuis jamais, répondit Eva en décidant de prendre sur elle. J'ai pas compris non plus. Elle est apparue de nulle part, m'a proposée de me raccompagner jusqu'à la salle commune et j'ai dit non. Passer un moment gênant avec elle? Non merci. Puis elle a sous-entendu que je ferais mieux de ne pas faire perdre plus de point à Poufsouffle donc j'ai pas trop eu le choix d'accepter ou de refuser. Et, à la fin, elle m'a fait un commentaire comme quoi que je ferais mieux de ne pas me trimballer seule dans le château parce qu'il y a eu des accidents.
– Elle n'a pas tort. C'est plus comme en 5ème année où Dorcas Meadowes faisait trop peur pour que quelqu'un essaye de faire quoi que ce soit de mal intentionné.
– Pas faux, mais t'as entendu parler d'accidents cette année ? demanda Eva en se redressant sur ses coudes pour suivre l'arrière de la tête de son amie des yeux.
– Non, rien, » admit Charlotte en prenant soin de lui tourner le dos pour enfiler son haut de pyjama.
D'un geste, Charlotte enleva ses cheveux blonds bouclés qui s'étaient coincés sous son T-shirt puis elle se tourna vers sa table de nuit pour attraper un élastique et sa brosse à cheveux.
« Tu me fais une tresse ? » demanda Charlotte en clignant ses yeux bleus dans la direction d'Eva.
Eva se leva avec un roulement de yeux :
« Non. C'est pas comme si je le faisais pas tous les soirs, railla-t-elle.
– Merciii, » la remercia la blonde avec un grand sourire avant de s'asseoir sagement sur le lit d'Eva dont les doigts de fée étaient très demandés par les filles de Poufsouffle qui rêvaient d'une coiffure digne des pages de Sorcière Hebdo.
Eva grimpa derrière la blonde. Elle se mit à genoux pour avoir une vue plongeante sur les cheveux mi-long et extrêmement bouclés de Charlotte. Aïe, elle avait oublié que ses genoux étaient un peu à vif. C'était fou qu'elle l'ait oublié d'ailleurs. Pourtant, revenir dans la salle commune et dans sa chambre lui faisait toujours oublier un court instant ses soucis : il y avait toujours quelque chose ou quelqu'un qui requérait son attention ici.
« Tu veux bien une tresse à l'africaine ? demanda machinalement Eva alors que la réponse était toujours la même chaque soir.
– Oui, s'il te plaît. »
Faire quelque chose avec ses mains la relaxait toujours alors, laissant derrière elle ses mauvaises pensées, Eva commença le travail minutieux qu'était de tresser des cheveux, surtout ceux de Charlotte. Avoir des cheveux bouclés n'était pas la chose la plus simple à entretenir mais Eva l'enviait quand même. Elle admirait toujours les cheveux blonds de Charlotte qui rebondissaient sur ses épaules lorsqu'elle lui parlait avec conviction.
Après quelques minutes de silence, Charlotte reprit la parole :
« Il s'est passé quelque chose avec Black cette fois-ci ?
– Charlotte ! C'était une fois, s'exaspéra Eva, tirant un peu sur les cheveux de la blonde qui poussa un glapissement de douleur.
– C'était une sacrée fois, se défendit Charlotte après qu'Eva s'eut excusée.
– Et la seule fois, rétorqua Eva qui n'appréciait pas du tout la tournure de la conversation puisqu'elle se sentait rougir malgré ses tentatives pour rester calme.
– Pas que ça te dérangerait si ça devait se reproduire, gloussa Charlotte.
– Non, non et non! s'exclama Eva en tirant sur les cheveux de Charlotte, causant son rire et ses protestations. Arrête de fantasmer sur ma relation avec Sirius Black! Il ne s'est rien passé et il ne se passera rien. Déjà, il est trop petit pour moi.
– Arrête! rit Charlotte. Ne crois pas que je n'ai pas remarqué tes regards en coin quand il est venu te parler à la rentrée!
– Sirius ne m'intéresse pas et il n'est pas intéressé par moi, persista Eva, mais Charlotte ne retint que l'information qui l'intéressait.
– Sirius, hein ? chantonna Charlotte.
– Quoi ? » s'agaça Eva en tirant sur la tresse à moitié faite pour que Charlotte soit obligée de suivre le mouvement et de lever ses yeux vers elle.
Charlotte lui fit un sourire effronté, rappelant à Eva que Charlotte était quelqu'un de très taquin normalement. C'était depuis sa rupture amoureuse qu'elle était devenue beaucoup plus sérieuse.
« Je trouve juste ça intéressant que tu l'appelles Sirius aussi naturellement alors que tu l'appelles Black d'habitude, la taquina Charlotte.
– C'est parce que je sais que j'aurais le droit à ce genre de commentaire que je ne l'appelle pas par son prénom devant les autres, soupira Eva en roulant ses yeux avant de remettre la tête droite à son amie pour continuer son tressage. Mais c'est le meilleur ami de James, ça serait bizarre que je lui dise « Black » chez les Potter alors qu'on a tous les deux notre chambre chez eux.
– En parlant de Potter, tout est pardonné alors ? »
Eva fit une grimace : se rappeler qu'elle avait craqué devant James la veille ne faisait qu'enfoncer le clou. Deux crises de larmes en une semaine ? Elle allait reprendre les mauvaises habitudes de cet été à cette allure...
« Ouais, on va dire que ça l'est. De toute façon, ça ne pouvait pas durer bien longtemps. Ce garçon a la manie d'apparaître n'importe où. Un jour ou l'autre, il allait réussir à me coincer.
– Oui, merci de m'avoir poussé vers lui à chaque fois qu'il apparaissait d'ailleurs, fit Charlotte d'un air sarcastique. Lily Evans allait sérieusement commencer à se dire qu'elle avait de la compétition. »
Eva éclata de rire, l'image de Charlotte trébuchant puis tombant dans les bras d'un James éberlué (puis agacé après les deux premières fois) après qu'Eva l'ait poussé en guise de distraction pour prendre la fuite à l'esprit.
« Peut-être que ça aurait été la solution pour qu'elle s'intéresse enfin à James. T'es sûre qu'un joueur de Quidditch de légende ne t'intéresse pas ?
– Non merci. Une fois ça m'a suffi. »
Oups, mauvais sujet. Eva inspira, réfléchit quelques secondes, puis elle lança d'une voix hésitante :
« D'ailleurs…avec Amos…Tu penses que ça pourrait s'arranger un jour ?
– Après qu'il m'ait trompé puis largué en me faisant passer pour la coupable ? Non, je ne pense pas, » cingla immédiatement Charlotte.
Eva grimaça, se traitant mentalement d'idiote.
« Désolée…
– Ce n'est pas à toi de t'excuser mais plutôt à ce gros connard. Malheureusement, il est trop con pour connaître la façon correcte de se comporter après que sa copine l'ait surpris avec sa langue au fond de la gorge d'une autre fille. Et maintenant lui et ses copains me font passer pour une pauvre cinglée. Et une hystérique de service. N'oublions pas l'adjectif préféré d'Akash. »
Eva cessa de joindre méthodiquement les trois mèches de cheveux blond foncé entre ses doigts alors qu'un silence pesant s'emparait de la chambre des Poufsouffles de 7ème année.
La tension électrique qu'il y avait depuis la rentrée entre Amos et Charlotte était difficile à supporter mais Eva ne devait pas oublier que ça devait être encore plus dur pour Charlotte. La rupture datait de juillet et, même si Charlotte avait eu le reste de l'été pour se remettre de sa première rupture amoureuse, ça ne voulait pas dire que tout était oublié. Devoir croiser Amos tous les jours et être en sa présence parce qu'ils avaient des amis en commun (dont Eva) devait être un supplice mental et émotionnel. Pas que le comportement d'Amos n'arrange les choses. Et les rumeurs concernant Eva et son ex n'aidaient pas non plus.
On était en octobre et il restait encore huit longs mois de cohabitation. Eva ne voulait pas voir un divorce entre les Poufsouffles.
« En tout cas, avant de te mettre avec Black, assure-toi qu'il n'ira pas voir ailleurs une fois qu'il aura eu l'illumination qu'il n'est pas fait pour être monogame à 17 ans, » railla Charlotte.
C'en était trop.
« Oh, Charlotte! »
Eva sauta sur son amie. Enserrant ses bras autour de son cou, Eva ramena Charlotte contre elle puis posa sa joue sur les cheveux de la blonde. Tant pis pour la tresse, elle la referait.
« J'aime pas te voir comme ça, chuchota Eva.
– Lâche-moi, se plaignit Charlotte sans grande conviction, ne faisant pas un geste pour se défaire de l'étreinte.
– Il est juste con. Il ne mérite pas une tête de mule comme toi. »
Charlotte rit faiblement :
« Je croyais que tu voulais me réconforter et voilà que tu me traites de tête de mule.
– T'es ma tête de mule adorée, dit Eva avant de faire un bisou sur le haut du crâne de la blonde.
– Ah, dégueu ! rigola Charlotte en tentant réellement, cette fois-ci, de se redresser. Ne me fais pas des bisous, c'est bizarre !
– Ah ouais ? Il n'y a que ses amoureux qui ont le droit de le faire ? Je trouve ça un peu injuste : où sont mes privilèges d'amie de longue date ? demanda Eva en laissant son amie s'échapper.
– Tu as l'honneur de me tresser les cheveux tous les soirs. Ça devrait être assez, rit Charlotte.
– Tu accepterais que n'importe qui le fasse ! Ne crois pas que je ne suis pas au courant des infidélités que tu m'as fait quand j'étais cloîtrée à l'infirmerie l'année dernière, la prévint Eva en pointant son doigt d'un air menaçant. Tu es allée voir du côté des 6èmes année, hein ? Il n'y a que mes doigts de fées qui t'intéressent, c'est ça ?! s'exclama-t-elle en se rapprochant la blonde pour brandir ses doigts sous son nez.
– Arrête ! rigola Charlotte en reculant sur le lit. On va croire que je te fais faire des drôles de choses maintenant !
– Charlotte Tronsky ! s'exclama Eva, faussement choquée. Serais-tu en train de sous-entendre que ces doigts (Eva gigota ses doigts sous le nez de la blonde) t'ont servi pour tes propres besoins ?
– Eva, dégage ! Tu fais flipper ! » hoqueta Charlotte entre deux éclats de rire alors qu'elle s'était levée pour se mettre au milieu de la chambre.
Eva bondit elle aussi hors du lit.
« Moi ? Faire peur ? Qu'est-ce que vous me racontez, Miss Tronsky ? Votre addiction au jus de citrouille vous aurait-t-elle fait perdre la tête ?
– La ferme ! » s'écria la blonde avant d'attraper à la vitesse de l'éclair son oreiller et de le balancer à la figure d'Eva.
Ou c'est ce qu'elle tenta de faire plutôt. Bien sûr Eva fit la maline car, comme à son habitude, elle n'eut pas de problème à attraper un objet en plein vol.
« Alors là, tu vas le regretter, » la prévint la brune avec un sourire qui ne présageait rien de bon.
Charlotte s'enfuit avec un cri vers la salle de bain. Eva la prit en chasse.
« Hé, pas si vite Tronsky ! »
nombre de mots : 8 400
titre : rencontres nocturnes
Avec un seul review, je pense que peu de gens envisageront de cliquer sur cette fanfiction mais j'ai quand même quelques chapitres en stock (3 de plus). Sans doute que je devrais revoir ma façon d'écrire pour rendre tout ça plus dynamique et divertissant mais je ne sais pas trop comment faire. Je suis déjà assez fière d'avoir écrit autant ! La bise.
Next time : Un samedi au soleil, un match de foot et des conversations au bord du lac.
