le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 5 : Le Club des Loosers
« Je voulais te prévenir avant que tout le monde ne lise la Gazette demain matin. Il y a eu une attaque à la conférence organisée par le service de ta mère. Les détails sont encore flous mais il y a certainement plusieurs morts. Ils n'ont pas encore identifié tous les corps mais… »
Euphémia ferma les yeux, semblant peinée. Elle inspira profondément puis replongea son regard dans celui de sa filleule.
Eva ne voulait pas voir la pitié dans les yeux d'Euphemia alors que Dumbledore les observait silencieusement derrière son bureau. Elle haïssait voir les yeux larmoyants de la matriarche des Potter – elle d'habitude si impénétrable, ça ne faisait qu'apporter des larmes dans les yeux d'Eva.
Elle ne voulait pas qu'elle le dise. Si elle le disait cela voudrait dire qu'Eva devait accepter que c'était réel – pas juste un mauvais rêve.
Eva sentait son visage s'effondrer. Elle pinça les lèvres mais deux larmes traîtresses lui échappèrent malgré ses efforts.
« Je suis désolée, Eva. Ta mère est introuvable. »
Sa lèvre inférieure trembla, signe avant-coureur d'une crise de larmes. Pourtant, elle s'y refusait.
Elle vrilla son regard sur le plafond ornementé, posant ses doigts sous ses yeux brillants. Elle respira profondément pour éviter à Dumbledore d'assister à un spectacle des plus répugnants et le bruit du fluide de son nez qu'elle retenait fit écho dans le bureau de ton directeur et, accessoirement, sorcier le plus légendaire du 20ème siècle.
« Oh, darling. »
Deux secondes plus tard, Eva avait le visage enfoui dans la poitrine d'Euphémia. Sa chaleur et son parfum familier lui rappelèrent sa mère. Eva ferma les yeux avec une grimace peinée puis renifla plus fort.
Le dernier contact qu'elle avait eu avec sa mère était il y a deux semaines. Elle lui avait écrit pour lui dire qu'elle était bien arrivée à Poudlard et qu'elle faisait de son mieux pour être attentive en cours. Elle l'avait aussi rassuré sur le fait qu'elle assistait sagement aux heures de tutorat et qu'elle ne passait pas son temps dehors ou non accompagnée.
Sa mère lui avait répondu à peine un jour plus tard, lui disant qu'elle était submergée par le travail puisque son service préparait une rencontre avec le Président moldu français pour le mois d'octobre. C'était une réunion très importante qu'il ne fallait pas gâcher. Elle avait ajouté un paquet de chocolats pour motiver sa fille à continuer à être studieuse.
Eva se fustigea mentalement : pourquoi n'avait-elle pas répondu ?
Soudainement, elle pensa à Oscar. Si sa mère était morte qui s'occupait de lui actuellement ? Était-il seul à l'appartement à attendre au pas de la porte que sa mère revienne sans se douter qu'elle ne franchirait plus jamais le pan de la porte ? Qui allait penser à lui ? Qui allait s'occuper de lui alors qu'Eva était coincée à Poudlard ? Et l'appartement ? Est-ce qu'elle pourrait le garder ? Elle n'avait pas le moindre sous et elle savait très bien que sa mère n'avait que des maigres économies. A peine de quoi payer un mois de loyer puis ensuite Eva se retrouverait à la rue. Et qui accepterait de l'embaucher, incompétente qu'elle était ?
« Elle est vraiment morte ? » demanda la jeune fille d'une petite voix aiguë qui brisa le cœur d'Euphemia.
Euphemia desserra légèrement son étreinte et passa une main tendre sur le front de sa filleule pour dégager ce dernier de ses cheveux emmêlés. Puis, elle lui embrassa tendrement le front avant de murmurer d'un air peiné :
« Je ne sais pas, ma chérie, je ne sais pas. »
Eva avait toujours perçu Euphémia comme une femme ayant toute la sagesse du monde. C'était la première fois qu'elle lui paraissait aussi incertaine, lui rappelant qu'elle n'était plus une enfant. A 17 ans, Eva savait que les adultes n'étaient pas infaillibles. Et, en vue des circonstances actuelles, elle ne pouvait pas leur en vouloir.
Après ce qui parut être une éternité, Euphémia la relâcha mais resta pourtant très proche, continuant de lui caresser les cheveux avec tendresse alors qu'Eva se mouchait discrètement avec le mouchoir que Dumbledore avait fait léviter sous son nez.
Une partie d'elle se demandait si toutes les mères du monde avaient ce pouvoir de réconfort car il n'y avait rien de plus tendre que le toucher d'une mère. Une autre partie d'elle se demandait si Dumbledore avait l'habitude d'assister à des crises de larmes de ses élèves dans son bureau ou si le privilège lui revenait à elle, Eva Brown de Poufsouffle. C'était la deuxième fois déjà qu'elle le faisait assister à ce spectacle.
Elle priait pour qu'il n'y ait pas de troisième occasion.
« Ça va mieux ? » demanda doucement Euphémia, à genoux devant sa filleule ce qui laissait la possibilité à cette dernière de croiser le regard de Dumbledore si elle osait regarder dans sa direction.
Eva haussa mollement ses épaules, se sentant lessivée mais comme si elle pouvait bien se remettre à pleurer d'une seconde à l'autre.
Euphémia glissa une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa queue de cheval derrière son oreille.
« Tu veux venir à la maison ce week-end ? proposa-t-elle. Albus n'y verra pas d'inconvénients, n'est-ce pas Albus ? » dit-elle en direction du directeur qui ne fit que sourire avec amusement au ton menaçant d'Euphemia Potter alors qu'Eva était, quant à elle, effarée par son cran.
Euphémia prenait le même ton avec la légende du siècle qu'avec James lorsqu'elle le prévenait qu'il ne devait pas poser un pied dans la cuisine sous peine d'un couvre-feu jusqu'à sa majorité.
Elle ne lui avait jamais pardonné d'avoir mis sens dessus dessous la cuisine après qu'il eut envie de se faire un encas nocturne à 2 heures du matin. Sachant qu'il avait interdiction de toucher au contenu du garde-manger, il avait tenté de se concocter un petit plat dans le noir complet. Le résultat avait été désastreux. A moitié endormi, James avait fait tombé toute la vaisselle, déclenchant l'alarme du manoir et brisant la vaisselle de mariage de ses parents.
Eva inspira un grand coup puis se frotta les yeux avec force avant de se redresser dans son siège.
« C'est gentil Euphémia mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour moi de rater des cours. McGonagall ne m'y autoriserait pas de toute façon.
— Darling, soupira Euphémia comme si la Poufsouffle devant elle était un enfant capricieux. Le professeur McGonagall comprendrait parfaitement que tu ais besoin de te reposer aux vues des circonstances.
— Je pense être capable de savoir par moi-même si j'ai besoin de me reposer, » rétorqua la jeune fille en sentant un énervement rare monter en elle.
Pourquoi ces adultes croyaient-ils mieux savoir qu'elle ce dont elle avait besoin ?
Qu'est-ce que ça changerait d'attendre une réponse chez les Potter plutôt qu'à Poudlard ? Ils ne feraient que la choyer et lui dire de ne pas s'inquiéter alors que non, elle avait le droit de s'inquiéter. En plus, ce n'était pas comme si elle n'était pas habituée à être au centre des rumeurs de Poudlard. Et avoir une mère déclarée disparue était une meilleure raison de se faire fixer que d'être la soi-disant briseuse de cœur de 7ème année.
Eva avait l'impression de revenir au mois de mai dernier. Elle avait été assise à cette place précise. Déjà à l'époque, les yeux impénétrables de Dumbledore étaient posés sur elle. Mais à la place d'Euphémia c'était sa mère qui avait été présente. Et contrairement à Euphémia, sa mère ne s'était pas mise à genoux et ne l'avait pas réconforté d'une main douce.
Non, après lui avoir seulement jeté un coup œil après être apparu dans la cheminée, elle s'était tournée vers Dumbledore, une grimace de rage familière déformant les traits de son visage.
En temps normal, Eva était pétrifiée de peur devant les accès de colère de sa mère mais ce jour-là il y avait comme du coton dans ses oreilles. Elle avait du mal à se concentrer sur ce qu'il y avait devant elle.
Elle se rappelait seulement de la lourdeur de sa tête qu'elle peinait à tenir droite et du picotement douloureux de sa poitrine. Elle avait voulu gratter sa peau pour faire disparaître cette horripilante démangeaison mais les bandages que Pomfrey avait enroulés autour de sa poitrine et de ses mains exactement pour cette raison l'en empêchaient.
La seule chose dont elle se souvenait était la réponse de sa mère lorsque Dumbledore lui avait demandé ce qu'elle souhaitait faire de sa fille une fois qu'elle eut terminé de se disputer de vive voix avec McGonagall qui n'avait pas supporté que sa mère parle aussi impoliment au Directeur.
Le mutisme et l'air impassible du directeur avaient certainement fait sortir de ses gonds sa mère.
« Gardez-la. J'ai des affaires à régler. »
Puis avant de partir, elle avait posé son regard rempli d'une détermination qu'Eva ne comprenait pas sur elle.
« Repose-toi bien. »
Puis elle avait disparu en un jet de flamme et McGonagall lui était tombée dessus alors que le brouillard dans lequel elle était emprisonné depuis son réveil à l'infirmerie s'était enfin levé.
Le gémissement désespéré lui avait échappé :
« Maman— »
Elle n'arrivait plus à respirer. Elle voulait mourir mais pourtant son corps paraissait vouloir lui rappeler à quel point elle était en vie.
Toutes les odeurs, les sons, les émotions, les sensations qu'elle avait assourdies la frappaient de plein fouet.
Elle était effrayée. Elle avait mal. Elle avait l'impression que son corps ne lui appartenait plus.
Dans un sursaut de conscience, Eva avait frappé la main de McGonagall qui voulait se poser sur son épaule. Elle refusait qu'une énième personne ne la touche. Puis c'était le noir total. Lointainement, elle avait entendu des cris (« respirez, Eva, respirez ! » ; « Albus, où est Pomona ?! ») mais rester éveillée avait été si douloureux qu'elle s'était évanouie.
Une crise de panique, lui avait expliqué plus tard Pomfrey.
Jamais elle n'avait pensé que son corps pouvait la trahir d'une façon si effrayante mais ça n'avait pas été la dernière fois.
Lors de sa dispute avec James qui l'avait suivi jusqu'à tout récemment, elle avait senti sa respiration se saccader alors qu'il se bornait à vouloir la faire admettre qu'elle l'évitait.
Il n'avait pas voulu la laisser partir. L'anxiété était montée. Elle n'avait pu s'empêcher de lui cracher toutes les méchancetés au monde pour qu'il la laisse seule. Et il l'avait fait. Pourtant, son visage abasourdi et blessé s'était inscrit dans la mémoire de la Poufsouffle et la culpabilité que celle-ci ressentait par rapport à ce moment avait été la cause de bien d'autres crises durant l'été.
Et aujourd'hui, c'était ces mêmes yeux qui étaient posés sur elle. Des yeux hésitant toujours entre marron et vert, comme ceux de James.
Malgré ses années d'expérience, Euphémia ne parvenait pas à cacher la lueur de douleur dans ses yeux lorsque Eva lui jeta à la figure son aide.
Pourtant, contrairement à son habitude, Euphémia ne poussa pas à bout sa filleule pour la faire entendre raison. Elle parut même se dégonfler.
« D'accord, Eva. Si tu ne veux pas venir, je ne t'y obligerai pas. Cependant, ajouta-t-elle en la regardant d'un air menaçant, je te préviens que je n'hésiterai pas à venir te chercher si je le juge nécessaire. Je suis ta marraine et ta mère compte sur moi pour veiller à ton bien-être.
— Les morts n'en ont rien à faire des vivants. Ils sont morts. »
Clac
Eva releva des yeux surpris vers Euphémia qui s'était frappée la cuisse avec force – comme si elle s'était retenue de ne pas la frapper.
Eva se sentit toute petite face à son regard furieux.
« Ne redis plus ce genre d'inepties, tu m'entends ?! »
Elle acquiesça timidement en regardant la femme devant elle avec prudence. Malgré son accord, Euphemia Potter continua de la regarder avec insistance comme si elle savait qu'Eva n'acquiesçait que pour lui faire plaisir.
« Eh bien Albus, je vais vous laisser pour aujourd'hui, dit Euphemia en se relevant finalement après avoir passé de longues secondes silencieuses à fusiller sa filleule du regard. N'hésitez pas à m'envoyer un hibou s'il y a un quelconque changement. Il en va de même pour toi, Eva, » ajouta-t-elle vers la Poufsouffle qui s'empressa d'acquiescer encore une fois de peur d'attirer ses foudres.
Puis après un baiser sur la joue pour lequel Eva du se baisser (après ses 15 ans, rares étaient les femmes plus grandes qu'elle. Eva ne savait pas d'où elle avait hérité sa grande taille vu la petitesse de sa mère.), Euphémia partit avec dignité vers la cheminée. Elle disparut en un jet de flamme verte.
Alors qu'Eva s'apprêtait à saluer son Directeur pour éviter une énième situation maladroite avec lui, ce dernier la surprit en lui adressant la parole :
« Ne croyez-vous pas que les morts veillent sur nous, Miss Brown ?
— Je – je ne sais plus ce que je crois, Monsieur, balbutia-t-elle, décontenancée qu'Albus Dumbledore lui pose une telle question. Mais si les morts veillent réellement sur nous, je les plains. Le spectacle n'est pas très beau ici alors les morts feraient mieux de profiter du Paradis et d'oublier leurs proches toujours vivants.
— N'êtes-vous pas catholique, Miss Brown ? »
Comment diable savait-il cela ?
« Une mauvaise catholique certainement, oui.
— Eh bien prions pour que votre mère nous revienne en bonne santé, dit-il en souriant derrière ses mains croisées.
— Hum, merci, professeur, répondit gauchement la jeune fille, de plus en plus perdue par cet étrange échange.
— Au revoir, Miss Brown.
— Au revoir, professeur. »
.
.
Le samedi avait toujours trôné à la première place du meilleur jour de la semaine jusqu'au début de cette année scolaire.
La raison ? Deux heures d'étude obligatoires.
Depuis la deuxième semaine de sa 7ème année, entre 17h et 19h, Eva était enfermée dans la classe de Métamorphose. Ses seuls faibles réconforts étaient qu'elle n'était pas la seule dans ce cas-ci et que ce n'était pas toujours McGonagall ou Amelia Avery qui étaient en charge de la surveillance.
Pourquoi était-elle donc obligée d'aller à ces deux heures pendant le week-end alors qu'elle était majeure ?
La raison était simple : Poudlard était soi-disant la meilleure école de sorcellerie d'Europe et c'est pourquoi il était impensable que des cancres ou des fainéants baissent le classement de l'école. Chaque année les professeurs effectuaient donc une liste des élèves ayant le plus besoin de soutien pour obtenir de bons résultats aux A.S.P.I.C.S.
En soit, c'était un bon concept. Cela démontrait que Poudlard faisait attention à ce que chaque élève soit bien suivi dans son cursus. Pourtant, il n'y avait rien de plus honteux que de se faire donner son emploi du temps et une sommation pour venir aux cours de soutien par son Chef de Maison à la rentrée de septembre.
Des bons penseurs comme Charlotte disait que c'était une très bonne initiative du rectorat de mettre ce système en place. Certains avaient moins de facilité, il fallait donc faire attention à ce qu'ils ne tombent pas entre les mailles du système.
D'autres comme Emmeline trouvaient tout simplement que c'était la honte de faire partie de ce « Club des cancres » puisqu'en être membre était synonyme de looser.
En bref, Eva n'avait pas été ravie de recevoir le carton d'invitation pour le Club des Cancres mais elle ne pouvait pas dire qu'elle ne s'y attendait pas. Alors qu'Eva avait eu des résultats moyens aux B.U.S.E.S, ses résultats avaient été catastrophiques en fin de 6ème année. Son décrochage avait été graduel mais les examens de fin d'année avaient été un véritable désastre.
Suite à une discussion avec Chourave au début de l'année, Eva avait deviné que ce n'était que grâce à sa « situation exceptionnelle » et grâce au soutien de sa Cheffe de Maison qu'elle n'avait pas redoublé. Le véritable lobby que sa mère avait mené avait sans doute été un facteur clé lui aussi mais Chourave n'avait rien dit à ce sujet.
De ce fait, à peine sorti de son entrevue avec le directeur, Eva se dépêcha de descendre les deux étages pour récupérer ses affaires dans sa chambre (et pour enfiler un nouveau T-shirt en plus d'un pull et d'un pantalon cintré à carreaux – l'odeur du lac n'était pas très sexy) avant de remonter les étages pour atteindre la salle de Métamorphose au 3ème. Malgré son empressement, elle arriva tout de même en retard.
« Pardon pour le retard, s'excusa-t-elle immédiatement dès qu'elle fut rentrée dans la salle, légèrement essoufflée.
— 15 points en moins pour Poufsouffle, » dit une voix bien familière d'un air désintéressé.
Bien sûr, la seule fois où elle arrivait en retard il fallait que ce soit Amélia Avery, la nouvelle préfète-en-chef qui soit en charge de la surveillance.
Tout comme son frère jumeau, Amélia Avery était une réelle beauté. Avec ses boucles anglaises blondes retenues par un cerf-tête, ses pommettes délicates et sa bouche en cœur, elle avait tout d'une parfaite poupée.
Assise tranquillement derrière le bureau de McGonagall, la Serpentarde lisait nonchalamment un bouquin dont l'épaisseur faisait franchement peur à la Poufsouffle. Elle n'avait même pas daigné lever son nez à l'arrivée d'Eva.
« Vraiment désolée mais j'étais avec Dumbledore, s'excusa Eva en s'efforçant de parler calmement, ne pouvant pourtant pas s'empêcher de carrer la mâchoire.
— Dans ce cas donnez-moi le mot d'excuse que le directeur vous a écrit, dit la Serpentarde en changeant nonchalamment de page.
— Il ne m'en a pas fait.
— C'est donc 15 points en moins comme je vous l'ai dit plus tôt. »
Et cette fois-ci les yeux froids d'Amélia Avery daignèrent se poser sur la Poufsouffle.
Si c'était son frère jumeau, Eva aurait certainement eu droit à un sourire narquois mais Amélia Avery était la nouvelle reine des glaces des Serpentards. La satisfaction qu'elle devait sans aucun doute ressentir à cet instant précis en sachant qu'Eva ne pouvait rien dire de plus de peur d'une plus grande sanction était donc invisible à l'œil nu.
« Allez vous asseoir ou ce sera 15 points de plus. »
Eva bouillonnait. Elle avait raison et pourtant elle était la fautive ici. Une semaine plus tôt (ou un an plus tôt ?) Eva n'aurait pas eu peur de se défendre de vive voix mais elle était crevée, ses yeux la piquaient encore après sa crise de larmes et elle avait un début de mal de tête. Elle abandonna bien vite l'idée de faire voir raison à la Serpentarde.
De plus, elle n'avait pas oublié l'avertissement du jumeau d'Amélia Avery d'il y a quelques jours comme quoi sa sœur n'appréciait pas sa relation avec son petit ami, Luke Carstein.
La tête baissée et la mâchoire serrée, Eva se dirigea vers le fond de la salle où elle avait l'habitude de s'asseoir entre Meredith Ravencrest et Akash qui faisaient partie du Club des Cancres parce que ces deux-là étaient tout simplement fainéants et portaient plus d'importance à leur entraînement de Quidditch qu'à leur prise de notes.
« Tu as la tête de quelqu'un qui veut faire bouffer les pages de son vieux bouquin à notre chère Préfète-en-Chef, lui murmura Akash avec un sourire malicieux une fois qu'elle se fut installée à ses côtés.
— Le lui faire bouffer et la faire s'étouffer dessus, précisa-t-elle tout aussi doucement en sortant plume, encre, parchemins et manuels de son sac.
— Je me charge de faire le guet si tu veux, dit Meredith Ravencrest en jetant un regard mauvais à la Serpentarde qui paraissait absorbée par sa lecture.
— Et moi je cacherai le corps. Mes biceps n'auront aucun mal à porter le cadavre.
— Tu me fais pitié, Banerjee, soupira Meredith. Ton obsession à prouver l'existence de tes soi-disant muscles serait hilarante si ce n'était pas pathétique.
— Excuse-moi ?! s'offusqua Akash en peinant à dompter le volume de sa voix. Mes muscles sont plus qu'existants !
— Ce que tu viens de dire ne veut rien dire, Banerjee, rétorqua Meredith.
— Elle n'a pas tort, murmura Eva.
— Tu n'as qu'à les toucher pour voir qu'ils existent, » s'obstina Akash en ne prêtant pas attention aux commentaires de ses camarades.
A la place il empiéta sur l'espace de sa camarade en posant son bras devant Eva pour que Meredith puisse toucher ses supposés biceps. Il ignora bien entendu l'« Akash ! » exaspéré d'Eva.
« T'es vraiment fêlé dans ta tête, chuchota furieusement Meredith en jetant un coup d'œil prudent à la Préfète-en-chef. Range-moi ça. J'ai pas besoin de toucher tes bras poilus.
— Allez, Ravencrest, fais pas ta vierge effarouchée. T'as déjà touché bien plus poilu, » ajouta-t-il avec un sourire sale.
Son commentaire fut aussi bien reçu tant par la Poufsouffle que par la Gryffondor, c'est-à-dire très mal.
Eva frappa la cuisse d'Akash sous la table ce qui arracha un glapissement rapidement contenu à l'indien. Meredith prit une approche verbale du fait qu'Eva était assise entre les deux et que sauter sur Akash pour lui en foutre une était une très mauvaise idée en présence de la préfète-en-chef qui n'avait pas peur de retirer jusqu'à 50 points. La majorité des préfets n'osait que retirer grand maximum 20 points de peur de représailles de la part des élèves mais Amélia Avery était bien entendu au-dessus de ce genre de puérilité.
« Alors d'abord va te faire foutre, je fais ce que je veux, je n'ai pas d'ordre à recevoir de ta part. Deuxièmement, je n'aime pas que tu utilises l'adjectif vierge comme une insulte, c'est pas parce qu'une fille a accepté que tu lui foutes ton pénis dans son trou que ça te rend mieux que d'autres. Et troisièmement, je n'apprécie pas du tout tes sous-entendus sur ma vie. Alors va bien gentiment te faire foutre, connard.
— Oh Ravencrest, fais pas ta coincée. C'était qu'une boutade.
— Tu t'enfonces, Akash.
— Nan mais Eva, ne me dis pas que tu es de son côté ! dit Akash d'un ton incrédule en retirant enfin son bras de la table.
— Bien sûr que je suis de son côté, rétorqua Eva, tout aussi incrédule que lui. Tu t'entends parler parfois ? »
Akash soupira lourdement, se laissant retomber en arrière pour fixer le plafond.
« Les nanas c'est beaucoup trop compliquées.
— Et toi tu ferais mieux de travailler sur le filtre entre ton cerveau et ta bouche parce que Merlin sait que le nombre de conneries qui sortent de ta bouche me font peur pour la pauvre fille que tes parents te trouveront.
— Bien que je ne puisse qu'être d'accord avec Miss Ravencrest, je ne peux m'empêcher de me demander si aucun de vous trois ne connaît la signification du mot silence. »
La voix d'Amélia Avery coupa court à toute forme de discussion dans la salle. Les trois 7èmes années n'étaient pas les seuls à avoir une conversation chuchotée mais bien sûr la préfète-en-chef s'attardait sur leur table du fond.
« Eh bien, personne n'a rien à dire ? Miss Ravencrest vous étiez pourtant si bavarde.
— Pardon, je croyais que vous vouliez une démonstration de ce qu'est le silence, Miss Avery, » répliqua Meredith d'une voix moqueuse, un sourire niais aux lèvres.
Le seul signe d'un mécontentement quelconque de la part d'Avery fut son froncement de sourcils qui resta durant les quelques longues silencieuses secondes où elle paraissait réfléchir à la meilleure démarche à suivre.
« Et quelle démonstration, Miss Ravencrest. 50 points en moins pour Gryffondor. »
Des murmures incrédules s'élevèrent dans la salle. Surtout du côté des Gryffondors, c'est-à-dire Liam Olsen et Steve McAvoy puisque le reste de la salle était vide – aucun élève ne s'était coltiné des heures d'études obligatoires comme punition cette semaine.
A côté d'elle, Eva pouvait sentir la rage de Meredith qui faisait bien souffrir sa plume avec sa poigne de fer. Pour sa part, Eva n'était pas bouche-bée comme Akash mais plutôt résignée face à cet abus d'autorité.
« Quelque chose à redire, Mister Olsen ? claqua Amélia Avery en haussant la voix pour faire taire les chuchotements agités dans la salle. Déranger le déroulement d'une leçon coûte 20 points, se montrer irrespectueux envers une figure d'autorité 25 points et user d'un langage familier 5 points. Tout cela conformément au règlement intérieur de Poudlard, bien sûr. Si vous avez des plaintes, faites-les remonter jusqu'au Directeur.
— Eh bah mes plaintes remonteront certainement jusqu'à Dumbledore, Madame la Préfète-en-Chef, gronda Liam Olsen avec insolence.
— Attention, Olsen...
— Quoi ? Je ne fais que montrer mon respect pour une figure d'autorité, dit Liam Olsen en ne faisant même pas semblant de ne pas se foutre ouvertement de la gueule de la Serpentarde.
— Bien sûr, Olsen...dit doucement Amélia Avery avec le retour de son froncement de sourcils qui n'annonçait jamais rien de bon. Etant donné que les badges de capitaine de Quidditch sont si facilement rétractables, ce serait très malheureux que vous vous montriez irrespectueux. »
Même Steve McAvoy qui était une véritable marmotte tous les samedis soir à cause de sa picole du vendredi soir et du samedi après-midi était raide comme un piquet sur sa chaise. Impossible de rester endormi avec la tension électrique pesant dans la salle. Il avait même remonté son éternel bonnet sur son front pour bien voir la suite.
Liam Olsen, lui, paraissait être à deux doigts de sortir sa baguette vu sa veine de front saillante. Et même Akash qui n'avait pourtant pas été adressé directement paraissait prêt à se joindre à la mêlée : en tant que fan de Quidditch, toute menace envers une position de Quidditch durement acquise était prise personnellement.
Eva posa sa main sur l'avant-bras bronzé de son ami. Akash lui lança un regard du coin de l'œil. Eva lui fit signe de la tête de ne pas s'en mêler. Il détourna rageusement les yeux mais au moins il ne donnait plus l'impression d'être prêt à bondir d'une seconde à l'autre.
« Putain, je vais vraiment me la faire, » gronda tout bas Meredith Ravencrest.
Eva jeta un coup d'œil à la plume abandonnée de la Gryffondor. Meredith serrait tellement fort son poing qu'elle en tremblait. La flamme de rage qui brillait dans ses yeux intimida la Poufsouffle.
Eva ne put s'en empêcher :
« Tu ne devrais pas. Tu te créeras seulement des ennuis » dit-elle avec le plus grand sérieux à la Gryffondor.
Meredith émit un petit rire sarcastique en réponse.
« Oh ça je le sais. Crois-moi, si je le pouvais, plus aucun de ces serpents ne se trimbaleraient avec leur p'tit air suffisant.
— Rassieds-toi Olsen ou ce sera 50 points en moins, » siffla soudainement Amélia Avery, la froideur de sa voix atteignant de nouveaux records.
Liam Olsen s'était en effet levé. A son menton relevé Eva devinait qu'il n'allait pas obéir. A ses bras pendants on pouvait penser qu'il était calme mais le mouvement frénétique de ses doigts qu'il pliait et dépliait prouvait le contraire.
« Pardon mais ces chaises de merde me donnent mal au cul. J'ai besoin d'aller à l'infirmerie. Mon cul est sensible. Je ne suis pas habitué à avoir un balai dans le cul contrairement à certaines personnes. »
Eva poussa une exclamation choquée face au culot du capitaine des Gryffondors.
« 100 points en moins, le prévint Amélia Avery à voix basse. C'est vraiment ce que tu veux, Olsen ? »
Il leva le menton plus haut comme réponse.
Gryffondor et Serpentard se fusillèrent du regard. Un silence de mort régnait dans la salle.
Cent points...Il était prêt à faire perdre cent points à sa Maison. Et à mettre en danger son badge de capitaine de surcroît. Sans compter les foudres des Serpentards qui n'allaient pas lui pardonner de sitôt de s'en être pris à une des leurs qui avait réussi à grimper jusqu'en haut de l'échelle hiérarchique.
Jamais Eva ne comprendrait l'obstination des Gryffondors. D'où venait cette détermination à ne pas se laisser intimider ? D'où puisaient-ils la force de s'affirmer sans afficher aucune crainte ?
« Ne me fais pas me répéter, Olsen... »
Eva plia entre ses doigts la manche d'Akash.
« Ra-ssieds-toi, ordonna la Serpentarde entre ses dents en détachant bien chaque syllabe, laissant enfin transparaître l'énervement qui se cachait derrière son masque de glace. Olsen. »
Liam Olsen la narguait du regard. Fais-le, semblait-il dire.
Eva n'osait pas respirer. Elle ne voulait pas voir ce qui allait suivre et pourtant c'était impossible de ne pas faire alterner son regard entre le Gryffondor et la Serpentarde. Aucun des deux n'était prêt à se soumettre à l'autre.
Puis, finalement, Liam s'avança dans l'allée centrale. Un pas, deux pas, trois pas. C'était comme voir un accident au ralenti.
Les narines d'Amélia Avery frémirent. Son dos se raidit.
Eva la vit tendre sa main vers sa baguette qui était depuis le début posée sur son bureau.
Puis, tout le monde fut pris de court : quelqu'un venait de toquer à la porte. Tous les regards se tournèrent dans cette direction à part ceux d'Amélia Avery et de Liam Olsen qui ne se quittaient pas des yeux. La nouvelle position du capitaine de Quidditch au milieu de l'allée les mettait face à face avec seulement quelques mètres de séparation.
Le professeur McGonagall entra sans attendre de réponse :
« Bonsoir à tous, pardonnez mon intrusion mais j'ai avec moi des nouveaux membres, » annonça-t-elle de suite en marchant jusqu'à son bureau.
McGonagall mit quelques instants avant de remarquer le capitaine de son équipe de Quidditch planté en face d'elle :
« Olsen, que faites-vous donc debout ? demanda-t-elle d'un air confus.
— J'ai mal au coccyx, professeur. Je voulais aller voir Pomfrey, répondit calmement le Gryffondor comme si le fait de mentir à la sous-directrice n'était pas la chose la plus culottée à faire à Poudlard.
— Vraiment, Olsen ? Ne m'aviez-vous pourtant pas dit être en parfaite santé suite à votre chute ? »
Il haussa les épaules, le con. Le culot des Gryffondors n'avait donc aucune limite.
« C'est ce que je croyais.
— Ce qu'il oublie de vous dire professeur est que c'est son impertinence qui a réveillé ses maux, intervint Amélia Avery dont Eva avait vu le visage passer d'une colère noire à un vide complet à une rapidité inquiétante dès que le professeur avait fait son apparition.
— C'est-à-dire ? claqua McGonagall qui donnait l'étrange impression d'être agacée par la Préfète-en-Chef.
— Liam Olsen a cru bon d'adopter le comportement le plus irrespectueux qui soit à mon égard pour défendre les bêtises d'une autre.
— Parle anglais, Avery ! Peut-être que quelqu'un te comprendrait si tu le faisais, railla Liam Olsen avec un rictus moqueur.
— Ça suffit ! le rabroua sèchement McGonagall. Avery. Expliquez-vous clairement. »
Eva ne manqua pas de remarquer le regard assassin d'Avery à la sommation de McGonagall bien que la Serpentarde se contrôla très rapidement.
« Bien sûr, professeur, » consentit la Serpentarde.
Amélia Avery posa son regard devenu calculateur sur le Gryffondor qui le lui rendait avec moquerie. Son sourire crispé ne laissait aucun doute sur le fait qu'il n'allait pas lui rendre la tâche facile.
« Olsen a décidé de contester de la manière la plus vulgaire qui soit des points que j'ai retiré à Miss Ravencrest du fait de son comportement perturbateur, révéla Amélia Avery.
— Précise-lui combien de points, Avery. Je pense que c'est un détail important, non ? s'exclama Liam Olsen avec un faux air innocent, levant ses mains. J'dis ça moi je dis rien. »
La mâchoire de la Serpentarde se crispa.
Oh, si un regard pouvait tuer Olsen ne serait déjà plus là.
Voyant que la préfète-en-chef ne répondait rien et que si elle laissait les choses se faire naturellement la Serpentarde et le Gryffondor continueraient à se fusiller du regard, McGonagall prit la parole, de plus en plus sèche :
« Miss Avery.
— 50 points professeur, » répondit dignement la préfète-en-chef.
Eva entendit des murmures incrédules. Etant donné que les 5 personnes présentes aujourd'hui (dont Liam Olsen qui lançait un regard narquois à la préfète-en-chef à son aveux) étaient muets comme des carpes et que la bouche de la Préfète-en-chef et de la sous-directrice ne bougeaient pas, son regard se porta naturellement vers la porte toujours grande ouverte suite à l'entrée de McGonagall.
Eva aperçut des cheveux blonds foncés et un visage rond qu'elle prit quelques secondes à reconnaitre.
Peter Pettigrow ? Que faisait-il ici ?
Et Remus Lupin aussi, ajouta-t-elle à sa liste lorsque le visage pâle de ce dernier apparut par-dessus l'épaule du plus petit Gryffondor. Son froncement de sourcils lui donnait un air contrarié qui contrastait avec son air d'habitude serein.
« 50 points..., répéta platement McGonagall. Et qu'avait donc fait Miss Ravencrest ?
— Miss Ravencrest semblait avoir du mal à comprendre la partie silencieuse de cette séance d'étude. Elle a fait preuve d'une extrême impolitesse de surcroît.
— Je suis seulement polie avec ceux qui méritent mon respect, » intervint Meredith en un éclat de voix tonitruant.
Eva l'avait trouvé étonnement contenue jusque lors mais sans doute que la Gryffondor avait atteint sa limite. Elle se tenait bien droite et la même lueur rebelle qu'avait Liam Olsen se lisait dans ses yeux.
« Vous voyez, » fit Amélia Avery en faisant un geste entendu vers la Gryffondor.
Mais McGonagall ne parut pas être si enclin à prendre le parti de la préfète-en-chef. A la place, elle paraissait détailler chaque personne du regard. Lorsque ses yeux perçants se posèrent sur Eva, cette dernière rentra inconsciemment sa tête dans ses épaules mais le professeur de métamorphose ne s'attarda qu'un bref instant sur elle.
Finalement, après un long instant de silence qui paraissait outrer l'héritière des Avery, McGonagall reprit la parole en posant son regard sur Meredith :
« Les 50 points seront retirés.
— Mais professeur ! s'écria avec indignation Liam Olsen.
— Taisez-vous, Olsen. Et retournez vous asseoir. »
Voyant que la bouche du Gryffondor se rouvrait pour émettre sans aucun doute une nouvelle protestation, McGonagall le coupa net :
« Allez vous asseoir, Olsen. Votre mal au coccyx doit avoir mystérieusement disparu tout comme il était mystérieusement apparu. Ne me prenez pas pour une idiote ou ce sera 50 points de plus.
— Vous ne le feriez pas, gronda Liam.
— Oh Monsieur Olsen si vous continuez sur cette voie je me ferais un plaisir de le faire. Ne me tentez pas, » le prévint McGonagall d'un air menaçant.
Après un instant où le Gryffondor parut réfléchir de toutes ses forces, celui-ci baissa finalement les bras. Non pas sans se faire entendre : il donna un coup de pied au pied de sa table en s'asseyant bruyamment. Steve McAvoy se pencha vers lui pour lui chuchoter à l'oreille mais ce qu'il lui dit ne parut pas le calmer puisqu'Olsen se dégagea d'un coup d'épaule. Les bras croisés sur son torse et le regard noir, il paraissait toujours sur le point d'exploser. Il n'y avait que la menace très réelle de sa Cheffe de Maison qui le contenait.
« Professeur, cela me semble—
— Nous en discuterons plus tard, Miss Avery, trancha McGonagall à l'ébahissement d'Eva tandis qu'Avery, elle, paraissait à deux doigts de perdre son contrôle légendaire, nullement habituée à ce que l'on ignore ainsi. Maintenant, passons à autre chose. Rentrez, vous autres ! Et dépêchez-vous ! »
Et ce ne fut pas que Pettigrow et Lupin qui rentrèrent dans la salle en traînant des pieds. Non non, ce fut l'entièreté de leur promotion. James Potter, Sirius Black, Mary McDonald, Lily Evans, Lucy Emerson, Saoirse Stewart. Tous les Gryffondors de 6ème année étaient présents. Que diable faisaient-ils ici un samedi soir ?
Etant donné que les tables du fond étaient déjà prises par les 5 cancres officiels de 7ème année, les Gryffondors furent obligés de se rapprocher du devant de la salle où la Serpentarde fixait avec dureté le dos du professeur de Métamorphose qui surveillait, quant à elle, d'un œil attentif ses lionceaux.
McGonagall semblait n'en avoir que faire de s'être attirée les foudres de la très orgueilleuse Amélia Avery.
Eva avait du mal à comprendre le comportement de la sous-directrice.
Corps enseignant et préfets étaient toujours du même côté. Ça allait dans l'ordre naturel des choses. Si les enseignants ne soutenaient pas les préfets, qui allait respecter l'autorité de ces derniers ? Déjà que c'était très compliqué pour un préfet de 5ème année d'établir son autorité sur un 7ème année qui allait plutôt ricaner à un commentaire d'un p'tit jeune plutôt que de se repentir ; si les professeurs affichaient aussi clairement leur mépris pour certains préfets à quoi bon mettre en place un tel système ?
De surcroît, bien qu'Eva ne l'appréciait pas du tout, il fallait admettre qu'on ne pouvait pas juste ignorer Amélia Avery.
Elle était la préfète-en-chef. Et si la sous-directrice qui était en plus la Cheffe de Maison des Gryffondors affichait aussi clairement sa prise de position, qu'allait-il advenir du déjà très dangereux équilibre à Poudlard ?
Les Serpentards (i.e. leurs parents) s'étaient plaint à tue-tête ces dernières années qu'il était inconcevable qu'aucun Serpentard n'ait été désignée Préfet-en-chef depuis Narcissa Black quatre ans plus tôt en 1972 alors que les Serpentards se hissaient toujours en tête des classements des meilleurs élèves. Ils avaient crié au favoritisme de la part du Directeur et de la Vice-directrice, tous deux issus de la Maison de Godric Gryffondor.
Pour Eva, le choix des préfets et préfets-en-chef s'expliquait en partie du fait que les Serpentards se montraient de plus en plus reclus. Les résultats scolaires comptaient bien sûr énormément mais si un ou une préfète-en-chef ne savait pas se montrer impartial, comment pourrait-il traiter équitablement ses préfets et les élèves de manière générale ?
Personnellement, elle trouvait cela très suspicieux qu'Amélia Avery ait été désignée juste l'année où sa relation avec Luke Carstein avait été rendue officielle. Elle flairait le coup bien monté.
(Surtout en sachant que Marlène McKinnon et son génie existaient.)
Jamais la jeune Avery n'avait montré un quelconque intérêt pour le Serdaigle avant le milieu de la 6ème année, année fatidique pour chaque prétendant au titre.
Au début de l'année, on hésitait encore sur l'identité du futur préfet-en-chef. Serait-ce Frank Londubat dont la dextérité l'avait rendu l'un des chouchous de Flitwick et de Slughorn? Royce Mulciber, le parfait orateur qui parvenait toujours à avoir raison ? Ou bien Luke Carstein, surnommé moqueusement le protecteur des plus faibles par Amos ?
Mais en fin d'année le choix avait été clair.
Suite à la disparition très suspecte de son père, Frank Londubat avait annoncé vouloir se concentrer sur ses études pour exploser tous les records à la formation des Aurors. Quant à Mulciber… Eh bien les zones d'ombres sur ses agissements avaient même rendu hésitant Slughorn qui était pourtant son plus grand soutien.
Luke Carstein deviendrait donc l'héritier du badge. Et, quelques semaines après la mise à l'écart de Mulciber, Eva avait aperçu Luke Carstein et Amélia Avery discuter doucement à chaque recoin du château.
Dans un rare moment de sottise, Eva avait osé faire un commentaire au jumeau de la Serpentarde avec qui Slughorn l'avait mise pour la durée du cours de Potions :
« Ton futur beau-frère te plaît ? »
Le sourire en coin d'Oliver Avery habituellement moqueur avait pris une tournure étrange. Il semblait…attristé ?
Eva n'avait pas réussi à déchiffrer l'émotion qui se cachait derrière ce sourire alors que le blond fixait sa sœur et son prétendant travailler calmement sur leur potion à quelques pas de là.
Entre le visage impassible de la sœur et celui toujours moqueur du frère, Eva aurait eu tendance à dire que le frère était le plus facile à lire des deux mais cet instant précis la fit changer d'avis.
« Pas comme si j'avais mon mot à dire, » finit-il par dire avec un haussement d'épaules nonchalant avant de changer complètement de sujet en se moquant de la façon dont la Poufsouffle avait coupé en lamelle la queue de serpent.
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Pour en revenir à nos Gryffondors d'un an ses cadets, Eva capta le regard de James alors que Peter et Remus s'asseyaient à la table devant la sienne. James lui fit un sourire fatigué avant de se laisser tomber sur une chaise devant la table de Peter et Remus, Sirius s'asseyant automatiquement à ses côtés.
Quant aux groupes de filles, elles se repartirent naturellement sur les tables vides devant celle de Liam Olsen et Steve McAvoy.
« Qu'est-ce qu'ils foutent là eux ? » marmonna Meredith à la droite d'Eva.
Akash renifla bruyamment :
« Ça sent la liche.
— Ne me dis pas qu'ils se sont fait choper ivres par McGo', » grommela Meredith d'un air exaspéré.
C'est vrai que maintenant qu'elle le disait, ça semblait être l'explication la plus probable. A l'exception de Saoirse Stewart dont la réputation de grande gueule était bien connue, le reste des filles semblaient mal à l'aise.
En particulier, Lily Evans qui tapait du pied avec agitation.
Si elle avait vraiment été surprise en train de boire un samedi après-midi dans l'enceinte du château, ça la mettait dans une sacrée impasse. Pour parler de politique encore une fois, la rousse était sur la bonne voie pour hériter du badge d'Amélia Avery qui était actuellement en pleine discussion animée avec McGonagall – les deux ne parlaient pas assez fort pour qu'Eva entende exactement ce qu'il se disait mais vu leurs expressions faciales, le ton ne devait pas être très amical. Un méfait de ce genre pouvait mettre en danger la candidature de la rouquine si ça remontait aux oreilles des mauvaises personnes.
De plus, l'alcool expliquerait la torpeur et la fatigue qui se lisaient sur les traits des visages du quatuor masculin. Maintenant qu'Eva y pensait, les yeux de James avaient semblé être injectés de sang.
La batteuse de l'équipe de Quidditch donna un coup de pied violent à la chaise de Peter Pettigrow qui fit sursauter ce dernier :
« Quoi ? s'exclama-t-il avec mauvaise humeur avant de se tourner et d'intercepter le regard meurtrier de Meredith qui le fit se calmer bien vite.
— Vous êtes bourrés ? demanda-t-elle de but en blanc.
— Euh…, fit lentement Peter Pettigrow en jetant un coup perdu à Remus Lupin qui haussa les épaules d'un air fatigué – en voilà un qui semblait s'être résigné à son sort. Peut-être ? finit par dire le Gryffondor avec une grimace désolée.
— Dis à Potter et Black qu'ils sont morts, » gronda Meredith d'un air menaçant.
Pettigrow lança de nouveau un regard hurlant à l'aide à son ami mais Lupin n'en avait clairement plus rien à foutre. Il leva les yeux au ciel puis s'étala sur sa table. Le coude posé sur la table et se frottant les yeux avec son index et son pouce, toute euphorie qu'avait pu lui procuré sa beuverie avait disparu pour laisser place à une fatigue de vieil homme.
Ah oui ! C'est vrai que lui aussi était préfet ! C'était triste à dire mais avec son choix de meilleurs amis, il pouvait dire adieu à toute nomination l'année prochaine.
Voyant que Lupin était K.O. et répondrait avec une rage froide si davantage dérangé, Peter prit la bonne décision et ne chercha plus de soutien de ce côté. A la place, il se résigna au fait de devenir la chouette de Meredith Ravencrest qui n'intimidait décidemment pas que son petit ami à suivre ses ordres.
« Pst, hé, Cornedrue ! »
Et qu'est-ce que c'était que ce surnom ridicule ?
James se retourna discrètement en gardant toujours un œil prudent vers le devant de la salle où la discussion animée s'effectuait toujours.
C'était lui que désignait ce surnom ?! Wat. The. Fuck. Décidément, Eva avait raté bien des choses pendant ses mois d'isolement.
« Quoi ?
— Ravencrest dit que toi et Patmol vous êtes morts.
— Hein ? s'interloqua James en fronçant les sourcils puis il se retourna plus franchement pour pouvoir croiser le regard meurtrier de Meredith.
— T'es mort, lui annonça diplomatiquement cette dernière.
— Pourquoi ? » demanda James du bout des lèvres en bougeant sa tête d'un air incrédule.
Yep. Il était bourré.
Pour toute réponse, Meredith fit une ligne diagonale au niveau de sa gorge avec son index.
James leva les mains d'un air exaspéré puis abandonna l'idée de commencer à se disputer à distance en chuchotant. Il se rassit correctement puis commença à chuchoter avec Sirius qui avait regardé le manège se dérouler en tournant à peine la tête.
Eva pouffa de rire, amusée par cette échange très Gryffondor.
« Non mais j'te jure ! Déjà qu'avec Olsen la tête brûlée en Capitaine on n'est pas aidés alors si ces p'tits cons s'y mettent aussi il ne restera plus personne aux entraînements, lui dit Meredith en passant une main agitée entre ses boucles brunes.
— Ça m'étonnerait que McGonagall abandonne l'idée d'avoir la coupe cette année, lui répondit Eva.
— Déjà l'année dernière McGo ne leur a donné aucune punition pour leur cirque avec Rogue à la fin des exams, dit Akash avec en levant les yeux au ciel. Ce n'est pas cette année qu'elle va changer de discours. C'est comme ce qu'a dit Eva, elle y tient à sa coupe. »
Eva remarqua que Peter leur jetait un regard par-dessus son épaule ce qui n'était guère surprenant étant donné qu'Akash ne prenait pas la peine de contrôler sa voix alors que les malfaiteurs étaient juste devant eux. Peut-être était-ce l'une des rares fois que quelqu'un osait les critiquer aussi franchement ? Ce serait surprenant. Pourtant c'était vrai que James et son groupe d'amis avaient une drôle de réputation qui faisait que personne n'osait les contrarier. A part les plus âgés et les quelques grandes gueules bien sûr.
« Vous les Poufsouffles, toujours avec ce discours de victime, râla Meredith. Prenez vos couilles en main et avouez que vous perdez lamentablement tous les ans parce que vous êtes merdiques. »
Eva n'avait pas besoin de poser ses yeux sur Akash pour savoir qu'il avait très mal pris la remarque de Meredith.
« Franchement Ravencrest je ne sais pas pourquoi Howard reste avec toi.
— La meilleure question est de savoir pourquoi je reste avec lui, » rétorqua de suite Meredith, piquée à vif.
Eva s'enfonça avec un soupir exaspéré au fond de sa chaise, préférant laisser les deux se fusiller du regard sans être coincée au milieu.
« Pitié, je n'ai pas la force de supporter les deux derrière, » entendit-elle Lupin râler.
Il devait être vraiment de mauvaise humeur.
« Qu'est-ce que tu viens de dire, Lupin ?! » chuchota furieusement Meredith, ne laissant aucun doute sur le fait que tout le monde avait entendu le Gryffondor.
La seconde suivante, la batteuse navigua ses jambes pour pouvoir donner un coup de pied au pied de la chaise du préfet. Ce qui suivit fut un moment légendaire qui laissa Eva sans voix.
Remus Lupin se retourna, ses cheveux en pétard ne cachant qu'en partie ses yeux d'un marron doré saisissant puis très distinctement dit :
« Ta gueule, Ravencrest. »
La bouche de Peter Pettigrow et d'Eva Brown formèrent un « o » choqué. Akash lui fit un drôle de bruit qui était en fait sa veine tentative de retenir un énorme éclat de rire. Meredith, elle, était au bord du gouffre. Ses poings fermement serrés posés sur la table auraient inquiété Eva à la place de Lupin mais ce dernier fit juste un bruit dédaigneux de la bouche puis se retourna pour plonger sa tête entre ses bras sur la table.
Un sifflement impressionné attira l'attention d'Eva. Sirius Black paraissait n'en avoir rien faire du règlement puisqu'il s'était retourné franchement sur sa chaise, son bras sur le dos de celle-ci pour observer le spectacle. Il souriait avec amusement.
« C'est pas pour rien qu'on dit de se méfier du loup qui dort. »
James qui lui était au moins toujours tourné vers le devant de la classe frappa le bras de son meilleur ami.
« Bah quoi ? fit Sirius sans perdre de son sourire. La preuve, » dit-il en faisant un signe de la tête dans la direction de Remus.
La tête de Remus resta enfoncée dans bras mais son majeur, lui, fit son apparition, arrachant une exclamation amusée au batteur remplaçant des Gryffondors.
« T'es pas drôle, mec, » reprocha James à ce dernier.
La dernière chose qu'Eva ne vit avant que Sirius ne se remette droit sur sa chaise (enfin tout est relatif puisqu'il décida de se suspendre sur les deux pieds arrière de sa chaise) fut son roulement de yeux.
« Calme-toi. Le whisky était censé te relaxer, pas te mettre un balai dans le cul.
— Sirius, siffla Peter en un chuchotement agité.
— Ah oui, c'est vrai. On est censé n'avoir bu que de la Bierreaubeurre. Désolé les mecs, s'excusa nonchalamment Sirius en faisant un signe désinvolte de la main.
— Quel con, marmonna Eva dans sa barbe alors que James frappait de nouveau son meilleur ami.
— Un gros con, » ajouta Meredith dont l'attention était pourtant toujours sur le préfet.
Eva se demanda si chaque jour de sa vie Meredith Ravencrest maudissait le reste du monde. Du point de vue de la Poufsouffle, à chaque fois qu'elle la voyait la Gryffondor était énervée par quelque chose. Ça ne devait pas être très bon pour sa tension. Et pas très bon pour ses camarades de chambre. Eva ne savait pas comment elles supportaient un tel nuage noir de colère sept jours sur sept. Déjà qu'avec Charlotte elle était obligée de prendre l'air parfois puisque les sautes d'humeur de la blonde pouvaient être fatigantes mais alors vivre avec Meredith Ravencrest ? Elle n'osait même pas l'imaginer !
« — C'est ma décision finale ! trancha soudainement le professeur McGonagall en un éclat de voix qui contrastait avec ses chuchotis préalables.
— Ah. Avery n'a pas l'air contente, » chuchota Akash à l'oreille d'Eva, un sourire ravi aux lèvres.
En effet, la Serpentarde qui s'était levée depuis le début de sa conversation secrète avec la vice-directrice avait un regard de tueur. La conclusion de sa conversation avec McGonagall n'avait pas dû être en sa faveur. McGonagall qui parut remarquer que tous les regards étaient posés sur elle puisqu'elle cessa d'intimider Amélia Avery avec son regard tranchant pour se retourner vers le reste des élèves :
« Bien. Comme personne n'a l'air attentif je ne vois pas pourquoi j'attendrai pour vous le dire. Gryffondor perdra bien 50 points mais pas plus de points ne seront retirés. Les bêtises d'une minorité ne doivent pas impacter négativement les efforts des autres. Cependant, insista McGonagall en lançant à un regard menaçant à l'ensemble des étudiants, les comportements irrespectueux et abusifs sont intolérables à Poudlard. Olsen, un mois de retenue. Ravencrest, deux semaines. Brown et Banerjee, une semaine.
— Attendez, quoi ?! la coupa Akash, exprimant exactement la pensée d'Eva.
— Il est clair que Miss Ravencrest n'était pas la seule à parler sur votre table.
— Mais, je— bégaya Akash avant qu'il ne réussisse à connecter son cerveau à sa bouche : Peut-être que j'avais besoin d'aide pour mes devoirs d'Arithmancie ! s'égosilla Akash en affichant l'air le plus outré possible.
Eva ne savait pas comment McGonagall le faisait mais elle arrivait à communiquer avec juste l'expression de ses yeux qu'Akash était un véritable idiot. En même temps, il le faisait exprès ou quoi ?! De l'arithmancie ? Il n'était même pas inscrit au cours d'arithmancie !
(Au grand dam de ses parents. Faire hériter leur boutique à leur fils qui disait qu'il n'avait pas besoin de savoir faire les comptes ? Un désastre qui ne tarderait pas à arriver.)
Eva soupira faiblement en se forçant à ne pas fermer les yeux. Elle comme McGonagall savaient pertinemment qu'il racontait des conneries mais Eva n'allait pas l'admettre publiquement non plus. Même si Akash était un peu sot sur les bords, c'était quand même Akash.
« Banerjee. Ne cherchez pas plus loin.
— Mais !
— Non. »
Et c'était tout.
Eva tapota l'épaule d'Akash pour le réconforter alors qu'il prenait une moue qu'il voulait renfrogner mais qui paraissait plutôt boudeuse :
« Boude pas. Une semaine c'est rapide.
— Je ne boude pas, » maugréa faiblement Akash.
McGonagall continua sur sa lancée :
« Quant à vous 6ème année, où sont donc vos lignes que vous êtes censés avoir commencé depuis cinq bonnes minutes ?! »
Aaah, c'était pour ça qu'elle les avait ramenés ici.
« Nous n'avons rien avec nous, professeur, se défendit Saoirse Stewart dont les joues rouges montraient qu'elle n'était pas totalement sobre.
— Et j'imagine que vous avez perdu l'usage de la parole aussi ? Est-ce si compliqué de demander une plume et un parchemin à vos camarades de 7ème année ou est-ce plus intimidant de parler à vos aînés que de se saouler dans votre Salle Commune ? »
Alors là, McGonagall était furieuse. Eva avait cru qu'elle l'était déjà avec les chamailleries des élèves plus âgés mais clairement l'indignation de trouver ses lionceaux boire dans un lieu public était le pompon.
Eva entendit un gloussement mal contenu.
N'en croyant pas ses yeux, Eva se tourna pour fixer avec incrédulité Lucy Emerson qui avait plaqué une main sur sa bouche mais le mal était fait. Mary McDonald lui fit signe de se taire mais une seconde plus tard elle-même était incapable de se contenir, un gloussement hystérique lui échappant aussi.
Il n'y avait que Lily Evans qui semblait maîtresse d'elle-même. Le dos droit comme un "i", elle observait d'un œil impuissant ses deux amies subir un véritable fou rire. Saoirse qui était assise à côté de la rousse laissa échapper un petit rire amusé.
Quant à McGonagall, oh, elle semblait vibrer sur place :
« Vous trouvez ça drôle ? Un mois de retenue supplémentaire pour vous deux! »
Mais clairement les deux filles n'étaient pas du tout assez sobres pour se rendre compte de la gravité de leur sentence. En effet, un mois de retenue c'était à coup sûr une lettre d'avertissement pour les parents.
Eva les vit tenter de se contrôler mais elles ne tinrent que quelques secondes avant que Lucy Emerson ne laisse échapper un couinement de rire qui les fit repartir de plus belle.
« Putain, elles vont se faire défoncer, marmonna Peter dans sa barbe.
— Sortez ! Sortez et ne revenez pas tant que vous vous n'êtes pas calmées ! » leur ordonna McGonagall en pointant la porte du doigt.
Ce fut assez pitoyable de les voir se lever, mi-honteuse mi-hilare. Contrairement à ce que son apparence flatteuse pouvait faire croire, Lucy Emerson n'était pas du genre à créer des scènes pareilles. Et Mary McDonald était encore moins du genre à se faire remarquer.
(Hormis lors son accident mais ça, personne n'en parlait).
Lorsqu'Eva vit Mary McDonald lancer un regard incertain à Lily Evans qui la fixait sans un mot en retour, semblant figée sur place, Eva eut pitié d'elle.
Une fois que la porte fut refermée derrière les deux filles, McGonagall fit rapidement léviter plumes et parchemins perchés sur l'une des étagères de la salle vers les 6ème années. Elle semblait prête à démissionner. Ou juste prête à tuer tous les jeunes sorciers de moins de 18 ans pour ne plus avoir à les côtoyer.
D'un regard noir, elle prévint ses élèves que si elle entendait la moindre plainte de la part de Miss Avery ce serait trois mois de retenue à nettoyer chaque recoin du château sans aucune magie. Puis, après avoir échangé quelques brefs cordialités avec la préfète-en-chef qui le lui rendit d'un simple hochement de tête, McGonagall partit.
Lucy Emerson et Mary McDonald revinrent donc dans la salle de classe, la tête basse et l'air penaud.
Sans doute qu'une autre grosse dispute aurait pu éclater durant l'heure entière qu'il restait en vue de la mauvaise humeur de certains (Avery, Liam Olsen, Meredith, Akash et Lupin notamment) et de la sobriété discutable de certains mais il n'en fut rien. On entendit que les bruits du grattement de plumes et l'occasionnelle quinte de toux.
Eva suspectait tout de même James et Sirius de s'écrire des mots. Après tout, rares étaient les fois où ils suivaient sagement et silencieusement les instructions données.
Quant à Eva, au bout d'un moment à tenter de déchiffrer le chapitre obscur de Métamorphose qu'elle était censée avoir lu pour les cours de la semaine passée, elle jeta l'éponge et commença à gribouiller un dragon très peu ressemblant.
Akash s'imposa peu après, gribouillant une madame ronde avec un énorme chapeau et un air mécontent. Quand Eva lui fit signe qu'elle ne comprenait qui c'était censé être, il se mit à écrire furieusement.
CHOURAVE !
Depuis quand elle fait la tronche ?
Pas contante ! McGo lui a interdit d'adopté une nouvel plante carnivore !
Elle ne devrait pas pleurer alors ?
Akash soupira discrètement puis fit exprès de lever les yeux au ciel.
Il se pencha vers la feuille et griffonna une dizaine de gros ronds. Eva pouffa de rire, plaquant rapidement une main sur sa bouche. La jeune fille jeta un coup d'œil vers Avery mais la Serpentarde semblait de nouveau absorbée dans son bouquin datant du XVIème siècle. Peut-être qu'elle l'avait entendu mais peut-être qu'elle n'avait pas envie de raviver les tensions non plus. C'était bien la première fois qu'elle ne sautait pas sur l'occasion de faire comprendre à Eva qu'elle n'était qu'une moins que rien.
Elle va se noyer avec ses larmes la pauvre !
C bon pour les plantes ! Ça les hidrate !
C'est Rusard qui va hurler avec autant de pluie. La pluie ça fait de la boue et la boue ça salit le Hall d'entrée !
Sa langue apparaissant au coin de sa bouche, Akash se pencha pour gribouiller un portrait très approximatif de Rusard et de son éternelle compagne, Miss Teigne. Cachant un sourire derrière son poing, Eva se pencha pour dessiner une chaîne à côté de Rusard – aucun étudiant digne de ce nom n'était sans connaître le fantasme de Rusard concernant des élèves enchaînés, pleurant des larmes de repenti.
Après un instant de réflexion, Eva griffonna un cœur à côté du concierge.
Akash lui frappa la main.
« Quoi? » lui demanda-t-elle le plus silencieusement possible.
Akash lui fit les gros yeux puis barra énergétiquement le cœur qu'elle avait dessiné puis il se mit à écrire en-dessous :
MAN UNWORTHY OF LOVE!
Mais worthy of Miss Teigne's love ;)
Puis Akash fit quelque chose d'incompréhensible. Il fit juste une tâche avec sa plume au niveau de l'entrejambe de Rusard. Perdue, Eva fit une flèche puis un "?" à côté.
Ptite bite.
Eva dut se mordre le poing pour retenir son éclat de rire qui était décidément très douloureux à retenir. Remarquant le bruit, Meredith pencha sa tête vers la Poufsouffle pour pouvoir regarder la source de son hilarité. Remarquant leur texte, la Gryffondor sourit avec amusement puis tendit le bras pour ajouter quelque chose :
Small dick energy
Pas étonnan que seul une chate le suporte
Prends des cours d'orthographe, Banerjee ! C'est quoi ce niveau lamentable ?!
tg Ravencrest
Les yeux écarquillés, Eva se dépêcha de se recaler au fond de sa chaise une fois qu'elle eut capté ce qu'Akash venait très candidement d'écrire.
A une seconde près, elle aurait pu faire les frais de la claque que Meredith assainissait sur la cuisse d'Akash qui lâcha un « aouh ! » surpris. Choqué, Akash lança un regard incrédule à Meredith qui avait rentré le menton et observait le devant de la classe d'un air prudent.
Par automatisme, Eva suivit son regard et vit qu'Amélia Avery les fixait d'un regard noir. Eva rabaissa ses yeux écarquillés.
Eva comprit qu'ils étaient saufs lorsque Meredith tira sa feuille vers elle après quelques longues secondes où les trois 7ème année étaient tous crispés en attendant le lynchage verbal d'Avery.
Précautionneusement, Eva leva les yeux et vit avec grand soulagement qu'Avery avait de nouveau les yeux rivés sur son ouvrage.
« Pouah, souffla Akash en respirant de nouveau (il s'était fait tout petit comme Eva). C'était chaud. »
Puis, plus férocement en se penchant vers ses camarades :
« Ravencrest, tes p'tits coups de folie tu les gardes pour toi. 'Y a que les lions qui ont droit au traitement de faveur alors va pas m'embarquer dans tes emmerdes. »
Oh non
Eva retint un soupir d'exaspération.
Meredith se pencha à son tour, prenant Eva en sandwich. Ses yeux lançaient des éclairs et ses mèches de cheveux crépitaient d'une manière menaçante.
Décidément, c'était vraiment une mauvaise décision de s'être assise à la place du milieu. Peut-être que s'asseoir à la table de Liam Olsen et Steve McAvoy n'était pas si inenvisageable. Quoi que réflexion faite, hors de question de devoir respirer le même air que ces deux cons plus d'une seconde. Malgré les soirées inter-Maison commune, ils l'avaient ignoré et réciproquement depuis l'été dernier. Ça ne servait à rien de raviver le feu et Merlin sait que ces ceux-là lui sauteraient à la gorge dès qu'elle leur offrirait l'occasion.
« Répète un peu pour voir, » siffla Meredith d'un air menaçant.
Oh Akash, ne la cherche pas trop, voulait dire Eva à son ami, elle n'a pas besoin d'une batte de Quidditch pour te défoncer.
Mais clairement Akash et elle n'étaient pas des pro de la Légilimancie parce qu'il ne prit pas garde à son avertissement. Pire encore, il faisait son rictus méprisant qu'il réservait habituellement pour Charlotte – ou Amos si celui-ci se montrait particulièrement chiant.
« Fais pas l'innocente. Vous avez McGo' dans la poche vous les Gryffondors. Vous pouvez foutre la merde partout et vous partirez les mains propres. »
Le cran d'Akash était indéniable. Mais il était tout aussi indéniable que Meredith Ravencrest était une force de la nature qu'il valait mieux ne pas se mettre à dos.
« La prochaine fois que je te croise, je te jure que tu le regretteras.
– Continue de parler, tu ne m'impressionnes pas du tout.
– O.K., c'est bon ! On se calme maintenant, intervient finalement Eva en poussant les deux en arrière en les prenant par les épaules. Arrêtez de vous comporter comme des enfants. Je vous rappelle qu'il y a une heure à peine on a réussi à ne pas perdre une centaine de points.
– Ne me fais pas rire Eva, » cingla Meredith.
Le regard assassin de Meredith posé sur elle, c'était comme si le cœur d'Eva savait ce qui allait se passer puisqu'il se mit à battre à toute rompe :
« Banerjee me traitait de sainte-nitouche tout à l'heure mais ça doit être toi la plus coincée de nous deux. Elles sont passées où tes couilles, hein ? Toujours à te cacher derrière tes potes et à faire la lèche-bottes avec les profs, siffla Meredith avec un rictus répugné. Mulciber doit être fier de t'avoir aussi bien rééduqué parce que d'une fille cool t'es passée à la fille la plus chiante possible. »
C'était la goutte de trop.
Alors que chaque mot craché à sa figure avait été une nouvelle gifle, à l'entente de ce nom détesté Eva tomba soudainement dans une rage noire.
Elle ne contrôla pas ce qui suivit.
Elle sentit ses lèvres se retrousser en un rictus rageur alors qu'elle se tournait franchement vers la Gryffondor, rapprochant sa tête à quelques centimètres de la sienne.
Elles étaient si proches l'une de l'autre que Meredith pouvait sentir le souffle d'Eva sur son visage alors que celle-ci murmurait doucement mais férocement ces paroles :
« Tu ne connais rien mais alors rien sur moi alors, franchement, pour une fois dans ta vie, ferme ta grande gueule Meredith. »
Les yeux marrons d'Eva et ceux plus sombres de Meredith s'affrontèrent silencieusement pendant ce qui semblait être une éternité aux yeux d'Akash.
Akash avait pris entre ses doigts le dos du pull d'Eva dans un acte inconscient visant à la retenir si le démon qui avait pris possession de son corps décidait de sauter sur Meredith Ravencrest. Meredith qui avait relevé le menton et serrait la mâchoire mais, de manière très étonnante, n'avait pas déjà explosé à l'entente d'une telle menace.
Etant donné qu'Eva lui tournait le dos, Akash ne pouvait pas voir le regard enflammé presque fou de son amie mais Meredith, elle, si. C'était cette étincelle de presque folie dans les yeux de la Poufsouffle qui rendait Meredith prudente puisque, de manière inexplicable, elle avait l'impression de ne plus savoir à qui elle s'adressait. Cette personne qui la fixait sans cligner d'un air menaçant avec des yeux injectés de sang n'était pas la Eva Brown de Poufsouffle qui avait toujours une blague à sortir ou qui la mettait au défi de remporter une course de vitesse.
Meredith ne l'admettrait jamais à qui que ce soit mais, à cet instant précis, Eva Brown lui fit peur.
Et à juste titre.
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Comment osait-elle parler de Mulciber et de toi dans la même phrase ? Comment osait-elle sous-entendre que cet enculé avait une quelconque influence sur toi ?
(Ta poitrine te brûlait)
Tu voulais quelque chose – tu ne savais pas quoi mais tu voulais la faire regretter
Est-ce que tu voulais la blesser ? La faire saigner ?
« NON. Je ne suis pas comme eux. Je ne suis pas comme lui. »
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« Eva ! chuchota Akash d'un air pressant en tirant sur le pull de la concernée. Calme-toi ! »
Mais Akash n'eut pas à chercher davantage.
Le gong de l'horloge de McGonagall sonna. Sept fois l'horloge sonna.
Il était 19h. La séance d'étude s'achevait.
Les pieds d'une chaise – celle d'Eva Brown – raclèrent bruyamment le sol dallé.
Debout, la Poufsouffle rangea avec précipitation ses affaires dans son sac.
Surpris par ce revirement soudain de situation, Akash Banerjee et Meredith Ravencrest restèrent coi quelques secondes, clignant bêtement des yeux en direction de la Poufsouffle.
Puis, Akash se reprit et se dépêcha d'attraper son manuel de Potions – la seule chose qu'il avait amené avec lui – pour sauter à la poursuite de son amie qui s'était précipitée dans l'allée centrale en ce qui lui semblait être moins d'une seconde.
Les deux signèrent rapidement la fiche de présence puis quittèrent tout aussi rapidement la salle alors qu'Amélia Avery haussait la voix pour prévenir les 6ème années qu'ils n'avaient pas le droit de quitter la salle tant qu'ils n'avaient pas terminé leurs 100 lignes.
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Quatre paires de yeux suivirent les deux Poufsouffles du regard alors que le plus grand des deux avait posé sa main sur l'épaule de sa camarade pour lui chuchoter des paroles inintelligibles à l'oreille humain à une telle distance.
Ils disparurent ensemble dans les ténèbres du couloir.
Ce n'était pas que sous leur forme animale que les trois animagus avaient les sens aiguisés de leur animal totem. Quant à Remus Lupin, le fait que la pleine lune était dans deux jours rendait ses sens presque aussi puissants que durant une pleine lune. Il entendait tout ce qui se passait à cet étage. Rien ne pouvait lui échapper, lui procurant par ailleurs un mal de tête lancinant que l'alcool n'avait que momentanément atténué tantôt.
En somme, les quatre 6ème années avaient tout entendu.
Et le regard entendu que James Potter et Sirius Black échangèrent aurait inquiété Eva si elle l'avait remarqué.
nombre de mots : 11 800
titre : Le Club des Loosers
Alooooors ? Franchement, un de mes chapitres préférés ! Bien que les suivants soient encore mieux ! J'adore montrer la tension électrique du château en ces temps de guerre. Et une tension qui n'est pas qu'entre les Maraudeurs et les Serpentards. Sentez-vous la soif de sang qui monte chez les élèves ? Elle arriiiive !
Qu'avez-vous pensé d'Euphémia ? Et de Rémus qui pète un câble ? Quelles sont vos hypothèses sur les petits secrets d'Eva ?
Next time : VOUS VOULEZ DU JAMES POTTER ET DU SIRIUS BLACK ? ILS SONT ENFIN LÀ !
