le juste vivra par sa loyauté
Chapitre 7 : Le gage du mois de mars
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Septembre 1971
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Eva avait douze ans. Elle applaudissait avec enthousiasme, un grand sourire aux lèvres alors qu'elle suivait du regard James qui venait tout juste d'être proclamé « Gryffondor ».
« C'est lui ton cousin ? demanda Charlotte Tronsky à son amie qui s'était mise debout sur le banc pour applaudir un garçon aux cheveux touffus qui n'appartenait pas à leur Maison, obstruant la vue de Charlotte.
— C'est pas mon cousin, répondit Eva en se rasseyant, passant une main distraite dans ses cheveux qu'elle avait coupé pendant l'été et qui ne lui arrivaient plus qu'au menton maintenant. C'est James, dit-elle simplement comme si ça expliquait tout.
— Tu n'es pas déçue qu'il soit dans une autre Maison ?
— Pas vraiment. J'ai toujours su qu'il atterrirait là-bas. Être un griffon c'était son but dans la vie, plaisanta Eva en se trémoussant sur le banc, ayant l'air impatiente que la cérémonie se termine.
— Tu voulais être à Gryffondor à l'origine ? » s'enquit Charlotte, se rendant compte que, du fait de leur amitié tardive l'année précédente, elle n'avait jamais eu de discussion à ce sujet avec sa camarade de classe.
Eva haussa les épaules :
« Pas vraiment. J'y ai jamais vraiment réfléchi.
— Et tes parents ? Ils étaient dans quelle Maison ?
— Ma mère était à Serpentard, » répondit Eva en jouant distraitement avec ses couverts.
La phrase avait été dite avec nonchalance. Eva paraissait n'être qu'à moitié concentrée sur la conversation, occupée qu'elle était à faire de la musique avec son couteau et sa fourchette. Malgré le ton léger d'Eva, Charlotte ne pouvait s'empêcher d'éprouver un malaise.
Si la mère d'Eva avait été à Serpentard, qu'en était-il de son père ?
A douze ans, Charlotte n'avait pas encore appris à retenir sa curiosité, c'est pourquoi elle ne put s'empêcher de demander :
« Et ton père ? ».
Eva lui jeta un regard distrait alors qu'en bruit de fond on entendait le Choixpeau tonitruer pour Linda Redford : « SERDAIGLE ! ».
« Je ne sais pas, je l'ai jamais connu. »
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« Tu m'expliques pourquoi tu es tout le temps introuvable ? »
Les mains sur les hanches et la moue mécontente, Eva s'était plantée derrière le dos de James qui engloutissait son petit-déjeuner tel un homme qui n'avait pas mangé depuis une semaine. A l'entente de la voix aigue dans son dos, James se retourna, tenant dans sa main un toast dont la moitié était en train d'être mâchée énergiquement.
« Eva ? Tiens. Salut, la salua-t-il, ne semblant nullement surpris de la voir.
— Ça fait trois jours que j'essaye de te parler. Tu m'évites ou quoi ? »
James lança un regard confus à la brune, continuant de mâcher vigoureusement son toast.
« Eviter ? Non, pas vraiment. J'étais juste en train d'explorer le château, s'expliqua James avec un sourire en coin qui révélait qu'il avait sans doute semé la zizanie dans tout le château depuis son arrivée il y a trois jours.
— J'ai pitié de ta Maison. Te connaissant, tu vas leur sucrer tous les points durement gagnés par ceux plus intelligents que toi. »
James fit une grimace mécontente, avalant en une bouchée le reste de son toast. Son déglutissement bruyant fit grimacer Eva qui se demanda s'il lui arrivait de mâcher avant d'avaler.
« Arrête de faire ta rabat-joie. Contrairement à toi, je ne suis pas assez nul pour me faire attraper. »
La Poufsouffle leva ses sourcils bien haut, les faisant disparaître sous sa frange.
« Tu te la joues comme ça ? Avec une attitude pareille, tu ne te feras aucun ami. »
Un méchant sourire s'étendit sur les lèvres du jeune Gryffondor. Ses yeux pétillèrent. D'expérience, Eva savait que c'était de mauvaise augure.
« Eh bah non ! Figure-toi que moi je n'ai pas de mal à me faire des amis. Hein Sirius ? » s'exclama James en abattant sa main sur l'épaule d'un brun assis à côté de lui dont Eva avait remarqué les coups d'œil curieux depuis le début de leur conversation.
Le mystérieux Sirius tourna la tête vers James qui était à sa gauche, un sourire tout fier collé à ses lèvres.
« Pardon ?
— Pardon, se moqua gentiment James avec un rire. Je suis en train de te présenter à la Poufsouffle la plus collante au monde.
— Hé ! » s'écria la Poufsouffle collante en question, se sentant rougir de gêne à cause de l'image très peu valorisante que James peignait d'elle à un garçon inconnu mais très mignon.
Bien sûr, James l'ignora.
« Eva, c'est Sirius. On est dans le même dortoir. Sirius, Eva, » ajouta James pour le bénéfice de son ami qui s'était pleinement retourné sur le banc pour faire face à Eva.
Contrairement à James dont les boucles paraissaient subir le contrecoup d'une explosion, le Sirius de Gryffondor était parfaitement présentable. Trop présentable même.
Les yeux foncés d'Eva passèrent rapidement des manches de veste bien pliées à la cravate bien nouée pour terminer sur le visage du Gryffondor qui prenait soin de nettoyer sa bouche avec une serviette avant de prendre la parole. Ses cheveux courts et lisses étaient parfaitement coiffés et ses yeux clairs la regardaient droit dans les yeux.
Honnêtement, Eva qui ne s'attendait pas à surprendre James en compagnie d'un garçon aussi soigné (et mignon) perdit un peu ses moyens lorsque ce même garçon tendit sa main vers elle.
Il y eut une seconde de flottement où Eva regarda d'un air perdu la main tendue sous ses yeux. Elle se reprit tout de même rapidement et serra fermement la main du garçon.
(Avec trop de force mais Sirius était trop poli pour le faire remarquer.)
« Enchanté. Sirius Black. »
La suite montrait particulièrement qu'Eva ne venait pas du tout d'une famille de renom contrairement au brun en face d'elle qui était un Black !
« Black ? répéta-t-elle d'un air étonné, continuant de tenir la main du dénommé Sirius Black. Le petit frère d'Andromeda et Narcissa Black ? »
A 12 ans, Eva Brown était impulsive et n'avait pas la langue dans sa poche. Elle était un peu tête en l'air aussi. C'est pourquoi elle ne remarqua pas le malaise du Gryffondor qui se demandait quand est-ce que la Poufsouffle allait cesser de lui serrer la main et pourquoi est-ce qu'elle le fixait avec autant de surprise ?
Sirius grimaça un court instant avant qu'il ne se reprenne, les inlassables leçons de bonnes manières que sa famille lui avait inculquées en tête.
« Ce sont mes cousines.
— Ah bon ? J'espère que tu ne seras pas aussi strict qu'elles. »
Sur ce, la Poufsouffle serra brièvement la main du Gryffondor puis la lâcha enfin. Sirius se permit un petit soupir de soulagement alors que la Poufsouffle se tournait vers James.
« Jamais je ne me serais imaginée que tu deviendrais ami avec un Black.
— Ça veut dire quoi ça ? s'indigna James qui n'appréciait guère le ton consterné d'Eva.
— Que tu es beaucoup trop perturbateur pour les têtes que sont les Blacks, rétorqua promptement Eva. Andromeda était une préfète et Narcissa est la préfète-en-chef cette année. J'espère que Sirius n'aspire pas à devenir préfet s'il tient à rester ami avec toi.
— Non mais c'est n'importe quoi ! s'écria James.
— Tu espionnes Madame Rancy et attends qu'elle sorte faire du jardinage pour lui lancer des boules puantes, lui fit remarquer Eva de but en blanc.
— Peut-être, consentit James avec mauvaise foi, mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas devenir préfet !
— Préfet, toi ? dit Eva en le fixant d'un air incrédule, paraissant à deux doigt d'éclater de rire à l'absurdité de l'idée. Si tu deviens préfet, je te donnerai ma collection de Chocogrenouilles, tiens !
— Préfet-en-chef même ! s'exclama James dont les joues rouges démontraient son agitation. Et tu me donnes les gants de Josef Wronski ! »
Ce fut Eva cette fois-ci qui s'étouffa :
« Mes gants signés de Wronski ? Hors de question !
— Tu te dégonfles ? Tu doutes ? la provoqua James avec un sourire triomphant qui eut le don de remonter Eva.
— Non, je ne me dégonfle pas ! s'exclama-t-elle, fusillant du regard le Gryffondor, ne remarquant pas que leur dispute qui avait monté en volume au fur et à mesure que les choses s'envenimaient avait attiré bien des regards curieux. Marché conclu alors ? » trancha-t-elle en n'hésitant pas cette fois-ci à tendre sa main vers James.
Peut-être bien que la Poufsouffle n'était pas assez polie pour serrer la main de ceux dont elle faisait la rencontre mais, grâce à Fleamont Potter, elle avait appris qu'une poignée de main était la manière correcte de passer un accord.
Alors que James tendait sa main pour donner son accord pour les termes, Eva releva subitement la sienne en l'air :
« Attends ! Moi j'y gagne rien dans ce marché. »
James leva les yeux au ciel avec beaucoup d'entrain, dramatique qu'il était. Mais Eva ne se laissa pas déstabiliser. Elle venait d'avoir une brillante idée. Un sourire mauvais vint se dessiner sur ses lèvres.
« Si tu n'as pas le badge de préfet, tu me donnes ton figurine de Merlin.
— Quoi ? Non ! s'écria James d'un air scandalisé.
— ET ! continua Eva en haussant la voix. Si tu n'obtiens pas le badge de préfet-en-chef - ce qui est très probable, je te le rappelle - tu me donneras ton vif d'or.
— Alors là non ! s'écria James. C'est le vif d'or de la finale de la ligue de 1955 !
— Exactement. Tu crois que les gants de Wronsky ne sont pas une exclusivité aussi ? »
Cela fit taire James qui jalousait ce cadeau que son père avait fait à Eva depuis des années.
« Bon. Marché conclu oui ou non ? réitéra Eva en tendant de nouveau sa main. Poule mouillée, ne put-t-elle s'empêcher d'ajouter ce qui fit vivement réagir James qui détestait qu'on le prenne pour un lâche, tête brûlée qu'il était.
— Marché conclu, » répéta James en secouant avec vigueur la main d'Eva.
Le Gryffondor avait un regard de tueur tandis que la Poufsouffle souriait de toutes ses dents, ne paraissant pas du tout se sentir intimidée par le 1ère année.
« Toujours heureuse de faire affaire avec toi, dit Eva une fois qu'ils eurent terminés de s'écraser les doigts. C'est pas tout mais j'ai un contrôle de Métamorphose à réviser. Ravie d'avoir fait ta connaissance, Sirius, ajouta la Poufsouffle en posant sa main sur l'épaule du brun qui sursauta au contact soudain. Bonne journée à vous deux ! »
Puis la Poufsouffle repartit aussi rapidement qu'elle était apparue.
« C'est qui cette Eva ? demanda prudemment Sirius en se rasseyant correctement pour continuer de manger son petit-déjeuner.
— Juste Eva, » répondit nonchalamment James, paraissant être plus préoccupé par le tartinage de son toast que par une description de la Poufsouffle qui avait osé mettre son vif d'or en jeu.
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Octobre 1976
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Sirius ne lui avait toujours pas lâché la main. Instinctivement, après qu'il lui eut pris la main, Eva avait eu un geste de recul. Elle comme lui en étaient bien conscients mais il n'avait que hausser ses sourcils d'un air interrogateur, ne lui demandant pas d'explication.
« Tu n'as pas besoin de me tenir par la main, » grommela finalement Eva pour retrouver contenance, se sentant particulièrement Poufsouffle lorsqu'elle ne put soutenir le regard de Sirius et fut obligée de regarder autre part.
La prise de Sirius sur ses doigts se raffermit une seconde, comme pour la rappeler à l'ordre.
Sentant le rouge lui monter à la tête mais consciente qu'il ne lâcherait pas le morceau, Eva releva des yeux faussement mécontents vers lui. Sirius sourit avec amusement.
« Je t'ai vu à l'œuvre avec James depuis la rentrée. J'avoue que lui jeter ta copine Tronsky dessus était particulièrement efficace pour que tu puisses foutres le camp rapidement mais ça aura au moins eu le mérite de m'apprendre qu'avec toi, il vaut mieux ne pas te lâcher ou tu prends tes jambes à ton cou. Quoi que, j'étais déjà au courant de ça après ta fuite suite à ton gage. »
Doux jésus, ce sourire en coin arrogant qui s'agrandissait au fur à mesure que les yeux d'Eva s'écarquillaient était une arme de guerre.
Il avait osé. Il avait osé mentionner le moment-que-personne-ne-devait-mentionner.
Il y a quelques jours, Charlotte avait taquiné Eva à ce sujet avec son « un sacré moment quand même [avec Sirius Black] » puis hier Emmeline avait mentionné la fête des Gryffondors de mars dernier durant laquelle le moment s'était passée. Naïvement, Eva avait cru que tout le monde avait oublié ce moment qu'elle ne se pardonnait pas. Manifestement, même si le principal concerné ne lui avait rien dit à ce sujet pendant presque sept mois, l'alcool n'avait pas non plus retiré ce souvenir de sa mémoire. Eva était presque heureuse d'avoir évité le manoir des Potter tout l'été, ça lui aura au moins permis de retarder une conversation plus qu'embarrassante avec Sirius.
« Tu as perdu ta langue ? » se moqua Sirius.
Gênée à en perdre les mots, Eva retira sa main de la prise du Gryffondor d'un geste brusque.
« Je croyais que tu voulais aller au terrain de Quidditch ? »
Le con continuait de la narguer avec son sourire taquin. Levant le menton et ignorant de toute ses forces la chaleur de son visage, Eva tourna les pieds pour continuer sa route.
Malheureusement pour elle, lorsqu'un Gryffondor avait quelque chose en tête, c'était impossible de le faire abandonner.
Sirius la rattrapa rapidement et poussa même le vice en enroulant son bras autour de ses épaules pour la ramener contre lui.
Eva sentit l'odeur de son parfum et, qu'il aille se faire foutre, il sentait bon.
« Ne fais pas ta timide, on se connaît assez bien après que tu m'ais supplié de te faire jouir, chuchota Sirius à l'oreille d'Eva, provoquant un délicieux frisson et une chaleur dans son bas-ventre qu'Eva ignora de toute ses forces.
— Ça suffit maintenant ! s'écria-t-elle en se décollant de lui pour se planter face à lui et brandir son index sous son nez pour tenter de l'intimider. C'était un gage venant de l'esprit pervers d'Amos, rien de plus ! Ne remets plus ça sur le tapis.
— Tu rougis, Eva.
— Je suis parfaitement au courant que je rougis ! s'énerva Eva alors que Sirius continuait ouvertement de se foutre de sa gueule. Tu rougirais aussi si tu me suppliais de te faire jouir, » ajouta-t-elle en un chuchotement virulent après s'être assurée d'un coup d'œil que personne n'était autour.
Le sourire de Sirius s'était tellement agrandi au fur et à mesure que la Poufsouffle parlait que ses fossettes étaient apparues.
Eva comprit sa bêtise une seconde trop tard.
Merde. Merdemerdemerde. Elle n'aurait pas dû dire ça. Alors là, elle n'aurait vraiment pas dû.
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« Répète cinq fois en le regardant droit dans les yeux et en lui caressant les lèvres : « Fais-moi jouir, Sirius. » Et fais-nous une performance digne de ce nom ! Pas un truc de mauviette comme Pettigrow ! »
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Sept mois plus tard, le gage d'un Amos des plus alcoolisés la hantait toujours.
Pourquoi, mais pourquoi avait-elle relevé le défi ?
Qui plus est, idiote qu'elle était, Eva avait grimpé sur les genoux du Gryffondor alors que personne ne lui avait demandé de le faire, lui permettant pleinement de sentir contre elle l'effet de ses mots sur le meilleur ami de James. C'était d'ailleurs le frôlement de son érection contre sa cuisse qui avait fait fuir Eva à l'autre bout du cercle que les adolescents formaient pour jouer à Action ou Vérité. Éméchée qu'elle était, Eva s'était un peu perdue dans la contemplation des cils de Sirius alors qu'elle lui chuchotait « Sirius, fais-moi jouir » mais la réaction physique de ce dernier avait bien vite ramené sur terre la jeune fille.
Honnêtement, sa dispute avec James n'aurait pas pu tomber plus à pic car ça lui avait donné une excuse de plus pour éviter le manoir des Potter.
Pour en revenir au moment présent, Eva venait de se foutre la honte et Sirius dont le sourire hilare venait de se transformer en rictus arrogant se penchait vers elle :
« J'attends avec impatience le jour où ça arrivera. »
Là, Eva avait bel et bien perdu sa langue. La voix rauque du brun avait éveillé une chaleur dans son bas-ventre et la couleur grise de ses yeux la laissait pantoise.
« Je, tu —, balbutia Eva avant de pousser un grand soupir d'exaspération, fermant ses yeux pour tenter de reprendre contenance. Je ne répondrai rien à ça, trancha-t-elle, faisant clairement comprendre d'un regard au Gryffondor qu'il n'avait pas intérêt de dire un mot de plus sur ce sujet tabou.
— Comme tu veux, répondit Sirius en se reculant légèrement, la laissant enfin respirer. Pas comme si j'avais besoin que tu dises à voix haute ce qui se trame dans ta tête. Ton rougissement va particulièrement bien avec ta tenue. »
Eva soupira avec énervement. Qu'est-ce qu'il racontait comme connerie ? Elle s'était habillée en marron et beige aujourd'hui, d'où ces couleurs allaient bien avec une peau rouge pivoine ?
D'une main agitée, la Poufsouffle pinça le col roulé de son pull marron qu'elle avait assorti avec une jupe à beige lui arrivant à la moitié de ses cuisses.
« Tu m'énerves. Je ne sais même pas ce que tu fais là. Je suis sûre que Marlene McKinnon est bien plus intéressante.
— Nan. Je suis parfaitement à ma place ici. Ça me rappelle que tu n'es pas une reine des glaces. »
Eva lui jeta un regard incrédule :
« Moi ? Une reine des glaces ? De quoi tu parles ? Il n'y a pas moins reine des glaces que moi ! »
Sirius lui jeta un regard du coin de l'œil, à moitié concentré sur ce qu'il se passait devant lui maintenant que les deux adolescents descendaient les escaliers très fréquentés menant au Grand Hall même si c'était un dimanche à 11h du matin.
« Tu sais parfaitement cacher ce qu'il se passe là-dedans quand tu le veux, dit Sirius en tapotant sa tempe en lui adressant un regard du coin de l'œil. Heureusement pour moi, tu as un petit faible pour ma personne qui fait que le mur se brise. »
Oh ce sourire. Eva voulait le trucider. Le trucider et lui sauter dessus pour le faire taire. Ce devrait être interdit d'avoir une mâchoire si angulaire et saillante.
« Un faible pour toi ? Ne me fais pas rire, » s'esclaffa-t-elle, donnant un coup d'épaule au Gryffondor avant de le dépasser.
Eva entendit Sirius rire derrière elle et son visage se renfrogna.
La seconde suivante, Eva croisait le regard interrogateur de Remus Lupin. Debout au pied de l'escalier en compagnie de Peter, Remus les observa attentivement descendre les escaliers.
Eva retint un juron. Impossible de les éviter sans rendre ça très flagrant. Ils étaient pile dans sa trajectoire.
Sirius, lui, ne partageait pas le sentiment de la Poufsouffle puisqu'il salua ses amis avec bonne humeur lorsque les deux groupes se rejoignirent.
« Salut Eva, la salua poliment Remus puis il leur adressa un regard curieux : Vous alliez quelque part ?
— Les Poufsouffles organisent un truc dehors. J'ai décidé d'accompagner Brown, » répondit nonchalamment Sirius.
Eva sentit le regard de Sirius se poser sur elle mais elle refusa de lui accorder un seul regard. Elle n'avait pas besoin de le regarder pour savoir qu'il arborait toujours un sourire amusé et elle ne s'était toujours pas calmée après le dernier commentaire du 6ème année.
Encore que Charlotte la charrie sur sa relation avec Sirius d'accord mais que ce même Sirius dise qu'elle craquait pour lui ? La honte, la grosse honte, Eva ne voulait plus jamais lui adresser la parole et encore moins croiser son regard.
« T'étais pas censé avoir un rendez-vous ? » demanda Remus en direction de Sirius.
Eva ne manqua pas de remarquer le regard prudent que Remus lui avait lancé avant de poser sa question à son meilleur ami.
Les sourcils se fronçant, Eva cessa son coup de gueule pour laisser son regard alterner entre les trois Gryffondors. Un rendez-vous ? Alors il se passait bel et bien un truc avec Marlène McKinnon ? Est-ce que le coup d'œil de Remus dans sa direction voulait dire qu'ils essayaient de garder ce rapprochement entre Sirius et McKinnon secret ?
Sirius fit un bruit mi amusé, mi dédaigneux, rejetant ses cheveux en arrière d'un geste de la main gracieux.
« En quelque sorte, » répondit simplement le Gryffondor à la consternation de la Poufsouffle.
Ce mec pouvait-il être plus vague et mystérieux ? Non mais franchement, il avait fait un serment inviolable qui l'empêchait de s'épancher sur le sujet ou quoi ? Il était exaspérant !
« Vous voulez venir voir ce qu'il se passe dehors ? » proposa Sirius à ses deux amis, changeant de sujet aussi facilement que ça.
Remus et Peter échangèrent un regard. Tous les deux portaient un sac renfermant leurs affaires scolaires. Eva se demanda ce qu'ils pouvaient bien faire au rez-de-chaussée, appareillés qu'ils étaient pour une séance intensive de révision.
Finalement, Peter haussa les épaules :
« Je veux bien. J'ai plus de cerveau après avoir révisé l'Arithmancie.
— Il nous reste encore un chapitre à voir pour le contrôle, » lui rappela Remus.
Peter lança un regard rempli de désespoir à Remus qui fit rire ce dernier. Sirius poussa une exclamation amusée lui aussi, plus discret.
« Arrête de dire ça. Tu me déprimes. J'ai pas la force d'ingurgiter une formule de plus, moi, se lamenta Peter, l'air d'être clairement au bout de sa vie.
— C'est pour ton bien, Peter. Estime-toi heureux qu'Hannah Abbott ait bien voulu nous expliquer le dernier cours parce qu'on aurait été dans la merde si on avait dû se débrouiller avec tes notes seulement. »
Mystère résolu. Ils avaient dû faire leur séance de révision avec la camarade de Maison d'Eva dans la Grande Salle. Cela n'étonnait guère Eva. La bibliothécaire était bien trop stricte pour accueillir un groupe de révision et organiser un cours privé avec deux garçons dans une salle vide ? Pas du tout le style de Hannah Abbott qui, bien que très sympathique, était très prudente avec les garçons, pour ne pas dire ultra timide.
« C'est pas de ma faute si Travers parle aussi vite qu'une comète 75 ! J'écris à peine un mot qu'elle enclenche sur une deuxième phrase ! » se défendit Peter.
A en juger par le roulement des yeux de Remus, ce n'était pas la première fois qu'ils se disputaient à ce sujet.
« Bref, moi aussi je veux bien venir. Pas comme si j'allais réussir à être efficace avant le repas, dit Remus après avoir jeté un coup d'œil à sa montre dont le verre protecteur était brisé. Ça ne vous dérange pas qu'on vous accompagne ? » s'assura Remus en faisant glisser son regard de la Poufsouffle qui était restée étrangement silencieuse à Sirius qui paraissait tout à fait serein.
Eva haussa les épaules avec négligence, laissant son regard se perdre dans le Hall d'entrée.
Un groupe de jeunes était planqué dans un coin, l'air plus que suspicieux. Manifestement, Eva n'était pas la seule à les avoir remarqué car Rusard les observait d'un œil méfiant quelques pas plus loin.
« Pourquoi ça nous dérangerait ? rétorqua Sirius, puis, comme ce garçon était une vraie plaie, il lui fit un coup de coude : Hein, Brown ? »
Eva sursauta, concentrée qu'elle était à observer le concierge se rapprocher lentement mais sûrement des jeunes qui, la tête penchée en avant et formant un cercle très fermé, devaient certainement s'échanger des objets contraires au règlement.
Ils devaient être des 1ères années puisque tout le monde savait très bien que le Hall d'entrée était le pire endroit pour effectuer de la contrebande. Le Hall était la tour de garde du concierge. Son endroit préféré pour épier tous les passants et leur aboyer dessus au moindre faux pas.
Grimaçant, Eva posa une main sur sa côte qui n'avait rien demandé puis leva les yeux pour croiser le regard intriguant par sa couleur ambre de Remus :
« Je m'en fiche que vous veniez ou pas, » répondit-elle de mauvaise grâce.
Les sourcils de Remus se haussèrent, paraissant surpris par l'air ennuyé de la Poufsouffle qu'il avait connu plus aimable. A côté de lui, Peter lançait un regard interrogateur à Sirius.
« Que vous êtes lents, » râla Eva en contournant Remus pour finalement descendre la dernière marche des escaliers du Hall d'entrée.
Derrière elle, Eva entendit Peter chuchoter à Sirius :
« Qu'est-ce que t'as fait pour la rendre d'humeur aussi massacrante ?
— Rien de spécial. Les Poufsouffles sont un peu spé', tu sais.
— Tu as le don pour rendre les gens de mauvaise humeur, Sirius, soupira Remus.
— Arrêtez de parler sur mon dos. Je vous entends, » les prévint Eva en lançant un regard mauvais par-dessus son épaule au trio de Gryffondors.
Remus et Peter prirent un air contrit mais Sirius lui lança juste un regard moqueur, ses mains toujours enfoncées nonchalamment dans les poches de son pantalon. Retenant un soupir d'exaspération, Eva reporta son regard droit devant elle et, alors qu'elle s'apprêtait à traverser les grandes portes menant au parc, un garçon passa comme une flèche devant elle et ce ne fut que ses réflexes qui empêchèrent la collision.
Eva fit un pas en arrière. Son dos se cogna contre un torse dur.
« Hé, le mioche ! s'exclama Sirius qui, bien sûr, était celui derrière elle. Regarde un peu où tu vas ! »
Le fauteur de trouble s'arrêta dans sa lancée, le lion rugissant sur son T-shirt ne laissant aucun doute sur sa Maison. En voyant qui exactement l'avait rappelé à l'ordre, les yeux du jeune Gryffondor s'écarquillèrent de peur puis, très courageusement, il prit la poudre d'escampette.
« Les gosses de nos jours, soupira Sirius d'un air faussement exaspéré. Aucun respect pour leurs aînés, » termina-t-il avant qu'Eva ne sente la chaleur de son bras s'enrouler autour de ses épaules.
Immédiatement, Eva se dégagea de la prise du Gryffondor, haussant les sourcils en direction de ce dernier :
« Exactement. Les gosses de nos jours, aucun respect pour leurs aînés !
— Brown, s'esclaffa Sirius, fais pas ta gamine !
— Oh ma gamine ? Je suis une gamine maintenant ? » s'exclama Eva en se désignant du doigt.
Le sourire de Sirius prit une tournure carnassière. Il se pencha vers elle et son souffle effleura l'oreille d'Eva :
« A part quand tu me supplies, » lui chuchota-t-il à l'oreille.
Eva ne sut quelle expression se trouvait sur son visage, un mélange de consternation et de gêne certainement, mais le résultat parut plaire à Sirius car il afficha un air satisfait.
« Euh, vous avez fini ? » demanda Peter, ne faisant qu'enfoncer le couteau dans la plaie puisque lui et Remus avaient très certainement entendu ce que l'autre con lui avait dit.
Sirius se redressa avec un soupir, se passant une main dans les cheveux :
« Manifestement, oui, » ironisa-t-il.
Remus fit un bruit qui ressemblait étrangement à un rire refoulé. Eva tourna des yeux mortifiés vers lui et vit le prémisse d'un sourire se cacher derrière le poing du Gryffondor.
« Je croyais qu'on allait voir le truc des Poufsouffles, continua Peter. Si vous continuez à flirter, on sera arrivé que ce sera déjà fini !
— Il n'y avait aucun flirt ! » nia Eva.
Le regard sceptique que Peter lui lança transmis de manière efficace le fond de sa pensée. Eva se renfrogna.
Tout ce que racontait Sirius Black depuis tout à l'heure était juste un jeu pour lui. Il était impossible à cerner. Un jour il se comportait comme si elle était du chewing-gum collé à sa chaussure puis le suivant il s'amusait à la titiller jusqu'à ce qu'elle explose.
De toute façon, Eva n'était pas la seule avec qui il se comportait de cette façon. Elle l'avait vu à l'œuvre avec bien d'autres filles et, bien qu'insupportable, cette technique de chaud et froid qu'il usait jouait en sa faveur. C'est pourquoi elle refusait qu'on parle de « flirt ». Le mec sortait d'un rendez-vous secret avec la plus belle fille de sa promo, c'est-à-dire Marlene McKinnon. En sachant cela, aucune personne censée n'irait dire qu'il flirtait avec Eva Brown.
Comme à son habitude, l'aîné des Blacks s'ennuyait et c'était elle son divertissement du moment.
(Eva n'avait pas oublié ni pardonné son comportement d'il y a quelques jours à son égard.)
« Si tu le dis..., dit lentement Peter en lui lançant un regard moqueur. Bref, on y va, oui ? s'exclama-t-il en n'attendant vraisemblablement pas de réponse puisqu'il contourna la Poufsouffle et dévala rapidement les escaliers du perron à peine eut-il terminé sa phrase.
— Oublie les cours d'Arithmancie, tu devrais lui donner des cours de tact, Eva entendit Sirius dire à Remus qui secoua sa tête d'un air exaspéré en réponse.
— C'est toi qui parles de tact ? J'aurais tout entendu, dit Remus avant de suivre l'exemple de Peter, descendant les escaliers avec moins d'entrain que son ami. Mais Peter n'a pas tort, commenta Remus en se retournant vers Eva et Sirius, les Poufsouffles ne vont pas rester dehors éternellement.
— T'as entendu le chef, Brown. On y va, » souffla Sirius, posant sa main dans le creux du dos de la Poufsouffle.
Eva retint un sursaut, ne s'attendant pas à un tel geste de sa part.
« T'es vraiment un idiot quand tu t'y mets, » lui dit-elle en lui adressant un regard lourd de sens par-dessus son épaule.
Un petit air satisfait se dessina sur le visage de Sirius et il haussa les épaules comme si ce qu'elle venait de lui dire était un compliment. Eva poussa une exclamation incrédule en secouant sa tête puis suivit l'exemple de Peter et sauta les marches restantes.
« Tu es aussi lent qu'un vieil homme, » lança Eva par-dessus son épaule avant de piquer un sprint pour rattraper Peter et Remus qui se chamaillaient sur le niveau d'impolitesse d'un commentaire que Peter avait lancé à Hannah Abbott.
Eva s'arrêta à côté de Peter, n'hésitant pas à s'interposer pour connaître la nature du commentaire de Peter.
Les deux ne tardèrent pas à lui raconter leur version des faits, chacun défendant son point de vue (« C'était pas contre elle, c'était juste la formule qui était complètement illogique » disait Peter alors que Remus arguait : « Elle a eu la gentillesse de prendre de son temps pour nous expliquer le cours et tu paraissais plus intéressé à critiquer sa façon d'expliquer que d'apprendre. »).
Sirius les rejoignit sans un mot et, au soulagement de la Poufsouffle, se mit du côté de Remus, mettant deux personnes entre Eva et lui.
Eva avait beau adoré certains moments que Sirius et elle avaient passé ensemble par le passé, c'était avec la plus grande honnêteté qu'elle admettait qu'il était franchement insupportable par moment.
Surtout quand elle avait appris la veille que sa mère était portée disparue (ou morte), que Meredith Ravencrest l'avait traité de soumise, que Charlotte passait plus de temps à lui faire la gueule que de rigoler avec elle, qu'elle allait devoir recommencer à zéro son opération « amadouer le club de Baveboules » et que Sirius pensait qu'elle avait un faible pour lui alors que monsieur fricotait avec Marlène McKinnon.
Finalement, le groupe d'étudiants arriva au terrain de Quidditch sur lequel il n'y avait pas seulement des Poufsouffles de réunis mais l'ensemble de l'équipe de Gryffondor difficile à rater avec leurs équipements de Quidditch.
Eva ne prit pas longtemps avant de repérer son groupe, le blouson de Quidditch d'Amos sur lequel le blaireau de la Maison des Poufsouffles montrait les griffes rendant la tâche particulièrement aisée.
Son énervement préalable avec Amos et Akash passant aux oubliettes, Eva quitta les Gryffondors pour rejoindre ses Poufsouffles, ne se rendant même pas compte qu'un sourire venait d'apparaître sur ses lèvres à la vue d'Akash qui s'exprimait autant avec sa voix qu'avec ses bras qui gesticulaient en tous sens.
« Vous allez moins faire les malins une fois qu'on vous aura botté le cul ! » disait-il, tentant vraisemblablement d'intimider Liam Olsen qui, comme à son habitude, avait un rictus arrogant collé au visage.
L'altercation de la veille avec Amélia Avery n'avait pas réussi à dégonfler les chevilles de Liam Olsen.
C'était un vrai combat de coq sur lequel Eva était tombée.
Gardant un œil curieux sur Akash et Liam Olsen qui continuaient leur show de mecs viriles, Eva s'accroupit à côté d'Amos qui nouait ses lacets. Ce dernier leva ses yeux clairs vers elle, souriant avec amusement.
« T'as enfin arrêté de faire ta princesse ?
— Et toi t'as fini ton numéro de p'tit con ? répliqua-t-elle sans ciller. Qu'est-ce que vous faites au juste ? Je ne savais pas qu'un match Poufsouffle-Gryffondor était prévu aujourd'hui, » dit-elle en hochant la tête en direction du regroupement de personnes à quelques pas de là.
Akash et Liam étaient en son centre. Ceux autour d'eux lâchaient des "oooh" impressionnés ou des exclamations moqueuses au fil des insultes qui étaient échangés. Eva remarqua que James faisait bien évidemment partie du troupeau. Bras droit de Liam Olsen comme à son habitude sur le terrain, il paraissait apprécier les hostilités et était même le plus bruyant des Gryffondors.
« Fais pas le mec Banerjee, tu te pisses dessus à chaque fois que tu vois Ravencrest ! »
Il n'avait pas fallu longtemps pour que le don de semer la zizanie de James ne fasse son apparition.
Les cris moqueurs du côté des Gryffondors fusèrent.
Akash ne fut pas le seul à prendre mal le commentaire de James qui affichait un air satisfait : Howard paraissait prêt à en découdre.
Son humeur volatile avait tendance à s'enflammer dès qu'on mentionnait sa petite amie.
La preuve, Howard fit un pas en avant que les Gryffondors prirent à juste titre comme une menace. Comme par magie, Sirius, Remus et Peter se plantèrent autour de James, l'expression de leur visage laissant bien entendre qu'il fallait leur passer par-dessus si quiconque venait chercher des noises à James.
Eva remarqua que Meredith Ravencrest ne prenait même pas la peine de calmer son petit ami. Son balai planté sur le sol, elle avait posé son menton sur ses mains jointes posées sur le bout de son balai, l'air d'être blasée par ce qu'il se passait.
Elle n'était pas la seule. Emma, petite sœur de Howard et attrapeuse de Poufsouffle, ainsi que la jeune Poursuiveuse de Gryffondor dont le nom échappait à Eva s'étaient posées à quelques pas du troupeau de garçons. Vraisemblablement, les rares filles des équipes de Quidditch n'étaient pas intéressées par les combats d'égo de leurs coéquipiers mâles.
Finalement, ce fut Amos qui rétablit (un semblant) la paix, cassant les oreilles d'Eva par son volume alors qu'elle était toujours accroupie à côté de lui :
« Et toi Potter tu détiens le record de râteaux du siècle ! Qu'est-ce qu'elle dit la p'tite rousse ? Ah oui ! Je préfère sucer le Calamar Géant plutôt que James Potter ! » termina Amos avec un sourire moqueur.
James perdit bien vite son sourire alors que les rires moqueurs se multipliaient — même certains Gryffondors avaient lâché un sourire à la moquerie d'Amos.
(Les connards de Liam Olsen et Steve McAvoy en faisaient bien sûr partie. Leurs sales têtes n'avaient pas manqué à Eva depuis la veille. Devoir les voir pendant le week-end alors qu'elle supportait leurs ricanements pendant toute la semaine de cours ? Une hérésie.)
Fier d'avoir gagné la manche, Amos se remit sur ses pieds maintenant qu'il avait terminé de faire ses lacets, tous les regards tournés dans sa direction.
Cette fois-ci, c'était James qui avait amorcé un pas en avant mais la main de Remus s'était rapidement abattue sur son épaule pour le retenir. Quant à Akash, il semblait heureux que l'attention ne soit plus sur lui, se foutant de la gueule de James à gorge déployée.
« C'est bien ce que je pensais. Potter, » dit Amos d'un ton moqueur, provoquant James du regard.
Eva se releva à son tour, remarquant que la tournure de la conversation avait fait apparaître une expression des plus inquiétantes sur le visage de Sirius qui se tenait à la droite de James.
« En parlant de suceuse, vous avez ramené la vôtre les blaireaux ? » s'exclama Liam Olsen, rictus narquois sur les lèvres en plantant son regard dans celui d'Eva pour ne laisser aucun doute quant à la personne ciblée par son commentaire.
Elle admettait qu'il l'avait pris au dépourvu mais, même si son cœur avait raté un battement alors que tous les yeux se tournaient vers elle, Eva n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour contre-attaquer :
« Pas comme si tu pouvais espérer en avoir une. D'après Kate Godfried, l'éjaculation précoce ce n'est pas seulement un problème chez les 1ères années. Hein, Amos ? »
Amos dont les muscles s'étaient tendus à la provocation du capitaine des Gryffondors ne manqua pas à l'appel. Un méchant sourire aux lèvres répondant à celui de sa camarade, il haussa les épaules d'un air nonchalant :
« Je peux pas dire que je comprends ce problème mais Kate n'a eu aucun reproche à me faire sur ma performance d'hier soir. En même temps, passer de ça (Amos hocha la tête en direction de Liam Olsen qui était rouge de colère et de honte) à moi, y' a pas photo.
— Tu veux que j'te défonce, Diggory ?! s'écria Liam Olsen, obligé de hausser la voix pour se faire entendre par-dessus les hurlements de rire des Poufsouffles.
— Ne le prends pas comme ça, Liam. Ça arrive à tout le monde ce genre de problème. Enfin, pas aussi souvent qu'à toi d'après ma meuf, ajouta Amos avec une fausse grimace compatissante, posant son bras autour des épaules d'Eva.
— J'vais t'exploser ta sale gueule, siffla le Gryffondor en s'avançant vers le capitaine de Quidditch mais les Poufsouffles firent rapidement barrage.
— Hé, hé, hey ! On se calme le griffon ! » s'exclama Akash en poussant en arrière Liam Olsen qui ne tarda pas à revenir à la charge en collant son visage à celui d'Akash.
Du moins, c'était son idée mais, étant donné la taille de géant d'Akash Banerjee, le Gryffondor dû lever le menton pour foudroyer du regard Akash. En plus de Howard qui tuait du regard Steve McAvoy qui n'avait pas hésité à suivre son ami, Aaron et ses camarades de 6ème année entouraient Liam Olsen.
« C'était censé être quoi aujourd'hui ? Une baston rivalisant celle de la rentrée ? s'enquit Eva avec une grimace alors que les pour-parler un peu agressifs montaient en volume.
— Une p'tite rencontre amicale pour enfin mettre au clair qui est le plus rapide des blaireaux, répondit sereinement Amos qui, à en croire son sourire amusé, n'était pas particulièrement inquiété par les menaces de son collègue capitaine.
— Et qu'est-ce que font les Gryffondors ici alors ? »
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Steve McAvoy poussa en arrière Howard Stark qui recula de quelques pas avant de reprendre son équilibre et de montrer les dents.
La lueur un peu folle du Poufsouffle effraya l'Attrapeur des Gryffondors qui, avec sa grande taille et son corps frêle (et le reste d'alcool d'hier dans le sang aussi), se dit qu'il n'aurait pas dû chercher le plus déglingué des Poufsouffles.
Meredith Ravencrest se redressa.
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« Un hasard. Les griffons ont décidé au dernier moment de squatter le terrain. »
Eva jeta un regard suspicieux à Amos :
« T'es sûr de ça ? T'es allé consulter l'emploi du temps des entraînements ?
— Peut-être que je l'ai pas fait, » admit sans aucun scrupule Amos.
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— Calmez-vous bande de merdeux égocentriques ! s'écriait Meredith, s'interposant entre son petit ami et son coéquipier qui continuaient à se fusiller du regard par-dessus sa tête. Vos gueules, putain ! renchérit la Gryffondor lorsque son petit ami tenta de l'écarter.
— Reste en dehors de ça Mer', grogna Howard en ne détachant pas son regard noir de Steve McAvoy qui croyait pouvoir l'intimider avec son corps de mauviette.
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En réponse au regard désabusé de sa camarade, Amos lui lança un clin d'œil joueur :
« Allez, Eva, avoue que mon génie nous a permis de fermer la grande gueule d'Olsen. »
Eva ne put s'empêcher de sourire :
« Je refuse d'avouer quoi que ce soit. Mais ça faisait un moment qu'Olsen ne demandait juste qu'à être remis à sa place. Si on pouvait trouver l'occasion d'en faire de même avec McAvoy, ça serait génial.
— Ah mais je l'aime bien McAvoy. Après une bière ou deux il est hilarant.
— T'es pas sérieux ? McAvoy ? répéta Eva avec une grimace de dégoût.
— Le parfait compagnon de beuverie, j'te dis. »
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— Arrête de monter sur tes grands chevaux, Olsen ! s'écria Akash, toujours coincé dans une phase de « j'te pousse, tu me pousses » avec le capitaine des Gryffondors. T'as qu'à attendre plus de deux secondes avant de jouir !
— Mais t'essayes de le calmer ou de l'énerver encore plus ?! s'écria Aaron qui n'avait jamais demandé à être le baby-sitter d'Akash qui ne savait jamais fermer sa gueule.
— Les Gryffondors ne sont pas des lâches, non ? Alors—
— FERME-LA AKASH/BANERJEE ! hurlèrent de concert Gryffondors et Poufsouffles qui tentaient de séparer le Poufsouffle à tendance suicidaire et le Gryffondor avec des envies de meurtre.
— prends tes couilles en main et laisse les meufs jouirent ! termina Akash.
Personne ne fut surpris qu'une force surhumaine prenne possession de Liam Olsen qui s'arracha à la poigne des Gryffondors derrière lui et mit à terre Akash d'un coup de poing bien senti dans le nez.
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« SALE FLAQUE DE PUS, MON PIF ! MON PIF, PUTAIN ! »
Le hurlement d'Akash arracha Eva et Amos à leur conversation.
A terre, Akash continuait de vociférer de vif voix alors que quatre personnes avaient sauté sur Liam Olsen qui chevauchait Akash, le poing brandit et prêt à commettre un meurtre.
« NON ! HOWARD ! »
Et avec un boom tonitruant, Howard et Steve McAvoy se firent envoyés voler des mètres plus loin.
Meredith Ravencrest se tenait sur les lieux du crime, baguette à la main, et les cheveux crépitants de magie.
Pendant quelques secondes, bon nombre d'élèves restèrent à fixer avec prudence la batteuse alors qu'elle reprenait sa respiration, haletante de colère.
Les six garçons s'égosillant pour mettre un terme au clash Akash-Liam cassaient un peu l'ambiance mais, concentrés à se hurler dessus qu'ils étaient, ils ne se rendaient pas compte que la tornade Ravencrest allait s'abattre sur eux d'ici peu.
Et ça ne prit pas longtemps.
Boom
Les six suivirent l'exemple de Howard et Steve McAvoy et s'écrasèrent de part et d'autre du terrain de Quidditch.
Meredith Ravencrest, légendaire batteuse, leva sa baguette d'un air menaçant :
« Le prochain avec un pénis qui oserait, ne serait-ce, d'ouvrir sa grande gueule, je lui ferai regretter d'être de ce monde. Compris ? » termina-t-elle en montrant les dents.
Personne n'osa répondre.
Amos qui avait retiré son bras des épaules d'Eva à l'entente des explosions, leva ses mains en l'air d'un air innocent lorsque le regard meurtrier de Meredith se posa sur lui.
Bill Burke, le gardien des blaireaux, paraissait un peu perdu maintenant que Meredith avait réglé les choses à sa manière. Une seconde, il tentait de calmer le jeu entre Howard et Liam Olsen, la suivante ses camarades volaient dans les airs.
A part Emma Stark (qui prouvait que l'hystérie de Howard n'était pas génétique) et Jocelyn Tucker, la Poursuiveuse de Gryffondor, James, Sirius, Remus et Peter étaient les seuls qui restaient debout.
Eva croisa le regard de James dont l'expression sombre rendit perplexe la Poufsouffle. James détacha finalement son regard de celui d'Eva pour répondre sarcastiquement à Meredith (« Oui, pas besoin de le répéter deux fois ») qui lui demandait agressivement s'il avait compris.
Amos siffla tout bas alors que Ravencrest tombait telle une furie sur les Gryffondors, n'appréciant pas le ton insolent de son coéquipier :
« Jamais je n'aurais imaginé que ça déraperait à ce point.
— Vraiment ? C'est pourtant évident que dès qu'il est question de sucer ça dérape. »
Amos lança un regard approbateur à la brune à ses côtés :
« Je savais qu'il y avait une raison pour qu'on soit amis.
— Connard, l'insulta Eva avec un petit rire, lui donnant un coup de coude dans les côtes.
— Mais pas aussi connard qu'Olsen et McAvoy, hein ? fit Amos en faisant un clin d'œil à sa camarade.
— Difficile de faire pire qu'eux. »
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nombre de mots : 7900
titre : Le gage du mois de mars
YES! FINALLY SOME SIRIUSxEVA INTERACTIONS ! Oui, j'ai terminé de faire ma bilingue. J'adooore ce qu'il s'est passé dans tout ce chapitre. Le chapitre d'avant était une pépite à écrire et celui-ci aussi :)) Voilà, je suis heureuse ! Dites-moi ce que vous en pensez ! Est-ce que le malaise d'Eva envers Sirius est plus compréhensible maintenant ? Est-ce que les Poufsouffles parviennent à se faire une place dans votre cœur ?
Bon, et j'avoue qu'il ne me reste plus qu'un chapitre en stock et l'inspiration n'est plus trop là. Je crois bien que je suis 10 ans en retard pour une fanfic SiriusxOC car les retours sont aux abonnées absents, haha.
Next time : vous voulez les voir courir ? vous voulez de la baston ? vous voulez savoir ce que Sirius pense ? vous serez servi !
