le juste vivra par sa loyauté
Chapitre dédicacé à une solitaire, Ewi et à la fidèle Baccarat V. J'espère que ce chapitre-ci qui est l'un de mes chouchous depuis décembre vous plaira ! Et surtout, joyeux couvre-feu à nous ! ;)
Chapitre 16 : La fée prend son envol (II)
Précédemment :
« Le maléfice, professeure, » lui rappela Baley Finch-Fletchley
« Tais-toi, Baley, » claqua sèchement Eva en fusillant du regard le 2ème année qui se détourna avec un reniflement hautain, jouant avec ses lunettes.
« Oui ! Le maléfice ! » s'écria Chourave.
Chourave effectua un mouvement de poignet avec sa baguette et, la seconde suivante, les Poufsouffles purent entendre un cri surpris.
Sous leurs yeux effarés, ils virent une chaise se diriger à toute vitesse vers eux, un élève s'agrippant tant bien que mal à celle-ci. Finalement, il arrêta son chemin devant Chourave qui sourit avec bonne humeur.
Une exclamation de surprise se coinça dans la gorge d'Eva alors qu'Evan Rosier levait des yeux furibonds vers eux.
« Qu'est-ce que c'est que cette merde ? » grinça-t-il entre ses dents.
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Malgré sa réticence à se préparer pour la fête de ce soir, Eva devait avouer avoir un faible pour la fête d'Halloween. La Grande Salle n'était que faiblement illuminée à cette occasion. La seule source de lumière étaient les citrouilles lévitant dans les airs ou posés sur les multiples tables rondes visant à casser la séparation par Maison du reste de l'année, laissant les élèves dans une obscurité partielle. Cela rendait l'ambiance encore plus troublante. Sans compter les multiples décorations de créatures terrifiantes qui jonchaient la Grande Salle ainsi que les couloirs du château.
Les années précédentes, Eva avait adoré surgir des ténèbres pour surprendre des élèves mangeant ou dansant innocemment. Son souvenir le plus mémorable était le hurlement de terreur que James avait poussé lors de sa 1ère année lorsqu'Eva avait attrapé son pied sous la table.
Cependant, cette année, Eva était cette fois-ci celle qui était effrayée de ce qu'il pourrait surgir de l'obscurité. D'où son envie de rester collée à Charlotte pendant toute la soirée.
Peut-être était-ce sa faute d'avoir si rapidement failli à son plan mais la tentation avait été trop forte en voyant l'air hautain de BFF qui, le nez bien haut et triturant ses lunettes, informait ses amis qu'il n'avait pas peur de manger des asticots, non, manger trop salé était simplement mauvais pour la santé.
Si Eva était restée entourée par ses amis blaireaux, peut-être qu'elle ne se serait pas retrouvée nez à nez avec l'air furieux d'Evan Rosier si rapidement. Le fait que Chourave se trouve entre elle et Rosier n'était qu'un faible réconfort car le Serpentard n'avait pas tardé à la remarquer.
Il avait retroussé ses lèvres et ça avait suffi à Eva pour comprendre qu'il allait la faire regretter d'avoir impliqué Chourave dans leur jeu morbide.
Déjà cette semaine McGonagall avait failli fourrer son nez là où elle ne devait pas lorsqu'elle était tombée nez à nez avec Eva dans un couloir du 1er étage à quelques minutes du couvre-feu. Haletante, Eva était restée figée, fixant son professeur avec des yeux ronds de stupeur.
« On ne court pas dans les couloirs, Miss Brown, l'avait sèchement rappelé à l'ordre McGonagall comme si elle était lasse de devoir le répéter. Et que faites-vous dehors à cette heure-ci ? Vous devriez déjà être dans votre Salle Commune. »
Eva avait jeté un regard prudent derrière son épaule. Dans ses yeux, sa pupille effaçait presque complètement son iris, tel était son état de stress. Elle avait cru voir une ombre bouger avant que celle-ci ne disparaisse de nouveau à l'intersection du couloir.
Il avait été à deux doigts de l'attraper.
Elle avait préféré ne pas s'attarder sur cette pensée et s'était concentrée de nouveau sur sa professeure de Métamorphose qui la fixait d'un air suspicieux.
« Je n'ai pas fait attention à l'heure, professeur. Désolée.
– Et c'est pour ça que vous courez comme si le diable était à vos trousses dans les couloirs ? »
McGonagall ne savait pas à quel point elle était proche de la vérité. Ce n'était pas le diable qui la coursait mais quelqu'un de très proche.
Face au silence de son élève qui s'était contentée de se dandiner sur ses pieds, jetant par intermittence des regards par-dessus son épaule, McGonagall avait dit d'un ton prudent :
« Bien. Je vais vous raccompagner jusqu'à votre Salle Commune. Je ne voudrais pas que vous vous perdiez dans les méandres du château.
– Merci, professeur », l'avait remercié en un chuchotement Eva.
L'ombre avait pris soin de garder ses distances. Malgré cela, l'adrénaline avait continué de faire trembler les mains d'Eva.
Eva les avait fourrées dans les poches de sa robe de sorcière.
Et lorsque Charlotte, l'air éreintée, était arrivée dans la chambre dix minutes après le couvre-feu, Eva n'avait même pas eu idée de taquiner son amie sur un potentiel rendez-vous clandestin. De toute façon, Charlotte lui aurait sans doute sèchement rappelé qu'elle avait des rondes de préfète à faire, contrairement à Eva qui s'amusait à faire le tour des clubs de Poudlard.
A l'instant présent, Chourave rabrouait Evan Rosier pour son « Qu'est-ce que c'est que cette merde ? » hargneux en secouant son index :
« Evan, ne soyez pas si grossier, voyons. Votre mère serait désolée de vous entendre parler ainsi. »
Contrairement aux Poufsouffles, l'attitude de la professeure n'amusa nullement Evan Rosier dont une veine venait d'apparaître à sa tempe. Eva le vit serrer ses poings puis elle observa les veines de son cou saillir. C'est à ce moment qu'Eva comprit que Chourave n'avait pas simplement lancé un sortilège de lévitation mais qu'elle avait aussi attaché Evan Rosier à sa chaise. Nul doute que s'il avait le contrôle de son corps, le Serpentard aurait bondi à ses pieds pour les intimider par sa taille.
« Vous voulez bien m'expliquer pourquoi je me retrouve pris en otage ? » gronda Evan Rosier d'une voix sourde qui intimida même les 2èmes années qui ne firent pas de commentaires moqueurs contrairement à leur habitude.
Chourave tapa sa baguette contre la paume de sa main, ne paraissant guère impressionnée.
« Professeur, ajouta de mauvaise foi le Serpentard sous la contrainte.
– Eh bien, Evan, commença doucement Chourave en agitant sa baguette dans les airs. Il se trouve que vous avez été un vilain garçon. Vous devez certainement le savoir mais lancer un maléfice de croche-pattes à une magnifique jeune fille comme Eva est contraire au règlement, mon garçon. »
A l'entente de ce terme infantilisant, la veine sur la tempe d'Evan Rosier pulsa et ses traits se crispèrent davantage.
« Je sais bien que les garçons ont la fâcheuse habitude de malmener les filles qui les intéressent mais je crains être obligée de vous faire un rappel à l'ordre malgré votre âge, soupira Chourave. Ne jouez plus avec les filles, c'est compris ? » termina-t-elle avec un sourire joyeux.
Chourave tapota affectueusement la joue de Rosier qui paraissait se faire violence pour ne pas lui mordre sa main. Eva hésitait entre le respect et l'effroi : Chourave ne comprenait-elle pas qu'Evan Rosier n'était pas le genre d'élève qui acceptait passivement les réprimandes ?
« Bien ! s'exclama Chourave en continuant de sourire gaiement. Maintenant, laissons place à la fête ! Nous avons déjà raté la première danse, il ne faudrait pas rater la deuxième ! »
Chourave agita sa baguette et Rosier parut être défait de ses liens invisibles. Le jeune homme se remit immédiatement sur ses pieds, surplombant Chourave de sa taille. Pourtant, la professeure de Botanique ne parut nullement inquiète d'avoir un tel colosse si près d'elle car elle lui tourna le dos pour s'adresser à Eva qui observait avec prudence le Serpentard.
« Eva, tu es prête pour ta première danse ?
– Euh, répondit gauchement Eva, arrachant difficilement son regard des yeux noirs du Serpentard pour le poser sur le sourire étincelant que sa Cheffe de Maison lui adressait.
– Très bien, Evan sera ton partenaire ! »
Les deux 7èmes années lancèrent un regard incrédule à la petite femme.
« Eh bien, ne restez pas plantés là comme deux idiots ! Bougez-vous donc ! » s'exclama avec impatience Chourave en attrapant le poignet d'Eva.
Sa Cheffe de Maison la poussa en direction du Serpentard. Eva se rattrapa de justesse au bras musclé d'Evan Rosier qui se tendit à son toucher. Lorsqu'Eva leva des yeux écarquillés vers lui, elle vit qu'il était occupé à fusiller du regard la professeure de Botanique. Un muscle de sa mâchoire tressautait.
« Ne faites pas l'idiot, Evan. Une danse à la place d'une retenue me semble être un compromis assez clément. Hum ? »
Eva ne savait pas quelle expression se trouvait sur le visage de Chourave mais celle-ci fut suffisante pour faire obéir Rosier. Sans un mot, sa mâchoire toujours crispée, il attrapa Eva par sa taille et la tira jusqu'à la piste de danse que peu d'élèves avaient rejoint. La plupart des élèves préférait observer les plus téméraires se mettre en spectacle depuis leur table.
Eva n'avait jamais été aussi tendue lors d'une danse. Habituellement, elle se trémoussait à grands éclats de rire, n'en ayant rien à faire que des gens la regardent. Aujourd'hui, elle faisait de son mieux pour éviter le regard de son cavalier qui la guidait dans une valse.
La poigne de Rosier sur sa taille était douloureuse mais Eva n'osa pas émettre la moindre objection.
Elle sentit le bas de sa robe voler autour de ses jambes alors que Rosier les guidait dans un virage serré, leurs jambes s'entremêlant à leur grand dégoût. Eva devait admettre qu'il était un bon danseur. Elle était un peu rouillée en ce qui concernait les danses de salon mais Rosier, lui, paraissait guider leurs pas aussi naturellement que s'il ne faisait que marcher.
Sans doute que ses parents avaient dû lui apprendre les danses de bal dès qu'il avait fait ses premiers pas.
« Tu pourrais faire un effort pour sortir ton balai de ton cul, Brown. »
La voix grave d'Evan Rosier l'arracha à ses pensées. Eva lui lança un regard du coin de l'œil, prenant soin de ne tourner que son profil vers lui.
Il lui rendit son regard.
Si Eva n'était pas complètement dégoûtée et effrayée par lui, peut-être qu'elle pourrait admettre que sa mâchoire bien masculine et ses yeux sombres avaient quelque chose de séduisant. De plus, contrairement à la plupart des Sang-Pur, ses cheveux n'étaient pas savamment coiffés ou retenus en arrière par du gel. Ses mèches foncées tombaient de manière désinvolte sur le front, l'adoucissant et le rajeunissant du même coup.
Mais, c'était son regard qui faisait oublier toute sorte d'attraction. À l'instant présent, une lueur mesquine brillait dans ses yeux :
« Royce ne t'a pas appris à te décoincer ? Même lui doit savoir que c'est toujours plus simple quand la fille est détendue. »
Eva ne manqua pas de comprendre son sous-entendu. Elle détourna sa tête, se mordant l'intérieur de la joue avec violence.
S'il croyait que la mention de Mulciber allait la rendre plus aimable, il se mettait le doigt dans l'œil.
Rosier lui lâcha la taille pour la faire tourner sur elle-même puis reposa sa main sur elle, la ramenant avec tellement de force vers lui qu'elle manqua de perdre son équilibre.
Eva fulmina silencieusement et se remit droite. Rosier lui sourit d'un air moqueur.
Son souffle réchauffa son oreille alors qu'il se penchait vers elle :
« Ne fais pas ta sainte-nitouche. Je sais très bien que tu sais crier comme une salope. »
Sa main entremêlée avec celle de Rosier, Eva se faisait violence pour ne pas se laisser submerger par la panique. Il avait brisé cette même main l'année précédente et maintenant ils dansaient ensemble au milieu de la Grande Salle comme si de rien n'était.
« Regarde-moi Brown, » lui ordonna Rosier en un grognement sourd, paraissant ne pas apprécier le silence d'Eva alors qu'ils tournaient sur eux-mêmes avec élégance, la robe noire de la brune volant en rythme avec leur mouvement tandis que ses ailes argentées brillaient sous la lumière orangée des citrouilles.
– Quoi, Rosier ? claqua sèchement Eva en lui rendant son regard, réussissant à cacher le tremblement de sa voix. Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ?
– Ne fais pas l'insolente.
– Je croyais que tu voulais que je te réponde, » lui rétorqua-t-elle en levant son menton.
Faire face à l'instabilité d'Evan Rosier d'aussi près la terrifiait. Elle déglutit, se forçant de toutes ses forces de ne pas détourner ses yeux de ceux furibonds du Serpentard. Ils étaient si proches qu'Eva sentait sur son visage ses expirations irritées.
Ce n'était pas la danse qui le faisait souffler comme un buffle. Non, il essayait plutôt de contrôler sa colère face à son insolence. Eva était familière avec sa manière de faire. Si elle lui répondait avec impudence encore une fois, il se vengerait.
« Tu faisais moins la maligne l'autre jour dans les couloirs.
– C'était toi ? ne put-elle s'empêcher de lui demander, se remémorant sa course effrénée dans le château avant qu'elle ne tombe sur McGonagall.
– Tu n'aurais pas réussi à te cacher derrière McGonagall si ça avait été moi, la prévint Rosier avec un rictus moqueur.
– C'était qui alors ?
– C'est moins drôle si tu le sais, Brown.
– Qu'est-ce que ça change que je le sache ? » grinça-t-elle entre ses dents.
Son agacement ne fit qu'étirer les lèvres du Serpentard en un rictus arrogant. Il la fit tourner sur elle-même avant de la ramener vers lui.
« Disons juste que les participants à notre petit jeu sont plus proches de toi que ce que tu penses.
– Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? lui demanda avec confusion Eva.
– Je ne veux pas gâcher la surprise. Peut-être que Royce te le révélera un jour. »
Et sur ces mots, il la lâcha. Eva n'avait même pas remarqué que la musique s'était arrêtée. Autour d'eux, de nouveaux couples se formaient pour enchaîner sur la prochaine valse mais Eva resta figée à fixer Evan Rosier qui la toisait avec un sourire moqueur, comme s'il se délectait de son trouble.
« Profite bien de ta soirée, Brown, la salua finalement Rosier en lui tournant le dos. En espérant que tu ne t'aventures pas dans un recoin sombre, lui lança-t-il par-dessus son épaule.
– Attends ! » s'écria désespérément Eva mais, alors qu'elle s'apprêtait à le courser, un couple zigzaguant à travers la piste de danse lui coupa le passage.
Eva recula de justesse. Quand elle eut repris ses esprits, Evan Rosier avait disparu. Jamais elle n'oserait le suivre jusqu'au coin de la salle où devaient être réunis le reste des Serpentards. Elle resta plantée au milieu de la piste de danse, mâchant l'intérieur de sa joue avec frustration.
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Putain, qu'est-ce qu'il lui cachait ?!
« Tu m'accordes une danse ? »
Eva baissa des yeux surpris vers la main tendue vers elle.
James lui sourit innocemment, ne paraissant pas chagriné par son manque de réaction. Quelqu'un lui avait noirci les yeux avec du maquillage et un cache-œil lui couvrait partiellement le sourcil et le front. A sa ceinture étaient accrochées une épée et une flasque.
Il était déguisé en pirate.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » lui demanda-t-elle faiblement.
Eva ne lui avait pas parlé depuis la semaine précédente lorsqu'il l'avait interrogée jusqu'à ce qu'elle avoue la disparition de sa mère. Après son comportement ignoble à son égard, Eva n'avait pas osé faire le premier pas. La honte lui rongeait trop l'esprit pour ça. James non plus n'avait pas paru prêt à lui parler de nouveau, évitant soigneusement de la regarder lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs.
James secoua sa main :
« Je veux juste danser. »
Eva n'était pas dupe, il détestait les danses de bal. Il l'avait ronchonné dès ses huit ans lorsqu'Euphémia l'avait forcé à apprendre les pas aux côtés d'Eva et il n'avait jamais changé d'avis depuis.
Avec une pointe d'hésitation, Eva posa sa main dans la sienne. Le sourire de James prit une tournure plus sincère et ils se mirent en position.
Eva pouvait sentir la différence entre ses deux partenaires de danse. Avec Rosier elle avait été tendue comme un arc tandis qu'avec James elle se laissait docilement mener. James fredonnait l'air de la musique alors qu'ils suivaient le rythme.
« Tu as décidé de danser avec Rosier pour quelle raison exactement ? »
Eva tourna les yeux vers James. Il continua de se focaliser sur un point au-dessus de son épaule pour ne pas avoir le tournis.
« Tu nous regardais ? »
Un sourire amusé étira faiblement les lèvres de James.
« Disons que vous voir vous foudroyer du regard tout en étant collés l'un à l'autre était plus divertissant que de regarder Remus lancer des regards mélancoliques à Hannah Abbott, railla-t-il.
– Ils sont ensemble ? » s'étonna Eva, les paroles de James lui faisant se remémorer ce moment au début du mois où elle et Sirius étaient tombés sur Remus et Peter une fois qu'ils avaient terminé de réviser l'arithmancie dans la Grande Salle avec Hannah Abbot.
James fit un bruit amusé.
« Remus aimerait bien. Pour l'instant, il se contente de la lorgner de loin.
– Il va devoir être plus direct s'il veut que quelque chose se passe. Hannah Abbott est la fille la plus timide que je connaisse.
– Plus timide que Mary McDonald ? plaisanta James alors qu'ils tournaient sur eux-mêmes, resserrant sa prise sur la taille d'Eva pour effectuer leur virage.
– Je ne la connais pas assez pour te dire, lui répondit Eva en réprimant une grimace à l'entente du nom de la Gryffondor.
– Eh bien Peter pourrait t'en parler. Il essaie depuis l'année dernière de lui faire comprendre qu'il est intéressé mais elle n'est pas très réceptive, lui révéla James, s'attirant de nouveau un regard surpris de la part d'Eva.
– Peter ? répéta Eva. Il la drague ? s'étonna-t-elle en essayant de s'imaginer le discret Peter Pettigrow faire des avances à une fille.
– Il essaie, c'est déjà ça, plaisanta James. Mais revenons-en à toi –
– Je préférerais que non, le coupa Eva avec une grimace mais James ne fit pas attention.
– Tu essayes de te venger de Lizzie Lestrange en dansant avec son fiancé ? Si on ne parlait pas d'un psychopathe comme Evan Rosier je saluerais ton génie. Mais Evan Rosier, sérieux ? la questionna James avec un regard atterré. Ce mec est pourri jusqu'à la moelle. En plus, à ta place, j'éviterais de trop me rapprocher de lui. Vu ce que j'ai entendu sur lui et Ava Parkinson, il ne m'a pas l'air très propre.
– Tu m'as l'air d'être une vraie commère James, fit remarquer Eva et elle ne fut pas surprise que James lui adresse un regard mécontent.
– Changer de sujet c'est devenu ta spécialité ? » s'impatienta-t-il.
Honteuse, Eva fuit son regard.
James soupira avec lassitude :
« Eva. Pourquoi est-ce que tu es devenue si compliquée ? Avant, on devait te lancer un silencio pour que tu te taises.
– Tu devrais être heureux de ma toute nouvelle maturité dans ce cas, » lui rétorqua-t-elle en lui lançant un regard du coin de l'œil.
Elle détourna bien vite son regard quand James tourna des yeux agacés vers elle.
« Tu me fatigues, » lui dit-il de but en blanc.
Eva se pinça les lèvres pour contenir un sourire.
« Et apparemment ça t'amuse, ajouta James d'un ton atterré. Et après on veut me faire croire que les filles ne sont pas compliquées ? » s'exaspéra-t-il.
Il la lâcha pour la faire tournoyer.
« Maman m'a envoyé des nouvelles de ton chien, l'informa-t-il en la ramenant contre lui, lui évitant de justesse de se faire bousculer par des jeunes élèves qui s'amusaient à danser n'importe comment sans suivre le rythme de la danse.
– Oscar, » ne put-elle s'empêcher de préciser.
Eva sentit sur elle les yeux de James. Elle se tourna vers lui et la vue de son air blasé la fit éclater de rire. Elle secoua sa tête avec amusement.
« Oscar…Oui, c'est ça, fit lentement James. Eh bien ton Oscar a essayé de manger les rideaux du salon. Peut-être que maman t'enverra la facture pour Noël.
– Quoi ? s'étonna Eva. Pourtant je l'ai bien éduqué. Il ne faisait plus ce genre de bêtise la dernière fois que je l'ai vu.
– Peut-être qu'il fait sa crise d'ado pour montrer qu'il n'est pas content que ses deux maîtresses l'aient abandonné. »
Sa remarque troubla Eva qui en perdit son sourire. L'excitation de la soirée d'Halloween l'avait fait un instant oublier la disparition de sa mère. Depuis la lettre lui assurant que sa mère était en vie, Eva n'avait plus reçu aucune nouvelle. Elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou pas.
Pour extérioriser toute cette anxiété, Eva avait accompagné l'équipe de Poufsouffle à chacun de leur entrainement pour courir en leur présence au cours de la semaine.
Avoir comme ami proche le capitaine de l'équipe de Poufsouffle avait ses avantages.
Le seul point négatif de ces excursions était qu'Eva aurait préféré éviter de voir Kate Godfried être la parfaite supportrice d'Amos. Elle ne pouvait s'empêcher de la comparer à Charlotte qui, à l'époque où elle assistait aux entraînements pour encourager son petit ami, n'hésitait pas à émettre des critiques sur le jeu d'Amos pour qu'il s'améliore. À la place, Kate criait avec excitation à chacun des virages superflus d'Amos dont le sourire arrogant s'élargissait à chaque exclamation de sa nouvelle petite amie.
« Je m'occuperai de lui à Noël, » dit finalement Eva.
– Et où est-ce que tu penses passer Noël ? » la questionna James.
Elle n'y avait pas pensé. Elle se vit arpenter les murs de leur appartement de Londres avec comme seule compagnie Oscar. Même si Eva était habituée à se divertir par ses propres moyens, passer deux semaines là-bas sans la présence rassurante de sa mère enfermée dans son bureau était inenvisageable.
« Je n'y ai pas encore réfléchi, » lui avoua-t-elle et, de manière surprenante, James ne lui rétorqua rien, se contentant de faire un « hum » songeur.
Alors que la musique faiblissait peu à peu en volume, James la surprit quand il lui dit de poser ses mains sur ses épaules. Eva lui jeta un regard confus auquel il répondit par un « fais ce que je te dis, Eva » amusé. En temps normal, cette phrase lui aurait suffi pour faire exactement le contraire de ce que James voulait mais elle était curieuse.
Elle posa ses mains sur ses épaules (il faisait la même taille qu'elle maintenant) et lui jeta un regard, l'air de dire « et maintenant ? ». James s'immobilisa et lui jeta un sourire qu'Euphémia qualifierait d'effronté.
« Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama avec confusion Eva lorsque James posa ses mains au-dessus de ses hanches.
– Fais-moi confiance, » la rassura-t-il avec un clin d'œil puis il la souleva.
Eva poussa une exclamation mi-surprise, mi-effrayée alors que, soulevée au-dessus du visage de James, elle pouvait voir la nuée d'élèves sur la piste de danse ou toujours en train de discuter à table. C'était un kaléidoscope de couleurs. Tous les costumes colorés des élèves créaient un joyeux mélange de couleurs.
Un rire surpris lui échappa avant qu'Eva n'éclate franchement de rire alors que James la faisait lentement tourner dans les airs.
Au bout de quelques secondes euphoriques, Eva se rendit compte qu'il lui criait quelque chose. Elle baissa les yeux vers lui. James lui rendit son sourire, bien que le sien soit un peu crispé vu la force qu'il devait employer pour la porter.
« Lâche, lâche !
– Quoi ? lui cria-t-elle.
– Lâche mes épaules !
– Mais t'es malade ! s'exclama-t-elle.
– Fais-le ! » la persuada James.
Ça devait être l'euphorie du moment ou peut-être que les asticots lui étaient montés à la tête. En tout cas, Eva suivit les instructions de James et elle lâcha ses épaules.
Il n'y avait plus que la force des bras de James qui la maintenait en l'air.
Elle pourrait très bien se casser la figure d'une seconde à l'autre et devenir le sujet de moqueries de tout Poudlard étant donné leur public attentif. Pourtant, elle n'y pensait même pas. À la place, elle étira ses bras dans les airs et l'euphorie la fit rire tout du long.
Puis, finalement, la musique s'arrêta pour de bon et les pieds d'Eva se reposèrent sur terre.
« Qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ? » demanda Eva à James en continuant toujours de rire, plus incrédule qu'autre chose maintenant qu'elle avait les pieds sur terre.
Le sourire de James fut étincelant.
« Les fées sont censées voler, non ? lui répondit-il et Eva lui frappa le bras avec affection.
– T'es bête, l'insulta-t-elle mais elle le dit avec tellement de tendresse que le sourire de James ne fit que s'élargir, ses yeux marrons-verts pétillant avec la même émotion que ceux d'Eva.
– Arrête, je sais très bien que tu m'adores. »
Eva secoua sa tête avec exaspération. C'était comme si son sourire s'était ancré dans la peau de son visage, elle ne pouvait plus s'en défaire. Et bien qu'elle ne l'avouerait jamais à James, la chaleur qu'elle ressentait dans sa poitrine était bien de l'amour pour lui. Il était bien trop moqueur pour qu'elle lui en parle. Et puis, elle n'avait jamais été à l'aise avec les déclarations d'amour.
Elle préférait le montrer par ses actions.
C'est pourquoi quand James enroula son bras autour de ses épaules et la ramena contre lui, la coinçant sous son aisselle, Eva se laissa faire. James se plaignit un instant de ses ailes qui le gênaient mais après qu'Eva se soit moquée de lui en le traitant de bébé, il lui fit une grimace et abandonna le sujet.
Ils commencèrent à traverser la piste de danse qui se remplissait peu à peu alors que les élèves se décoinçaient et Eva se perdit dans une joute verbale avec James qui ne manquait jamais d'imagination pour de nouvelles insultes. Sa préférée restant sans aucun doute de la traiter de blaireaute.
« On dit blairelle pour les femelles, James. Et les bébés s'appellent les blaireautins. »
– Et tu crois vraiment que j'en ai quelque chose à foutre ? »
Eva leva ses yeux au ciel en soupirant avec exaspération.
« Tu es irrécupérable, maugréa-t-elle.
– Et toi tu es une vraie blaireaute, » lui rétorqua immédiatement James.
Alors qu'Eva commençait à l'insulter de babouin arrogant, James la coupa sans vergogne :
« Patmol ! L'homme que je cherchais ! » s'écria-t-il en levant son bras qui n'était pas posé sur les épaules d'Eva en guise de salut pour son meilleur ami qui se retourna vers eux avec un air surpris.
Eva n'avait pas vraiment fait attention à où James l'emmenait, complètement absorbée à lui répondre au tac-au-tac qu'elle était, mais maintenant qu'elle se trouvait face à face avec une meute de 6ème année, elle se fustigea. Chaque mètre carré était occupé par l'un d'entre eux (debout, assis sur une chaise ou sur le bord de la table) et Eva se sentit un instant mal à l'aise avec autant d'yeux posés sur elle.
Le pire fut quand Sirius arrêta sa conversation avec Peter et Lucy Emerson et se retourna franchement vers eux. Avant ça, il chevauchait sa chaise du mauvais côté, un bras reposant sur le dos de sa chaise et son autre main tenant un gobelet. Dès qu'Eva croisa son regard, elle se remémora ses yeux froids et la chaleur de son corps surplombant le sien.
Ne jette pas son aide à sa figure sinon c'est moi qui te le ferai regretter.
Pourquoi est-ce que j'aurais dû te le dire ?
On n'est pas des amis, Eva. Si on était amis, tu me dirais la vérité.
Si s'excuser auprès de James avait été difficile, devoir affronter le regard de Sirius était proche de l'inconcevable.
Eva laissa son regard s'égarer vers Lucy Emerson qui l'observait de bas en haut d'un air apathique en sirotant sa boisson. Peter, lui, lui offrit un sourire qui la détendit quelque peu. Derrière eux, Eva pouvait voir le reste des Gryffondors de leur année mélangés avec des membres d'autres Maisons.
Il y avait notamment Hannah Abbott en train de discuter avec Lily Evans. Remus semblait suivre leur conversation d'une oreille distraite, ses yeux déviant toujours vers la Poufsouffle qui paraissait totalement inconsciente de l'attention que lui portait son camarade.
« T'as terminé de frimer ? plaisanta Sirius d'une voix traînante en adressant un sourire amusé à son meilleur ami. T'as presque réussi à faire baver Lucy en montrant la force de tes bras. »
La jeune fille en question qui était resplendissante avec son diadème dans les cheveux – une princesse, vraiment ? – frappa le bras de Sirius avec une moue mécontente.
« Hé, fais gaffe. J'ai un verre dans la main je te rappelle, la prévint Sirius en ne paraissant pas plus que ça dérangé par la violence de sa camarade à en juger par son sourire paresseux.
– Arrête de raconter à tout le monde que j'ai bavé, s'agaça Lucy et Eva ne pouvait s'empêcher d'admirer sa beauté. Je complimentais juste la force de James. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit que les entraînements de Quidditch servent à autre chose que de savoir guider un balai.
– Ne t'inquiète pas, Lucy, la rassura James avec un sourire qui ne disait rien qui vaille. Même en dehors du terrain de Quidditch je sais très bien guider mon balai. »
Lucy en resta bouche-bée. Elle paraissait partagée entre le choc, le dégoût et la gêne. Peter et Sirius, eux, riaient franchement, faisant sourire avec fierté James. Se retenant de lever les yeux au ciel, Eva se dégagea de l'étreinte de James, ne souhaitant pas assister une nouvelle fois à la drague de James.
Mais elle ne réussit pas à aller bien loin avant que James ne la rattrape. Il lui tira sur les cheveux, s'attirant un mauvais regard de sa part.
« Tu crois que tu pars où comme ça ? s'enquit-il en haussant ses sourcils.
– Loin de toi, » lui répondit de but-en-blanc Eva.
James ferma les yeux et secoua sa tête.
« Eva, Eva, Eva, soupira-t-il et l'envie de le frapper devenait de plus en plus dur à contenir, surtout lorsqu'il s'amusait à tirer sur les cheveux d'Eva à chaque fois que son prénom quittait ses lèvres. Tu crois vraiment que je vais te laisser t'échapper ?
– Je fais ce que je veux, s'agaça-t-elle en claquant sa langue contre son palais, plus que consciente du public qu'ils avaient.
– Tu n'es pas au courant que les fées doivent exaucer un souhait avant de disparaître dans leur monde féerique ? l'interrogea James en adoptant une attitude innocente. C'est pourtant la base de tous les contes féeriques. »
Et il tira encore une fois sur ses cheveux.
Il faisait vraiment son possible pour qu'elle le frappe.
Et il comptait trouver le moyen de dire « fée » ou « féerique » combien de fois encore ?
Eva donna une tape à sa main pour que James lâche le bout de ses cheveux. Avec un « aouch » accompagné d'une grimace, James secoua sa main pour faire partir la soi-disant douleur.
« On ne t'a pas dit que les fées n'avaient pas de griffes ? la questionna-t-il. Ou c'est juste que tu as du mal à oublier que tu n'es pas une blaireaute ce soir ? Blaireaute un jour, blaireaute toujours j'imagine ?
– Je vais te planter mes griffes dans les yeux si tu n'arrêtes pas, le prévint Eva.
– D'accord, d'accord, acquiesça James en riant, si on ne peut plus plaisanter maintenant !
– Au revoir, James, » le salua Eva en tournant sur ses talons, plus blasée qu'agacée.
Mais elle n'eut pas le temps de faire deux pas que James l'attrapait par la taille et la ramenait contre lui. En trois mouvements, Eva se retrouva assise de force sur une chaise entre Sirius et Peter avec Lucy en face d'elle. Alors qu'elle s'apprêtait à bondir à ses pieds pour s'échapper de cette horrible situation – hors de question qu'elle reste à côté de Sirius ! – James mit fin à ses tentatives de fuite lorsqu'il s'assit sans crier garde sur elle.
« James, dégage ! » s'écria Eva avec la tête à moitié enfoncée dans le dos du concerné alors que les os des fesses de ce dernier s'enfonçaient douloureusement dans ses cuisses et que ses ailes étaient ratatinées derrière elle.
– Quelqu'un me parle ? s'exclama James d'un air confus. J'ai l'impression d'entendre quelqu'un dire mon nom mais je ne vois personne.
– Peut-être que c'est Nick-Quasi-Sans-Tête, lui répondit Peter. Il avait l'air jaloux de ton costume de pirate quand il est passé tout à l'heure.
– Il y a de quoi, plaisanta James en enfonçant son fessier avec plus de force sur sa chaise qui était Eva pour l'empêcher de s'échapper. Tu m'as vu ? Il n'y a jamais eu de pirate plus sexy que moi. »
Sirius poussa une exclamation amusée alors qu'Eva poussait des jurons tout en continuant ses efforts à sa gauche.
« Tu vas bientôt pouvoir partir à l'abordage. Tous les navires ont l'air d'avoir bu la tasse.
– Patmol, est-ce que tu sous-entends que tous les navires ont mouillé à ma vue ? s'étonna James d'un ton espiègle.
– Ça et ils ont l'air d'avoir besoin de quelqu'un pour prendre le contrôle du gouvernail, renchérit Sirius.
– Vu que tu sais guider ton balai, tu seras sans doute capable de diriger un navire, ajouta Peter entre deux éclats de rire.
– Merlin, s'exclama avec consternation Lucy Emerson. Vous allez continuer encore longtemps avec vos allusions ?
– Qu'est-ce qu'il y a Lucy ? Ça te dérange de suivre les ordres d'un capitaine ? s'enquit innocemment James. Tu préfères être celle qui donne les ordres ? »
Eva s'était résignée au fait qu'elle était vouée à rester la chaise de James jusqu'à ce que ce dernier daigne la laisser partir – il avait même coincé ses jambes entre les siennes – mais elle pouvait quand même le punir pour son culot.
Elle extirpa une main piégée contre le dos de James puis lui pinça la côte.
James poussa une exclamation de douleur et la surprise le fit tourner des yeux éberlués vers Eva qui était toujours coincée entre le dos de la chaise et celui de James. Elle lui fit une grimace et, comme pour se venger, James changea de position pour enfoncer encore davantage son fessier.
Ce fut cette fois-ci Eva qui poussa une exclamation de douleur.
Pourquoi avait-il des os de fesses si pointus ?
La seule partie positive de se faire maltraiter ainsi était que cette nouvelle position permettait à Eva de glisser sa tête au-dessus de l'épaule de James. Même si le jugement qu'Eva pouvait lire dans le regard de Lucy n'était pas très agréable, c'était toujours mieux que d'avoir le nez enfoncé dans le costume de pirate de James.
Après un peu d'effort de sa part, Eva parvint même à sortir son deuxième bras qui était toujours coincé entre son ventre et le dos de James.
Mais même son cerf-tête n'avait pas réussi à contenir ses cheveux longs face à la tornade qu'était James Potter. Elle dégagea avec agacement ses cheveux de son visage.
« Tu as transformé tes oreilles aussi ? Comment est-ce que tu as réussi à faire ça ? »
Surprise par la question de Lucy, Eva leva des yeux confus vers la Gryffondor déguisée en princesse, sa main figée sur son oreille derrière laquelle elle venait de coincer des mèches de cheveux.
Sa robe est magnifique, constata Eva avec un mélange d'admiration et de jalousie. La robe bleue que portait Lucy était digne d'un conte de fée. La comparaison la plus appropriée qu'Eva pouvait trouver pour décrire la splendeur de sa robe était qu'elle ressemblait à celle que portait Cendrillon dans les livres d'illustration que sa mère lui avait donné dans son enfance.
« Quoi ? fit Eva, confuse.
– Tes oreilles, lui expliqua Lucy en faisant un signe de tête dans sa direction, elles sont pointues. »
Et c'est à ce moment-là qu'Eva se rappela qu'Emmeline avait aussi trouvé un sortilège pour avoir des oreilles d'elfe dans Sorcière Hebdo.
À peine Lucy eut-elle terminée sa phrase que James changeait de position pour se mettre face à Eva. Sans aucune considération pour son espace personnel, il souleva par lui-même les cheveux d'Eva pour fixer avec des yeux curieux les oreilles pointues de la Poufsouffle.
« C'est toi qui as fait ça ? » lui demanda James alors que Peter apparaissait derrière son épaule.
Vraisemblablement, Peter était curieux et s'était même levé de sa chaise pour observer le spectacle, rappelant à Eva le fait qu'elle avait sorti sa tête du côté de Sirius. Et bien qu'elle sentait du coin de l'œil qu'elle avait réussi à attirer son attention à lui aussi, Sirius ne fit aucun mouvement pour se rapprocher d'elle comme James et Peter le faisaient.
« Mais reculez-vous, grimaça Eva avec gêne. Je ne suis pas une bête de foire non plus.
– Tu y ressembles pas mal pourtant, lui rétorqua James avec un ricanement moqueur, faisant éclater de rire Peter qui se recula au grand soulagement d'Eva.
– Ha ha, très drôle, » railla Eva en giflant le bras de James.
Maintenant que James s'était assis en diagonale sur ses genoux, Eva n'était plus plaquée contre la chaise.
« Non mais sérieusement, c'est toi qui as fait ça ? Tu y crois Patmol ? » ajouta James en direction de son meilleur ami qui se contentait de siroter son gobelet depuis tout à l'heure.
Le silence de Sirius mettait Eva mal à l'aise. Elle s'efforçait d'ignorer sa présence à sa droite depuis son arrivée forcée mais il y avait une tension électrique dans l'air qui la rendait incapable de se détendre. Même en échangeant des boutades avec James, elle n'arrivait pas à l'oublier.
« Difficilement, répondit Sirius. La dernière fois que je l'ai vu après un cours de Métamorphose, Brown s'était fait brûler les jambes. »
Brown ? Ils en étaient revenus à ce stade ?
« J'avais presque oublié ça, s'esclaffa James. C'est sûr que ce n'est pas Eva qui a jeté le sortilège. »
James donna une pichenette à la boucle d'oreille d'Eva qui avait la forme d'une plume.
« Arrête de me prendre pour une incapable, grommela-t-elle en donnant une tape à sa main.
– C'est toi qui as jeté le sortilège alors ? la provoqua James en arquant les sourcils.
– Non, admit Eva avec réticence alors que le sourire moqueur de James s'élargissait. C'est Emmeline qui a fait ça.
– Ah bah voilà ! Il faut savoir admettre ses faiblesses, Eva. Je ne sais pas ce que ça fait d'en avoir mais on me dit que c'est important de s'accepter tel qu'on est, » la sermonna-t-il d'un air faussement sérieux puis il poussa le vice en lui tapotant la joue comme l'avait fait plutôt Chourave à Evan Rosier.
Avec un grognement mécontent, Eva dégagea sa main puis se vengea en tirant sur les joues de James. Avec un bafouillement surpris, James se recula.
« Potter. Tu ne peux pas faire moins de bruit ? C'est impossible de discuter quand tu es dans les parages, » maugréa une voix féminine qui surprit Eva comme James.
Ils se figèrent tous les deux, interrompus en plein milieu de leur bataille de force. Eva leva des yeux surpris vers Lily Evans qui les toisait d'un air hautain, debout derrière la chaise de Lucy Emerson.
Jamais Eva n'avait eu l'occasion de discuter avec la préfète mais si c'était cette expression méprisante que James s'entêtait à affronter tous les jours, Eva ne pouvait que l'admirer pour sa ténacité. Ça ou James était juste complètement timbré.
Lily Evans avait bouclé ses cheveux roux foncés pour l'occasion. Et avec les traits de peinture rouge étalés sur ses joues et l'arc qui était juché sur son épaule, elle donnait vraiment l'impression à Eva d'être une chasseresse intimidante.
« Evans, » l'accueillit platement James.
Puis, avec un raclement de gorge – est-ce qu'il était gêné ? – James détendit sa prise de fer sur le poignet et les doigts d'Eva pour se redresser. Il resta tout de même assis sur les genoux d'Eva qui l'observait avec un air confus.
James Potter pouvait être gêné ?
« Désolé, je ne pensais pas que tu daignerais me porter de l'attention. »
Lucy Emerson et Peter poussèrent des soupirs exaspérés alors que les yeux verts saisissants – même Eva devait avouer que la préfète avait des yeux fascinants – de Lily Evans se plissaient.
« Ce n'était pas mon intention. Potter. »
James haussa ses épaules d'un air désinvolte.
« Eh bah, désolé. »
Eva était d'accord avec Peter et Lucy qui cachaient difficilement leur exaspération. Comment faisait-il pour répondre à la préfète si maladroitement ? James était un as de la discussion, il avait toujours de la répartie. Que ce soit avec Madame Rancy, sa voisine d'une centaine d'années de Godric's Hollow, ou avec Madame Pomfrey. Et pourtant il répondait aussi gauchement à la fille qu'il était supposé avoir le béguin pour ? Où était la logique ?
Heureusement pour James, son meilleur ami ne laissa pas le temps à Lily Evans de sortir une phrase sans aucun doute mordante vu son expression :
« Ah Evans, tu as réussi à ramener Abbott avec toi ? C'est pas tous les jours que la blaireaute ose nous montrer son joli minois. »
Mais la participation de Sirius parut bien déplaire à Hannah Abbott qui se tenait discrètement derrière Lily Evans. La cadette d'Eva détestait qu'on lui porte de l'attention et la raison première était qu'elle ne pouvait retenir un rougissement violent quand plus d'une personne posait les yeux sur elle. C'était encore pire quand ceux qui la regardaient étaient des garçons – Amos, Akash et Howard se délectaient de ce fait.
Sans surprise, le visage rond de Hannah Abbot subit une réelle éruption volcanique tant son rougissement était agressif face au sourire charmeur de Sirius Black.
« Bien joué, chuchota sarcastiquement Eva, plus pour elle-même qu'autre chose mais son interruption involontaire eut le malheur d'attirer l'attention de Sirius sur elle.
– Quelque chose à dire, Brown ? » lui demanda-t-il abruptement alors que Lily Evans tentait de calmer Hannah Abbott qui avait enfoui son visage dans ses mains, ne remarquant pas le regard frustré de Remus à côté d'elle.
Surprise que Sirius lui adresse la parole – et si agressivement de surcroît – Eva ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil. La vue de ses yeux gris plissés dans sa direction la refroidit en un instant et elle se déroba bien vite à son regard.
Eva souhaiterait presque que James la coince de nouveau derrière son dos pour qu'elle puisse se cacher derrière lui mais celui-ci se révélait être aussi inutile que d'habitude parce qu'il paraissait complément absorbé par Lily Evans qui disait à Hannah Abbot de ne pas faire attention à Black qui était « un stupide crétin arrogant ».
« Il a même des chaussettes porte-bonheur, ajouta Remus en ne paraissant guère se soucier de préserver la fierté de son meilleur ami qui incendiait toujours Eva de son regard. Il n'y a rien de plus ridicule. »
Pendant ce temps, Eva était bien loin de trouver Sirius Black ridicule. Elle le trouvait plus intimidant qu'autre chose alors qu'elle fixait avec obstination un point dans la direction opposée à celle où était assise Sirius.
Finalement, Sirius émit un bruit moqueur.
« Pff, c'est bien ce que je pensais. »
Frustrée de ne pas trouver les mots pour lui rabattre le caquet et honteuse de son comportement, Eva se décida à quitter les lieux.
Elle força James à se relever. James poussa une exclamation de surprise et tourna des yeux écarquillés vers elle mais elle ne le vit pas.
Se mordant l'intérieur de sa joue avec force, Eva se fraya un chemin entre la chaise de James et celle de Peter.
« Patmol, » entendit-elle James dire d'une voix sérieuse.
Qu'il aille se faire foutre. Qu'ils aillent tous se faire foutre, pensa rageusement Eva en clignant des yeux pour chasser ses larmes alors qu'elle contournait Gilderoy Lockhart qui, à genoux et tout de mauve vêtu, chantait une sérénade à Marlène McKinnon à la grande hilarité de Lizzie Lestrange et Ava Parkinson.
Eva détourna rapidement ses yeux de ce spectacle répugnant de magnifiques jeunes femmes Sang-Purs dont la qualité des vêtements la répugnait. Elle disait bien vêtements car costumes semblait être un bien piètre mot pour décrire les robes des trois sorcières.
Elle espérait que Lizzie Lestrange s'étrangle sur son rire ou qu'Evan Rosier, son fiancé, fasse son apparition juste pour lui rappeler qu'il lui préférait la grande et guindée Ava Parkinson que tout le monde savait être sa partenaire de coucherie.
« Eva ! Eva, attends !
– Quoi Sirius ? » s'exclama-t-elle d'un ton brusque, se retournant violemment vers lui, ses cheveux et le bas de sa robe volant dans les airs à cause de son abrupt changement de direction.
Sa respiration était hachée sous le coup de l'émotion et ses yeux brillaient. Eva n'était plus honteuse, non, elle était en colère contre lui, ce stupide Gryffondor qui éveillait en elle toutes ses émotions contradictoires.
Eva avait trop de choses sur le cœur, trop de poids sur ses épaules. Elle ne pouvait pas se permettre de l'ajouter lui sur sa liste de choses à gérer. Elle s'était laissée enthousiasmée par Emmeline pour cette soirée mais maintenant que Sirius se frottait la nuque en un geste frustré, elle se sentait ridicule de s'être trouvée si jolie avec sa tenue et les paillettes sur son visage.
Il avait coiffé ses cheveux. Elle reconnaissait cette coiffure, elle l'avait déjà vu à des retransmissions à la télé. Rockabilly ou pompadour, c'était comme ça qu'on appelait la coupe de cheveux que portaient Elvis Presley ou James Dean. Quant à sa tenue, il portait du blanc en-dessous de son blouson en cuir qui, bizarrement, rendit la gorge d'Eva sèche.
Elle arracha ses yeux du bout de peau que son tee-shirt avait révélé lorsque Sirius avait levé son bras.
Et pourquoi diable lui faisait-il adopter un comportement aussi pitoyable ?!
Elle n'avait jamais ressenti de l'attirance pour qui que ce soit avant lui et elle était décontenancée par toutes les émotions contradictoires qui se bousculaient en elle à cause de lui. Elle avait soigneusement évité de le regarder dans les couloirs pendant la semaine et, maintenant, c'était comme si ses émotions méticuleusement étouffées rugissaient pour faire entendre leur présence.
« Je suis désolé, expira-t-il finalement, ses yeux baissés.
– Excuse acceptée, claqua-t-elle sèchement en essayant d'ignorer la boule d'émotion dans sa gorge, ses bras croisés fermement sous sa poitrine.
– Eva…, soupira-t-il comme s'il la trouvait difficile.
– Quoi, Sirius ? » répéta-t-elle encore une fois en détachant chaque mot.
Sirius releva ses yeux vers elle, sa foutue main toujours posée sur sa nuque en un geste qu'Eva réalisa avec effroi qu'elle trouvait attachant. Elle effaça bien vite cette pensée absurde de son esprit et continua de le défier du regard.
« Je n'aurais pas dû te parler comme ça, » répondit-il lentement comme s'il hésitait sur les mots qu'il devait dire pour la calmer.
Ça n'étonnerait pas Eva si c'était le cas. Il ne devait pas être habitué à se soumettre au jugement d'une jeune fille en colère. De toute façon, Eva ne comprenait pas pourquoi il tenait à s'excuser. Il n'avait rien fait de mal. Il avait juste répondu à son commentaire sarcastique. Ce serait plutôt à elle de s'excuser.
Et c'est ce qu'elle lui dit :
« Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'as rien fait de mal. »
Un pli apparut entre ses sourcils alors qu'il la regardait d'un air prudent, paraissant confus par cet abrupt retournement de situation.
« Mais tu –
– Oui, je suis partie comme une furie, le coupa Eva. Je n'ai juste pas envie de passer ma soirée avec des 6ème années. »
L'expression faciale de Sirius prit une tournure agacée.
« T'es trop mature pour traîner avec ceux de l'année d'en-dessous, c'est ça ? ironisa-t-il avec un rictus moqueur.
– Ce n'est pas ce que j'ai dit, » le contredit Eva.
Pourquoi est-ce qu'ils finissaient toujours par se disputer ? Pourquoi est-ce qu'ils n'arrivaient plus à se comprendre ? Pourquoi est-ce qu'il la fixait comme ça ?
Elle avait chaud. Elle était énervée. Elle était attirée par lui. Elle voulait qu'il se rapproche d'elle et elle voulait qu'il disparaisse de sa vue. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et Eva ne parvenait pas à détacher ses yeux de ceux gris de Sirius qui lui donnait l'impression de percer toutes ses barrières qu'elle s'efforçait d'ériger pour la voir telle qu'elle était : une fille de 17 ans perdue qui découvrait une attirance physique pour un garçon beaucoup trop beau et intelligent pour elle.
« Alors qu'est-ce que tu voulais dire ? » finit-il par lui demander après de longues secondes passées à se fixer en silence.
Sa voix avait baissé d'une octave et elle était délicieusement grave. Sirius se rapprocha d'elle et c'était comme si on lui avait lancé un stupéfix, Eva était incapable de se reculer.
Il fait la même taille que moi, il fait la même taille ! réalisait avec effroi Eva et comment pourrait-elle encore nier que Sirius l'intéressait plus qu'un ami proche de James ne devrait ?
« Hein, Eva. Qu'est-ce que tu voulais dire ? » répéta Sirius plus bas encore et, avec la lumière tamisée de la Grande Salle, ses yeux gris étaient encore plus saisissants.
Eva n'entendait même plus la musique qui n'était plus dans le registre de la musique classique mais qui était maintenant du rock endiablé. Elle n'entendait pas non plus les cris enthousiastes des étudiants qui se déchainaient sur le piste de danse tandis que James Potter et Lily Evans se hurlaient dessus. Non, elle n'entendait que son cœur qui tambourinait violemment et qui menaçait de quitter sa cage thoracique d'un moment à un autre.
Ses pupilles élargies ne voyaient plus que du gris. Gris, gris, gris, gris, il n'y avait plus que cette couleur dans son esprit.
Eva ne remarqua pas la main de Sirius qui se leva de quelques centimètres comme s'il voulait la toucher avant qu'il ne serre son poing. Elle ne remarqua pas non plus les dizaines de regards intéressés posés sur eux ni celui brûlant de Marlène McKinnon après que Lizzie Lestrange ait fait remarquer à la Serdaigle la proximité ambiguë entre Eva Brown et son ex-fiancé.
Sa gorge était sèche, sa langue lourde. La réponse d'Eva fut chuchotée d'une voix rauque :
« On n'est pas amis. C'est toi qui me l'as dit, non ? »
Et Eva pouvait difficilement contredire ces mots que Sirius lui avait crachés la semaine précédente car elle n'avait jamais ressenti ça pour un de ses amis.
Il était si proche mais pourtant il semblait diamétralement opposé à elle car sa mâchoire se crispa et ce pli au coin de sa lèvre révéla à Eva qu'il était énervé. Après tout, après tant d'années à l'avoir fréquenté aux côtés de James, Eva pouvait avancer connaître un tant soit peu ses expressions faciales.
« Tu comprends tout de travers, » bougonna-t-il et la lueur dans ses yeux était réellement une d'énervement.
Sirius entama un pas de plus vers elle et, cette fois-ci, son corps lui répondit car Eva recula d'un pas. Ils firent ça trois autres fois : il avançait, elle reculait. Dans d'autres circonstances, Eva aurait été inquiète de voir les narines de Sirius frémir en réponse à ses actions mais elle savait juste qu'elle n'était pas prête pour la suite.
Mais on ne lui laissa pas le choix de décider car un élève bouscula sans faire attention Sirius et ce dernier perdit l'équilibre.
La dernière chose qu'Eva vit avant de se faire emporter en arrière furent les yeux surpris de Sirius.
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titre : La fée prend son envol (II)
nombre de mots : 9100
J'ai trop hâte de vous révéler la suite! Déjà cette semaine, j'avais envie de tout publier tellement j'en mourrais d'envie mais il ne faut pas que je me précipite sinon je n'aurais plus de chapitres d'avance x)
Sur ce, deux-trois reviews et on se retrouvera dimanche soir prochain, promis !
