le juste vivra par sa loyauté
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Chapitre 21 : Celui qu'elle haïssait le plus au monde
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Mais Eva ne put jamais terminer sa tirade car quelque chose venait de l'attraper par l'arrière de son manteau et elle fut forcée de s'arrêter.
« Eva. »
Non, non, non, pas cette voix. N'importe qui mais pas lui.
Mais quand Eva osa enfin tourner la tête pour voir qui était derrière elle, c'était bien la personne qu'elle haïssait le plus au monde qui se tenait derrière elle.
Royce Mulciber.
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« Non. »
Au début, Eva crut que ce chuchotement horrifié venait d'elle mais sa mâchoire était tellement crispée qu'elle ne voyait pas comment elle aurait pu ouvrir sa bouche. Non, c'était Charlotte à côté d'elle qui venait de pousser cette exclamation en se rendant compte sur qui elles venaient de tomber à l'arrière des gradins de Serdaigle.
« Voyons Tronsky, tes parents Sang-de-Bourbe ne t'ont jamais appris la politesse ? » railla une voix distinguée avec un accent indéniablement bourgeois.
Ce fut seulement à ce moment-là qu'Eva se rendit compte qu'Adrian Parkinson, la sale fouine de Serdaigle, était présent lui aussi.
Pourtant, Eva ne put détacher ses yeux de Royce Mulciber qui la fixait, lui aussi.
Impassible, Mulciber avait plongé ses mains dans les poches de son manteau en fourrure qui devait certainement coûter une fortune. Ses cheveux bruns étaient secoués par les rafales de vent et, pourtant, il ne semblait pas gêné par le froid contrairement à Eva qui grelottait.
« Lai-laissez-nous tranquilles, » leur ordonna Charlotte.
Eva n'était pas habituée à entendre Charlotte trébucher sur ses mots.
Mulciber détacha enfin son regard d'Eva qui inspira brutalement en se rappelant qu'elle avait besoin de respirer.
« Tu es mignonne, Charlotte Tronsky, commenta-t-il stoïquement. Mais beaucoup trop naïve. Pars si tu veux être tranquille. Celle à qui je dois parler c'est Eva. »
Et Royce se concentra de nouveau sur Eva.
Car c'était comme ça qu'elle devait l'appeler. Royce, pas Mulciber.
Il le lui avait dit en 1ère année quand ils s'étaient rencontrés sur la gondole traversant le lac de Poudlard le 1er septembre 1969. Il le lui avait aussi rappelé l'année précédente lorsqu'elle lui avait hurlé avec rage :
« PUTAIN DE MERDE, LAISSE-MOI MULCIBER ! QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MÉRITER TON OBSESSION AVEC MA PERSONNE, HEIN ?! ESPÈCE DE CINGLÉ ! »
Eva avait toujours entretenu une relation cordiale avec lui. Il ne se moquait pas d'elle mais il ne lui parlait pas non plus s'il n'en était pas obligé. Mais il y a moins d'un an, en décembre 1975, Royce avait abruptement changé. Ça avait commencé par son sac qui craquait dans le couloir puis des sortilèges de croche-pattes, ses copies qui prenaient soudainement feu puis des regards noirs. Dès qu'Eva tournait la tête dans sa direction, il la fusillait du regard. A première vue, il n'y avait aucune expression particulière sur le visage du Serpentard. C'était simplement ses yeux qui transmettaient toute sa haine et son dégoût.
Eva ne savait toujours pas pourquoi l'entente de son nom de famille sortant de sa bouche avait fait réagir Royce de manière si violente. Elle était trop effrayée pour le lui demander maintenant qu'il avait gravé sa marque sur sa poitrine.
Ce jour-là de mi-décembre 1975, Royce avait enfoncé ses ongles dans ses joues et, dans son élan, avait poussé Eva en arrière. Sa tête s'était cognée contre le mur de pierre du couloir et Eva avait fixé Royce d'un air hébété.
Elle n'arrivait pas à réaliser ce qu'il venait de se passer. C'était la première fois que quelqu'un lui faisait volontairement du mal. Les seules attaques physiques qu'Eva eût jamais subies avant ça avaient été des gifles de la part de sa mère.
« Ne dis jamais ce nom. Tu m'entends ? »
Aujourd'hui encore, quand Eva repensait à ce moment, elle s'imaginait lui répondre :
« C'est quoi le problème, connard ? T'es au courant que c'est comme ça que tu t'appelles ? »
Mais même si à l'époque la vue du visage de Royce ne la tétanisait pas encore de peur, Eva n'avait pas pu lui répondre, le choc l'étourdissant.
« N-non, répéta encore une fois Charlotte, ramenant Eva à l'instant présent.
– Cesse de faire ta Poufsouffle Tronsky, s'agaça Adrian Parkinson alors que Royce soupirait d'un air las, ne semblant pas ému par le refus de Charlotte. Lorsqu'un Sang-Pur te dit de partir, tu disparais la Sang-de-Bourbe. Compris ?
– Non, » dit de nouveau Charlotte et, cette fois-ci, elle ne bégaya pas.
Si Eva avait pu détacher ses yeux de Royce, elle aurait pu voir que, malgré ses mots, Charlotte tremblait comme une feuille et que ses sourcils étaient froncés comme si elle retenait avec peine des larmes.
« Tu commences à réellement m'agacer la Sang-de-Bourbe, » grinça Adrian Parkinson entre ses dents.
Le Serdaigle sortit sa baguette puis continua avec un rictus méprisant :
« Quand tes supérieurs te donnent des ordres, tu les écoutes.
– Pas besoin de s'emporter, l'interrompit Royce en paraissant presque blasé par l'attitude d'Adrian. Nous pouvons toujours parler comme des êtres civilisés, non ? »
Comme s'il avait été réprimandé par un parent, Adrian abaissa lentement sa baguette avec un air renfrogné.
« Bien, soupira de nouveau Royce puis ses yeux sombres se posèrent de nouveau sur Eva : Eva, pourquoi ne dirais-tu pas à ton amie de nous laisser seuls ? Nous avons des choses à nous dire toi et moi. »
Mais la gorge d'Eva était sèche et sa langue lourde, elle était incapable de dire le moindre mot.
« Tu as perdu ta langue ? Étonnant, » commenta Royce puis il sortit sa main de sa poche de manteau à fourrure et dans celle-ci se trouvait sa baguette dont la vue suffit pour raviver la douleur de la cicatrice d'Eva qui n'avait toujours pas guéri.
Depuis mai, ça faisait depuis mai qu'elle la portait et pourtant la douleur la réveillait toujours la nuit. Même inconsciemment Eva tentait de faire partir la douleur mais la seule chose qu'elle réussissait à faire était de salir ses ongles avec son sang et se faire rabrouer par Pomfrey lorsqu'elle était obligée d'aller la voir pour que l'infirmière atténue la douleur.
Ce fut cette douleur qui réveilla Eva et elle fit son premier geste depuis l'arrivée de Royce : elle agrippa son manteau au niveau de sa poitrine, au-dessus de son sein gauche, là où Royce lui avait marqué avec de la magie noire un « B|» avant de se faire interrompre par l'arrivée soudaine d'Argus Rusard.
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« Une bâtarde, c'est tout ce que tu seras jusqu'à la fin de ta vie, » avait murmuré Royce avec une frénésie qui tranchait avec son apathie quotidienne.
La bouche d'Eva était grande ouverte pour laisser échapper un hurlement d'agonie mais Royce ne lui prêta aucune attention, occupé qu'il était à enfoncer sa baguette dans la peau d'Eva. De toute façon, le silencio que Ronan Parkinson lui avait lancé plus tôt l'empêchait de faire le moindre bruit.
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Face à son silence, Royce reprit la parole :
« Si tu n'as rien à dire, je peux obliger ton amie à partir. Tu sais bien que j'en suis capable, » lui dit Royce en pointant négligemment sa baguette vers Charlotte.
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« Imperio. »
La douleur s'était effacée. Elle avait l'impression de s'enfoncer dans du coton et même la vue de Royce la surplombant ne fit pas réapparaître cette peur qui la tétanisait depuis des mois dès qu'il apparaissait.
« Nous allons faire un serment Eva et tu n'émettras pas la moindre protestation. Tu diras oui à toutes mes demandes. C'est compris ?
– Oui, » avait-elle répondu, ne se rendant pas compte de l'énormité de ce qu'elle venait d'accepter.
Elle n'avait plus mal à chacune de ses inspirations. Elle en oubliait même que ses mains tordues gisaient de manière inconfortable sur le sol. Elle oublia que la seconde précédente elle avait eu l'impression d'être tombée dans les feux de l'enfer et qu'elle hurlait, hurlait, hurlait tandis que son sang bouillonnant semblait chercher à sortir de ses veines.
« Royce, peut-être que tu –
– Tais-toi Oliver, avait aboyé Royce à l'entente du ton hésitant de son camarade de Serpentard.
– Laisse tomber Avery. Tu vois bien qu'il est décidé à le faire, » avait ajouté Evan Rosier.
Et, si Eva n'était pas en train de s'enfoncer dans un nuage, elle aurait remarqué la touche de malaise dans la voix du Taureau qui, pourtant, était celui qui avait éclaté de rire lorsqu'il avait vu des larmes s'échapper des yeux d'Eva alors qu'il lui cassait un troisième doigt.
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« Non. »
Ce fut comme si l'ancienne Eva se réveillait. Elle avait aboyé sa protestation et même Royce parut surpris par sa véhémence. Il fronçait les sourcils comme si elle avait commis un faux-pas.
Non, pas encore. Non, pas Charlotte. Non, ne la touche pas elle aussi.
« Eh bien dis-lui, lui répondit Royce en désignant d'un coup de menton Charlotte qui était figée à côté d'Eva. C'est elle qu'il faut convaincre, pas moi. »
Lentement, rigidement, Eva se tourna vers Charlotte et croisa les yeux ronds de peur de sa meilleure amie. La peinture or et rouge qu'elles s'étaient mise sur les joues plus tôt semblait si ridicule maintenant et les taquineries qu'elles échangeaient il y a quelques minutes encore si puériles.
« Pars, Char'. S'il te plaît, dit durement Eva en s'efforçant de paraître sûre d'elle.
– Je ne veux pas te laisser toute seule, » lui chuchota en retour Charlotte.
Eva n'avait jamais vu Charlotte perdre le contrôle ainsi. Elle tremblait comme une feuille et des larmes s'échappaient de ses yeux alors qu'elle se tenait la tempe, l'air peinée.
« Tu l'as entendu. Pars Charlotte, » lui intima Royce.
A l'entente de la voix du Serpentard, Charlotte ferma les yeux, son menton tremblant comme le reste de son corps. Après quelques longues secondes où Eva la supplia du regard de partir, Charlotte finit par tourner les pieds et se mit à longer le reste des gradins de Serdaigle avant de disparaître derrière eux, se dirigeant vers le terrain de Quidditch d'où Eva pouvait toujours entendre des cris de joie.
C'était étrange de penser qu'il y a quelques minutes encore Eva était animée elle aussi par cette joie de vivre. Maintenant, elle se retrouvait en tête à tête avec deux Sang-Purs qui devraient eux aussi se réjouir de la victoire de Serpentard mais qui étaient à la place dans un coin reculé du terrain de Quidditch avec elle.
« Décidément, tu as des amis tout aussi têtus que toi, Eva.
– Les Sang-de-Bourbes sont incapables de comprendre le plus simple des ordres, » cracha Adrian Parkinson, son masque de toutou des professeurs disparaissant pour afficher la haine qui lui rongeait l'âme.
Contrairement à lui, Royce semblait juste profondément blasé. Il poussa un soupir las :
« Cesse de dire des banalités, Adrian. Ça devient agaçant à la fin.
– C'est grâce à moi que tu as pu intercepter la Poufsouffle, je te rappelle, » lui rétorqua froidement Adrian Parkinson.
Royce soupira encore une fois comme si la conversation l'ennuyait profondément :
« Avoir des sentinelles n'a rien de très impressionnant, Adrian. »
Un rictus rageur vint déformer le visage du préfet de Serdaigle.
« Le jour où tu seras impressionné par quoi que ce soit, fais-moi signe Royce, » persifla Adrian Parkinson de manière si véhémente qu'Eva crut que les deux Sang-Purs allaient se sauter à la gorge.
Mais rien n'avait jamais été prévisible en ce qui concerne Royce Mulciber.
« Ne le prends pas mal, Adrian. Je suis juste pressé. Ça ne m'étonnerait pas que ta fiancée arrive d'ici quelques secondes. Depuis toute petite, elle a le don d'apparaître pile au moment où elle ne devrait pas.
– Elle n'est pas encore ma fiancée, grinça Adrian qui paraissait s'être calmé.
– Soit, soupira Royce. On se retrouve tout à l'heure ? » ajouta-t-il en lançant un regard au Serdaigle.
C'était étrange, Royce ne semblait nullement se préoccuper à l'idée que son attitude désinvolte n'agace son camarade Sang-Pur.
Finalement, après qu'une nuée d'émotions ait traversé son visage, Adrian acquiesça : « On se voit tout l'heure. »
Même si Eva était bien loin de tenir le Serdaigle dans son cœur, surtout cette année en sachant que c'était lui qui avait été l'élément déclencheur, elle ne put s'empêcher d'espérer qu'Adrian Parkinson reste.
Mais, comme le reste des Sang-Purs, Adrian Parkinson fit le contraire de ce que désirait Eva et il la laissa face à Royce.
« C'est pas trop tôt, » s'exaspéra Royce puis il prit Eva par le bras et la rapidité de son action fit tomber la capuche d'Eva qui cachait son bonnet.
Ils se retrouvèrent dans une position bien familière avec Eva le dos à un mur qui était dans ce cas-ci le bois des gradins, caché par une bannière aux couleurs de Serdaigle, et Royce si proche d'elle que la Poufsouffle pourrait déceler chacun de ses défauts.
Mais Eva ne le fit pas, elle était trop occupée à tenter de lui faire lâcher ses bras. Elle n'en avait rien à faire que cette lueur de dégoût si familière ait fait sa réapparition dans les yeux de Royce. Elle se débattit avec la force du désespoir, tentant vainement de raviver les braises de sa colère qui la quittait dès qu'elle posait les yeux sur Royce.
La vérité était qu'Eva n'avait plus la force de se battre. Pas après que Royce l'ait torturé et ait laissé sa marque sur son corps pour se venger de toutes ces fois où elle s'était défendue. Sauf que le sentir si proche faisait renaître ses instincts de survie qui étaient personnalisés à l'instant présent par James et Amos. Dans son esprit, ils lui disaient : Emmerde-le, Eva.
Sauf que sa rébellion ne dura guère longtemps car Royce enfonça sa baguette dans son ventre.
Eva s'immobilisa et les doigts de Royce s'enfoncèrent dans son bras.
Il rapprocha son visage du sien et Eva dût serrer les dents pour ne pas laisser échapper un couinement de peur pitoyable.
Emmerde-le, se dit-elle et elle leva le menton, consciente que ce simple geste suffirait à faire vibrer de fureur Royce.
« Tu es allée voir Dumbledore l'autre jour, qu'est-ce que tu lui as dit ? » lui demanda Royce d'une voix menaçante.
Eva ne lui répondit rien dans un premier temps.
Emmerde-le, continuaient de lui dire James et Amos.
Je t'emmerde Royce, pensa-t-elle vicieusement mais Royce resserra sa prise sur son bras de manière si douloureuse qu'Eva comprit qu'elle n'avait d'autres choix que de lui répondre.
« R-rien sur toi, » lui assura-t-elle en ouvrant à peine la bouche.
Royce lui montra les dents en un rictus méprisant :
« Ne me mens pas. Pourquoi est-ce que tu serais allée le voir sinon ? »
Eva ne voulait pas le dire. Elle savait que si elle le disait la situation ne ferait qu'empirer.
Sa poitrine la brûlait si fortement qu'elle avait l'impression de revenir en mai dernier.
Mais Eva n'eut d'autre choix que de lui répondre lorsque Royce glissa sa main de son avant-bras jusqu'à son épaule, sa baguette toujours posée contre son ventre. Puis, la tenant ainsi, il enfonça son pouce précisément sur le brin de peau en feu.
La douleur la fit voir trouble. Eva s'apprêtait à pousser un hurlement strident mais Royce enfonça sa baguette dans son ventre en guise d'avertissement.
Eva se mordit violemment la lèvre mais la douleur était telle qu'elle ne pouvait pas rester silencieuse. Elle haleta comme si elle venait de faire un jogging particulièrement difficile.
« Réponds si tu ne veux pas que je continue mon travail de la dernière fois, » la prévint Royce en la regardant avec dégoût.
Royce retira son pouce et Eva inspira une goulée d'air avec empressement. Elle continuait de haleter de douleur mais ça ne semblait pas déranger Royce. Après tout, ce n'était pas avec ses halètements paniqués qu'Eva allait attirer l'attention des élèves célébrant toujours la victoire de Serpentard sur le terrain de Quidditch à quelques mètres de là.
Sous la panique et l'esprit brumeux à cause de la douleur, Eva oublia son mantra.
« Je t'emmerde Royce. Je t'emmerde. »
« Ma mère, avoua-t-elle entre deux halètements. Ma mère a disparu. »
Le dégoût de Royce s'étendit jusqu'à sa bouche qui se tordit.
« Cette pute ? cracha-t-il, sa poigne sur l'épaule d'Eva se resserrant. Comment ça elle a disparu ? »
Royce enfonça son pouce dans la cicatrice d'Eva et la jeune fille leva obstinément sa tête pour retenir ses larmes de douleur.
Je t'emmerde Royce, ragea-t-elle intérieurement alors que son visage s'écroulait.
Mais Eva était terrifiée que la douleur ne fasse qu'empirer.
« Une réunion du Ministère le mois dernier. On n'a pas retrouvé son corps, expira Eva en une traite, puis n'en pouvant plus : Tu me fais mal.
– C'est le but Eva, » lui répondit Royce.
Pour la peine, il enfonça encore plus son doigt. Eva était sûre et certaine que la cicatrice s'était encore une fois rouverte et saignait.
« Qui te dit que ta mère n'est pas partie se cacher ? Ça ne serait pas la première fois qu'elle le fait, après tout. Depuis sa putain de promotion, elle a attiré l'attention de bien des personnes. Ça lui apprendra à garder ses jambes fermées. Une sale pute comme elle mériterait de crever dans un trou à rat. J'espère qu'elle crèvera et qu'elle souff– »
Mais la tirade enragée de Royce fut coupée par une violente quinte de toux qui secoua tout son corps. La râle qui s'échappait de la gorge de Royce semblait douloureuse mais Eva n'éprouva pas la moindre compassion ni pitié alors que, cambré en deux, le Serpentard enfonçait ses doigts dans l'épaule d'Eva pour rester debout.
Je t'emmerde, le maudit-elle en clignant des yeux pour chasser ses larmes de douleur.
« Tu – »
Royce inspira difficilement.
« Ne me regarde pas comme ça, » lui ordonna-t-il en un chuchotement haineux, sa toux semblant l'avoir fait perdre sa voix.
Eva ne savait pas comment elle le regardait ni comment elle était censée le regarder.
Royce toussa encore quelque peu, semblant peiner à respirer, puis il se concentra de nouveau sur Eva, son rictus hargneux révélant son incisive pointue.
« Je sais ce que tu fais avec Sirius Black, » lui dit Royce d'une voix enrouée.
Sirius ? Que venait faire Sirius dans cette histoire ?
« Je ne lui ai rien dit, se défendit hâtivement Eva.
– Je sais. Tu ne serais plus là si tu lui avais dit, » s'exaspéra Royce et il enfonça de nouveau son pouce dans la plaie d'Eva pour la punir d'avoir parlé sans son autorisation.
Cette fois-ci, seulement un glapissement de douleur échappa à Eva avant qu'elle ne pince les lèvres, consciente qu'un seul bruit de plus et la situation allait dégénérer.
« Je voulais te prévenir, expira Royce et il toussa sous le nez d'Eva avant de reprendre : Arrête de croire que tu peux attirer un Sang-Pur. Tu n'es rien, tu ne représentes rien, tu m'entends ? Et – »
Royce toussa de nouveau.
« Et Sirius, recommença Royce d'une voix graveleuse, bien qu'il soit un traître, il vaut mille fois mieux que toi. Au mieux, tu n'es qu'une pute bonne à baiser comme une chienne pour lui. »
Eva se rappela du sourire amusé de Sirius alors qu'il s'amusait à la taquiner sur sa lecture de Sorcière Hebdo.
« De toute façon, tu es laide. Regarde-toi, qui voudrait de toi ? » se moqua Royce de sa voix enrouée.
Eva fixa les nuages gris de novembre pour ne pas avoir à lire le dégoût sur le visage du Serpentard. Elle se revoyait au bal d'Halloween cacher son rougissement derrière sa main après que Sirius se soit relevé, réalisant que la douleur à sa lèvre avait été causée par lui.
« Une pauvre Poufsouffle bonne à rien, » ajouta Royce en enfonçant avec cruauté son pouce dans la plaie.
Je t'emmerde Royce, je t'emmerde, va crever, je te brûlerai les couilles un de ces jours, je t'emmerde, je n'ai jamais emmerdé qui que ce soit aussi profondément avant toi, cria intérieurement Eva pour se concentrer sur cette braise de colère qui s'éteindrait et laisserait place à la peur si elle la laissait.
Royce secoua son épaule pour s'assurer qu'elle reste piégée entre lui et les gradins de Serdaigle et Eva manqua de peu de se cogner la tête.
« Même ta mère ne voulait pas de toi. Peut-être qu'elle est partie fonder une nouvelle vie sans toi. Merlin sait qu'elle a de la patience à te supporter depuis si longtemps. Qu'est-ce ça fait Eva ? Hein, qu'est-ce que ça fait de savoir –
– ROYCE ! s'écria d'un ton glacial une voix féminine. Royce, lâche-la tout de suite ! »
Sous le coup de la surprise, Royce retira son doigt de la cicatrice d'Eva.
Contrairement à lui, Eva ne prit pas la peine de regarder qui venait d'arriver. A la place, profitant de la prise lâche de Royce, Eva se défit de sa prise et recula de plusieurs pas. Elle s'essuya avec empressement son visage rouge de froid avec la manche de son manteau, inconsciente que son action étala le maquillage rouge et or sur ses joues.
« Qu'est-ce que tu fais là Amélia ? » grinça Royce entre ses dents.
Amélia Avery ? Amélia Avery la préfète-en-chef de Serpentard était là ?
Et lorsqu'Eva tourna les yeux, ce ne fut pas seulement la jumelle Avery qu'elle aperçut. Non, Lizzie Lestrange et Ava Parkinson étaient là pour admirer le spectacle elles aussi.
Le regard confus d'Eva se posa d'abord sur Amélia Avery qui foudroyait du regard Royce qui le lui rendait bien. Plus en retrait se trouvait Lizzie Lestrange qui fixait ses camarades de Serpentard avec une moue agacée et, finalement, il y avait Ava Parkinson. Debout à côté de Lizzie, Ava Parkinson avait les yeux rivés sur Eva.
Elle paraissait mal à l'aise de voir l'état dans lequel était Eva. Ce qui était très surprenant car la Serpentarde ricanait toujours d'un air appréciateur lorsque Eva se faisait insulter.
Peut-être que les Serpentards n'étaient pas si unis que ça finalement.
« Je t'avais dit de ne rien faire, » cingla Amélia Avery qui, les bras croisés sous sa poitrine, faisait face à Royce.
Royce s'était complètement désintéressé d'Eva.
Eva, quant à elle, était quelque peu délirante à cause de la douleur de sa poitrine. Elle se tenait sa poitrine brûlante, se répétant désespérément son nouveau mantra.
« Je t'emmerde Royce, je t'emmerde. »
Presque lointainement, Eva admira les boucles anglaises de la préfète-en-chef qui s'échappaient de sa toque russe à fourrure. Leur blondeur lui donnait un air angélique. Sauf que si les anges étaient aussi froids qu'Amélia Avery, Eva n'était pas sûre de vouloir monter au paradis à sa mort.
« Depuis quand est-ce que tu me donnes des ordres Amélia ? demanda tout bas Royce de sa voix toujours enrouée.
– Depuis que tes enfantillages ont même attiré l'attention de Chourave, » claqua sèchement Amélia.
Eva avait l'impression de voir une nouvelle face de la jumelle Avery. Elle ne lui avait jamais semblé si animée, si humaine.
« Tu crois vraiment que les professeurs ont déjà oublié tes actions douteuses de l'année dernière ? Tu penses vraiment qu'ils ne t'ont pas à l'œil ? Qu'ils n'ont pas à l'œil ta chère Eva Brown ? Slughorn t'a déjà rappelé à l'ordre cette semaine, ne fais pas l'arrogant, siffla la préfète-en-chef avec une telle froideur qu'Eva fut soulagée que la Serpentarde ne lui adresse même pas un regard alors qu'elle venait pourtant de la mentionner.
– Je fais ce que je veux. »
Amélia Avery poussa une exclamation méprisante :
« Cesse de parler comme un enfant, Royce. Poudlard n'est pas ton air de jeu. Si tu ne fais pas attention, tu te feras expulser. Même ton père ne pourra rien faire pour toi lorsque Dumbledore décidera de se venger pour l'honneur d'une vulgaire Poufsouffle, persifla hautainement Amélia Avery.
– Ne me parle pas de mon père, » gronda Royce, semblant hors de lui.
Eva avait cru qu'il n'y avait qu'elle qui réussissait à faire tomber dans une colère noire Royce Mulciber. Elle voyait à présent qu'elle avait eu tort. Sauf que, contrairement à Eva, Amélia Avery ne parut nullement inquiète de la tournure sombre de la voix de Royce.
La blonde retroussa ses lèvres en une expression méprisante qui rappela à Eva une ancienne préfète Serpentarde qu'elle n'avait pas vu depuis des années : Narcissa Black.
« Alors cesse d'agir si stupidement, cingla-t-elle. Lizzie ! » aboya soudainement la préfète-en-chef en ne détournant pas les yeux de Royce avec qui elle échangeait des regards meurtriers.
Eva n'eut le temps que de tourner les yeux vers la Serpentarde en question que celle-ci venait déjà de lancer un sortilège informulé dans sa direction. Un glapissement surpris lui échappant, Eva se vit emporter en avant, hors de portée de Royce mais à un mètre à peine de Lizzie Lestrange et Ava Parkinson.
Les yeux sombres de Lizzie Lestrange étaient durs. Hormis de l'agacement, Eva ne parvint pas à déceler ce que pensait la Serpentarde de la situation.
« Euh, mer–
– Ne me remercie pas la Poufsouffle, la coupa sèchement Lizzie Lestrange. Les jérémiades d'une Poufsouffle comme toi ne m'intéressent pas.
– Mais –
– Tais-toi la Poufsouffle. Va t'occuper des trolls que tu considères comme étant des amis. Je ne veux plus te voir du week-end. »
Eva referma sa bouche. Elle jeta un regard par-dessus son épaule en direction des deux Serpentards qui continuaient à se disputer à voix basse, trop doucement pour qu'Eva les entende depuis sa toute nouvelle position. D'ici, elle ne voyait que les boucles anglaises d'Amélia Avery. Puis, elle reposa ses yeux sur Lizzie Lestrange qui lui fit signe de déguerpir.
Alors qu'Eva se tournait en direction du terrain de Quidditch, elle croisa le regard d'Ava Parkinson.
Elle y lut de la pitié.
Eva se détourna bien vite, un mélange de colère et de honte lui nouant la gorge.
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Le terrain de Quidditch était presque vide. Il ne restait que quelques rares élèves assez braves pour faire face aux rafales de vent. Heureusement pour Eva, personne ne l'arrêta. Sa main posée sur sa poitrine pour contenir la douleur, elle traversa le terrain avec précipitation.
Est-ce qu'elle devait aller voir Pomfrey ? Est-ce que la pommade qui était dans sa table de nuit serait suffisante pour la guérir du sadisme de Royce ?
Le vent était si déchaîné que l'air glacial lui arracha une larme qu'Eva s'empressa d'essuyer avec sa main gantée.
Non, non, elle n'allait pas pleurer à cause de lui. Elle l'emmerdait.
« Oh, » fit Eva lorsqu'elle remarqua James adossé au mur extérieur des vestiaires.
Il avait la tête relevée et semblait perdu dans ses pensées alors qu'il fixait d'un air pensif le ciel gris écossais. Il n'était plus vêtu de sa tenue de Quidditch mais d'une chemise et d'un pantalon cintré. Son sac et son balai étaient à ses pieds. Il ne paraissait pas ressentir le froid qui faisait pourtant grelotter Eva.
Les pieds d'Eva s'arrêtèrent d'eux-mêmes. Elle plaqua une main contre son oreille pour empêcher ses cheveux bruns qui s'étaient échappés de son écharpe de l'éborgner.
« James ? »
Il cligna des yeux en sa direction.
« Eva ? dit-il d'un air surpris. Qu'est-ce que tu fais encore là ?
– Tu ne devrais pas rester là, tu vas attraper froid, » le sermonna-t-elle.
James haussa les épaules, ses mains enfoncées dans ses poches de pantalon :
« J'ai pas froid.
– Tu ne diras pas ça quand tu te réveilleras avec un rhume demain. Tu as toujours un anniversaire à fêter, non ? Il vaut mieux que tu sois en forme.
– Je suis pas sûr d'avoir envie de faire la fête ce soir, soupira James et il sortit sa main pour s'ébouriffer les cheveux qui étaient déjà bien en piteux état après avoir fait face pendant presque deux heures aux bourrasques de vent.
– Ça te changera les idées, » l'assura Eva.
Contrairement à ce que lui avait dit Sirius il y a deux semaines de ça, Eva avait l'impression d'être une assez bonne actrice. Ça ou elle réussissait avec de plus en plus d'aisance à compartimentaliser ses émotions. Si elle continuait à se concentrer sur James, elle oublierait le fait que les Serpentards devaient encore être en train de discuter de ce qu'ils allaient faire d'elle.
Si James ne remarquait rien alors ça voudrait dire que rien ne s'était passé.
« J'ai pas envie de me changer les idées, lui répondit James et sa tête se cogna légèrement contre le mur des vestiaires alors qu'il se concentrait de nouveau sur le ciel gris.
– Tu étais incroyable sur le terrain, tu sais. »
James émit une expression moqueuse :
« Pff, tu parles, on a quand même perdu.
– Eh bah la prochaine fois gagne 200 points à toi tout seul pour t'assurer qu'un Vif d'Or ne te vole pas ta victoire. »
James rit plus franchement, semblant pourtant toujours aussi dépité. Il se passa une main frustrée sur le visage puis lui adressa un sourire qui était bien pitoyable comparé à ses sourires pétillants habituels.
« T'es nulle pour réconforter Eva, » lui dit-il et Eva roula ses yeux avec exaspération.
Il était toujours obligé de l'insulter dès que l'opportunité se présentait !
« C'est juste toi qui es têtu comme une mule, » lui rétorqua Eva et elle ne sut si son action suivante fut plus pour le réconforter lui ou pour la réconforter elle.
Les yeux fatigués de James en tête, Eva s'avança et entoura la taille de James de ses bras. Elle joignit ses mains derrière le dos de James et posa son menton sur son épaule. Elle remarqua bien vite les frissons qui hérissaient les poils de James bien qu'il lui ait dit qu'il ne ressentait pas le froid.
James se tint rigidement debout mais, au bout de quelques secondes, il se détendit et sa main s'agrippa à l'arrière du manteau d'Eva.
Ils faisaient la même taille maintenant mais James courba l'échine et posa son front contre l'épaule d'Eva qui le serra plus fermement contre elle à son action. Sans qu'il le sache, sa présence était si réconfortante que la gorge d'Eva se noua et elle ferma les yeux pour retenir des larmes traîtresses.
« Je suis tellement frustré, j'étais sûr qu'on allait gagner. J'étais au top de ma forme, grommela James. Peut-être que j'aurais dû passer plus souvent le Souafle à Jocelyn et Liam. Ou alors je n'aurais pas dû feinter devant le Gardien, au bout de la troisième fois ça devient beaucoup trop prévisible – »
Le monologue de James fut comme en arrière-plan alors qu'Eva repensait à la proximité de Royce, sa voix enrouée, son incisive pointue qui dépassait de sa lèvre lorsqu'il lui assénait froidement –
J'espère que ta pute de mère crèvera
Ça ne serait pas la première fois qu'elle disparaît
Il vaut mille fois mieux que toi
Tu n'es qu'une pute bonne à baiser comme une chienne
Qui voudrait de toi ?
L'autre jour, quand Royce l'avait fait tomber alors qu'elle se dirigeait vers Dumbledore, Eva avait cru qu'il était lié à la disparition de sa mère. Après tout, Royce Mulciber semblait avoir une dent contre sa mère qu'il traitait de pute dès que l'occasion se présentait. De plus, qu'il réapparaisse juste au moment où Eva recevait enfin des nouvelles de sa mère était très suspect.
Mais il avait clairement eu l'air de ne rien savoir. Royce avait même semblé surpris d'apprendre la disparition de Mary Brown et, bien qu'il soit un fin menteur, Eva ne pensait pas qu'il aurait pu cacher ses émotions, si proche d'elle qu'il était.
Mais il y avait des choses qu'il n'était pas censé savoir. Comment Royce savait-il que ce n'était pas la première fois que la mère d'Eva disparaissait sans prévenir ? Eva était sûre et certaine de n'en avoir jamais parlé à personne hormis James qui avait été le témoin de ces périodes troubles de son enfance.
Presque un an plus tard, Eva ne comprenait toujours pas pourquoi Royce lui vouait à elle et sa mère une haine si féroce qu'il en perdait son apathie habituelle. Car Eva n'avait jamais vu Royce perdre le contrôle de manière si brutale avant qu'il ne décide de s'en prendre à elle. Après tout, il était le parfait préfet de Serpentard avec toujours une phrase mielleuse à l'attention des professeurs pour se les mettre dans la poche.
Le seul défaut de Royce Mulciber était sa constitution fragile qui était la cause de sa toux violente plus tôt. En 1re année, alors qu'Eva peinait à contrôler son balai, Royce lui avait carrément été interdit d'assister aux cours de vol.
« James, dit Eva, ne se rendant pas compte qu'elle venait de couper les ruminations du Poursuiveur toujours en pleine réflexion sur ce qu'il aurait pu faire pour assurer la victoire à son équipe.
– Hein ? fit James, son front toujours posé contre l'épaule d'Eva. Qu'est-ce qu'il y a ?
– Ma mère… Tu penses qu'elle a fait exprès ? » demanda Eva.
Mais James ne parut pas vouloir entamer une telle discussion sans la voir. Les sourcils froncés, il se redressa et la prit par les épaules.
« Quoi ? Comment ça ? » lui demanda-t-il avec sérieux en fixant la grimace de malaise sur le visage d'Eva.
Elle n'arrivait pas à lever les yeux vers lui.
« Tu sais…, commença-t-elle avec hésitation, ce n'est pas la première fois qu'elle disparaît sans me dire au revoir. »
Mais James ne parut pas apprécier ce changement de sujet car il lui claqua sèchement :
« Non Eva. Mary est peut-être compliquée mais elle ne partirait jamais sans prévenir ma mère au moins.
– Mais si cette fois –, hoqueta Eva en se cachant les yeux derrière sa main, la gorge nouée.
– Non Eva, la rabroua James. Ta mère est peut-être un peu distante mais même elle ne ferait pas ça à sa propre fille.
– Je sais pas, je sais plus, j'en ai marre, » se lamenta-t-elle en un souffle et, avec un soupir fatigué, James l'attrapa par l'arrière de la tête pour qu'Eva pose son front contre son torse.
Il se mit à lui tapoter la tête comme si elle était un chien, un signe assez clair qu'il n'était toujours qu'un adolescent de 16 ans.
« Arrête de te prendre la tête pour ça, s'agaça-t-il. Ma mère s'en occupe. Concentre-toi sur la fête de ce soir. »
Son manque de patience pour le mélodrame d'Eva s'expliquait par le fait que James venait de passer deux heures dans les airs à se concentrer comme jamais. Eva le savait mais son attitude sèche ne fit que la crisper davantage.
Elle n'aurait pas dû ouvrir sa bouche. Elle aurait mieux fait de garder ses démons pour elle.
« Je croyais que tu ne voulais plus faire la fête, » dit Eva, son front protégé par son bonnet posé sur la chemise de James.
Elle sentit le torse de James mouvoir alors qu'il poussait un nouveau soupir fatigué tout en continuant à lui tapoter la tête de manière distraite.
« Eh bah vu les conneries que tu me racontes, je crois que j'ai besoin d'une bonne bière pour me requinquer. Moi qui pensais que tu serais de meilleure humeur après que je t'ai prêté si bénévolement mes meilleurs potes, je me suis trompé. »
Eva se redressa et lança un regard confus à James qui bailla, ses yeux papillonnant lentement comme si toute l'adrénaline du match de Quidditch l'avait enfin quitté.
« Prêter tes potes ? répéta-t-elle, une lourdeur s'installant dans son ventre.
– Bah oui, dit James en haussant les épaules. J'ai cru voir au petit-déjeuner que votre groupe avait eu une embrouille avec un Serpentard. Vu que la dernière fois que je t'ai vu en compagnie d'une Serpentarde tu étais effondrée par terre, je me suis dit qu'il valait mieux m'assurer que tu n'allais pas être entraînée dans de nouvelles emmerdes.
– Alors… »
Eva se racla la gorge et reprit, ignorant de toute ses forces la déception qui la prenait au ventre :
« Si Sirius, Remus et Peter sont venus dans les gradins de Poufsouffle c'était pour...pour me surveiller ?
– On peut dire ça, lui répondit distraitement James en se penchant pour prendre son sac qu'il haussa sur son épaule.
– Tu me surveilles maintenant ? lui demanda Eva qui sentait une nouvelle émotion monter face à la nonchalance de James qui attrapa son balai de sa main libre.
– C'était la bonne occas' pour que Remus puisse se rapprocher d'Hannah Abbott aussi, admit-il en posant son balai sur son autre épaule.
– Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me dis ?! s'emporta finalement Eva et James lui jeta un regard perplexe, ne paraissant pas comprendre d'où venait son énervement soudain.
– Quoi ? Il y a un problème ?
– Oui, il y a un problème, Potter. Tu devrais déjà être rentré dans le château depuis un moment. »
Eva referma sa bouche qu'elle avait ouverte dans le but de déclencher une réelle dispute. Il ne pouvait pas décider par lui-même de lui attitrer des gardes du corps ! Il n'avait pas le droit de prendre ce genre de décision sans son accord ! Et puis, qu'est-ce que ça voulait dire de se servir de ses amis pour l'avoir à l'œil ?! Et Sirius – il était venu lui parler juste parce que James le lui avait demandé ? Lorsqu'il avait marmonné qu'il se rendait compte du nombre de choses qu'il ne connaissait pas sur Eva, c'était juste dans le but de pouvoir tout répéter à James par la suite ?
« Evans ? s'étonna James en se concentrant sur la jeune fille qui venait d'apparaître derrière Eva. Qu'est-ce que tu fais encore là ? » s'enquit-il avec plus de réserve qu'en temps habituel.
Arrachée à ses ruminations, Eva se tourna à son tour en direction de la nouvelle venue et elle eut la mauvaise surprise de constater que la préfète rousse était accompagnée par son ombre blonde cendrée : Mary McDonald.
Si Eva ne se méprenait pas, il lui semblait qu'il y avait une tension dans l'air alors que James et Lily Evans se fixaient. James avec une main perdue dans ses cheveux sombres et Lily Evans avec ses bras croisés sur sa poitrine et la bouche pincée de mauvaise humeur. Eva fit son possible pour ignorer Mary McDonald qui alternait son regard entre ses deux camarades de classe d'un air inquiet.
« Des petits malins ont eu l'idée géniale de transformer l'escalier des gradins de Gryffondor en un toboggan, révéla finalement Lily Evans d'un ton bougon. Ce n'est pas drôle Potter ! ajouta-t-elle d'un ton réprobateur en voyant le sourire amusé de James à cette information.
– Je n'ai rien dit Evans, se défendit James en roulant ses yeux.
– Je vois bien à ton expression que ça t'amuse, objecta la rousse en plissant ses yeux d'un vert émeraude saisissant mis en valeur par la couleur sombre de son manteau et de son bonnet.
– J'ai encore le droit d'avoir des émotions à ce que je sache, Evans, » lui rétorqua James en haussant ses sourcils d'un air arrogant.
Encore une fois, Eva se posa la question de si James faisait exprès de se comporter de manière si horripilante dès que Lily Evans apparaissait. Car le seul résultat était que l'expression bougonne de la préfète augmentait davantage.
« Bien sûr que tu as le droit, Potter. Mais ça ne veut pas dire que tu dois encourager ce genre de comportement irresponsable chez d'autres élèves.
– Encourager ? répéta James, perplexe. J'étais occupé à jouer un match de Quidditch Evans, je n'ai pas vraiment eu le temps de faire de mauvaises blagues contrairement à ce que tu crois.
– Je ne suis pas idiote, Potter, claqua sèchement Lily Evans. Maintenant, arrête de flirter avec ta copine et rentre dans le château. Le terrain est interdit d'accès pour le reste de la journée, il y a une tempête de prévu. »
Et alors qu'une violente bourrasque les fit tous grelotter de froid, Eva ne put s'empêcher de corriger la préfète après avoir claqué sa langue contre son palais :
« Je ne suis pas sa copine, dit Eva puis elle jeta un regard à James qui roulait ses yeux d'un air exaspéré : James est bien trop immature pour m'intéresser.
– Hé, la rabroua James d'un air ennuyé. T'es mal placé pour parler de maturité, la blaireaute.
– Même McGonagall a dit que le féminin est blairelle, lui rétorqua Eva. Espèce d'idiot.
– Et combien de fois je devrais te répéter que j'en ai rien à foutre. La blaireaute, » ajouta James en arquant ses sourcils dans la direction d'Eva alors qu'il ajustait la bretelle de son sac de sport sur son épaule.
James était toujours vêtu d'une simple chemise alors que le vent devenait de plus en plus violent.
« Une conversation tout à fait fascinante, Potter. »
Bizarrement, ce n'était pas la voix de Lily Evans qui les observait attentivement avec des sourcils froncés. Non, celle qui avait pris la parole avait un accent beaucoup plus bourgeois. Et lorsque leur groupe de Gryffondors et Poufsouffle se tourna en direction des nouveaux venus, ils eurent la mauvaise surprise de voir un groupe de Serpentards qu'Eva avait abandonné tantôt.
Elle avait espéré que les Serpentards soient partis depuis mais Amélia Avery, Lizzie Lestrange, Ava Parkinson et Royce Mulciber étaient tous là.
Et il suffit à Eva de voir le sourire mutin de Lizzie Lestrange pour comprendre que c'était la petite brune au visage poupon qui venait de prendre la parole.
« Lestrange. Quelle belle surprise. Tu rôdes pour chercher ta prochaine victime ? » ironisa James sans se douter qu'il n'était pas loin de la vérité.
Sauf que dans ce cas précis ce n'était pas Lizzie Lestrange qui rôdait mais Royce et que la victime avait déjà été choisie et qu'elle s'appelait Eva Brown.
Immobile telle une proie face à un prédateur, Eva avait les yeux rivés sur Royce qui l'observait en retour d'un air impassible.
« Je t'emmerde, Royce. »
Son rictus dégoûté avait disparu et, à la place, il était fait de marbre. La seule émotion qui échappa à Royce fut lorsqu'il remarqua la présence de Mary McDonald qui s'accrochait au bras de Lily Evans, l'air profondément mal à l'aise.
« Non, je viens m'assurer que l'équipe de Gryffondor a bien fermé les vestiaires derrière elle, Potter, répondit Amélia Avery en sortant sa main gantée pour plaquer ses boucles anglaises qui étaient emportées par le vent.
– Et les Serpentards n'ont pas besoin de ce contrôle ? s'enquit moqueusement James avec un ton arrogant qui ne surprit personne.
– Est-ce que les portes sont bien fermées, Potter ? lui demanda Amélia Avery, ne paraissant n'en avoir rien à faire des problèmes d'égo d'un Gryffondor.
– Je te dirais bien que oui, Avery, mais je ne suis pas sûr que tu croirais un pauvre Gryffondor comme moi, railla James.
– Quel enfant, se moqua Lizzie Lestrange avec un petit rire amusé. Il est aussi susceptible que mon cousin de six ans, ajouta la brune en direction d'Ava Parkinson qui pouffa d'un air appréciateur.
– Et est-ce que ton cousin de six ans t'a déjà dit d'aller te faire foutre ? s'enquit James d'un ton cordial, un sourire faux-cul aux lèvres.
– 5 points en moins pour Gryffondor, » dit Amélia Avery de manière impassible comme si la puérilité de l'échange la fatiguait.
A côté de la préfète-en-chef, Ava Parkinson éclatait de rire alors que Lizzie Lestrange adressait un sourire furieux à James qui le lui rendait bien avec une touche plus moqueuse.
« Miss Evans, pouvez-vous allez vérifier que les vestiaires soient bien fermés ? » ordonna la préfète-en-chef en direction de la préfète rousse.
Les traits du visage de Lily Evans se crispèrent mais la jeune fille passa toutefois comme une flèche devant Eva pour faire ce qu'on lui avait dit, laissant derrière elle Mary McDonald qui paraissait horrifiée de ne plus pouvoir se cacher derrière son amie.
Bien que le visage de Royce soit toujours vide de toute émotion, Eva pouvait deviner qu'il était satisfait de voir que rien que la force de son regard suffisait pour terroriser la Gryffondor de 6e année.
Cette vue donnait envie à Eva de jeter un Chauvefurie à Royce.
« C'est bien fermé, Amélia, » dit finalement Lily Evans en haussant la voix pour se faire entendre par-dessus les bourrasques de vent.
Son exclamation mit fin au silence rempli de tension électrique entre les élèves.
James et Lizzie Lestrange cessèrent leur duel de regard avec James qui souriait avec arrogance et Lizzie Lestrange qui le fusillait du regard sous les yeux amusés d'Ava Parkinson. Royce arracha son regard de Mary McDonald qui s'était mise à fixer l'herbe mouillée à ses pieds et même Eva cessa de fixer le Serpentard pour s'intéresser à la préfète rousse qui venait de s'arrêter à côté d'elle.
Avec toutes les histoires qu'Eva avait entendues sur elle, la Poufsouffle s'attendait à ce que Lily Evans soit grande mais elle fut surprise de constater que la jeune fille ne lui arrivait qu'au niveau de ses épaules.
« Dans ce cas, rentrez, leur intima Amélia Avery. L'extérieur du château est interdit jusqu'à demain matin.
– Elle t'appelle par ton prénom et tu ne lui dis rien, Amélia ? » s'offusqua Ava Parkinson, ses sourcils froncés avec confusion.
La Sang-de-Bourbe, c'est ça qu'elle veut dire, pensa Eva alors qu'elle sentait Lily Evans se tendre à côté d'elle.
Mais Amélia Avery ne laissa pas le temps ni à Lily Evans ni à James d'exploser :
« Je n'ai pas le temps pour ce genre d'enfantillage Ava, claqua sèchement Amélia Avery en décochant un regard ennuyé à la Serpentarde qui fit une moue dubitative avant de se concentrer sur le nœud de soie qui fermait le col de son manteau. Je dois encore vérifier que tous les gradins sont bien vides.
– Et vérifier qu'il n'y a personne en train de se faire des mamours, ajouta moqueusement Lizzie Lestrange, s'attirant un regard ennuyé de la part de sa meilleure amie. Je ne fais que dire la vérité, se défendit la brune avec un sourire malicieux qui aurait fait sourire Eva si elle ne connaissait pas le poison de la cadette des Lestrange.
– Tu as besoin d'aide ? » demanda Lily Evans d'un ton abrupt, surprenant Eva par sa bravoure.
Lizzie Lestrange et Ava Parkinson se tournèrent pour adresser des regards hautains à la préfète rousse bien insolente à leurs yeux.
« Royce et moi allons nous en occuper, répondit Amélia Avery en ne laissant aucune émotion filtrer sur son visage harmonieux qui attirait les regards de tous les garçons de 7e année d'après ce qu'Eva avait appris cette semaine. Merci pour votre proposition, Miss Evans. »
Lily Evans hocha la tête avec rigidité puis le reste se fit rapidement. Les deux groupes se séparèrent après que Lily Evans se soit empressée d'aller attraper par le bras Mary McDonald qui restait à fixer Royce Mulciber avec des yeux ronds de peur.
Après avoir adressé un salut de la main sarcastique à Lizzie Lestrange, James posa sa main sur l'omoplate d'Eva pour la faire avancer alors qu'Eva restait focalisée sur Royce Mulciber qui lui rendit son regard brûlant avant de tourner les talons.
Ni James ni Eva ne remarquèrent les coups d'œil frustrés que leur jetait Lily Evans.
« N'oublie pas, on n'accepte pas les pouilleux à Gryffondor, » lui dit James avant qu'ils ne se séparent dans le Hall d'entrée.
Peut-être qu'Eva aurait dû s'habiller comme une pouilleuse pour que James la refoule à l'entrée de la tour de Gryffondor.
Peut-être que si elle l'avait fait, Eva ne se serait pas retrouvée avec la bouche de Sirius se rapprochant dangereusement de la sienne.
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Mais ça, c'est une histoire pour plus tard.
titre : Celui qu'elle haïssait le plus au monde
nombre de mots : 8500 mots
Amélia Avery fait son grand retour ! On commence à voir qu'il y a des conflits internes chez les Serpentards et que les professeurs bougent à l'arrière de la scène ! James révèle que c'est lui qui a dit à ses copains d'aller surveiller les Poufsouffles ! Sirius était-il si attentif à l'encontre d'Eva parce qu'il est intéressé comme le pensait Charlotte ou juste parce qu'il faisait le chien de garde ? Héhé. Mais SURTOUT, on assiste pour la première fois à une réelle confrontation entre Eva et Royce (et oui, Royce, plus Mulciber maintenant). Autant vous dire qu'Eva est bien secouée par ce match de Quidditch !
Sinon, Ewi était saoulée au chapitre 19 par la passivité d'Eva alors j'espère que cette forme minime de résistance (pour l'instant) est assez satisfaisante. Hurler mentalement « Je t'emmerde Royce » est déjà un énorme pas en avant pour Eva ! Mais, ne vous inquiétez pas, Eva se rebellera ;) mais il faut rappeler qu'elle n'est pas une tête brûlée de Gryffondor et que, l'année précédente, sa rébellion lui a valu bien des malheurs. Le fort caractère d'Eva présent dans les premiers chapitres s'efface à cause du traumatisme mais c'est super que vous ayez repéré ce changement s'opérer chez elle ! Ça montre que j'ai bien fait au moins une chose, haha.
La prochaine fois, on laisse place à la fête chez les Gryffondors ! Et oui, ce samedi est rempli d'émotions pour notre chère héroïne ;) A dimanche prochain (j'espère) si j'ai droit à 3-4 reviews !
