le juste vivra par sa loyauté


Merci beaucoup à KorriganTanNoz, twjessie et Baccarat V pour avoir répondu présentes ! J'espère que cette suite vous plaira ! Je me suis faite extrêmement plaisir en l'écrivant mais c'est le but des fanfictions en même temps, héhéhé. (Et j'avoue, le titre de ce chapitre m'a fait bien rire.)


Chapitre 23 : Un baiser ou baiser telle est la question (II)


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Précédemment :

Avec un jappement de surprise, Eva tomba en avant et se rattrapa de justesse en s'agrippant à des genoux. Lorsqu'elle leva les yeux, elle croisa les yeux surpris de Sirius qui avait le nez enfoncé dans son gobelet qu'il sirotait.

« Non ! » entendit-elle quelqu'un crier derrière elle mais elle n'y fit pas attention, la respiration coupée alors qu'elle fixait les pupilles noires de Sirius s'agrandir jusqu'à ce que le gris de l'iris de ses yeux disparaisse presque.

Alors que Sirius baissait lentement sa main qui tenait son gobelet, Eva se reprit et s'excusa du bout des lèvres. Elle lui lâcha les genoux et se remit debout mais ne parvint pas à se reculer. Sirius venait de l'attraper par le bras et il y avait une intensité dans son regard qui rappelait à Eva le bal d'Halloween avant qu'il ne la fasse tomber en arrière.

« Sirius, qu'est-ce que tu… ? » lui demanda-t-elle alors qu'il se relevait, les mettant face à face.

Eva avait réalisé au bal d'Halloween qu'il faisait maintenant la même taille qu'elle mais elle se sentait horriblement mal à l'aise que ses yeux gris soient naturellement au niveau des siens. De plus, il était beaucoup trop proche et l'intensité de son regard faisait galoper le cœur d'Eva qui en oubliait son énervement à son égard.


C'est à cause de James que tu as bien voulu passer du temps avec moi ce matin alors pourquoi tu me regardes avec ces yeux-là ?


« Sirius, tu vas bien ? demanda Remus d'un air inquiet alors que Sirius restait à fixer sans rien dire Eva qui l'observait en retour avec des yeux écarquillés.

– Il fait une blague ou quoi ? » s'interrogea James en fronçant les sourcils.

Mais si c'était une blague, Eva n'était pas sûre de l'apprécier car elle eut l'impression d'avoir une crise cardiaque la seconde suivante :

« Ça te dit qu'on couche ensemble ? »

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Plusieurs choses se passèrent en même temps.

James Potter éclata de rire et dit à Remus Lupin : « Tu vois, il fait juste une blague ». Mais Remus ne parut guère convaincu, fixant le profil sérieux de son meilleur ami d'un air perplexe.

Mary McDonald poussa un glapissement de surprise avant de se décaler précipitamment pour éviter que sa jupe ne soit tachée. Lucy Emerson qui n'avait d'yeux que pour Sirius n'entendit même pas son amie la rabrouer avec agitation. La brune aux yeux bleus continua de tenir d'une manière lâche son verre et le reste du contenu se déversa sur la moquette rouge délavée. Peter Pettigrew, lui, s'empressa de demander à Mary si elle allait bien.

Quant à Alice Fortescue, la préfète aux boucles indomptables poussa un gloussement ravi qui lui valut un regard confus de la part de son amoureux.

« Tu trouves ça romantique ? » s'étonna Frank Londubat en repensant aux nombreuses tirades d'Alice qui se plaignait que les adolescents du château étaient beaucoup trop immatures.

Alice adorait pester contre plusieurs personnes en particulier.

Le premier était Howard Stark de Poufsouffle qui ne cessait d'énerver Meredith à cause de son addiction à la fumette mais qui se faisait à chaque fois pardonner lorsqu'il plaquait la batteuse de Gryffondor contre une surface verticale (ou horizontale) et lui faisait oublier toutes ses insultes grâce à un mouvement ingénieux de sa langue ou un coup de rein passionné. Frank aurait préféré ne pas connaître ses détails sur ses camarades dont il n'était pas si proche mais Alice n'avait jamais été connue pour sa réserve et sa petite amie avait beaucoup sur le cœur puisqu'elle devait supporter les peines de cœur de Meredith depuis la 5e année.

La deuxième personne était Liam Olsen qui avait toujours été trop impulsif. Liam avait beau être son colocataire depuis la 1ère année, Frank devait admettre qu'il était grand temps que Liam se rende compte que le monde ne se résumait pas au Quidditch et à la baise. Frank avait tenté de lui faire comprendre ça mais Liam n'avait pas été intéressé, beaucoup trop occupé à réfléchir avec Steve à comment est-ce qu'ils allaient pouvoir se restocker en alcool avant la prochaine fête. C'était en partie pour ça que Frank avait décidé de prendre ses distances avec ses deux colocataires cette année. Après avoir perdu son père à cause de Voldemort, il ne supportait plus les discussions puériles d'adolescents pensant que la tranquillité dont ils jouissaient actuellement allait toujours exister à l'extérieur de Poudlard.

Puis, finalement, après une fête trop alcoolisée de mars dernier que Frank avait essayé de canaliser en tant que préfet, une nouvelle personne était apparue dans les tirades d'Alice. Ce n'était pas James Potter qui était pourtant une vraie tête à claque selon les dires d'Alice. Non, celui qui faisait grommeler sa petite amie était Sirius Black. Celui-là même qui venait de dire à Eva Brown « Ça te dit qu'on couche ensemble ? » qui, bouche-bée, ne réagissait pas si on omettait son air hébété.

Frank ne connaissait pas vraiment Eva Brown. Il n'avait jamais été intéressé par la Poufsouffle qui était trop bruyante à son goût – elle comme le reste de son groupe de Poufsouffles que Frank avait maintes fois surpris en train d'arpenter les couloirs après le couvre-feu. À vrai dire, les seules choses qu'il sache réellement d'elle était qu'elle avait failli mourir lors des cours de vol de 1ère année et que, cette année, les professeurs lui portaient une attention toute particulière.

Fin septembre, Frank avait surpris Chourave et McGonagall en pleine discussion agitée alors qu'il voulait simplement demander des précisions au professeur de Métamorphose quant à la dissertation qu'elle demandait.

La porte du bureau de sa Cheffe de Maison était entrouverte ce jour-là et, lorsqu'il avait entendu ses deux professeures discuter de l'emploi du temps pour la surveillance nocturne du château, Frank s'était dit qu'il pouvait bien attendre qu'elles terminent. Mais, au bout d'une minute, les deux professeures avaient baissé d'un ton et l'atmosphère avait semblé devenir plus sombre. Frank n'avait pu s'empêcher de tendre l'oreille lorsqu'il avait reconnu le nom « Eva Brown. »

« Est-ce qu'elle t'a l'air de se comporter normalement ?

J'ai dû la reprendre plusieurs fois pour qu'elle cesse de parler à Emmeline Vance en cours alors je dirais que oui.

Elle a toujours été une bavarde, commenta Chourave avant de continuer : Non, ce que je veux dire c'est qu'Eva a toujours été une élève très extravertie et intéressée en cours de Botanique – du moins, à l'exception du trimestre dernier – mais maintenant si je ne lui dis pas de bouger, elle reste sur sa chaise à regarder les autres faire.

Il faut lui laisser le temps de se réaccoutumer à Poudlard, Pomona, avait soupiré McGonagall avec un air éreinté qui avait surpris Frank. L'année dernière elle a pu rester enfermée dans l'infirmerie à part lors des examens. Sa mère t'a donné des nouvelles pendant l'été ?

Elle m'a dit qu'elle avait obligé Eva à aller voir un psychologue mais qu'elle avait refusé de dire quoi que ce soit. Ça me tracasse. Je sais très bien qu'Eva sait qui lui a fait subir ces atrocités mais si elle ne veut rien dire ils doivent certainement encore la menacer.

Nous continuerons de la surveiller, Pomona. Ça ne sert à rien de se morfondre. Le plus important est que nous continuions à lui enseigner comme les années précédentes. C'est de normalité dont elle a besoin.

Je sais, je sais, avait soufflé Chourave et l'entendre si abattue avait été aussi perturbant que d'entendre McGonagall si lasse. Je suis juste inquiète, Eva a toujours été si rayonnante et pleine d'énergie, ça me fait du mal de la voir si discrète pour sa dernière année. J'espère qu'elle pourra se remettre sur ses pieds d'ici la fin de l'année. Merlin sait que le monde extérieur n'est pas très clément ces derniers temps.

Ne nous attardons pas sur cela, Pomona. Pour l'instant il faut nous concentrer sur le bien-être de nos élèves. Albus t'a fait part du décès du père de Lily Evans ? Il faudrait que – »

Frank devait avouer qu'après cette discussion il avait été curieux de découvrir le soi-disant changement qui s'était opéré chez Eva Brown. Il avait passé la semaine suivante à l'observer discrètement mais après l'avoir vu se chamailler à longueur de temps avec Akash Banerjee et Amos Diggory, il s'était désintéressé de son cas et s'était concentré sur ses révisions pour le concours d'Auror. Ce n'était que très récemment qu'il s'était souvenu de cette conversation de septembre lorsqu'Alice lui avait raconté qu'elle avait rencontré plusieurs fois Eva Brown pour leur exposé de Métamorphose et qu'Eva avait semblé curieuse d'en apprendre plus sur les fiançailles sorciers.

« Mais je ne dis pas ça pour te faire un signal, Frank, je t'assure ! C'est juste elle qui m'a demandé et je lui ai justement dit que toi et moi nous –

Je sais, Alice. Pas besoin de t'exciter, l'avait coupé Frank avec un sourire amusé puis, faisant mine de lire son manuel de Défense, il avait ajouté : De toute façon, tu es bien trop collante pour que je ne comprenne pas que tu veuilles passer le reste de ta vie avec moi.

Qu-quoi ? avait bafouillé Alice. Ne prends pas la grosse tête ! C'est toi d'abord qui me colle, je ne fais que te supporter. Et puis, c'est ta mère qui – »

Pour en revenir à Sirius Black, ce dernier était devenu un sujet récurrent entre eux alors qu'Alice se plaignait que Carina, leur camarade de Gryffondor, semblait persuadée qu'elle allait réussir à faire chavirer le cœur de l'ex héritier des Black.

Encore une fois, Frank avait appris un détail qu'il ne souhaitait pas savoir à cause de la bouche pipelette d'Alice qu'il était parfois (très souvent) obligé d'embrasser pour la faire taire. Car, à cause d'Alice, il était au courant que Sirius Black avait perdu sa virginité avec Carina Winnifred lors de la soirée alcoolisée de mars dernier. Et, depuis ce moment-là, Carina continuait d'espérer que le Gryffondor de l'année d'en-dessous réponde à ses attentes et officialise les choses entre eux. Sauf que, d'après ce que Frank avait compris, il ne s'était rien passé entre eux depuis cette soirée fatidique si l'on occultait la fantaisie que s'était créé Carina.

Frank n'avait pas cherché à en savoir plus. Tout ce qu'il savait était que, actuellement, Sirius Black semblait bien plus intéressé par Eva Brown que par Carina que Frank avait vu plus tôt en compagnie de Meredith alors que Liam et Steve semblaient motivés à boire pour cinq.

Et puis il y avait ces deux filles de Serdaigle que Frank avait déjà eu l'occasion de rappeler à l'ordre lorsqu'elles parlaient un peu trop fort dans la bibliothèque. Elles étaient collées l'une à l'autre et semblaient bien paniquées alors qu'elles chuchotaient ensemble comme à leur habitude. La brune et la blonde ne cessaient de jeter des regards en direction de Sirius Black et Eva Brown.

Frank fronça les sourcils, son instinct lui soufflant que le comportement obscène du 6e année ne venait pas de nulle part bien que Sirius Black n'ait jamais été connu pour sa réserve.

« Non, ce n'est pas aussi romantique que ce que j'espérais mais je crois bien qu'Eva a besoin qu'on soit direct avec elle, lui répondit finalement Alice en rajustant ses lunettes sur son nez, un sourire mutin sur ses lèvres.

– Tu es impossible, » soupira Frank en laissant échapper un sourire affectueusement exaspéré lorsqu'Alice lui fit un clin d'œil.

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« Ça te dit qu'on couche ensemble ? »

Si c'était une blague comme semblait le penser James qu'Eva entendait rire, la Poufsouffle ne la trouvait pas drôle du tout.

Son corps, ce traître, était partagé entre l'excitation et la gêne alors que Sirius tenait son poignet et que ses yeux gris semblaient avoir une mission : rendre muette Eva par leur intensité.

Finalement, Eva retrouva sa voix lorsque les doigts de Sirius glissèrent de son poignet jusqu'à ses doigts. Sirius exerça une pression sur le bout des doigts de la Poufsouffle –


Merlin, ses mains devaient être incroyablement moites comparées à celles agréablement tièdes de Sirius.


– et alors que Sirius lui lançait un regard par en-dessous de ses cils, il lui dit d'une voix grave qui procura des sensations innommables à Eva qui ignora de toutes ses forces ses jambes soudainement faibles :

« Tu sais que tu es magnifique ? »


« Regarde-toi, tu es laide. Qui voudrait de toi ? »


Il avait beau la fixer avec sérieux, il n'y avait aucun doute qu'il se moquait d'elle. Eva ne savait pas ce qui lui prenait mais Sirius était loin de la conquérir bien que son cœur, ce traître, soit en train de galoper comme lors d'un jogging particulièrement vigoureux.


« Au mieux tu n'es qu'une pute bonne à baiser comme une chienne pour lui. »


« Arrête, chuchota Eva d'une voix enrouée avant de se racler la gorge et de dire plus fermement en retirant sa main de la prise de Sirius : Arrête, c'est pas drôle. »

Mais Sirius ne la laissa pas s'échapper et il tira de nouveau la main d'Eva vers lui. La brune se retint de justesse de trébucher vers lui. Avec un froncement de sourcils, Eva se recula et leur main jointe resta suspendue dans les airs.

« Je suis aussi sérieux que mon prénom, » l'assura Sirius avec toujours cette voix grave et une intensité qui ne firent qu'énerver Eva puisqu'elle savait très bien qu'il avait décidé de jouer et qu'Eva était la pauvre imbécile qu'il avait choisi comme victime.

– Patmol, c'est bon. N'en rajoute pas trop non plus ! s'exclama James, toujours penché par-dessus le canapé derrière lequel il se tenait. T'as déjà réussi à faire bégayer Eva, c'est déjà ça !

James, dit Remus d'un ton réprobateur.

– Bah quoi ? C'est drôle de la voir si paumée, elle aurait pu gober une mouche avec sa bouche ouverte tout à l'heure. »

Mais Eva n'eut pas le temps d'envoyer une pique en direction de James car, profitant du fait qu'Eva ne le regardait plus, Sirius avait entrepris de se rapprocher d'elle. La Poufsouffle remarqua son mouvement du coin de l'œil et elle se recula d'un pas, lui jetant un regard confus, sa main toujours dans celle du Gryffondor.

« Ne le regarde pas, lui intima Sirius, ne regarde que moi. »

Qu'est-ce qu'il lui disait ? Pourquoi prenait-il cet air sérieux en disant ça ? Ne savait-il pas que c'était impossible de rester de marbre lorsqu'on était face à toute la puissance du charisme de Sirius Black qui vous faisait croire que vous étiez la seule à ses yeux ? Car ses yeux gris ne s'étaient pas détachés une seule seconde du visage d'Eva et la jeune fille en restait pantoise.

Une partie d'elle voulait s'immerger dans le moment, admettre que la sécheresse de sa gorge et la chaleur dans son bas ventre étaient causées par le désir que Sirius avait réveillé en elle. Mais la partie la plus rationnelle d'Eva savait qu'elle ne devait pas se laisser amadouer, que ce n'était qu'une mauvaise blague de la part du Gryffondor qui n'avait jamais été inquiet de dépasser les limites.

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Regarde-moi, espèce d'idiot. Je suis moche. Comment peux-tu me faire croire que je suis magnifique alors que Lucy Emerson était collée à toi et qu'une beauté comme Marlène McKinnon te tourne autour ? Connard. J'aurais dû rester dans mon lit à attendre que Royce vienne m'achever. Lui au moins ne m'a jamais fait espérer quoi que ce soit.


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« Merlin, tu lui as donné quoi à boire Lunard ? Il est complètement déglingué, commentait au même instant James d'un air abasourdi.

– Il allait bien il y a tout juste une minute, » lui répondit Remus qui paraissait réellement troublé par l'attitude de Sirius qui avait été sur le point de répondre nonchalamment à la question de Lyssa de Serdaigle avant qu'Eva ne tombe à ses pieds.

Mais ni Eva ni Sirius ne les écoutaient, concentrés qu'ils étaient à se jauger du regard. Malgré la teinte rosée de ses joues, Eva lui faisait comprendre qu'elle n'appréciait pas du tout ses paroles enjoliveuses. Sirius, lui, n'avait juste qu'une envie : se rapprocher encore plus d'elle pour la toucher.

« Ce n'est pas drôle, Sirius, le prévint Eva et sa voix trembla légèrement avant qu'elle n'arrache avec plus de force sa main de la prise du Gryffondor.

– Je suis séri–

– Non, tu n'es pas sérieux ! s'emporta Eva en se reculant de deux pas alors que Sirius semblait décider à reprendre sa main. Arrête ton cirque, ta blague ne me fait pas rire ! Et arrête de me suivre, tu m'entends ?! ajouta-t-elle avec une pointe de panique alors que Sirius continuait de marcher vers elle, l'obligeant à reculer pour maintenir une distance de sécurité.

– C'est pas une blague, Eva – »

Elle ne voulait pas entendre son prénom dans sa bouche, pas alors qu'il paraissait si contrarié qu'elle le repousse.

« – j'ai envie de toi. »

Eva entendit des exclamations choquées et un gloussement excité qui ne pouvait venir que d'Alice :

« Ça pour être direct, c'est direct !

– Patmol ! s'écria James en un bafouillement. Qu'est-ce que tu fous ?! »

Mais Sirius ne l'écouta pas et continua de courser Eva qui continuait de reculer jusqu'au moment où elle se cogna contre un obstacle derrière elle. Mais Sirius n'attendit pas qu'elle se décale et il s'immobilisa devant elle.

La poitrine d'Eva effleura celle du Gryffondor alors qu'elle haletait, paniquée.

« Arrête de partir. »

Et lorsque Sirius leva une main vers son visage, sous le coup de la panique, Eva eut un mouvement de recul et elle tomba en arrière. Elle se retrouva prélassée sur le fauteuil rouge, ses cheveux bruns s'éparpillant sur sa poitrine. Elle fixa Sirius avec de grands yeux écarquillés et ses joues qui avaient pris une teinte rosée s'assombrirent comme pour imiter la couleur de son rouge à lèvres.

Eva avait eu le malheur de se retrouver plusieurs fois dans cette position. Paniquée, la respiration haletante avec un garçon qui, de toute sa hauteur, la surplombait. Or, à cet instant précis, elle n'était pas tétanisée de peur à cause de la douleur qu'elle savait imminente, elle était paralysée car elle avait peur de ce que l'émotion dans le regard du Gryffondor voulait dire.

Si ce n'était pas Sirius et si ce n'était pas elle qu'il regardait comme ça, Eva aurait dit que c'était du désir qui agrandissait ses pupilles noires mais c'était Sirius et elle n'était qu'Eva Brown.


Non, non, il ne me regarderait jamais comme ça.


« Ne me regarde pas comme ça, lui intima Sirius en posant une main sur sa tempe, l'air peiné. J'ai encore plus de mal à me contrôler. »

Elle ne savait pas comment elle le regardait ni comment elle était censée le regarder.

« Oh puis merde. »

Et Sirius se pencha vers Eva. Une de ses mains se posa sur l'accoudoir, effleurant celle d'Eva qui avait tenté de se relever, et l'autre se posa délicatement dans le creux de la mâchoire de la Poufsouffle. Puis, alors qu'Eva couinait un « mais qu'est-ce que tu – » paniqué, il posa sa bouche sur la sienne.

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Octobre 1973


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« Alors c'était comment ? demanda Eva en sautant sur le lit de Charlotte qui avait le visage enfoui dans son oreiller. Allez dis-moi ! geignit-elle en secouant l'épaule de Charlotte pour que la blonde cesse de crier dans son oreiller.

Tellement gênant ! couina Charlotte en se tournant sur le dos mais le malaise la fit se cacher son visage dans ses mains alors que, à quatre pattes sur le lit, Eva la surplombait.

Donne-moi plus de détails ! la poussa Eva avec un sourire goguenard. J'ai envie de savoir !

C'était bizarre, ses lèvres étaient chaudes et il est juste resté là comme un idiot. Je l'ai poussé mais Amos a voulu qu'on le refasse.

Refaire ? répéta Eva, hilare. Vous vous êtes fait des bisous combien de fois au juste ? »

Charlotte poussa un gémissement mortifié dans ses mains qu'Eva tentait de lui retirer.

« Je ne t'entends pas ! » ria Eva alors que Charlotte marmonnait dans ses mains.

Finalement, Eva qui était la plus forte des deux réussit à libérer le visage de Charlotte. Des boucles de cheveux blonds collant à ses joues rouges cramoisies, Charlotte fusilla la brune du regard. Eva lui répondit par un sourire malicieux, des mèches de sa frange trop longue lui tombant sur les yeux.

« Allez, avoue.

On l'a refait dix fois au moins ! admit finalement Charlotte, semblant presque énervée de devoir le dire bien que son visage rouge tomate la rende difficilement crédible.

Par le slip de Merlin, dix fois ?! s'écria Eva avec des grands yeux avant d'éclater de rire. Et c'était bien ? demanda-t-elle une fois qu'elle se fut calmée et la brune savait pertinemment que son air moqueur ne faisait qu'énerver Charlotte.

Je refuse de te répondre ! » cria Charlotte d'une voix stridente puis, n'en pouvant plus d'entendre les hurlements de rire d'Eva, elle se saisit de son oreiller pour l'écraser sur le visage de la brune.

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7 novembre 1976


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C'était comme ce que Charlotte lui avait dit. Les lèvres contre les siennes étaient chaudes mais, contrairement à Amos qui n'avait pas su quoi faire lors de son premier baiser, Sirius, lui, paraissait sûr de lui car il insista et ses lèvres malaxèrent celles d'Eva.

Finalement, au bout de cinq secondes qui parurent être une éternité pour Eva dont les yeux refusaient de se fermer, Sirius se recula et son haleine chaude –


Il sent l'alcool, il a bu, c'est juste une mauvaise blague.


– réchauffa les lèvres entrouvertes de la Poufsouffle.

Ses paupières s'étaient abaissées et le regard sombre que Sirius lui lançait par-dessous ses cils tétanisait Eva.

Une blague, c'est une blague, se répétait comme une litanie Eva alors qu'elle entendait lointainement des hurlements.

Mais lorsque ses yeux paniqués se posèrent sur les lèvres de Sirius si proches des siennes, elle remarqua que les lèvres du Gryffondor étaient étrangement rouges. Elle prit quelques secondes à percuter que le rouge à lèvres que Charlotte l'avait poussée à porter en était la cause.

Ce fut cette pensée qui la fit finalement réaliser l'énormité de ce qu'il venait de se passer.

Sa poitrine secouée par sa respiration devenue erratique, Eva croisa le regard de Sirius qui était resté à la fixer, respirant contre sa bouche.

Ce fut soudainement trop. La chaleur de la salle, le tambourinement de son cœur, sa cicatrice toujours sensible depuis que le pouce de Royce s'y était enfoncé sadiquement, la proximité de Sirius, les exclamations des élèves autour qui bourdonnaient dans ses oreilles, Charlotte qui s'excusait pour sa lâcheté en sanglotant, Ava Parkinson qui la traitait de salope, la voix de Royce qui lui disait qu'elle n'était qu'une pute facile pour Sirius qui tenait toujours le creux de sa mâchoire dans sa main et qui ne se reculait pas.

Sirius qui la regardait comme si elle était la seule femme au monde qu'il voulait dévorer.

Sirius qui se rapprocha encore plus d'elle lorsqu'il glissa son genou sur le fauteuil, entre les jambes d'Eva. La seule chose qui l'empêcha de grimper davantage sur elle fut sa jupe bordeaux qui se frotta contre le pantalon de Sirius.

La panique montait et la respiration d'Eva devint plus haletante encore.

Si elle avançait d'un centimètre de plus leurs lèvres se frôleraient.

Mais ce fut Sirius qui s'avança et, la seconde suivante, il l'embrassait de nouveau. Eva eut l'impression que son cœur venait de bondir dans sa gorge. Comme pour la rabrouer de rester figée, Sirius embrassa ses lèvres avec plus d'insistance et la suavité de son action dérouta Eva qui laissa échapper un bruit.

Mortifiée de la sorte de gémissement qui venait de lui échapper, Eva attrapa le bas du tee-shirt noir du Gryffondor pour le repousser mais Sirius mordilla sa lèvre inférieure et toute forme de pensée cohérente disparut de l'esprit de la Poufsouffle.

Elle n'avait plus chaud, non, elle brûlait. Elle brûlait de l'intérieur et lorsque le genou de Sirius frotta l'intérieur de sa cuisse alors qu'il se rajustait pour glisser sa main dans ses cheveux, Eva crut honnêtement qu'elle allait prendre feu.

Sa jupe devait certainement s'être soulevée de manière indécente mais Eva n'en avait rien à faire. Le genou de Sirius venait de frôler sa culotte protégée par son collant et une vague de chaleur noua son ventre.

Le surplus d'émotions fit hoqueter Eva et il n'en fallut pas plus pour que Sirius glisse sa langue dans sa bouche, sa main manœuvrant doucement le visage d'Eva vers lui pour qu'il ait un meilleur accès.

Elle n'avait jamais vécu ça, n'avait jamais entendu un garçon pousser un grognement de satisfaction alors que leurs langues se joignaient en une danse qu'Eva n'avait jamais mené de sa vie. Elle n'avait jamais pensé que sa respiration pourrait être saccadée pour une autre raison que l'adrénaline d'un jogging ou de la peur. Elle n'avait jamais pensé non plus que ce serait le meilleur ami de James qui réussirait l'exploit de faire taire toutes ses pensées noires qui la suivaient jusqu'aux heures sombres de la nuit.

Elle ne fut même pas consciente qu'elle venait de pousser un faible gémissement alors que Sirius paraissait déterminé à la dévorer de l'intérieur. Elle n'était plus consciente de rien à part de Sirius, de son corps dont tous les sens étaient en éveil, de son entrejambe qui pulsait et ses doigts qui froissaient le tee-shirt de Sirius.

« BON C'EST BON MAINTENANT ! » s'écria une voix masculine et la seconde suivante Eva se retrouvait seule sur le fauteuil rouge.

Eva rouvrit ses yeux qu'elle ne se souvenait même pas d'avoir fermés et ses yeux dilatés clignèrent d'un air perdu. Elle prit quelques secondes à se rendre compte que c'était James et Remus qui avaient tiré Sirius en arrière et que ce dernier semblait furieux d'avoir été interrompu, lançant des insultes à ses meilleurs amis qui le retenaient fermement.

« Tu te calmes Sirius ! Non mais t'es devenu complètement taré ou quoi ? s'écriait James alors que Sirius se démenait pour qu'ils le lâchent.

– Laisse-moi James, grondait Sirius, ses cheveux habituellement bien coiffés lui tombant sur le front d'une manière négligée qui lui allait foutrement bien.

– Arrête de bouger, grinça entre ses dents Remus qui faillit se prendre un coup de coude dans la mâchoire à cause des gesticulations de son meilleur ami.

Laissez-moi ! » rugit Sirius et c'est ce cri qui fit réaliser à Eva qu'il n'était pas dans son état normal et que la réalité allait bien plus loin qu'une mauvaise blague.

De manière tout à fait courageuse et digne de sa Maison, Eva décida de ramener ses jambes contre elle et de se cacher le visage dans ses mains. Elle haletait toujours, le bai-bai- … le baiser l'ayant fait perdre son souffle. Elle brûlait toujours mais ce n'était plus pour la même raison : elle était morte de honte. Et son corps ferait mieux de le comprendre car c'était inadmissible que son entrejambe continue de pulser avec excitation.

Les trois Gryffondors continuaient toujours de s'engueuler mais Eva souhaitait seulement une chose : disparaître.

Une main se posa sur l'épaule recroquevillée de la Poufsouffle :

« Hé, pleure pas Eva.

– Je ne pleure pas, geignit-elle d'une voix faible, refusant d'affronter Alice qui devait certainement sourire d'un air goguenard.

– Si ça peut te réconforter ça avait l'air d'être un sacré baiser.

– Ça ne me réconforte pas du tout ! cria-t-elle dans ses mains et Alice pouffa de rire.

– Je t'avais dit qu'il embrassait bien, » lui dit une voix féminine.

La surprise fit sortir la tête d'Eva de ses mains. Seuls ses yeux marrons visibles, la Poufsouffle lança un regard abasourdi à Lucy Emerson qui la fixait avec des sourcils juchés bien haut sur son front, ses cheveux ébènes reposant délicatement sur ses épaules.

« Fais pas ces yeux de chien battu, tu n'es pas la première à faire les frais des coups de tête de Sirius Black. »

Alice donna un coup de coude à Lucy qui perdit de sa superbe lorsqu'elle poussa une exclamation de douleur avant de plisser ses yeux bleus clairs en direction de la fille plus âgée.

« Ne dis pas ça, c'est pas sympa, la sermonna Alice, une main posée sur sa hanche et l'autre triturant la branche de sa paire de lunettes recouverte en partie par ses boucles indomptables.

– J'ai rien dit de méchant, se défendit Lucy. Hein Eva ? » ajouta-t-elle lorsqu'Alice lui jeta un regard peu convaincu.

Mais Lucy n'eut pas de réponse. Eva venait de cacher de nouveau son visage dans ses mains et, avec sa position fœtale, ses longs cheveux rajoutaient une barrière supplémentaire.

Elle avait honte. Elle voulait partir, disparaître. C'était comme si Akash l'avait encore une fois fait goûter un de ses plats épicés car ses lèvres la picotaient. Elle avait l'impression que Sirius était toujours là. Il - Il avait mis sa langue et Eva voulait juste effacer cette sensation de sa mémoire. C'était une blague, une mauvaise blague. Elle n'aurait pas dû venir. Pas après que Royce lui ait dit qu'elle n'était qu'une pute pour Sirius qui continuait de pousser des hurlements rageurs contre ses meilleurs amis à quelques pas de là. Eva entendait son prénom sortir de la bouche de Sirius mais elle n'en éprouvait aucune satisfaction.

Elle ne voulait pas que...Elle n'avait jamais voulu que son premier baiser soit un spectacle. Elle n'avait jamais voulu être un nouveau nom sur une liste de conquête. « Un coup de tête de Sirius, » avait dit Lucy et cette simple phrase avait réussi à faire disparaître en une seconde les relents d'excitation qui nouaient son estomac.

Devant elle, Alice et Lucy continuèrent de se chamailler :

« Tu vois, tu l'as blessée, fit platement remarquer Alice et Lucy s'hérissa d'indignation.

– Je n'ai rien fait !

– Si, tu ne le remarques pas mais tu peux être très blessante. Surtout que tu as une expression naturellement arrogante, ça n'arrange rien à la chose.

– Mais c'est faux ! s'écria Lucy, paraissant indignée que l'on sous-entende une telle chose alors que bon nombre d'élèves seraient d'accord pour dire que la brune aux yeux perçants en intimidait plus d'un avec sa beauté et sa tendance à prendre les gens de haut. Je ne suis pas arrogante !

– Même maintenant tu viens de rejeter tes cheveux en arrière et si ça ce n'est pas être arrogante, je ne sais pas qui l'est, la contredit Alice et Lucy aurait pu pousser un cri de rage tellement elle était frustrée de remarquer que sa main s'apprêtait de nouveau à faire le geste qu'Alice venait de relever.

– Alice, je pense qu'il y a plus important, les interrompit Frank, ne paraissant guère impressionné lorsque sa petite amie lui fit la moue.

– Pourquoi est-ce que tu gâches toujours mon plaisir, Frank ?

– Ah non ! Vous n'allez pas recommencer avec votre flirt ! s'agaça derrière eux James qui bataillait toujours avec Sirius pour que celui-ci ne saute pas sur Eva. Y a plus important pour l'instant ! »

Si quelqu'un lui demandait, James serait fier de dire que c'était lui qui avait eu l'ingénieuse idée de plaquer Sirius au sol. Ça n'avait pas été une mince affaire mais grâce à l'arrivée en trombe de Peter, James et Remus étaient parvenus à prendre le dessus sur Sirius qui n'avait cessé de les insulter tout du long tout en continuant à demander Eva.

« Eva », « Je veux voir Eva », « Où est Eva ? », « Laissez-moi voir Eva » avait répété Sirius tellement de fois que James avait cru qu'il allait demander à Eva de changer de prénom tellement il n'en pouvait plus de l'entendre.

Actuellement, Sirius était sur le ventre, sa joue écrabouillée contre la moquette grâce à la main de James qui lui maintenait le crâne dans cette position. De son autre main, James tenait celles de Sirius jointes dans le bas de son dos, non loin des genoux de James qui avait grimpé sur le dos de son meilleur ami. Quant à Remus et Peter, ils s'étaient assis sur les jambes de Sirius, semblant bien moins motivés que l'était le Poursuiveur de Gryffondor.

« Justement James, j'allais y venir, soupira Frank en ignorant le rougissement qu'il savait être sur ses joues à cause du commentaire du 6e année.

– Qu'est-ce qu'il se passe Frank ? » s'enquit Alice avec qui il n'avait plus vraiment besoin de parler à haute voix pour qu'ils se comprennent.

Les deux préfets ignorèrent le « Eh bah on ne dirait pas » mécontent de James qui refusait de laisser Sirius lever sa tête pour trouver Eva.

« Je crois bien que le comportement de Sirius a été causé par quelque chose de plus grave que l'alcool.

– Sans blague ! pestiféra James et les deux 7e années ignorèrent de nouveau le Poursuiveur alors que Sirius l'insultait grossièrement.

– Quelqu'un a mis quelque chose dans son verre.

– Qui ? » demanda Lucy d'un air grave, jetant un regard inquiet à Sirius qui, vociférant, tentait de bouger ses pieds pour faire partir Remus et Peter.

Comme s'il n'y avait pas des remous, Remus but de manière tout à fait naturelle le contenu du verre que Peter lui tendait.

« Ouais qui ?! s'écria James alors que Sirius en-dessous de lui paraissait presque offusqué par le « Ta gueule Sirius » que venait de lui lancer Remus à l'hilarité de Peter.

– Les deux Serdaigles bien sûr, » révéla Frank et tous les Gryffondors présents tournèrent les yeux vers les deux jeunes filles qui étaient restées discrètes jusqu'alors.

Même Eva sortit de sa cachette pour observer Lyssa La Brune à la Permanente se dandiner sur ses pieds et mordiller sa lèvre d'un air agacé et Maggie La Blonde À La Queue de Cheval fixer honteusement ses pieds.

« Non..., souffla Alice, la première à comprendre ce que leur disait Frank.

– Quoi ? grinça Lucy en fixant avec intensité les deux 5e années comme si elle pourrait lire leurs pensées.

– Oh non, dit à son tour Remus et son air ennuyé disparut pour laisser place à une fureur froide qui surprit Peter.

– Comment ça non ?! » s'agaça à son tour James qui enfonça davantage ses genoux dans le dos de Sirius alors que celui-ci voulait profiter du fait que Remus s'était relevé en un bond pour s'échapper.

Eva hoqueta à son tour, faisant réaliser aux autres autour d'elle qu'elle n'était plus en hibernation forcée.

« Quelqu'un va m'expliquer ce qu'il se passe, oui ?! s'écria avec fureur James, puis se tournant vers Sirius, il cria : Et arrête de bouger, toi ! »

Lyssa À La Permanente imita la position de son amie blonde et se mit elle aussi à fixer le sol, croisant fermement ses bras sous sa poitrine alors que Remus s'arrêtait devant elle.

Il ne faisait pas de doute que Remus avait grandi. Il faisait deux bonnes têtes de plus que la jeune Serdaigle et la fureur froide qui émanait de lui aurait pu rivaliser celle d'Amélia Avery lorsqu'elle avait interrompu Royce en lui disant de s'éloigner d'Eva.

Mais Eva ne le réalisa pas. Elle était beaucoup trop focalisée sur sa découverte horrifiante. C'est elle qui souffla la vérité que James ordonnait à tue-tête qu'on lui révèle :

« Elles lui ont donné un philtre d'amour. »

La grimace des deux Serdaigles fut la seule preuve dont Eva avait besoin.

Une nouvelle émotion s'ajouta à la boule qui prenait Eva au ventre : de la colère.

La vérité lui était venue lorsqu'elle s'était rappelée avoir vu Sirius donner son verre à Lyssa après que la jeune fille lui ait proposé de le tenir pour lui en attendant qu'il trouve James dans la foule d'élèves amassés dans la tour de Gryffondor. Sans parler du « Non! » paniqué que quelqu'un avait poussé derrière elle lorsqu'Eva était tombée aux pieds de Sirius.

Ce qu'Eva ne comprenait pas était pourquoi Sirius avait tourné toute son attention vers elle. Les deux Serdaigles devaient savoir que ce qu'elles faisaient était illégal alors pourquoi avaient-elles été si peu précautionneuses ? Pourquoi ne pas avoir fait en sorte que Sirius se focalise entièrement sur Lyssa ?

« Un philtre d'amour ?! » rugit James.

Et si Remus était la glace, James était le feu car sa fureur parut enflammée tout son corps. S'il n'était pas occupé à s'assurer que Sirius ne saute pas sur Eva, nul doute que James aurait rejoint Remus qui intimidait rien qu'avec la force de son regard les deux Serdaigles.

En particulier, Lyssa La Brune qui parut se ratatiner sur elle-même alors que Remus la surplombait de toute sa hauteur.

« Pourquoi avez-vous fait ça ? gronda avec froideur Remus.

– Ça me parait assez clair, lui répondit Lucy Emerson qui rejeta ses cheveux en arrière d'un geste arrogant, souriant avec une fureur froide. Elle voulait que la main de Sirius se glisse dans sa culotte. »

La belle brune de Gryffondor fronça le nez et ce mélange de vulgarité et mépris parut réveiller Lyssa car la Serdaigle prit enfin la parole :

« Ce n'était pas censé se passer comme ça ! se défendit-elle en ignorant le « Lyssa » embarrassé de son amie blonde qui aurait préférée qu'elle garde sa bouche fermée. Il était juste censé être plus affectueux ! »

Lucy Emerson poussa un rire moqueur mais quelqu'un prit la parole avant qu'elle ne puisse sortir une nouvelle remarque méprisante.

« Plus affectueux ? Et tu ne t'es pas dit que tu devrais apprendre à le connaître comme une personne normale avant ça ? »

La voix de Remus était si glaciale que Lyssa de Serdaigle leva des yeux effrayés vers lui. Eva ne savait pas quelle expression se trouvait sur le visage du préfet mais nul doute que même le Gryffondor le plus téméraire en perdrait son courage.

« Je – je voulais juste –

– Je, je, répéta froidement Remus. Je crois que c'est ça ton problème, tu ne penses qu'à toi. Pas aux autres.

– Ce n'était pas mon idée ! explosa finalement Lyssa. C'était Maggie, elle m'a dit–

– Et tu oses rejeter la faute sur quelqu'un d'autre en plus ! » la coupa Alice qui était restée silencieuse jusqu'alors mais c'était loin d'être parce qu'elle était désintéressée.

Non, Alice Fortescue paraissait prête à étrangler les deux Serdaigles. Tout comme pour Charlotte, sous le coup de la colère, les boucles d'Alice volaient dans les airs à cause de l'électricité de sa magie.

« Je ne voulais pas…, » commença Lyssa mais sa voix craqua et elle fondit en larmes.

Sans aucune compassion, Remus se tourna vers la deuxième Serdaigle qui paraissait à deux doigts de pleurer elle aussi, sa queue de cheval pendouillant tristement alors qu'elle fixait la moquette rouge délavée.

« Qu'est-ce qu'il y avait dans le philtre d'amour ? demanda Remus, glacial alors qu'on entendait les sanglots de Lyssa et les vociférations de Sirius qui ne se rendait pas compte de ce qu'il se passait autour de lui, obnubilé qu'il était à l'idée de voir Eva.

– Ce n'était pas une dose très forte, avoua Maggie d'une petite voix. C'était juste censé le rendre plus câlin.

– Et pourquoi Eva ? ajouta Remus qui semblait n'en avoir rien à faire que la Serdaigle se dandine sur ses pieds, horriblement gênée.

– Elle est la première personne qu'il a regardée après avoir bu la mixture. Il était censé regarder Lyssa, ils étaient en plein milieu d'une discussion ! s'expliqua Maggie qui paraissait presque désespérée de leur faire comprendre son innocence.

– Pff, pour des Serdaigles leur plan était vraiment bancal, persifla Lucy d'un ton méprisant.

– Mais, intervint Peter qui semblait confus depuis sa position assise sur les jambes de Sirius, si Sirius était censé être juste plus câlin alors pourquoi est-ce qu'il a…

– Galoché comme un gros pervers Eva ? » proposa James dont la fureur faisait trembler sa voix.

Maggie de Serdaigle baissa de nouveau la tête lorsqu'elle croisa le regard de tueur du Poursuiveur.

« C'est la question que je me pose aussi, cingla James. Je crois qu'elles omettent des points importants de l'histoire.

– Mais c'était vraiment écrit ça sur l'étiquette ! se défendit Lyssa entre deux sanglots, s'essuyant ses joues humides assombries par les traces de son mascara.

– Ne me prenez pas pour un idiot ! rugit James et Eva ne doutait pas une seconde qu'il se serait levé pour crier au visage des deux Serdaigles s'il n'était pas occupé à maintenir Sirius au sol. C'est pas en pleurant comme des gamines que vous allez m'amadouer !

– Mais c'est possible qu'elles disent la vérité, intervint calmement Frank et ce dernier se gratta la joue lorsque tout le monde se mit à lui lancer des regards noirs ou incrédules, croyant qu'il allait défendre les deux 5e années. Les philtres d'amour sont très peu fiables. Jouer avec les émotions humaines est très délicat après tout.

– Tu veux dire qu'il aurait eu une réaction allergique ? proposa Alice qui sentait que l'énervement à l'encontre de son petit ami commençait à monter alors qu'il s'enfonçait dans de longues explications comme à son habitude.

– C'est possible. Personne ne réagit de la même manière aux philtres d'amour. Et puis, ajouta Frank en jetant un coup d'œil aux deux Serdaigles qui pleuraient, si elles ont acheté ça à bas prix, la qualité ne doit pas être très remarquable.

– Alors s'il m'a sauté dessus c'est juste parce qu'il était obligé d'être différent des gens normaux comme d'habitude ? » dit Eva et son intervention lui valut des regards surpris.

Eva glissa une mèche de cheveux derrière son oreille et grimaça.

Heureusement pour elle, Lucy la sauva avec un ricanement faussement joyeux :

« Comme tu dis, tout ça c'est de la faute de Sirius qui est toujours obligé de tout faire à l'envers. »

Et ils posèrent tous leurs yeux sur le Gryffondor en question qui semblait avoir abandonné l'idée de s'échapper. Une joue toujours écrasée contre la moquette grâce à la poigne de James, Sirius avait fermé les yeux mais continuait de murmurer. De temps à autre, on pouvait entendre des « Eva » rêveurs ou agacés sortir de sa bouche.

« Et donc je suis censé le tenir jusqu'à quand exactement ? » s'agaça James.

Remus leva ses sourcils d'un air impérieux en direction des Serdaigles qui s'empressèrent de répondre :

« Eh bien, c'était écrit que les effets s'estomperaient au bout d'une heure sauf cas exceptionnel, révéla Maggie.

– Et comme ce crétin est un putain de cas exceptionnel j'imagine que ça veut dire qu'on va devoir atteindre jusqu'à demain matin qu'il se calme, » railla James et il avait l'air déjà fatigué rien que d'imaginer la suite.

– Il fallait bien qu'il fasse son intéressant, on fait la fête pour son anniversaire de base, fit remarquer Peter qui continuait depuis tout à l'heure à siroter tranquillement sa bière, assis sur les jambes de Sirius.

– Et bien joyeux anniversaire à lui, » railla Lucy.

Ils regardèrent tous Sirius somnoler à moitié. Toujours une joue écrasée contre la moquette, il fermait les yeux et un sourire niais étirait ses lèvres. C'était une expression plus que perturbante à voir sur le visage de Sirius mais ils comprirent la raison derrière son contentement la seconde suivante lorsque Sirius murmura :

« Qu'est-ce que tu sens bon, Eva. »

Merlin, il fait exprès de m'embarrasser ou quoi ? se lamenta Eva alors qu'Alice se retournait pour lui lancer un sourire moqueur.

« Allez Liam ! Retente ta chance ! Eva Brown attend juste que tu la galoches en bonne et due forme ! »

Eva sursauta alors que le fauteuil rouge sur lequel elle était assise fut bousculé. Steve McAvoy, bourré et son bonnet menaçant de tomber, venait de trébucher au dos du fauteuil, Liam Olsen qui était tout autant éméché sous son bras.

« Qu'est-ce qu'il vient de dire ?! » rugit Sirius et Eva sut que ça allait être une très longue soirée.

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Titre : Un baiser ou baiser telle est la question (II)
Nombre de mots : 7800

Saviez-vous que j'adore Alice Fortescue ? Je l'ai découvert grâce à cette soirée d'anniversaire. Eva et elle vont avoir une incroyable amitié, je le sens. Et que pensez-vous de Frank ? J'aime bien ce que j'ai réussi à créer avec lui. Un Gryffondor intelligent et les pieds sur terre mais qui a un peu du mal à se faire comprendre et à comprendre ceux de son âge. Neville, tes parents sont des gens incroyables.

Je pourrais vous parler de plein d'autres petites choses qui m'ont ravi (Remus et Peter qui sirotent tranquillement leur bière sur Sirius qui fait une crise, Remus qui sort tranquillement un "Ta gueule, Sirius" , Remus et James qui pètent un câble à leur façon quand on s'en prend à leur meilleur ami, monologue intérieur d'Eva sur son vrai premier bisou avec toujours le même monsieur qui l'embrouille de plus en plus) lorsque je les écrivais mais plus important Sirius ? Eva ? Qu'en avez-vous pensé ? Est-ce que vous vous doutiez de ce qu'il allait se passer ? Est-ce que ça allait cette scène de bisou ? D'ailleurs, peut-être que les plus attentifs l'ont remarqué mais nos deux Serdaigles un peu immatures sont déjà apparues au bal d'Halloween. À vous de retrouver quand 😉

On se dit à dimanche pour notre troisième et dernière partie de fête chez les Gryffondors ? Comme d'hab, faites péter les reviews et je tiendrai ma promesse, hein. ;)